dans l’étincelle d’émotion d’un instant

Le lac de Sayama (狭山湖) était depuis longtemps sur ma liste des découvertes à faire à Saitama, mais j’avais jusqu’à présent eu un peu de mal à convaincre Mari de faire le déplacement pour y visiter un cimetière. Nous faisons finalement le déplacement vers le lac mais on n’en verra pas une goutte d’eau. Enfin, on apercevra quand même très rapidement en voiture le lac Tama (多摩湖) qui se trouve juste à côté. Les origines du lac Sayama remontent aux années 1600. Il a été créé comme barrage primitif puis modernisé au 20ᵉ siècle. Le lac Tama est lui relié au fleuve Tama et est plus ancien. Il a été créé par le barrage de Tamako Dam en 1929.

Nous avons d’abord fait le déplacement pour aller voir un temple bouddhiste nommé Konjō-in (金乗院), situé à Kami-Yamaguchi, dans la ville de Tokorozawa, à proximité du lac de Sayama. Le temple appartient à la branche bouddhiste Shingon et on y vénère la divinité Kannon aux mille bras. Le temple est de ce fait également connu sous le nom de Yamaguchi Kannon (山口観音). On dit que la statue de Kannon aux mille bras et le pavillon qui lui est consacré ont été fondés par le moine Kūkai, fondateur de l’école bouddhiste Shingon, durant l’ère Kōnin (810–824). Cette statue n’est dévoilée au public qu’une fois tous les 33 ans. Nous nous promenons entre les pavillons dans l’enceinte Konjō-in, du pavillon Kaisandō (開山堂) dédié au moine fondateur du temple en passant par le pavillon dédié aux Sept Divinités du Bonheur, Shichifukujin (七福神堂), où comme son nom l’indique sont vénérées les statues des sept dieux du bonheur (七福神) à savoir Ebisu, Daikokuten, Bishamonten, Benzaiten, Fukurokuju, Jurōjin et Hotei. Le pavillon le plus particulier et intéressant du temple est le Sentai-Kannondō. Il a la particularité d’être décoré d’un long dragon placé sur un muret entourant le pavillon. Il ondule par endroit pour laisser s’ouvrir une porte. Le petit pavillon en lui-même est très riche, pourtant de nombreuses sculptures décoratives. On peut ensuite gravir la colline pour approcher une grande pagode octogonale de cinq étages. On peut y redescendre par un escalier reprenant des formes de dragons. On a par moments l’impression de ne plus être au Japon et d’être quelque part en Chine ou à Hong Kong.

Le temple Yamaguchi Kannon est proche de la station Seibukyūjō-mae, situés au terminus de la ligne de train Seibu Sayama Line opérée par Seibu Railway. Nous sommes ici sur les terres du groupe Seibu qui possède également la chaîne d’hôtels Prince Hôtels. L’équipe de baseball Seibu Lions, également propriété du groupe Seibu, y a établi ses quartiers. Tout près de la station, on ne manquera pas le grand stade de baseball Belluna Dome (ベルーナドーム), dont le nom officiel est Seibu Dome (西武ドーム). A côté du dôme, on trouve même une piste de ski artificielle au Sayama Ski Resort (狭山スキー場). Ceci explique la présence saugrenue de surfeurs des neiges aux alentours du dôme. A la station suivante sur la ligne de train Seibu Yamaguchi Line, le groupe opère également un parc d’attraction appelé Seibuen Amusement Park (西武園ゆうえんち). Mentionner Seibu me rappelle que j’ai déjà vu et montré sur ces pages le siège du groupe Seibu. Il s’agit du building DaiyaGate situé à Ikebukuro (ダイヤゲート池袋).

Nous arrivons un peu tard au deuxième objet de notre visite à Sayama qui était de voir l’architecture d’Hiroshi Nakamura & NAP (中村拓志 & NAP建築設計事務所) dans un cimetière près du Belluna dôme. J’avais déjà vu plusieurs fois sur Instagram le Sayama Lakeside Cemetery Community Hall. J’avais vu quelque chose de très poétique dans l’apparition inattendue d’une végétation venant coiffée un toit courbé de couleur argentée. Ce n’était pas une mauvaise idée d’arriver en toute fin d’après-midi car le soleil couchant ajoute à la beauté de cette composition florale. Il faut marcher dans le cimetière, dans les petites allées entre les tombes pour pouvoir prendre en photo la toiture courbée. Le cimetière est posé sur une colline pentue, ce qui donne une vue dégagée. Près de la porte principale du hall, un long bassin d’eau ressemble à un miroir reflétant les couleurs bleutées de la fin de journée. Un peu plus loin dans le grand cimetière, je voulais également observer la chapelle Sayama Forest Chapel, mais ses portes étaient déjà fermées et la lumière couchante ne m’a malheureusement pas permis de prendre des photographies correctes avec mon reflex. Il faudra refaire le déplacement plus tard, mais j’ai au moins quelques photos prises à l’iPhone ci-dessous. J’ai déjà vu un certain nombre d’œuvres architecturales d’Hiroshi Nakamura, dont j’apprécie particulièrement la force d’évocation. Me revient d’abord en tête l’espace de méditation devant le grand camphrier du sanctuaire Tōshōgū à Ueno puis la bibliothèque souterraine Library in the Earth à Kurkku Fields dans la préfecture de Chiba. Il a créé des bâtiments plus monumentaux comme le Tokyu Plaza OMOKADO (オモカド), idéalement placé à Harajuku, qui laisse une place importante au végétal sur sa terrasse en hauteur. Je passe très régulièrement devant le petit bâtiment courbe Monkey Café & Gallery D.K.Y. à Daikanyama et l’élégant bâtiment IDÉAL TOKYO à Aoyama, mais ma première découverte de cet architecte était la petite maison particulière House SH, qui m’avait beaucoup marqué pour l’avoir souvent vu dans des magazines d’architecture.

L’évocation de Tame Impala sur un billet de Nagoya etcetera me rappelle que Michka Assayas lui avait consacré un épisode de son émission Very Good Trip, à l’occasion de la sortie de son nouvel album Deadbeat. Je ne l’ai pas encore écouté à part le single End of Summer que j’aime pourtant beaucoup. De cette émission, je note particulièrement le morceau Neverender de Justice, avec au chant Kevin Parker aka Tame Impala, sur leur album Hyperdrama de 2024. De cet album, je connaissais pourtant l’autre featuring de Tame Impala, One Night/All Night, et je me demande maintenant pourquoi j’avais loupé cet excellent Neverender. Il y a plusieurs très bons morceaux sur Hyperdrama de Justice. Je me demande s’ils sont les seuls survivants de la French Touch. Leur son plus sombre voire gothique, par exemple sur l’excellent Generator, m’accroche beaucoup plus que des morceaux de Daft Punk, que j’avoue n’avoir jamais aimé, à part peut être Revolution 909. Je n’ai jamais vraiment accroché non plus au groupe Gorillaz de Damon Albarn, pourtant j’aime beaucoup le morceau New Gold avec Tame Impala et Bootie Brown sur l’album Cracker Island de 2023, que je découvre également sur cette émission de Very Good Trip.

Dans l’émission précédente qui démarre et termine également par des morceaux de Tame Impala, je découvre également beaucoup de très bonnes choses, et il est même rare que j’apprécie autant de morceaux dans une même émission de Very Good Trip (sauf quand elles sont consacrées à un unique artiste ou groupe que j’aime). Parmi les excellents morceaux de l’émission, certains sont d’artistes que j’avais découvert au tout début des années 2010, époque où j’étais beaucoup plus attentif que maintenant à la musique occidentale. Il y a d’abord Thundercat avec I Wish I Didn’t Waste Your Time, puis Erika de Casier avec You Can’t Always Get What You Want, Sassy 009 avec Tell Me (feat. Blood Orange), Austra avec Math Equation et finalement Ethel Cain avec Fuck Me Eyes. Tous ces morceaux s’enchaînent sur la playlist de l’émission avec une certaine unité de style que Michka Assayas associe à un même groove mélodieux et réconfortant. J’ai également ce sentiment en écoutant la voix de l’américain Stephen Lee Bruner, aka Thundercat, qui est très belle comme celle de Kevin Parker d’ailleurs. C’est bon de s’échapper de temps en temps des musiques pop-rock japonaises, qui m’inspirent un peu moins en ce moment. A ma playlist du mois de Novembre, j’ajoute également le hip-hop de Freddie Gibbs avec le morceau Ensalada (feat. Anderson.Paak) que j’ai également dû découvrir sur un épisode de Very Good Trip et un morceau rock français un peu plus ancien intitulé L’amour fou du groupe Grand Blanc qui a atterri sur ma trajectoire musicale d’une manière inattendue.

J’écoute Very Good Trip par phases. Je suis actuellement dans une phase d’écoute et j’apprécie également les interviews. Autant l’interview historique de Neil Young m’a fatigué au plus haut point, autant j’ai apprécié celle de David Gilmour, même si je ne suis pas particulièrement amateur de son ancien groupe Pink Floyd. J’avais par contre récemment été émerveillé par le morceau Between Two Points interprété avec sa fille Romany. Pendant cette longue interview en deux parties de David Gilmour, une opinion qu’il partage m’interpelle en particulier. Il nous dit la chose suivante: « Personne ne peut créer à partir du bonheur. C’est la chose la plus difficile à réussir dans tous les arts, le bonheur véritable, parce que ce qui naturellement donne envie aux gens de regarder, d’écouter, de voir, c’est le partage des pensées, des idées sur les malheurs de la vie. Non pas que la vie soit misérable, mais elle convoque bien des malheurs« . J’ai souvent pensé à cette idée ou interrogation de savoir si on peut vraiment créer quelque chose d’intéressant et de fort lorsqu’on est heureux dans sa vie personnelle. La réponse à cette interrogation n’est certainement pas aussi simple et définitive qu’elle peut en avoir l’air, mais ce que dit David Gilmour fait écho à une idée qui m’était revenue en tête en lisant l’histoire malheureuse de la compositrice et interprète Smany dont je parlais récemment au sujet de son dernier EP. La musique est parfois la seule chose qui maintient les âmes en vie, comme une sève sur laquelle il faut veiller pour qu’elle ne se tarisse pas.

true blue interlude

Je suis plus attentif ces derniers mois aux sorties musicales non-japonaises, grâce notamment au podcast Very Good Trip de France Inter qui m’oriente vers quelques très belles découvertes. Michka Assayas diffuse dans des episodes récents de son émission une rétrospective de titres sortis cette année qui auraient mérité être davantage diffusés. J’écoute d’abord l’épisode consacré à l’electro et j’accroche tout de suite sur le morceau Death & Romance du groupe Magdalena Bay sur leur dernier album Imaginal Disk, sorti le 23 Août 2024. Le nom de ce duo américain composé de Mica Tenenbaum et Matthew Lewin m’était familier, et je le gardais même en tête sans avoir écouté leur musique, car j’en avais entendu parler à plusieurs reprises. La synth pop à tendance rétro et alternative du morceau Death & Romance me plait tout de suite beaucoup et une première écoute de l’album sur Bandcamp me fait tout de suite l’acheter. J’aime beaucoup la manière dont la plupart des morceaux s’enchainent sur l’album sans interruption, ce qui crée un univers continu. J’adore l’approche pop un peu vaporeuse des morceaux qui n’hésite pas à s’en éloigner en cours de route pour des sons plus expérimentaux. Le tout donne un son alternatif mélangeant les styles, avec même des incursions disco sur l’excellent morceau Image. Ce morceau suivi de Death & Romance m’a tout de suite convaincu de la qualité de l’album. La très grande majorité des morceaux de cet album sont excellents, mais certains sortent quand même leur tête par dessus les autres. Outre ceux déjà cités, on peut également noter Vampire in the Corner, Tunnel Vision, entre autres. Ah, j’adore ce genre de découvertes musicales inattendues qui viendraient presque mettre sans dessus-dessous tout ce que j’ai écouté jusqu’à maintenant (et la composition classique de mes billets par la même occasion).

laisser le béton

« Dis moi, tu connais Blockbusters? »
« Non, c’est quoi au juste? »
« C’est une émission de radio sur France Inter. Regardes, je te montre sur mon iPhone, il y a une appli qui permet d’y accéder facilement. Ça parle de culture pop des années 80 et 90. »
« Ah ouais, génial mais c’est en français, j’y comprends rien, laisses béton ».

J’écoute en ce moment assidûment le podcast Blockbusters de France Inter animé par Frédéric Sigrist, consacré à la culture pop de divers horizons. Cette émission me parle beaucoup car l’animateur a le même âge que moi et les thèmes qu’il sélectionne sont par conséquent très proches de ma propre culture pop. J’ai commencé à enchaîner les épisodes quand je me suis rendu compte en fouillant dans les archives qu’on y parlait du film Les Goonies (1985) réalisé par Richard Donner d’après une histoire écrite par Steven Spielberg. En écoutant cette émission, je me suis remémoré la première fois où j’ai vu le film, et ce souvenir reste encore très clair dans a mémoire. C’était une diffusion un vendredi soir sur Canal+ alors qu’un ami de la famille nous avait prêté son décodeur pendant ses vacances. Ma sœur et moi avions tellement aimé le film qu’on l’avait regardé dès le jour suivant pour une rediffusion. Une autre émission du podcast couvre la série Twin Peaks (1990-91). Je l’ai découvert bien après sa sortie alors que je vivais déjà à Tokyo. J’étais déjà amateur du cinéma de David Lynch après avoir été choqué par Lost Highway (1997) au cinéma, mais je n’ai acheté les DVDs des deux saisons de Twin Peaks que bien plus tard. Je me souviens avoir dévoré cette série avec Mari. On était tous les deux accrochés à l’ambiance si particulière de cette petite ville fictive de l’Etat de Washington. La troisième saison sortie beaucoup plus tard en 2017 était un autre choc. Cette émission Blockbusters m’a ensuite donné envie de revoir Lost Highway que j’ai en DVD à la maison. Une autre émission parle de la série culte Seinfeld (1989-1998), que l’on a découvert en France sur la chaîne Canal Jimmy disponible à l’époque par abonnement satellite. Canal Jimmy nous avait fait découvrir un grand nombre de séries américaines, car Friends (1994-2004) y passait également. Je me souviens également de la série Spin City (1997-2003) avec l’acteur Michael J.Fox en chef de cabinet du maire de New York. Mais Seinfeld avait vraiment un humour particulier où un épisode pouvait se construire sur un rien, comme par exemple un homme portant une cape en pleine rue. Blockbusters parle bien évidemment de manga et de films d’animation avec l’incontournable Neon Genesis Evangelion dont j’avais vu les épisodes lors de leur première diffusion en France sur Canal+ en 1998. Les manga et anime n’avaient pas encore la popularité actuelle. Dans Blockbusters, on nous parle également du manga sombre Gunnm de Yukito Kishiro que j’avais suivi dès le premier tome sorti chez Glenat en 1995. Je garde cette série de manga précieusement. C’est amusant de voir abordé dans ce podcast une bonne partie des films et séries qui ont marqué pour moi la deuxième partie des années 1980 et les années 1990. On y parle par exemple d’Arnold Schwarzenegger. J’ai eu ma période de films d’action basiques pendant mon adolescence que j’avais démarré avec Commando (1985), puis Predator (1987) bien avant Terminator 2 (1991), Total Recall (1990) et True Lies (1994). L’Arme Fatale (1987), bien entendu couvert dans ce podcast, avait également été marquant. J’avais commencé la série par le deuxième épisode (1989) vu sur Canal+, en adorant tout de suite l’ambiance mélangeant une noirceur certaine avec l’humour du buddy movie, le tout accompagné par un saxophone particulièrement marquant. On y parle beaucoup d’anime avec le monde de Rumiko Takahashi (Ranma 1/2, Ramu, entre autres) et bien sûr celui d’Hayao Miyazaki pour lequel une émission de 5h est consacrée ainsi qu’une autre sur les deux chefs d’oeuvres que sont Princesse Mononoke et Le voyage de Chihiro. Bon, il y a bien des sujets d’émissions plus récents qui ne me parlent pas du tout comme Taylor Swift, Aya Nakamura ou Orelsan, mais dans l’ensemble j’y trouve une correspondance assez bluffante avec ma propre culture pop. Le podcast évoque aussi souvent les jeux vidéos, mais c’est un domaine que je connais moins à part quand il s’agit de franchises historiques comme celles des jeux de combat Street Fighter ou Tekken, ou le fabuleux Prince of Persia qui avait été pour moi une révélation sur sa version Super Famicom (j’y jouais en version import japonais). Les musiques de ce jeu me restent encore maintenant gravées en tête tant j’y pu y jouer en répétant des dizaines et des dizaines de fois les mêmes mouvements. Le jeu était difficile mais extrêmement immersif. Je ne joue plus beaucoup aux jeux vidéos à part ceux emblématiques sur la Nintendo Switch (les derniers Zelda, Super Mario et Mario Kart), mais j’ai toujours regretté d’avoir loupé le coche de Nier Automata. Ce podcast me permet également de remplir quelques lacunes culturelles. Mais ce que j’apprécie particulièrement sur ce podcast est le ton de Frédéric Sigrist et de ses invités qui ne se veulent pas savants et démontrent une véritable passion pour leurs sujets. On n’essaie pas non plus de nous faire croire que la culture pop était mieux avant. La qualité de séries actuelles comme The Gentlemen de Guy Ritchie que je regarde en ce moment sur Netflix me fait dire que des nouvelles oeuvres cultes sont en train d’être diffusées en ce moment.

Outre le podcast ci-dessus, Nicolas me conseille également l’écoute du dernier single Bite you du jeune groupe muque, dont j’avais déjà parlé du single 456 sorti en Octobre 2023. Je n’avais pas vraiment poursuivi la découverte de la musique du groupe mais ce dernier morceau sorti le 26 Mars 2024 sur le label A.S.A.B. m’y ramène gentiment. Dès les premières cordes, on se laisse accrocher par le rythme du morceau, oscillant toujours entre l’approche rock et un beat pop très prononcé. Le groupe a cette capacité à créer des morceaux à la qualité pop immédiate, qui devraient les amener sur les ondes du mainstream un jour ou l’autre. D’autant plus que la voix d’Asakura est très affirmée et versatile, notamment dans un petit passage parlé au milieu du morceau qui fonctionne très bien.

Je ne sais plus par quel détour j’ai découvert l’excellent morceau Luv Myself de Kvi Baba avec AKLO & KEIJU, oscillant brillamment entre le hip-hop et la pop. En fait, depuis que j’ai écouté le morceau run away qu’AAAMYYY a chanté avec KEIJU lors de son concert Option C du 7 Mars 2024, j’ai l’envie de découvrir d’autres musiques sur lesquelles KEIJU intervient car j’aime beaucoup sa voix. Je ne connaissais pas le jeune rappeur et compositeur Kvi Baba originaire d’Osaka, qui mène ce morceau avec les deux autres rappeurs AKLO et KEIJU. Je ne connaissais AKLO qu’à travers le morceau RGTO, sur son album The Arrival de 2014, sur lequel il fait intervenir d’autres rappeurs: SALU, H.TEFLON et K DUB SHINE. La vidéo de ce morceau mentionne dans les remerciements T-Pablow et BAD HOP, et là s’ouvre une nouvelle porte vers un hip-hop japonais beaucoup plus badass (si vous me permettez l’expression).

BAD HOP est un collectif originaire du quartier d’Ikegami à Kawasaki et se compose de huit rappeurs: T-Pablow, YZERR, Tiji Jojo, Benjazzy, Yellow Pato, Bark, G-K.I.D et Vingo. J’écoute leur dernier album éponyme sorti en Février 2024 que je trouve excellent, notamment les deux morceaux Ikegami Boyz et Final Round. Je suis très loin d’être spécialiste du monde du hip-hop, mais je trouve que l’ambiance est proche du gangsta américain dans son approche musicale et dans les thèmes abordés. Le flot vocal et l’alternance des voix des rappeurs sont remarquables, par exemple, la manière mécanique par laquelle YZERR prononce les paroles « Knock out, Knock out, Knock out, Knock out床にKnock out » qui sonnent comme une série de coups de poing qui mettent à terre. Tous les morceaux ne sont pourtant pas tous sombres, comme Last Party Never EndSupercar2 mettant en avant la voix plus haut perchée de Toji Jojo qui apporte une alternative intéressante aux voix de tonalité plus grave de la plupart des autres membres du collectif. Du quartier industriel d’Ikegami à Kawasaki, la crew BAD HOP a gravi les échelons jusqu’au Tokyo Dome pour un concert le 19 Février 2024, qui est représenté par le premier morceau de l’album Tokyo Dome Cypher. BAD HOP a déjà sorti au moins cinq albums depuis 2014 et ce ne sont donc pas des nouveaux arrivants. Leur ascension jusqu’au Tokyo Dome démontre une popularité certaine auprès des amateurs de Hip-hop. A parmi les nombreuses collaborations de BAD HOP, j’y retrouve le nom de KEIJU sur certains morceaux. Une porte ouvre, je vais y entrer tranquillement sans faire de bruit.

nowhere near

Je ne peux pas nier une certaine influence de la musique que j’écoute au moment où je me pose devant l’ordinateur le soir pour créer les compositions d’images comme celles ci-dessus. Plutôt qu’un ou plusieurs albums, j’écoute cette fois-ci une série d’émissions du podcast Very Good Trip de Michka Assayas sur France Inter consacrés au mouvement rock shoegazing. Je parle régulièrement de cette influence musicale, notamment du bruit qui compose cette musique et que je retranscris d’une certaine manière dans mes compositions photographiques. Je parle aussi beaucoup de ce podcast de Michka Assayas car sa qualité est dans la ligne directe de l’émission de Bernard Lenoir, sur la même station de radio, que j’écoutais il y a 25-30 ans. J’y ressens une onde très similaire qui me plait beaucoup. L’émission de Michka Assayas me fait régulièrement découvrir de belles choses, même si je n’écoute pas systématiquement tous les épisodes, ou me fait me souvenir d’albums ou d’artistes que je n’avais pas écouté depuis très longtemps. Les 4 émissions parlant de shoegazing prennent pour fil rouge le groupe précurseur du mouvement, My Bloody Valentine, dont leur album clé Loveless fête ces trente ans. Les émissions nous parlent et nous font écouter d’autres groupes évoluant dans le même genre, mais partent également dans d’autres directions évoquant notamment la Dream Pop. On y parle aussi de l’avant grunge de Sonic Youth jusqu’à Nirvana, en passant par des groupes que je me suis remis à écouter ces dernières semaines comme Sugar, Dinosaur Jr ou Mudhonney. Il ne s’agissait pas là de shoegazing mais d’une approche similaire autour du bruit par la scène alternative américaine des années 90. La dernière excellente émission de la série est entièrement consacrée à My Bloody Valentine et diffuse plusieurs morceaux dont un que je ne connaissais pas. Dans ces émissions, je retrouve beaucoup de groupes que j’ai écouté ou que je connaissais de nom et de réputation. Côté shoegazing, le podcast me fait revenir sur l’album Whirlpool (1991) des anglais de Chapterhouse et je découvre l’album Painful (1993) des américains de Yo La Tengo qui flirte un peu avec la Dream Pop. Je me suis mis à écouter ces deux excellents albums à la suite depuis ces quatre émissions. Et pour conclure sur Very Good Trip, Michka Assayas a également eu la bonne idée de consacrer une émission entière au label 4 AD pour ses 40 ans. Ce label reste pour moi légendaire car j’y ai découvert Pixies et il a toujours été synonyme de qualité sans compromis.