nowhere elsewhere (2)

Les sujets musicaux prennent une place importante dans les billets de Made in Tokyo, en particulier les musiques japonaises, mais pas seulement. J’ai l’impression que ça a toujours été le cas depuis les débuts de ce journal, mais la proportion donnée aux musiques est de plus en plus conséquente ces dernières années. Je me suis demandé qu’elle avait été le point de départ de mon regain d’intérêt pour les musiques alternatives rock, pop, voire hip-hop, ou électroniques japonaises. J’ai tout de suite en tête un billet datant de Mai 2018 où je présentais un single et un EP de l’artiste électronique Utae. Je me souviens encore très bien de cette expérience d’écoute qui avait été, en quelques sortes, un déclencheur dans mes recherches pour trouver ensuite des sons avec un esprit indépendant similaire. Je me souviens encore très bien, il a de nombreuses années, avoir pester car je ne trouvais pas de musiques japonaises intéressantes, par rapport aux productions occidentales, à part les quelques artistes que je connaissais et suivais comme Sheena Ringo. À cette époque là, j’ignorais tout simplement toute une scène qui s’est quand même grandement dévoilée à moi à travers les réseaux sociaux et l’affinage de leurs algorithmes. On pourra critiquer autant qu’on le veut les algorithmes qui nous imposent ce que l’on doit voir, ils m’ont quand même permis de découvrir une grande partie des bonnes choses dont je parle sur ces pages. Mais je pense également que ces algorithmes nous brident dans nos découvertes, car l’être humain ne fonctionne pas comme une machine et a aussi besoin qu’on lui donne à voir et à entendre des choses qu’il ne pensait pas apprécier au premier abord. Ce qu’il manque seulement, c’est le temps nécessaire pour faire toutes ces découvertes et en parler correctement sur ces pages.

Après une page orientée hyper pop sur le précédent billet, je me tourne maintenant vers le rock indépendant et au delà. Je retrouve le groupe Hammer Head Shark, dont j’avais déjà parlé dans un billet de 2023, avec un excellent nouveau single intitulé Bokura Futari Kiri (ぼくらふたりきり). J’avais déjà noté que le groupe reconnaissait une influence de groupes alternatifs comme Kinoko Teikoku (きのこ帝国), et c’est particulièrement notable sur ce morceau où le chant de Hiyu Nagai (ながいひゆ) me fait tout de suite penser à celui de Chiaki Satō (佐藤千亜妃) notamment dans sa tension émotionnelle. Je suis tout à fait preneur quand des groupes tentent de retrouver l’ambiance des premiers albums de Kinoko Teikoku, et quand ils le font bien. J’aime beaucoup le single Tiobita (チオビタ) d’un groupe tokyoïte nommé ToToToTo (トトトト) dont je ne sais absolument rien, à part que c’est leur deuxième titre sorti et qu’ils viennent de démarrer cette année. Je comprends que le groupe se produit plutôt sur les scènes de Shimokitazawa et Koenji, ce qui est plutôt classique pour les tout jeunes groupes de rock indé. J’aime beaucoup la fragilité vocale de la chanteuse qui se marie bien avec les guitares très maîtrisées. On sait juste que le Tiovita du titre est une boisson énergisante de Taiho Pharmaceutical (大鵬薬品). Je découvre ensuite le single Jōkyō (上京) du groupe rock alternatif à tendance shoegaze Umikaze (海風邪). Le groupe est basé à Kōenji et s’est formé en septembre 2025. Il se compose de Daiki (ダイキ) à la guitare et au chant, Umesawa (梅サワ) également à la guitare et au chant, Nittako (にったこ) à la guitare, Niwasaho (にわさほ) à la basse et Bayashi (バヤシ) à la batterie (bien que ce dernier semble avoir quitté le groupe). Sur ce morceau Jōkyō, un grand classique des titres de rock indé où la montée vers Tokyo apporte son lot de mélancolie, est chanté à deux voix par Daiki et Umesawa. Umikaze raconte qu’ils se sont formés à la suite de reprises du groupe kurayamisaka, et parmi leurs influences, ils citent Supercar, Kinoko Teikoku (décidément), 17yo & Berlin Wall (17歳とベルリンの壁) et For Tracy Hyde, entre autres. Ce ne sont que des bonnes références et ça me fait même plaisir de voir citer For Tracy Hyde dont j’avais été voir leur dernier concert à Shibuya, et qui republie même dernièrement tous ses albums en vinyls.

On se dirige ensuite vers des sons à la frontière entre pop, R&B et musique alternative avec le deuxième single Inori (祈り), sorti le 9 août 2026, d’un jeune groupe nommé Sqninmu (S級任務). Le groupe est un trio composé de Hayate (颯) au chant et à la composition, KINCHAN à la basse et ryouzan à la guitare. Leur musique est une fusion de plusieurs genres, avec un groove qui m’est familier et qui me plaît beaucoup. On trouve également une ambiance mélangeant les genres sur le très beau morceau Two of a kind du jeune groupe tokyoïte mM7th (マイナーメジャーセブンス), formé par quatre étudiants universitaires. Le quatuor se compose de Ririko Kashima (鹿島理莉子) au chant, claviers, composition et paroles, Shunki Kawakami (川上瞬輝) à la guitare et à la composition, Rihito Sasaki (佐々木理人) à la guitare, batterie et composition, et Ryosuke Sato (佐藤亮輔) à la batterie, claviers et composition. Ce qui frappe dans ce quatuor est que chaque membre compose. Le nom du groupe est assez étrange au premier abord mais vient de l’accord musical mM7 (minor major seventh), qui a été choisi pour sa sonorité à la fois belle et un peu étrange. Et pour terminer cette playlist, je reviens vers Tempalay avec un autre morceau de leur nouvel album ATOMEW intitulé Fo (ふぉ). J’aime beaucoup les trois morceaux que j’ai pu écouter de cet album jusqu’à maintenant, incluant les deux autres déjà mentionnés dans un billet précédent. Fo n’est pas aussi inventif que le morceau d’ouverture Hello, my name is… mais j’aime beaucoup son ambiance très fluide au groove un peu psychédélique. Tout paraît très naturel et cool dans ce flot electronique pop continue.

petits moments d’architecture (11)

Je reprends cette série des petits moments d’architecture avec l’épisode 11, et le 12 qui suivra bientôt. Je montre ici des photographies d’architecture remarquable prises pendant une même journée chaude d’été. Voir récemment l’exposition de Sou Fujimoto m’a rappelé ces moments précieux où je me promenais dans le rues de Tokyo avec un objectif unique, celui de trouver aux détours des rues des architectures déjà vues dans des magazines ou sur internet. Mon premier objectif m’amène dans l’arrondissement d’Ōta. Je descends du train de la ligne Keikyu à la station de Kamata et je marche, à l’ombre de préférence, en direction de la station suivante de Zōshiki (雑色). Je cherche dans les petits rues résidentielles un temple nommé Hōsenji (寳泉寺) où se trouve un pavillon d’accueil et une annexe (客殿庫裏) aux formes de béton et de bois intéressantes. Cet ensemble placé juste à côté du temple d’origine a été conçu par Meguro Architecture Laboratory (メグロ建築研究所) en 2015. Une de ses particularités est d’avoir une structure à murs et planchers épais pour l’enveloppe du bâtiment, ce qui permet de créer un espace sans colonnes pour les salles intérieures. Les cloisons intérieures sont composées de panneaux de bois installés sur une ossature légère en acier, permettant de diviser l’espace de manière libre et flexible comme dans les maisons traditionnelles japonaises. Je ne suis malheureusement pas entré à l’intérieur, mais j’ai en tout cas été immédiatement émerveillé par l’épaisseur de béton coupée à l’oblique au niveau des vitrages des étages. La combinaison avec le bois donne une étonnante délicatesse venant adoucir le béton brut.

Je pars ensuite dans un tout autre lieu vers Ueno. Je débarque un peu avant à la station d’Okachimachi (御徒町) pour aller voir un immeuble de béton et de verre perdu dans les rues de ce quartier dense et hétéroclite. Après quelques détours dans le quadrillage du quartier, je vois assez vite la structure très particulière de l’immeuble de bureaux nommé NEWS X 御徒町. Il a été conçu par MMAAA, pour Miki Motohashi Architects And Associates, et vient juste d’ouvrir ses portes. Les architectes ont conçu sur l’emplacement d’un ancien entrepôt et d’un parking ce volume de 40m, dans les limites des exigences réglementaires. La façade de l’immeuble met en valeur la structure en béton armé, avec des poteaux obliques et des poutres visibles couvrant deux niveaux à la fois. En regardant en contre-plongée l’ensemble de cette structure, on apprécie ses proportions élancées et la combinaison entre une matérialité brute certaine et une transparence omniprésente permise par les nombreux vitrages. La géométrie de l’ensemble est vraiment belle, s’affranchissant complètement des classiques formes rectangulaires, et rend cet immeuble immédiatement remarquable comme un repère dans la complexité urbaine des alentours. Ces structures porteuses obliques sont quand même impressionnantes. On leur imagine une certaine fragilité comme celles d’un château de cartes, car on a un peu de mal à appréhender comment ces poutres de béton parviennent à soutenir l’ensemble. Sur ces réflexions, je reprends la route et le train pour le rendre de l’autre côté de la ville du côté de Nakano.

En écrivant ces lignes, j’apprends le décès de François Chaslin le 7 août 2025 à l’âge de 76 ans, victime d’un malaise dans le Finistère. Je suivais assidûment l’émission d’urbanisme et d’architecture Métropolitains qu’il produisait et animait sur France Culture de 1999 à 2012. J’avais commencé à l’écouter en podcast à partir de la fin 2005 jusqu’au dernier numéro le 22 juillet 2012. Je pense que j’écoutais tous les épisodes même si je faisais parfois des séances de rattrapage. J’ai en tout cas appris beaucoup de choses à travers cette émission et j’aimais le ton sans concession de François Chaslin et son érudition. Je me souviens particulièrement de certaines émissions avec l’architecte Claude Parent, et j’avais bien sûr une oreille très attentive lorsqu’il abordait l’architecture japonaise avec notamment deux épisodes les 13 Mai et 27 Mai 2012.

君が僕の東京になる

Il m’arrive rarement de boire de l’alcool le midi le week-end (et encore moins les jours travaillés) car je ne sais jamais si l’occasion de conduire se présentera dans la journée et la tolérance est à zéro au Japon. Mais l’occasion se présente de temps en temps, comme ici à Kamata près de la station lors d’un festival appelé tout simplement Oishii Michi (おいしい道) avec tables et stands posés sur la rue avec diverses choses à manger et à boire. La météo était idéale pour passer quelques heures assis dehors sans compter les heures en se laissant emporter par une légère ivresse. Du coup, cette légère ivresse me fait voir des choses inattendues comme des camionnettes vendant des nikuman recouverts de filles à la mode manga poussant les esprits faibles à la consommation, ou comme ces étranges personnages colorés se faisant photographier avec une population enjouée. Sont-ils réels ou issus de mon imagination?

Les photographies suivantes sont prises à l’extérieur et intérieur du musée National Art Center Tokyo (NACT) conçu par Kisho Kurokawa et dont la construction a été terminée en Mai 2006. Kisho Kurokawa est mort l’année suivante, en 2007 au mois d’Octobre à l’âge de 73 ans. Je me souviens l’avoir aperçu plusieurs fois marchant lentement et même péniblement dans le couloir du 13ème étage du building Ark Mori à Tameike Sanno, car je travaillais à cette époque au même étage. J’y repense à chaque fois que je viens voir le building du musée NACT. J’étais venu pour voir l’exposition Interface of Being (真空のゆらぎ) de l’artiste Shinji Ohmaki (大巻伸嗣) qui s’y déroule jusqu’au 25 Décembre 2023 et qu’il serait dommage de manquer. Elle m’avait en tout cas beaucoup inspiré dans l’écriture de mon billet sur les fluctuations du vide qui nous entoure. Ce building est pour sûr très inspirant et nous donne plein d’images en tête. Il doit compter dans la liste des architectures les plus remarquables de Tokyo.

La dernière photographie du billet me fait revenir une nouvelle fois dans le parc central de Nishi-Shinjuku où ont été tournées de nombreuses scènes du film Kyrie no Uta (キリエのうた) du réalisateur Shunji Iwai (岩井俊二) dont une des scènes finales. Je garde encore maintenant de très bons souvenirs de ce film, que j’ai très envie de revoir, même si ça sera désormais sur les plateformes de streaming comme Netflix ou Amazon Prime. Je m’assois plusieurs dizaines de minutes à l’endroit où j’ai pris cette photo. Il y a quelques bancs posés dans la verdure depuis lesquels on peut observer au loin les buildings de Nishi-Shinjuku, notamment la très reconnaissable Mode Gakuen Cocoon Tower de Tange Associates.

J’ai mentionné dans un précédent billet qu’il fallait que je trouve un peu de temps pour aller voir l’exposition Revolution 9 du photographe Takashi Homma (ホンマタカシ) se déroulant jusqu’au 24 Janvier 2024 au Musée de la photographie à Yebisu Garden Place. L’exposition occupe plusieurs salles d’un étage du musée mais ne contient pas un nombre très conséquent d’oeuvres. Le prix du billet d’entrée plutôt réduit pour ce genre d’exposition me laissait en effet présager qu’on devait en faire assez vite le tour. Les photographies de Takashi Homma montrées lors de cette exposition sont toutes autant singulières qu’elles sont inspirantes. La plupart des œuvres sont composées de collages de plusieurs photographies prises au même endroit, mais sans soucis directs de faire des raccords parfaits entre les photographies, pour donner l’illusion d’une photographie gigantesque. Les décalages de tons et de couleurs sont souvent marqués entre deux photographies posées les unes à côté des autres. C’est une approche assez radicale de l’expression photographique, qui m’inspire dans le sens où j’aime de temps en temps également triturer mes photographies pour construire une nouvelle réalité. Du photographe, j’ai toujours en tête le photobook Tokyo and my Daughter que je ne possède pas dans ma librairie personnelle mais auquel je pense de temps en temps, car il m’avait inspiré à une certaine époque où je m’essaie d’une manière similaire à mélanger des photos de ville et d’architecture avec celles de mon fils étant tout petit. L’exposition Revolution 9 est très différente et est même déroutante, car de nombreuses photos sont par exemple positionnées en sens inverse. Le titre de cette exposition serait inspirée par la chanson des Beatles Revolution 9 qui est un collage d’une variété de sources sonores. L’association musicale à la photographie me parle beaucoup. En ce sens là, l’approche photographique de Takashi Homma m’attire toujours et m’interpèle. Elle ne cherche pas à atteindre la beauté esthétique. Une des salles de l’exposition a ses murs tapissés de grands pans photographiques que l’on peut observer à travers un système de miroirs. Je me prends moi-même en photo par inadvertance alors que je pensais plutôt saisir les murs photographiques. On pourra au moins remarquer mon t-shirt de Miyuna que j’aime beaucoup porter ces derniers temps. Au premier sous-sol du musée, on pouvait visiter gratuitement une galerie de photographies proposées par la Tokyo Polytechnic University (東京工芸大学). Cette exposition se déroulant jusqu’au 10 Décembre 2023 s’intitule Integrating Technology & Art through Photography. On peut y voir quelques photos connus comme certaines d’Eikoh Hosoe (細江英公) (dont une de Yukio Mishima de la série BA・RA・KEI / Ordeal by Roses). Cette exposition commémorative retrace l’histoire de l’Université polytechnique de Tokyo, dévoilant les origines de l’enseignement de la photographie au Japon et explorant les relations entre l’Université et le monde de la photographie japonaise à travers les époques. On a vite fait le tour de cette exposition mais elle vaut le détour. Les deux dernières photographies de la série ci-dessus proviennent de cette exposition. Je n’ai malheureusement pas eu la présence d’esprit de noter le nom du photographe de la photographie de droite que j’aime pourtant beaucoup. En fait, Google Lens m’apprend après coup qu’il s’agit d’une photographie prise en 1950 par Kiyoji Ohtsuji (大辻清司) de l’artiste Hideko Fukushima (福島秀子). Cette application Google Lens est assez pratique et elle est apparemment régulièrement utilisée par les visiteurs de ce blog sur mes photos.

Musicalement maintenant, quelques nouveaux singles d’artistes que je suis avec une attention certaine et que j’ai déjà maintes fois évoqué sur ce blog. Je parlais de Miyuna un peu plus haut et elle vient justement de sortir un nouveau titre intitulé Oikakete (追いかけて). Il commence assez doucement puis monte progressivement en intensité comme souvent chez Miyuna. J’aime toujours autant sa voix sur laquelle repose beaucoup la qualité de ce nouveau morceau. C’est un peu similaire pour le nouveau single d’AiNA The End intitulé Diana (華奢な心). Elle est très active en ce moment après une tournée rapide à Londres, WACK in the UK, avec d’autres groupes de l’agence Wack (dont ExWHYZ) et la sortie récente de l’album du film Kyrie no Uta (キリエのうた) dont j’ai déjà parlé. Le collage servant de pochette à ce single a été créé par Ohzora Kimishima (君島大空) qui a décidément de nombreuses qualités artistiques. Le morceau d’AiNA est une ballade qui prend son temps mais s’imprègne très progressivement dans notre inconscient. Je n’aime pas toutes ses ballades mais celle-ci me plaît vraiment beaucoup. AiNA l’avait d’abord présenté dans une session live sur YouTube appelée Room Session (冬眠のない部屋). J’aime aussi beaucoup l’esprit rock indé du nouveau single de PEDRO intitulé Shunkashūtō (春夏秋冬) du nouvel album Omomuku mama ni, Inomuku mama ni (赴くままに、胃の向くままに) qui vient de sortir. Le morceau mise beaucoup sur la composition de guitare d’Hisako Tabuchi avec des parties en riff solo très marquantes. On a l’impression qu’Ayuni ne force pas son chant et chante même quand elle a envie car j’ai toujours l’impression qu’elle manque une partie des paroles d’un couplet à un moment du morceau. J’aime beaucoup ce genre de moments d’interrogation. Comme je le dis à chaque fois, il faut être réceptif à sa voix et à sa manière de chanter. Dans les voix particulières, il y a aussi celle d’a子 qui sort un nouveau single très immédiat et accrocheur intitulé Racy. Le morceau est excellent et rentrera facilement dans la liste de ses meilleurs morceaux. Je me dis parfois qu’il suffirait qu’un de ses morceaux soit utilisé comme thème d’un anime ou drama à succès pour que sa carrière décolle et devienne mainstream. Ce single sera présent sur un nouvel EP intitulé Steal your heart qui sortira le 6 Décembre 2023. Il y a beaucoup de sorties d’albums qui m’intéressent en cette fin d’année car Hitsuji Bungaku sort également son nouvel album 12 hugs (like butterflies) le 6 Décembre. Vaundy a sorti son double album Replica il y a quelques semaines, et vient de passer pour la première fois à Music Station, ce qui parait incroyable. King Gnu vient aussi de sortir son nouvel album The great Unknown cette semaine avec un excellent teaser. Bref, beaucoup d’idée de cadeaux pour Noël, sachant que je ne me suis pas encore procuré le Blu-ray du dernier concert (椎名林檎と彼奴等と知る諸⾏無常) de Sheena Ringo, celui que j’avais été voir cette année. Je suis un peu moins pressé car je l’ai en fait déjà vu et enregistré sur WOWOW.

Dans le billet précédent, je mentionnais que Moeka Shiotsuka (塩塚モエカ) de Hitsuji Bungaku avait inscrit un morceau du groupe rock indé americain Pavement dans la playlist de l’émission radio de Seji Kameda sur J-Wave dont elle était l’invité. Cela m’a donné l’envie irrésistible de revenir vers la musique du groupe, surtout que le morceau que Moeka mentionnait, Date with IKEA, est sur l’album Brighten the Corners de 1997 que je n’avais en fait jamais écouté en intégralité. J’écoute également l’album Wowee Zowee de 1995 qui est plus désorganisé mais qui doit être un de mes préférés du groupe. Deux excellents albums que j’aurais dû écouter il y a 25 ans à l’époque où je n’écoutais presque que ce style de rock alternatif américain. La manière de chanter de Stephen Malkmus est accidentée et n’a rien de conventionnel. Elle a ce petit quelque chose de naturel qui nous donne l’impression qu’il nous parle de son quotidien. Certains morceaux me rappellent un peu musicalement les premiers albums de Beck, notamment Mellow Gold et Odelay sortis à peu près à cette même époque. On y trouve un même bouillon créatif rock qui déborde d’idée mais reste très brut dans son approche. Les morceaux Stereo sur Brighten the Corners et Rattled by the Rush sur Wowee Zowee sont des bons points d’entrée. On peut ensuite se diriger vers des morceaux comme Fight This Generation ou Grounded et se plonger ensuite d’une manière nonchalante dans le discographie complète du groupe.

yaba!suk!honman!

Quelques petits pépins techniques ont mis à mal la lisibilité de Made in Tokyo pendant plusieurs jours. Le problème est heureusement réglé, mais la résolution a pris un certain temps après de nombreuses communications par emails avec le support technique. Il s’agissait apparemment d’une migration affectant le serveur web sur lequel se trouve mon compte. Un problème soudain de ‘character encoding’ ne faisait pas apparaître correctement les accents en français et les mots écrits en japonais. La résolution n’a en fait pris que quelques jours mais c’était assez pour me faire craindre à une éventuelle impossibilité de résoudre mon problème. Pendant cette période de quelques jours où le problème se faisait persistant, j’ai même imaginé le pire. Et si le support technique n’était pas en mesure de corriger la configuration du serveur. Et si je n’étais pas en mesure de remédier au problème de mon côté. Et si l’unique solution était de mettre à jour les 1664 billets du blog, les uns après les autres. Ce que je n’aurais sans doute jamais fait vu l’ampleur de la tâche. Je me suis aussi dit qu’il s’agissait peut être là de l’annonce de la fin de Made in Tokyo. J’ai pensé à la manière de continuer différemment, en dehors des pages web, qui sont après tout très vulnérables à tous types de problèmes, même s’il y a toujours un back-up quelque part et que rien n’est jamais complètement perdu. Le fait que ce problème technique soit une chance a même effleuré mon esprit, même si j’avais du mal a complètement m’en convaincre. Ma réflexion m’a poussé à imaginer une version de Made in Tokyo en forme de petits magazines en format pdf, comme pourrait l’être un fanzine. J’ai toujours eu une certaine fascination pour le format fait maison un peu maladroit du fanzine, tellement authentique dans la passion qu’il essaie de transmettre. J’imaginais reprendre, en les corrigeant, certains articles passés en les regroupant par thèmes et en mélangeant les années. Cela fait assez longtemps que je me pose la question de comment conserver le contenu de Made in Tokyo. Viendra un temps où le format blog disparaîtra, où WordPress ne sera peut être plus maintenu ou fonctionnel. Dans cet éventualité, maintenir le contenu du site dans un contenant indépendant d’une plateforme me paraissait et me paraît toujours important. Pour l’instant, je sauvegarde les billets chaque mois au format pdf, bien que la mise en page ne soit pas toujours idéale. Il faudrait passer sur un software d’édition, utilisé pour les magazines par exemple, pour concevoir un format avec une mise en page facilement exportable en pdf. C’est un travail de très longue haleine que j’ai pour l’instant du mal à entamer, car, plus que tout, je préfère passer le peu de temps qui m’est disponible à créer de nouvelles images, développer de nouvelles photographies et écrire de nouveaux billets. D’ailleurs pour les photographies du billet ci-dessus que j’ai failli oublier, elles sont prises dans les quartiers autour de la gare de Kamata. Je suis retourné voir Moriyama House (C’est la troisième fois) et j’ai ensuite marché autour de la station à la recherche de détails urbains intéressants. Pendant ce temps là, Zoa s’entraînait pour son concours de robots qui avait lieu l’après-midi. Je termine l’écriture de ce petit texte en écoutant Bossanova (1990) de Pixies, un des albums fondamentaux de ma culture musicale que j’ai écouté sur cassette jusqu’à l’usure de la bande.

Moriyama House (2)

Ma première et unique visite de Moriyama House par l’architecte Ryue Nishizawa remonte à il y a plus de 10 ans. Je me décide d’y retourner pour voir comment elle a évolué avec le temps. Je suis en fait assez peu surpris de constater qu’elle n’a pas pris une ride. Les blocs blancs restent immaculés, non affectés par les années passées. Vu que l’architecture de cette maison individuelle perdue dans les quartiers de Kamata a une renommée certaine, cela ne semble pas très étonnant que les propriétaires aient eu cœur à maintenir cet objet architectural emblématique en bonne condition. Les amateurs et photographes d’architecture doivent être assez nombreux à venir autour de Moriyama House, car un petit panneau écrit à la main indiquait dans un anglais un peu confus les endroits où l’on pouvait circuler et prendre des photos. Ce panneau n’était bien entendu pas là il y a dix ans. La structure éclatée en dix blocs blancs de tailles variées est toujours entourée de végétation, de quelques arbustes et des pots de fleurs. La densité de cette végétation n’a pas non plus bougée depuis toutes ces années. La plupart des pièces de l’ensemble ont leurs ouvertures fermées de rideaux, à part une pièce à l’étage laissant deviner un escalier qui mène sur le toit du bloc. En revoyant mon ancien billet de 2007, je me rends compte que les photographies étaient en noir et blanc. J’apporte finalement la couleur sur la série ci-dessus. Voir ces blocs d’une blancheur impeccable me rappelle ceux, plus massifs, du musée d’art contemporain 21st Century Museum of Contemporary Art Kanazawa, par SANAA, que l’on avait été voir l’année dernière. Ces formes simples et nettes sont définitivement fascinantes.