darkerrr grrrl

J’ai pris une nouvelle habitude de mélanger la couleur et le noir et blanc dans un même billet. Mon intention était d’abord de montrer toutes les photographies en noir et blanc mais une personne portant un sac rose traversant rapidement mon champ de vision et le rouge crasseux d’une pelleteuse détruisant des maisons s’incrustant à l’écran sur les deux premières photographies m’ont fait changer d’avis au dernier moment. Le noir et blanc a l’interêt d’apporter une certaine abstraction et simplicité visuelle dont on a parfois besoin. Les lignes du AO building sur la grande avenue numéro 246 a des formes simples et obliques que l’on devine à peine sous cet angle par rapport au lampadaire très sûr de sa présence. Le monochrome convient bien aux murs blanc du bloc de la galerie Ars (アルスギャラリー) à Jingumae. Les formes de cette galerie ont une simplicité clinique perturbée par la complexité exacerbée des fils électriques venant perturber mon champ de vision. Avons nous également besoin de ces perturbations visuelles qui empêchent la prédominance d’un monde parfaitement maîtrisé et aseptisé? Dans les oreilles en marchant dans ces rues en zigzag de Jingūmae, j’écoute deux très beaux morceaux découverts dans l’émission radio de France Inter Very Good Trip consacrée au groove du monde entier, dont j’avais déjà parlé dans le billet précédent. Il y a d’abord le fabuleux morceau Traffic Lights du musicien Flea avec Thom Yorke au chant. Flea est bien sûr le bassiste des Chili Peppers et joue également de la basse sur ce morceau, mais également de la trompette accompagné par Josh Johnson au saxophone alto. La partition de guitares est très minutieuse, à l’ambiance hypnotique, et le motif des cuivres qui se répètent est dans un esprit jazz nocturne très élégant et marquant. Le chant de Thom Yorke tout en mesure et nuances apporte une dose de mystère bienvenue. J’aime beaucoup la manière par laquelle le chant et les cuivres dialoguent entre eux ponctuellement pendant le morceau. Le morceau suivant est plus ancien car il date à l’origine de 1972 mais a été repris par son auteur dans une compilation plus récente. Il s’agit du morceau instrumental Yèkèrmo Sèw composé par le musicien éthiopien Mulatu Astatk maintenant âgé de 82 ans. Ce morceau est apparemment une pièce fondatrice de ce qu’on appelle l’Ethio-jazz. Il a en effet un esprit jazz mais qui se mélange à d’autres horizons. J’aime beaucoup le son élégant et mystérieux du vibraphone et les sections de cuivres qui se répètent construisant une mélodie qui devient une fois encore hypnotique. On trouve une tension maîtrisée dans cette musique qui alterne des rythmes lents et des moments plus enlevés quand les cuivres déclarent leur présence. La force du morceau vient peut-être du fait qu’on le ressent comme légèrement imparfait, ce qui le rend profondément vivant et organique. Ce morceau de Mulatu Astatk a été utilisé dans le films Broken Flowers de Jim Jarmusch sorti en 2005, ce qui me donne une bonne occasion de le voir. Ces deux morceaux m’accompagnent dans les rues presque désertes de Jingūmae.

Mais lorsque j’approche de la rue quasi-piétonne Cat Street, la foule finit par apparaître et se faire dense. La rue Cat Street m’amène bientôt vers le quartier d’Ura-Harajuku (裏原宿). Ce quartier me rappelle toujours le morceau URAHARA-JUKU de Buck-Tick, tiré de leur 22ème album Abracadabra sorti en 2020. Cette ambiance musicale est très différente de ce que j’évoquais jusqu’à maintenant dans ce billet, mais Tokyo est une terre de contraste et il faut s’y accorder. Plutôt que l’album Abracadabra que j’ai déjà beaucoup écouté, je préfère me tourner vers le cinquième album de Buck-Tick intitulé Aku no Hana (惡の華), Les Fleurs du Mal, sorti en 1990. Cet album n’est pas le plus difficile à trouver car il a eu un succès certain à sa sortie et s’est donc bien vendu. Il n’est pas rare de le voir dans les Disk Union de Tokyo, mais ce n’est pourtant pas le premier album vers lequel je me suis tourné dans la découverte progressive de la musique du groupe. Cet album marque un tournant pour le groupe qui s’éloigne des sons new wave vers une esthétique gothique et post-punk plus affirmée. L’atmosphère est sombre et par moment théâtrale comme c’est souvent le cas pour le groupe, grâce notamment à la voix grave et dramatique d’Atsushi Sakurai. Les guitares froides sont nerveuses mais l’album est emprunt d’un romantisme noir qui transparaît très bien de son titre et de la photographie de couverture. On peut facilement comprendre que cet album est un de ceux qui ont influencé le courant Visual Kei. Ma première écoute de Aku no Hana n’avait pourtant pas été concluante car j’avais d’abord été désorienté par le premier morceau National Media Boys, qui me semblait assez daté. J’avais laissé reposé l’album que j’ai redécouvert et beaucoup écouté ces dernières semaines. Certains morceaux sont vraiment excellents comme Maboroshi no Miyako (幻の都) et Love Me qui a un rythme me rappelant le rock britannique des années 1980 avec un petit air de The Cure. J’adore absolument le morceau beaucoup plus apaisé Pleasure Land, qui est le seul morceau écrit par le guitariste Hidehiko Hoshino. Le morceau est lent et enveloppant. Il garde son ambiance gothique mais sa noirceur feutrée a quelque chose de sensuel. Il me rappelle un peu le morceau Dress de l’album Darker Than Darkness, qui a d’ailleurs été également composé par Hidehiko Hoshino, ce qui doit expliquer la ressemblance. Parmi les très bons morceaux, j’aime aussi particulièrement le morceau titre Aku no Hana qui était le seul single de l’album, mais également The World is Yours et Kiss Me Goodbye qui conclut l’album dans une ambiance mélancolique.

Ces Fleurs du Mal de Buck-Tick m’accompagnent dans les rues d’Ura-Harajuku alors que je m’éloigne des zones névralgiques pour des rues plus calmes et quasiment désertes où je pourrais retrouver la sérénité et la solitude nécessaire pour pleinement apprécier la réécoute de certains morceaux de l’album comme celui d’adieu Kiss Me Goodbye. Ce morceau en particulier me laisse dans un état rêveur. Imprégné par cette musique, les rues défilent devant mes yeux sans que je me rende vraiment compte des lieux où m’amènent mes pas. J’emprunte des rues étroites qui s’enfoncent dans le tissu urbain sans croiser personne. Ce n’est pas rare de ne trouver personne sur son chemin lorsque les rues deviennent plus résidentielles. Je m’étonne par contre moi-même de ne plus reconnaître le quartier dans lequel je marche. Je connais pourtant les rues au delà d’Ura-Harajuku que j’ai souvent parcouru. On dirait bien que Les Fleurs du Mal dans mes oreilles m’ont fait perdre mon sens de l’orientation. Me voilà maintenant coincé dans un cul-de-sac qui m’oblige à faire demi-tour pour emprunter une autre rue. Celle-ci est commerçante mais toutes les boutiques sont fermées. Je ne reconnais pas du tout cet endroit qui est pourtant sensé m’être familier. Je scrute les devantures des boutiques. Les lumières y sont éteintes sans personne à l’intérieur. Cet endroit ressemble à une ville fantôme, et ça finit pas m’inquiéter. Je continue tout de même à marcher dans cette rue longiligne et j’aperçois finalement une silhouette noire au loin. Ça me rassure un peu de ne pas être seul. Je pourrais peut-être lui demander de me guider pour retourner vers la rue Cat Street. Je m’approche progressivement sans me presser car la personne en noir devant moi est immobile au milieu de la rue. Il s’agit d’une jeune fille qui semble avoir à peine vingt ans, habillée d’une robe noire d’un style gothique.

Je me fais immédiatement la réflexion que cette tenue gothique irait très bien avec la musique de l’album Aku no Hana. Ces coïncidences ne m’étonnent plus beaucoup. Son visage blanchâtre me paraît plus distinct au fur et à mesure que je m’approche. Elle regarde vers le sol, dans une position d’attente. Je ressens une mélancolie dans son visage de porcelaine. Elle me semble d’abord irréelle comme un fantôme qui serait assez téméraire pour s’échapper en pleine lumière. Les journées ensoleillées comme aujourd’hui ne sont à première vue pas son élément, mais elle ne semble pas être vraiment dérangée par la lumière. Je m’approche mais j’hésite à lui adresser la parole. Je n’ai pas l’habitude de m’adresser aux inconnus en pleine rue, mais la situation est aujourd’hui différente de l’habitude. Je me sens perdu dans un rêve, et alors que je me perds dans mes pensées, elle lève soudainement les yeux vers moi. Ses traits sont fins et ses yeux qui me fixent sont un peu rouges. Ca doit être son léger maquillage. Son visage est doux mais dégage une froideur que je ressens immédiatement comme des frissons dans le cou. Avant que je puisse m’adresser à elle, elle ouvre la bouche pour me dire qu’elle m’attendait: « 待ってました ». Ça peut paraître étonnant mais le fait qu’elle me dise qu’elle m’attendait à cet endroit me rassure, car je réalise que je ne suis plus seul en ces lieux, que je ne suis plus seul à parcourir inlassablement les rues de Tokyo pour une raison qui m’échappe. Tout en me regardant dans les yeux sans le moindre sourire, elle sort d’une petite poche de sa longue robe noire une petite enveloppe blanche. Il n’y a aucune écriture sur cette enveloppe qu’elle tend vers moi des deux mains. Je la saisis en faisant un petit mouvement de tête discret pour la remercier. De quoi s’agit il, et pourquoi cette jeune fille m’attendait elle dans cette rue qui m’est en tout point inconnue. Suis-je entré par mégarde dans un monde parallèle? Je n’en ai pourtant pas l’impression car ces rues et cette jeune fille gothique ont l’air tout ce qu’il y a de plus réel. Le papier de l’enveloppe est doux comme un duvet. Un petit carton se trouve à l’intérieur. Il y est inscrit les mots suivants « 山13 ». Alors que je m’apprête à lui demander la signification de ce « Yama 13 », elle s’empresse de mettre un doigt sur sa bouche pour m’indiquer qu’il s’agit d’un secret qu’il ne faut pas ébruiter. Elle m’indique ensuite de la main la route à suivre: « そちで帰れますょ ». Elle me montre d’une main tendue le chemin du retour. J’aurais voulu l’interroger, mais elle ne semble pas disposée à me donner des explications. Je mets le petit mot dans la poche de mon jeans, la remercie en levant légèrement une main pour lui signifier que j’ai compris ce qu’elle me signifiait. Je n’ai en fait pas compris grand chose à cette rencontre. Alors que je la dépasse et marche dans la direction qu’elle m’indiquait, je sens déjà que sa présence disparaît derrière moi. J’hésite à me retourner pour vérifier, mais ce n’est pas la peine. Elle n’est déjà plus là, disparue comme un rêve éveillée. Je remets mes écouteurs dans les oreilles mais je n’engage aucune musique. Au coin de la rue, j’aperçois déjà la foule de Cat street. J’étais en fait tout près du quartier d’Ura-Harajuku mais je ne le savais pas. La petite enveloppe est dans ma poche. Yama 13 ? S’agit il d’une montagne aux alentours de Tokyo? Elles ne sont à ma connaissance pas numérotées. Tout ceci est bien mystérieux et me rappelle mes incursions passées dans le Tokyo Parallèle. Je sors mon iPod de mon autre poche pour démarrer un morceau de musique. Ce n’est plus les Fleurs du Mal, mais quelque chose de très différent, car Tokyo est une terre de contraste et il faut sans cesse s’y adapter.

Miku Kajimoto (梶本美久) est une jeune fille imaginaire née d’un croisement de l’imagination humaine et de l’intelligence artificielle.

孤独な一日が静かに押し寄せる

Kameari (亀有), le Samedi 7 Juin 2025.

Tous les ans lorsque l’été étouffant démarre, je me demande comment je vais aborder les nouveaux billets de Made in Tokyo, car l’inspiration est en général en berne et le nombre de visiteurs est également inférieur aux autres mois. Je parcours alors les archives des mois d’été des années précédentes pour me rendre compte que j’étais quand même relativement actif. Je prends alors mon courage à deux mains, tout en réfléchissant à un mode de publication estival. Je me suis décidé pour un modèle de billet avec deux photographies suivies de sous-titres, comme pour les quelques billets récents, mais le fait d’énoncer ici le format de ce modèle de billet m’en fera peut-être changer bientôt. Les deux photographies ci-dessus ont été prises dans le quartier de Kameari (亀有) au Nord Est de Tokyo alors que je me dirigeais depuis la station d’Ayase vers le SKWAT Kameari Art Center.

Ura-Harajuku (裏原宿), le Samedi 5 Juillet 2025. Kugahara (久ヶ原), le Dimanche 15 Juin 2025.

Le monstre coloré de la première photographie est posé devant la boutique 6%DOKIDOKI emblématique d’Harajuku. Elle a été fondée en 1995 par Sebastian Masuda, qui est lui-même une figure centrale du mouvement kawaii, ayant grandement contribué à définir l’identité visuelle de Kyary Pamyu Pamyu, notamment pour les décors de ses vidéos. La notoriété de la boutique s’est entre autres propagée par ses vendeuses au look excentrique très coloré jouant également les modèles, comme par exemple Yuka Mizuhara, la sœur de l’actrice et modèle Kiko Mizuhara. Elles ont également beaucoup contribué à la notoriété visuelle du magasin en apparaissant dans les magazines comme FRUiTS, que j’ai deja mentionné sur ces pages.

Je possède d’ailleurs un numéro du magazine FRUiTS, le 166 du mois de Mai 2011 avec justement Kyary en couverture. Je ne l’avais bien entendu pas choisi par hasard. Voir Kyary en photo à cette époque me rappelle un épisode de l’émission vidéo web Otaku-Verse Zero d’Août 2011 animée par Yū Asakawa (浅川悠), actrice de doublage (qu’on appelle seiyū) et Patrick Macias, Otaku notoire mais revendiqué. Kyary y était interviewée lors d’un événement organisé par Sebastian Masuda dans le Department Store de PARCO (l’ancien maintenant remplacé par le complexe actuel). C’était le tout début de sa carrière, car elle n’avait sorti que son premier single PONPONPON qui était très vite devenu un succès. Et en évoquant Patrick Macias, je pense en avoir déjà parlé mais je continue à écouter assidûment le podcast hebdomadaire Pure TokyoScope qu’il anime avec Matt Alt. On y parle beaucoup de culture Otaku, sur laquelle je ne suis pas toujours familier comme l’univers du Tokusatsu dont la star est Godzilla, mais le ton humoristique des émissions m’amuse toujours beaucoup et j’y reviens chaque semaine. Je n’ai pas d’appétit particulier pour les vieux films de monstres japonais, ni pour les robots à la Gundam, mais je garde quelques souvenirs très éparses d’un film d’animation Macross que l’on m’avait prêté il y a très longtemps en cassette VHS. Je ne sais pas de quel épisode il s’agit mais je me souviens très bien d’une scène dans les espaces futuristes d’un immense vaisseau-ville spatial. Cette scène m’avait fasciné mais j’en ai complètement perdu la trace à part ces quelques images floues qui traînent dans un recoin de mon cerveau, derrière une porte que j’ai du mal à ouvrir. Il me manque parfois la clé me donnant accès à mes propres souvenirs. Ce blog me permet d’en conserver quelques uns avant qu’ils ne finissent par disparaître un jour ou l’autre.

Et dans la playlist du mois de juillet, qu’ajoute-t-on, me demanderiez-vous peut-être d’un air impatient?  Je reviens une nouvelle fois vers le groupe XAMIYA composé d’Airi Kamiya et de Xansei avec deux nouveaux singles dont celui intitulé GG sorti le 30 Mai 2025. Ce single assez court mélange un esprit rock avec une electro-pop faite de synthétiseurs un peu rétro. Le rythme est extrêmement accrocheur avec une percussion assez mécanique et une basse très présente, et le chant de Kamiya un peu punk sur les bords. J’écoute ensuite le sixième single du duo intitulé Futari, sorti le 11 Juillet. Ce nouveau morceau est très différent de GG, plus posé avec une mélancolie légère et intime. Musicalement, le morceau est très bien dosé, avec une instrumentalisation assez minimaliste au tempo modéré et une chaleur palpable. Il y a quelque chose de très naturel et d’évident dans le chant de Kamiya, ce qui me plait beaucoup sur ces deux morceaux. Et allez savoir pourquoi, ma playlist se tourne ensuite vers quelques morceaux de K-Pop, en commençant par celui intitulé Earthquake par JISOO, en solo échappée du groupe Blackpink. Je n’ai jamais apprécié Blackpink mais cet earthquake de JISOO est quand même assez excellent. Et je poursuis ensuite avec Dirty Work du groupe aespa. Le morceau n’est certes pas aussi marquant que Supernova ou Whiplash mais j’aime son atmosphère hip-hop assez froide et industrielle. Je bifurque ensuite vers l’artiste sino-américaine Lexie Liu et son single Pop Girl sorti en Mars 2025. J’accroche immédiatement au rythme electro-pop très prononcé et joueur. Ces petits moments de pop mainstream insouciante dans ma playlist font beaucoup de bien.

Je découvre tout récemment la chanteuse Hong-Kongaise Li Zelong (李澤瓏) avec un single intitulé Habit (習癖) sorti l’année dernière, en Juin 2024. Elle chante en fait en japonais sur ce morceau et est distribuée par Avex Hong Kong. Je l’ai découverte à travers un groupe Discord dédié à Sheena Ringo qui notait que Li Zelong avait interprété sur son compte Instagram une reprise au piano et au chant du morceau Poltergeists (ポルターガイスト) de l’album KSK de Sheena Ringo. Sa reprise étant très convaincante, je suis partie à la recherche de sa musique sur YouTube pour tomber assez rapidement sur ce morceau intitulé Habit (習癖). Ma grande surprise était de constater que ce morceau a été écrit, composé, arrangé et produit par Seiji Kameda. Je note même une certaine ressemblance ou mimétisme dans certaines sonorités de sa voix (notamment sur les paroles 静かに押し寄せる) et dans sa manière d’être dans la vidéo du morceau qui me rappelle Ringo au début des années 2000. Le morceau est en tout cas très bon et c’est un grand plaisir de découvrir ce genre de petites perles musicales.

一歩先の未来から、戻ってきた気がする

Ura-Harajuku (裏原宿), le Samedi 5 Juillet 2025.

Aperçue dans une rue perpendiculaire à Cat Street à Ura-Harajuku, une superbe Harley-Davidson noire est garée le long d’un mur grisâtre à l’abri des regards. Il s’agit à priori d’un modèle customisé Harley-Davidson Breakout, possiblement de 2023 avec un puissant moteur Milwaukee-Eight 117. Je ne suis pas un fanatique de la marque mais je dois bien avouer que cette moto est superbe, et me donnerait presque envie de me remettre à conduire une moto. Il fut une époque, peu de temps après avoir passé mon premier permis 400cc, où j’aimais partir à moto le soir après le travail, sans but précis, seulement pour apprécier la conduite la nuit sous les lumières de la ville. Je ne conduirais probablement plus jamais une moto. il ne me reste que cette nostalgie qui n’est pourtant pas si lointaine.

Shirokane (白金), le Dimanche 22 Juin 2025.

Dans un de mes récents billets, je citais des paroles d’un morceau du groupe indé iVy évoquant le fait que “Ne pas savoir, c’est être adulte, tandis que vouloir savoir, c’est être un enfant” (知らない方が大人で知りたい方が子供). Ces paroles m’interpellent car j’utilise depuis peu ChatGpt en remplacement de Google pour « savoir » plein de choses souvent inutiles. Aller dans un Family Restaurant de la chaîne Royal Host me donne par exemple envie de savoir l’origine de la société, qu’elle était la première implémentation de la chaîne au Japon (à Kita-Kyushu en 1971) ou la première implémentation à Tokyo (Mitaka en 1974). Aller dans un restaurant de la chaîne de restaurants chinois Bamiyan me fait me demander quel est le modèle des chats robots qui nous servent (des BellaBot conçus par Pudu Robotics). Autre question, quelle est la signification du MOS de la chaîne de burgers MOS Burger opérant au Japon depuis 1972 (MOS vient de Mountain, Ocean et Sun, mais également de Merchandising Organizing System). Je n’utilise bien sûr pas ChatGpt uniquement pour me renseigner sur l’histoire des restaurants où on va déjeuner ou dîner. Je l’utilise en fait de plus en plus pour faire des recherches dans la préparation de certains billets de Made in Tokyo. Je constate une amélioration de l’outil assez notable par rapport à mes premiers essais il y a plusieurs mois. La contextualisation des questions que l’on pose à ChatGpt est quand même agréable. Le tout est de ne pas en abuser sans modération (ou l’inverse peut-être).

一歩先の未来も今分からない。

Dans ma playlist du mois de Juillet, j’ajoute bien sûr le nouveau single intitulé Performer (演者) d’4s4ki qu’elle a composé avec NUU$HI. Il est sorti le 9 Juillet 2025 avec une superbe vidéo dirigée par Katsuki Kuroyanagi (黒柳勝喜) qui avait filmé la vidéo du single Electricity d’Utada Hikaru. Je pense qu’une partie de la vidéo a été tournée à Tateishi près de Zushi car je reconnais l’immense rocher sortant de l’océan. Le morceau a un rythme effréné assez typique d’4s4ki avec des percussions et une basse très présentes et puissantes, mais laissant juste assez de place pour une ligne au piano venant apporter un peu de légèreté à l’ensemble. J’ajoute bien sûr le nouveau morceau de 嚩ᴴᴬᴷᵁ intitulé Paranoid et sorti le 5 Juillet. Comme Haku et 4s4ki évoluent dans des atmosphères électroniques hyper-pop un peu similaires, j’ai toujours imaginé l’une comme étant la petite sœur de l’autre. Sur le morceau Paranoid, j’aime beaucoup la basse extrêmement sourde, le rythme électronique sautillant qui s’accorde bien avec les « Jumping happy life 弾ける » que répète Haku sur le refrain. Je découvre ensuite les sons électroniques incisifs du morceau Payday de la jeune rappeuse Cyber RUI, originaire d’Osaka et active depuis 2021. Son flot hip-hop est très affirmé, dans un esprit qui me rappelle un peu Nina Utashiro tout en restant assez accessible. J’ajoute ensuite le nouveau single Polaris du groupe Wagamama Rakia (我儘ラキア) qui compte depuis quelques mois parmi les groupes incontournables dont je guette d’une oreille attentive les nouvelles sorties. Il faudrait peut-être que j’aille les voir en concert un jour ou l’autre. J’aime toujours autant le mélange de la voix puissante de Minami Hoshikuma et du hip-hop de Miri. Elles ont un petit côté BiSH dans l’esprit mais le son est beaucoup plus métal, ce qui fait que les morceaux sont plus agressifs mais gardent un côté mélodique certain.

泣いてるのは空

Cette série photographique est la continuation et la conclusion de celle commencée sur plusieurs billets précédents entre Shibuya et Shinjuku. Je m’approche cette fois-ci de la rue Takeshita à Harajuku et ça faisait plusieurs années que je ne l’avais pas traversé dans toute sa longueur. La foule oblige à marcher au pas et ça doit être la raison pour laquelle j’essaie en général de bifurquer dans une rue perpendiculaire quand la circulation piétonne devient vraiment trop difficile. Les photos ci-dessus ont été prises avant la levée officielle des masques mais cela ne change pas grand chose car une grande majorité de personnes le garde même à l’extérieur. Personnellement, je suis contraint de le remettre à l’extérieur en raison de mon allergie au pollen, comme une très grande partie de la population en cette période. Même en prenant des médicaments tous les jours, je trouve l’allergie plus pénible cette année par rapport aux deux années précédentes. J’en viendrais même à souhaiter des jours de pluie car ils sont synonymes d’accalmie. Elle s’est soudainement déclenchée pour moi il y a dix ans et ne me lâche malheureusement pas encore.

Les quatrième et cinquième photos du billet sont prises après Kita-Sando sur l’avenue Meiji. La façade du building de béton COOP Kyosai Plaza conçu pour la Japan Co-op mutual aid Consumers’ Co-operative Association (日本コープ共済生活協同組合連合会) par Nikken Sekkei en 2016 est intéressante car elle laisse progressivement pousser la végétation sur les balcons. Cette progression végétale est facilitée par des câbles métalliques verticaux permettant aux plantes de grimper jusqu’à l’étage du dessus. Le bâtiment, malgré sa taille, finira peut-être par disparaître complètement sous la végétation, comme ça peut être parfois le cas mais de manière involontaire pour les petits maisons laissées à l’abandon. Lorsque je passe à cet endroit, j’aime vérifier l’avancement de l’invasion verte. En presque sept ans, elle a bien avancé. Sur la photographie qui suit, je montre des nouvelles toilettes publiques du projet The Tokyo Toilet de la Nippon Fondation. Il s’agit des quatorzièmes toilettes publiques de ce projet, sur les dix-sept prévues au total. On les trouve situées à Sendagaya, au bord de l’avenue Meiji après Kita-Sando et dessous l’autoroute surélevée Shuto de la route numéro 4 de Shinjuku. Elles ont été conçues par le designer d’origine australienne Marc Newson. Ce petit bâtiment de béton au toit pyramidal de cuivre ressemble à une cabane au bord de la route, mais qui serait très élégante et bien finie. A mon retour de Shinjuku, la nuit est déjà tombée et je me replonge une nouvelle fois dans les rues d’Ura-Harajuku. Les illustrations de la dernière photographie proviennent d’une galerie à cet endroit.

C’est une bonne surprise de retrouver soudainement Smany même s’il ne s’agit que d’un EP de deux nouveaux titres et pas d’un album. Si je ne me trompe pas, elle n’a pas sorti de nouveaux morceaux depuis son album Illuminate de 2020, dont j’avais déjà parlé sur ces pages car il était superbe, notamment le morceau Usagi. Elle a dû, ceci étant dit, participer à des collaborations avec d’autres artistes, comme World’s End Gitlfriend. Cet EP sorti le 3 Mars 2023 s’intitule Nagisa (渚). Il s’agit également du titre du premier morceau. Le deuxième morceau s’intitule 1st March (3月1日). L’approche musicale de ces nouveaux titres est plus minimaliste que l’album Illuminate, car ils se composent principalement du chant de Smany accompagnée d’un piano. Le ton général est par contre très similaire et me fait penser à des réadaptations actuelles de contes ancestraux. Le titre de ce billet qui signifie « c’est le ciel qui pleure » est tiré des paroles du deuxième morceau 3月1日, et accompagnerait bien une journée de pluie dans les rues désertes d’une ville quelconque très tôt le matin ou très tard le soir. Ce morceau en particulier possède une évidence et une beauté apaisante qui me plaisent beaucoup. En fait, j’aime le ton de ses morceaux qui ne cherchent pas à impressionner ni à se faire apprécier à tout prix. Cet EP est sorti sur le label Virgin Babylon Records qui avait récemment ressorti le superbe album de Mutyumu (夢中夢) intitulé – il y a – (イ​リ​ヤ) dont j’avais également déjà parlé sur ce blog.

L’approche musicale du nouveau titre solo de SAI intitulé Hirokō (広高) est complètement différente et même opposée musicalement. Ce titre a une ambiance sombre et mystérieuse plutôt proche du hip-hop car la voix de SAI évolue à la limite du parler et du chanter. Le rythme se répète et la voix de SAI passe d’une version modifiée vers une plus naturelle. Le morceau fait environ 2mins 30s, et j’aurais aimé qu’il dure le double pour se laisser imprégner par cette ambiance entêtante. Je parle régulièrement sur ces pages de SAI car elle chante dans le groupe Ms.Machine (ミス・マシーン) tout en évoluant en parallèle en solo. Les trois membres Ms.Machine sont d’ailleurs très actives car Mako, la compositrice et guitariste du groupe, crée également des morceaux à l’ambiance électronique witch house sous le nom de code 1797071 et est membre d’un autre groupe appelé SOM4LI avec également Risako, la bassiste de Ms.Machine. J’avais déjà parlé de ces deux formations, et à ce propos, en lisant une interview récente de Mako par SAI, je viens de comprendre le sens du nom 1797071 qui veut dire Inakunaranai (イナクナラナイ), ce qu’on peut traduire en « ne disparaît pas ». J’aurais dû m’en douter plus tôt.