hypnotic innocence, cathartic existence ~4

Le Dimanche 28 Avril 2024.

Je l’ai déjà vu apparaître plusieurs fois derrière les taxis, dans une rue au fond de Kabukichō, à Shinjuku. Elle revient toujours au même carrefour, au cœur de la nuit, lorsque les derniers trains ont cessé de circuler depuis longtemps. Tokyo bascule alors dans une version plus floue, plus instable d’elle-même.

Il est 02:47 du matin. Elle se tient à quelques dizaines de mètres de moi, de l’autre côté du carrefour, ses cheveux emportés par les courants d’air provoqués par le passage des taxis. La nuit est sombre, mais les lampadaires et les néons lui donnent une présence presque irréelle. Pourtant, personne ne semble vraiment la voir. Les taxis passent, les passants enivrés d’alcool la frôlent, mais elle reste comme désynchronisée de la scène qui l’entoure. Je l’observe attentivement, essayant d’imaginer ce qu’a été son existence.

Il y a environ six mois, à la fin de l’été, une Mustang noire l’a fauché alors qu’elle traversait ce carrefour au milieu de la nuit. Je n’ai pas vu la scène, mais j’ai entendu les passants en parler, alors que la police était déjà sur place. Quelqu’un semblait la connaître et l’appelait la reine de Kabukichō. C’était le surnom que l’on donnait à Mako Takatsuki (高槻 真光). Un autre homme pensait qu’elle avait traversé volontairement. À cet instant précis, disait-il, elle arborait un sourire discret, presque indescriptible. Son regard se noyait dans le flou de la ville.

Depuis, elle revient chaque nuit à la même heure. Mais elle ne regarde pas l’endroit où tout s’est arrêté. Elle regarde ailleurs, au loin, de l’autre côté du carrefour, comme si elle attendait quelqu’un, un rendez-vous suspendu au milieu de la nuit. Puis soudain, son visage s’éclaire et elle disparaît dans les lumières de la rue au moment même où elle tente de traverser le carrefour.

À cet instant, je sens près de moi une présence. Une silhouette entièrement vêtue de noir avec des chaussures compensées, le visage dissimulé sous une capuche. Impossible de dire si cette présence est masculine ou féminine. Je n’ose pas la regarder. Lorsque je me décide enfin, elle a déjà disparu dans les ruelles de Kabukichō. Le carrefour redevient ordinaire, mais quelque chose persiste. Ce lieu n’est pas celui d’un accident, mais d’une attente, d’un rendez-vous qui n’a jamais vraiment eu lieu.

Le Mercredi 29 Avril 2026.

Je fais beaucoup de belles découvertes musicales ces derniers temps en me penchant vers l’électro-pop japonaise récente. Je commence par un morceau électronique à tendance trance intitulé Electric Mirage Kanjo (エレクトリック・ミラージュ・感情) par Technopop Yuuki Synthetizer Chan (テクノポップ・有機・シンセサイザーちゃん), sorti en Octobre 2025. Je crois comprendre que, derrière ce nom de code, on retrouve les deux musiciens Nyalra (にゃるら) et Sasuke Haraguchi (原口沙輔). J’ai déjà évoqué sur ces pages le nom du producteur Sasuke Haraguchi à travers plusieurs de ses projets, mais Nyalra m’était par contre inconnu. Technopop Yuuki Synthetizer Chan est en fait un projet hybride piloté par Nyalra, qui en est le directeur artistique. Il écrit les paroles et produit les morceaux en faisant intervenir des producteurs invités comme Haraguchi. Le morceau me-ai-la-sun-chu (me・愛・ラ・sun・虫), que j’écoute également même si je le trouve moins percutant, est quant à lui co-produit par Shinichi Osawa (大沢伸一), qu’on ne présente plus dans l’électro japonaise. Chaque morceau propose des versions longues (Extended version) que je choisis car ce type de morceaux fonctionne bien sur la longueur. Je trouve Electric Mirage Kanjo particulièrement réussi, car il se construit sur un rythme très marqué et accrocheur mais n’hésite pas à déraper vers des sons plus expérimentaux en cours de route. Les morceaux sont chantés par une voix féminine à l’esthétique “moe” (萌え) que j’imagine être une voix synthétique type Vocaloid ou peut être s’agit-il d’une voix hybride. Ces morceaux oscillent entre kawaiisme, rétro-futurisme (que l’on note dans le nom du groupe avec le terme ‘Technopop’ issu des années 80) et une dimension plus expérimentale et étrange.

Je continue ensuite vers des sons électroniques plus clairement pop avec deux excellents morceaux du producteur électronique et DJ japonais PSYQUI intitulés Don’t you want me (2018) et Hysteric Night Girl (ヒステリックナイトガール) (2019). Il y a une certaine immédiateté dans cette musique qui nous accroche tout de suite, notamment quand le rythme monte soudainement dans les tours. Le morceau Don’t you want me est chanté par Such, une vocaliste de cette scène électronique japonaise indépendante, qu’on appelle dōjin (同人). La scène dōjin désigne au Japon tout un écosystème de création indépendante, souvent amateur ou semi-pro, en dehors des circuits commerciaux classiques. Le style musical de ce morceau ainsi que quelques autres de cette playlist s’apparente au Future bass, qui est un genre de musique électronique apparu vers les années 2010, reconnaissable par son côté émotionnel et très texturé. On y trouve une énergie positive qui se mélange à une nostalgie et mélancolie légère. Les morceaux de cette scène sont souvent repris par différentes vocalistes, mais pour le morceau Hysteric Night Girl, j’écoute d’abord la version originale. Le début du morceau m’amuse toujours, car il ressemble sans y ressembler au début de Marunouchi Sadistics de Sheena Ringo.

On passe ensuite sur deux morceaux de Moe Shop rappés par TORIENA intitulés GHOST FOOD (2021) et Notice (2018). Moe Shop est un producteur de musique électronique français basé à Tokyo, mélangeant dans ses productions le son Future Bass avec des éléments de French Touch. Moe Shop travaille surtout avec des vocalistes japonaises issues de la scène indie / dōjin, et je suis particulièrement attiré par le hip hop de TORIENA. J’adore son phrasé rapide et la manière avec laquelle elle découpe ses phrases en parfaite adéquation avec la densité sonore qui l’entoure, même quand le rythme est particulièrement syncopé comme sur le morceau Notice. La positivité de ces sons électroniques upbeat n’est en fait qu’apparente car les paroles chantées/rappées y sont beaucoup plus sombres. Je connaissais déjà TORIENA pour une collaboration avec 嚩ᴴᴬᴷᵁ sur son dernier EP Seventh Heaven sorti en Juillet 2025, tout comme je connaissais Яu-a pour sa collaboration avec killwiz sur son EP Schizophrenia. J’écoute deux morceaux de Яu-a, I cuckold your boyfrend (お前の彼氏寝取ってやったの。) et Neon Sign (ネオンサイン) (ハタチ Version). Ce sont deux morceaux courts avec toujours un phrasé rapide mais une ambiance plus mélancolique. Ma playlist électronique se dirige ensuite vers des morceaux plus apaisés avec Lonely Cat de Lilniina, puis Reijū (隷獣) de nyamura x Nakiso (なきそ). Ces morceaux sont plus introspectifs et sombres, dans une style yami-kawaii (病みかわいい) pour nyamura qui lui est assez typique et est bien reflété dans les visuels qui l’accompagnent. J’aime retrouver la voix de nyamura car j’y ressens une détermination certaine qui est en même temps nuancée. J’aime aussi beaucoup le décrochage inattendu à mi-morceau et les toutes dernières notes le concluant. On termine ensuite avec le morceau v_o_i_c_e feat 4s4ki & KOTONOHOUSE de rinahamu (苺りなはむ), sorti en Novembre 2025. C’est la troisième collaboration musicale que j’écoute de rinahamu et 4s4ki après NEXUS et Ganbariyasan dakara ai shite (頑張り屋さんだから愛して).

Dans ma petite playlist, j’aime aussi beaucoup le nouveau single de Xamiya intitulé CRY avec son ambiance rêveuse qui nous transporte dans un ailleurs proche des sons trip-hop. Dans ambiance encore différente, il y a le sublime nouveau single de Kroi intitulé Kinetic feat. INCOGNITO. J’adore son énergie urbaine et son groove irrésistible. Je trouve encore une fois chez Kroi une maitrise musicale qui m’épate, une tension très maîtrisée, un peu comme pour King GNU dans un style beaucoup plus rock. J’ai souvent hésité à me lancer dans l’écoute de Polkadot Stingray (ポルカドットスティングレイ), groupe rock originaire de Fukuoka. Je sais que la chanteuse et guitariste Shizuku (雫) est fan de Sheena Ringo mais je n’ai jamais vraiment accroché à sa voix, jusqu’à ce morceau Sakasama (逆様) qui vient de sortir en Avril 2026 et que j’aime beaucoup pour son énergie débordante et imprévisible.

誰にも分からないここはcrazy

Le Tokyo Architecture Festival (東京建築祭) avait lieu les Samedi 25 et Dimanche 26 Mai 2024. Avec un tel nom, on pouvait s’attendre à beaucoup de choses, mais au final, ce festival ne se limitait qu’à trois zones dans Tokyo (Ginza Tsukiji, Nihonbashi Kyōbashi et Ōtemachi Marunouchi Yūrakuchō) où l’on pouvait accéder à certaines zones de bâtiments qui ne sont normalement pas autorisées au public ou profiter d’une visite guidée. J’ai opté pour la zone Ginza Tsukiji en passant d’abord voir le temple Tsukiji Honganji (築地本願寺). J’y suis déjà allé plusieurs fois mais j’étais assez curieux de visiter l’intérieur des salles ou endroits habituellement fermés au public. J’ai malheureusement été assez peu intéressé par ses salles « secrètes » car elles n’avaient rien d’aussi grandiose que le hall principal ouvert au public. J’ai ensuite continué par la visite de l’ancienne église catholique de Tsukiji (カトリック築地教会), mais la file d’attente devant l’édifice n’était pas vraiment justifiée car l’intérieur très sobre ressemblait tout simplement à une église typique. J’ai préféré quitter l’itinéraire pour partir de mon côté à la recherche de l’ancien bureau et maison de l’architecte Yōji Watanabe. Cet architecte a construit l’iconique New Sky Building (Sky Building 3) à Shinjuku que je montrais pour la première fois sur ce blog en 2007. La construction du petit immeuble de bureaux de Yōji Watanabe à Hirakawachō date de 1962 et est donc antérieure à celle du New Sky Building. Cette structure brutaliste, que je montre sur la cinquième photographie, se compose de six étages et d’un sous-sol, le tout construit sur une petite surface de 36m2.

J’ai tellement de nouvelles découvertes musicales à mentionner que je regroupe dans un billet toutes celles qui ont une tendance pop. On commence d’abord par le nouveau single d’ELAIZA (池田エライザ) intitulé Tamashii (たましい), sorti le 10 Juillet 2024. Le morceau est écrit et composé par Taiiku Okazaki (岡崎体育). Il apporte au morceau une trame électronique très rythmée avec un beat très présent, qui accroche tout de suite et vient habillement contraster avec la manière assez mécanique de chanter d’ELAIZA. Je connaissais Elaiza Ikeda comme actrice pour l’avoir découvert dans le drama Followers de Mika Ninagawa (蜷川 実花) sur NetFlix, mais je ne m’étais jamais penché sur sa carrière musicale, malgré une reprise du morceau Koko de Kiss Shite. (ここでキスして。) de Sheena Ringo qu’elle avait interprété lors d’une émission télévisée le 25 Novembre 2020 (comme un cadeau d’anniversaire). J’aime beaucoup son nouveau single car il semble très improbable et la sort à mon avis de sa zone de confort. J’adhère en tout cas tout à fait à cette nouvelle direction de laquelle se dégage une force certaine. La vidéo montre une prise d’otage qu’Elaiza parvient à déjouer par sa seule force psychique, ce qui la fait saigner du nez comme Onze (Millie Bobby Brown) dans Stranger Things. Je reviens ensuite vers la musique qui fusionne les genres du groupe Kroi sur l’excellent single Green Flash, extrait de leur dernier album Unspoiled sorti le 19 Juin 2024. Tout comme le single Hyper dont je parlais dans un billet précédent, je suis vraiment impressionné par la facilité par laquelle Leo Uchida et son groupe jouent avec les genres. Je ne suis pas encore sûr d’aimer toute leur discographie mais il y a des pépites comme ce morceau qui ne laissent pas indifférents. Kroi a depuis quelques temps acquis une notoriété qui les fait passer à la télévision sur Music Station ou apparaître dans une publicité télévisée. Dimanche dernier, Leo Uchida était invité de l’émission hebdomadaire de Seiji Kameda sur la radio J-Wave et on sentait toute l’effervescence qui se dégageait entre les deux musiciens. Il est clair que Kroi a une force créative indéniable, et ne semble pas avoir de limites dans les associations instrumentales. Ça donne au final des morceaux sublimes de rythme et de créativité comme Green Flash. Je suis là en train de me convaincre de continuer l’écoute de l’album Unspoiled. La découverte suivante est le single intitulé sister du groupe ChoQMay (チョーキューメイ). Je me demande pourquoi il y a autant de morceaux aussi bons en ce moment par des jeunes groupes dont je n’avais jamais entendu parler jusqu’à maintenant, comme ChoQMay. Le groupe a été fondé en 2020 par Urara (麗) qui assure le chant, la guitare et le violon, accompagnée de trois autres membres: Renpi (れんぴ) aux claviers et piano, Gon Fujii (藤井ごん) à la basse, Kōichirō Kuga (空閑興一郎) à la batterie. Le nom étrange du groupe est tiré d’une histoire de Rakugo employant les mots Chōkyūmei no Chōsuke (長久命の長助) faisant référence aux idées de longévité à travers les mots Chōkyū (長久) et Chōmei (長命). Le groupe souhaite se donner ainsi une longue carrière musicale, et c’est tout ce qu’on peut leur souhaiter. La trame de clavier qui démarre le morceau nous accroche tout de suite et la manière de chanter légèrement non-conventionnelle d’Urara me ravit tout de suite, surtout qu’elle a une plage de chant assez étendue. L’approche pop un peu sursautante me plait vraiment beaucoup et est furieusement contagieuse. J’entends souvent parler du groupe Chilli Beans. ces derniers temps, alors j’ai fait le curieux en écoutant le single Mum sorti le 26 Juin 2024, et je ne regrette pas du tout car l’ambiance rock indé lorgnant vers des sons américains est très loin de me laisser indifférent. Chilli Beans. est un jeune trio féminin composé de Moto au chant, Maika à la guitare basse et aux chœurs, et Lily à la guitare et aux chœurs. Elles ont entre 24 et 26 ans. Là encore, il s’agit d’un jeune groupe qui ne révolutionne pas les codes du genre mais arrive tout simplement à écrire, composer et interpréter un morceau d’un pur bonheur rock. J’ai l’impression d’une grande facilité dans la composition car le morceau est d’une fluidité impeccable. Je trouve même un petit quelque chose d’estival dans ce morceau et un enthousiasme qui me met de bonne humeur.

Parmi les belles découvertes musicales récentes, je compte également le dernier EP d’usabeni (宇佐蔵べに). Je ne connaissais pas cette artiste, anciennement idole dans diverses formations dont les noms me sont également inconnus (avandoned, Engawa, Apokalippps, Childish Tones, Fun Fin Friends). Elle a ensuite démarré une carrière solo et le EP Air sorti le 27 Mai 2024, que je découvre récemment, est son premier après deux albums. La musique électronique riche d’une multitude de sons divers est assez éloignée de la musique typique d’une idole, et montre par moment quelques moments plutôt expérimentaux. Le dernier morceau intitulé Trip (Remix) du EP de quatre titres est en fait le plus expérimental et donne à l’ensemble une certaine consistance. Sa manière de chanter, souvent proche du rap, est assez unique, notamment dans son utilisation hachée de l’anglais mélangé au japonais. La fin de ce morceau Trip est particulièrement hypnotisante dans les répétitions de même phrases (this is a very nice Beni’s journey, this is a very nice Beni’s trip) à des vitesses variantes. Au final, le EP Air est un petit objet musical de 10 minutes un peu fou et bancal, mais très inspiré qui donne l’impression d’une grande liberté créative comme si usabeni avait voulu casser la cage formatée dans laquelle peut se trouver une idole. Je retrouve ensuite avec grand plaisir la compositrice et interprète Noa (乃紫) avec le single Hatsukoi Killer (初恋キラー), qui est très différent du rock du morceau Exit 8 (A8番出口) que j’avais évoqué dans un billet précédent. J’aime beaucoup la légère arrogance qui se dégage de ce morceau très axé pop et le chant de Noa qui roule très légèrement les ‘r‘ par moment. il y a quelque chose de très ludique, d’une légèreté agressive, dans ce morceau et ses paroles, qui est vraiment très plaisant. Le morceau Deadline Syndrome (デッドライン症候群) est très léger et drôle, car sa compositrice et interprète Irom (あいろむ) exprime dans les paroles toutes ses difficultés à se concentrer et organiser son temps pour tenir une deadline. Je ne sais pas grand chose de cette artiste mais ce morceau a une bonne humeur et un humour particulièrement contagieux. Et pour terminer cette série de découvertes musicales, j’écoute pour la première fois un morceau de Mega Shinnosuke (メガシンノスケ) intitulé Ai to U (愛とU). Je connaissais déjà ce compositeur pour avoir croisé sa voix rappée sur l’excellent morceau Hyper Angry Cat (超怒猫仔) d’4s4ki. Le single Ai to U est en comparaison beaucoup plus cool et chantant. Ce morceau, comme la grande majorité de la petite playlist de ce billet a une nette tendance upbeat, qui change un peu de la mélancolie rock qui ponctue régulièrement les billets de Made in Tokyo. Comme quoi j’aime varier les plaisirs tant que la musique est bonne, et je trouve la musique de la jeune génération japonaise particulièrement remarquable, avec cette petite pointe de folie indispensable.

sakura overload (un fleuve urbain)

Les sakura étaient cette année comme une belle princesse qui se fait attendre à une réception (ou comme une rockeuse en kimono qui tarde à monter sur scène). Les cerisiers en fleurs se sont fait attendre en arrivant beaucoup plus tard que d’habitude, et en bouleversant par la même occasion l’organisation des diverses festivités ponctuelles accompagnant leur arrivée. La floraison est aussi imprévisible qu’éphémère et on nous avait assez répété à la télévision que ce week-end était le moment ou jamais pour apprécier les cerisiers en fleurs cette année. On sait que pluie et vent nous attendent la semaine prochaine, et il faudra être stratégique pour pouvoir profiter pleinement des paysages fleuris avant le point de non-retour. Cette présentation de la situation semble bien dramatique mais il n’en est rien. Cela fait 25 ans que je vois des cerisiers en fleurs tous les ans et l’effet de surprise s’est quelque peu estompé. Malgré cela, nous restons tout de même comme hébétés devant la beauté de ces cerisiers quand ils sont à leur pic de floraison. Je me demande bien quel effet addictif ces arbres parviennent à nous transmettre. On ne se lasse pas de les regarder et on éprouve à chaque fois le besoin renouvelé de partir à leur recherche, que ça soit dans l’environnement urbain proche de nous ou dans les campagnes aux alentours de la ville. Nous essayons en général de profiter des deux. Et les Sakura ne sont jamais aussi beaux que quand ils se réunissent pour former des toits ou des tunnels. L’avenue Meiji entre les carrefours de Tengenjibashi et de Shibuyabashi est trop large pour que les cerisiers de chaque coté se rejoignent pour former un tunnel mais l’endroit n’est en pas moins magnifique en cette période. Les cerisiers sont ensuite plus petits et moins fleuris entre Shibuyabashi, au niveau de la salle de concert Liquidroom que je montre en photo, et la station de Shibuya. L’avenue Meiji est souvent le premier endroit où je vais admirer les cerisiers en fleurs et naviguer cette rivière urbaine en voiture est à chaque fois une belle expérience.

Et pour accompagner la beauté parfois oppressante des cerisiers, je sélectionne quatre morceaux à tendance hip-hop plus ou moins marquée. Je n’avais jusqu’à maintenant jamais vraiment eu l’idée d’écouter la musique du groupe Kroi. Je pensais, pour je ne sais quelle raison, que leur style musical n’était pas pour moi. Je me rends compte que c’était une erreur en écoutant le single Hyper sur un EP du même nom sorti en Octobre 2023. Kroi est un groupe de Tokyo créant sa musique en fusionnant les genres, entre rock et hip-hop mais aussi Funk, Soul et R&B. L’idée du groupe est de créer une nouvelle musicalité en mélangeant tous ces styles musicaux et c’est en fait la signification de leur nom de groupe. Kroi vient du mot Kuroi (黒い), « noir » en japonais, qui est la couleur résultante lorsque toutes les couleurs sont mélangées. Kroi a été fondé en 2018 par Reo Uchida (内田怜央), au chant et guitare, et Yūki Hasebe (長谷部悠生), à la guitare, accompagnés de Masanori Seki (関将典) à la basse, Hidetomo Masuda (益田英知) à la batterie et Daiki Chiba (千葉大樹) aux claviers. Le morceau Hyper que j’écoute en ce moment correspond tout à fait à cet esprit de fusion musicale. Le tout début du morceau commence par une guitare très lourde et la voix sombre de Reo Uchida me rappellerait presque le grunge hardcore d’Alice in Chains, mais l’ambiance du morceau change très vite avec une voix rappée et un rythme extrêmement dynamique mélangeant même les cuivres. Ce melting-pot musical a une construction certes atypique mais montre une très grande maîtrise. Ce style aux apparences chaotiques n’est pas sans me rappeler l’approche stylistique du Millenium Parade de Daiki Tsuneta. Je ne soupçonnais pas que Kroi créait une musique aussi dense et maîtrisée. On reste ensuite dans les ambiances hip-hop avec le morceau Jibun no Kigen ha Jibun de Toru (自分の機嫌は自分で取る) d’ASOBOISM, sur son album YOLO sorti en Août 2023. ASOBOISM est compositrice, interprète et rappeuse originaire de Totsuka dans préfecture de Kanagawa. Je connaissais son nom depuis quelque temps car elle évolue dans les cercles du hip-hop féminin proche d’Akko Gorilla (あっこゴリラ) et de Valknee dont j’ai déjà parlé sur ce blog. Akko Gorilla participe d’ailleurs au morceau d’ASOBOISM que j’écoute en ce moment avec une autre rappeuse nommée CLR. J’aime beaucoup les nappes musicales enveloppantes et vaporeuses de ce morceau et la manière dont la voix rappée d’ASOBOISM et des deux invités viennent s’y intégrer d’une manière parfaitement fluide. C’est un superbe morceau qui a même un petit quelque chose de relaxant. Le morceau de Valknee, Not For Me, de son premier album Ordinary sorti le 10 Avril 2024, a en comparaison une trame musicale de synthétiseur beaucoup plus agressive. J’ai toujours aimé cette approche sans concession mélangée à la voix rap tout à fait atypique de Valknee, mais j’avais un peu perdu le fil ces dernières années. J’aime beaucoup ce morceau, même si je ne suis pas certain d’écouter tout l’album. De l’album, le morceau Loose est très particulier dans sa manière de forcer les fins de phrases, mais démontre qu’elle maîtrise extrêmement bien son flot. Elle n’intègre pas de coréen dans ses morceaux, ce qui est un peu dommage car j’adore quand elle le mélange avec le japonais, mais elle garde un certain accent de Kanagawa. DAOKO vient de sortir un nouveau single Tenshi ga Itayo (天使がいたよ) qui est assez génial, très rythmé et dense musicalement dans une ambiance de néons que j’adore. Ce morceau sera à priori sur son cinquième album Slash-&-Burn qu’elle vient d’annoncer et qui sortira le 22 Mai 2024, accompagné d’une petite tournée de deux dates à Osaka et Tokyo en Juin à laquelle j’aimerais bien assister, si le fan club (dont je ne fais pas partie) ne raffle pas toutes les places. Vue qu’elle n’a pas sorti de nouvel album depuis quatre ans, avec Anima, j’imagine qu’il n’y aura pas beaucoup de places disponibles. Ça fait en tout cas plaisir d’écouter ce genre de morceaux où DAOKO semble trouver parfaitement sa place, à mi-chemin entre la J-POP mainstream et une approche musicale beaucoup plus indépendante.