from daido to the railways

Passage rapide dans le centre de Aoyama pour y apercevoir aux hasards des rues une affiche géante avec une photographie noir et blanc de Daido Moriyama. Il y aurait-il une exposition du photographe en ce moment? L’affiche donne quelques addresses et on comprend vite qu’il s’agit plutôt de boutiques d’une marque appelée Kolor que je ne connaissais pas. Cette appellation Kolor m’avait d’abord fait penser qu’il s’agissait d’une exposition de photographies couleurs de Moriyama. Il s’avère en fait qu’il a plutôt pris des photos pour la collection Automne/Hiver 2021 de cette marque pour un projet appelé 撮 qui veut dire photographier. On peut voir toutes les photographies sur le site web de la marque Kolor et j’imagine que ces photographies sont montrées dans les boutiques à Minami Aoyama, à Omotesando Hills, à Dover Street Market Ginza, au PARCO de Shibuya et de Shinsaibashi à Osaka. Je trouve les photos dans le plus pur style Moriyama très réussies dans l’ensemble, ceci étant dû en partie au physique plutôt atypique des deux modèles photographiés. Certaines photographies utilisent parfois un effet de superposition qui fonctionne bien je trouve. En continuant à marcher, je prends une nouvelle fois en photo des autocollants de rue. On trouve souvent un ou deux autocollants de la marque Supreme dans l’abondance de stickers amoncelés à certains endroits de la ville. C’est le cas sur le petit camion d’un vendeur ambulant sur la troisième photographie, si on y regarde de très près. Je ne suis pas spécialement amateur de la marque Supreme, mais j’avoue que ces trois planches de skateboard posées les unes à côté des autres ont tout de suite attiré mon regard. Je pense bien que personne aurait l’idée de faire du skateboard avec des planches pareilles et qu’elles doivent plutôt être destinées à être accrochées en décoration sur un mur dans un salon. Éventuellement, on pourrait l’utiliser comme support pour poser une guitare, comme le font très habilement certaines. En fait, si je devais accrocher une planche de skateboard dans le salon, ce que Mari ne me laisserait pas faire de toute façon, je préférerais celle décorée des points rouges de Kusama Yayoi, vendue au MoMA Store à l’intérieur du Loft de Shibuya. Les deux dernières photographies du billet nous font sortir du centre nerveux de Tokyo, en partant de la station Fukutoshin de Shibuya dessinée par Tadao Ando en direction des arrondissements périphériques au Nord à la frontière de Saitama. Ce que j’y découvrirais sera le sujet d’un prochain billet.

all the others stand still

Ces portraits d’inconnus sont actuellement affichés sur les palissades de protection métalliques entourant les vieux appartements de Kita-Aoyama voués à une destruction prochaine. Ces photographies ont été prises grâce à un dispositif de l’artiste français JR, connu pour son art de rue conçu à partir de collages de photographies en noir et blanc parfois géantes et agissant souvent en trompe-l’œil. Les portraits affichés ici font partie du projet d’art participatif Inside Out qui s’est développé dans le monde entier. A Tokyo, les photographies ont été prises près d’un bâtiment administratif de Shibuya pendant la période des Jeux Olympiques et se retrouvent maintenant affichées sur ces palissades. J’imagine que chacune des personnes dont on peut voir la photo a préalablement accepté une autorisation d’affichage de son visage. Je me suis moi-même posé la question de prendre ces affiches en photo et de les montrer ici, mais il s’agit de toute façon de photos montrées dans un espace public. Ce concept étant intéressant, je ne résiste pas à l’envie d’entre montrer quelques unes ici. J’y ai vu en photo au moins une personne que je crois reconnaitre. J’ai également aperçu d’autres portraits de personnes que je ne connaissais qu’à travers leurs comptes Instagram. Comme ils y avaient montré leurs portraits, je les ai reconnu une fois sur place (J’ai une très bonne mémoire visuelle). Utiliser les zones de constructions urbaines pour y montrer une expression artistique est devenu assez commun à Tokyo, et c’est une très bonne chose. A Shinjuku, on montrait des photographies de Daido Moriyama autour de la zone de construction d’une nouvelle grande tour de 48 étages de haut dans le quartier de Kabukichō, à l’emplacement de l’ancien théâtre Shinjuku Tokyu Milano. Le passant est en général le spectateur lorsqu’il regarde les photographies affichées sur ces palissades de zones de travaux, mais dans le cas du projet de JR à Kita-Aoyama, on a l’impression que c’est l’inverse qui se produit et qu’il s’agit plutôt du passant que est observé. Les palissades n’étaient pas complètement remplies d’affiches mais elles sont quand même très nombreuses. J’aime assez l’association entre ces affiches et les vieux appartements. C’est comme si on leur donnait un dernier souffle de vie avant une disparition prochaine.

Images extraites de deux vidéos sur YouTube du groupe Black Boboi: les deux premières images proviennent de la vidéo du morceau Ogre et le deux suivantes du morceau Red Mind. La première image montre de gauche à droite Ermhoi, Julia Shortreed et Utena Kobayashi. Sur la deuxième photo, il s’agit du visage blanchâtre du danseur Yuta Takahashi (髙橋優太).

Utena Kobayashi dont je parlais dans un de mes précédents billets fait également partie d’une formation appelée Black Boboi. Deux autres artistes, Julia Shortreed et Ermhoi, complètent le trio de cette formation. Je n’en suis pas complètement certain mais je pense que le chant sur les morceaux de Black Boboi sont interprétés alternativement par les trois membres du trio, mais on a du mal à vraiment distinguer les voix les unes des autres. Le groupe chante en anglais, ce qui est peut être dû au fait que Julia et Ermhoi sont toutes les deux moitié japonaises. Ceux qui suivent très attentivement ce blog jusque dans ses recoins auront déjà vu mentionné le nom d’Ermhoi, car elle est une des voix remarquables du groupe Millenium Parade mené par Daiki Tsuneta. Elle chante sur plusieurs morceaux de leur album éponyme. C’est intéressant de voir des liens que je ne connaissais pas se créer entre des artistes et des groupes que j’apprécie. A croire qu’il y a un dénominateur commun qui les réunis mais que je n’arrive pas à bien pointer du doigt. La musique de Black Boboi est sombre et hantée. Je n’ai pour l’instant écouté que deux morceaux, Ogre sur leur premier EP de 6 titres intitulé Agate et Red Mind sur un EP de 2 titres sorti quelques mois après Agate en 2019. Cette musique est publiée sur le label indépendant BINDIVIDUAL (pour Binding Individuals) créé par Utena. L’écoute de ces deux morceaux se vit comme une expérience sensorielle, notamment grâce aux vidéos pleines de mystères qui accompagnent les morceaux. On y retrouve une ambiance mystique comme sur la musique solo d’Utena Kobayashi, mais les voix du groupe possèdent une clarté franche assez différente de l’univers plus vaporeux d’Utena en solo. Dans la vidéo du morceau Ogre, les trois membres de Black Boboi sont vêtues de toges blanches avec un maquillage également blanchâtre et une marque noire sur les lèvres. On croirait assister à une procession ou à un rite. Un homme seul danse dans ce même décor blanchâtre. Il est également légèrement maquillé de blanc avec des points noirs sous les yeux et des traits près des yeux. Il danse avec des mouvements lents, se tord parfois comme s’il souffrait ou était possédé. Le danseur se nomme Yuta Takahashi (髙橋優太) et il fait partie d’une troupe appelée Engeki-Jikkenshitsu ◎ Ban’yū Inryoku (演劇実験室◎万有引力). Le nom de cette troupe théâtrale est assez étrange car il signifie Laboratoire expérimental de théâtre – Gravitation universelle et le nom de son directeur, Julius Arnest Caesar, est tout aussi étrange. Son vrai nom est Takaaki Terahara (寺原孝明) et il est compositeur de musique de théâtres et de films japonais. Il s’est fait connaitre pour avoir composé les musiques du film d’animation adapté du shōjo manga Utena, la fillette révolutionnaire (少女革命ウテナ) créé par Chiho Saito (さいとうちほ). Je ne connais pas du tout ce manga mais je trouve amusant le lien certainement sans rapport entre le prénom du personnage du manga et le prénom certes inhabituel d’Utena Kobayashi. Mais je m’égare une fois de plus. revenons plutôt vers la musique de Black Boboi et le deuxième morceau que j’ai écouté et beaucoup apprécié, Red Mind. Le morceau en lui-même et sa vidéo sont plus sombres. On y retrouve également une chorégraphie atypique. On devine une souffrance dans les mouvements saccadés de l’homme marchant à l’intérieur d’un tunnel mal éclairé dans cette vidéo. Il ressemble d’abord à un zombie ou à un fantôme mais ces mouvements deviennent de plus en plus rapides, comme s’ils se libéraient au fur et à mesure du morceau sous les incantations verbales répétées des membres du groupe. En plus de la qualité de la partition musicale, ce sont ces voix qui se mélangent et ressemblent à un rite qui deviennent fascinantes écoute à écoute.

青く冷えてゆく東京

Je pense avoir déjà montré au moins une fois ces bâtiments sur Made in Tokyo, à part la maison noire aux lignes obliques sur la quatrième photographie et la résidence de béton sur la dernière photographie. La petite maison noire avait arrêté notre élan alors que je me promenais à vélo avec Zoa jusqu’au parc olympique de Komazawa en traversant le quartier de Shimouma. Dans ces cas là, Zoa m’autorise à chaque fois à m’arrêter quelques minutes au bord de la route pour prendre des photos. Je retiens parfois mon besoin compulsif de prendre des photos, mais la tentation est trop forte dans certains cas, surtout lorsqu’il y a de l’oblique ou d’une manière générale des formes non conventionnelles. Le bâtiment long et massif sur la dernière photographie se trouve à proximité de la tour Prime Square à Ebisu. Le béton est massif, sans fenêtres sur la rue, et sa texture est superbe. L’architecture que j’aime voir ne correspond pas toujours à l’architecture dans laquelle j’aimerais vivre. J’imagine que les fenêtres se trouvent de l’autre côté car il semble y avoir une cour intérieure. La rue est certes étroite mais n’est pas excessivement empruntée et il n’y pas de très fort vis-à-vis. Je me pose donc la question de la suppression quasi-totale des ouvertures. L’espace creusé dans le béton au rez-de-chaussée est une place de parking et donne accès à une porte qui n’est pas à priori la porte d’entrée principale de chaque habitation à l’intérieur de cette résidence. Elle s’appelle Kōyōsō (向陽荘) mais je n’ai pas trouvé d’autres informations à son sujet. Les autres photographies ont été prises principalement à Yoyogi Uehara et un peu plus loin vers Shōtō. Je marche assez souvent vers Yoyogi Uehara en ce moment, quartier que j’ai beaucoup exploré il y a plusieurs années. Sur l’avant dernière photographie, la lumière du soir vient se refléter doucement sur les parois de l’hôtel Prince Smart Inn à Ebisu. En prenant cette photo, je me rends compte que je pense un peu trop mes photographies en terme d’objet plutôt qu’en terme de lumière. Il faudrait que je garde cela un peu plus en tête, quitte à me diriger vers un peu plus d’abstraction visuelle.

Image montrée sur le compte Twitter de Music Station: AiNA The End (アイナ・ジ・エンド) à gauche et Sheena Ringo (椎名林檎) à droite, toutes les deux vêtues d’une robe Prada, superbe il faut bien le dire, avant l’interprétation de Gunjō Biyori (群青日和).

Je mentionnais dans un billet récent que j’attendais avec une certaine impatience de voir à la télévision la prestation de la formation spéciale Elopers réunie par Sheena Ringo. C’était le Vendredi 15 Octobre 2021, à l’occasion des 35 années de l’émission musicale Music Station animée sans discontinuer par Tamori. Tamori est d’ailleurs désormais inscrit au livre Guinness des records pour cette longévité inégalée pour une émission se déroulant en direct. Autant j’aime sa présence et sa vivacité d’esprit dans une émission comme Bura Tamori (ブラタモリ) sur NHK, autant il semble un peu ailleurs sur Music Station. Il faut dire qu’il a plus de 70 ans. Je ne critique pas du tout le personnage ceci étant dit, car je pense qu’il aime authentiquement les artistes qui participent à son émission tant qu’ils ou elles lui retournent bien les marques de respect. Tous les artistes ne sont malheureusement pas invités dans cette émission et il est extrêmement rare d’y voir des artistes indépendants s’y produire. Même dans le mainstream, j’ai l’impression qu’il faut avoir la bonne carte pour y participer et ce sont souvent les mêmes têtes que l’on voit. Sheena Ringo est mainstream et possède la carte, et ce depuis ses débuts, donc on la voit assez régulièrement, au moins quand elle ou Tokyo Jihen sortent un nouveau single ou un nouvel album. C’est très loin de me déplaire bien entendu. Elle a tellement la carte qu’elle peut même se permettre de jouer un ancien morceau comme Gunjō Biyori (群青日和) de Tokyo Jihen, sorti il y a plus de 15 ans. Cette émission spéciale de 4 heures fêtant les 35 ans de Music Station comportait de toute façon de nombreuses séquences rétrospectives, donc jouer un morceau classique de Tokyo Jihen était loin d’être hors sujet.

Image montrée sur le compte Twitter de Music Station: La formation Elopers au complet avec de gauche à droite: Sheena Ringo (椎名林檎), Hona Ikoka (ほな・いこか), Yuu (ユウ), AiNA The End (アイナ・ジ・エンド) et Shiori Sekine (関根史織). Les chemises de style grunge sont, contrairement à ce qu’on pourrait d’abord penser, de la marque Gucci, Celine ou encore Loewe.

Sheena s’était entourée de Yuu (ユウ, Yumi Nakashima) du groupe Chirinuruwowaka (チリヌルヲワカ) mais auparavant de GO!GO!7188, Shiori Sekine (関根史織) du groupe Base Ball Bear, Hona Ikoka (ほな・いこか) du groupe Gesu no Kiwami Otome (ゲスの極み乙女。) et AiNA The End (アイナ・ジ・エンド) de BiSH. Hona Ikoka était à la batterie, Shiori Sekine à la guitare basse, Yuu et Sheena à la guitare électrique et AiNA seule au chant. La surprise, mais je m’y attendais un peu, était que Sheena ne chantait pas et jouait seulement de la guitare. Elle s’était même placée un peu en retrait dans le coin gauche de la scène, comme pour laisser la place aux autres et notamment à AiNA au chant. J’imagine la pression pour AiNA si Sheena était juste à côté et ce retrait est certainement volontaire. Dans l’interview avec Tamori avant l’interprétation sur scène, AiNA nous explique qu’elle avait demandé cinq fois à Sheena si elle voulait vraiment qu’elle fasse partie du groupe au chant. AiNA est clairement la plus jeune et deux autres membres sont également chanteuses dans leurs groupes respectifs (Yuu et Sheena). Je trouve qu’on remarquait cette pression sur ses épaules notamment au début du morceau, mais AiNA a fini par libérer son chant dans la deuxième partie du morceau. A ce moment là, elle chantait un peu plus à sa manière et c’est ce qu’on attendait. C’est d’ailleurs amusant de voir Sheena sourire légèrement de satisfaction vers la fin du morceau. La voix d’AiNA est loin d’égaler celle de Sheena mais elle est différente, plus torturée peut-être, et elle ne sera pas excellente sur tous les morceaux qui se présentent à elle. Le final de Gunjō Biyori était particulièrement savoureux. La force des trois guitares s’y conjuguaient dans un bruit électrique qui faisait sourire AiNA de soulagement. Ce dernier solo était moins bien exécuté que quand Tokyo Jihen le joue à quatre guitares (Ukigumo, Izawa, Kameda et Sheena) mais il s’en dégageait beaucoup de puissance. J’aimerais bien que ce groupe continue en parallèle de Tokyo Jihen, même de manière très épisodique, et pourquoi ne pas composer des nouveaux morceaux chantés à trois voix (Sheena, Yuu et AiNA)? Il y a là, à mon avis, un potentiel à développer. Sheena nous disait dans l’interview initial de Tamori qu’elle avait découvert AiNA dans cette émission Music Station et avait été impressionné par sa voix. On sait aussi que Kameda avait arrangé les musiques et produit le premier album d’AiNA. Il y a donc fort à parier que ça ne sera pas la dernière collaboration entre ces deux artistes. Ceci étant dit je ne pense pas avoir déjà entendu un morceau en duo entre Sheena et une autre chanteuse. Elle a fait de nombreux duo mais toujours avec des voix masculines fortes et typées (Miyamoto Hiroji par exemple, qui était également présent dans l’émission ce soir là).

Image montrée sur le compte Twitter de Daiki Tsuneta: Le groupe King Gnu au complet avec de gauche à droite: Yū Seki (Batterie), Kazuki Arai (Basse), Daiki Tsuneta (guitare) et Satoru Iguchi (Voix et clavier), ainsi que leurs versions enfants que l’on peut voir dans la vidéo du morceau BOY et sur la scène de Music Station. A noter que satoru Iguchi a le même t-shirt que dans la vidéo de Teenage Forever, ce qui semble créer des liens entre les morceaux.

L’autre groupe que je voulais absolument voir lors de cette émission était King Gnu. Ils passaient juste après Elopers et interprétaient un nouveau morceau intitulé BOY que je n’avais jamais entendu car il sortait le jour même. Dans la vidéo réalisée par Osrin de Perimetron, les membres de King Gnu sont joués par des enfants et la surprise était que ces mêmes enfants étaient présents sur scène à la place de King Gnu pendant l’émission Music Station. Ils étaient d’abord présents près de Tamori pour une courte interview, et le petit garçon jouant le rôle de Satoru Iguchi ne s’est pas démonté en répondant aux questions. Mais comme on lui posait une question enfantine (qu’est ce que tu aimes comme plat), il a eu la bonne répartie de poser exactement la même question avec un air un peu moqueur à un des invités assis à côté de Tamori, sous l’étonnement général. Je n’ai malheureusement pas pu me concentrer sur l’écoute du morceau pendant la prestation, car voir des enfants faire semblant tant bien que mal de jouer sur scène comme King Gnu m’a quand même un peu perturbé. Le groupe intervenait quand même en deuxième partie de morceau, ce qui m’a tout de suite rassuré. J’ai eu peur qu’ils n’apparaissent pas du tout sur scène pendant l’émission. Ils en auraient été capable. Le morceau en lui même est dans la ligne directe des autres morceaux de King Gnu. On n’y trouvera pas une grande originalité mais il est accrocheur dans l’ensemble. Sur la scène, j’ai particulièrement aimé le jeu de guitare de Daiko Tsuneta, tout en distorsions ce qui m’a rappelé l’émission KanJam avec Tokyo Jihen où le sujet des distorsions (歪み) était longuement évoqué (à propos des distorsions à la guitare basse dont Seji Kameda est spécialiste). Après plusieurs écoutes du morceau BOY sur YouTube, je l’aime finalement beaucoup.

L’autre curiosité était un morceau d’une dizaine de minutes de Perfume et Daichi Miura, accompagnés des danseuses et danseurs de ELEVENPLAY et SP Dancers. Je ne suis pas particulièrement amateurs de Daichi Miura (三浦大知) ou de Perfume, mais j’étais très curieux de voir les chorégraphies imaginées par MIKIKO et les effets spéciaux sur scène de Rhizomatiks. Ce n’est pas la première fois que MIKIKO et Rhizomatiks interviennent sur les chorégraphies et l’animation sur scène de Perfume. Le groupe est d’ailleurs connu pour sa qualité scénique. ELEVENPLAY faisait les raccords entre les prestations de Perfume et Daichi Miura, ce qui donnait un ensemble très fluide et beau visuellement. J’en arrive même à apprécier le morceau que Perfume interprétait, leur dernier single Polygon Wave, ce qui est une première pour moi. Mais je suis en ce moment dans une phase où j’aime à peu près toutes les compositions musicales de Yasutaka Nakata, j’y reviendrais certainement un peu plus tard.

Le titre du billet est tiré des paroles de Gunjō Biyori (群青日和) et vient signifier que Tokyo se refroidit, ce qui est tout à fait de saison aujourd’hui.

un éclat de vague pour nous repousser en arrière

Nous n’allons malheureusement pas aussi souvent qu’avant sur les plages du Shōnan, mais cet endroit aux bords de la plage de Shichirigahama m’attire toujours autant, surtout quand nous y allons le soir lorsque le soleil commence doucement à faiblir. A chaque fois que nous venons ici, le souvenir d’un été en 2019 me revient en tête. J’étais venu seul m’asseoir un long moment près des rochers de la pointe d’Inamuragasaki pour regarder les éclats de vagues qui veillent à délimiter leur territoire et l’île d’Enoshima au loin qui rivalise à l’horizon avec le Mont Fuji. Il y avait peu de baigneurs même si les températures extérieures étaient douces, même chaudes pour un mois d’automne. Les surfeurs étaient de sortie car les vagues étaient relativement fortes, mais ils semblaient plutôt regarder ces vagues défilées sans broncher. Regarder les vagues est hypnotisant. Nous reprenons la voiture avant que la nuit tombe. La route 134 qui nous rapproche d’Enoshima se faufile un chemin entre l’océan sur la gauche et la ligne de train Enoden. On roule doucement car nous ne sommes pas les seuls sur cette route à vouloir profiter du soleil se couchant sur Enoshima, mais nous bifurquons finalement au niveau de Koshigoe pour retourner dans les terres. Je garderais en tête ces images de vagues agitées que j’ai saisi en vidéo pendant une trentaine de secondes et publiées sur ma page Instagram.

Je n’avais pas réalisé au premier abord qu’Utena Kobayashi (小林うてな) avait participé à quelques morceaux du rappeur Kid Fresino sur son album de 2018 ài qíng. Je m’étais plongé dans cet album à l’époque car j’aimais particulièrement le morceau d’ouverture Coïncidence, pour sa vidéo dans la neige à Shinjuku mais aussi pour son utilisation de l’instrument Steel Pan. Il se trouve qu’Utena est spécialiste de cet instrument et jouait justement sur ce morceau. Je me lance maintenant dans l’écoute du dernier album d’Utena Kobayashi, intitulé 6 roads et sorti il y a quelques mois cette année. On n’y entend par contre que très peu de Steel Pan. Utena compose, chante et s’entoure d’un univers musical enveloppant. Son album ne se compose que de 7 morceaux pour 34 minutes au total, mais quelle richesse de sons et quelle atmosphère ! Les morceaux oscillent entre des ambiances New Age et électroniques, vers des sons transe même parfois sur un morceau comme Retsu (裂). Il y a à chaque fois plusieurs idées mélodiques par morceaux. Le quatrième morceau VATONSE en est un bon exemple. Les morceaux sont parfois sombres voire mystiques, mélangent les chœurs avec des percussions ressemblant à du taiko (le morceau Raiun (雷雲)). Mais il y a aussi une multitude de sonorités dissonantes électroniques qui donnent un ensemble excentrique. Le nom de certains morceaux faisant référence à des temples (Zhan-Ti-Sui Temple) ou montagnes (Mt. Teng-Tzu) aux ambiances asiatiques renforcent très certainement cette impression mystique. Cette musique est très inspirée, relativement non conventionnelle. Le premier morceau GONIA SE IIMIX donne bien le ton et le dernier morceau Iris nous achève en beauté. J’ai beaucoup de mal à décider quel morceau je préfère de l’album car ils ont tous une particularité tout en s’inscrivant dans un ensemble, un voyage de quelques dizaines de minutes loin de ce monde terrestre.

On peut également découvrir la musique d’Utena Kobayashi à travers le tout simplement magnifique Silver Garden Recital, en entier sur YouTube, reprenant quelques morceaux de 6 roads ainsi que d’autres très beaux morceaux (le morceau Rose est un bijou). Le récital se termine également sur Iris qui possède une puissance à taille céleste. Si ça ne suffit pas pour y jeter une oreille…

une forme ronde pour nous reposer le regard

Il est magnifique et très travaillé ce camion Dekotora sur les deux premières photographies du billet. Il était stationné pendant quelques jours devant le grand magasin PARCO en plein centre de Shibuya. Ce camion très décoré et coloré a un nom et s’appelle Aki Kannon (亜紀観音) en hommage à la chanteuse de Enka Aki Yashiro qui fête cette année ses cinquante années de carrière. On remarque une photo de la chanteuse sur une portière du camion et la plaque d’immatriculation au numéro 846 évoque bien entendu Yashiro (8 = Ya, 4 = Shi, 6 = Ro). Ce lien entre la chanteuse et le monde des camionneurs viendrait d’un film de la série Truck Yarō (トラック野郎). Cette série de films de comédie et d’action comprend 10 épisodes dans lesquels on retrouve à chaque fois une histoire d’amour impossible, un peu comme dans la longue série de films Tora san, Otoko ha Tsurai yo (男はつらいよ). Aki Yashiro prenait le rôle d’une camionneuse dans le cinquième épisode de la série Truck Yarō, intitulé Dokyō Ichibanboshi (度胸一番星) et sorti en 1977. Elle est en quelque sorte devenue une madone des camionneurs depuis cet épisode. Je n’ai pas été vérifié ce jour-là mais le magasin de disques Disk Union installé au premier sous-sol du PARCO affichait également sur sa devanture des posters de Aki Yashiro.

On change un peu de décor sur les photographies qui suivent tout en restant dans l’arrondissement de Shibuya. Je profitais d’un passage à Sasazuka pour partir à la recherche de nouvelles toilettes publiques du projet Tokyo Toilet. Pour rappel car je l’ai souvent évoqué ici, ce projet vise à renouveler un grand nombre des toilettes publiques de Shibuya en faisant intervenir des architectes et designers reconnus. Celles que j’ai pu découvrir à Hatagaya, juste à côté de Sasazuka, dans le parc de Nanago Dori étaient particulièrement élégantes. Ces toilettes prennent la forme d’un dôme blanc délicatement posé sur un terrain de graviers blancs au milieu des arbres du parc. On doit cette forme ressemblant à un ovni à Kazoo Sato de l’agence publicitaire TBWA/Hakuhodo. Une des particularités de ces toilettes est qu’elles sont contrôlables par la voix. Dans cette série de photographies, la simplicité de cette forme ronde installée dans un quartier tranquille de Shibuya nous repose le regard et vient complètement contrasté avec la complexité détaillée du camion Dekotora posé dans le centre nerveux de Shibuya. A vrai dire, les deux m’attirent dans des proportions équivalentes. J’aime beaucoup la tranquillité des quartiers résidentiels vides mais aussi la densité presqu’insoutenable des quartiers pleins à ras bord. Tout l’interêt de Tokyo est de pouvoir passer très rapidement de l’un à l’autre en marchant seulement quelques pas (enfin plusieurs dizaines de pas quand même). Si on me demandait ce que j’aime dans cette ville, c’est peut-être bien ce que je retiendrais.

Je n’ai pas résisté à la tentation de faire l’otaku (OTK pour être spécifique) en allant faire un tour le soir au Tower Records de Shinjuku le jour même de sa réouverture, le Vendredi 8 Octobre 2021. Il était fermé pendant plusieurs mois pour rénovation ou plutôt pour réarrangement interne. La raison pour laquelle j’y suis allé est que Tokyo Jihen est en photo sur les posters annonçant cette réouverture. Ils sont renommés en « Shinjuku Jihen », pour l’occasion. On connaît les liens étroits entre le magasin de Shinjuku et Sheena Ringo, car une des staffs du magasin est fan. Elle contribue souvent aux événements spéciaux mettant en avant Sheena Ringo ou Tokyo Jihen. J’y suis allé il y a plusieurs mois pour voir l’exposition des costumes de scène du groupe à l’époque de la sortie du DVD/Blu-ray du concert News Flash. En plus des posters affichés à différents endroits du magasin et sur des écrans digitaux dans tout le Department Store Flags, on pouvait également voir à l’entrée du Tower Records au 9ème étage des papiers cartonnés avec les signatures des cinq membres du groupe. Sheena signe toujours avec un dessin de petite pomme et un « merci » écrit en français. J’ai publié ces quelques photos prises à l’iPhone sur Twitter assez rapidement le soir même, en espérant éventuellement être dans les premiers à le faire et donc susciter un intérêt auprès des fans qui suivraient le tag du groupe, mais ça n’a malheureusement pas suscité beaucoup d’interêt. Je me demande bien comment fonctionne Twitter. Publier des photos sur Instagram suscite des réactions immédiates et attire des nouveaux followers, mais publier des choses sur Twitter ne m’apporte en général aucune ou très peu d’interactions visibles. Je vais certainement, une fois encore, abandonner complètement mes contributions sur ce réseau social. Je n’y tweete déjà plus les liens vers les nouveaux billets que je publie sur ce blog, mais Twitter m’est quand même très utile pour me tenir informé. Instagram m’inspire beaucoup plus car les photos que j’y vois, principalement publiées par des amateurs d’architecture tokyoïte, me donne des idées sur mes futures promenades urbaines.

Pour revenir à Tokyo Jihen, le groupe a ressorti récemment ses six albums en format vinyle. Je suis en fait plutôt content de ne pas faire la collection des vinyles car acheter des albums que je connais déjà me tente moyennement. On n’a pas de platine vinyle à la maison et ça ne correspond pas de toute façon à mon style d’écoute. Je me demande d’ailleurs si les personnes qui achètent ces vinyles vont vraiment les utiliser ou les garder dans leurs plastiques d’origine comme objet de collection. La vente de vinyles prend de plus en plus de place dans les magasins au profit d’ailleurs des CDs, au point où je me demande parfois si je ne devrais pas m’y mettre tout en me raisonnant assez rapidement. Je ne sais pas si c’est la maison de disques qui pousse à cela, mais je trouve que Tokyo Jihen exagère en ce moment sur les rééditions. Le 22 Décembre 2021, sortira un double CDs best-of du groupe intitulé Sōgō (総合) comprenant deux nouveaux morceaux et un DVD/Blu-ray intitulé Prime Time avec toutes les vidéos du groupe (28) et quelques bonus. J’ai déjà la plupart des morceaux et des vidéos sur des CDs et DVD/Blu-ray déjà sortis, et ça m’embête donc d’avoir à débourser pour seulement quelques morceaux supplémentaires. Cette technique de rajouter un ou deux morceaux inédits pour pousser à l’achat m’agace un peu. Il existe déjà le DVD/Blu-ray Golden Time avec toutes les vidéos du groupe jusqu’à leur séparation en 2012. Prime Time reprend donc toutes ces vidéos déjà sorties sur Golden Time et les trois-quatre supplémentaires sorties depuis la reformation du groupe. Je n’achète en général pas les best-off, mais c’est possible que je me laisse quand même tenter par le Blu-ray de Prime Time, car j’ai eu la bonne idée de ne pas m’être encore procuré Golden Time en occasion (J’ai par contre déjà tous les autres DVDs/Blu-ray de vidéos plus anciennes comme CS Channel mais pas toutes en format Blu-ray). Dans ma collection des CD/DVD/Blu-ray de Sheena Ringo et Tokyo Jihen, il ne me manque maintenant que le Blu-ray du concert Ringo Expo 14, si on exclut les compilations de morceaux existants ou les box regroupant des CDs déjà sortis… Sōgō et Prime Time sortiront également dans un format « package » particulier incluant une cassette audio et un lecteur cassette. J’ai un peu de mal à comprendre cet anachronisme. Mais pour rester sur une note positive, la sortie de ce best-of nous apportera tout de même deux nouveaux morceaux et on aurait tord de bouder notre plaisir, le groupe et Sheena sortant régulièrement de nouvelles choses. Je trouve également la couverture de ces best-of plus réussie que le design de l’album Music.

Pour continuer encore un peu sur Sheena Ringo, on aura la surprise de la voir présente à l’émission spéciale de Music Station le Vendredi 15 Octobre 2021. Elle n’interviendra pas en solo ou avec Tokyo Jihen mais avec une autre formation temporaire exclusivement féminine appelée Elopers. Cette formation se compose de Sheena, Yuu (ユウ, Yumi Nakashima) actuellement dans un groupe appelé Chirinuruwowaka (チリヌルヲワカ) mais auparavant dans GO!GO!7188, Shiori Sekine (関根史織) du groupe Base Ball Bear, Hona Ikoka (ほな・いこか) du groupe Gesu no Kiwami Otome (ゲスの極み乙女。) et AiNA The End (アイナ・ジ・エンド) de BiSH. Elles n’interprèteront pas un morceau inédit, mais le classique Gunjō Biyori (群青日和) de Tokyo Jihen (écrit par Sheena et composé par Hiizumi Masayuki). La grande surprise pour moi est la présence d’AiNA dans ce groupe. Depuis le temps que je mentionne ici l’influence de Sheena Ringo sur la musique solo de AiNA, c’est très satisfaisant de voir naitre ce genre de collaboration. Je me remémore toujours cette enquête de Ringohan demandant avec quel/quelle artiste on souhaiterait que Sheena Ringo collabore. Je me souviens avoir mentionné King Gnu et AiNA The End. Mes prévisions sont plutôt corrects: King Gnu était invité par Sheena il y a quelques mois à l’émission spéciale sur Tokyo Jihen de KanJam et AiNA maintenant pour cette émission spéciale de Music Station. L’autre surprise est de voir la participation de Yuu de feu GO!GO!7188 à cette formation. J’ai d’ailleurs ré-écouté leur album Tategami (鬣) au tout début de cette année. Lorsque j’avais découvert cet album en Mai 2003, j’avais déjà évoqué cette influence de Sheena Ringo sur la musique du groupe. En fait, les membres de cette formation s’étaient déjà réunis en Mai 2019, à l’exception d’AiNA, pour supporter Sheena Ringo et Atsushi Sakurai (櫻井敦司) de Buck-Tick pour l’interprétation dans une émission de Music Station du morceau Kakeochi-sha (駆け落ち者), d’ailleurs appelé Elopers dans son titre anglais. Ce morceau Elopers était présent sur l’album Sandokushi. Il s’agit donc d’une retrouvaille mais avec AiNA en membre supplémentaire et pour une formation exclusivement composée de filles. A ma connaissance, il s’agira de la première fois depuis Hatsuiku Status (発育ステータス), sur la tournée Gokiritsu Japon (御起立ジャポン) de Décembre 2000, que Sheena se produit sur scène avec un groupe exclusivement féminin. C’est assez bluffant de voir cette nouvelle collaboration arriver maintenant. Reste à voir ce que va donner le résultat sur un morceau certes archi-connu et pratiqué sur scène, mais je suis en tout cas très pressé de voir ça.