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J’ai souvent pris en photo le bâtiment d’architecture postmoderne que l’on nomme Octagon. Il a été conçu par Shin Takamatsu (高松伸) en 1990. Il se situe à un croisement de rues à Ebisu-Nishi. Comme souvent dans les oeuvres architecturales de cet architecte, l’architecture ressemble à une machine couverte de métal dont on n’apercevrait pas ou peu la mécanique. Avec ses grand hublots circulaires noires ressemblant, Octagon me fait pourtant penser à une créature des profondeurs océaniques.

Le sticker aperçu sur une rue en pente de Daikanyama représente un portrait datant de 1968 de la légendaire reine de la Soul Aretha Franklin. La photographie a été réalisée par Lee Friedlander. Ce n’est pas la première fois que la marque Supreme s’empare de l’image de personnalités musicales pour des séries de t-shirts. Celui-ci est sorti en Avril 2026 dans la collection Supreme Spring/Summer 2026. Comme tous les T-shirts Supreme d’une saison, il est produit pour un drop précis (ici, SS26 Week 7) avec une disponibilité limitée en stock au lancement et n’est plus revendu ensuite. Il circule désormais sur le marché secondaire à des prix plus élevés. Je vois souvent des longues files d’attente dans la rue devant la boutique Supreme de Daikanyama. J’imagine que la plupart des acheteurs sont des collectionneurs qui ne portent jamais leurs achats, comme des collectionneurs de disques vinyles n’ouvrant jamais la pochette plastifiée.

J’ai vu le bâtiment Yamazaki Buneido Timber Office Building (文栄堂渋谷木質ビル) grandir au coin du grand croisement Shibuya 2 près du tunnel d’Aoyama. Il a été achevé un peu plus tôt cette année, conçu par Yutaro Ohta (太田雄太郎), architecte originaire de Nagoya, qui s’est fait connaître après avoir travaillé pendant environ neuf ans chez Kengo Kuma & Associates. J’avais été voir il y a trois ans l’Aroma Terrace conçue pour AEAJ (Aroma Environment Association Japan) dont Yutaro Ohta etait en charge pour Kengo Kuma. Il a ensuite créé son propre collectif d’architecture nommé Futofuto (太太). Le bâtiment se distingue par une disposition décalée des fenêtres sur sa façade et par l’utilisation de plaques de bois de cyprès hinoki de Kiso. Il a conservé l’utilisation du bois en façade de son expérience chez Kengo Kuma. J’aime en tout cas l’integration de matériaux naturels dans le paysage urbain, qui vient adoucir la ville.

Nous sommes au neuvième étage du building Hikarie à Shibuya. J’aime beaucoup cette vue où la désorganisation urbaine est apparente. On y aperçoit beaucoup de choses en strates jusqu’aux tours de Nishi-Shinjuku au loin. Il y a le Miyashita Park et son hôtel Séquence conçus par Nikken Sekkei. Depuis son inauguration en 2020, le parc est devenu un des points de rassemblement de la jeunesse de Shibuya. Sur la même latitude, on reconnaît bien sûr le grand Tower Records de Shibuya et derrière cette ligne, le toit courbe du gymnase de Yoyogi conçu par Kenzo Tange, coiffé par les cimes des arbres du parc de Yoyogi. A Nishi-Shinjuku, les tours de la mairie de Tokyo et du Park Hyatt, également conçues par Kenzo Tange, sont visibles et immédiatement reconnaissables. Une vue depuis les hauteurs de la tour Shibuya Scramble Square donnerait une meilleure vue d’ensemble de cette partie de Tokyo entre Shibuya, Harajuku et Shinjuku mais je préfère celle-ci car, étant plus proche du sol, elle témoigne mieux de l’enchevêtrement urbain.

J’ai souvent pris en photo le RISE Building conçu par l’architecte Atsushi Kitagawara (北川原温). J’aime l’architecture futuriste de ce bâtiment, en particulier la structure drapée de la toiture métallique, dont l’apparence chaotique semble sortir d’un film de science-fiction. A son ouverture en Juin 1986, on y trouvait une salle de cinéma indépendante, le Cinema Rise (シネマライズ), qui s’était spécialisée pendant près de 30 ans dans les films d’auteur et le cinéma international. En Novembre 2010, l’espace Rise X, qui était pendant quelques années une petite salle en sous-sol équipée pour la projection numérique, ferme ses portes pour être remplacée par la salle de concert WWW. La salle WWW que nous connaissons maintenant a conservé la configuration en gradins de l’ancienne salle de cinéma. J’avais d’ailleurs apprécié cet agencement lors du concert de a子. Cinema Rise ferma définitivement en Janvier 2016, et en Septembre de cette même année, l’ancien cinéma fut remplacé par une deuxième salle de concert nommée WWW X et située au 2ème étage. Le concert inaugural était celui de cero. WWW existait donc déjà six ans avant la fermeture définitive de Cinema Rise. Le RISE Building est bordée par la petite rue piétonne Spain-zaka qui remonte vers le Departement Store PARCO. Cette approche souvent encombrée par la foule permet cependant d’apprécier les formes particulières et l’architecture distinctes du bâtiment. Je remonte de temps en temps cette rue exprès pour regarder le building. J’ai d’ailleurs pris de nombreuses photographies depuis cette rue. Depuis la rue desservant PARCO, la photographie du RISE building que je préfère reste celle prise en Octobre 2009 pour l’épisode 10 de ma série Made in Tokyo Series. Sur les affiches du cinéma RISE ce mois là, on y montrait le film Air Doll (空気人形) du réalisateur Hirokazu Kore-eda avec dans le rôle principal Bae Doona (배두나), qui joua avant cela dans le film Linda Linda Linda (リンダ リンダ リンダ) dont j’ai déjà parlé, et le film The Limits of Control (リミッツ・オブ・コントロール) de Jim Jarmusch. Sur une autre photographie du cinéma RISE que j’avais pris en Mars 2006, on y montrait deux films de 2005, Last Days de Gus Van Sant et Brokeback Mountain d’Ang Lee.

Je mentionnais le neuvième étage du building Hikarie à Shibuya car j’y étais pour voir l’exposition de photographies I’m So Happy You Are Here: Japanese Women Photographers from the 1950s to Now (まなざしの奇跡 日本女性写真家の冒険). L’exposition, se tenant du 4 juillet au 26 août 2026 au Hikarie Hall, présente environ 200 œuvres de 30 photographes japonaises majeures, des années 1950 à aujourd’hui. L’exposition présentant exclusivement le travail de femmes photographes japonaises est née d’un livre bilingue anglais-français I’m So Happy You Are Here: Japanese Women Photographers from the 1950s to Now, publié par Aperture en 2024, et accompagné d’une exposition aux Rencontres d’Arles. L’exposition a ensuite circulé internationalement avant d’arriver finalement au Japon. Elle entend replacer le travail des femmes dans l’histoire de la photographie japonaise d’après-guerre traditionnellement racontée à travers des photographes hommes comme Nobuyoshi Araki (荒木経惟), Daido Moriyama (森山大道), Shōmei Tōmatsu (東松照明), Eikoh Hosoe (細江英公) entre autres. Parmi les photographes présentées, je connaissais les photographies d’un certain nombre d’entre elles, notamment celles de Miyako Ishiuchi (石内都). J’avais déjà vu quelques unes de ses photographies axées sur les objets, les traces corporelles, la mémoire (de sa mère notamment) lors de l’exposition Mother’s en 2006, au Musée de la photographie à Yebisu Garden Place. Je connaissais également les collages photographiques surréalistes réalisés par Toshiko Okanoue (岡上淑子) dès les années 1950, pour les avoir vu lors de l’exposition Le miracle du silence en 2019, au Tokyo Metropolitan Teien Art Museum près de la station de Meguro. Lors de cette exposition, j’ai beaucoup aimé la série Elevator Girls de Miwa Yanagi (やなぎみわ) transformant des grands espaces commerciaux en environnements dystopiques et théâtraux. Je connaissais cette photographe depuis l’exposition The Incredible Tale of the Innocent Old Lady and the Hertlass Youg Girl au Hara Museum vue en 2005. Plus récemment, j’avais découvert les auto-portraits de Mari Katayama (片山真理) lors de l’exposition Ghost in the Shell: The exhibition (攻殻機動隊) qui se déroulait au TOKYO NODE de Toranomon Hills. Ses prothèses pour pallier à un handicap entraient en résonance avec les corps synthétiques des cyborg du manga de Masamune Shirow. On trouvait bien entendu d’autres figures importantes de la photographie japonaise comme Rinko Kawauchi (川内倫子), dont j’avais vu il y a quelques années la grande exposition M/E On this sphere Endlessly interlinking à la galerie d’art de Tokyo Opera City à Shinjuku, et Mika Ninagawa (蜷川実花) dont je parle assez souvent pour ses œuvres photographiques et films. Ninagawa présentait une série de photographies en noir et blanc intitulée Dancing with Shadows in the Light, datant de 2024. C’est une œuvre assez différente de l’image typique de Ninagawa avec une photographie jouant sur les couleurs saturées et explosives de fleurs notamment et ses photographies très vives de personnalités vues par exemple dans son livre éponyme sorti en Octobre 2010. Cette série au Hikarie Hall s’oriente davantage vers une réflexion sur la lumière et est aussi belle que fascinante.

Je parlais de Ghost in the Shell ci-dessus ce qui me donne une bonne transition vers le nouveau single GO GHOST de King GNU qui est utilisé comme thème d’ouverture de la série animée sortie un peu plus tôt cette année. Le morceau, sorti le 29 juillet 2026, a été écrit et composé par Daiki Tsuneta (常田大希). Bien qu’il soit assez court, avec un peu moins de 3 minutes, il est dense et pas aussi agressivement accrocheur que les derniers morceaux du groupe. Il est très intéressant dans sa composition car il ressemble à un morceau de King GNU, notamment avec le chant très présent et immédiatement reconnaissable de Satoru Iguchi (井口理), mais il intègre en même temps les éléments de l’univers de Ghost in the Shell. Je pense en particulier à son introduction composée d’une chorale aux accents ethniques qui rappelle immédiatement la bande originale composée par Kenji Kawai (川井憲次) pour le premier film d’animation Ghost in the Shell de Mamoru Oshii sorti en 1995. Le morceau emblématique du film intitulé 謡 I – Making of Cyborg se base sur des chants traditionnels japonais, avec des harmonies inspirées des chants polyphoniques bulgares. On retrouve cette atmosphère dès l’introduction de GO GHOST, ce qui nous plonge tout de suite dans l’univers étrange du manga, puis le morceau devient ensuite plus pop. Je gardais en France l’album CD de la bande originale de 1995 acheté à l’époque en import japonais (bien sûr) après avoir vu le film au cinéma, mais je viens de l’amener à Tokyo dans mes bagages. Outre le morceau clé qui se répète sous des formes différentes jusqu’à sa forme la plus aboutie et puissante intitulée 謡 III – Reincarnation, les pistes instrumentales orchestrées par Kenji Kawai sont belles et abstraites, décrivant parfois une ville sombre et froide traversée par des éclats de lumière. Les paroles des morceaux chantés ont été écrites par Kenji Kawai lui-même dans une forme ancienne du japonais, le yamato kotoba, ce qui donne à la musique du film une ambiance à la fois ancienne et totalement futuriste correspondant très bien à l’univers du film. Cette OST de 1995 se termine par un morceau bonus inattendu très différent du reste de l’album. Il s’intitule See You Everyday (每天見一見!) et est chanté en cantonais par la hongkongaise Fang Ka Wing (方嘉詠). Il a également été composé par Kenji Kawai mais son approche est complètement pop. Ça peut paraître étonnant de terminer cet album par un morceau de cantopop, mais il faut se rappeler que la ville futuriste représentée par Mamoru Oshii ressemble à métropole asiatique multiculturelle telle que Hong Kong où il avait été faire des repérages. See You Everyday n’était pourtant pas utilisée au générique de fin du film en version originale japonaise, il s’agissait plutôt de 謡III – Reincarnation mentionné plus haut. Comme je le mentionnais dans un billet récent, le générique final de la version internationale était lui accompagné de One Minute Warning de Passengers (le projet de U2 et Brian Eno). J’ai en tout cas un plaisir immense de redécouvrir soudainement See You Everyday de Fang Ka Wing. Je l’ai tellement écouté il y a trente ans que je l’adore. En le réécoutant maintenant en boucle, je me dis que cette pop enjouée correspond en fait assez bien à l’aspect par moments un peu loufoque du manga original, conservé dans la version animée récente mais totalement absente du film de 1995.

J’ai découvert par hasard à la radio le morceau Hello, my name is… de Tempalay et c’était une excellente surprise. Il s’agit du morceau d’ouverture de leur prochain album ATOMEW qui sortira le 2 Septembre 2026. Le morceau long de six minutes a une approche très expérimentale qui m’a beaucoup surpris même si je ne connais pas très bien le groupe, groupe qui m’a tout de même toujours intéressé notamment par la présence d’AAAMYYY. Je ne savais pas que Tempalay avait ce genre de sons en eux, et je me dis maintenant que j’ai peut être eu tord de ne pas assez m’y intéresser. Ce morceau change complètement la perception que j’ai du groupe et si l’ensemble de l’album suit ce type d’expérimentations musicales extrêmement inspirées, je signerais tout de suite. Bon, l’autre single sorti de l’album, I DON’T WANNA DIE!, est entre guillemets plus classique mais comme il est chanté principalement par AAAMYYY, on y retrouve cette instabilité vocale que j’aime tant. Hitsuji Bungaku (羊文学) sort un nouveau single et c’est toujours une bonne surprise. Keep Walking est sorti le 29 Juillet 2026 et une bonne mise en jambe pour nous préparer au concert qu’on ira voir un peu plus tard cette année. Le morceau est moins abrasif que le précédent Dogs, et je dirais que c’est du pur jus Hitsuji Bungaku, avec des guitares très présentes et la voix de Moeka puissante et tout simplement inimitable. Une autre bonne surprise est de découvrir un nouveau single de Miyuna (みゆな). Il s’intitule Nothing Ever Works Out (なにもうまくいかない) et est sorti le 1er Juillet 2026. Je n’arrive pas trop à suivre le fil de sa carrière musicale car elle ne sort pas beaucoup de nouveaux singles, participe à des concours de chant en Asie (qu’elle gagne), et continue ses tournées dans des petites salles sans pourtant annoncer de nouveaux albums. Nothing Ever Works Out me plaît beaucoup pour sa structure atypique qui se rapproche un peu de son sublime album Guidance (2022). Le nouveau single electro-pop met en valeur sa voix changeante, qui ressemble même à celle d’Utada Hikaru à mi-morceau. Je souhaite vraiment qu’elle sorte un prochain album sur cette lancée.

des images et des voix ancestrales

Je ne suis pas allé à la galerie d’art de Tokyo Opera City à Shinjuku depuis de très nombreuses années. Je ne sais pour quelle raison exacte j’avais envie d’y retourner mais j’attendais une exposition qui m’intéresserait et c’était celle de Rinko Kawauchi (川内倫子). Je connais les photographies de Rinko Kawauchi depuis plusieurs années, au moins depuis 2006, car je parlais rapidement de cette photographe dans un billet de Décembre cette année là. La première fois que nous sommes allés dans cette galerie était pour une exposition sur Jean Nouvel en Janvier 2004, qui a d’ailleurs peut-être déclenché mon intérêt progressif pour l’architecture. Avoir ces notes mémoires inscrites sur le blog est bien pratique. Pourvu que ça dure.

L’exposition s’intitule “M/E On this sphere Endlessly interlinking”, sachant que le M/E correspond à la fois au mot “Mother Earth” et “Me”. Elle se déroule du 8 Octobre au 18 Décembre 2022. C’est la première exposition en solo de Rinko Kawauchi depuis six ans. Il s’agit en fait de sa plus grande exposition dans un musée japonais. Cette exposition couvre dix années sur six séries photographiques, dont celle intitulée M/E commencée en 2019 et dont les photographies ont été prises à Hokkaido. Cette série occupe la partie centrale de la galerie dans un grand espace conçu par l’architecte Hideyuki Nakayama. Il crée au centre de cette pièce un passage ressemblant à une tente couverte de tissus légers quasiment transparents. Cette délicatesse correspond très bien aux photographies de Rinko Kawauchi, car ses photographies mélangent force et fragilité. J’ai toujours en tête, en pensant à ses photos, les rayons de lumière se diffusant dans le cadre jusqu’à brouiller notre vision. Dans ces séries, Rinko Kawauchi explore les relations entre l’humain et la terre. On retrouve également des photographies un peu plus anciennes comme celles de la série Ametsuchi capturant la tradition ancienne de brûler de manière contrôlée les terres à Aso dans la préfecture de Kumamoto. L’exposition inclut également quelques installations vidéo, dont une assez impressionnante et immersive avec deux projections sur des pans entiers de murs. Je m’imaginerais bien écouter à cet endroit la musique de la chanteuse originaire d’Hokkaido actuellement basée à Londres, Hatis Noit.

Je ne sais quel superlatif utilisé pour évoquer l’album Aura de Hatis Hoit (ハチスノイト), sorti en peu plus tôt cette année en Juin 2022. Il s’agit de son premier album mais j’ai déjà évoqué ici Hatis Noit car elle chantait sur le fabuleux album Il y a (イリヤ) de Mutyumu (夢中夢). Cet album Aura est très différent car il est purement basé sur sa voix. Il n’y a aucun instrument utilisé sur cet album mais la profondeur y est pourtant immense. Seul un morceau intitulé Inori (pour prière) utilise des prises de sons de l’océan dans la préfecture de Fukushima. La voix d’Hatis Noit est multiple et fait penser à des chants ancestraux, parfois inspirés par les voix bulgares jouant sur une certaine dissonance. Elle y mélange aussi sa voix tout en vibrato d’opéra qu’on lui connaissait déjà sur Mutyumu. Elle avait déjà une voix superbe sur l’album Il y a (イリヤ) mais c’est incomparable de profondeur sur ce nouvel album solo. Hatis Noit est originaire de Shiretoko à Hokkaido et on ressent sur cet album un lien fort avec la nature, sans forcément pouvoir le toucher vraiment du doigt. Son nom signifie, en langage Ainu peut-être, la tige de la fleur de lotus, faisant le lien entre la fleur représentant le monde des vivants et les racines du monde invisible des esprits. On trouve un côté mystique du monde de l’au-delà sur ces morceaux comme des incantations ou des chants religieux. Et ces morceaux sont étonnamment très mélodiques et on s’y accroche assez facilement dès la première écoute. Tous les morceaux sont fantastiques, mais le cinquième intitulé Jomon me donne à chaque fois des frissons dans le dos. En écoutant cette voix, on a soudainement besoin de grands espaces, et ça conditionne même mes trajets à pieds car j’ai envie d’écouter cette musique dans des espaces ouverts, plutôt que dans des petites rues étroites, à défaut de pouvoir l’écouter dans les fastes plaines ou les forêts montagneuses d’Hokkaido. Et je m’imagine tout d’un coup les pieds dans les herbes mi-hautes entouré d’un brouillard légèrement humide à écouter cette voix sortant de nul part. Alors oui, comme superlatifs, on peut dire que c’est superbe et fabuleux car la force de cette voix ne peut pas laisser indifférent. On peut trouver l’album sur Bandcamp où je l’ai acheté et une émission de France Musique, La chronique d’Aliette de Laleu, présente brièvement cet album.

室町ウォーク❾

Ces photographies prises dans le quartier de Muromachi à Nihonbashi datent un peu, mais sont de nouveau d’actualité en raison du début des Jeux Paralympiques de Tokyo 2020. Ces installations d’art contemporain inspirées par Tokyo 2020 et mises en place à l’occasion des Jeux Olympiques sont celles, regroupées sous le nom Olympic Agora, que je mentionnais dans un précédent billet. Nous n’avions pas eu le temps de les voir lors de notre première visite. La première photo montre une grande structure conçue par Makoto Tojiki évoquant un passage de relai. Sur la troisième photo, les sculptures de Xavier Veilhan intitulées The Audience montre des spectateurs aux couleurs des anneaux olympiques. La quatrième photo montre des photographies de Rinko Kawauchi posées dans un couloir en sous-sol. Ces photographies évoquent le tremblement de terre et le tsunami de 2011 et l’association des Jeux Olympiques de Tokyo avec ces zones impactées tentant de contribuer à l’exercice de reconstruction. Dans les couloirs en sous-sol, il y avait d’autres installations temporaires créées par des anciens athlètes internationaux et inspirées par Tokyo. J’en montre quelques exemples sur les deux dernières photos du billet. A vrai dire, ces installations n’avaient rien de vraiment transcendant et ne m’ont pas laissé d’émotion particulière.

Je ne sais pas si c’est dû à la chaleur estivale mais j’ai beaucoup moins de motivation pour écrire sur ce blog en ce moment et je me force un peu. J’ai en fait beaucoup plus de photos à montrer que de textes à écrire et je comprends maintenant pourquoi j’avais fait une série photographique avec très peu de textes l’année dernière. Il y aurait pourtant des sujets sur lesquels écrire comme cette cérémonie d’ouverture des Jeux Paralympiques, le jeu riche en émotions de la petite Yui Wago de 13 ans ou l’intervention improbable du guitariste Tomoyasu Hotei pendant une longue partie du spectacle, jouant l’air de Kill Bill, entre autres, à l’intérieur d’un camion Dekotora. Nous regardons pas mal d’épreuves paralympiques le soir, notamment le wheelchair basketball qui m’impressionne beaucoup et qui est très intéressant à suivre. Tout comme j’avais adoré voir les jeux de passes de Rui Machida dans l’équipe de basket féminine pendant les Jeux Olympiques, je suis maintenant impressionné par ceux de Renshi Chokai dans l’équipe masculine paralympique. Il y a même quelque chose d’artistique dans ses mouvements en chaise roulante.

Côté musique, je reviens vers Spool avec leur nouveau morceau Samenai (さめない) qu’on peut trouver sur Bandcamp (entre autres plateformes). Je me rends compte par la même occasion que je n’ai pas encore écouté leur deuxième album Cyan/Amber sorti en Décembre 2020, même si je connais déjà les singles dont j’avais déjà parlé il y a quelque temps. J’aime beaucoup ce nouveau morceau Samenai car il a une composition particulière et les premiers sons de voix ne nous laissent pas forcément présager de la manière dont il va se développer. On y retrouve cette même mélancolie dans la voix d’Ayumi Kobayashi mais sa manière de chanter nous laisse penser qu’elle le fait en souriant. Le riff de guitare final doit forcément être un clin d’oeil au morceau Today de Smashing Pumpkins sur Siamese Dream, tant il lui ressemble. Du coup, je me mets à réécouter les anciens albums des Smashing Pumpkins en particulier le monstre Mellon Collie and The Infinite Sadness de 1995, album trop long et excessif que j’avais pourtant énormément écouté quand j’étais adolescent. Je préfère quand même de très loin Siamese Dream, qui est un des chef-d’oeuvres absolus du rock alternatif américain des années 90.

sur la montagne de Daikan (1)

Comme le titre du billet l’indique, nous sommes ici à Daikanyama, mais aussi à Naka Meguro, en contre-bas de cette montagne qui ressemble plutôt à une colline urbaine. Je vais assez souvent dans ces quartiers car on habite pas très loin d’ici, mais aussi parce que Zoa y a quelques activités extra-scolaires. Bien que je connaisse assez bien ces rues, je me surprends parfois moi-même à découvrir des passages que je n’avais jamais emprunté. Par exemple, un escalier couvert de dessins de formes courbes nous amène vers un tunnel que je connaissais pas sous la rue de Komazawa. Un des murs du tunnel est dessiné d’une fresque d’un cerisier en fleurs. Sur la photographie ci-dessus, le passage de quelques personnes en mouvement me donne l’impression que les fleurs vont soudainement se détacher et s’envoler dans un mouvement similaire.

Une des grandes qualités des espaces à Tokyo, ce sont les dénivelés, les collines et terrains en pente qui rendent l’espace urbain intéressant pour le promeneur. L’irrégularité des terrains évite la monotonie du paysage urbain, quand l’architexture doit s’adapter à un environnement qui ne lui est parfois que peu propice.

À Daikanyama, je passe par l’ensemble Hillside Terrace conçu par étapes sur plusieurs décennies par l’architecte Fumihiko Maki. Il y a un petit espace d’exposition dans un des bâtiments les plus anciens de l’ensemble nous montrant une salle de classe d’une autre époque, avec des chaises prenant leur envol. Alors que la nuit commence à tomber doucement, je passe ensuite un peu de temps au Hillside Forum, de l’autre côté de la rue Kyu-yamate. On y montre une autre exposition, de plusieurs photographes sélectionnés pour le prix Pictet. Je connaissais quelques uns des photographes comme Michael Wolf et sa série Tokyo Compression montrant des passagers du métro tokyoïte comprimés contre les vitrages des portes automatiques. On y voit également deux photographies en grand format de Rinko Kawauchi, notamment une colline prenant feu d’une manière apparemment contrôlée avec un bel effet de symétrie. Finalement, le travail de collage de photographies de Shohei Nishino est très intéressant. Il construit des paysages urbains imaginaires à partir de collages de photographies de buildings et autres décors urbains, formant une nouvelle réalité de la ville. Un fait intéressant de cette exposition est qu’elle mélangeait la photographie pure et le montage photographique.

Mon passage à Daikanyama se termine dans la nuit. J’aime en ce moment prendre en photographie les devantures éclairées des boutiques. Ci-dessus, il s’agit de celle de la Maison Kitsune.