晴れがコンティニュアム・ポップ

Entre deux pluies, les chaleurs reviennent au pas de course mais ne m’empêchent pas de marcher en écoutant d’autres styles de musiques que le rock. Je prends beaucoup moins de photographies en ce moment car nous n’avons pas eu beaucoup d’occasions de sortir hors de Tokyo le week-end. Prendre peu de photographies a l’avantage de me donner un peu le temps pour repasser en revue ce que j’ai pris ces derniers mois. Il y a en général un grand nombre de photographies que je mets à l’écart après une première revue le jour même où je les ai prise mais qui mériteraient peut être d’être réhabilitées. Autant je peux mettre une semaine entière pour écrire un billet, autant la sélection et le traitement des photographies est rapide, peut être même trop rapide pour me laisser assez de temps à la réflexion. Je me dis qu’il y aura toujours un moment futur où j’y retournerais. Avoir peu de nouvelles photographies à montrer est aussi pour moi une opportunité de modifier et triturer certaines d’entre elles. Je fais beaucoup moins de ce que j’appelais des compositions graphiques et ça me manque parfois. Pourtant, je prends régulièrement en photos des motifs urbains ou naturels, le ciel et les nuages, qui pourraient ensuite m’être utile pour de futurs compositions superposant des couches d’images. La série de photographies de ce billet prise à Daikanyama n’a rien des compositions graphiques que je viens d’évoquer. Ce sont les dernières photographies que j’ai prises au mois d’Août au moment d’écrire ces lignes. La perspective de ne plus rien à avoir à montrer ensuite me ravit tout autant qu’elle m’inquiète.

La seule musique K-Pop que j’écoute et apprécie est celle du groupe aespa, dont j’ai d’ailleurs déjà parlé sur ces pages à quatre ou cinq reprises à l’occasion de nouveaux singles. J’ai bien sûr écouté leur deuxième album Lemonade, sorti il y a quelques mois après un long teasing marketing de deux ou trois mois sur les réseaux sociaux, mais je n’en avais pas encore parlé. J’y repense maintenant car Aeri Uchinaga (内永枝利), connue sous le nom de Giselle (지젤) dans le groupe aespa, intervient sur NTS Radio pour nous faire découvrir pendant une heure son univers musical. J’en suis assez étonné dans le bon sens car j’y retrouve certaines musiques qui font également partie de mon univers musical, que ça soit les Pixies avec l’incontournable Where is My Mind? (Surfer Rosa, 1988), Smashing Pumpkins avec Luna (Siamese Dream, 1993), Hole avec Asking for it (Live Through This, 1994). Sa playlist est assez éclectique car on y trouve également le très beau Reflection Eternal de Nujabes (Metaphorical Music, 2003), MGMT avec Kids (Oracular Spectacular, 2007), que j’ai quelque part sur mon iPod mais que je n’ai pas écouté depuis longtemps, ou encore un classique comme No Ordinary Love de Sade (Love Deluxe, 1992). Du haut de ses 25 ans, elle a dû découvrir toutes ces musiques bien après leur sortie. Personnellement, j’aurais plutôt tendance à choisir la musique qui m’a construit dans les morceaux et albums que j’ai pu vivre au moment de leur sortie, mais ça m’intéresse beaucoup qu’elle prenne ses sources musicales dans des musiques qui me parlent et qui sont très éloignées (voire à des années lumière) de la K-Pop qu’elle pratique avec aespa. J’ai donc également écouté le nouvel album d’aespa mais pas en totalité. Je m’arrête sur le premier single WDA (Wild Different Animal) en featuring avec G-Dragon, puis le deuxième single-titre d’album Lemonade et le troisième qui conclut l’album, Switchblade avec un featuring de Ty Dolla $ign. Ces morceaux sont très travaillés et efficaces comme l’exige la K-Pop, mais je ressens chez aespa quelque chose de différent des autres groupes de K-pop et qui m’attire sur un grand nombre de leurs morceaux. La musique d’aespa pleine de textures, de basses et d’effets futuristes ressemble à une machine électronique et les voix du groupe placées à l’intérieur ont quelque chose de presque inhumain. Il y a quelque chose de très mécanique dans leurs chants qui se relaient à la perfection dans cette machine bien huilée. La composition musicale et l’apparence visuelle du groupe se veulent spectaculaire et incisive mais n’hésitent pas en même temps à ajouter des petites touches de kitsch et d’humour dérisoire volontaire, comme si une rébellion interne couvait à l’intérieur de cette belle machine. Dans ma réflexion, je me demande si ce n’est pas volontaire que le « Switch it up » du refrain de leur morceau Switchblade ressemble lorsqu’il est prononcé rapidement au « Sushiro » de la chaîne de restaurant de sushi portant ce nom. Ce doit être seulement du Sora mimi (空耳) de ma part, mais je pense qu’une grande partie du public japonais a dû faire le rapprochement. aespa a en tout cas déjà chanté partiellement en japonais, sur le single Attitude notamment. Parmi tous les morceaux musicalement agressifs de leur nouvel album Lemonade, on trouve également un morceau plus posé et rêveur, Camouflage, qui compte parmi ceux que je préfère. Certains pourront comprendre que j’aime ce titre Camouflage, 迷彩 (Meisai) en japonais, pour une autre raison.

Écouter la playlist de Aeri/Gisele sur NTS radio me rappelle que je n’ai pas écouté les épisodes de Liquid Mirror de ces derniers mois. Je me lance dans celui publié la 18 Août 2026. C’est un excellent cru explorant comme d’habitude de manière éclectique ’toutes les intersections de l’éthéré naviguant du shoegaze et de la dream pop à la musique électronique et expérimentale’. Le premier morceau Miro’s cat de King Softy (feat. Spivak) matérialise bien cette musique éthérée remplie d’étrange. Sans surprise, on retrouve dans cette nouvelle playlist quelques très beaux morceaux de Cocteau Twins, Olive Kimoto étant clairement fan du groupe. Un des morceaux qui me plait le plus dans cette playlist est, encore une fois, un morceau d’Olive Kimoto elle-même accompagnant cette fois-ci Locust, le projet du musicien électronique britannique Mark Van Hoen. Le morceau White Light de Locust est magnifique, dans le plus pur esprit de ce qu’on peut écouter de plus beau sur Liquid Mirror. J’ai l’impression qu’elle a intégré le groupe mais je ne sais si c’est de manière permanente. Peut-être pas en fait car le nouvel album de Locust qui s’intitulera Spectral+ et sortira le 11 Septembre 2026 inclut plusieurs voix dont celle d’Olive Kimoto. Björk revient aussi régulièrement dans les playlists mensuelles de Liquid Mirror, avec cette fois-ci le morceau B-side du single Isobel, I Go Humble (Post, 1995). Et dire qu’un morceau aussi beau n’apparaissait que sur la version japonaise de Post en titre bonus. Je n’ai pas le souvenir d’avoir déjà entendu un morceau de Sade dans les playlists de Liquid Mirror. Celui-ci intitulé Like a Tatoo est certes fortement remixé. C’est au passage un parallèle très intéressant avec la playlist de Aeri/Gisele. Il y a beaucoup de pépites dans cette playlist, comme le morceau Wake de Priori & James K (This but more, 2024), trop beau pour être réel, ou encore Unicorn (Shimmering, Warm & Bright, 1992) des norvégiens, originaires de Tromsø, de Bel Canto. Cette musique mélange les textures électroniques, voix aériennes et étrangeté pop. J’aime aussi le final plus électronique avec Sunset Bell featuring Jennifer Wilde (Flux, 1998) du groupe américain Love Spirals Downwards et Ouverture (Nachthorn, 2022) du musicien français, installé à Bruxelles, Maxime Denuc. Ce qui est très intéressant sur ce deuxième morceau, c’est que Maxime Denuc utilise des sons d’orgue comme matière sonore. Il utilise l’orgue de l’église Saint-Antoine à Düsseldorf comme un synthétiseur en le contrôlant par MIDI. Cette approche me rappelle la musicienne Kali Malone qui compose pour orgue à tuyaux mais avec un traitement et une sensibilité proche de la musique électronique. Il me faudrait décidément beaucoup plus de temps pour explorer toutes les perspectives sonores qu’apporte Liquid Mirror.

—— Post-scriptum (continuum pop) ——

J’ai souvent le sentiment de faire des grands écarts dans mes choix musicaux, mais il est par contre assez rare que je regroupe des styles aussi différents dans un même billet, même si l’on pourrait parler ici d’un même ’continuum pop’, entre l’hyperpop d’un côté et la dream pop de l’autre. Je me demande souvent quelles sont les caractéristiques élémentaires qui m’attirent dans ces musiques pourtant très différentes. Ces goûts musicaux qui semblent éloignés en surface ont peut-être des points communs plus profonds. Je ne pense pas être attaché à un genre musical particulier, car je réagis plutôt à des sensations. Peu importe le genre, je serais particulièrement réceptif à une atmosphère sensible et intrigante, à une certaine qualité de voix venant habiter la musique, aux contrastes et à la tension qui se dressent entre calme et agressivité, douceur et étrangeté, pop et expérimentation. J’ai souvent des difficultés à reconnaître les genres musicaux, contrairement à certaines publications musicales que je peux lire et qui semblent pointer si facilement le moindre sous-genre. Ces classifications nous aident à appréhender une musique, mais n’ont finalement pas beaucoup d’importance. Ce sont plutôt les zones intermédiaires qui m’intéressent, là où les catégories entre les genres deviennent floues, lorsqu’un ou une artiste déplace une frontière par rapport au genre dans lequel on l’a classé. Les nouvelles découvertes musicales me passionnent, surtout lorsqu’elles m’amènent vers des territoires moins connus. La découverte est une valeur en elle-même. C’est un processus qui a une importance particulière: partir d’un morceau ou d’un son particulier, rechercher qui l’a produit, découvrir un musicien ou une musicienne qui amène ensuite à découvrir une scène, puis un ou une autre artiste qui utilise une technique comparable. Ces découvertes se nourrissent de recherches incessantes qui construisent presque spontanément des arbres de liens et parentés musicales. C’est une forme de pensée associative, couvrant parfois plusieurs décennies, qui m’a suivi depuis les débuts de mon ’éducation musicale’. Je n’établis pas de hiérarchie forte dans ces découvertes musicales entre ce qui est ancien, et qui serait forcément important, et un jeune groupe ou artiste qui vient d’apparaître sur une scène locale. Ma curiosité et mon intérêt resteront comparables tant que le groupe ou l’artiste en question sera en mesure d’apporter ces sensations particulières qui m’attirent indépendamment des genres.

Je ne suis peut-être pas réellement éclectique dans mes goûts musicaux, et peut-être sont-ils en fait très cohérents, traversant plusieurs genres tout en partageant plusieurs constantes: une attirance pour l’étrangeté et la transgression des normes, même lorsqu’elle est légère, une appréciation des atmosphères personnelles et des textures qui ne sacrifient pas l’approche mélodique. À une musique techniquement impressionnante, je préférerai toujours une texture singulière. J’aime assez naturellement aller vers des musiques expérimentales, mais l’accroche mélodique a en même temps une importance primordiale, même si elle est très discrète. Je suis clairement sensible aux mélodies mélancoliques, mais lorsqu’elles ne sont pas chargées de pathos et qu’elles n’atteignent pas un sentiment de tristesse forcée. La mélancolie ne doit pas être trop démonstrative mais fragile, fugitive et légèrement inaccessible. Le décalage, quand un élément n’est pas exactement là où on l’attend, est peut-être le point qui m’est le plus important. Ça peut être, par exemple, une note ou une voix en décalage, un rythme ou une structure inhabituel, un contraste entre élégance et brutalité. J’ai souvent envie de mentionner dans mes textes ces petits déplacements marquants en relevant les minutes et les secondes exactes où ils interviennent, mais je me retiens. Une musique peut être extrêmement travaillée et sophistiquée, mais il faut qu’il y ait une aspérité, une atmosphère qui nous emporte au-delà du raisonnable. Le fait de reconnaître certaines qualités musicales indépendamment de leur genre permet de faire cohabiter des artistes très différents sans que cela soit réellement contradictoire. Mon goût musical est de ce fait plutôt transversal, moins organisé autour des genres que sur un équilibre entre ordre et désordre, beauté et étrangeté, familiarité et découverte. C’est probablement là que se trouve sa véritable cohérence.

state of emergency is where I want to be

Une fois n’est pas coutume, je suis allé voir les deux expositions simultanées en cours au National Art Museum Tokyo (NACT), à savoir Prism of the Real: Making Art in Japan 1989–2010 (時代のプリズム:日本で生まれた美術表現 1989–2010), qui se déroulait du 3 septembre au 8 décembre 2025, et BVLGARI KALEIDOS: Colors, Cultures and Crafts (ブルガリ カレイドス : 色彩・文化・技巧), du 17 septembre au 15 décembre 2025. J’y suis par contre allé sur deux journées différentes, et d’abord seul pour celle intitulée Prism of the Real. Cette exposition réunissait plus de cinquante artistes japonais et internationaux avec pour objectif d’explorer l’évolution de l’art au Japon entre 1989 et 2010. Il s’agissait d’une période riche en transformations, avec notamment l’éclatement de la bulle économique. On y trouvait beaucoup de choses intéressantes, mais l’exposition m’a en fait un peu ennuyé, car je connaissais déjà les œuvres d’un certain nombre des artistes contemporains japonais présentés. J’avais parfois l’impression d’avoir déjà vu cette exposition ailleurs, et en mieux.

J’ai quand même noté l’étrange sculpture jaune vif faite d’objets divers, intitulée Esthetic Pollution (1990) de Noboru Tsubaki, ainsi que les armes construites en légumes, Vegetable Weapon (2001), de Tsuyoshi Ozawa. J’ai ensuite été particulièrement intrigué par une série de trois photographies intitulée Drawing Restraint 9 par l’artiste américain Matthew Barney. Drawing Restraint est un projet artistique au long cours composé de grandes sculptures, de films et de photographies. Le neuvième épisode de Drawing Restraint est un film expérimental diffusé en 2005, utilisant des thèmes culturels japonais tels que la religion shintō, la cérémonie du thé et l’histoire de la chasse à la baleine pour explorer les notions de transformation et de retenue. Parmi les trois photographies tirées du film que l’on peut voir lors de l’exposition, on reconnaît l’artiste Matthew Barney lui-même, mais également Björk, habillée d’un étrange kimono traditionnel. Björk était la compagne de Matthew Barney à cette époque. Ce n’est pas la première fois que l’on peut voir Björk en kimono. Souvenons-nous de la pochette de l’album Homogenic, sorti en 1997, réalisée par le photographe britannique Nick Knight. Dans un kimono réinterprété par Alexander McQueen, Björk ressemblait à une figure à mi-chemin entre une geisha futuriste et une divinité post-humaine.

Le film Drawing Restraint 9 comprend en fait des musiques composées par Björk. Cette exposition m’a amené à regarder le film Drawing Restraint 9, qui est des plus étranges. On y évoque une histoire d’amour non conventionnelle se déroulant à bord d’un baleinier japonais. Je n’irais pas jusqu’à dire que le film m’a passionné, mais il est intéressant sous de nombreux aspects, notamment pour sa bande originale composée par Björk. Les onze morceaux qui la composent sont parfois très étranges (le morceau Pearl), avec beaucoup d’instrumentaux souvent très beaux, comme celui intitulé Ambergris March, produit par Mark Bell et Valgeir Sigurðsson. Les morceaux chantés par Björk sont les plus poignants, notamment celui intitulé Storm. Ce morceau est tout à fait disruptif, comme la grande majorité de cet album, mais j’admire sa puissance d’évocation. Le morceau intitulé Gratitude, qui ouvre la bande originale et le film, est très beau. Le chanteur folk Will Oldham, aka Bonnie Prince Billy, y chante une lettre d’un pêcheur adressée au général Douglas MacArthur, sur une mélodie composée par Matthew Barney. On peut entendre le son de l’instrument traditionnel japonais shō sur plusieurs morceaux de l’album, joué par Mayumi Miyata (宮田まゆみ). J’avais déjà mentionné cette musicienne sur ces pages, car elle joue également du shō sur TIME TIME (2024), l’une des collaborations artistiques de Ryuichi Sakamoto (坂本龍一) et Shiro Takatani (高谷史郎), que j’avais vue à l’exposition seeing sound, hearing time (音を視る 時を聴く) au début de l’année. Pour composer cet album, Björk a voyagé au Japon et étudié la musique traditionnelle japonaise, ce qui se ressent très fortement sur la majorité des morceaux. On y trouve même, sur le morceau Holographic Entrypoint, un extrait d’une pièce de nô avec une interprétation vocale de Shiro Nomura. Cette partie musicale correspond d’ailleurs aux moments les plus étranges et malaisants du film Drawing Restraint 9. Écouter cette bande originale me donne envie de réécouter certains albums de Björk que je n’ai pas écoutés depuis longtemps, en commençant par Homogenic, qui est l’un de mes préférés avec Début et Post. Dans les coïncidences amusantes, Olive Kimoto a justement inclus un morceau de Björk dans l’épisode de décembre 2025 de son émission Liquid Mirror. Il s’agit du très beau Come to Me de l’album Début.

Nous sommes allés voir quelques jours plus tard l’exposition Bulgari Kaleidos, qui met en lumière l’art du joaillier romain Bulgari à travers près de 350 pièces majeures issues de collections patrimoniales et privées. Outre la flamboyante beauté des bijoux présentés, notamment ceux reprenant la forme du serpent comme symbole emblématique de la marque, j’ai également apprécié l’aménagement intérieur des salles de cette exposition. Le design est signé SANAA (Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa), qui crée des formes arrondies pour les murs et des séparations transparentes entre les espaces. Les collections de haute joaillerie et les archives historiques étaient ponctuées par trois installations artistiques de Lara Favaretto, Akiko Nakayama et Mariko Mori (cette dernière ayant également l’une de ses créations présentées dans l’autre exposition Prism of the Real). J’ai particulièrement aimé les rouleaux colorés en rotation de l’artiste Lara Favaretto, se déclenchant et s’arrêtant par intermittence. Lorsque les rouleaux s’enclenchent et prennent de la vitesse, on a l’étrange sensation qu’ils s’approchent de nous, ce qui nous fait naturellement faire un pas en arrière. Je ne serais certainement pas allé seul à cette exposition, mais je ne regrette pas d’en avoir fait le tour.

J’avais parlé dans mon précédent billet de la musicienne et organiste Kali Malone et de ses liens avec la compositrice électronique Caterina Barbieri. Elle a en fait participé à l’album de remixes Fantas Variations, qui propose des alternatives au monumental morceau Fantas de l’album Ecstatic Computation de Caterina Barbieri. Je n’avais pas écouté cet album jusqu’à maintenant, car je pensais qu’on ne pouvait pas faire mieux que l’original. Sans faire mieux, Fantas Variations nous fait écouter huit versions très différentes par huit musiciens différents. La variation Fantas for Two Organs de Kali Malone est tellement éloignée de l’original qu’elle ressemble presque à un morceau original. Cette version, jouée à l’orgue, est beaucoup plus lente et sombre, modulant les tonalités. On dirait une marche mortuaire. Chaque variation adopte un style musical distinct. Parmi celles que je préfère, il y a la superbe Fantas Variation for Voices d’Evelyn Saylor, uniquement chantée a cappella à trois voix par Lyra Pramuk, Annie Garlid et Stine Janvin, puis une version expérimentale au saxophone intitulée Fantas for Saxophone and Voice par Bendik Giske. La version à la guitare, Fantas for Electric Guitar de Walter Zanetti, donne une interprétation beaucoup plus lumineuse du morceau Fantas. La seconde partie est plus électronique et donc plus proche de l’originale. J’aime beaucoup la version Fantas resynthesized for 808 and 202 de Carlo Maria, qui propose une lecture plus lissée de l’original, mais qui n’en reste pas moins enveloppante. Une particularité de la musique de Caterina Barbieri est précisément ce caractère enveloppant, et plus je l’écoute, plus je l’imagine liée au courant du Holy Minimalism dont je parlais précédemment, tant on y perçoit une certaine spiritualité. J’y pense particulièrement en écoutant maintenant son album Spirit Exit, sorti en juillet 2022. On y trouvera certainement quelque chose de l’ordre du spirituel dans le morceau Canticle of Cryo. Cet album a la particularité d’intégrer le chant aux nappes électroniques. C’est un opus magnifique que j’écoute beaucoup en ce moment.

un appel de la marche et des roches d’Islande

Une activité régulière de mes week-ends, surtout le samedi en fin d’après-midi, est de marcher pendant une ou deux heures dans les quartiers de Tokyo, pendant que Zoa suit son activité éducative du week-end. Je marche souvent dans le quartier de Meguro, comme je le mentionnais dans quelques billets précédents, et cet appel de la marche est irrésistible, toujours avec l’appareil photo à la main. L’inspiration n’est malheureusement pas toujours au rendez-vous et les photographies sont d’autant plus difficiles que la nuit tombe beaucoup plus tôt alors que l’été se termine. Ma marche, ce samedi m’amène vers des zones de barres d’immeubles blancs quelconques que je ne prendrais pas en photo et que je traverse en général au pas de course pour rejoindre des rues plus riches en détails et à l’architecture plus diverse.


Le numéro 73 du magazine +81 intitulé « Music Créatives Issue » nous présente le travail de plusieurs artistes d’arts graphiques au service d’une ou de plusieurs oeuvres musicales, notamment celles de quelques artistes que j’apprécie comme Radiohead, Sigur Rós ou encore Björk. J’avais un peu oublié la musique de Björk, alors que je la suivais avec beaucoup d’attention il y a plusieurs années aux débuts de sa carrière solo, de l’album Debut jusqu’à Homogenic. J’avais un peu décroché à partir de Vespertine, mais j’ai toujours eu une grande admiration pour l’originalité de cette artiste à la recherche de nouvelles musiques inexplorées ou de nouvelles associations de musiques.

J’avais pourtant pioché dans quelques albums plus récents de sa discographie comme Medúlla, mais cela faisait longtemps que je n’avais pas écouté un nouvel album de Björk. En ce qui concerne Björk, cet article du magazine +81 est centré sur l’art graphique de l’album Vulnicura, dernier album sorti de l’artiste avant le prochain intitulé Utopia qui sortira en novembre de cette année.

L’article nous parle aussi des vidéos réalisées par Andrew Thomas Huang et Warren du Preez & Nick Thornton Jones accompagnant l’album. Ecouter et voir quelques morceaux sur youtube comme le mystérieux et assez inquiétant Notget ou le panoramique Stonemilker sur les roches d’Islande me replonge dans l’ambiance musicale de Björk et me donne envie de partir à l’écoute de cet album Vulnicura sorti en 2015. L’album est très beau et ne dépareille pas vraiment de l’univers si unique de Björk. Il y a beaucoup d’incursions électroniques, que l’on doit je pense à Arca, mélangées aux sonorités plus symphoniques. L’album dans son ensemble est riche en émotions et sombre, prenant pour thème la rupture avec son compagnon, l’artiste Matthew Barney. Ceci étant dit, je n’ai pas le souvenir d’un album particulièrement joyeux de Björk, mais peut être le prochain.

Slowly boiling

En photos modifiées ci-dessus, nous sommes d’abord à Kamakura devant le Performing Arts Centre, ensuite à Sendagaya devant le Tokyo Metropolitan Gymnasium par Fumihiko Maki et finalement au croisement de Shibuya. Je prends aussi régulièrement en photo le bâtiment près de la gare de Shibuya, le nouveau landmark Hikarie de Tokyu. Je traque ainsi les évolutions de cet énorme building. Sur la dernière image, nous sommes à Yokohama sur le toit du Bay Quarter.

Musicalement, sans surprise, l’emprise d’Autechre sur mon environnement musical ne se relâche pas. Je ne lâche pas prise car il y a encore beaucoup de morceaux à découvrir et je découvre toujours des petites perles, ce qui me fait continuer dans ce voyage musical en écouteurs. Je n’avais pas encore écouté le premier album d’Autechre, Incunabula, car je le pensais moins abouti que les albums suivants, mais en découvrant quelques morceaux, j’aime beaucoup, notamment Basscadet. Quand on pense que cet album date de 1993, bientôt 20 ans… L’ambiance ne diffère pas vraiment des autres albums mais le traitement est plus atmosphérique qu’expérimental. Je repars ensuite sur quelques eps. Le morceau Cap.IV sur le ep Gantz Graf est encore une exception musicale, une sorte d’aliénation musicale qui s’adoucit parfois avec une mélodie qui apparait mais dont le final est un emballement électronique incontrôlable. Ce qui est intéressant c’est que même à travers ces moments de bruits assez extrêmes il faut bien l’avouer, se dégage un rythme voire une mélodie. J’écoute aussi Maphive 6.1 sur EP7. Le morceau démarre avec une ambiance un petit peu heroic fantasy. Je n’aime pas tellement faire ce genre de comparaisons, car le morceau étant polymorphe, il change d’atmosphère assez rapidement. Mais ce morceau dans son ensemble a tout de même une ambiance cinématographique. J’aime les sons de Etchogon-S sur Move of Ten, l’album le plus récent d’Autechre, et surtout la façon dont ils s’additionnent et se font échos. C’est un morceau que j’apprécie autant pour sa construction que pour la texture de chaque unité sonore. Et ensuite, il y a des gros morceaux. On les trouve sur Untilted notamment, des morceaux polymorphes également qui s’étalent sur plus de 10 minutes. LCC par exemple commence de manière assez agressive mais le son se transforme et s’enrichit petit à petit jusqu’à ce qu’une mélodie en fond prenne le relais et s’empare du focus du morceau. Les morceaux d’autechre jouent la plupart du temps sur plusieurs niveaux qui prennent le focus alternativement. Sublimit également sur Untilted tend parfois vers le minimalisme. J’ai l’impression que cet album est peut être un des plus difficiles d’approche mais contient la substance la plus essentielle et la plus dépouillée de la musique d’Autechre. Une musique qui a beaucoup d’élégance et qui ne tombe jamais dans la facilité. Les albums suivants, Quaristice ou Oversteps reviennent vers une approche plus étoffée et même à la limite de l’électronique mainstream. Sur d-sho sub sur Oversteps par exemple, on est surpris d’entendre des enchainements de notes si « évidentes ». Enfin, bien sûr, ça ne dure pas très longtemps et ce brin musical pop est vite perturbé par toute sorte de larsens électroniques. On entend le même style de perturbations mais de nature différente sur known(1) où ce sont des filets de musique aiguës passés en vitesse accélérée. J’aime bien le ep Envane et plus particulièrement depuis que je sais que la pochette représente Falling Water de Frank Lloyd Wright (voir les commentaires d’un billet précédent pour les photos comparées). Il faut croire que cette maison Falling Water me poursuit car même mon dentiste possède un bouquin sur l’histoire de la construction de cette maison. Je l’ai feuilleté dans la salle d’attente. Sur Goz Quarter que je découvre cette fois-ci sur cet ep, j’aime surtout la mélodie hésitante, le scratch des premières influences d’Autechre et la mélodie lente et mélancolique qui prend tranquillement le dessus. On retrouve souvent une ambiance mélancolique, sur le morceau Nil sur Amber également, un morceau très beau et calme. Second Scepe sur la compilation EPS 1991-2002 a la particularité de contenir des samples de voix, ce qui est assez rare. La musique d’Autechre, étant électronique, n’en est pas moins très humaine, car elle ne fonctionne pas comme un machine pré-programmée, mais est pleine de sursauts et d’imprévues, pleine de sentiments également. Beaucoup rapprochent cette musique à un monde robotique, mais je n’ai personnellement pas cette impression. On termine cette épisode Autechre par le morceau Cichli sur Chiastic Slide, qui complète un peu plus ma collection (jusqu’au prochain épisode). Je suis conscient que tout ce monologue ne va peut être intéresser qu’une ou deux personnes, mais que voulez vous, je me sens le besoin d’écrire tout ça (et au point où j’en suis sur la fréquentation du blog).

Je n’écoute pas qu’Autechre, mais si on reste dans l’électronique compliquée, j’aime le morceau Itsuko de Richard Devine, le rythme rapide et industrielle de Atlas de Monolake (Robert Henke) (j’ai d’abord été attiré par la pochette avec une superbe photo de turbine d’avion). Atlas par exemple est un bon morceau, mais beaucoup plus mécanique et systématique qu’un morceau d’Autechre. Dans un style un peu différent, j’écoute aussi l’instrumental électrique Feathers de Andrew Weatherall dont le début me rappelle un petit peu Mildred Pierce de Sonic Youth sur Goo. J’ai d’abord écouté ce morceau pour son titre après avoir fait mon tour quotidien sur le très beau blog de C et M Crying Feather. Et finalement, j’écoute aussi Björk . Je jette toujours une oreille sur sa musique mais j’avais vraiment décroché ces dernières années. Elle partait dans un style qui ne parlait pas du tout. Les premiers morceaux du nouvel album Biophilia sont plus proches de ce qu’elle a pu faire auparavant et j’aime beaucoup Crystalline et Cosmogony.

Et pour revenir sur le titre qui fait allusion à de l’eau bouillante. Elle m’a servi comme couche(s) de superpositions sur ces photos de Shibuya, Kamakura et Yokohama,

Photos et Musiques à voir

Sur un pont au dessus la voie ferrée Yamanote: devant Ebisu, à droite Daikanyama et derrière Shibuya.

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Beaucoup de poésie dans la série de photos les 4 saisons du photographe Bertrand Desprez. On y sent les émotions à travers ces visages adolescents pendant les 4 saisons de l’année: printemps à Tokyo, été à Yamada, automne à la campagne de Hannamaki et hiver sur la pointe nord de Hokkaido à Wakkanai. Ces photos sont certainement relativement récentes (exposées en 1999), mais paraissent comme délavées, usées par les saisons, ce qui donne beaucoup de charme et de mélancolie à cette gallerie.
(les 2 photos ci-dessus proviennent du site internet de l’auteur)

nishizawa-kawauchi-palla

3 articles en forme d’entretiens à noter sur pingmag. Le photographe Joe Nishizawa en exploration des sous-terrains de Tokyo et centrales nucléaires high-techs. Dans un style tout à fait opposé, la photographe Rinko Kawauchi nous présentent ses couleurs quotidiennes à travers 10 questions. Finalement, pingmag nous présente un peu plus Pallalink.net (aka Kazuhiko Kawahara), un site que je suis depuis longtemps pour ses formidables symetries tournantes-superposées-compliquées à base de photographies urbaines.
(les 3 photos de l’assemblage hétéroclite ci-dessus sont dans l’ordre Joe Nishizawa, de Rinko Kawauchi et de Kazuhiko Kawahara)

Une série de graphs ou stickers aperçus contre un mur à Ebisu.

Je ne me promène pas souvent sur youtube. Comme l’indiquait l’auteur de l’article pingmag sur Nishizawa, un des éléments nucléaires de son bouquin Deep Inside, fait beaucoup penser par ses couleurs et ses formes lisses et rondes, au videoclip All is full of love de Bjork par Chris Cunningham. Quand on rentre sur youtube, on ne peut plus en sortir, à la recherche de vidéo connues: la vidéo animée Wamono de Hifana par W+K Tokyo Lab, la musique sur scène avec Ukifune de Go!Go!7188 (la video est très sympa mais je ne l’ai pas trouvé en définition acceptable), quelques chansons de Sheena Ringo (Koko de kiss shite, Kabukicho no Jyoou ou honnou) avec, en suite, Tokyo Jihen et le blanchâtre Shuraba, en terminant par le Rock alternatif sur CIBICCO San de NUMBER GIRL.