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J’ai souvent pris en photo le bâtiment d’architecture postmoderne que l’on nomme Octagon. Il a été conçu par Shin Takamatsu (高松伸) en 1990. Il se situe à un croisement de rues à Ebisu-Nishi. Comme souvent dans les oeuvres architecturales de cet architecte, l’architecture ressemble à une machine couverte de métal dont on n’apercevrait pas ou peu la mécanique. Avec ses grand hublots circulaires noires ressemblant, Octagon me fait pourtant penser à une créature des profondeurs océaniques.

Le sticker aperçu sur une rue en pente de Daikanyama représente un portrait datant de 1968 de la légendaire reine de la Soul Aretha Franklin. La photographie a été réalisée par Lee Friedlander. Ce n’est pas la première fois que la marque Supreme s’empare de l’image de personnalités musicales pour des séries de t-shirts. Celui-ci est sorti en Avril 2026 dans la collection Supreme Spring/Summer 2026. Comme tous les T-shirts Supreme d’une saison, il est produit pour un drop précis (ici, SS26 Week 7) avec une disponibilité limitée en stock au lancement et n’est plus revendu ensuite. Il circule désormais sur le marché secondaire à des prix plus élevés. Je vois souvent des longues files d’attente dans la rue devant la boutique Supreme de Daikanyama. J’imagine que la plupart des acheteurs sont des collectionneurs qui ne portent jamais leurs achats, comme des collectionneurs de disques vinyles n’ouvrant jamais la pochette plastifiée.

J’ai vu le bâtiment Yamazaki Buneido Timber Office Building (文栄堂渋谷木質ビル) grandir au coin du grand croisement Shibuya 2 près du tunnel d’Aoyama. Il a été achevé un peu plus tôt cette année, conçu par Yutaro Ohta (太田雄太郎), architecte originaire de Nagoya, qui s’est fait connaître après avoir travaillé pendant environ neuf ans chez Kengo Kuma & Associates. J’avais été voir il y a trois ans l’Aroma Terrace conçue pour AEAJ (Aroma Environment Association Japan) dont Yutaro Ohta etait en charge pour Kengo Kuma. Il a ensuite créé son propre collectif d’architecture nommé Futofuto (太太). Le bâtiment se distingue par une disposition décalée des fenêtres sur sa façade et par l’utilisation de plaques de bois de cyprès hinoki de Kiso. Il a conservé l’utilisation du bois en façade de son expérience chez Kengo Kuma. J’aime en tout cas l’integration de matériaux naturels dans le paysage urbain, qui vient adoucir la ville.

Nous sommes au neuvième étage du building Hikarie à Shibuya. J’aime beaucoup cette vue où la désorganisation urbaine est apparente. On y aperçoit beaucoup de choses en strates jusqu’aux tours de Nishi-Shinjuku au loin. Il y a le Miyashita Park et son hôtel Séquence conçus par Nikken Sekkei. Depuis son inauguration en 2020, le parc est devenu un des points de rassemblement de la jeunesse de Shibuya. Sur la même latitude, on reconnaît bien sûr le grand Tower Records de Shibuya et derrière cette ligne, le toit courbe du gymnase de Yoyogi conçu par Kenzo Tange, coiffé par les cimes des arbres du parc de Yoyogi. A Nishi-Shinjuku, les tours de la mairie de Tokyo et du Park Hyatt, également conçues par Kenzo Tange, sont visibles et immédiatement reconnaissables. Une vue depuis les hauteurs de la tour Shibuya Scramble Square donnerait une meilleure vue d’ensemble de cette partie de Tokyo entre Shibuya, Harajuku et Shinjuku mais je préfère celle-ci car, étant plus proche du sol, elle témoigne mieux de l’enchevêtrement urbain.

J’ai souvent pris en photo le RISE Building conçu par l’architecte Atsushi Kitagawara (北川原温). J’aime l’architecture futuriste de ce bâtiment, en particulier la structure drapée de la toiture métallique, dont l’apparence chaotique semble sortir d’un film de science-fiction. A son ouverture en Juin 1986, on y trouvait une salle de cinéma indépendante, le Cinema Rise (シネマライズ), qui s’était spécialisée pendant près de 30 ans dans les films d’auteur et le cinéma international. En Novembre 2010, l’espace Rise X, qui était pendant quelques années une petite salle en sous-sol équipée pour la projection numérique, ferme ses portes pour être remplacée par la salle de concert WWW. La salle WWW que nous connaissons maintenant a conservé la configuration en gradins de l’ancienne salle de cinéma. J’avais d’ailleurs apprécié cet agencement lors du concert de a子. Cinema Rise ferma définitivement en Janvier 2016, et en Septembre de cette même année, l’ancien cinéma fut remplacé par une deuxième salle de concert nommée WWW X et située au 2ème étage. Le concert inaugural était celui de cero. WWW existait donc déjà six ans avant la fermeture définitive de Cinema Rise. Le RISE Building est bordée par la petite rue piétonne Spain-zaka qui remonte vers le Departement Store PARCO. Cette approche souvent encombrée par la foule permet cependant d’apprécier les formes particulières et l’architecture distinctes du bâtiment. Je remonte de temps en temps cette rue exprès pour regarder le building. J’ai d’ailleurs pris de nombreuses photographies depuis cette rue. Depuis la rue desservant PARCO, la photographie du RISE building que je préfère reste celle prise en Octobre 2009 pour l’épisode 10 de ma série Made in Tokyo Series. Sur les affiches du cinéma RISE ce mois là, on y montrait le film Air Doll (空気人形) du réalisateur Hirokazu Kore-eda avec dans le rôle principal Bae Doona (배두나), qui joua avant cela dans le film Linda Linda Linda (リンダ リンダ リンダ) dont j’ai déjà parlé, et le film The Limits of Control (リミッツ・オブ・コントロール) de Jim Jarmusch. Sur une autre photographie du cinéma RISE que j’avais pris en Mars 2006, on y montrait deux films de 2005, Last Days de Gus Van Sant et Brokeback Mountain d’Ang Lee.

Je mentionnais le neuvième étage du building Hikarie à Shibuya car j’y étais pour voir l’exposition de photographies I’m So Happy You Are Here: Japanese Women Photographers from the 1950s to Now (まなざしの奇跡 日本女性写真家の冒険). L’exposition, se tenant du 4 juillet au 26 août 2026 au Hikarie Hall, présente environ 200 œuvres de 30 photographes japonaises majeures, des années 1950 à aujourd’hui. L’exposition présentant exclusivement le travail de femmes photographes japonaises est née d’un livre bilingue anglais-français I’m So Happy You Are Here: Japanese Women Photographers from the 1950s to Now, publié par Aperture en 2024, et accompagné d’une exposition aux Rencontres d’Arles. L’exposition a ensuite circulé internationalement avant d’arriver finalement au Japon. Elle entend replacer le travail des femmes dans l’histoire de la photographie japonaise d’après-guerre traditionnellement racontée à travers des photographes hommes comme Nobuyoshi Araki (荒木経惟), Daido Moriyama (森山大道), Shōmei Tōmatsu (東松照明), Eikoh Hosoe (細江英公) entre autres. Parmi les photographes présentées, je connaissais les photographies d’un certain nombre d’entre elles, notamment celles de Miyako Ishiuchi (石内都). J’avais déjà vu quelques unes de ses photographies axées sur les objets, les traces corporelles, la mémoire (de sa mère notamment) lors de l’exposition Mother’s en 2006, au Musée de la photographie à Yebisu Garden Place. Je connaissais également les collages photographiques surréalistes réalisés par Toshiko Okanoue (岡上淑子) dès les années 1950, pour les avoir vu lors de l’exposition Le miracle du silence en 2019, au Tokyo Metropolitan Teien Art Museum près de la station de Meguro. Lors de cette exposition, j’ai beaucoup aimé la série Elevator Girls de Miwa Yanagi (やなぎみわ) transformant des grands espaces commerciaux en environnements dystopiques et théâtraux. Je connaissais cette photographe depuis l’exposition The Incredible Tale of the Innocent Old Lady and the Hertlass Youg Girl au Hara Museum vue en 2005. Plus récemment, j’avais découvert les auto-portraits de Mari Katayama (片山真理) lors de l’exposition Ghost in the Shell: The exhibition (攻殻機動隊) qui se déroulait au TOKYO NODE de Toranomon Hills. Ses prothèses pour pallier à un handicap entraient en résonance avec les corps synthétiques des cyborg du manga de Masamune Shirow. On trouvait bien entendu d’autres figures importantes de la photographie japonaise comme Rinko Kawauchi (川内倫子), dont j’avais vu il y a quelques années la grande exposition M/E On this sphere Endlessly interlinking à la galerie d’art de Tokyo Opera City à Shinjuku, et Mika Ninagawa (蜷川実花) dont je parle assez souvent pour ses œuvres photographiques et films. Ninagawa présentait une série de photographies en noir et blanc intitulée Dancing with Shadows in the Light, datant de 2024. C’est une œuvre assez différente de l’image typique de Ninagawa avec une photographie jouant sur les couleurs saturées et explosives de fleurs notamment et ses photographies très vives de personnalités vues par exemple dans son livre éponyme sorti en Octobre 2010. Cette série au Hikarie Hall s’oriente davantage vers une réflexion sur la lumière et est aussi belle que fascinante.

Je parlais de Ghost in the Shell ci-dessus ce qui me donne une bonne transition vers le nouveau single GO GHOST de King GNU qui est utilisé comme thème d’ouverture de la série animée sortie un peu plus tôt cette année. Le morceau, sorti le 29 juillet 2026, a été écrit et composé par Daiki Tsuneta (常田大希). Bien qu’il soit assez court, avec un peu moins de 3 minutes, il est dense et pas aussi agressivement accrocheur que les derniers morceaux du groupe. Il est très intéressant dans sa composition car il ressemble à un morceau de King GNU, notamment avec le chant très présent et immédiatement reconnaissable de Satoru Iguchi (井口理), mais il intègre en même temps les éléments de l’univers de Ghost in the Shell. Je pense en particulier à son introduction composée d’une chorale aux accents ethniques qui rappelle immédiatement la bande originale composée par Kenji Kawai (川井憲次) pour le premier film d’animation Ghost in the Shell de Mamoru Oshii sorti en 1995. Le morceau emblématique du film intitulé 謡 I – Making of Cyborg se base sur des chants traditionnels japonais, avec des harmonies inspirées des chants polyphoniques bulgares. On retrouve cette atmosphère dès l’introduction de GO GHOST, ce qui nous plonge tout de suite dans l’univers étrange du manga, puis le morceau devient ensuite plus pop. Je gardais en France l’album CD de la bande originale de 1995 acheté à l’époque en import japonais (bien sûr) après avoir vu le film au cinéma, mais je viens de l’amener à Tokyo dans mes bagages. Outre le morceau clé qui se répète sous des formes différentes jusqu’à sa forme la plus aboutie et puissante intitulée 謡 III – Reincarnation, les pistes instrumentales orchestrées par Kenji Kawai sont belles et abstraites, décrivant parfois une ville sombre et froide traversée par des éclats de lumière. Les paroles des morceaux chantés ont été écrites par Kenji Kawai lui-même dans une forme ancienne du japonais, le yamato kotoba, ce qui donne à la musique du film une ambiance à la fois ancienne et totalement futuriste correspondant très bien à l’univers du film. Cette OST de 1995 se termine par un morceau bonus inattendu très différent du reste de l’album. Il s’intitule See You Everyday (每天見一見!) et est chanté en cantonais par la hongkongaise Fang Ka Wing (方嘉詠). Il a également été composé par Kenji Kawai mais son approche est complètement pop. Ça peut paraître étonnant de terminer cet album par un morceau de cantopop, mais il faut se rappeler que la ville futuriste représentée par Mamoru Oshii ressemble à métropole asiatique multiculturelle telle que Hong Kong où il avait été faire des repérages. See You Everyday n’était pourtant pas utilisée au générique de fin du film en version originale japonaise, il s’agissait plutôt de 謡III – Reincarnation mentionné plus haut. Comme je le mentionnais dans un billet récent, le générique final de la version internationale était lui accompagné de One Minute Warning de Passengers (le projet de U2 et Brian Eno). J’ai en tout cas un plaisir immense de redécouvrir soudainement See You Everyday de Fang Ka Wing. Je l’ai tellement écouté il y a trente ans que je l’adore. En le réécoutant maintenant en boucle, je me dis que cette pop enjouée correspond en fait assez bien à l’aspect par moments un peu loufoque du manga original, conservé dans la version animée récente mais totalement absente du film de 1995.

J’ai découvert par hasard à la radio le morceau Hello, my name is… de Tempalay et c’était une excellente surprise. Il s’agit du morceau d’ouverture de leur prochain album ATOMEW qui sortira le 2 Septembre 2026. Le morceau long de six minutes a une approche très expérimentale qui m’a beaucoup surpris même si je ne connais pas très bien le groupe, groupe qui m’a tout de même toujours intéressé notamment par la présence d’AAAMYYY. Je ne savais pas que Tempalay avait ce genre de sons en eux, et je me dis maintenant que j’ai peut être eu tord de ne pas assez m’y intéresser. Ce morceau change complètement la perception que j’ai du groupe et si l’ensemble de l’album suit ce type d’expérimentations musicales extrêmement inspirées, je signerais tout de suite. Bon, l’autre single sorti de l’album, I DON’T WANNA DIE!, est entre guillemets plus classique mais comme il est chanté principalement par AAAMYYY, on y retrouve cette instabilité vocale que j’aime tant. Hitsuji Bungaku (羊文学) sort un nouveau single et c’est toujours une bonne surprise. Keep Walking est sorti le 29 Juillet 2026 et une bonne mise en jambe pour nous préparer au concert qu’on ira voir un peu plus tard cette année. Le morceau est moins abrasif que le précédent Dogs, et je dirais que c’est du pur jus Hitsuji Bungaku, avec des guitares très présentes et la voix de Moeka puissante et tout simplement inimitable. Une autre bonne surprise est de découvrir un nouveau single de Miyuna (みゆな). Il s’intitule Nothing Ever Works Out (なにもうまくいかない) et est sorti le 1er Juillet 2026. Je n’arrive pas trop à suivre le fil de sa carrière musicale car elle ne sort pas beaucoup de nouveaux singles, participe à des concours de chant en Asie (qu’elle gagne), et continue ses tournées dans des petites salles sans pourtant annoncer de nouveaux albums. Nothing Ever Works Out me plaît beaucoup pour sa structure atypique qui se rapproche un peu de son sublime album Guidance (2022). Le nouveau single electro-pop met en valeur sa voix changeante, qui ressemble même à celle d’Utada Hikaru à mi-morceau. Je souhaite vraiment qu’elle sorte un prochain album sur cette lancée.

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