les respirations d’une mélancolie douce

Hodosan (宝登山) est une petite montagne de la préfecture de Saitama, près de Nagatoro à Chichibu. Elle ne domine pas par sa hauteur d’environ 500 mètres mais par son atmosphère paisible faite de sentiers accessibles, d’une forêt calme et d’une vue ouverte sur la rivière Arakawa qui coule au loin dans la vallée. Au sommet et sur ses flancs, on trouve l’ancien sanctuaire Hodosan dont l’enclos est entouré d’arbres, un téléphérique un peu rétro remis aux goûts du jour et des vergers de pruniers qui fleurissent en fin d’hiver. Hodosan évoque une montagne intérieure, un lieu de marche lente, de respiration et d’observation. Un endroit qui résonne bien avec la solitude calme et mélancolique qui nous anime parfois.

La musique de toe possède une mélancolie douce qui accompagne un cheminement intérieur. Elle est organique comme les battements du cœur et le flot sanguin qui traverse tout notre corps. Dans cette musique, les rythmes irréguliers ne s’imposent pas mais se diffusent en nous comme une évidence. Quelque chose d’organique, de profondément humain, traverse chaque morceau. L’émotion ne surgit pas en surface mais circule, gravit les pentes douces, nous laisse le temps de rester contemplatif devant un paysage qui se montre à nous. Cette musique relie les silences, les respirations, les variations infimes, comme un corps qui avance sans effort conscient. Elle nous accompagne dans notre propre mélancolie et solitude, guidant notre rythme intérieur, plutôt que nos pas. La solitude y devient un mouvement lent et une progression intime, et la musique, plutôt qu’un refuge, devient une circulation vivante, discrète et essentielle.

Elle éprouve une solitude calme et mélancolique, non pas comme un cri, mais comme un silence persistant, un espace intérieur légèrement en retrait. Sans aller mal, elle se sent parfois décalée, davantage observatrice que pleinement présente, habitée par une nostalgie diffuse et sans objet précis. Cette solitude, plus contemplative que triste, devient chez elle un territoire intime et protecteur, familier, où elle retourne souvent. Elle ne cherche pas à être effacée, seulement reconnue, et peut alors se transformer en source de regard, de création et d’attention au monde, cohabitant paisiblement avec les autres.

La musique de toe dans les oreilles en écrivant ce billet passe par le morceau Loneliness will Shine de leur album Now I See the Light (2024), puis Commit Ballad avec Chara au chant sur Hear You (2015), Goodbye (グッドバイ) sur For Long Tomorrow (2009) et tout l’album the book about my idle plot on a vague anxiety (2005). Le groupe toe à été fondé à Tokyo en 2000 par quatre musiciens qui sont toujours actifs ensemble: Takashi Kashikura (柏倉隆史) à la batterie, Hirokazu Yamazaki (山嵜廣和) et Takaaki Mino (美濃隆章) aux guitares et Satoshi Yamane (山根さとし) à la basse. La formation n’a pas changé depuis leur début mais Keisaku Nakamura (中村圭作) les accompagne également aux claviers sur leurs albums les plus récents. J’ai déjà vu jouer ce dernier ainsi que le batteur Takashi Kashikura car ils accompagnent également Miyuna sur scène. La musique de toe, qui signifie « theory of everything », s’apparente au post-rock mais sa dynamique vive et irrégulière nous fait vite penser au math-rock. La batterie rapide et précise de Takashi Kashikura mène chaque morceau et les arrangements mélodiques de guitares nous font vite décoller. La grande majorité des morceaux de toe sont instrumentaux, mais des voix apparaissent également par moments, comme sur le magnifique Commit Ballad avec la voix atypique de Chara et leur morceau plus récent Loneliness will Shine. Cette musique pousse à la contemplation, à s’arrêter pour regarder la neige tomber comme c’est le cas ce matin à Tokyo. Cette musique est également très organique, comme un cœur qui bat, qui s’emballe parfois puis se rassure à force de respirations. Bien que je connaissais le nom du groupe depuis longtemps, je ne les ai vraiment découvert que récemment par les hasards de YouTube me conseillant le morceau Goodbye que j’écoute avant de m’endormir un soir. Ce morceau est magnifique dans son intensité mélancolique douce, mais je n’avais pas encore découvert la version de l’album For Long Tomorrow de Goodbye chantée par l’artiste pop/jazz Asako Toki (土岐麻子). Cette version est sublime. J’écoute ensuite tout l’album the book about my idle plot on a vague anxiety sorti en 2005, qu’il faut écouter en entier pour en apprécier toute la sève.

J’imagine assez clairement Kei Imamura (今村京) se perdre dans la musique de toe dans les rues de Shinjuku, en recherche d’inspiration musicale. Je ne suis pas sûr qu’elle connaisse déjà cette musique mais je lui conseillerais vivement la playlist mentionné au début du paragraphe précédent. Elle pourrait par exemple démarrer son écoute avec le morceau Goodbye qui annoncerait peut-être pour elle un nouveau départ.

三峰❶

Départ assez tôt le matin pour les montagnes de Chichibu (秩父) à l’Ouest de la préfecture de Saitama. Ce n’est pas la première fois que nous allons à Chichibu et nous y sommes même allés récemment, au mois de Mai de cette année. Notre destination était la petite ville de Yorii. Nous avions déjeuné dans le restaurant et ryokan Kyōtei (京亭) qui avait été utilisé pour la vidéo du morceau Ryokushu (緑酒) de Tokyo Jihen (souvenez-vous). Nous repassons à Yorii car la ville se trouve à la sortie de l’autoroute depuis Tokyo et à l’entrée de Chichibu. Il faut à peu près deux heures de route jusqu’à Yorii, sans embouteillages cette fois-ci car nous sommes partis en semaine. Nous suivons vaguement la rivière Arakawa qui creuse la vallée de Chichibu jusqu’à la petite ville touristique de Nagatoro. Nous n’avions pas mis les pieds à Nagatoro depuis Septembre 2004. Mari et moi étions à cette époque jeunes mariés. Nous avons gardé des bons souvenirs d’une glace pilée kakigori (かき氷) que nous avions apprécié à ce moment là pendant les chaleurs de la fin de l’été. Un des buts de notre visite à Chibibu était de retrouver les délices de cette glace pilée avant de monter dans les hauteurs de Chichibu. Nous allons cette fois-ci dans un café particulièrement renommé se nommant Asami Reizō Kanazaki Honten (阿左美冷蔵金崎本店). L’établissement a été fondé en 1890. On nous dit qu’il faut en général des heures d’attente mais nous avons la chance de ne pas avoir à attendre du tout. La chance nous sourit parfois. La pluie torrentielle qui s’est abattue sur la région de Tokyo dans la matinée a dû dissuader les éventuels touristes de faire le déplacement jusqu’à Nagatoro. Après de multiples simulations et calculs, nous avions fait le pari que la pluie s’arrêterait dans la matinée à Chichibu et nous avons eu raison. Je montre des photos de ces glaces kakigori sur mon compte Instagram. Elles ressemblent à des petites montagnes enneigées sur lesquelles on vient déverser un sirop fruité ou du macha. Le café est installé dans une ancienne maison de bois et mélange toutes sortes d’objets, parfois artistiques, à l’intérieur. Une photo posée sur une table nous indique que Tamori est passé par ici (peut être pour son émission Bura Tamori sur NHK). On se sent bien dans cette ambiance hétéroclite mais le problème est que l’on doit se dépêcher de déguster la glace pilée avant qu’elle ne fonde et on la finit par conséquent assez rapidement. Le kakigori ne nous laisse malheureusement pas prendre notre temps et je serais volontiers resté un peu plus longtemps dans ce café. Mais la route nous attend. Nous reprenons la voiture pour une heure de routes sinueuses nous faisant grimper sur les sommets de Chichibu. J’ai connu pire comme route sinueuse de montagne mais le problème ici est que la route se fait étroite à certains endroits et ça peut être délicat lorsque l’on croise une autre voiture. Commence alors une bataille de vitesse pour voir qui pourra passer en premier sur la portion étroite de route. Je plaisante bien entendu car les conducteurs, dont je fais partie, sont tout à fait courtois et prudents. Ma navigation quasiment parfaite dans ces routes de montagne n’a malheureusement pas empêché Zoa d’être malade en voiture. Fut une époque où nous parcourions ce genre de petites routes de montagne à moto, et c’était une toute autre histoire. Notre destination finale est le sanctuaire de Mitsumine (三峯神社). Il est complètement perdu dans les montagnes, mais ce sanctuaire est reconnu comme un “power spot”. Nous voulions y allé depuis plusieurs années. D’autres photographies suivront dans un deuxième billet.

Nagatoro

Des fleurs qui font la réputation de la region

Le typhon 19 n’est pas arrivé jusqu’à Tokyo comme prévu, tant mieux, mais a réussi à nous soulager des chaleurs estivales. Marre de Tokyo, non pas vraiment, mais besoin de prendre le bon air (et accessoirement aller récupérer des Ions négatifs qui manquent à Tokyo, à part dans mon frigo). Pour la deuxième fois, je remets les pieds à Nagatoro, haut lieu du tourisme japonais, non, je plaisante et c’est là un des intérêts des lieux, ce n’est pas bondé de monde à se marcher sur les pieds, ce qui est bienvenu vu le décor accidenté.

Nagatoro est une petite bourgade à 2h en train de Ikebukuro, au bord d’une charmante rivière. En bas des falaises, les barques vous proposent un tour des environs par voie fluviale. Les promeneurs trouveront ici un bord de rivière où s’installer les pieds dans l’eau sans avoir le regard gêné par les constructions humaines, si ce n’est la présence de raft et kayak luttant contre le courant. Un endroit tres rafraichissant pour cette fin d’été. Quelques photos sont sur la galerie ci-dessous.