dis:HYSTERIA what3vr

Le Tokyo International Forum (東京国際フォーラム), conçu par Rafael Viñoly et construit en 1996, compte parmi les plus beaux bâtiments de Tokyo. Je ne résiste pas à l’envie de monter de temps en temps au dernier étage pour admirer son architecture de verre, ses puissantes poutres blanches, la courbure de sa voûte métallique, et ses passerelles légères qui semblent si fragiles lorsqu’on les parcourt. Une partie du forum est en rénovation, et certains passages ne sont pas accessibles. Je ne sais pas si cette inaccessibilité est due aux travaux de rénovation ou si, indépendamment de cela, les va-et-vient sont désormais limités à certains étages du forum, ce qui serait bien dommage.

Je continue, sans hystérie particulière, à marcher dans le quartier de Yurakuchō, puis vers Ginza et devant la gare de Tokyo. Les affiches de cinéma sont celles montrées sur la devanture de l’ancien cinéma Marunouchi Toei, qui a fermé ses portes le 27 juillet. Parmi les affiches, je reconnais celle du film Shōnen Merikensack (少年メリケンサック), que j’ai revu une deuxième fois très récemment. Dans ce film, réalisé par Kankurō Kudō (宮藤官九郎) et sorti en salles en 2008, Kanna, interprétée par Aoi Miyazaki (宮﨑あおい), est employée dans une maison de disques et sur le point d’être licenciée. Elle fait la découverte inespérée, sur Internet, d’un jeune groupe punk appelé Shonen Merikensack, qui semble tout à fait prometteur. Mais il s’avère que cette vidéo date de plusieurs dizaines d’années et que Shonen Merikensack n’est donc pas un nouveau groupe. Il s’agit d’anciens musiciens des années 80, aujourd’hui vieillissants et ratés, ayant raccroché les guitares. Malgré cela, la maison de disques organise une tournée, et Kanna est contrainte de devenir leur manager. Le film a un ton humoristique parfois décalé et est tout à fait plaisant, sans être vraiment transcendant. J’aime beaucoup les histoires de groupes de musique, surtout quand ils sont atypiques, donc je me laisse facilement entraîner par ce genre de films. D’autant plus que le personnage de Kanna, en jeune femme plutôt sérieuse mais coincée dans une situation absurde, est particulièrement amusant. Ce qui est également amusant dans ce film est de voir de vrais musiciens — Kazunobu Mineta (de Ging Nang Boyz), Gen Hoshino et Pierre Taki (du groupe électronique Denki Groove, avec Takkyu Ishino) — y jouer de petits rôles.

Je me pose beaucoup de contraintes dans ce que j’écris sur ce blog, notamment celle de n’écrire que sur les choses que j’apprécie, plutôt que de passer du temps à critiquer et à me plaindre, même si les sujets ne manquent pas (ceux qui font des POV sur Instagram, par exemple, ou ceux qui mettent régulièrement en valeur leur comportement irréprochable par rapport aux autres à travers de courtes scènes de vie). Je n’aimerais pourtant pas gâcher l’enthousiasme de ceux qui l’ont encore. Il y a tant de choses à apprécier qu’il serait dommage de passer trop de temps à disserter sur ce qui ne l’est pas. Il faudrait que je revienne un jour un peu plus longuement sur mes contraintes d’écriture, dont plusieurs doivent être inconscientes.

Après avoir évoqué les nouveaux EP et album de killwiz et e5, je ne pouvais pas manquer celui de 嚩ᴴᴬᴷᵁ, car elle les fait également intervenir en duo sur ce nouvel EP Seventh Heaven, sorti le 24 juillet 2025. Je l’ai découvert par son sixième et dernier morceau, intitulé Typhoon, avec un étrange rappeur nommé Peanuts Kun (ピーナッツくん), caché à l’intérieur d’un immense costume de cacahuète (!?). Malgré cette incongruité visuelle, ce morceau s’avère être le meilleur du EP. La construction des morceaux oscille entre l’hyper-pop et le hip-hop, dans un style un peu différent de son EP précédent. Les morceaux de cet EP sont en fait tous des collaborations. J’aime aussi beaucoup le morceau under land, avec Airi Kamiya, désormais membre du duo Xamiya, que j’ai déjà évoqué plusieurs fois sur ces pages. Il est composé et produit par Sasuke Haraguchi. Le morceau est complètement atypique et part dans plusieurs directions sans grande coordination, ce qui en fait une petite pièce d’électronique expérimentale assez remarquable mais plutôt difficile à apprécier pleinement. C’est en tout cas un des morceaux que je préfère de ce EP. Le morceau Crack avec killwiz est, en comparaison, beaucoup plus apaisé et facile d’approche, mais ce n’est donc pas celui qui attire l’attention au premier abord. Le cinquième morceau yumesekai, avec e5, est un beau morceau composé par KOTONOHOUSE. Ceci étant dit, il ne révolutionne pas vraiment le genre, tout comme le premier, intitulé Rinne (輪廻), avec une certaine TORIENA que je ne connaissais pas. Je ne connaissais pas non plus 142clawz, qui intervient sur le quatrième morceau 5ever 3motion, beaucoup plus disruptif. L’ensemble du EP se tient très bien, même si j’ai une nette préférence lorsque 嚩ᴴᴬᴷᵁ part en décalage, comme sur under land et Typhoon, ce qui me semble mieux correspondre à son état d’être (enfin bon, je ne la connais pas non plus). Dans la même mouvance, 嚩ᴴᴬᴷᵁ aurait très bien pu inviter cyber milk ちゃん, qui sort un EP de deux titres intitulé ikillikill (tout un programme). Elle y chante avec la voix éthérée qu’on lui connaît, emportée par des sons électroniques disruptifs sur Kabukichō Love (歌舞伎町♡ラブ), produit par NGA, qui a également produit pour killwiz (comme quoi ce monde se recoupe). J’aime beaucoup ce morceau, mais j’adore le sublime NGLO (pour Never Gonna Log Out) pour son phrasé rapide et répété et les sons EDM dubstep agressifs produits par Red Motion.

avec un cœur léger

Je pense que c’est la première fois que j’entre à l’intérieur du complexe commercial WITH HARAJUKU (ウィズ原宿), qui a pourtant ouvert ses portes en juin 2020. Il se trouve juste en face de la station d’Harajuku et comporte des espaces de terrasse à un des étages donnant d’un côté une vue dégagée sur la forêt dense du grand sanctuaire de Meiji Jingū, et de l’autre une vue sur le dédale de rues étroites d’Harajuku et d’Ura-Harajuku. L’architecte du bâtiment est Toyo Ito avec Takenaka Corporation. On y trouve une statue, nommée la “Statue de Harajuku”, positionnée sur la terrasse, le regard tourné vers la gare d’Harajuku et la forêt de Meiji Jingū. Elle a été conçue par l’artiste français Xavier Veilhan, qui a déjà exposé ses statues colorées et unies dans les rues de Tokyo.

De fil en aiguille, en m’intéressant à la musique de 嚩ᴴᴬᴷᵁ et de killwiz, j’ai découvert le hip-hop alternatif de e5 (prononcé Ego en anglais) avec son premier album MODE POP, sorti le 24 septembre 2025. Je l’ai acheté sur iTunes dès sa sortie car je connaissais déjà trois singles qui me plaisaient au plus haut point: SPIDER SILK, WUNACOOL puis DIVE JOB. J’ai même été jusqu’à regarder une émission Twitch, sur laquelle e5 était invitée, qui présentait en direct son nouvel album au moment exact de sa sortie sur les plateformes audio. e5 s’est entourée de quelques producteurs pour certains des treize morceaux de son album, mais en a également produit plusieurs elle-même. On y trouve bien sûr un duo avec 嚩ᴴᴬᴷᵁ, intitulé FROG JUMP 宇宙, et un avec killwiz, intitulé I AM HERE. L’esprit général de l’album MODE POP est celui du hip-hop mais il gravite également autour de l’hyper-pop, notamment pour ces deux morceaux avec les deux membres de son ancien groupe Dr.Anon, ainsi que celui intitulé KANTAN avec la musicienne coréenne Collie Wave. J’adore l’ambiance un peu mélancolique et introspective de cet album, qui part souvent de sujets simples comme WUNACOOL, inspiré d’un médicament anti-démangeaisons (ウナクール), et HOT KAIRO, qui évoque un petit sac chauffant (カイロ) que l’on met dans les poches pour se réchauffer en hiver. L’album a un ton intime et sincère, mais s’aventure également vers des sons plus lourds et marquants, comme le beat très puissant du deuxième morceau KIVVY.

Ce qui me plaît également beaucoup, c’est que l’album s’organise sur une symétrie autour d’un morceau central instrumental intitulé ZEROPOINT (le septième morceau). Le premier morceau, intitulé HAJIME (début), fait écho au dernier, OWARI (fin). Le cinquième, WHERE I AM, est en symétrie avec le neuvième, I AM HERE. e5 mentionnait dans l’émission Twitch une correspondance entre le troisième morceau, SNOOZEMODE, et le onzième, DIVE JOB, mais elle me paraît à priori moins évidente, du moins visuellement. La symétrie ne va pas jusqu’à faire correspondre la longueur de chaque titre comme pourrait l’imaginer Sheena Ringo, mais je ne peux m’empêcher de voir ici une inspiration ringoesque. MODE POP devient ainsi une sorte d’album-concept très cohérent e5 abouti pour un premier album. Autre petit détail ringoesque: sur la vidéo du morceau WUNACOOL qui se déroule à Chiba sur l’étrange structure en escaliers de Futtsu, e5 est accompagnée d’une fille appelée Shiina Appletea (椎名アップルティー) qui est calligraphe créant d’étranges lettrages. L’association entre le nom Shiina et la Pomme m’intrigue forcément un peu.

Le studio de production Vivision du réalisateur Yuichi Kodama (児玉裕一) propose de temps en temps à la vente un certain nombre de produits dérivés. Il n’y a pas de boutique en tant que telle, plutôt des pop-up stores. Yuichi Kodama étant le mari de Sheena Ringo et ayant réalisé un grand nombre de ses vidéos musicales ainsi que celles de Tokyo Jihen, les produits dérivés estampillés Vivision attirent forcément les fans de Ringo. Il faut noter quand même qu’il a également réalisé pour de nombreux autres artistes, comme Vaundy. Son laptop, qu’il amène apparemment partout avec lui, est d’ailleurs orné d’un sticker de Vaundy, outre ceux liés à l’univers qu’il crée avec Sheena Ringo. Les pop-up stores de Vivision sont très éphémères. Plusieurs ont eu lieu au Tower Records de Shinjuku, mais j’y suis à chaque fois allé un peu trop tard et une bonne partie des produits étaient déjà en rupture de stock. Ils doivent certainement être produits en petites séries. J’avais noté qu’un pop-up store se déroulait au magasin de vêtements Desperado, près de la gare de Shibuya, et je m’y suis dirigé ce samedi 27 septembre en début d’après-midi. Je savais que Yuichi Kodama était sur place la semaine dernière, le jour d’ouverture de sa boutique éphémère, également composée d’une partie exposant certains de ses trésors personnels. J’avais des doutes quant à sa présence ce samedi car le dernier jour de cette boutique était plutôt le lendemain. J’ai eu la surprise et le plaisir de le voir dans le magasin.

En entrant, on ne peut que remarquer sa superbe DMC-12 DeLorean qu’il a achetée il y a longtemps pour environ 10 millions de yens. Je prends bien sûr en photo la voiture sous tous les angles, elle est extrêmement bien entretenue, et je me décide à entrer dans le magasin tout en me demandant comment je pourrais lui adresser la parole. Mais j’étais également venu pour acheter un stylo de sa marque Vivision (et des chaussettes au passage). Je ne suis pas le seul dans l’espace dédié à Vivision dans la boutique. J’attends que Yuichi Kodama soit seul pour lui dire bonjour, ce qui semble le surprendre un peu au premier abord, et je lui demande si on peut prendre une photo ensemble, ce qu’il accepte volontiers. On se place sur un petit banc devant la vitrine ornée de différents objets Vivision et à côté de la DeLorean. Il me demande d’abord si j’étais venu car j’appréciais la musique de Sheena Ringo, ce que je confirme bien sûr avec enthousiasme, tout en lui glissant que j’aime aussi beaucoup ses vidéos. Nous discutons un peu des concerts que j’ai vu, de mon nombre d’années à Tokyo, tout en prenant un selfie. Il me dit qu’il fera part à Ringo de mon enthousiasme. Je le crois sur parole sur le moment. J’imagine qu’ils doivent discuter à la maison de ce qu’ils ont fait de leurs journées respectives, parler des étranges personnes rencontrées. Il me montre ensuite sa DeLorean devant nous, notamment le moteur à l’arrière et l’espace où se trouvent normalement les propulseurs dans Retour vers le Futur. Je tente une plaisanterie en voulant confirmer avec lui que ce n’est pas le modèle qui voyage dans le futur, mais mon humour hésitant ne fonctionne pas très bien. Il m’indique en tout cas qu’il la conduit très souvent. Ces quelques minutes passent très vite et sont bien agréables. J’aurais voulu lui demander plein d’autres choses, mais je vois déjà que deux autres personnes veulent suivre mon exemple en demandant une photo, ce qu’ils n’auraient sans doute pas fait si je n’avais pas demandé en premier. Cette rencontre me met de très bonne humeur pour la suite de la journée.

Pendant cette même journée de samedi, il me restait quelques heures de libre pour aller voir une exposition à la galerie Fuma Contemporary Tokyo dans le quartier d’Irifune. Il s’agissait d’une exposition intitulée INSIGHT PRISM du sculpteur Yoshitoshi Kanemaki (金巻芳俊). C’était en fait la dernière journée de cette exposition et je savais que l’artiste serait sur place. J’avais vu sur Instagram quelques-unes de ses sculptures sur bois jouant sur la répétition de visages et j’étais extrêmement intrigué de voir sa dernière création, composée d’un étrange effet de prisme. En entrant dans la petite galerie composée d’une seule pièce aux murs blancs, au neuvième étage d’un immeuble étroit, on aperçoit tout de suite la sculpture principale INSIGHT PRISM, représentant une jeune femme assise, les mains ouvertes devant elle et le regard survolant nos têtes. Son visage est fractionné en de multiples facettes, comme s’il s’agissait de reflets dans un prisme. Je suis resté de longues minutes devant cette sculpture, comme hypnotisé. Je ne pouvais pas m’empêcher de la regarder et de la prendre en photo sous différents angles, comme s’il s’agissait d’une présence divine inattendue. Dans le petit texte de présentation, Yoshitoshi Kanemaki nous explique que ces sculptures s’inspirent des statues bouddhistes avec plusieurs bras et plusieurs visages. Il s’agit de la plus grande sculpture qu’il a créé dans cette série de prismes. À côté, une autre statue plus petite montre une jeune fille à plusieurs visages et expressions. Il s’agit d’une représentation de nos différentes personnalités et des rôles que l’on joue dans la société, au point où l’on pourrait perdre la trace de notre véritable “soi”.

Un petit coin de la galerie montre différents ouvrages liés à l’artiste, notamment un très beau livre intitulé Tamentahi (タメンタヒ), rétrospective de ses sculptures. Je me décide à l’acheter et lui demande de le signer, ce qu’il accepte volontiers. C’est l’occasion de discuter un peu, car il a l’air de s’intéresser à la manière dont j’ai découvert ses sculptures et de savoir s’il s’agissait de la première fois que je venais à une de ses expositions. Il n’en avait pas exposé depuis deux ans, suite à quelques problèmes médicaux, mais je lui confirme que je reviendrai pour sûr revoir ses sculptures. J’ai en fait pensé à Kanemaki quand nous sommes allés à la branche d’Ibaraki du grand Izumo Taisha de Shimane en Juin. La salle d’exposition qui s’y trouvait montrait une étrange sculpture en bois à trois visages de l’artiste Junichi Mori (森淳一). J’avais à ce moment-là pensé aux sculptures de Yoshitoshi Kanemaki et m’étais convaincu d’aller voir ses œuvres dès que possible. Voilà chose faite. Cette journée était remplie de belles rencontres et m’a donné le cœur léger.

Osaka Expo 2025 (8)

Extérieur du Pavillon United Arab Emirates par Earth & Ether Design Collective.
Intérieur du Pavillon United Arab Emirates.
Spectacle devant le Pavillon United Arab Emirates.
Pavillon du Qatar par Kengo Kuma.
Vue sur le Grand Anneau au niveau du Pavillon United Arab Emirates.
Women’s Pavillon in collaboration with Cartier par Yuko Nagayama.
Vue sur le Pavillon de la France depuis le Grand Anneau.

Vers la fin de l’après-midi, l’accès aux pavillons semble plus aisé et nous pouvons, sans trop d’attente, visiter le grand pavillon des Émirats Arabes Unis. Il se compose d’un unique grand espace sous une toiture courbe et oblique, contenant une multitude de gigantesques colonnes placées de manière apparemment aléatoire. L’espace devient une sorte de labyrinthe dans lequel on s’aventure. Certains aspects du pays sont présentés dans cet espace, qui contient également un restaurant accessible par une autre file d’attente. Chaque pavillon possède son tampon que l’on peut collectionner dans un petit carnet de type Stamp Rally. Il y a bien entendu une file d’attente devant chaque tampon encreur à l’intérieur du pavillon. On ne s’est pas lancé dans cette chasse aux tampons, car nous n’avions pas le carnet adéquat. J’imagine maintenant très bien pourquoi certains sont prêts à arriver très tôt à l’Expo et à faire de longues files d’attente pour obtenir les tampons des pavillons qui leur manquent. Il y a évidemment un sentiment de manque lorsqu’il ne reste plus que deux ou trois tampons à collectionner pour terminer son carnet. Si ma compréhension est exacte, l’Expo proposait à la vente des passes permettant un accès à l’Expo sur différentes journées. Ce genre de passes crée, à mon avis, le phénomène de surcongestion qui semble s’aggraver ces derniers jours. Il y a un engouement assez irrationnel pour l’Expo et le personnage de Myaku-Myaku. Je suis par exemple passé dernièrement à la boutique de l’Expo au quatrième étage de la grande librairie Maruzen, près de la station de Tokyo, et il y avait une foule digne de celle présente à l’Expo. À la sortie du pavillon des Émirats, un groupe de chanteurs et de musiciens s’était installé pour interpréter un chant traditionnel sur une musique à base de percussions. Cet ensemble m’a beaucoup plu et nous a fait voyager pendant quelques minutes.

Nous avons pu entrer facilement dans le pavillon du Qatar, situé juste à côté de celui des Émirats. Son architecture en forme de tente est très intéressante et élégante. Elle a été conçue par Kengo Kuma, qui semble avoir profité de cette Expo pour nous proposer des architectures qui s’éloignent de ses traditionnelles lamelles de bois. L’intérieur présente principalement le pays en photographies et vidéos. C’est agréable de pouvoir découvrir certains paysages d’un pays de cette manière, mais dans l’ensemble, l’esprit de l’Expo n’était pas vraiment pédagogique. Mon fils a été déçu de cela, car il imaginait que l’Expo lui donnerait des visions du futur, ce qui n’était pas le cas dans les pavillons que nous avons visités. Je pense qu’on avait tous en tête, sans l’avoir vue bien sûr car on n’était pas nés, l’Expo Osaka ’70, qui était révolutionnaire pour l’époque. L’avenir dira si l’exposition de 2025 aura un impact similaire sur la population, mais il est très possible que oui. Pour l’amateur d’architecture que je suis, cet endroit était merveilleux et vaut le déplacement, ne serait-ce que pour le grand anneau de Sou Fujimoto. « Ah, le voilà », était ma réaction en voyant le Grand Ring pour la première fois à notre arrivée à l’entrée Ouest.

À notre sortie, le soleil commençait déjà à se coucher et l’on remarque qu’une partie de la foule s’est déplacée sur la voie piétonne au-dessus du grand anneau. Des spectacles de jets d’eau et de drones auront lieu plus tard vers 19 h et 20 h. Les visiteurs réservent déjà leurs places et attendent. Nous marchons également sur le grand anneau en nous disant qu’on aurait dû en profiter davantage. Notre train Shinkansen pour Tokyo part de la station de Shin-Osaka à 21 h, et il est donc déjà temps de penser à rentrer. J’ai l’impression que je garderai des images fortes de cet endroit. Nous rentrons par la station de Yumeshima, avant le spectacle de jets d’eau, en pensant éviter la foule, mais ce n’est pas vraiment le cas. Le train du retour est bien rempli, mais moins qu’aux heures de pointe à Tokyo. Nous revenons vers Honmachi pour reprendre une ligne nous amenant à Shin-Osaka. La fatigue nous gagne et j’ai des ampoules aux pieds. La mauvaise surprise à notre arrivée à Shin-Osaka est que tous les Shinkansen sont arrêtés et ont donc du retard, car une personne a eu la tragique idée de se jeter sur les voies quelque part à Shiga. Ce n’est malheureusement pas une chose rare. Nous restons dans l’attente de connaître notre heure de départ pendant une bonne demi-heure. Notre train partira finalement avec 50 minutes de retard, nous faisant arriver à la maison vers 1 h du matin. Être assis dans le Shinkansen avec un bento pour dîner était un discret moment de bonheur. À notre arrivée à Shinagawa après minuit et demi, les trains de la ligne Yamanote avaient déjà terminé leur service. Mon fils m’a surpris en restant philosophe et en me disant que tous ces aléas feront bientôt partie des bons souvenirs dont on s’amusera dans quelques années.

Visiter l’Expo d’Osaka 2025 m’a donné envie de voir des photographies de l’Expo de 1970, pour observer les différences. Un long film de presque trois heures sur cette Expo ’70 est également disponible sur YouTube. L’exposition universelle de 1970 avait lieu au nord d’Osaka et il n’en reste maintenant qu’un parc commémoratif (万博記念公園) où se dresse encore la fameuse Tour du Soleil (太陽の塔), œuvre emblématique de Tarō Okamoto. Ce symbole remarquable de l’Expo ’70 est ouvert au public avec une scénographie retraçant l’Expo et l’univers d’Okamoto. Il ne reste rien des pavillons de l’Expo, dont le design avait été supervisé à l’époque par Kenzō Tange avec plusieurs autres architectes japonais. Je n’ai pas saisi de clins d’œil forts entre les expositions de 1970 et 2025, à part dans leurs œuvres architecturales remarquables. Il devait certainement y en avoir. On dit que la Tour du Soleil de 1970 et le personnage mascotte Myaku-Myaku de 2025 incarnent une même idée d’énergie vitale et d’avenir. Ils sont clairement étranges et organiques, populaires et énigmatiques.

Osaka Expo 2025 (7)

Installation Conviviality par Tomas Saraceno.
Forest of Tranquility par Hiroki Kutsuna & Nikken Sekkei
Installations The Hidden Plant Community par Stefano Mancuso & PINAT.
Zone de repos Resting Area 4 par Daisuke Hattori, Saori Hattori/MIDW & Yudai Niimori.
Pavillon de la Corée du Sud par Urban Intensity Architects & Nikki.
Pavillon de l’Union Européenne.
Pavillon de Singapour par DP Architects.
Pavillon de la République Tchèque par Apropos Architects.
Pavillon de la Colombie par Atelier MORF.

Le centre vide de l’Expo d’Osaka 2025 est occupé par un espace naturel aménagé nommé Forêt de la Tranquillité. Ce nom me rappelle chaque fois le titre de la trilogie romanesque La Mer de la fertilité de l’écrivain Yukio Mishima. Cette forêt porte en tout cas assez bien son nom, car elle est beaucoup plus tranquille que le reste de l’Expo. J’ai même réussi à y prendre une photographie sans âme qui vive. La forêt est très bien aménagée, avec un étang en son centre et des allées agrémentées d’installations artistiques. J’aime beaucoup les drôles de nids d’abeilles (c’est ce que cela m’évoque immédiatement) suspendus par l’artiste Tomás Saraceno. Comme je le mentionnais dans un précédent billet de cette longue série de photographies, chaque détail et recoin de l’Expo a été réfléchi et stylisé. C’est également le cas des quelques aires de repos disséminées sur le site, comme celle nommée Resting Area 4, conçue par Daisuke et Saori Hattori & Yudai Niimori. Le terrain et sa toiture grillagée ondulent comme des vagues.

Parmi les nombreux pavillons de l’Expo, je me suis fait la réflexion qu’aucun n’a été signé par Tadao Ando, pourtant originaire d’Osaka. Il intervient par contre sur l’Expo comme conseiller (Senior Advisor). Je me suis en fait dit que l’architecture de béton de Tadao Ando ne s’adaptait pas vraiment à des pavillons éphémères, amenés à disparaître après quelques mois.

Intérieur du Pavillon de la Colombie

Notre petit groupe s’est finalement réuni en deuxième partie d’après-midi et nous avons tenté de visiter quelques pavillons, en commençant par celui de la Colombie. Il n’y avait pas de file d’attente attitrée, mais l’entrée s’est miraculeusement ouverte lors de notre passage, ce qui nous a permis d’y entrer après une petite dizaine de minutes d’attente. Nous avons eu moins de chance pour les pavillons tchèque et maltais, que nous étions curieux de visiter. Cette petite déception a été compensée par une pause boisson au pavillon maltais. J’y ai acheté une bière maltaise, tout en me pinçant en voyant le prix annoncé de 1 400 yens. L’inflation à l’Expo d’Osaka est particulièrement marquée. La bière n’en était heureusement pas moins rafraîchissante, et je n’ai pas boudé mon plaisir, assis sur un des bancs du parc à proximité de l’eau de la Water Plaza. Ces quelques minutes de repos nous ont redonné un peu de force pour terminer notre visite, qui se conclura avec le prochain billet.

Osaka Expo 2025 (6)

Extérieur du NTT Pavillon par NTT Facilities Inc.
Intérieur du NTT Pavillon par NTT Facilities Inc.
Sumitomo Pavillon par Dentsu Live & Nikken Sekkei.
Pop-up Stage (Outer East) par Motosuke Mandai.
Wolf Benches par Tomoko Konoike au bord du bassin de l’Osaka Healthcare Pavillon – Nest for Reborn par Tohata Architects & Engineers.
Vue sur le Grand Anneau conçu par Sou Fujimoto.
Pavillon de la Malaisie par Kengo Kuma.
Pavillon des Philippines par Carlo Calma & cat,1053.CO.
Pavillon des Philippines par Carlo Calma & cat,1053.CO.
Pavillon de l’Irlande par Government of Ireland.

Je parcours ensuite de manière méthodique les pavillons japonais situés dans le grand espace de l’entrée Est. Ce sont principalement des pavillons dédiés à de grands groupes japonais comme Mitsubishi, Sumitomo ou NTT. Le pavillon NTT était en partie accessible, ouvert sur un petit jardin aux murs couverts de tissus colorés. Des câbles verticaux émettaient des notes de musique lorsqu’on les touchait de la main, créant une symphonie étrange. Au détour des pavillons, je reconnais la touche artistique de Tomoko Konoike sur des bancs en forme de loups disposés autour du bassin de l’Osaka Healthcare Pavilion. Ces loups m’ont tout de suite semblé familiers.

Il faut à tout moment avoir une petite carte de l’Expo avec soi, car on pourrait s’y perdre assez facilement, ou plutôt perdre du temps en n’empruntant pas les bons chemins. Je me rends compte qu’il y a des recoins que je n’avais pas encore explorés, ce qui me fait revenir vers la zone Ouest de l’anneau par où nous étions initialement entrés. J’ai marché environ 26 000 pas pendant cette journée. Je pensais dépasser mon record de pas en une journée, qui doit être autour de 30 000, mais ce n’a finalement pas été le cas. Je me situe en ce moment à 10 000 pas en moyenne par jour depuis le début de l’année, ce qui est, je pense, une bonne moyenne.