ąʄɬɛཞ ɬɧɛ ɠąɱɛ ੨

J’ai souvent pris en photo le bâtiment d’architecture postmoderne que l’on nomme Octagon. Il a été conçu par Shin Takamatsu (高松伸) en 1990. Il se situe à un croisement de rues à Ebisu-Nishi. Comme souvent dans les oeuvres architecturales de cet architecte, l’architecture ressemble à une machine couverte de métal dont on n’apercevrait pas ou peu la mécanique. Avec ses grand hublots circulaires noires ressemblant, Octagon me fait pourtant penser à une créature des profondeurs océaniques.

Le sticker aperçu sur une rue en pente de Daikanyama représente un portrait datant de 1968 de la légendaire reine de la Soul Aretha Franklin. La photographie a été réalisée par Lee Friedlander. Ce n’est pas la première fois que la marque Supreme s’empare de l’image de personnalités musicales pour des séries de t-shirts. Celui-ci est sorti en Avril 2026 dans la collection Supreme Spring/Summer 2026. Comme tous les T-shirts Supreme d’une saison, il est produit pour un drop précis (ici, SS26 Week 7) avec une disponibilité limitée en stock au lancement et n’est plus revendu ensuite. Il circule désormais sur le marché secondaire à des prix plus élevés. Je vois souvent des longues files d’attente dans la rue devant la boutique Supreme de Daikanyama. J’imagine que la plupart des acheteurs sont des collectionneurs qui ne portent jamais leurs achats, comme des collectionneurs de disques vinyles n’ouvrant jamais la pochette plastifiée.

J’ai vu le bâtiment Yamazaki Buneido Timber Office Building (文栄堂渋谷木質ビル) grandir au coin du grand croisement Shibuya 2 près du tunnel d’Aoyama. Il a été achevé un peu plus tôt cette année, conçu par Yutaro Ohta (太田雄太郎), architecte originaire de Nagoya, qui s’est fait connaître après avoir travaillé pendant environ neuf ans chez Kengo Kuma & Associates. J’avais été voir il y a trois ans l’Aroma Terrace conçue pour AEAJ (Aroma Environment Association Japan) dont Yutaro Ohta etait en charge pour Kengo Kuma. Il a ensuite créé son propre collectif d’architecture nommé Futofuto (太太). Le bâtiment se distingue par une disposition décalée des fenêtres sur sa façade et par l’utilisation de plaques de bois de cyprès hinoki de Kiso. Il a conservé l’utilisation du bois en façade de son expérience chez Kengo Kuma. J’aime en tout cas l’integration de matériaux naturels dans le paysage urbain, qui vient adoucir la ville.

Nous sommes au neuvième étage du building Hikarie à Shibuya. J’aime beaucoup cette vue où la désorganisation urbaine est apparente. On y aperçoit beaucoup de choses en strates jusqu’aux tours de Nishi-Shinjuku au loin. Il y a le Miyashita Park et son hôtel Séquence conçus par Nikken Sekkei. Depuis son inauguration en 2020, le parc est devenu un des points de rassemblement de la jeunesse de Shibuya. Sur la même latitude, on reconnaît bien sûr le grand Tower Records de Shibuya et derrière cette ligne, le toit courbe du gymnase de Yoyogi conçu par Kenzo Tange, coiffé par les cimes des arbres du parc de Yoyogi. A Nishi-Shinjuku, les tours de la mairie de Tokyo et du Park Hyatt, également conçues par Kenzo Tange, sont visibles et immédiatement reconnaissables. Une vue depuis les hauteurs de la tour Shibuya Scramble Square donnerait une meilleure vue d’ensemble de cette partie de Tokyo entre Shibuya, Harajuku et Shinjuku mais je préfère celle-ci car, étant plus proche du sol, elle témoigne mieux de l’enchevêtrement urbain.

J’ai souvent pris en photo le RISE Building conçu par l’architecte Atsushi Kitagawara (北川原温). J’aime l’architecture futuriste de ce bâtiment, en particulier la structure drapée de la toiture métallique, dont l’apparence chaotique semble sortir d’un film de science-fiction. A son ouverture en Juin 1986, on y trouvait une salle de cinéma indépendante, le Cinema Rise (シネマライズ), qui s’était spécialisée pendant près de 30 ans dans les films d’auteur et le cinéma international. En Novembre 2010, l’espace Rise X, qui était pendant quelques années une petite salle en sous-sol équipée pour la projection numérique, ferme ses portes pour être remplacée par la salle de concert WWW. La salle WWW que nous connaissons maintenant a conservé la configuration en gradins de l’ancienne salle de cinéma. J’avais d’ailleurs apprécié cet agencement lors du concert de a子. Cinema Rise ferma définitivement en Janvier 2016, et en Septembre de cette même année, l’ancien cinéma fut remplacé par une deuxième salle de concert nommée WWW X et située au 2ème étage. Le concert inaugural était celui de cero. WWW existait donc déjà six ans avant la fermeture définitive de Cinema Rise. Le RISE Building est bordée par la petite rue piétonne Spain-zaka qui remonte vers le Departement Store PARCO. Cette approche souvent encombrée par la foule permet cependant d’apprécier les formes particulières et l’architecture distinctes du bâtiment. Je remonte de temps en temps cette rue exprès pour regarder le building. J’ai d’ailleurs pris de nombreuses photographies depuis cette rue. Depuis la rue desservant PARCO, la photographie du RISE building que je préfère reste celle prise en Octobre 2009 pour l’épisode 10 de ma série Made in Tokyo Series. Sur les affiches du cinéma RISE ce mois là, on y montrait le film Air Doll (空気人形) du réalisateur Hirokazu Kore-eda avec dans le rôle principal Bae Doona (배두나), qui joua avant cela dans le film Linda Linda Linda (リンダ リンダ リンダ) dont j’ai déjà parlé, et le film The Limits of Control (リミッツ・オブ・コントロール) de Jim Jarmusch. Sur une autre photographie du cinéma RISE que j’avais pris en Mars 2006, on y montrait deux films de 2005, Last Days de Gus Van Sant et Brokeback Mountain d’Ang Lee.

Je mentionnais le neuvième étage du building Hikarie à Shibuya car j’y étais pour voir l’exposition de photographies I’m So Happy You Are Here: Japanese Women Photographers from the 1950s to Now (まなざしの奇跡 日本女性写真家の冒険). L’exposition, se tenant du 4 juillet au 26 août 2026 au Hikarie Hall, présente environ 200 œuvres de 30 photographes japonaises majeures, des années 1950 à aujourd’hui. L’exposition présentant exclusivement le travail de femmes photographes japonaises est née d’un livre bilingue anglais-français I’m So Happy You Are Here: Japanese Women Photographers from the 1950s to Now, publié par Aperture en 2024, et accompagné d’une exposition aux Rencontres d’Arles. L’exposition a ensuite circulé internationalement avant d’arriver finalement au Japon. Elle entend replacer le travail des femmes dans l’histoire de la photographie japonaise d’après-guerre traditionnellement racontée à travers des photographes hommes comme Nobuyoshi Araki (荒木経惟), Daido Moriyama (森山大道), Shōmei Tōmatsu (東松照明), Eikoh Hosoe (細江英公) entre autres. Parmi les photographes présentées, je connaissais les photographies d’un certain nombre d’entre elles, notamment celles de Miyako Ishiuchi (石内都). J’avais déjà vu quelques unes de ses photographies axées sur les objets, les traces corporelles, la mémoire (de sa mère notamment) lors de l’exposition Mother’s en 2006, au Musée de la photographie à Yebisu Garden Place. Je connaissais également les collages photographiques surréalistes réalisés par Toshiko Okanoue (岡上淑子) dès les années 1950, pour les avoir vu lors de l’exposition Le miracle du silence en 2019, au Tokyo Metropolitan Teien Art Museum près de la station de Meguro. Lors de cette exposition, j’ai beaucoup aimé la série Elevator Girls de Miwa Yanagi (やなぎみわ) transformant des grands espaces commerciaux en environnements dystopiques et théâtraux. Je connaissais cette photographe depuis l’exposition The Incredible Tale of the Innocent Old Lady and the Hertlass Youg Girl au Hara Museum vue en 2005. Plus récemment, j’avais découvert les auto-portraits de Mari Katayama (片山真理) lors de l’exposition Ghost in the Shell: The exhibition (攻殻機動隊) qui se déroulait au TOKYO NODE de Toranomon Hills. Ses prothèses pour pallier à un handicap entraient en résonance avec les corps synthétiques des cyborg du manga de Masamune Shirow. On trouvait bien entendu d’autres figures importantes de la photographie japonaise comme Rinko Kawauchi (川内倫子), dont j’avais vu il y a quelques années la grande exposition M/E On this sphere Endlessly interlinking à la galerie d’art de Tokyo Opera City à Shinjuku, et Mika Ninagawa (蜷川実花) dont je parle assez souvent pour ses œuvres photographiques et films. Ninagawa présentait une série de photographies en noir et blanc intitulée Dancing with Shadows in the Light, datant de 2024. C’est une œuvre assez différente de l’image typique de Ninagawa avec une photographie jouant sur les couleurs saturées et explosives de fleurs notamment et ses photographies très vives de personnalités vues par exemple dans son livre éponyme sorti en Octobre 2010. Cette série au Hikarie Hall s’oriente davantage vers une réflexion sur la lumière et est aussi belle que fascinante.

Je parlais de Ghost in the Shell ci-dessus ce qui me donne une bonne transition vers le nouveau single GO GHOST de King GNU qui est utilisé comme thème d’ouverture de la série animée sortie un peu plus tôt cette année. Le morceau, sorti le 29 juillet 2026, a été écrit et composé par Daiki Tsuneta (常田大希). Bien qu’il soit assez court, avec un peu moins de 3 minutes, il est dense et pas aussi agressivement accrocheur que les derniers morceaux du groupe. Il est très intéressant dans sa composition car il ressemble à un morceau de King GNU, notamment avec le chant très présent et immédiatement reconnaissable de Satoru Iguchi (井口理), mais il intègre en même temps les éléments de l’univers de Ghost in the Shell. Je pense en particulier à son introduction composée d’une chorale aux accents ethniques qui rappelle immédiatement la bande originale composée par Kenji Kawai (川井憲次) pour le premier film d’animation Ghost in the Shell de Mamoru Oshii sorti en 1995. Le morceau emblématique du film intitulé 謡 I – Making of Cyborg se base sur des chants traditionnels japonais, avec des harmonies inspirées des chants polyphoniques bulgares. On retrouve cette atmosphère dès l’introduction de GO GHOST, ce qui nous plonge tout de suite dans l’univers étrange du manga, puis le morceau devient ensuite plus pop. Je gardais en France l’album CD de la bande originale de 1995 acheté à l’époque en import japonais (bien sûr) après avoir vu le film au cinéma, mais je viens de l’amener à Tokyo dans mes bagages. Outre le morceau clé qui se répète sous des formes différentes jusqu’à sa forme la plus aboutie et puissante intitulée 謡 III – Reincarnation, les pistes instrumentales orchestrées par Kenji Kawai sont belles et abstraites, décrivant parfois une ville sombre et froide traversée par des éclats de lumière. Les paroles des morceaux chantés ont été écrites par Kenji Kawai lui-même dans une forme ancienne du japonais, le yamato kotoba, ce qui donne à la musique du film une ambiance à la fois ancienne et totalement futuriste correspondant très bien à l’univers du film. Cette OST de 1995 se termine par un morceau bonus inattendu très différent du reste de l’album. Il s’intitule See You Everyday (每天見一見!) et est chanté en cantonais par la hongkongaise Fang Ka Wing (方嘉詠). Il a également été composé par Kenji Kawai mais son approche est complètement pop. Ça peut paraître étonnant de terminer cet album par un morceau de cantopop, mais il faut se rappeler que la ville futuriste représentée par Mamoru Oshii ressemble à métropole asiatique multiculturelle telle que Hong Kong où il avait été faire des repérages. See You Everyday n’était pourtant pas utilisée au générique de fin du film en version originale japonaise, il s’agissait plutôt de 謡III – Reincarnation mentionné plus haut. Comme je le mentionnais dans un billet récent, le générique final de la version internationale était lui accompagné de One Minute Warning de Passengers (le projet de U2 et Brian Eno). J’ai en tout cas un plaisir immense de redécouvrir soudainement See You Everyday de Fang Ka Wing. Je l’ai tellement écouté il y a trente ans que je l’adore. En le réécoutant maintenant en boucle, je me dis que cette pop enjouée correspond en fait assez bien à l’aspect par moments un peu loufoque du manga original, conservé dans la version animée récente mais totalement absente du film de 1995.

J’ai découvert par hasard à la radio le morceau Hello, my name is… de Tempalay et c’était une excellente surprise. Il s’agit du morceau d’ouverture de leur prochain album ATOMEW qui sortira le 2 Septembre 2026. Le morceau long de six minutes a une approche très expérimentale qui m’a beaucoup surpris même si je ne connais pas très bien le groupe, groupe qui m’a tout de même toujours intéressé notamment par la présence d’AAAMYYY. Je ne savais pas que Tempalay avait ce genre de sons en eux, et je me dis maintenant que j’ai peut être eu tord de ne pas assez m’y intéresser. Ce morceau change complètement la perception que j’ai du groupe et si l’ensemble de l’album suit ce type d’expérimentations musicales extrêmement inspirées, je signerais tout de suite. Bon, l’autre single sorti de l’album, I DON’T WANNA DIE!, est entre guillemets plus classique mais comme il est chanté principalement par AAAMYYY, on y retrouve cette instabilité vocale que j’aime tant. Hitsuji Bungaku (羊文学) sort un nouveau single et c’est toujours une bonne surprise. Keep Walking est sorti le 29 Juillet 2026 et une bonne mise en jambe pour nous préparer au concert qu’on ira voir un peu plus tard cette année. Le morceau est moins abrasif que le précédent Dogs, et je dirais que c’est du pur jus Hitsuji Bungaku, avec des guitares très présentes et la voix de Moeka puissante et tout simplement inimitable. Une autre bonne surprise est de découvrir un nouveau single de Miyuna (みゆな). Il s’intitule Nothing Ever Works Out (なにもうまくいかない) et est sorti le 1er Juillet 2026. Je n’arrive pas trop à suivre le fil de sa carrière musicale car elle ne sort pas beaucoup de nouveaux singles, participe à des concours de chant en Asie (qu’elle gagne), et continue ses tournées dans des petites salles sans pourtant annoncer de nouveaux albums. Nothing Ever Works Out me plaît beaucoup pour sa structure atypique qui se rapproche un peu de son sublime album Guidance (2022). Le nouveau single electro-pop met en valeur sa voix changeante, qui ressemble même à celle d’Utada Hikaru à mi-morceau. Je souhaite vraiment qu’elle sorte un prochain album sur cette lancée.

ヌー民生活❷

La tournée King Gnu CEN+RAL Tour 2026 se déroule en 30 dates au Japon et en Asie. Elle a démarré à Osaka le 21 Février pour deux dates, puis est passée par Sendai. Takamatsu est la troisième escale avec également deux dates, les 11 et 12 Mars. Elle partira ensuite à Tokyo, puis Nagoya, Hiroshima, Chiba, Fukuoka, Sapporo, Nigata. Le groupe entamera ensuite la partie internationale de la tournée en Asie en passant par Bangkok, puis Hong Kong, Taipei, Seoul pour un final au Japon, à la Yokohama Arena en Juillet 2026. C’est une bien longue tournée, qui n’accompagne pourtant pas de nouvel album, mais une série de singles qui sont particulièrement percutants et ont très bien marchés. J’écoute la musique de King Gnu depuis leur deuxième album Sympa, en les découvrant avec le titre Flash!!!. C’est un des seuls groupes qui parvient à nous mettre d’accord dans notre petite famille. C’est un peu dommage que nous n’ayons pu avoir que deux places. Mari m’a laissé sa place car je semblais bien malheureux de ne pas avoir obtenu de places pour le concert de Sheena Ringo cette année. Ça me rappelle que Ringo les a découvert en concert, avant même que le groupe s’appelle King Gnu (leur nom originel était Srv. Vinci). Daiki Tsuneta (常田大希) et Satoru Iguchi (井口理) étaient toujours étudiants à l’Université des beaux-arts de Tokyo. Ce n’est que bien plus tard que Daiki Tsuneta avec son autre formation Millennium Parade proposera à Ringo de chanter sur le fameux single W●RK.

Nos places sont situées dans l’arène principale mais pas au plus près de la scène. L’organisation autour d’une scène centrale, un peu comme au Budokan de Tokyo est par contre très bien pensée car on peut garder une bonne vue, peu importe où on se situe. Derrière nous, il y a d’autres places en hauteur dans un anneau circulaire normalement utilisé pour la configuration en salle de sport. Ce sont des places assises mais tout le monde se lève dès le début du concert. On s’assoit, comme beaucoup, dans l’herbe du parc près de la mer en attendant les 17h30. Le soleil se couche doucement. Il fait frais mais pas vraiment froid, malgré un petit vent occasionnel nous piquant les joues. À 17h30, le comptage méthodique commence et prend beaucoup de temps pour éviter la cohue. Tout le monde est très discipliné, sans être forcé à l’être, et tout paraît si simple quand c’est le cas. Les haut-parleurs un peu bruyants nous rappellent bien le dispositif d’entrée. Une fois nos numéros appelés, nous entrons dans la salle déjà presque comble. L’installation métallique au centre de la scène avec quatre têtes animales est vraiment impressionnante. Je me dis déjà qu’il s’agit d’une des plus belles scènes que j’ai pu voir en concert jusqu’à maintenant. Le nom de tournée CEN+RAL prend tout son sens, car le public est en effet positionné tout autour de la scène. L’arène est vaste mais reste de taille plutôt réduite pour un groupe qui remplit le Tokyo Dome (d’une capacité d’environ 55,000 personnes). Dans l’arène Anabuki, nous sommes à vue de nez 10,000 personnes. Nous sommes dans le carré F-2. L’exercice est de trouver très rapidement un endroit dégagé pour ne pas être dérangé par les têtes devant nous. Les photos et vidéos sont autorisées pendant le concert, ce qui semble être plus courant qu’avant pour les concerts au Japon, mais il est interdit de lever son smartphone au dessus du niveau de sa tête. Là encore, le public joue assez bien le jeu, et il y a heureusement assez peu de personnes préférant filmer l’intégralité du concert plutôt que d’apprécier le moment présent.

Le concert commence un peu après 18h30. La structure métallique au centre de la scène s’active de lumières et de sons électroniques. La frénésie visuelle laisse ensuite place au visage modifié comme un mutant bodybuildé du bassiste et clavier Kazuki Arai (新井和輝) qui adresse un message vidéo à la foule pour mettre tout le monde en condition, comme le ferait un chauffeur de salle. Mon fils avait prédit que le concert démarrerait par le dernier single AIZO et c’est en effet le cas. Le public démarre au quart de tour et ça fait plaisir à voir. Les quatre membres du groupe sont situés au quatre coins de la scène. Le chanteur Satoru Iguchi est en face de nous avec le bassiste Kazuki Arai sur le côté gauche et Daiki Tsuneta et le batteur Yū Seki (勢喜遊) à l’arrière. Des écrans vidéos géants posés en haut de la structure permettent de voir en permanence tout ce qui se passe sur scène, ce qui permet une très bonne immersion. Je dirais que ce type d’écrans est même indispensable pour des grandes salles. Ces écrans sont également utilisés pour divers effets spéciaux qui se combinent aux rayons laser multicolores et aux soudaines explosions de fumées. Le groupe sait clairement comment chauffer une salle, car après AIZO, ils enchaînent avec des morceaux très puissants que font bouger le public: Hikōtei (飛行艇) et Drone (どろん) de l’album Ceremony puis Flash!!! de l’album précédent Sympa pour revenir vers Ceremony avec Teenager Forever. Ces deux derniers morceaux sont pour moi associés car j’avais vu un concert précédent en blu-ray où ils s’enchaînaient pour former une sorte de climax. Mais lors de ce précédent live, ces deux morceaux se situaient en deuxième partie de concert. Le concert auquel nous assistons commence très fort avec des singles marquants. Je me dis à ce moment là qu’en quatre albums studio et quelques singles récents, King Gnu fourmille d’excellents morceaux. Le concert se compose d’une large setlist de 26 morceaux pour environ 2h30 de concert, incluant plusieurs passages MC adressés au public. La setlist contient bien sûr les singles récents comme TWILIGHT!!! et couvre les quatre albums d’une manière très équilibrée avec 5 ou 6 morceaux par album. Je suis un peu étonné de voir le groupe laisser une part égale au premier album Tokyo Rendez-Vous par rapport au plus récent The Greatest Unknown. Je connais moins Tokyo Rendez-Vous, à part les quelques morceaux clés, mais mon fils me dit qu’il aime beaucoup cet album. Ça me fait comprendre qu’il doit être très apprécié des fans de la première heure.

Vers le milieu de la setlist, le groupe part vers des morceaux plus apaisés, quoiqu’ils jouent toujours sur le chaud et le froid. Hakujitsu (白日) est bien entendu un morceau important de leur discographie, et c’est celui par lequel j’ai vraiment réalisé qu’il s’agissait d’un groupe à part. S’en suivent plusieurs morceaux plus posés de Tokyo Rendez-Vous et un retour vers des zones plus tectoniques avec Ichizu (一途) et Ashura ):阿修羅:( de l’album The Greatest Unknown. Satoru Iguchi et Daiki Tsuneta descendent au moins une fois de la scène pour marcher au plus près du public. La ferveur du public se déchaine ensuite sur le single SO BAD, car le groupe tend le micro vers la foule lors de certains passages. Ce single est polymorphe et déstructuré, mais symbolise bien la liberté artistique qui les anime. J’avais avant le concert un peu peur que le public soit trop bruyant et qu’on n’entende pas assez Satoru et Daiki au chant, mais c’est quand même loin d’être le cas. Certains comptes Twitter de fans donnent même une liste des morceaux typiques sur lesquels Satoru Iguchi tend le micro vers la foule. L’air de rien, il y a une sorte de règle non dite mais qui va relativement de soi. Lors des passages de MC, assez nombreux d’ailleurs, le groupe nous dit que le morceau SO BAD a été conçu pour la scène, pour faire participer le public. C’est clairement le concert où j’ai pu sentir le plus la présence du public. Pendant les passages de MC au public, les appels criés à chaque membre du groupe se relaient, ce qui est assez amusant. J’aime ces moments où le public manifeste sa présence car ça suscite souvent des reactions sur scène. Les passages de MC étaient assez nombreux, 4 ou 5 peut-être, même si le groupe n’est pas particulièrement réputé pour cela. Satoru Iguchi est celui qui parle le plus, mais il prend son temps en souriant, ce qui est tout à fait à son image « my pace ». Il semble apprécier le moment en marchant tranquillement sur scène, ce qui fait rire le public, car on attend tous qu’il dise quelque chose de fort et intéressant. Mais le ton de ses messages à la foule reste léger. Il nous dit que la salle est très chaude et ce depuis le premier morceau, ce qui semble l’avoir étonné. On nous dit aussi que le public de Takamatsu se manifeste plus franchement qu’à Tokyo. Mais qui est vraiment de Takamatsu dans la salle? J’imagine plutôt le public comme venant de tout le Japon. Tout le long des passages de MC, les caméras se tournent vers chaque membre du groupe, eux même faisant semblant de ne pas les remarquer pour éviter d’avoir à parler. Ces petits passages comiques sont amusants car ils finissent tous par dire quelques mots, notamment Yū Seki qui est particulièrement pris à partie pour ce concert car il est originaire de la préfecture voisine de Tokushima à Shikoku. Je ne sais trop pour quelle raison Yū Seki parvient à imposer au groupe de jouer un morceau supplémentaire non prévu sur la setlist. Il s’agit de McDonald Romance sur l’album Tokyo Rendez-Vous. Daiki Tsuneta s’adresse au public vers la fin du concert. Il nous fait part d’une petite anecdote. Après le premier concert de Takamatsu, le 11 Mars, Daiki et Kazuki Arai sont sortis pour manger dehors le soir, et ont croisé deux filles qui dansaient dehors devant une vidéo qu’elles avaient pris lors du concert. Il semblait avoir été touché par cette ferveur envers leur musique. Ce qui m’a personnellement étonné est que personne ne les ait reconnu en pleine rue.

Musicalement, l’interprétation était impeccable, même si j’ai eu un peu peur lors du début du tout premier morceau AIZO que je l’ai trouvé un peu grésillant. Les quelques solos de guitare de Daiki Tsuneta sont fantastiques, d’autant plus qu’il y met les formes. C’est vraiment chouette de pouvoir avoir des gros plans vidéos sur ses mains sur la guitare et sur son visage très expressif. Ça nous fait comprendre que le groupe se donne à fond. La voix de Satoru Iguchi reste inimitable et se dégage très bien des guitares et de la batterie puissante de Yū Seki. Satoru Iguchi, qui était de notre côté de la scène centrale, regarde souvent le public et on a envie de lui répondre des bras. Le concert passe évidemment plus vite qu’on ne le voudrait. Il n’y a pas de rappels mais ils ont quand même joué pratiquement 2h30. Vers 21h, les lumières se rallument progressivement laissant inscrit sur les écrans géants le nom du groupe sur un fond blanc. On se dit que c’est certainement le meilleur concert qu’on ait vu. Je m’y attendais un peu car je sais qu’ils ne laissent rien au hasard. Le fait que la direction de cette tournée soit assurée par Osrin, du groupe créatif Perimetron dirigé par Daiki Tsuneta, n’est pas une surprise et pour sûr un gage de qualité. Nous gardons de nombreuses images et des sons en tête, dont on se partage les impressions. Je vais la plupart du temps seul en concert et c’est à la fois inhabituel et très agréable de pouvoir partager ses impressions à chaud.

La sortie de la salle est lente et silencieuse. J’ai les jambes fatiguées car on est debout depuis longtemps. Il faut maintenant chercher un endroit pour manger ce soir, ce qui n’est pas une mince affaire car tout est déjà fermé même dans le building de la gare. Nous ne sommes pas à Tokyo, et le rythme de vie à Takamatsu est bien différent. On tourne en rond pour revenir vers la galerie marchande couverte que nous avions vu le matin à pieds entre notre hôtel et l’arène. Nous mangerons finalement dans une chaîne Matsuya, car c’est une des seules options disponibles. La grande majorité des clients sont des gens ayant assisté au concert. On se sent en permanence bien entourés. Le retour à l’hôtel à pieds est ensuite rafraîchissant et nous tombons très vite de sommeil une fois arrivés.

Pour référence ultérieure, ci-dessous est la setlist du concert de Takamatsu de la King Gnu CEN+RAL Tour 2026:
1. AIZO, single
2. Hikōtei (飛行艇), de l’album Ceremony
3. Drone (どろん), de l’album Ceremony
4. Flash!!!, de l’album Sympa
5. Teenager Forever, de l’album Ceremony
6. Kasa (傘), de l’album Ceremony
7. TWILIGHT!!!, single
8. Prayer X, de l’album Sympa
9. Tokyo Rendez-Vous, de l’album Tokyo Rendez-Vous
10. Vinyl, de l’album Tokyo Rendez-Vous
11. Slumberland, de l’album Sympa
12. Hakujitsu (白日), de l’album Ceremony
13. Haretsu (破裂), de l’album Tokyo Rendez-Vous
14. NIGHT POOL, de l’album Tokyo Rendez-Vous
15. CHAMELEON, de l’album The Greatest Unknown
16. Nekko (ねっこ), single
17. The hole, de l’album Sympa
18. Ichizu (一途), de l’album The Greatest Unknown
19. Ashura ):阿修羅:(, de l’album The Greatest Unknown
20. SO BAD, single
21. SPECIALZ, de l’album The Greatest Unknown
22. Sakayume (逆夢), de l’album The Greatest Unknown
23. SUNNY SIDE UP 〜 Ame Sansan(雨燦々), de l’album The Greatest Unknown
24. McDonald Romance, de l’album Tokyo Rendez-Vous
25. it’s a small world, de l’album Sympa
26. Summer Rain Diver (サマーレイン・ダイバー), de l’album Tokyo Rendez-Vous

ヌー民生活❶

Nous voilà à Takamatsu dans la préfecture de Kagawa sur l’île de Shikoku pour assister à un concert du groupe King Gnu de leur tournée japonaise et asiatique CEN+RAL Tour 2026. C’est mon fils qui avait tenté une réservation pour deux places, en ne pensant pas les gagner, à différentes dates du Japon et c’est tombé sur Takamatsu. Cela nous donne une occasion un peu imprévue de voyager à Shikoku, ce que je n’avais pas fait depuis 23 ans. Nous partons deux jours en passant une nuit à Takamatsu le soir du concert. L’avion qui nous y amène part assez tôt, à 7h45. On a eu un peu peur d’être en retard et de rater notre avion, en arrivant seulement une vingtaine de minutes avant l’embarquement. Le voyage en Boeing 737 JAL dure un peu plus d’une heure en passant au dessus d’un Mont Fuji dégagé, nous donnant une vue sublime que je n’ai malheureusement pas eu le temps de photographier. L’aéroport de Takamatsu est excentré, situé à environ 45 minutes en bus limousine de la station de train de Takamatsu au centre de la ville. Notre hôtel se trouve à un des stops de la ligne de bus, près du grand parc Ritsurin (栗林公園) et à un peu moins de 30 minutes à pieds du centre-ville. L’hôtel est plutôt ancien mais possède un certain charme Showa qui ne me déplaît pas. On s’était partagé les tâches pour ce voyage, je m’occupais de réserver l’avion et mon fils de l’hôtel. Takamatsu est une petite ville avec un nombre limité d’hôtels principalement situés autour de la gare de trains (à noter que le Shinkansen ne passe pas à Takamatsu) et on a assez vite réalisé qu’il fallait réserver son hôtel rapidement car sur les 10,000 personnes qui assistent aux deux dates du concert de King Gnu les 11 et 12 Mars, nombreux sont ceux comme nous qui viennent de tout le Japon. Nous avons réservé avion et hôtel deux mois à l’avance mais c’était déjà un peu tard car les hôtels près de la gare étaient déjà pris d’assaut pour les chambres à prix raisonnable. On s’est aussi assez vite rendu compte que nous étions loin d’être les seuls à faire le voyage depuis Tokyo. Nous avons croisé un assez grand nombre de personnes déjà habillés de t-shirt et hoodies tirés de cette tournée. Les ventes de goods sont déjà épuisés sur internet et on ne peut en acheter que sur place si on est muni d’un billet.

Après avoir déposé notre petite valise à l’hôtel un peu avant 10h du matin, nous partons à pieds sans trop tarder vers le lieu où se déroulera le concert, la grande salle multi-usage Anabuki Arena Kagawa (あなぶきアリーナ香川). Un deuxième intérêt pour moi est de voir cette salle tout en rondeurs, conçue par SANAA. Elle est très récente, ouverte en Février 2025, et a été primée du Prix Versailles. Il s’agit d’un prix international d’architecture et de design créé en 2015 et remis chaque année au siège de l’UNESCO à Paris. Il récompense les réalisations contemporaines considérées comme les plus remarquables ou les plus belles au monde dans plusieurs catégories. La beauté visuelle et la pureté des formes des créations de SANAA ne sont plus à démontrer. Ce complexe est composé d’une grande arène pouvant contenir jusqu’à 10,000 personnes, en incluant les places debout, et d’une plus petite arène qui lui est accolée. Anabuki Arena Kagawa se trouve au bord de la mer intérieure Seto dans le quartier de Sunport, à proximité de la gare de Takamatsu. Un parc vert, ou plutôt une bande de gazon, sépare l’arène de la mer, ce qui rend cet endroit très agréable et tout à fait particulier. C’est clairement une des plus belles salles de concert que je connaisse, pour son architecture épurée et pour son emplacement idéal, créant une petite bulle à l’écart de tout. Nous allons rapidement, dès notre arrivée le matin, à l’arène Anabuki car on y vend les goods de cette tournée. On n’avait pas imaginé qu’il y aurait autant de monde dès le matin. À notre arrivée vers 10h30, une longue file d’attente entoure déjà la petite arène alors que la boutique des goods vient d’ouvrir ses portes à 10h. J’imagine que nombreux sont ceux qui sont arrivés bien avant l’ouverture. Ce genre de choses au Japon est en général prévisible, mais j’avoue que je n’avais jamais vu un tel engouement. Le fiston s’inquiète un peu de ne pouvoir acheter ce qu’il voulait, mais on ne peut que prendre notre mal en patience. J’aime de toute façon ces moments avant concert où on se trouve au milieu d’autres fans. En attendant autour de l’arène, dans le froid hivernal qui se retenait un peu heureusement, on peut au moins se laisser distraire par le camion rouge de la tournée, décoré de gnus fantaisistes qui doivent représenter les membres du groupe. Après un tour de la petite arène qui nous aura pris environ une heure, nous entrons finalement à l’intérieur en se rendant compte que la file d’attente est encore longue. Au fur et à mesure, une voix annonce à l’haut-parleur les articles en rupture de stock. On finit par se dire qu’il ne faut mieux pas avoir une idée très précise de ce qu’on voudra acheter. Un peu plus de deux heures plus tard, nous arrivons finalement à nous emparer de t-shirts à manches longues, casquette entre autres petites choses. Ce sera tout à fait suffisant pour faire notre bonheur et on se sent en quelque sorte préparés pour le concert le soir à partir de 17h30.

Le déjeuner nous amène à chercher un restaurant de sanuki udon, qui est bien entendu la spécialité de la préfecture de Kagawa. Les restaurants sont nombreux, mais ceux autour de l’arène ont de longues files d’attente. On s’écarte un peu du centre pour en trouver un près de l’ancien château. Là encore, les fans de King Gnu, qu’on appelle Nū-min (ヌー民), sont nombreux, on les reconnaît facilement. Si on était venu à Takamatsu ce jour là sans savoir q’un concert s’y déroulait, on aurait pu penser qu’une grande partie de la population était fan du groupe. Ça m’amuse beaucoup de les chercher. Une très grande majorité à la petite vingtaine, mais je note également des parents comme moi qui accompagnent leur fille ou fils. Je ne sais pas s’il y a un style vestimentaire King Gnu, mais le style des fans avec pantalon oversized est assez répandu. Enfin, les jeans baggy et les vestes oversized sont à la mode en ce moment. On voit de tout mais pas de couleurs flashy. Les udon du midi nous calent bien et on a envie de marcher vers les ruines du château de Takamatsu et son parc.

Le château de Takamatsu (高松城) est l’un des sites historiques les plus importants de la ville de Takamatsu. Il n’en reste que ses vestiges, se trouvant dans un parc situé près du port appelé Tamamo Park (玉藻公園). Le château a été construit vers 1590 par le seigneur féodal Ikoma Chikamasa, un général de Toyotomi Hideyoshi, après la conquête de Shikoku. Il s’agissait d’un site stratégique pour contrôler les routes maritimes de la mer intérieure de Seto. À partir de 1642, le château fut dirigé par le clan Matsudaira, liée aux Tokugawa. Ce château est assez unique, car il s’agit l’un des rares “châteaux maritimes” du Japon (mizujō). Les douves sont remplies d’eau de mer, directement reliées à la mer intérieure de Seto. L’appellation de château Tamamo (玉藻城) est inspirée par les algues de la mer dans les douves. À l’époque féodale, le château comportait un donjon principal (tenshu) à plusieurs étages, plusieurs enceintes concentriques avec murs de pierre, des tours de guet (yagura) et portes fortifiées. Le donjon a disparu mais il reste certaines structures: des tours d’observation, un pont en bois couvert et le pavillon Hiunkaku, ancienne résidence de la famille Matsudaira, classé bien culturel important. On ne peut malheureusement pas visiter l’intérieur du pavillon. La grande porte Sakuramon a été reconstituée et les murs de pierre des douves sont impressionnants. Le parc historique, avec jardins et pinèdes autour des douves, est très agréable à visiter, d’autant plus que l’endroit est très calme. Le calme avant la tempête en quelques sortes. On prend notre temps mais celui-ci passe vite. Il est déjà presque 17h. On se change un peu pour porter le t-shirt à manches longues de la tournée et nous voilà fin prêts pour le début du concert.

in between II cities

En lien avec mon précédent billet qui envisageait d’ajouter le lieu d’écriture de mes billets, celui-ci est en partie écrit à Hong Kong. Les photographies sont par contre de Tokyo car mon voyage d’une petite semaine à Hong Kong ne m’a pas laissé assez de temps pour aller prendre des photos dans les rues de la ville. Mais pour l’ambiance, j’écoute des morceaux de ma longue playlist de Faye Wong en écrivant ces quelques lignes. Les photographies du billet ont une certaine qualité abstraite volontaire. Après le mur déconstruit et taggé de la première photographie, apparaît une baleine volant dans le ciel d’une ville européenne qui pourrait être Paris. Cette photographie en très grand format est signée par Daido Moriyama (森山大道) et est affichée sur un mur de béton d’une rue située près de la mairie de l’arrondissement de Shibuya. La photographie représente un ballon à air chaud transformé en baleine géante flottant au-dessus des toits de Paris. Cette photographie a été prise par Daido Moriyama en 1989 lors d’un séjour à Paris alors qu’il commençait à se lasser de Tokyo. Il loua un appartement à Paris, rue Mouffetard dans le cinquième arrondissement, et s’y rendit plusieurs fois pendant cette année. Cette photographie fait partie d’une série intitulée A Tale of II Cities, sous-entendant que ces deux villes sont Paris et Tokyo. Les photographies sont bien entendu en noir et blanc à fort contraste, explorant les paysages urbains de Tokyo et de Paris. Elles entendent capturer l’énergie chaotique et brute, parfois surréaliste, des deux métropoles, en s’inspirant souvent du photographe Eugène Atget. Le lion de la troisième photographie est situé tout près de la porte Sud coincée entre les immeubles du sanctuaire Hanazono (花園神社) à Shinjuku. Je n’ai jamais beaucoup aimé ce sanctuaire, certainement en raison de sa proximité de Kabukichō et de Golden Gai. Je le trouve sombre même en pleine journée comme si je ne pouvais imaginer Kabukuchō que la nuit.

Musicalement parlant, j’écoute en ce moment deux singles. Tout d’abord, celui de Minami Hoshikuma (星熊南巫) intitulé NIRVĀṆA et sorti le 16 Janvier 2026. Le style est un plus peu apaisé que ses singles précédents mais cette direction rock plus mélodique lui va très bien car elle conserve dans sa voix toute la passion qui l’anime. J’aime beaucoup la photographie de couverture du single prise par Ryota Kohama (小浜良太), bassiste du groupe ONE OK ROCK. J’écoute systématiquement les nouveaux singles de Kumami (j’apprends sur une vidéo Instagram qu’il s’agit d’un surnom qu’on lui donne) et je n’ai pour l’instant j’aimais été déçu. L’intensité rock qui s’en dégage est toujours très convaincante. J’écoute aussi assez systématiquement les nouveaux singles de King Gnu, notamment leur dernier AIZO sorti le 9 Janvier 2026. Le tout début du morceau est japonisant, ce qui me rappelle le très bel album de Millenium Parade. La suite du single est assez typique de King Gnu. Un peu comme le single précédent So Bad, ce dernier morceau est assez déstructuré. Autant ça m’avait d’abord désarçonné sur So Bad, autant j’ai le sentiment qu’il s’agit maintenant d’une marque de fabrique du groupe. C’est de toute façon brillant car Daiki Tsuneta a une sensibilité musicale tout à fait unique. Mon fils vient d’avoir la confirmation qu’il a obtenu deux places pour un concert de King Gnu au mois de Mars 2026, de leur tournée japonaise et asiatique CEN+RAL Tour. Il est membre du fan club, ce qui a dû faciliter les choses. Le problème est qu’il a obtenu ces places pour le concert de Takamatsu (高松) à la Kagawa Arena (あなぶきアリーナ香川), ce qui veut dire qu’il faut y aller exprès et qu’il ne trouve personne pour l’accompagner. Je me suis bien entendu dévoué pour l’accompagner. C’est apparemment très difficile d’obtenir des places pour les dates à Tokyo. Nous avons également obtenu deux places pour le concert de Fujii Kaze (藤井風) qui aura lieu au Tokyo Dome en Décembre 2026. On a le temps de le voir venir. Par contre, je n’arrive toujours pas à obtenir une malheureuse place pour le concert de Sheena Ringo, ce qui est quand même un comble. J’en suis à mon quatrième essai, après deux tentatives à travers le fan club Ringohan et une tentative avec le code de réservation fourni avec l’achat à l’avance du prochain album. Je tente maintenant une réservation par les voix normales alors que je pensais que cette tournée était réservée au fan club. Tout ceci est très confus.

//tokyo/freeform/ep3

J’écrivais dans l’ep2 de cette série freeform que j’avais deux billets assez longs en cours d’écriture mais que je n’avais pas trop le cœur aux longues écritures. Le fait d’écrire ce sentiment m’a en quelque sorte donné le courage d’écrire ces deux longs billets. Il s’agit des deux précédents sur l’Observatoire d’Enoura d’Hiroshi Sugimoto et sur le double concert Hitsuji Bungaku x Ging Nang Boyz au Toyosu PIT. Le fait d’écrire un sentiment sur un billet de ce blog provoque souvent chez moi une réaction contraire, comme si j’avais besoin de me contredire ou plutôt de contrebalancer une impression personnelle pour en nourrir une nouvelle. Remettre en doute mes propres appréciations est une approche que je trouve plutôt saine car ça me permet de ne pas stagner sur une idée préconçue et d’avancer, progressivement mais sûrement.

J’ai un peu de mal en ce moment à tenir ce blog à jour, quant aux musiques japonaises que j’écoute souvent au compte-goutte au rythme des nouveaux singles de groupes et d’artistes que j’aime. Je ne suis pas passé à côté du single TWILIGHT!!! de King Gnu qui compte parmi les très bons morceaux du groupe. Alors qu’on l’écoute dans la voiture car il fait bien entendu partie de la playlist des journées de congés de la Golden Week, on me fait remarquer qu’une partie de l’air chanté par Satoru Iguchi au début du morceau ressemble beaucoup au refrain du single U de Millennium Parade chanté par Kaho Nakamura (中村佳穂). Je ne l’avais pas noté jusqu’à ce que l’on me le fasse remarquer. Il y a un petit air de ressemblance en effet mais les morceaux de King Gnu se ressemblent tous un peu. Je découvre également à peu près en même temps l’excellent hip-hop du single DO ON de RIP SLYME, que j’entends pour la première fois à la radio et auquel j’accroche immédiatement. Je connais le groupe depuis longtemps mais je ne me rappelle pas avoir aimé un seul de leurs anciens morceaux. Je réécoute quelques uns de leurs précédents singles, en me rendant compte que DO ON est pour moi une exception. Le morceau est assez génial de bout en bout, très joueur et ne se prenant pas au sérieux tout comme la vidéo qui l’accompagne brillamment. Utada Hikaru (宇多田ヒカル) a également sorti un nouveau single intitulé Mine or Yours, qui est très bon avec une vidéo assez originale très subtilement chorégraphiée par Aoi Yamada (アオイヤマダ), qu’on voit décidément partout en ce moment et même sur Made in Tokyo, et réalisée par Tomokazu Yamada (山田智和). Je suis à chaque impressionné par la capacité d’Utada Hikaru à créer et chanter des morceaux qui paraissent si évidents à l’oreille comme si on était déjà prédestiné à les écouter. Dans les voix que j’aime beaucoup, il y a également celle d’Hikari Mitsushima (満島ひかり) qui collabore une nouvelle fois avec Shinichi Osawa, aka Mondo Grosso, à la production. Le single intitulé Lost Child se concentre d’abord sur un piano, une basse électronique et un rythme minimaliste, pour se développer un peu plus ensuite. La voix d’Hikari Mitsushima prédomine. Ça doit être leur troisième morceau ensemble, si je ne me trompe pas, et cette formule fonctionne tellement bien qu’on souhaiterait un album. Je ne peux m’empêcher de penser que Mitsushima chante comme une actrice, son chant n’étant pas parfait mais ayant une grande force d’évocation nous transportant dans des scènes cinématographiques imaginaires. J’écoute ensuite le dernier single de a子 intitulé Paper Moon sorti le 23 Avril 2025. C’est un joli morceau pop qui ne dépareille pas du reste de sa discographie récente et qu’on aimera forcément si on apprécie cette voix et ce style. J’aurais malgré tout aimé un peu plus d’audace et qu’elle reparte vers des horizons un peu différents. Le morceau n’en reste pas moins agréable et accrocheur, sauf que l’effet de surprise à l’écoute du morceau a un peu disparu. Voir soudainement quelques morceaux de Tommy heavenly6 disponibles sur YouTube m’a fait faussement croire que Tomoko Kawase (川瀬智子) était sortie de son silence. En fait non, le morceau +gothic Pink+ que je découvre avec beaucoup de plaisir date d’Août 2005, sorti sur son album éponyme. Je dois avoir dans mes placards l’album TERRA2001, sorti en Septembre 1999, de son groupe The Brilliant Green, mais je n’en ai que très peu de souvenirs. J’avais préféré son projet Tommy February6 (elle est née un 6 Février) qui est orienté synthpop et j’en parlais d’ailleurs dans un précédent billet. Le projet Tommy heavenly6 est plutôt tourné vers le rock alternatif et le morceau +gothic Pink+ qui est en fait sorti bien avant l’album, en Décembre 2002, est donc riche en guitares tout en restant très pop, avec un petit brin gothique dans les nappes atmosphériques qui l’accompagne. C’est aussi amusant de voir la popularité certaine de Tommy sur les réseaux sociaux, notamment étrangers. Pour moi, cette musique me ramène avec nostalgie vers une époque lointaine.