ce billet n’a pas de single

Je m’aperçois parfois après coup des liens entre les photographies que je prends et que je réunis dans un même billet. Je les associe dans un billet car je ressens une unité qui peut être visuelle, spatiale ou temporelle. Ici, c’est une répétition de motifs rectangulaires qui attire mon regard photographique. Ces motifs urbains proviennent des alentours de l’Université de Waseda pour les deux premières photographies et d’Aoyama pour les deux suivantes. À Waseda, j’ai effectué ma visite annuelle du sanctuaire Ana Hachimangu (穴八幡宮) que je fais en général dans les derniers jours de l’année. La grippe de fin Décembre m’a contraint à la repousser au mois de Janvier. Je me décide ensuite à rentrer à pieds jusqu’à Shinjuku en essayant de suivre une route que je ne connais pas qui traverse en partie le parc de Toyama et longe des barres d’immeubles blanchâtres numérotés. L’architecture des deux dernières photographies a déjà été montrée sur ces pages. Il s’agit d’abord de la Villa Moderna (ビラ・モデルナ) conçue par Junzo Sakakura (坂倉準三) en 1974, puis du SIA Aoyama Building conçu par Jun Aoki (青木淳) en 2008. La Villa Moderna, comme celle nommée Bianca, survit aux années qui passent. La Villa Bianca conçue par Eiji Hotta est par contre plus ancienne, datant de 1964 et est inscrite au registre de préservation architecturale Docomomo Japan, tout comme la Villa CouCou de Takamasa Yoshizaka. La Villa CouCou est visitable sur réservation certains jours seulement. J’ai très envie de la visiter mais les réservations sont malheureusement difficiles. La Villa CouCou est la propriété de l’actrice Kyōka Suzuki (鈴木京香) et je l’ai vu plusieurs fois présentée à la télévision ces derniers temps.

Ma vie à Tokyo a commencé il y a 27 ans. Je me demande bien ce que le Moi d’aujourd’hui pourrait dire au Moi d’il y a 27 ans s’il l’avait rencontré à son arrivée à Tokyo le 1er Février 1999. Est ce qu’il essaierait de l’influencer sur sa vie future? Il voudra peut-être le persuader de ne pas perdre de temps à commencer un blog. En y repensant, je ne pense pas que j’aurais fait autant de découvertes culturelles à Tokyo et au Japon si je ne tenais pas à jour Made in Tokyo. Je pense qu’il me pousse parfois à bouger pour découvrir des nouvelles choses, sachant que je pourrais ensuite écrire à leur sujet pour tenter de susciter des nouveaux intérêts pour ceux qui ont le bonheur de me lire. Il pourra au moins lui chuchoter à l’oreille que, malgré tous ses efforts, il ne parviendra pas à gagner la reconnaissance de ses pairs car ceux-ci auront déjà presque tous disparus, à part quelques irréductibles (gaulois ou pas). Une chose est sûre, pendant toutes ces années et jusqu’à maintenant, je n’ai jamais été gagné par l’aigreur. J’y pense maintenant soudainement mais l’aigreur n’est pas un état d’esprit qui m’anime, même si l’apaisement et la sérénité ne sont pas non plus caractéristiques de mon état d’être. Je m’efforce avant tout, sans me forcer, à montrer des points de vue positifs sur les expériences que je retranscris sur ces pages. J’en viens parfois à me demander si ceux qui me lisent imaginent que tout ce que je perçois au Japon est positif. La raison d’être de ce blog est l’évasion mais on ne sais pas exactement de quoi on s’échappe. Les réponses à cette question ne sont pas évidentes et certainement enfouis très profonds. Je ne pense pas cependant vouloir déterrer cette clé pour le moment.

Lors de mon dernier passage au Disk Union de Shin-Ochanomizu, ma sélection de CDs était plutôt éclectique car, en plus de l’album NIKKI de Quruli (くるり) et Sweet Revenge de Ryuichi Sakamoto (坂本龍一), j’y ai trouvé l’album SEXY STREAM LINER de BUCK-TICK. L’album est sorti en 1997 et s’inscrit dans leur période cyberpunk où le rock devient plus électronique, industriel et expérimental. C’est le quatorzième album du groupe que j’écoute et ils ont tous des ambiances différentes. Celle de cet album est profondément immersive car les douze morceaux évoluent dans une même atmosphère froide et sombre qui les lit entre eux. Musicalement, les compositions d’Hisashi Imai sont nerveuses comme une bête que l’on retient en laisse mais qui essaie sans cesse de nous mordre et le chant d’Atsushi Sakurai est incisif à souhait, pleine d’une agressivité contrôlée de justesse. J’adore bien entendu et par dessus tout la voix du regretté Atsushi Sakurai, sous toutes ses formes, qui a toujours gardé cette affiliation avec le Visual Kei. Je ne me rends pas vraiment compte si cet album est difficile d’accès ou pas, mais chaque écoute successive me fait comprendre qu’il s’agit, comme j’ai pu le lire, d’un chef-d’œuvre qui gagne en puissance et en pertinence avec le temps. Difficile d’isoler un morceau de l’album, car même une interlude instrumentale comme le morceau titre Sexy Stream Liner apporte sa pierre indispensable à cet édifice cyberpunk. De ce fait, il n’y a pas de singles majeurs qui dépassent du reste, mais une quantité d’excellents morceaux qui s’enchainent. Même les morceaux plus apaisés comme Rasen Mushi (螺旋 虫) ne dépareillent pas de l’ensemble pour son ambiance pleine de mystères. Dès la première écoute, j’ai quand même eu un faible immédiat pour Kalavinka (迦陵頻伽 Kalavinka), qui est un des morceaux à la composition la plus étrange et instable. En écoutant ce morceau, je me suis demandé comment Imai pouvait avoir l’idée de tenter ce genre de sons, qui donne au morceau un aspect avant-garde des années 80. Il y avait tout de même deux singles extraits de cet album à l’époque, Heroine (ヒロイン) et Sasayaki (囁き). J’y aurais volontiers ajouté le morceau My Fuckin’ Valentine, qui est également particulièrement marquant, ne serait-ce que par son titre et pour le duo d’Imai et Sakurai au chant se répondant l’un à l’autre. Ce morceau est animé d’une sorte de beauté brutale qui est à la fois un peu choquante et jouissive. Elle représente bien ce que l’on peut éprouver en écoutant cet album.

we make noise

Aoyama Omotesando, le 28 Décembre 2024.

We make noise not clothes est le slogan de la marque UNDERCOVER (アンダーカバー) fondée par Jun Takahashi (高橋盾) en 1989 et qui est devenue une des marques représentatives de la scène underground de Harajuku à Tokyo (裏原宿系ブランド) dans les années 1990. We make noise not photos, Aurais-je envie de lui répondre, tant j’ai parfois du mal à me convaincre moi-même que mes photographies en sont vraiment. Elles participent certainement au bruit ambiant mais je ne pense pas qu’elles permettent d’atteindre un état de plénitude lorsqu’on les regarde. Il me reste un état permanent d’insatisfaction car il y manque souvent quelque chose pour pouvoir les qualifier de photographie dans le sens étymologique d’écriture avec la lumière. L’histoire qu’on aurait envie d’écrire en regardant ces photographies manque souvent. Voici donc une série de photographies certainement inutiles prises à Aoyama juste avant la fin de l’année dernière, venant participer au bruit numérique stocké sur des serveurs installés à l’autre bout du monde. Je me pose souvent la question de ne montrer qu’une seule photographie par billet. J’ai à chaque fois beaucoup de mal à m’y résoudre et je ne sais quelle partie de mon cerveau en est responsable, la partie droite créative ou la partie gauche logique. Le relatif bon équilibre entre ces deux parties de mon cerveau m’empêche peut-être de partir vers des envolées créatrices disruptives. Le déséquilibre crée cet environnement créatif. Peut-être que la musique que j’écoute pourrait agir sur la partie gauche de mon cerveau pour me pousser vers ces idées créatives inattendues. C’est une bonne raison pour écouter des choses diverses et variées, sans à priori, lorsqu’elles ont une originalité évidente, et je dirais même, divergente. A ce propos, je parle ici d’absolument tout ce que j’écoute, sauf oubli involontaire, car il n’y a rien pour moi d’inavouable. Et quand je regarde parfois ma playlist, je m’étonnerais presque moi-même des grands écarts que je peux parfois faire entre les genres. Peut être s’agit il là du principal intérêt de Made in Tokyo.

J’avais déjà parlé dans un billet récent du single TOKYO神VIRTUAL de Minami Hoshikuma (星熊南巫), qui me fascine complètement à force de l’écouter. J’ai ensuite écouté en entier le EP du même nom qui s’avère excellent au point où j’ai du mal à m’en passer. L’ambiance créée sur la plupart des morceaux, entre bruits numériques et accroches pop, est vraiment intéressante. Le morceau tears in rain ;( avec CVLTE mélange une certaine mélancolie entourant le phrasé rap de CVLTE et de Minami Hoshikuma, et une envolée pop imparable dans le refrain. C’est un excellent morceau tout comme celui qui suit, ERA, et celui qui le précède, DIVE, qui ont une logique de composition un peu similaire. Minami Hoshikuma chante en anglais avec un brin d’auto-tune venant lisser un peu sa voix. Je ne suis pas certain de savoir si l’auto-tune est vraiment nécessaire mais il participe en tout cas assez bien à l’ambiance futuro-underground (pour ne pas dire cyberpunk) qui entoure sa musique et qu’elle suggère sur l’image numérique façon cyborg servant de couverture au EP. L’ambiance générale reste assez sombre mais l’incursion soudaine de cris de chats sur le morceau ERA m’amuse beaucoup et nous rappelle le nom de son autre projet D̴E̷A̷T̴H̴N̷Y̵A̶N̴N̷. Je ressens une passion certaine dans son chant qui est captivante sur chacun des morceaux, même ceux comme NEJEM qui demandent quelques écoutes pour en apprécier toute la teneur. Le EP dans son ensemble est dense musicalement et en fait assez différent du minimalisme rythmique du morceau titre. Je ne peux que le conseiller à ceux qui se laissent influencer par mes recommandations musicales. Pour ne rien vous cacher, je sais que la majorité des visiteurs s’intéressent avant tout aux photographies de Tokyo que je montre sur mes billets, mais personnellement, c’est la musique dont je parle qui m’intéresse la plus sur mes propres billets. Ce n’est pas complètement illogique, car après avoir vu et revu mes photographies sur ordinateur, elles ne m’intéressent déjà plus beaucoup lorsque je les publie dans un nouveau billet.

the streets #8

La couleur jaune domine sur un grand nombre de photographies de ce billet, jusqu’à FKA Twigs que j’aperçois avec surprise sur une affiche publicitaire d’Ura-Harajuku. La coïncidence est intéressant car cette photographie date de la semaine où j’ai découvert son nouveau single Eusexua, que je ne me lasse pas de réécouter en attendant son prochain album qui ne sortira qu’en Janvier 2025. J’espère qu’elle aura la bonne idée de sortir quelques titres avant son album. L’autre couleur jaune provient de la Vella Serena conçue en 1971 par l’architecte Junzo Sakakura (坂倉準三). J’aime beaucoup la manière par laquelle cette couleur vient s’intercaler entre les blocs de l’immeuble, marquant comme une découpe claire et nette. Sur les deux premières photographies, j’avais envie de combiner les formes géométriques de l’architecture de béton de l’église protestante d’Harajuku conçue par Ciel Rouge Création avec l’imprévisibilité des formes organiques d’un vieux cerisier planté pas très loin de là dans le grand cimetière d’Aoyama. Et le papillon vient faire le lien entre tout cela. On le verra dans d’autres billets car mon appareil photo est en ce moment attiré par les papillons et les libellules.

L’album Occult de l’artiste tokyoïte Moe Wakabayashi (若林萌), sorti en Avril 2024, est une très belle surprise. J’ai d’abord découvert le single No Disk qui conclut l’album et j’ai très vite été attiré par l’ambiance néo city pop qui s’en dégage. Je n’ai pas d’attirance particulière pour la city pop, à part certains morceaux et certains albums dont j’ai déjà parlé ici, mais les réinterpretations du genre par des jeunes artistes comme moë (son nom d’artiste) sont souvent intéressantes. J’ai tout de suite accroché à l’ambiance et à sa voix, qui m’ont amené vers un autre single Moon Child au refrain très accrocheur. On trouve dans ses compositions une sorte de romantisme désuet chanté avec une passion certaine qui ne laisse pas indifférent. Je me suis du coup rapidement dirigé vers les autres morceaux de l’album, notamment le morceau Occult qui démarre l’album, In love with Love, Left on Earth et beaucoup d’autres. moë fait tout elle-même, de la composition au chant en passant par la production et le design de son album. Elle envoie apparemment elle-même les CDs qui sont commandés sur sa boutique en ligne, mais on peut tout de même acheter sa musique en digital sur iTunes et Bandcamp.

Les nouvelles découvertes musicales ne manquent pas en ce moment avec beaucoup de jeunes groupes ou artistes que je ne connaissais pas, mais que je découvre grâce aux recommandations de YouTube. Je découvre récemment le groupe rock Aooo (アウー) fondé en 2023. Ce nom de groupe étrange correspond aux signes sanguins des quatre membres. Riko Ishino (石野理子) est au chant. Elle était auparavant idole dans un groupe appelé Idolrenaissance (アイドルネッサンス), puis chanteuse du groupe Akai Kōen (赤い公園) qui était en activité de 2018 à 2021, et qui m’est un peu plus familier. Le groupe se compose également de Surii (すりぃ) à la guitare, Hikaru Yamamoto (やまもとひかる) à la basse et Tsumiki (ツミキ) à la batterie. On compte beaucoup de jeunes groupes rock comme celui-ci au Japon, et ils n’arrivent pas toujours à tirer leur épingle du jeu. Je ne me suis pas encore trop attardé sur la discographie du groupe mais le single Salad Bowl (サラダボウル) que j’écoute en ce moment est en tout cas très convaincant.

Dans la série des très bons morceaux rock que j’écoute en ce moment, il y a également celui intitulé Alone (ー、人) d’un autre jeune groupe, de quatre filles cette fois-ci, nommé Chakura (ちゃくら). Le groupe est originaire de Hachioji à l’Ouest de Tokyo et a été fondé en 2022 par Taruru Wakita (ワキタルル) qui joue de la basse et chante dans les chœurs. Les autres membres proviennent de la même école professionnelle, Sakura (サクラ) au chant et à la guitare, Mao (まお) à la guitare et Haya (葉弥) à la batterie et aux claviers. Le son rock est relativement simple mais très efficace et n’hésite pas à monter en intensité quand cela devient nécessaire. C’est souvent pour moi un critère d’appréciation, mais j’aime l’émotion et la passion qui se dégage de la voix de la chanteuse Sakura. Ce genre d’intensité rock me parle toujours beaucoup, surtout quand elle est bien exécutée.

the streets #7

C’est assez reposant pour l’esprit de prendre des photos plus abstraites en se basant simplement sur l’impression que nous donne des formes ou des superpositions de matériaux. On saisit les choses qui nous interpellent sans besoin d’expliquer descriptivement ce que l’on a devant nous. Je pourrais certainement préciser le nom des architectes de certaines des architectures montrées ci-dessus mais je les ai déjà montré plusieurs fois sur Made in Tokyo. Les billets intitulés the streets, comme le précédent, ont tendance à partir dans des directions variées, sans avoir de cohérence très précise. Ces photographies parfois énigmatiques et ces textes qui partent dans tous les sens contribuent à cette image de forêt dense dans laquelle on se perdrait, que j’aime donner à ce blog. Quand j’imagine cette forêt dense, me reviennent en tête les photographies de Yoshihiko Ueda dans le recueil intitulé Quinault prenant pour thème la forêt profonde du parc de Quinault près de Seattle aux États Unis. Je parlais de ce livre dans un billet d’Avril 2011 intitulé Structure and Clouds, sur lequel je reviens régulièrement. Sur Made in Tokyo, certains billets sont plus structurant que d’autres, comme des troncs d’arbres dont la cime dépasserait les autres arbres tout autour. Il y a un certain nombre de billets qui ont pour moi une importance toute particulière et cette importance est souvent liée aux discussions qui suivent dans les commentaires qui m’ont amené vers des directions nouvelles ou conforté dans certaines voies.

Je suis allé voir le Samedi 31 Août 2024 la grande exposition dédiée à l’artiste Japonais Keiichi Tanaami (田名網敬一) au National Art Center Tokyo (NACT). Cette exposition intitulée Adventures in Memory (記憶の冒険) a démarré le 7 Août et fermera ses portes le 11 Novembre 2024. J’ai été très impressionné par le densité de ces œuvres, souvent basées sur des collages de multiples éléments tirés de magazines ou illustrés par lui-même. Cette exposition nous montre aussi ces peintures, un grand nombre de sculptures aux formes fantastiques et objets bizarres aux couleurs fortes. On peut également y voir quelques vidéos expérimentales. Keiichi Tanaami est un artiste qui touche à tout, mais son style reste immédiatement reconnaissable. Cette exposition est la première rétrospective majeure de son œuvre, et en soixante ans de carrière, il y a vraiment beaucoup de belles choses à montrer, certaines étant parfois un peu dérangeantes. L’artiste est mort à l’âge de 88 ans le 9 Août 2024, deux jours seulement après l’ouverture de cette grande exposition. Avec l’exposition CLAMP se déroulant en même temps dans d’autres salles, les propositions artistiques axées pop culture du musée NACT sont particulièrement intéressantes en ce moment.

J’adore retrouver la musique hyperpop d’4s4ki lorsqu’elle créé d’excellent morceaux comme celui intitulé ReEnd (再終焉) de son EP Collective Obsession (集合体大好病) sorti le 4 Octobre 2024. Il s’agit d’une collaboration avec le compositeur et DJ NUU$HI et Eijun Suganami (菅波栄純), guitariste du groupe THE BACK HORN. J’aime beaucoup quand le chant rappé légèrement modifié d’4s4ki s’entoure d’une ambiance musicale qui a de l’ampleur comme ici. L’autre morceau intitulé Ganbariyasan dakara ai shite (頑張り屋さんだから愛して) que j’écoute beaucoup est nettement plus détendu, peut-être parce qu’il s’agit d’une nouvelle collaboration avec Rinahamu qui n’est pas vraiment connue pour partir dans les tours. C’est peut-être parce que les voix d’4s4ki et de Rinahamu sont différentes qu’elles se complémentent bien. Leur autre duo était sur le morceau NEXUS sur l’album Your Dreamland d’4s4ki (2020), qui reste un de ceux que je préfère de cet album. Le EP Collective Obsession démarre par une collaboration avec Dé Dé Mouse intitulée Espa Shōgakusei (エスパー小学生) qui, je trouve, va un peu trop loin dans l’agressivité électronique pour vraiment m’accrocher.

Je n’écoute pas souvent la musique de Seiko Ōmori (大森靖子) mais je reste toujours attentif aux nouveaux albums qu’elle sort. Son dernier s’intitule, dans un anglais un peu approximatif, THIS IS JAPANESE GIRL et il est sorti le 18 Septembre 2024. En survolant les morceaux de l’album, je retiens le cinquième Momoiro Danchi (桃色団地). Mon oreille est certainement attirée par le fait qu’il s’agit d’un duo avec Shūtoku Mukai (向井秀徳) et par le son très appuyé de synthétiseur vintage démarrant le morceau. Il faut aimer la façon très maniérée de chanter de Seiko Ōmori, mais il faut dire que la voix de Shūtoku Mukai est également assez particulière et quand les deux chantent en même temps, on atteint une sorte d’harmonie inattendue. Cette collaboration m’a fait me demander si Seiko Ōmori avait déjà chanté en duo avec Kazunobu Mineta (峯田和伸) de Ging Nang Boyz, une autre figure du rock indé japonais. Je me suis rappelé du single Re: Re: Love, sorti en 2019 dont la vidéo était un véritable petit drama avec les joie, chagrin et dispute d’un couple. Il y a une densité émotionnelle, à chaque fois prête à éclater, dans les morceaux de Seiko Ōmori qui ne laisse pas indifférent, même si personnellement, je n’accroche vraiment que sur certains morceaux, comme les deux mentionnés ci-dessus ou l’album TOKYO BLACK HOLE dont j’avais déjà parlé sur Made in Tokyo et vers lequel je reviens régulièrement.

the streets #6

Je continue tranquillement ma série the streets, redémarrée récemment par les épisodes #4 et #5. La plupart des photographies de ce sixième épisode ont été prises avec mon objectif 40mm pendant une même journée légèrement pluvieuse dans la rue Cat Street, avant l’ouverture de la plupart des magasins. Cette rue quasiment piétonne est coupée en deux par la grande avenue d’Omotesando qui voyait ce jour là un défilé de policières percussionnistes. À part ce défilé, je montre peu de personnes dans les rues, à part celles qui décident soudainement de se dévoiler au détour d’un immeuble et celles de moi-même quand j’autorise mon image à se refléter contre les baies vitrées (ici avec mon magnifiquement simple t-shirt de Daoko acheté lors du concert de Shibuya).

Le premier étage de la Lurf Gallery à Daikanyama est à la fois utilisé comme café et comme espace d’exposition. J’y jette régulièrement un coup d’œil pour voir si on y montre des choses intéressantes. On y exposait cette fois-ci une série de 13 illustrations de l’artiste Masanori Ushiki intitulée « Easy Telepathy II ». Je découvre cet artiste, que je ne connaissais pas. Je suis attiré par les motifs parfois étranges mélangés aux couleurs fortes des personnages qu’il dessine, qui les rendent tout à fait unique.

Cö Shu Nie vient de sortir son nouvel album intitulé 7 Deadly Guilt le 4 Septembre 2024. Je connaissais déjà deux titres sorti en avance, Artificial Vampire et Burn The Fire, dont J’avais déjà parlé dans des billets précédents. Je continue mon écoute de ce nouvel album en choisissant les morceaux qui m’intéressent le plus. J’y découvre ceux intitulés Where I Belong et I want it all. On y retrouve toute l’instabilité mélodique caractéristique de Cö Shu Nie, notamment dans le chant fantastique de Miku Nakamura (中村未来) quand il ne s’accorde pas sur des compositions classiques. Elle a une vision tout à fait unique de l’harmonie et ces deux morceaux en sont de bons exemples. La composition rock qui accompagne Miku est comme d’habitude pleine d’inattendu et souvent proche du match rock. Le compositrice et chanteuse o.j.o est pour sûr à suivre de très près. J’avais parlé et été épaté par son premier single Bah! sorti il y a quelques mois. Elle sort son deuxième single intitulé PEOPLE DEMON qui est excellent. Il faut rappeler que la jeune tokyoïte o.j.o est vraiment très jeune car elle est collégienne et n’a que 13 ans (?!). C’est tout à fait étonnant vu la qualité de ses compositions musicales, qui n’ont rien de classique comme sur son précédent single. Elle a suivi des cours de piano et de danse dès le plus jeune âge, et sa manière non-conventionnelle de danser est également un des points intéressants de la vidéo accompagnant le morceau. On peut lui prédire que des bonnes choses à l’avenir, vu qu’elle vient déjà d’être repérée par la chaîne YouTube The First Take que lui a donné l’opportunité de chanter 60 secondes de ses deux morceaux Bah! et PEOPLE DEMON. On se demande quand même pourquoi The First Take ne diffuse pas l’intégralité de sa performance.

La sortie d’un nouveau single de Tricot est une bonne nouvelle. Si je ne me trompe pas, le groupe n’avait rien sorti de nouveau depuis leur album Fudeki (不出来) datant de Décembre 2022. Avec Tricot, on sait toujours à peu près à quoi s’attendre et je ne suis en général jamais déçu. Le nouveau single Call (おとずれ) est sorti le 5 Octobre 2024 et je me suis tout de suite précipité pour l’écouter. Les premiers accords de guitare de Motifour Kida (キダ モティフォ) et la voix d’Ikkyu Nakajima (中嶋イッキュウ) nous ramènent tout de suite vers l’ambiance rock de Tricot que j’aime tant. Retrouver les accords très précisément agencés de Kida et la puissance de la batterie de Yosuke Yoshida (吉田雄介) quand il se lance franchement au milieu du morceau est un vrai plaisir. Je trouve que le chant d’Ikkyu arrive toujours à garder cette fraicheur des premiers albums, dont on ne se lasse pas. Je ne sais pas si la bassiste Hiromi (ヒロミ・ヒロヒロ) a participé à ce nouveau single, car elle est censée être en congé maternité. Tricot continue pourtant a tourner avec un bassiste d’appoint. Un point intéressant est que Hitsuji Bungaku (羊文学) est depuis quelques mois sans batteur car Hiroa Fukuda (フクダヒロア) est en repos prolongé, mais le groupe continuant à tourner assez intensément dans divers festivals et pour leur tournée 2024, un batteur de support rejoint régulièrement le groupe. Pour l’émission télévisée CDTV de la chaîne TBS le lundi 30 Septembre 2024, Hitsuji Bungaku a fait appel à Yosuke Yoshida pour être batteur d’appoint. Sachant que Yoshida jouait sur la tournée récente de Daoko, je me dis qu’il contribue à créer des liens entre les formations musicales que j’aime et que j’ai vu en live. Je me dis aussi que Hitsuji Bungaku a fait un petit bout de chemin depuis que je les ai vu la dernière fois. Leur tournée 2024 soft soul, prickly eyes en treize dates dans tout le Japon terminait par deux concerts au Tokyo Garden Theater qui a une capacité de 8000 personnes. En comparaison, la tournée 2023 if i were an angel à laquelle j’ai assisté se terminait par deux dates au Zepp Haneda qui ne fait que 3000 places. Si les nouvelles sorties côté Tricot restent assez éparses, ce n’est pas le cas pour Ikkyu Nakajima qui sort déjà son deuxième EP en solo. Après DEAD sorti en Mai 2024, voici LOVE qui vient juste de sortir le 25 Septembre 2024. Kentarō Nakao (中尾憲太郎), le bassiste de NUMBER GIRL, produit et joue de la basse sur les deux morceaux que je préfère du EP: EFFECT et By my side. Kentarō Nakao avait déjà produit des morceaux de Tricot et même participé à l’émission spéciale de 24h non-stop du groupe, donc sa présence auprès d’Ikkyu ne m’étonne pas beaucoup. Je suis par contre moins familier du musicien Cwondo (近藤大彗) de No Buses qui contribue aux deux morceaux LOVE et Ana (あな). La guitariste de Tricot, Motifour Kida, joue sur le dernier morceau Minority (未成年) accompagnée d’Emi Nishino (西野恵未) au piano. Sur ce morceau, les sons du piano et de la guitare se mélangent avec un équilibre bancal par moment assez bizarre. Le EP contient de nombreuses petites irrégularités harmoniques de ce genre et les incursions électroniques sont également fréquentes. C’est un EP réussi, même si je le trouve inégal, qui part vers d’autres horizons, plus intimes certainement, que ce qu’on peut entendre chez Tricot.

椎名さんのお耳に届くなら一層頑張りたい

Dans une interview sur le site web musical Mikiki de Tower Records au sujet de son nouvel EP LOVE, Ikkyu nous fait part du fait que sa collaboration avec Sheena Ringo sur le morceau Chirinuru wo (ちりぬるを) de son dernier album Hōjōya (放生会) avait en quelque sorte eu une influence sur son nouvel EP. Sheena Ringo lui avait dit qu’elle avait écouté et apprécié son EP précédent DEAD. Ikkyu a donc créé son nouvel EP en imaginant que Ringo l’écouterait peut-être et elle nous dit que ça l’a en quelque sorte poussé à s’appliquer. Je retranscris ci-dessous la partie de l’interview provenant du site Mikiki évoquant ce point en particulier. Cela me donne l’occasion d’utiliser l’open AI ChatGpt pour voir comment l’outil a évolué au niveau de la traduction de textes. Je pense qu’il se débrouille plutôt bien même s’il faut toujours lire le résultat avec attention (par exemple, ChatGpt traduit « 放生会 » en « Hōjōkai » plutôt que le correct « Hōjōya »).


Cette transcription sur ChatGpt m’a poussé à utiliser un peu plus l’outil en lui posant des questions très précises. J’ai pris le thème de cette collaboration passée entre Sheena Ringo et Ikkyu Nakajima pour l’interroger un peu plus. Connaissant déjà les réponses, cela m’a permis de vérifier où l’outil en est en terme d’auto-apprentissage sur des sujets très spécifiques, mais largement couverts sur internet. Il s’avère que l’outil a une base de données plus actuelle qu’auparavant mais fait de très nombreuses erreurs, en les annonçant parfois avec un aplomb qui nous forcerait presqu’à le croire. Je montre ci-dessous des captures d’écrans de ChatGpt pour illustrer le niveau de justesse de l’outil, et il reste pour moi très peu fiable et je dirais même à éviter.






L’avantage de l’intelligence artificielle serait pour moi de répondre à des sujets spécifiques qui ne sont pas immédiatement disponibles sur un site internet. Je vois qu’on en est encore loin. Je me contenterais peut-être de l’outil pour des traductions, qui me semblent à priori meilleures que sur Google Traduction.