the pain of feeling free

Aller à Ginza est souvent l’occasion de revoir le building Ginza Sony Park, conçu par Takenaka Corporation, et l’immeuble Louis Vuitton par Jun Aoki. Je ne me lasse pas de les revoir tant leur architecture est remarquable, dans des styles visuels très différents mais pareillement audacieux. J’attends que la foule et les voitures se dégagent avant de prendre en photo le Ginza Sony Park depuis l’autre côté du grand carrefour. Pour les photographies du building Louis Vuitton, je préfère au contraire faire intervenir la présence humaine, en reflet sur les immenses façades ondulées et colorées par vagues dorées. Puis je marche au hasard des rues de Ginza que je connais sans bien connaître. Il est difficile de se perdre dans la perpendicularité du quartier. On peut facilement y faire des boucles sans vraiment s’en rendre compte. Cela n’a pas beaucoup d’importance car j’étais plutôt à la recherche d’un environnement d’écoute pour le dernier album de Boards of Canada. Inferno est sorti le Jeudi 29 Mai 2026 et je suis allé l’acheter en CD le jour même de sa sortie au Tower Records de Shibuya, en récupérant au passage un poster de l’album et un autocollant Warp. Le groupe n’avait pas sorti de nouvel album depuis 13 ans et c’est donc un petit événement. Sans surprise, l’album est très long avec 18 morceaux pour 1h 10mins. C’est malgré tout un album qu’on a envie d’écouter en entier plutôt que par morceaux, car son ambiance se construit dans la durée. Je trouve l’album meilleur que Tomorrow’s Harvest mais un cran en dessous de Geogaddi, mais il reprend de ce dernier son étrangeté, sa part sombre et sa force de fascination. Dès l’introduction et le premier morceau Prophecy at 1420 MHz, on reconnaît tout de suite tout ce qui fait la particularité et le pouvoir d’attraction de BoC. Le troisième morceau Hydrogen Helium Lithium Leviathan est de ces morceaux qui peuvent devenir des classiques, avec ces nappes célestes qui se construisent progressivement. J’adore absolument les deux morceaux Father And Son et The Word Becomes Flesh car ils ont une approche plus rythmée qu’on ne connaît pas de BoC, à la limite du hip-hop. Mais il s’agit bien sûr d’un hip-hop étrange et malaisant, avec des voix crachotantes plutôt inquiétantes. Ces morceaux sont hypnotiques tout comme le magnifique septième morceau Naraka avec ses chants mystiques hindous transformés dans sa deuxième partie. C’est un des sommets de l’album mais il y en a plusieurs. C’est amusant également d’entendre des sonorités qui nous ramènent tout de suite à l’univers de BoC, mais on nous amène ici vers un cosmos lointain dont on n’avait pas l’habitude. L’ensemble est assez sombre mais des morceaux comme Into the Magic Land sont tout de même lumineux, ce qui apporte des alternances bienvenues. Le treizième morceau Deep Time est également pour moi un des très beaux moments de l’album, le plus nostalgique peut être (il était déjà sorti sous le nom Tape 05). Il n’y a rien à écarter dans cet album car chaque élément musical contribue à l’ensemble. Les amateurs de BoC ne seront clairement pas déçu. J’aime beaucoup cet album même si on n’y retrouve pas de morceaux sublimissimes comme Music is Math sur Geogaddi. L’album Geogaddi est sorti il y a 24 ans et il faut peut être laissé à Inferno le temps de prendre racine dans notre inconscient musical.

La musique de Boards of Canada se déroule devant moi, en explorant les rues arrières de Ginza. J’hésite ensuite à rentrer à pieds ce qui me prendrait une bonne heure et demi, parcours que j’ai déjà emprunté maintes fois. Je pense d’abord passer par le parc Hibiya puis ensuite décider si l’énergie qui me reste me permet de continuer à marcher ou sauter dans la ligne de métro Hibiya. En passant devant la grande tour de Hibiya Midtown, une voix attire mon attention. Je remarque qu’elle provient d’un petit podium blanc placé au milieu de la place à l’entrée de la tour. Un duo de musiciens finit juste un set alors que j’arrive sur place devant la petite scène. Dommage car la dynamique du chant que j’ai entendu en m’approchant me plaisait bien. Alors que le groupe quitte la scène en remerciant le public réuni, je réalise en apercevant un programme affiché au milieu de la place qu’il s’agit du Hibiya Music Festival organisé par Seiji Kameda. Le Hibiya Music Festival (日比谷音楽祭) se déroule chaque année depuis 2019 dans le parc de Hibiya et dans les espaces voisins de Tokyo Midtown Hibiya, avec la grande particularité d’être gratuit et ouvert à tous. Il est porté tous ans par Seiji Kameda (亀田誠治) grace au crowdfunding et a une ambition de rendre la musique accessible sans barrières sociales et générationnelles. Je voulais y assister depuis longtemps mais je m’y étais à chaque fois pris trop tard ou rendu compte alors que le festival se terminait. J’avais également un peu de mal à croire que toutes les représentations soient gratuites et sans réservation. Je découvre donc une partie du festival tout à fait par hasard.

Le groupe qui vient de sortir est MONONKVL (モノンクル), un duo formé en 2011 par la chanteuse-compositrice Sara Yoshida (吉田沙良) et le bassiste-compositeur Ryuta Tsunoda (角田隆太). Ce que j’ai entendu était en fait une petite mise en jambe pour accorder les instruments et le matériel. La session live démarre en fait à 11h30 sur la scène nommée HIROBA devant Hibiya Midtown. Je décide de rester les écouter. C’est agréable d’être à l’extérieur avec une météo plus que clémente et devant une petite scène qui permet de s’approcher assez près. Le nom du groupe MONONKVL peut se traduire en Mon Oncle et aurait été inspiré par le nom de la revue Mon Oncle (モノンクル) dirigée par Juzo Itami (伊丹十三) dans les années 1980, elle-même probablement inspirée du titre du film Mon Oncle de Jacques Tati. Ryuta Tsunoda en aurait aimé la sonorité du mot indépendamment de son sens précis. La musique de MONONKVL mêle des ambiances soul et jazz avec approche pop très contemporaine. J’ai tout de suite aimé la voix de Sara Yoshida et les compositions des morceaux remplis d’énergie positive m’ont beaucoup plu. J’ai du coup tenté de leur demander par l’intermédiaire de la messagerie d’instagram quelle était la setlist de leur session d’une demi-heure environ, tout en faisant part de mon enthousiasme pour leur musique, et ils m’ont gentiment répondu. Je la note ci-dessous pour référence.

1. Apollo (Porno Graffitti cover)
2. HOTPOT
3. Yuudachi (夕立)
4. GINGUA
5. Uzu (渦)
6. Koko ni Shika Nai tte Itte (ここにしかないって言って)

Le premier morceau que le groupe à interprété est très connu et il s’agit d’une reprise du titre Apollo de Porno Graffitti. Il y avait une petite foule devant la scène et Sara Yoshida arrive bien à engager le public. Au milieu du set, elle adresse un message de remerciement au public, qui semblait comme moi beaucoup apprécier, puis envers l’organisateur du festival Seiji Kameda. Leur session est assez courte mais j’en retire quelques morceaux que j’aime beaucoup et que j’écoute maintenant sur mon iPod, comme HOTPOT et Uzu (渦). En fouillant dans leur discographie, je découvre avec plaisir le morceau Who Am I en collaboration avec AAAMYYY sur leur album Bokura Ikidomari de Warai Aitai (僕ら行き止まりで笑いあいたい) sorti en 2025. J’aime beaucoup la manière par laquelle le morceau se transforme progressivement d’une approche déstructurée vers une harmonie pop particulièrement réussie entre les deux chanteuses. Je garde donc une très bonne impression de ce premier contact avec le festival musical de Hibiya et j’ai envie de la prolonger. Je gagne ensuite le centre du grand parc de Hibiya pour savoir ce qui s’y passe. On y trouve plusieurs scènes en plein air dont la plus grande est celle nommée ONIWA. Le groupe pop-rock-rap originaire d’Okinawa ORANGE RANGE s’y produit. Ils étaient très populaires dans les années 2000 et ont fait leur retour. Leur musique m’intéresse peu et il est de toute façon temps pour moi de rentrer. Je n’écoute que distraitement en marchant en direction d’une des sorties du parc. Nous sommes le Samedi 30 Mai 2026, et le festival se déroulant sur deux jours, continue le Dimanche 31 Mai. Sur le programme du Dimanche, j’ai remarqué quelques artistes et groupes qui m’intéressent et que je serais très curieux de voir sur scène.

Me voilà donc le Dimanche en début d’après-midi pour une deuxième visite au festival musical de Hibiya. Il fait un temps magnifique et même un peu trop chaud. Sur la scène HIDAMARI située dans un coin ombragé du parc près des terrains de tennis, j’avais noté une session live de la guitariste Rei, dont j’avais déjà parlé brièvement sur ce blog. Elle est ‘ambassadrice‘ de la marque de guitare Fender au Japon depuis 2023 et a même sa propre guitare signature, la Rei Stratocaster R246, commercialisée depuis Février 2025. Son concert d’une trentaine de minutes commence à 13h45 mais j’arrive en avance vers 13h, alors que se termine la session précédente d’une autre artiste que je ne connais pas. J’avais amené avec moi un sandwich vietnamien que j’ai pu apprécier tranquillement dans le parc sous les arbres. Des petites chaises en plastique sont disponibles et des stands fournissent de quoi boire et manger. Une bière s’impose rapidement. Les prix ne sont même pas prohibitifs. Quelques personnes sont déjà regroupées devant la scène et je n’attends pas trop pour les rejoindre. Je ne connais pas beaucoup la musique de Rei à part quelques morceaux, mais je sais que c’est une guitariste remarquable. Elle a apparemment son fan club présent en premières lignes. Une vingtaine de minutes avant le début de sa session, elle entre sur scène comme si de rien n’était pour vérifier les réglages des guitares qu’un membre du staff avait préparé pour elle. Ses quelques essais se transforment assez vite en un morceau d’échauffement parfaitement exécuté. On a l’impression que le concert vient de commencer mais elle nous rappelle qu’il s’agit juste d’un tour de chauffe. Elle y met en tout cas toute sa ferveur, ce qui promet pour la suite. Le public la suit tout de suite. La plupart des morceaux qu’elle jouera ensuite me sont inconnus. Elle chante parfois en anglais qu’elle maîtrise très bien. Bien qu’elle soit née au Japon à Itami (伊丹市) dans la préfecture de Hyōgo, elle a vécu plusieurs années à New York lorsqu’elle était enfant. Ce n’est pas la première fois qu’elle répond à l’appel de Seiji Kameda pour ce festival. Les deux semblent même proches et sur la même longueur d’onde. Elle nous fait part d’ailleurs d’une discussion qu’elle a eu avec Kameda lors des débuts du festival. Lorsqu’elle était petite, Rei connaissait Central Park à New York comme un lieu ouvert aux artistes et groupes de musique et a le souvenir d’y avoir vu des représentations. Kameda, qui connaît aussi New York, avait cette idée de faire du parc de Hibiya le Central Park de Tokyo, dans une vision similaire à ce qu’avait connu Rei. Rei ne manque pas de le remercier d’avoir concrétisé cette vision. On sent un respect profond entre les deux artistes. La musique de Rei lors de cette session se tourne beaucoup vers le blues, d’influence américaine donc, notamment pour ses premiers morceaux où elle chante en anglais. Elle joue d’abord d’une guitare acoustique mais elle a un jeu tellement puissant qu’on y entend une électricité latente. Rei sait mettre les formes et se mettre en scène comme une femme forte aux airs impitoyables sur une guitare. Mais elle respecte tellement ses guitares qu’elle les présente même les unes après les autres au public. En hommage à Kameda, Rei reprend un morceau de Tokyo Jihen, Shuraba (修羅場) de l’album Adult (大人). Elle n’a pas tout à fait la voix de Sheena Ringo, mais elle reste puissante et passionnée. Son jeu est assez différent de celui d’Ukigumo, un peu plus physique alors que celui d’Ukigumo est plus flottant. En parcourant le fiche Wikipédia de Rei, on apprend d’ailleurs que Ryosuke Nagaoka a participé à son premier projet discographique. Alors que j’écoute cette interprétation libre de Shuraba, j’en viens à me demander s’il ne s’agit pas là d’un signe m’indiquant de continuer ma souscription au fan club Ringohan, qui inclut également Tokyo Jihen bien que le groupe soit au point mort en ce moment. Sur la petite scène couverte d’une sorte de tente sur la zone HIDAMARI, Rei est seule mais elle remplit le son et l’espace comme un groupe au complet. Je suis impressionné du début à la fin par sa virtuosité à la guitare et par sa présence sur scène.

Je me dirige ensuite vers la scène principale du parc Hibiya, celle nommée ONIWA pour y voir jouer Ohzora Kimishima (君島大空) à partir de 15h45. Je connais son album No Public Sounds sorti en 2023, qui m’avait beaucoup impressionné. C’est également un excellent guitariste, jouant d’une manière très sensible et instinctive. J’arrive en avance et le groupe précédent est toujours sur scène. Soichiro Yamauchi (山内総一郎), le guitariste et chanteur du groupe Fujifabric, est sur scène. Je ne connais pas vraiment Fujifabric (フジファブリック) et encore moi la carrière solo de Yamauchi, mais ce n’est pas désagréable de s’asseoir sur l’herbe du parc en l’écoutant, avec une bière à la main (oui, c’est la deuxième mais je me suis arrêté là). La zone verte ONIWA est suffisamment vaste qu’on peut facilement trouver où s’asseoir. Quand il termine son set, un petit mouvement de foule entre ceux qui partent et ceux qui arrivent pour voir Ohzora Kimishima me permet d’approcher le troisième rang devant la scène. On s’assoit tous sur l’herbe devant la scène car la session live ne commence que dans une trentaine de minutes. Le soleil tape fort malgré ma casquette. J’avais heureusement eu la bonne idée d’amener une petite bouteille d’eau. Selon le même mode opératoire que pour les autres concerts, Ohzora Kimishima monte sur scène avant l’heure pour les réglages de sa guitare acoustique. Il est élégant, habillé d’une longue chemise blanche sur un pantalon noir et des sandales japonaises, un léger rouge sur les lèvres. J’avais un peu espéré qu’il soit accompagné sur scène par son groupe composé du bassiste Kazuki Arai (新井和輝) de King Gnu, du batteur Shun Ishiwaka (石若駿) et du guitariste Shūta Nishida (西田修大), comme lors du festival Fuji Rock l’année dernière, mais il était seul. Ce n’est pas très grave et c’est même compréhensible car cette session sera acoustique. Le public autour de moi est très varié et je ressens la présence de fans fervents. Une fois sur scène, Ohzora Kimishima est très naturel lorsqu’il s’adresse au public. Il compatit pour nous pour cette chaleur qui pourrait nous faire tourner la tête. Il jouera plusieurs morceaux dont des nouveaux de son futur album qui sortira en Juin 2026, si je ne trompe pas. De No Public Sounds, il a interprété mon morceau préféré Arashi (˖嵐₊˚ˑ༄) qui m’a littéralement donné les larmes aux yeux. Ce morceau est comme une tempête intérieure qui finit par s’évacuer. Son interprétation était fascinante et reste pour moi un moment important de ce festival.

Le dernier groupe de la journée sur cette même scène ONIWA est SOIL& »PIMP »SESSIONS avec les invités C&K et Rei que j’avais vu précédemment. Leur session live commence à 17h, et là encore les mouvements de foule me permettent d’approcher au deuxième rang, mais il faudra encore attendre sous le soleil qui baisse heureusement en fin de journée. Le petit vent rafraîchissant qui se lève est le bienvenu. Je connais principalement le groupe pour ses quelques collaborations avec Sheena Ringo dont le morceau Koroshiya Kiki Ippatsu (殺し屋危機一髪), mais je n’ai jamais écouté le reste de leur discographie même si ce n’est pas l’envie qui me manquait. J’étais en fait extrêmement curieux de les voir sur scène, ne sachant pas trop à quoi m’attendre. La perspective d’écouter du « Death » Jazz m’intéressait au plus haut point. Ce terme caractérise la musique du groupe mélangeant des tempos très rapides avec une énergie agressive proche du rock, des improvisations expérimentales, des rythmiques puissantes et une attitude sur scène intense et théâtrale. Tout un programme et c’est exactement ce que j’ai vu sur scène, dès la séance de réglages des instruments. SOIL& »PIMP »SESSIONS est une formation particulière autour de la figure du patron, le Shacho (久嶋識史), qui ne joue d’aucun instrument mais qui est là comme agitateur et catalyseur de l’énergie du groupe. C’est un rôle central dans le déroulement de leurs sessions. Les figures historiques du groupe fondé en 2001 sont Tabu Zombie (椨智紹) à la trompette, Josei (佐藤丈青) au piano et claviers et Akita Goldman (秋田紀彰) à la contrebasse. En support, le groupe est accompagné de manière quasi permanente par Takeshi Kurihara (栗原 健) au saxophone et par Seiya Onasaka (小名坂誠哉) qui remplace Midorin à la batterie. Il faut imaginer chaque musicien comme un virtuose dans son domaine jouant avec une totale liberté au point où on ne sait jamais vraiment si on est dans le morceau ou si on est parti en totale improvisation. C’est extrêmement grisant à l’écoute, notamment quand la trompette de Tabu Zombie et le saxophone de Takeshi Kurihara se répondent et prennent le relai l’un après l’autre, accompagnés par le clavier disruptif de Josei. Le groupe part très très vite dans les tours dès l’échauffement, au point où le Shacho sent le besoin de préciser que le concert n’a pas encore commencé. Je ne connais pas les morceaux du set mais ce n’est pas grave car on est très vite entrainé par l’énergie qui s’en dégage, époustouflante pendant tout le set. Le Shacho prend la parole plusieurs fois, notamment pour remercier lui aussi Seiji Kameda pour cette invitation au festival. Il fait la remarque que le groupe répond de toute façon systématiquement présent aux invitations et demandes de Kameda. Il hallucine également que tout ce festival soit gratuit grâce à lui. C’est vrai. J’ai passé un excellent moment en leur compagnie, encore accentué par l’arrivée de Rei à la guitare électrique. Sur le thème du film Kill Bill, Battle Without Honor or Humanity, de Tomoyasu Hotei, Rei arrive sur scène avec une agressivité électrique sans pareille comme si elle voulait montrer qu’elle ne se laissera pas déborder par la puissance sonore de SOIL& »PIMP »SESSIONS. Il en ressort une bataille de solo entre la guitare de Rei et la trompette de Tabu Zombie. C’est très amusant de voir comment elle arrive à se faire sa place dans le groupe. La session se termine ensuite avec le duo C&K que je ne connaissais pas. C&K ne sont pas des rappeurs à proprement parler, mais un duo vocal composé de CLIEVY (クリビー) et de KEEN (キーン). Ils ont des registres de voix assez différents mais la même énergie sur scène. Là encore, accompagnés par le groupe, ils partent dans une improvisation faisant intervenir le public et ne semblent pas vouloir s’arrêter. On sent une grande complicité entre C&K et SOIL. Le Shacho nous dit même qu’il faut maintenant qu’ils s’arrêtent sans quoi ils vont se faire enguirlander par la direction du festival, mais il est le premier à remettre une pièce dans la machine. Ça fait plaisir de ressentir sur scène cette passion musicale, d’autant plus dans un décor pareil. L’avantage de cette approche festival est qu’on peut approcher de très près les artistes. Le fait que tout cela soit gratuit est quand même hallucinant. Merci Kameda san! Des petites boîtes de donation pour le festival de l’année prochaine sont présentes à plusieurs endroits dans le parc et je n’hésite pas à contribuer, en espérant vivement y retourner l’année prochaine. En attendant, je me lance dans l’écoute de l’album Pimpin’ de SOIL& »PIMP »SESSIONS pour prolonger cette expérience. A noter que ce billet mélange mes photographies avec certaines provenant du compte X Twitter du festival, que je me permets de montrer ici pour illustrer mon propos.

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Nous sommes ici au pied de la grande tour Tokyo Skytree pour un festival consacré à Taïwan. Il y a foule le soir pour venir y manger, ce que nous étions venu faire également. Un grand espace couvert avec des tables permet de se restaurer sous une multitude de lampions rouges. Je tente des photographies des écritures en néon affichées tout autour du grand espace couvert, mais mon appareil photo fait traîner une nouvelle fois les lumières comme les feux d’une voiture de sport en pleine course poursuite. Pas facile de trouver une table libre sous les lampions donc nous décidons de descendre d’un étage pour dîner dans le food court. Nous étions de retour d’une promenade dans la préfecture d’Ibaraki lors d’une belle journée de la Golden Week. Je reviendrais très certainement sur ce qu’on y a vu là-bas.

J’avais bien noté dans un coin de ma mémoire le petit concert gratuit du Samedi 17 Mai au dixième étage du Department Store PARCO de Shibuya (渋谷PARCO10F PBOX). Ce jour pluvieux, se produisaient AAAMYYY et TENDRE pour un événement organisé par Girl Houyhnhnm, un magazine féminin qui m’était totalement inconnu. C’est apparemment la quatrième année que ce magazine organise ce genre d’événement musical au PARCO de Shibuya. J’arrive une quarantaine de minutes avant le début qui était programmé à midi. J’aurais en fait dû arriver un peu plus tôt car il y avait déjà quelques rangées de personnes devant moi, mais je n’avais pas non plus l’intention de me placer au premier rang. AAAMYYY arrive à l’heure prévue sur la petite scène devant un écran géant. Il ne s’agit pas vraiment d’une scène car elle est juste devant nous derrière un clavier et un ordinateur portable. J’avais déjà vu AAAMYYY pour une courte séance DJ dans ce même PARCO de Shibuya en Novembre 2023 puis lors de son concert Option C en Mars 2024 qui m’a beaucoup marqué (comme tous les concerts que je vais voir d’ailleurs). C’est donc la troisième que je la vois sur une scène et cette fois-ci, elle a chanté seule quelques uns de ses morceaux pour une durée d’environ 40 minutes. L’ambiance est décontractée et on sent qu’elle n’a pas une grande pression sur les épaules. Je la ressens à chaque fois comme étant cool mais je ne sais pas si c’est vraiment le cas. Elle démarre elle-même la bonne son, fait quelques réglages au fur et à mesure mais seul son chant est véritablement live. Elle n’a pas donné la playlist exacte des morceaux qu’elle a interprété mais il y avait d’abord des plus anciens comme Skycraper du EP ETCETRA (2018), Subject J et Policy (ポリシー) de son premier album Body (2019) et quatre morceaux de son dernier EP Thanks, à savoir Happy, Relux, Masaka pour terminer avec Savior (救世主). Les morceaux de ce EP sont des collaborations avec des invités qui n’étaient bien entendu par sur scène à ses côtés, mais AAAMYYY prenait tout de même plaisir à les annoncer lors qu’on les entendait sur la piste sonore. Cette proximité était très agréable. La surprise était ensuite de voir et d’écouter TENDRE dont je ne connais seulement que certains morceaux notamment ses collaborations avec AAAMYYY. Les deux se connaissent très bien car TENDRE était même un des nombreux invités du concert Option C. On sent clairement la proximité entre eux. Je ne sais pas si la programmation était faite au hasard mais c’était en tout cas une heureuse situation de les voir sur scène l’une après l’autre. TENDRE entre sur scène un peu avant 13h pour une quarantaine de minutes. Il nous fait tout de suite remarqué que le public est vraiment très proche. Il chantera en tout six morceaux tirés de plusieurs de ses albums et EPs: Drama du EP Red Focus (2017), Fantasy de Prismatics (2022), Joke de Life Less Lonely (2020), le nouveau single Runaway sorti en Avril 2025, Hanashi de Not in Almighty (2018) pour terminer avec le morceau Life de l’album Life Less Lonely. Sur ce dernier morceau, il invite AAAMYYY sur scène pour un duo qui a passionné le public. Je m’attendais bien à ce qu’ils chantent un morceau en duo mais plutôt un de ceux où elle est déjà présente en featuring comme OXY de Prismatics ou Document de son EP Beginning (2023). Au final, je ne connaissais aucun des six morceaux qu’il a chanté mais je les ai tous aimé, car il y a un rythme qui accroche rapidement. Il sait également embarquer le public avec lui. Je les écoute encore maintenant en reconstituant la playlist de ce petit concert. TENDRE a une personnalité très agréable, très souriant et blagueur. Il est très à l’aise avec le public même s’il se plaignait en rigolant de la proximité du premier rang. Je ne regrette pas d’être venu, surtout que je n’avais pas pu assister à un autre concert gratuit de TENDRE le jour d’avant sur la grande place ouverte de Yebisu Garden Place pour le festival annuel de musique Ebisu Blooming Jazz Garden 2025. Après ce live au PARCO, TENDRE passait dans une émission radio. C’est on dirait un artiste très occupé. L’électro-pop d’AAAMYYY et le R&B Soul de TENDRE m’ont mis de très bonne humeur pour cette journée pourtant pluvieuse.

春休みin沼津and伊豆(petit 4)

Le sanctuaire Moroguchi (諸口神社) est situé sur le cap de Mihama à proximité du village de pêcheurs d’Heda (戸田). Heda fait partie de la ville de Numazu mais il faut une quarantaine de minutes en voiture depuis le centre ville pour s’y rendre. La route passe par les montagnes et est faite de zigzags incessants qui me rappellent un peu les routes de Kumano et de Wakayama. Ce sanctuaire était un des objectifs de nos petites vacances car on voulait voir la grande porte rouge torii s’ouvrir sur l’océan. Cette porte est en fait dirigée vers la petite baie et le port d’Heda, mais pas vers le grand océan. Une avancée de béton, certainement utilisée comme quai pour certains petits bateaux, permet une vue sur le torii au bord de la forêt dans lequel se trouve le sanctuaire et sur le Mont Fuji au loin. Il fait un vent très fort qui pourrait facilement nous emporter, et il faut s’accrocher pour rester debout sur la bande de béton. A l’ouverture de la baie sur l’océan, l’eau y est très clair donnant un petit côté paradisiaque à l’endroit. On peut très rapidement faire le tour du cap pour apercevoir un peu mieux le Mont Fuji dont la base est désormais brouillée par les nuages et la brume. On a l’impression qu’il s’élève au dessus de l’océan comme par magie. Il n’y avait personne dans le petit sanctuaire de Moroguchi. Des goshuin y sont disponibles mais il faut se servir soi-même et laisser trois cents yens derrière soi. Il faut également écrire la date du jour soi-même ce qui est plutôt rare. Après cette visite, nous rejoignons le port d’Heda vers midi pour un déjeuner de poissons frais. Nous avions manger des sushis le jour d’avant. On se concentre donc sur les spécialités locales, ce qu’on n’arrive pas toujours à bien faire lors de nos petits voyages au Japon.

AAAMYYY vient enfin de sortir un nouvel EP, intitulé Thanks. Il est sorti le 26 Mars 2025 et, si je ne me trompe pas, son dernier EP Echo Chamber datait de Juillet 2022. C’est amusant de voir qu’Ano (あの) qui participait à un des morceaux de cet EP, That Smile (あの笑み) – une contraction subtile de leurs deux prénoms, était relativement méconnue du grand public à cette époque là alors qu’elle passe maintenant sur toutes les chaînes de télévision. Un peu comme sur le concert Option C, le EP Thanks se base sur des collaborations et c’est un vrai bonheur. Du EP, je connaissais en fait déjà quelques morceaux comme le dernier Dearest Living Things avec le groupe Zatta, qu’elle avait interprété pour la première fois lors d’Option C. Ce morceau était également sorti en single, et je l’avais déjà évoqué, tout comme la collaboration avec MONJOE, Wataru Sugimoto (杉本亘) de son vrai nom, intitulé Savior (救世主) et sorti en Février 2023. AAAMYYY a clairement pris son temps pour sortir ce nouvel EP car elle était à priori beaucoup plus impliquée ces derniers temps sur l’album et les concerts du groupe Tempalay. Le morceau qui démarre le EP s’intitule HAPPY et donne une bonne idée de l’ambiance générale du EP. La bonne surprise est qu’il s’agit d’un duo avec les rappeuses Rachel et Mamiko de Chelmico – une contraction subtile de leurs deux prénoms. Le morceau est tout simplement excellent, et avec celui qui suit intitulé Relux, sont mes préférés du EP. Relux est une autre collaboration hip-hop avec Chinza Dopeness (鎮座DOPENESS) dont j’ai déjà plusieurs fois parlé sur ce blog. Ce morceau est génial, et ce dès le premier couplet où AAAMYYY chante avec une association particulière de tons qui lui est tout à fait unique, avec cette fluidité nonchalante qui lui est caractéristique. Je réécoute parfois seulement ce premier couplet car il me fascine complètement. Et la voix rappée de Chinza Dopeness est également tout à fait unique, avec un brin d’humour qui n’est peut-être pas volontaire. L’association des deux voix est assez fantastique. Du EP, je ne connaissais pas le morceau Masaka avec Pecori et Yohji Igarashi, qui est plus rythmé et également très réussi. Bref, ça valait donc la peine d’attendre trois ans. Quand on aime la voix et la manière de chanter d’AAAMYYY, on n’est pas déçu par ce nouvel épisode musical, d’autant plus que sa voix fonctionne très bien en duo.

Hitsuji Bungaku (羊文学) sort des nouveaux singles à un rythme assez soutenu ces derniers temps, et le dernier en date s’intitule Map of the Future 2025 (未来地図2025). Il s’agit d’une collaboration pour l’ouverture d’une partie du centre Takanawa Gateway (高輪ゲートウェイ) que je n’ai pas encore été voir. Ça me rappelle qu’il y a quelques années lors de l’annonce initiale du projet, l’humoriste originaire de Fukuoka Robert Akiyama (ロバート秋山) avait commenté que ce nom ne pouvait avoir été imaginé que par Sheena Ringo. Il faut être particulièrement averti pour comprendre son commentaire, mais j’y avais été sensible d’autant plus que ce comédien me fait beaucoup rire. Le single Map of the Future 2025 est un peu différent des morceaux habituels du groupe car il démarre par des percussions électroniques. Il devient très vite typique du groupe car la voix de Moeka Shiotsuka a une sonorité tout à fait unique. Pendant notre voyage alors qu’on écoutait un morceau du groupe, Mari nous annonce tout d’un coup que Moeka doit être une fille intelligente car elle sort d’un très bon lycée pour filles. J’acquiesce en précisant qu’elle est diplômée de la grande université Keio (tout comme Haru Nemuri d’ailleurs). Au final, Map of the Future 2025 est un excellent morceau comme le groupe arrive si bien à les composer. J’ai en tout cas hâte de les voir une nouvelle fois en concert dans un peu plus d’un mois.

an untilted life (3)

Tout en parcourant les formes géométriques autour des hautes tours de Toranomon, j’écoute quatre autres morceaux musicaux ajoutés récemment à ma playlist nommée ‘an untilted life’. Il y a d’abord le single Dearest living things d’AAAMYYY qu’elle avait interprété lors du concert Option C avec le groupe Zatta qui en compose la musique. Il s’agissait d’un morceau inédit lors du concert et AAAMYYY n’en avait pas dévoilé le titre jusqu’à sa sortie officielle le 28 Mars 2024. Le morceau est quasiment acoustique et la voix d’AAAMYYY prend presque toute la place, bien qu’elle soit accompagnée par les chœurs de Zatta. Le morceau n’est pas son plus marquant à la première écoute mais laisse petit à petit son empreinte. C’est une des forces d’AAAMYYY que de pouvoir transcrire toute sorte de textures avec sa voix. J’écoute ensuite un morceau du groupe Lucky Kilimanjaro intitulé Jikkan (実感) sorti le 24 Avril 2024. Bien que le nom de ce groupe m’est familier depuis longtemps, c’est leur premier morceau que j’écoute. Les six membres du groupe Lucky Kilimanjaro se sont rencontrés dans le club de musique de leur université et ont démarré leurs activités musicales en 2014. Yukimaru Kumaki (熊木幸丸), au chant et synthétiseur, est le leader du groupe accompagné de Masaki Shibata (柴田昌輝) à la batterie, Seiji Yamaura (山浦聖司) à la guitare basse, Mao Otaki (大瀧真央) au synthétiseur, Koji Matsuzaki (松崎浩二) à la guitare et Rami (ラミ) aux percussions. Leur musique rock intègre des sonorités city pop des années 80. A vrai dire, peu importe les étiquettes de style qui ne veulent pas dire grand chose pour moi, quand un morceau est à la fois accrocheur et musicalement recherché. Il possède cette énergie communicative qui nous donne envie d’y revenir. Je découvre ensuite l’artiste, compositrice et interprète 嚩ᴴᴬᴷᵁ avec un morceau intitulé 489 sur son premier EP Imaginary Friend sorti le 16 Mai 2024. Son approche musicale me fait immédiatement penser à l’hyper pop de l’artiste 4s4ki dont j’ai souvent parlé sur ces pages. C’est certainement dû au fait qu’elle travaille avec des producteurs électroniques tels que KOTONOHOUSE ou Masayoshi Iimori qui ont déjà collaboré avec 4s4ki, par exemple sur l’excellent 35.5 pour le deuxième. On ressent une inspiration assez similaire et ça ne m’étonne en fait pas beaucoup que 4s4ki puisse influencer d’autres jeunes artistes. 嚩ᴴᴬᴷᵁ faisait auparavant partie d’un groupe de filles mais a démarré en solo depuis cette année. Je termine cet épisode musical par le morceau Maze Maker de Punipunidenki (ぷにぷに電機) sur son nouvel EP Hypergravity Visions (超重力幻想) sorti le 1er Mai 2024. Le fait que MONJOE participe à la composition de ce morceau attise d’abord ma curiosité. J’avais également envie de revenir vers la musique de Punipunidenki que je ne connais pas beaucoup, à part le morceau Midnight Dew avec DÉ DÉ MOUSE dont j’avais déjà parlé ici. Du nouvel EP de Puniden, Maze Maker est le plus intéressant et le seul composé par MONJOE. C’est musicalement brillant et j’aime beaucoup la voix exagérément expressive de Puniden. J’ai une oreille attentive pour MONJOE depuis qu’il était aux commandes des platines du concert Option C d’AAAMYYY. Décidément, j’y reviens sans cesse.

Ah oui, la première photographie montre des ombres et lumières imprimées sur une des façades de béton de l’église moderne Tokyo Church of Christ à Tomigaya, dont l’espace intérieur a été utilisé récemment pour la vidéo du single As a human (人間として) de Sheena Ringo. Et en parlant de vidéo, Millennium Parade vient de sortir la vidéo de leur dernier single Goldenweek, qui est superbe, sans grande surprise. Je suis venu à énormément apprécier ce single au fur et à mesure des écoutes.

feeling toooo lazy

C’est peut être l’effet Golden Week, mais je me sens paresseux pour écrire de nouveaux billets sur ce blog, même si les photographies à montrer ne manquent pas, car nous sommes allés à différents endroits ces dernières semaines. J’ai en fait tellement de billets en brouillon en attente d’écriture que je ne sais pas par lequel commencer. Ces billets ont déjà des photos allouées et un titre provisoire mais il me reste les textes à écrire pour une douzaine d’entre eux, dont celui-ci. Nous sommes actuellement entrés dans une des deux meilleures périodes de l’année au Japon et l’envie de prendre des photos est très forte. Celles de ce billet sont relativement classiques, prises à Daikanyama, Ebisu et Shibuya. Sur l’avant-dernière photographie, je montre une nouvelle fois mais en contre-plongée l’unité d’appartements haut de gamme conçue par Toyo Ito à Shibuya Tokiwamatsu. J’ai également déjà montré le bâtiment rond couvert de bois de la première photographie. On y trouve actuellement un café et une galerie appelés Monkey Café & Gallery D.K.Y. Ce bâtiment a été conçu par Hiroshi Nakamura (中村拓志) & NAP et se nomme Sarugaku Cyclone. Les plaquettes de bois du haut du bâtiment subissent malheureusement l’usure du temps et ont perdu de leur fraîcheur d’origine. On peut voir un phénomène similaire sur certains bâtiments de Kengo Kuma, qui ne vieillissent pas très bien par rapport, par exemple, au béton de Tadao Ando.

Les petits tunnels de Biku et de Koshin sous la voie ferrée entre les gares d’Ebisu et de Shibuya sont souvent taggés en long et en large, puis nettoyés et re-taggés dans une boucle infinie qui n’est pas sans intérêt pour le photographe que je suis. Depuis quelques semaines, une grande fresque de l’artiste californien Barry McGee vient occuper un des murs du tunnel sur une surface de 16m de large sur 3.5m de long. L’art de Barry McGee combine des graphismes géométriques très riches en couleurs avec des dessins de portraits. Cette fresque vient s’inscrire dans un projet appelé Shibuya Arrow qui a été lancé en 2017 dans le but de diffuser des informations sur les sites d’évacuation temporaires et les itinéraires d’évacuation en cas de catastrophe tel qu’un tremblement de terre. En regardant bien les dessins de Barry McGee, j’ai quand même beaucoup de mal à y déceler des informations d’évacuation en cas de tremblement de terre. Toujours est-il que ces dessins viennent embellir un tunnel qui ne l’était pas et je suis curieux de voir apparaître soudainement d’autres œuvres de ce projet. Voici donc un nouveau sujet à suivre de près. Tout comme les toilettes publiques d’architectes dans Shibuya, j’imagine que la découverte de nouvelles fresques dans Shibuya créera de nouvelles vocations de guides pour les touristes venus de loin. Et comme je le mentionnais au début du billet, nous terminons la deuxième partie de la Golden Week, période pendant laquelle on voit apparaître aux quatre coins du pays des carpes colorées accrochées en haut de mâts et se laissant porter par les vents.

Lors du concert final de For Tracy Hyde, le 25 Mars 2023 dans la salle WWWX de Shibuya, Azusa Suga (管梓) nous avait fait part qu’il continuerait à composer pour son autre groupe April Blue (エイプリルブルー) mais également plus occasionnellement pour des groupes d’idoles alternatives. Je pensais à RAY pour lesquelles il a déjà composé un certain nombre de titres rock. J’ai appris à travers son fil Twitter qu’il compose également pour un autre groupe appelé airattic (エアラティック) que je ne connaissais pas. Le morceau Film Reel of Our Youth (フィルムリールを回して) est sorti il y a plus d’un d’un an, en Septembre 2022, mais je ne le découvre que maintenant. Dès les premiers accords de guitares, on reconnaît tout de suite les compositions d’Azusa Suga pour ses ambiances de rock indé au style Dream pop légèrement mélancolique. Le titre même du morceau m’évoque tout de suite For Tracy Hyde, ce qui me fait penser que ce morceau aurait très bien pu être chanté par Eureka si le groupe n’avait pas pris fin le 25 Mars 2023, d’autant plus qu’il s’agit de Mav, également un ancien de For Tracy Hyde, qui y joue de la basse. Le morceau est donc chanté à plusieurs voix, celles des cinq idoles alternatives d’airattic, à savoir Hinari Koizumi (小泉日菜莉), Nene Kagura (神楽寧々), Madoka Momose (百瀬円香), Honoka Sakuragi (桜木穂乃花) et Ami Mukai (向日葵海). La production du groupe, dirigée par un certain Shota Homma (本間翔太), nous indique que le nom de la formation provient des mots air (空気) et attic (屋根裏), mais je ne peux m’empêcher d’entendre phonétiquement le mot Erratique, qui ne caractérise pourtant pas la musique du groupe. Tout comme pour RAY, plusieurs compositeurs indépendants rock ou électro composent pour airattic. J’aime beaucoup le morceau Film Reel of Our Youth mais je lui préfère celui intitulé Lightning (閃光) sorti en Décembre 2022. Ce deuxième single a une approche complètement différente, beaucoup plus rapide et dynamique. On dirait un single de Nogizaka 46 qui serait passé en accéléré. Ce qui fonctionne très bien sur ce morceau, c’est le rythme vocal soutenue des filles du groupe tenant très bien la route et n’ayant pour le coup absolument rien d’erratique. La vitesse excessive du morceau a même quelque chose de ludique, tout comme leur chorégraphie, dans la pénombre d’un vieil hangar. Parmi les autres découvertes musicales récentes, je ne suis pas mécontent de revenir vers le beat électronique de type house music de tofubeats avec le morceau I CAN FEEL IT sur son nouvel EP NOBODY sorti le 26 Avril 2024. La vidéo du morceau est concentrée sur l’actrice et cascadeuse (notamment dans l’épisode de John Wick sorti en 2023), Saori Izawa (伊澤彩織) devant des claviers ou au volant d’un 4WD sur l’autoroute express de Tokyo intra-muros. Ce n’est pourtant pas elle qui chante sur ce morceau, car tofubeats utilise ici un software vocal appelé Synthetiser V doté d’intelligence artificielle. La voix auto-tunée qui en ressort a quelque de neutre et d’inorganique mais elle n’en reste pas moins expressive, ce qui est au final assez étonnant. Pour être très honnête, j’aurais préféré qu’il utilise une véritable voix, car ce ne sont pas les belles voix qui manquent dans le paysage musical japonais. Cette voix artificielle combinée aux beats plein de cascades de tofubeats rendent tout de même ce morceau extrêmement intéressant et accrocheur. Depuis qu’elle a signé sur une major, je trouve que les vidéos d’a子 gagnent en qualité. Son dernier single intitulé Lazy est sorti le 17 Avril 2024, date facile à retenir car c’était le même jour que la sortie du dernier single de Sheena Ringo. L’amateur que je suis des compositions et de la voix d’a子 n’est pas déçu par ce nouveau single qui continue vers des terrains musicaux qu’on lui connaît. J’ai un avis un peu partagé sur les derniers singles d’a子 car j’aimerais qu’elle explore des horizons un peu différents, mais j’ai en même temps le sentiment qu’elle a trouvé une ambiance qui lui convient et lui correspond, à mi-chemin entre rock indé et pop. Continuer sur cette voie lui permet en même temps de se construire une identité immédiatement reconnaissable. On est en tout cas très loin de s’ennuyer en écoutant ce nouveau single car a子 parvient à chaque fois à attraper notre attention avec un refrain bien vu. Le quatrième morceau de cette playlist me fait particulièrement plaisir à écouter car il s’agit du dernier single intitulé Yogensha (預言者) du groupe Tempalay sur leur cinquième album ((ika)) sorti le 1er Mai 2024. Tempalay est le groupe dans lequel AAAMYYY joue du clavier et assure les chœurs, avec Ryōto Ohara (小原綾斗), le chanteur, guitariste et compositeur du groupe, et Natsuki Fujimoto (藤本夏樹), le batteur. Sachant qu’AAAMYYY jouait dans ce groupe, j’ai eu à plusieurs reprises envie de découvrir Tempalay, sans être malheureusement très convaincu par le rock un peu psychédélique qui les caractérise. Je trouve par contre ce dernier single excellent, avec une bonne balance entre les voix d’AAAMYYY et de Ryōto Ohara. En fait j’adore quand AAAMYYY vient mélanger sa voix avec celle d’un autre chanteur car elle a une tonalité un peu différente, très légèrement rugueuse qui complète bien l’autre voix. Le single a une atmosphère très cool et on s’y sent bien. J’ai du coup très envie de découvrir cet album de Tempalay, car j’y retrouve assez clairement l’empreinte d’AAAMYYY.