dans l’étincelle d’émotion d’un instant

Le lac de Sayama (狭山湖) était depuis longtemps sur ma liste des découvertes à faire à Saitama, mais j’avais jusqu’à présent eu un peu de mal à convaincre Mari de faire le déplacement pour y visiter un cimetière. Nous faisons finalement le déplacement vers le lac mais on n’en verra pas une goutte d’eau. Enfin, on apercevra quand même très rapidement en voiture le lac Tama (多摩湖) qui se trouve juste à côté. Les origines du lac Sayama remontent aux années 1600. Il a été créé comme barrage primitif puis modernisé au 20ᵉ siècle. Le lac Tama est lui relié au fleuve Tama et est plus ancien. Il a été créé par le barrage de Tamako Dam en 1929.

Nous avons d’abord fait le déplacement pour aller voir un temple bouddhiste nommé Konjō-in (金乗院), situé à Kami-Yamaguchi, dans la ville de Tokorozawa, à proximité du lac de Sayama. Le temple appartient à la branche bouddhiste Shingon et on y vénère la divinité Kannon aux mille bras. Le temple est de ce fait également connu sous le nom de Yamaguchi Kannon (山口観音). On dit que la statue de Kannon aux mille bras et le pavillon qui lui est consacré ont été fondés par le moine Kūkai, fondateur de l’école bouddhiste Shingon, durant l’ère Kōnin (810–824). Cette statue n’est dévoilée au public qu’une fois tous les 33 ans. Nous nous promenons entre les pavillons dans l’enceinte Konjō-in, du pavillon Kaisandō (開山堂) dédié au moine fondateur du temple en passant par le pavillon dédié aux Sept Divinités du Bonheur, Shichifukujin (七福神堂), où comme son nom l’indique sont vénérées les statues des sept dieux du bonheur (七福神) à savoir Ebisu, Daikokuten, Bishamonten, Benzaiten, Fukurokuju, Jurōjin et Hotei. Le pavillon le plus particulier et intéressant du temple est le Sentai-Kannondō. Il a la particularité d’être décoré d’un long dragon placé sur un muret entourant le pavillon. Il ondule par endroit pour laisser s’ouvrir une porte. Le petit pavillon en lui-même est très riche, pourtant de nombreuses sculptures décoratives. On peut ensuite gravir la colline pour approcher une grande pagode octogonale de cinq étages. On peut y redescendre par un escalier reprenant des formes de dragons. On a par moments l’impression de ne plus être au Japon et d’être quelque part en Chine ou à Hong Kong.

Le temple Yamaguchi Kannon est proche de la station Seibukyūjō-mae, situés au terminus de la ligne de train Seibu Sayama Line opérée par Seibu Railway. Nous sommes ici sur les terres du groupe Seibu qui possède également la chaîne d’hôtels Prince Hôtels. L’équipe de baseball Seibu Lions, également propriété du groupe Seibu, y a établi ses quartiers. Tout près de la station, on ne manquera pas le grand stade de baseball Belluna Dome (ベルーナドーム), dont le nom officiel est Seibu Dome (西武ドーム). A côté du dôme, on trouve même une piste de ski artificielle au Sayama Ski Resort (狭山スキー場). Ceci explique la présence saugrenue de surfeurs des neiges aux alentours du dôme. A la station suivante sur la ligne de train Seibu Yamaguchi Line, le groupe opère également un parc d’attraction appelé Seibuen Amusement Park (西武園ゆうえんち). Mentionner Seibu me rappelle que j’ai déjà vu et montré sur ces pages le siège du groupe Seibu. Il s’agit du building DaiyaGate situé à Ikebukuro (ダイヤゲート池袋).

Nous arrivons un peu tard au deuxième objet de notre visite à Sayama qui était de voir l’architecture d’Hiroshi Nakamura & NAP (中村拓志 & NAP建築設計事務所) dans un cimetière près du Belluna dôme. J’avais déjà vu plusieurs fois sur Instagram le Sayama Lakeside Cemetery Community Hall. J’avais vu quelque chose de très poétique dans l’apparition inattendue d’une végétation venant coiffée un toit courbé de couleur argentée. Ce n’était pas une mauvaise idée d’arriver en toute fin d’après-midi car le soleil couchant ajoute à la beauté de cette composition florale. Il faut marcher dans le cimetière, dans les petites allées entre les tombes pour pouvoir prendre en photo la toiture courbée. Le cimetière est posé sur une colline pentue, ce qui donne une vue dégagée. Près de la porte principale du hall, un long bassin d’eau ressemble à un miroir reflétant les couleurs bleutées de la fin de journée. Un peu plus loin dans le grand cimetière, je voulais également observer la chapelle Sayama Forest Chapel, mais ses portes étaient déjà fermées et la lumière couchante ne m’a malheureusement pas permis de prendre des photographies correctes avec mon reflex. Il faudra refaire le déplacement plus tard, mais j’ai au moins quelques photos prises à l’iPhone ci-dessous. J’ai déjà vu un certain nombre d’œuvres architecturales d’Hiroshi Nakamura, dont j’apprécie particulièrement la force d’évocation. Me revient d’abord en tête l’espace de méditation devant le grand camphrier du sanctuaire Tōshōgū à Ueno puis la bibliothèque souterraine Library in the Earth à Kurkku Fields dans la préfecture de Chiba. Il a créé des bâtiments plus monumentaux comme le Tokyu Plaza OMOKADO (オモカド), idéalement placé à Harajuku, qui laisse une place importante au végétal sur sa terrasse en hauteur. Je passe très régulièrement devant le petit bâtiment courbe Monkey Café & Gallery D.K.Y. à Daikanyama et l’élégant bâtiment IDÉAL TOKYO à Aoyama, mais ma première découverte de cet architecte était la petite maison particulière House SH, qui m’avait beaucoup marqué pour l’avoir souvent vu dans des magazines d’architecture.

L’évocation de Tame Impala sur un billet de Nagoya etcetera me rappelle que Michka Assayas lui avait consacré un épisode de son émission Very Good Trip, à l’occasion de la sortie de son nouvel album Deadbeat. Je ne l’ai pas encore écouté à part le single End of Summer que j’aime pourtant beaucoup. De cette émission, je note particulièrement le morceau Neverender de Justice, avec au chant Kevin Parker aka Tame Impala, sur leur album Hyperdrama de 2024. De cet album, je connaissais pourtant l’autre featuring de Tame Impala, One Night/All Night, et je me demande maintenant pourquoi j’avais loupé cet excellent Neverender. Il y a plusieurs très bons morceaux sur Hyperdrama de Justice. Je me demande s’ils sont les seuls survivants de la French Touch. Leur son plus sombre voire gothique, par exemple sur l’excellent Generator, m’accroche beaucoup plus que des morceaux de Daft Punk, que j’avoue n’avoir jamais aimé, à part peut être Revolution 909. Je n’ai jamais vraiment accroché non plus au groupe Gorillaz de Damon Albarn, pourtant j’aime beaucoup le morceau New Gold avec Tame Impala et Bootie Brown sur l’album Cracker Island de 2023, que je découvre également sur cette émission de Very Good Trip.

Dans l’émission précédente qui démarre et termine également par des morceaux de Tame Impala, je découvre également beaucoup de très bonnes choses, et il est même rare que j’apprécie autant de morceaux dans une même émission de Very Good Trip (sauf quand elles sont consacrées à un unique artiste ou groupe que j’aime). Parmi les excellents morceaux de l’émission, certains sont d’artistes que j’avais découvert au tout début des années 2010, époque où j’étais beaucoup plus attentif que maintenant à la musique occidentale. Il y a d’abord Thundercat avec I Wish I Didn’t Waste Your Time, puis Erika de Casier avec You Can’t Always Get What You Want, Sassy 009 avec Tell Me (feat. Blood Orange), Austra avec Math Equation et finalement Ethel Cain avec Fuck Me Eyes. Tous ces morceaux s’enchaînent sur la playlist de l’émission avec une certaine unité de style que Michka Assayas associe à un même groove mélodieux et réconfortant. J’ai également ce sentiment en écoutant la voix de l’américain Stephen Lee Bruner, aka Thundercat, qui est très belle comme celle de Kevin Parker d’ailleurs. C’est bon de s’échapper de temps en temps des musiques pop-rock japonaises, qui m’inspirent un peu moins en ce moment. A ma playlist du mois de Novembre, j’ajoute également le hip-hop de Freddie Gibbs avec le morceau Ensalada (feat. Anderson.Paak) que j’ai également dû découvrir sur un épisode de Very Good Trip et un morceau rock français un peu plus ancien intitulé L’amour fou du groupe Grand Blanc qui a atterri sur ma trajectoire musicale d’une manière inattendue.

J’écoute Very Good Trip par phases. Je suis actuellement dans une phase d’écoute et j’apprécie également les interviews. Autant l’interview historique de Neil Young m’a fatigué au plus haut point, autant j’ai apprécié celle de David Gilmour, même si je ne suis pas particulièrement amateur de son ancien groupe Pink Floyd. J’avais par contre récemment été émerveillé par le morceau Between Two Points interprété avec sa fille Romany. Pendant cette longue interview en deux parties de David Gilmour, une opinion qu’il partage m’interpelle en particulier. Il nous dit la chose suivante: « Personne ne peut créer à partir du bonheur. C’est la chose la plus difficile à réussir dans tous les arts, le bonheur véritable, parce que ce qui naturellement donne envie aux gens de regarder, d’écouter, de voir, c’est le partage des pensées, des idées sur les malheurs de la vie. Non pas que la vie soit misérable, mais elle convoque bien des malheurs« . J’ai souvent pensé à cette idée ou interrogation de savoir si on peut vraiment créer quelque chose d’intéressant et de fort lorsqu’on est heureux dans sa vie personnelle. La réponse à cette interrogation n’est certainement pas aussi simple et définitive qu’elle peut en avoir l’air, mais ce que dit David Gilmour fait écho à une idée qui m’était revenue en tête en lisant l’histoire malheureuse de la compositrice et interprète Smany dont je parlais récemment au sujet de son dernier EP. La musique est parfois la seule chose qui maintient les âmes en vie, comme une sève sur laquelle il faut veiller pour qu’elle ne se tarisse pas.

FRUiTS, Stripes & Burn

Je suis enfin aller voir de plus près le nouvel immeuble Tokyu Plaza HARAKADO (ハラカド) conçu par Akihisa Hirata (平田晃久) au croisement d’Harajuku. Je suis passé plusieurs fois devant en le prenant en photo en pleine construction. Il fait face à l’existant Tokyu Plaza OMOKADO (オモカド) par l’architecte Hiroshi Nakamura & NAP (中村拓志), qui est situé à l’exact opposé dans la diagonale du croisement. Les buildings se font en quelque sorte écho car on retrouve des éléments similaires entre ces deux bâtiments commerciaux pourtant conçus par des architectes différents, notamment les plaques de vitrages à angles variés et les jardins posés sur les hauteurs. Celui du nouveau HARAKADO est particulièrement développé, occupant plusieurs étages. S’y promener est très agréable car on a une vue très dégagée sur le carrefour et sur le Building OMOKADO de l’autre côté. Depuis un des balcons d’HARAKADO, certaines personnes faisaient même des grands gestes pour attirer l’attention des gens en face. Les gens se répondaient entre eux par des grands signes de mains. J’ai fait un tour rapide de l’intérieur du nouveau building mais il faudra que j’y reviennes plus tard. Je préférais en fait monter jusqu’au jardin du toit du building OMOKADO pour avoir une vue d’ensemble d’HARAKADO. On a vraiment l’impression que le jardin est creusé dans le building qui ressemble par ses formes irrégulières à une sorte de gros nuage.

Je voulais également voir l’exposition dédiée au magazine FRUiTS qui était consacré à la mode d’Harajuku de la toute fin des années 1990 et du tout début des années 2000. Ce magazine a été fondé par Shoichi Aoki, photographe de la mode urbaine de ce quartier (entre autres certainement) depuis 1985. Le magazine existe toujours maintenant mais a clairement connu son heure de gloire au début des années 2000. Il fait encore maintenant figure de précurseur influençant les jeunes générations. Depuis, d’autres publications digitales se sont consacrées à la mode d’avant-garde d’Harajuku comme l’excellent compte Instagram Tokyo Fashion, qui prend des photographies de jeunes tokyoïtes, souvent étudiants dans le domaine de la mode, le long de la grande avenue d’Omotesando. Je n’ai jamais acheté ni consulté la version papier du magazine FRUiTS, mais je suis depuis longtemps le compte Instagram du magazine montrant de très nombreuses photos d’archives de la jeunesse de l’époque. Ces photographies me parlent beaucoup car j’avais tout juste 20 ans à cette époque et j’ai de très bon souvenir de la population et des modes vestimentaires parfois très étonnantes qu’on pouvait voir à l’époque. Je revois donc ces photographies avec une bonne dose de nostalgie, mélangée à l’étonnement qui ne m’a jamais quitté. Cette mode Y2K n’a pas complètement disparue car on en retrouve certains éléments chez la jeunesse actuelle. Le Departement Store LaForet situé près du carrefour d’Harajuku présentait donc l’exposition FRUiTS ARCHIVE EXHIBITION 1997-2003+2024 du 27 Avril au 12 Mai 2024. Des photographies étaient montrées à différents endroits du Departement Store, mais je ne me sentais pas particulièrement à l’aise pour parcourir le bâtiment de fond en comble. A vrai dire, ça fait bien 20 ans que je ne suis pas entré à l’intérieur du LaForet Harajuku et la moyenne d’âge de la clientèle doit tourner au dessous des 20 ans. Un petit espace vendait des magazines d’archives et en montrait un très grand nombre sur un long stand. J’ai cherché celui avec Kyary Pamyu Pamyu en couverture, alors qu’elle était figure d’Harajuku mais pas encore chanteuse, mais je ne l’ai malheureusement pas trouvé. J’aurais certainement acheté ce numéro s’il avait été en vente.

Je voulais également revoir les portraits à rayures de Shigeki Matsuyama (松山しげき) qui étaient montrés dans la petite galerie LOVUS au sous-sol du magasin The SHEL’TTER du Tokyu Plaza OMOKADO. Cette exposition intitulée Portaits IV se déroulant du 30 Avril au 6 Mai 2024 montrait moins d’une dizaine de portraits mais l’espace de la galerie avait également la particularité d’être recouvert des mêmes motifs hachurés que les portraits. Le visiteur entrait donc en immersion quasi complète dans l’oeuvre de Shigeki Matsuyama. J’avais déjà vu deux fois l’année dernière des œuvres de cet artiste, à la galerie d’art Foam Contemporary liée au magasin Tsutaya de Ginza6 et à la galerie Night Out. Les yeux ultra réalistes de ces portraits conceptuels m’impressionnent toujours autant et l’envie de les revoir m’est à chaque fois irrésistible.

DAOKO vient de sortir son cinquième album le 22 Mai 2024, et je suis allé l’acheter dès le soir du jour d’avant au Tower Records de Shibuya, en mode Flying Get (フラゲ). J’étais très pressé d’écouter ce nouvel album intitulé Slash-&-Burn car j’adore le single déjà sorti Tenshi ga ita yo (天使がいたよ), dont j’ai déjà parlé sur ce blog et qui est un de ses meilleurs morceaux. Je voulais également écouter au plus vite cet album en préparation de son concert du 14 Juin 2024 dans la salle WWW X de Shibuya. Du nouvel album, je connaissais également le single Abōn (あぼーん), sorti l’année dernière, en Avril 2023, et dont j’avais également déjà parlé. DAOKO compose la grande majorité des morceaux et écrit ses paroles, mais fait appel à plusieurs arrangeurs différents, comme Hideya Kojima (pour Tenshi ga ita yo), DJ6月 (pour Abōn), entre autres. Nariaki Obukuro intervient sur le deuxième morceau intitulé FTS qui compte également dans les meilleurs morceaux de l’album mais demande plusieurs écoutes avant de vraiment se révéler. Je trouve que l’album est assez irrégulier car on y trouve des moments de pure pop comme NovemberWeddingDay qui est immédiatement très efficace et d’autres avec une approche beaucoup indie comme ONNA ou l’excellent Kō×2 + Uso×2 (好×2 + 嘘×2) qui compte parmi les morceaux que je préfère. Certains morceaux m’intéressent moins comme Sute chatte ne (捨てちゃってね), car je trouve l’ambiance un peu « gentillette ». Sur tous les albums de DAOKO que j’ai pu écouter jusqu’à maintenant, il y a toujours un morceau qui me convient moins. Mais ce que j’aime par-dessus tout chez DAOKO, ce sont les moments de transcendance comme sur le dernier morceau Akame no Biru (赤目のビル) qui est sublime, ou encore le troisième morceau SLUMP arrangé par GuruConnect. J’aime beaucoup la manière dont elle peut modifier sa voix sur certains morceaux, et par la même occasion de registre. Je trouve que c’est un point commun avec Sheena Ringo, sauf que c’est quasiment théâtral chez Ringo et c’est beaucoup plus feutré voire chuchoté chez DAOKO. Son phrasé est souvent très rapide. J’ai un peu de mal à classer sa musique dans le hip-hop mais elle rappe quand même souvent (et le Disk Union de Shimokitazawa la classe dans les rayons hip-hop). J’ai également un peu de mal à imaginer quel type de concert elle va jouer le mois prochain car ça sera à priori une formation plutôt rock avec batterie et guitare qui l’accompagnera. Il y aura forcément des claviers ou autres instruments électroniques, car c’est quand même une partie importante de son style musical. En fait, les morceaux de cet album sont un mélange, une sorte de melting-pot de styles, mais au final, on reconnaît immédiatement le style DAOKO. Elle a appelé cet album Slash & Burn pour exprimer le fait qu’elle faisait table-rase pour redémarrer de zéro. Je trouve cependant que l’approche musicale et stylistique n’est pas très éloignée de son album précédent Anima. Je découvre en même temps l’album Anima sorti en 2020, qui était en quelques sortes un retour vers la musique indé après les quelques énormes succès de sa carrière, notamment avec Kenshi Yonezu. Je ne pense pas que Slash & Burn contienne ce genre de méga-hit mainstream, mais peu importe, plus je l’écoute, plus j’ai envie de le réécouter. Mon autre petite crainte pour le concert de DAOKO est de voir quel genre de public viendra la voir. Par rapport à Tricot ou à AAAMYYY, j’ai un peu de mal à imaginer quel peut être son public type. Bon, et côté sélection musicale pour le concert, si elle est en mesure d’entendre ce que j’écris, je voudrais bien qu’elle interprète Tenshi ga ita yo (天使がいたよ), Akame no Biru (赤目のビル), Kō×2 + Uso×2 (好×2 + 嘘×2), SLUMP de son dernier album (à priori ça devrait le faire), MAD du MAD EP avec Yohji Igarashi, Anima, Achilles tendon (アキレス腱), Otogi no Machi (御伽の街) et Kaeritai! (帰りたい!) sur l’album Anima, Nice Trip sur l’album Shiteki Ryokō (私的旅行), Onaji Yoru (同じ夜) et ShibuyaK de l’album Thank You Blue, et Suisei (水星) de son album DAOKO. On verra dans quelques semaines si tout va bien.

feeling toooo lazy

C’est peut être l’effet Golden Week, mais je me sens paresseux pour écrire de nouveaux billets sur ce blog, même si les photographies à montrer ne manquent pas, car nous sommes allés à différents endroits ces dernières semaines. J’ai en fait tellement de billets en brouillon en attente d’écriture que je ne sais pas par lequel commencer. Ces billets ont déjà des photos allouées et un titre provisoire mais il me reste les textes à écrire pour une douzaine d’entre eux, dont celui-ci. Nous sommes actuellement entrés dans une des deux meilleures périodes de l’année au Japon et l’envie de prendre des photos est très forte. Celles de ce billet sont relativement classiques, prises à Daikanyama, Ebisu et Shibuya. Sur l’avant-dernière photographie, je montre une nouvelle fois mais en contre-plongée l’unité d’appartements haut de gamme conçue par Toyo Ito à Shibuya Tokiwamatsu. J’ai également déjà montré le bâtiment rond couvert de bois de la première photographie. On y trouve actuellement un café et une galerie appelés Monkey Café & Gallery D.K.Y. Ce bâtiment a été conçu par Hiroshi Nakamura (中村拓志) & NAP et se nomme Sarugaku Cyclone. Les plaquettes de bois du haut du bâtiment subissent malheureusement l’usure du temps et ont perdu de leur fraîcheur d’origine. On peut voir un phénomène similaire sur certains bâtiments de Kengo Kuma, qui ne vieillissent pas très bien par rapport, par exemple, au béton de Tadao Ando.

Les petits tunnels de Biku et de Koshin sous la voie ferrée entre les gares d’Ebisu et de Shibuya sont souvent taggés en long et en large, puis nettoyés et re-taggés dans une boucle infinie qui n’est pas sans intérêt pour le photographe que je suis. Depuis quelques semaines, une grande fresque de l’artiste californien Barry McGee vient occuper un des murs du tunnel sur une surface de 16m de large sur 3.5m de long. L’art de Barry McGee combine des graphismes géométriques très riches en couleurs avec des dessins de portraits. Cette fresque vient s’inscrire dans un projet appelé Shibuya Arrow qui a été lancé en 2017 dans le but de diffuser des informations sur les sites d’évacuation temporaires et les itinéraires d’évacuation en cas de catastrophe tel qu’un tremblement de terre. En regardant bien les dessins de Barry McGee, j’ai quand même beaucoup de mal à y déceler des informations d’évacuation en cas de tremblement de terre. Toujours est-il que ces dessins viennent embellir un tunnel qui ne l’était pas et je suis curieux de voir apparaître soudainement d’autres œuvres de ce projet. Voici donc un nouveau sujet à suivre de près. Tout comme les toilettes publiques d’architectes dans Shibuya, j’imagine que la découverte de nouvelles fresques dans Shibuya créera de nouvelles vocations de guides pour les touristes venus de loin. Et comme je le mentionnais au début du billet, nous terminons la deuxième partie de la Golden Week, période pendant laquelle on voit apparaître aux quatre coins du pays des carpes colorées accrochées en haut de mâts et se laissant porter par les vents.

Lors du concert final de For Tracy Hyde, le 25 Mars 2023 dans la salle WWWX de Shibuya, Azusa Suga (管梓) nous avait fait part qu’il continuerait à composer pour son autre groupe April Blue (エイプリルブルー) mais également plus occasionnellement pour des groupes d’idoles alternatives. Je pensais à RAY pour lesquelles il a déjà composé un certain nombre de titres rock. J’ai appris à travers son fil Twitter qu’il compose également pour un autre groupe appelé airattic (エアラティック) que je ne connaissais pas. Le morceau Film Reel of Our Youth (フィルムリールを回して) est sorti il y a plus d’un d’un an, en Septembre 2022, mais je ne le découvre que maintenant. Dès les premiers accords de guitares, on reconnaît tout de suite les compositions d’Azusa Suga pour ses ambiances de rock indé au style Dream pop légèrement mélancolique. Le titre même du morceau m’évoque tout de suite For Tracy Hyde, ce qui me fait penser que ce morceau aurait très bien pu être chanté par Eureka si le groupe n’avait pas pris fin le 25 Mars 2023, d’autant plus qu’il s’agit de Mav, également un ancien de For Tracy Hyde, qui y joue de la basse. Le morceau est donc chanté à plusieurs voix, celles des cinq idoles alternatives d’airattic, à savoir Hinari Koizumi (小泉日菜莉), Nene Kagura (神楽寧々), Madoka Momose (百瀬円香), Honoka Sakuragi (桜木穂乃花) et Ami Mukai (向日葵海). La production du groupe, dirigée par un certain Shota Homma (本間翔太), nous indique que le nom de la formation provient des mots air (空気) et attic (屋根裏), mais je ne peux m’empêcher d’entendre phonétiquement le mot Erratique, qui ne caractérise pourtant pas la musique du groupe. Tout comme pour RAY, plusieurs compositeurs indépendants rock ou électro composent pour airattic. J’aime beaucoup le morceau Film Reel of Our Youth mais je lui préfère celui intitulé Lightning (閃光) sorti en Décembre 2022. Ce deuxième single a une approche complètement différente, beaucoup plus rapide et dynamique. On dirait un single de Nogizaka 46 qui serait passé en accéléré. Ce qui fonctionne très bien sur ce morceau, c’est le rythme vocal soutenue des filles du groupe tenant très bien la route et n’ayant pour le coup absolument rien d’erratique. La vitesse excessive du morceau a même quelque chose de ludique, tout comme leur chorégraphie, dans la pénombre d’un vieil hangar. Parmi les autres découvertes musicales récentes, je ne suis pas mécontent de revenir vers le beat électronique de type house music de tofubeats avec le morceau I CAN FEEL IT sur son nouvel EP NOBODY sorti le 26 Avril 2024. La vidéo du morceau est concentrée sur l’actrice et cascadeuse (notamment dans l’épisode de John Wick sorti en 2023), Saori Izawa (伊澤彩織) devant des claviers ou au volant d’un 4WD sur l’autoroute express de Tokyo intra-muros. Ce n’est pourtant pas elle qui chante sur ce morceau, car tofubeats utilise ici un software vocal appelé Synthetiser V doté d’intelligence artificielle. La voix auto-tunée qui en ressort a quelque de neutre et d’inorganique mais elle n’en reste pas moins expressive, ce qui est au final assez étonnant. Pour être très honnête, j’aurais préféré qu’il utilise une véritable voix, car ce ne sont pas les belles voix qui manquent dans le paysage musical japonais. Cette voix artificielle combinée aux beats plein de cascades de tofubeats rendent tout de même ce morceau extrêmement intéressant et accrocheur. Depuis qu’elle a signé sur une major, je trouve que les vidéos d’a子 gagnent en qualité. Son dernier single intitulé Lazy est sorti le 17 Avril 2024, date facile à retenir car c’était le même jour que la sortie du dernier single de Sheena Ringo. L’amateur que je suis des compositions et de la voix d’a子 n’est pas déçu par ce nouveau single qui continue vers des terrains musicaux qu’on lui connaît. J’ai un avis un peu partagé sur les derniers singles d’a子 car j’aimerais qu’elle explore des horizons un peu différents, mais j’ai en même temps le sentiment qu’elle a trouvé une ambiance qui lui convient et lui correspond, à mi-chemin entre rock indé et pop. Continuer sur cette voie lui permet en même temps de se construire une identité immédiatement reconnaissable. On est en tout cas très loin de s’ennuyer en écoutant ce nouveau single car a子 parvient à chaque fois à attraper notre attention avec un refrain bien vu. Le quatrième morceau de cette playlist me fait particulièrement plaisir à écouter car il s’agit du dernier single intitulé Yogensha (預言者) du groupe Tempalay sur leur cinquième album ((ika)) sorti le 1er Mai 2024. Tempalay est le groupe dans lequel AAAMYYY joue du clavier et assure les chœurs, avec Ryōto Ohara (小原綾斗), le chanteur, guitariste et compositeur du groupe, et Natsuki Fujimoto (藤本夏樹), le batteur. Sachant qu’AAAMYYY jouait dans ce groupe, j’ai eu à plusieurs reprises envie de découvrir Tempalay, sans être malheureusement très convaincu par le rock un peu psychédélique qui les caractérise. Je trouve par contre ce dernier single excellent, avec une bonne balance entre les voix d’AAAMYYY et de Ryōto Ohara. En fait j’adore quand AAAMYYY vient mélanger sa voix avec celle d’un autre chanteur car elle a une tonalité un peu différente, très légèrement rugueuse qui complète bien l’autre voix. Le single a une atmosphère très cool et on s’y sent bien. J’ai du coup très envie de découvrir cet album de Tempalay, car j’y retrouve assez clairement l’empreinte d’AAAMYYY.

j’apprends tokyo (jour après jour)

Je pense avoir déjà montré ici ces tuyaux d’aération en méandres sur la deuxième photographie, comme je pense avoir déjà pris une photographie similaire à la quatrième, attendant qu’un passant marche derrière la sculpture noire de Kan Yasuda (安田侃) à Tokyo Mid-Town. Je n’avais par contre jamais assisté à un festival du Setsubun dans un temple. Nous célébrons bien sûr Setsubun tous les ans à la maison en prenant un malin plaisir à lancer des haricots secs (mame) un peu partout à l’intérieur et à l’extérieur de l’appartement pour repousser les démons et inviter la chance à rester. Mon fils étant maintenant un peu trop grand, je ne porte bien sûr plus le masque de démon rouge, qui m’allait pourtant si bien. Je suis par contre toujours de corvée de ramassage des mame après la fin des hostilités. Certains haricots roulent et viennent se cacher dans les recoins de l’appartement. On ne les retrouve parfois que plusieurs mois plus tard. Comme Setsubun tombait cette année un Samedi, je me suis décidé, certes un peu tard, à aller voir les festivités qui se déroulaient au grand temple Ikegami Honmonji (池上本門寺). Le problème est que le site web du temple ne donnait pas l’heure exacte du début des festivités, et je suis malheureusement arrivé juste quand elles se terminaient. Dans ce genre d’évènements, des personnalités du monde du sport ou des médias sont parfois invitées pour lancer des sachets de ces fameux haricots vers la foule venue en nombre. Des installations étaient même mises en place devant le temple. Mais à mon arrivée vers 15h après environ 45 mins de train et de marche, la foule commençait déjà à partir et j’ai bien manqué l’événement. Ce n’était pas le premier acte manqué ces derniers jours. Je retiendrais la leçon pour l’année prochaine. Ça ne m’a pourtant pas empêché de faire un tour du temple et de son grand cimetière vallonné. Je remarque qu’une nouvelle tour est en construction et semble même être bientôt terminée.

Dès le Vendredi précédent, la météo avait annoncé de la neige pour ce lundi après-midi. Je n’y croyais d’abord pas beaucoup mais elle est finalement tombée sans pourtant bloquer tous les transports, comme c’était le cas il y a plusieurs années. J’aurais voulu terminer tôt pour profiter un peu de la neige, mais cette journée s’est déroulée comme toutes les autres et je suis rentrer tard. Les photographies sont prises donc le soir vers 21h dans les quartiers autour de la rue Kotto à Minami Aoyama. L’arbre enneigé qui ressemble à un bonsaï sur la deuxième photo est placé devant l’élégant bâtiment IDÉAL TOKYO conçu par Hiroshi Nakamura & NAP (中村拓志 &NAP建築設計事務所). Je continue avec l’architecture enneigée sur la troisième photo montrant un petit bâtiment de béton dessiné par Tadao Ando (安藤忠雄). Une bonne partie de cette neige a malheureusement disparu dans le courant de la journée suivante. Comme tout le monde je pense, j’ai toujours un sentiment partagé en voyant la neige tombée, entre une certaine forme de joie liée à des souvenirs d’enfance et une certaine appréhension en pensant aux éventuels problèmes de transport que cette neige va générer. Le premier sentiment l’emporte toujours. Je ne suis pas le seul à avoir un regard émerveillé et à prendre quelques photos au passage. Il faut bien sûr marcher doucement pour éviter de glisser et se retrouver à terre. L’album Sonatine de D.A.N. que j’évoquais dans mon billet précédent m’accompagne dans les rues enneigées, mais j’aurais également pu réécouter le très bel album Illuminate de Smany (えすめにー). Elle le conseille d’ailleurs elle-même sur Twitter lors de certains jours de pluie, ou de neige cette fois-ci (私のアルバムも雪に合うよ) et ça m’amuse toujours.

La guitariste et chanteuse Minori Nagashima (長嶋水徳), dont j’ai déjà parlé une ou deux fois sur ce blog, commente assez régulièrement sur son compte Instagram ou Twitter à propos d’Haru Nemuri (春ねむり). Je pensais qu’elle commentait car elle appréciait tout simplement sa musique, mais je me suis rendu compte que ça allait plus loin qu’une simple appréciation car Minori Nagashima joue en fait de la guitare électrique dans le groupe rock d’Haru Nemuri, du moins sur son dernier EP INSAINT sorti en Septembre 2023. On la voit en effet jouer de la guitare sur le très intéressant documentaire qu’Haru Nemuri consacre à cet EP, Recording Documentary – INSAINT. J’avais écouté sans trop de conviction cet EP au moment de sa sortie, sans vraiment y accrocher. Autant son premier album Haru to Shura (春と修羅) et ses mini-albums précédents Sayonara, Youthphobia (さよなら、ユースフォビア) et Atom Heart Mother (アトム・ハート・マザー), sans oublier le EP Kick in the World, avaient été pour moi des révélations, autant j’avais eu un avis mitigé sur la direction moins rock qu’elle prit ensuite avec le EP Lovetheism et surtout l’album Shunka Ryougen (春火燎原). Un morceau comme le single Fanfarre sur Lovetheism était particulièrement intéressant, mais j’avais trouvé les morceaux suivants de sa discographie beaucoup moins aboutis musicalement. INSAINT revient au contraire sur un terrain rock qui me plait beaucoup plus, en particulier le morceau Sanctuary wo Tobidashite (サンクチュアリを飛び出して) qui me rappelle les meilleurs moments de sa discographie. Je pense que j’aime ce morceau en particulier car elle ne force pas exagérément le trait. Le problème que j’ai avec Haru Nemuri est qu’elle est devenue une professionnelle de l’indignation sur les réseaux sociaux, et qu’elle le traduit dans sa musique d’une manière parfois exagérée. Le deuxième morceau I refuse (わたしは拒絶する) est par exemple musicalement intéressant et son approche vocale est puissante, mais je ne comprends pas le besoin de crier d’une voix sortie du death metal. Le morceau suivant Seizon wa teikō (生存は抵抗) a une approche similaire et sa voix rauque est difficile à entendre, ce qui est d’autant plus dommage que le contraste avec les chœurs est pourtant bien vu. Les paroles du premier morceau Destruction Sisters (ディストラクション・シスターズ) se veulent volontairement fortes et choquantes, mais je trouve qu’elle force le trait jusqu’à une certaine forme d’excès qui me dérange à l’écoute. J’en ai pourtant pas fini avec ce mini-album EP car j’y trouve tout de même des moments de brillance.

Je ne pensais pas revenir aussi vite vers un autre morceau du groupe Haze dont je parlais récemment. J’écoute maintenant celui intitulé Shushutaito (シュシュタイト) qui est tout de suite très accrocheur. En fait, j’aime beaucoup la voix de Katy qui n’est pas totalement fluide, mais qui ne donne pas pourtant le sentiment de se forcer. Sa manière d’appuyer sur les mots du refrain vers le fin du morceau les font sonner comme des coups de poing (sans pourtant avoir besoin de crier). Il y a comme sur le morceau NOISE une certaine qualité brute très riche en guitare avec tout de même une approche restant assez pop et immédiate. Le morceau est extrêmement efficace, ce qui m’a étonné car j’étais assez loin de m’en douter. Je ne connaissais pas le terme utilisé pour le titre Shushutaito, qui signifierait être coincé dans de vieilles habitudes et traditions, d’être inflexible, ce qui est traduit dans les paroles du morceau. Il me reste maintenant à partir à la découverte d’autres morceaux du groupe.

Il y a quelques semaines, j’ai été particulièrement surpris d’entendre le single racy de a子 jouer en fond sonore dans un supermarché de Nishi-Tokyo, ce qui m’a amené à penser qu’elle a passé une nouvelle étape vers une reconnaissance populaire. Ou alors est ce cette chaîne de supermarché, dont j’ai oublié malheureusement le nom, qui est particulièrement pointue dans sa sélection musicale. Dans tous les cas, a子 continue son parcours musical en sortant très régulièrement de nouveaux singles toujours aussi enthousiasmants. Ce nouveau morceau intitulé Planet (惑星) n’est peut-être pas aussi immédiat que racy, mais n’en est pas moins bon. Elle a clairement développé un style, une identité musicale qui lui est propre, grâce notamment à sa voix légèrement voilée et à l’approche musicale que je qualifierais d’indie-pop-rock. La vidéo réalisée par Shun Takeda accompagnant ce morceau est également très belle, notamment ces images d’une éclosion cybernétique très étrange. Shun Takeda avait déjà réalisé la vidéo du morceau trank de a子.

Voir NOW danser d’une manière très cool et naturelle sur un extrait d’Unknown Sense, le dernier single du groupe ExWHYZ m’a rappelé vers la musique de ce groupe petite sœur de feu-BiSH. L’électronique farouche composée par Josef Melin et Cecilia Kallin n’est certes pas le style que j’affectionne le plus, mais le morceau n’en reste pas moins terriblement efficace. ExWHYZ continue à faire appel à des musiciens et producteurs extérieurs pour composer les nouveaux morceaux du groupe. Shinichi Osawa reprend du service en composant et produisant l’excellent single Our Song, qui rentre assez facilement dans la liste des meilleurs titres du groupe. Ces deux morceaux seront présents sur le futur nouvel album du groupe intitulé Dress to Kill qui sortira le 20 Mars 2024. En attendant, j’écoute quelques autres morceaux que j’avais manqué, notamment 6WHYZ sorti sur le EP HOW HIGH?, où chacune des six membres du groupe propose son petit passage hip-hop. L’ensemble est particulièrement réussi et je pense que les arrangements musicaux et la production par Miru Shinoda et Kento Yamada (yahyel) contribue à la fluidité impeccable du morceau. Je n’avais pas écouté en entier le premier album du groupe (le premier après la première période sous le nom EMPiRE), mais j’y reviens également en constatant que certains morceaux, notamment les deux premiers, xYZ et D.Y.D (pour Dance Your Dance, qui est le motto de l’album), ont été composés par Miru Shinoda. J’avais vu ce musicien pendant quelques minutes au Department Store PARCO lorsque j’avais été voir AAAMYYY. Ils jouaient tous les deux devant les platines en alternance et j’avais été particulièrement impressionné par le son aux allures expérimentales que produisait Miru Shinoda. C’est également le cas sur le morceau D.Y.D, en particulier le passage final faisant sonner les sons electro comme une pale d’avion en décélération incontrôlée. L’agence Wack de Junnosuke Watanabe (渡辺淳之介) est particulièrement brillante pour mettre en œuvre ce genre de collaboration, et ça fait plaisir de voir ExWHYZ en tirer pleinement partie.

あなたの写真で夢が見たい

Des petits passages photographiques à Harajuku et Omotesando puis près d’Ebisu alors que la nuit tombait doucement. La deuxième photographie montre une installation artistique colorée de Kengo Kito (鬼頭健吾) à Omotesando Crossing Park. Il s’agit d’une des œuvres de la série d’expositions consacrées à l’artiste américain Sterling Ruby en association avec d’autres artistes japonais dont Kengo Kito et Kei Takemura (竹村京). Cette exposition est organisée du 8 Janvier au 4 Février 2024 par Anonymous Art Project en collaboration avec la galerie Taka Ishii. Je suis en fait passé rapidement car Kei Takemura est une amie de l’école des Beaux Arts de Mari, et j’avais déjà mentionné son nom sur ce blog il y a longtemps. Sur la troisième photographie du billet, je montre une nouvelle fois le nouveau Tokyu Plaza, au croisement d’Harajuku, qui ouvrira ses portes au Printemps 2024. Il fait face à l’autre Tokyu Plaza dans la diagonale du carrefour. Ce nouveau Tokyu Plaza conçu par l’architecte Akihisa Hirata prendra le nom de Harakado (ハラカド). Le Tokyu Plaza existant, conçu lui par Hiroshi Nakamura & NAP, changera de nom pour s’appeler Omokado (オモカド). C’est intéressant de voir cette correspondance entre deux buildings conçus par des architectes différents mais qui ont choisi une esthétique similaire basée sur des vitrages aux formes et plans variés et des zones végétales positionnées sur les hauteurs. Les deux bâtiments dialoguent en quelque sorte l’un avec l’autre.

Le titre de ce billet m’est inspiré par les paroles du dernier single NOISE du jeune groupe rock Haze. Le groupe est composé de quatre filles et est mené par Katy Kashii (香椎かてぃ), appelée simplement KATY, qui en est la guitariste et chanteuse. Chihiro Hanasaki (花咲ちひろ) appelée HANA est la bassiste du groupe et joue également pour un autre groupe appelé Hello End Roll (ハローエンドロール). Suzuka est aux claviers et Juri à la batterie. Je suis KATY d’assez loin sur les réseaux sociaux depuis plusieurs années, car elle a une personnalité assez décalée. Je me souviens d’une vidéo qui doit dater de ses débuts pour une audition du concours de modèles féminins Miss iD (ミスiD) parrainé par Kodansha. Elle s’agissait de l’édition 2017 de Miss iD alors qu’elle était encore en troisième année de lycée. Seiko Ōmori (大森靖子) faisait partie du comité de sélection et c’est peut-être à ce moment là qu’elle l’a repéré pour être membre d’origine du groupe ZOC (Zone Out of Control) fondé quelques années après en 2019. Katy a quitté ZOC en 2021 pour une raison que je ne connais pas mais je peux assez bien imaginer les difficultés conflictuelles avec Seiko Ōmori. Katy a fait également partie d’un autre groupe appelé Akuma no Kiss (悪魔のキッス) avec Kanano Senritsu (戦慄かなの), également ex-ZOC, mais qui a dû s’arrêter récemment (parfois, je me demande comment je peux avoir toutes ces informations en tête). En regardant cette vidéo de Katy sur Miss iD qui m’amuse toujours beaucoup, je retrouve les courtes vidéos sur fond vert Neet Tokyo (ニートtokyo) où elle est interviewée pour raconter bien sûr une histoire compliquée. Je regardais souvent ces vidéos de Neet Tokyo il y a quelques années, à l’époque où j’écoutais les podcasts de la rappeuse Valknee qui mourait d’envie d’y être invitée (ce qui arrivera finalement un peu plus tard). Ces vidéos sont en général très courtes et consacrées aux musiciens de la scène underground tokyoïte, principalement hip-hop. Je vois que certains musiciens étrangers y sont également invités, comme Porter Robinson qui y donne ses recommandations en musique pop japonaise. Le single NOISE de Haze est sorti en Janvier 2024. La composition du morceau rock n’est pas particulièrement originale mais j’aime beaucoup l’énergie brute qui s’en dégage, notamment par la voix de Katy qui ressemble par moment à une version plus torturée de celle d’AiNA The End. La vidéo du single réalisée par Yasuaki Komatsu me plait aussi beaucoup pour son hommage au film Fallen Angel (1995) de Wong Kar-Wai. Dans la vidéo, une scène à moto dans un tunnel ressemble en effet beaucoup dans son angle de prise de vue à une scène avec Takeshi Kaneshiro dans Fallen Angel. Et toujours sur cette vidéo, je ne m’attarderais pas à trouver des références dans la tenue d’infirmière de Suzuka donnant un coup de pied en avant ou celle en robe de mariée de Juri.

Je mentionnerais seulement le fait que je regrette vraiment de n’a pas avoir été au concert de King Gnu au Tokyo Dome les 27 et 28 Janvier 2024 car Sheena Ringo y était présente comme invitée secrète pour interpréter le morceau W●RK en duo avec Daiki Tsuneta. L’ambiance y était apparemment électrique et je peux très bien imaginer l’effet de surprise du public. Dans ses commentaires, le journaliste Patrick St. Michel qui était présent au concert ajoute que la clé pour comprendre la J-JOP des années 2020s est de reconnaître que les trois artistes les plus influenceurs des années 2000s étaient Sheena Ringo, Sōtaisei Riron (相対性理論) et Hatsune Miku. Ce commentaire est forcément très discutable mais à mon avis très proche d’une partie de la réalité. Une grande partie du courant électro-pop japonais actuel dérive du Vocaloid dont le projet Hatsune Miku était le précurseur. Je vois très souvent dans les jeunes groupes rock, notamment féminins, une influence de Sheena Ringo. Le fait même que Daiki Tsuneta porte un haut parleur à la main lors de certains morceaux de King Gnu, comme sur W●RK, dénote même cette influence. Quant à l’influence de Sōtaisei Riron, elle me paraît moins évidente. Certainement que des artistes comme Kiki Vivi Lily ou même Daoko prennent une certaine influence dans le chant intime d’Etsuko Yakushimaru et dans l’ambiance qui ne force pas le trait de Sōtaisei Riron. A ce propos, j’aime personnellement beaucoup revenir vers l’album Hi Fi Anatomia de Sōtaisei Riron, car il est vraiment brillant. Seiichi Nagai (永井聖一) de Sōtaisei Riron est d’ailleurs actuellement guitariste de QUBIT dans lequel chante Daoko. Et à ce propos, j’aime beaucoup le nouveau single de QUBIT intitulé Beautiful Days, dont la vidéo n’utilise heureusement pas cette fois-ci d’intelligence artificielle. L’approche rock est assez différente des morceaux solo de Daoko et c’est assez rafraîchissant, car Daoko y garde par moment son phrasé rapide hip-hop. Il faudrait que je me penche un peu plus sur le premier album du groupe, mais j’ai déjà tellement de choses à écouter. Les deux photos ci-dessus proviennent du compte Twitter de Daiki Tsuneta que je permets de montrer ici pour référence.

Lorsque je parcours les rayons des Disk Union de Tokyo, je ne regarde que rarement la section consacrée à Sheena Ringo et Tokyo Jihen car je dois avoir déjà à peu près tout. En jetant tout de même un œil rapide au rayon du Disk Union de Shin-Ochanomizu, je découvre une étrange compilation intitulée Complete singles que je ne connaissais pas. La photographie de couverture provient de la session photo utilisée pour le single Koko de Kiss Shite (ここでキスして。) de 1999. Sheena Ringo pose avec son appareil photo Canon F-1 qui l’accompagne souvent à cette époque. En regardant d’un peu plus près, cette compilation regroupe en fait les trois premiers singles de Sheena Ringo, Kōfukuron (幸福論), Kabukichō no Joō (歌舞伎町の女王) et Koko de Kiss Shite avec les B-side, et le premier album Muzai Moratorium (無罪モラトリアム). Ce qui est vraiment étrange, c’est que sur la vingtaine de morceaux inclus sur cette compilation, les trois derniers ne sont pas de Sheena Ringo mais d’autres chanteuses de cette époque n’ayant à priori aucuns liens avec le son monde musical. Ces morceaux s’intitulent I believe par Sakura, Hiyake (日焼け) par Yukie et Binetsu (微熱) par Mina Ganaha (我那霸美奈). La raison de cette sélection très classique de la J-Pop de l’époque mais n’ayant rien de transcendant est particulièrement mystérieuse. Je ne peux m’empêcher d’acheter le CD qui contient un beau picture disk. Les morceaux inclus ont une bonne qualité sonore, fidèle aux singles et album originaux. Il en est de même pour les photographies du livret. Quelques recherches m’indiquent qu’il s’agit en fait d’un bootleg taïwanais plutôt rare. Je savais que Sheena Ringo avait déjà sorti une compilation pour Taïwan au moment de son unique concert hors de Japon, mais la version que j’ai entre les mains est différente et n’a vraisemblablement rien d’officiel. Voilà une curiosité des plus étranges mais que je prends plaisir à écouter comme une sélection de ses premiers titres. Je suis par contre moins sûr de trouver un véritable intérêt aux trois morceaux ajoutés. J’imagine qu’ils ont été ajoutés comme teaser vers d’autres artistes. Ce n’est pas une mauvaise idée, quand on y pense, sauf si on considère le cadre de l’album comme une unité artistique. J’ai moi-même tendance à percevoir un album de cette manière, mais le cadre de la compilation donne ceci-dit des possibilités différentes.