さあもう笑うよ

Je n’ai pas l’habitude de prendre en photo les devantures de magasins mais ça m’arrive tout de même quelques fois quand le sujet m’intéresse. Je ne suis pas spécialement intéressé par la marque de voitures Maserati, même si le design est souvent très réussi, mais plutôt par la collaboration avec la marque Fragment de Hiroshi Fujiwara. Cette collaboration m’intéresse car je ne comprends pas vraiment ses subtilités. Hiroshi Fujiwara est une figure légendaire de la street culture démarrée dans les arrières rues d’Harajuku (le Ura-Harajuku). On le voit souvent dans les magazines japonais et ses propositions semblent intouchables. Mais je suis toujours très surpris du manque visible d’inventivité des collaborations de sa marque avec d’autre grandes marques établies. Les interventions de Fragment sur le modèle Maserati entièrement noir sont tellement subtiles qu’on ne les voit pas. Les disruptions semblent bien mineures et il n’y a que le nouveau logo de Maserati barré par les deux éclairs de Fragment que l’on remarque, mais qui donne quelque chose d’un peu brouillon et de faussement rebel. Cette collaboration m’intrigue au point d’avoir envie de prendre cette devanture à Jingumae en photo. Il s’agit peut-être là d’une obsession.

En chemin vers le parc de Yoyogi pour aller voir l’installation Cloud Pavillon de Sou Fujimoto, je m’arrête quelques minutes devant une fresque photographique montrant l’histoire d’Harajuku des années 1950 à nos jours, en s’intéressant aux changements de mode plutôt qu’aux changements du paysage urbain. Les rues d’Harajuku ont certes beaucoup changé depuis les années 50, comme tous les autres quartiers de Tokyo d’ailleurs, mais les modes vestimentaires suivent des évolutions beaucoup plus fréquentes, ce que j’ai tout de suite constaté dès mon arrivée à Tokyo à la toute fin des années 90. En écrivant ce texte, je repense à une vidéo éditée par Beams donnant une rétrospective des évolutions de la mode de la rue tokyoïte sur quarante années de 1976 à 2016 (correspondant à l’anniversaire de la marque). Cette vidéo est assez bien faite montrant ces changements dans la continuité avec de nombreux mots-clés que je ne reconnais pas pour la plupart. Le spécialiste David Marx donne une explication de textes de cette vidéo et tout devient plus clair. Dans son texte, l’instigateur de la street culture Hiroshi Fujiwara est d’ailleurs plusieurs fois évoqué.

À cette époque de la fin 1990 et du début 2000, on aimait se promener dans le quartier d’Harajuku et sur l’avenue d’Omotesando, et on rêvait d’y vivre. Il me semble qu’il y avait moins de monde dans les rues à cette époque, mais les souvenirs sont peut-être un peu faussés. Je regrette encore maintenant de ne pas avoir pris en photo les vieux appartements Dōjunkai (Dōjunkai Aoyama Apartments) construits en 1926, qui se trouvaient sur l’avenue et qui ont été plus tard détruits en 2005 puis remplacés par Omotesando Hills. Je me souviens être souvent passé devant. Les vieilles façades couvertes de lierres cachaient des petites boutiques. J’aurais également voulu connaître les appartements Dōjunkai de Daikanyama construits en 1927 mais ils avaient déjà disparu avant mon arrivée à Tokyo, détruits en 1996 pour être remplacés par la grande tour résidentielle Address. Les photos que j’ai pu voir avant la destruction donne l’impression d’un village mal entretenu et envahi par la végétation. Je repense à ces vieux ensembles d’appartements car ils disparaissent petit à petit du paysage tokyoïte. Il y a quelques années, j’avais pris en photo un ensemble de logements publics vétustes à Jingumae au bord de la rue Killer Street juste à côté du musée Watari-um mais il a déjà disparu. Les vieux appartements de Kita Aoyama vont également bientôt disparaître complètement. J’ai vu récemment que ce qui reste des barres d’immeubles est entouré de palissades blanches interdisant l’accès. J’ai pris en photo à plusieurs reprises ces vieux appartements de Kita Aoyama. La fresque photographique au grand croisement de Jingumae à Harajuku est posée sur une longue palissade blanche entourant une zone en travaux. Un nouveau complexe commercial conçu par l’architecte Akihisa Hirata verra le jour en 2022. Un peu comme le building Tokyu Plaza conçu par Hiroshi Nakamura situé au même croisement à la diagonale opposée, ce nouveau complexe comprendra un jardin sur les toits. Il semble que ces jardins auront une place prépondérante sur ce nouveau building. Sa forme complexe a l’air très intéressante.

Sur les fresques photographiques, mon regard s’arrête sur la période des années 1990 car je reconnais une photo qui provient à mon avis du magazine Fruits dont j’avais déjà parlé dans un billet précédent. Ce magazine prenait en photo la jeunesse branchée d’Harajuku à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Les tenues étaient parfois improbables ou du moins en avant-garde de leur époque. La photo que je reconnais est celle du dessus à gauche montrant une jeune fille aux cheveux courts bleus et un jeune homme svelte habillé d’un pull rayé de laine aux manches courtes. Je crois reconnaître là une influence vestimentaire anglo-saxonne, qui est notamment due au fait que je suis persuadé que ce jeune homme modèle était le garçon qui accompagnait Sheena Ringo à la fin de l’année 1998 pour faire des photos à Londres et à Paris pour un magazine. Je montre deux photos extraites de cette série ‘Here There go to u.k.’ ci-dessus au centre et à droite. En fait, je ne suis pas du tout certain que le jeune homme des deux photos avec la jeune Sheena Ringo (elle avait tout juste 20 ans) soit la même personne que sur la photo du magazine Fruits de gauche et sur la fresque photographique à Harajuku. Je vois tout de même une ressemblance, mais les recherches sur internet ne m’ont pas permis de confirmer cela. Dans l’émission Etsuraku Patrol sur Cross FM, Sheena évoquait bien ce passage à Londres et Paris, mais je n’ai pas le souvenir qu’elle ait donné le nom de son accompagnateur. Il s’agit peut-être là encore d’une obsession, mais ce qui m’intéresse surtout est de découvrir des liens entre les choses. Là est ma réelle obsession. En faisant mes recherches sur ce sujet, je découvre l’existence d’une biographie non officielle sortie en livre en Juillet 2000 sous le titre Ringo Allergy (林檎アレルギー). Cette biographie couvre les toutes premières années de carrière de Sheena Ringo et les années précédant son début artistique. Il y a un extrait traduit en anglais sur le défunt forum internet Electric Mole Forums (EMF). Il faut prendre les informations de ce livre avec des pincettes, à mon avis, mais en lisant cet extrait traduit en anglais, je ne vois pas vraiment d’incohérences, de l’exagération peut-être. Enfin la traduction est plutôt bancale et je ne sais pas en quelle mesure elle est fidèle au texte original. Ma curiosité m’a poussé à acheter le livre Ringo Allergy d’occasion sur Mercari. Je ne vais pas me mettre à le traduire mais peut être piocher dans certains passages.

Je me rends compte en écrivant ce billet qu’il y avait longtemps que je n’avais pas évoqué Sheena Ringo ou Tokyo Jihen sur Made in Tokyo. Je continue petit à petit à acheter en format physique (c’est à dire en CD) les singles ou les autres DVD/Blu-ray que je n’ai pas encore. Il doit me manquer deux singles (NIPPON et OSCA) et deux concerts (Ringo Expo 14 et Shinkū Chitai), mais je n’inclus pas dans ma liste les compilations qui répètent ce que j’ai déjà. En fait, j’essaie quand même de me procurer les compilations de vidéos. La dernière que j’ai trouvé est Seiteki Healing Sono 5-7 (性的ヒーリング ~其ノ伍~七~) en Blu-ray qui vient compléter cette collection Seiteki Healing. J’aime beaucoup la couverture du Blu-ray montrant un chocolat en forme de pomme recouvert d’un coulis au chocolat (en image ci-dessus à gauche). Pour ce qui est de Tokyo Jihen, il me manque le Blu-ray de la compilation vidéo Golden Time que le groupe a sorti en Février 2013 après leur dissolution en 2012, mais j’ai l’impression que les vidéos de cette compilation sont déjà présentes sur d’autres que j’ai déjà, à part quelques morceaux à la fin. C’est le problème de ce genre de compilations qui rajoutent toujours deux ou trois choses pour pousser à l’achat. Il faut trouver une limite. Ma limite est d’acheter exclusivement d’occasion à part pour les nouveautés, et d’essayer de me procurer les versions premières presses plutôt que les éditions standards, dans la mesure où les prix ne sont pas prohibitifs. La compilation Seiteki Healing Sono 5-7 reprend les vidéos des singles des albums Hi Izuru Tokoro (日出処), Sandokushi (三毒史), Reimport vol. 1 (逆輸入 ~港湾局~) et vol.2 (逆輸入 ~航空局~) et les deux inédits du best-of Newton no Ringo (ニュートンの林檎). Comme on vient juste de remplacer notre vieille télévision (qui avait plus de 14 ans) par un modèle plus récent avec un écran beaucoup plus grand, revoir ces vidéos sur ce grand écran dans une très bonne qualité est vraiment très agréable et me permet même de découvrir des détails que je n’avais pas remarqué jusque là. Je constate par exemple que les quatre membres de Tokyo Jihen sont présents sur le morceau Carnation, ce que je n’avais pas décelé en voyant cette vidéo sur YouTube. Il faudrait que je fasse un jour une photo de famille de tous les CD/DVD/Blu-ray de Sheena Ringo et Tokyo Jihen que je possède, une fois cette collection terminée. Un des derniers CDs que j’ai acheté au Disk Union de Shinjuku est le single Shuraba (修羅場) de Tokyo Jihen, même si j’avais acheté ce single en digital au moment de sa sortie. Le CD de Shuraba (en image ci-dessus à droite) contient deux autres morceaux Koi ha Maboroshi (恋は幻) et Rakujitsu (落日), qui se trouvent également sur la compilation de B-sides Shinya Waku (深夜枠). La version de Rakujitsu sur le CD de Shuraba a tout de même la particularité de se terminer par un petit passage live reprenant la fin du morceau Koi ha Maboroshi pendant laquelle Sheena présente les nouveaux membres du groupe Ukigumo et Ichiyō Izawa. A la sortie de ce single, on se trouve à la transition entre les deux formations du groupe. La voix enjouée de Sheena sur ce petit passage live vaut le détour.

La coïncidence intéressante est que quelques jours après avoir acheté le CD de Shuraba, Tokyo Jihen joua le morceau Rakujitsu pendant l’émission FNS 2021 Kayosai Natsu (2021 FNS歌謡祭 夏 – Music Festival in Summer) le 14 Juillet sur Fuji TV. Le groupe a bien entendu joué un morceau du dernier album pendant cette émission. Il s’agissait de Kemono no Kotowari (獣の理), composé par Kameda Seiji et dixième morceau de l’album Music (音楽). Comme toujours dans ce genre d’émissions musicales, la version interprétée était proche de l’original sur l’album. Comme on peut le voir sur la première photo ci-dessus, le décor était rempli de végétation et les costumes de scène du groupe étaient plus simples et décontractés qu’à l’habitude. Ils portaient tous des jeans et des chemises amples. Le logo de Tokyo Jihen en format graffiti y était imprimé en grand. Sheena avait une coupe de cheveux très courte à la garçonne et chantait avec une position de côté comme elle le fait souvent en concert. La surprise de l’émission était d’entendre le morceau Rakujitsu, qui date pourtant d’il y a 16 ans. Ce genre d’émission nous fait souvent redécouvrir des anciens morceaux de groupes, chanteurs ou chanteuses japonais mais ce sont en général des musiques qui sont entrées dans l’inconscient collectif japonais, des morceaux tellement connus qu’on les reconnaît dès les premières notes. Ce n’est pas le cas de Rakujitsu car je ne pense pas qu’il soit connu en dehors du cercle des amateurs de Sheena Ringo et de Tokyo Jihen. Il s’agit par contre d’un des morceaux préférés des fans. Sur la dernière enquête d’opinion du fan club Ringohan, Rakujitsu se trouvait en 6ème position sur 169 des morceaux préférés de Tokyo Jihen. C’est vrai que c’est un très beau morceau et la vidéo de l’émission FNS le mettait magnifiquement en valeur. Ils étaient tous habillés de vert sauf Sheena en robe de couleur crème. Elle était coiffée d’une sorte de couronne portant des petites étoiles dorées qui bougeaient légèrement à chaque micro mouvement de tête. La scène était marquée par un grand signe de paon lumineux et le final dans un éclat de lumière vive avait quelque chose de céleste. Les paroles du morceau sont chargées de tristesse mais les paroles finales nous disant « Allez, rions maintenant » (さあもう笑うよ) terminent le morceau sur une note positive et optimiste qui correspond à la lumière éblouissante finale. Je reprends ce passage des paroles comme titre de mon billet car on a, à mon avis, besoin de ce genre de messages positifs en ce moment.

Même si on apprécie beaucoup les Jeux Olympiques qui se déroulent en ce moment, on ne peut pas oublier la situation sanitaire qui se dégrade dans tout le pays. Notre rythme de vie ne change pas pour autant, mais on est par la force des choses beaucoup plus souvent devant la télévision que dehors. La chaleur extrême typique des étés japonais nous empêche de toute façon d’aller marcher dehors pendant les heures de pointe. Je suis allé plusieurs fois à vélo le soir autour du stade olympique mais on ne peut malheureusement pas l’approcher de près. Tout l’espace autour est barricadé. C’est un sentiment étrange que d’avoir des Jeux Olympiques se déroulant à Tokyo sans qu’on puisse vraiment avoir l’impression que ça soit le cas. En les regardant à la télé, j’ai parfois l’impression que ces Jeux se déroulent dans une autre ville ou dans un autre pays. Ceci étant dit, cet état de fait n’enlève rien à notre enthousiasme. La cérémonie d’ouverture le Vendredi 23 Juillet était en grande partie ennuyeuse sauf quelques moments tout à fait remarquables. L’interprétation de l’hymne japonais par MISIA dans sa robe de Tomo Koizumi en forme de glace sucrée Kakigōri (かき氷) était particulièrement réussie. La représentation humoristique des pictogrammes olympiques était phénoménale et m’a réveillé après le défilé interminable des pays. La vidéo comique qui suivait montrant le comédien Gekidan Hitori faire l’imbécile avec les installations lumineuses de la ville, sous les yeux sévères de la patineuse médaillée d’or olympique Arakawa Shizuka était particulièrement savoureuse. Je n’ai appris qu’après que cette partie filmée avait été dirigée par Yoichi Kodama, le compagnon de Sheena Ringo. En regardant la cérémonie, la présence du comédien Gekidan Hitori m’avait surpris car il n’est plus actuellement au top de sa popularité, et je me suis demandé par quel lien il avait pu être amené à faire partie des intervenants. Je me suis souvenu qu’il était présent sur la vidéo de Koi ha Maboroshi (恋は幻) de Tokyo Jihen, ce qui m’avait également surpris. Peut être que sa présence est liée au fait que Sheena Ringo était membre initiale du comité artistique olympique. Il a peut être été choisi à ce moment là et il est resté même après la dissolution du comité. Ça parait probable quand je pense à la présence de l’acteur Kentarō Kobayashi par exemple, qui était l’acteur principal sur le film Hyaku Iro Megane (百色眼鏡), avant de démissionner peu de temps avant la cérémonie pour des propos inacceptables qu’il a tenu il y a plusieurs dizaines d’années. Une chose est sûre, cette cérémonie a connu de nombreux rebondissements et scandales, comme si on lui avait jeté un mauvais sort. La version que l’on a vu à la télévision était une version diminuée et plus sobre que ce qui avait été envisagé initialement par le comité artistique, notamment par la chorégraphe MIKIKO dont les idées ont récemment été divulguées par le magazine Bunshun. On apprend dans ce magazine que les plans originaux donnaient une vision beaucoup plus pop avec un passage montrant la moto de Kaneda dans Akira, une intervention du groupe Perfume (MIKIKO était la chorégraphe de Perfume sur une de leur tournée), une apparition de Naomi Watanabe sortant d’un tuyau de Super Mario alors que Lady Gaga y était entrée de l’autre côté (on sait que Naomi Watanabe fait une excellente parodie de Lady Gaga). Il s’agissait là d’un clin d’oeil à la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques de Rio. Les drones qui étaient un moment remarquable de la cérémonie faisaient apparement partie du plan initial et ont heureusement été conservés. Au final, ces divulgations nous laissent imaginer une cérémonie beaucoup plus intéressante que ce qu’on a pu voir au final. Mais le final avec le dernier passage de la flamme olympique par Naomi Osaka avait quelque chose d’émouvant. Il nous reste maintenant des images de la flamme olympique dans son élégant réceptacle dessiné par Nendo.

誰も知らない青

Les deux premières photos de ce billet sont prises le soir sous la pluie dans les rues de Daikanyama. Les jours de la semaine où je travaille à la maison, je marche systématiquement le soir entre une demi-heure et une heure, suivant l’heure où je termine le travail. Il m’arrive rarement de me laisser influencer sur les choix musicaux que je vais faire pour cette marche du soir dans la nuit, mais le conseil de Smany pour son propre album Illuminate était très adapté. Sur le court message qu’elle laisse et que je retweete, elle propose d’écouter son album les jours de pluie froide. Rappelons que nous sommes encore pendant la saison des pluies lorsque ce message est publié et au moment où j’ai pris ces quelques photos. Illuminate est un très bel album dont je parlais déjà l’année dernière en Octobre. Marcher la nuit dans des rues peu éclairées sous la pluie est une expérience d’écoute particulière.

Les autres photos du billet, également prises à l’iPhone, correspondent à d’autres journées mais toujours pendant la saison des pluies. L’architecture est celle de l’immeuble Iceberg et du Shibuya Scramble Square, tous deux plantés au bord de l’avenue Meiji. Il y a quelques similitudes dans la deconstruction architecturale des façades de ces deux buildings. Lorsque je prends des photos avec mon iPhone, je retravaille souvent le contraste et la luminosité avec l’application Snapseed, mais je montre plutôt ces photos sur Instagram. Une fois n’est pas coutume, j’utilise un filtre sur Snapseed pour les photos de cette série (Noir C02). J’aime beaucoup le rendu peu contrasté de ce noir et blanc, qui donne l’impression que ces photos sont datées. Je ne montre pas souvent de photos prises à l’iPhone sur ce blog. La qualité d’image est loin d’être mauvaise mais les photos prises au téléphone portable me donnent en général l’impression d’avoir été aplaties, sans le relief que l’on peut avoir à travers l’objectif d’un appareil reflex.

Je parle assez peu de musique sur mes derniers billets, même si j’écoute de belles choses en ce moment, notamment le dernier album de Yuragi (揺らぎ) intitulé For you, Adroit it but soft, sorti le 30 Juin 2021. Il s’agit en fait du premier album du groupe, mais Yuragi a déjà sorti deux EPs que j’aime beaucoup: Nightlife et Still Dreaming, Still Deafening, sortis respectivement en 2016 et 2018. Le premier EP Nightlife ne contenait que quatre morceaux mais m’avait laissé une très forte impression au point de considérer Yuragi comme une des meilleures formations Shoegaze japonaises. Je pense à des morceaux comme Night is Young et AO (dont je tire le titre de ce billet) qui sont excellents. Je me souviens du billet que j’avais écrit lorsque je découvrais ce EP et de mon incapacité à écrire dessus. Le nouvel album ne surpasse pas la force mélancolique de ce premier EP, mais s’en approche et part vers d’autres ambiances. On retrouve la voix frêle de Mirai Akita, que je vois nommée Miraco sur la page web du groupe, et les partitions parfaites de guitares envahissant l’espace. La voix de Miraco prend en fait plus d’ampleur et de présence sur le nouvel album, sur des morceaux comme Sunlight’s Everywhere. L’album part également brièvement dans de nouvelles directions loin du shoegazing sur certains morceaux comme le quatrième Dark Blue, peut-être parce qu’il s’agit ici d’une collaboration. C’est la seule de l’album, avec un beat producer japonais basé en Angleterre dont on ne connaît pas le nom mais qui se fzit appeler Big Animal Theory. Mais les meilleurs morceaux de l’album à mon avis sont ceux qui sont fidèles à l’esprit musical initial du groupe, comme par exemple le sixième morceau While My Waves Wonder et le dernier morceau I Want You By My Side. Ce dernier morceau est mon préféré de l’album, certainement en raison de la partition de batterie de Yusei Yoshida, pas spécialement complexe mais je réalise que sa présence a une grande influence sur la beauté et l’interêt de certains morceaux. Je le remarque maintenant sur le morceau Night is Young de EP Nightlife lorsque le rythme soudain de batterie vient donner un nouveau souffle au morceau. A noter que dans ce morceau Night is Young, je remarque en réécoutant le EP à la suite du nouvel album que les paroles mentionnent les mots Onaji Yoru (同じ夜), que je ne peux m’empêcher d’associer au morceau de Muzai Moratorium (無罪モラトリアム). La voix de Miraco sur le dernier morceau I Want You By My Side est magnifique, mais pas d’une manière conventionnelle. La puissance des guitares est omniprésente sur la plupart des morceaux mais laisse assez de place à la voix qui n’est pas complètement noyée par rapport à ce qu’on peut entendre chez d’autres groupes de shoegazing. La voix de Miraco a même une certaine clarté, sur un morceau comme Underneath it All par exemple, qui donnerait presque par moments une approche pop à cet album. Un nouvel aspect dans la musique du groupe est la présence de morceaux beaucoup plus calmes qui viennent se placer comme de courts interludes dans l’album. Le septième morceau The Memorable Track est un de ces morceaux mémorables, qui nous fait dire que le groupe pourrait partir à l’avenir vers d’autres horizons. Une chose est sûre, le rock indé n’est pas mort au Japon et ses meilleurs albums sont en train d’être composés en ce moment.

le chat de Shinjuku et les mascottes olympiques

Je voulais voir le chat géant de Shinjuku depuis quelques semaines. Le principe n’est pas nouveau car on a deja vu ce type d’écrans courbés donnant un effet 3D saisissant dans d’autres pays. Celui-ci doit être le premier au Japon, à ma connaissance. Il est situé près de la gare de Shinjuku à la sortie Est, juste à côté du Studio Alta. Je n’étais pas le seul à attendre au croisement l’apparition du chat. Il apparaît quelques secondes seulement par intermittence avec d’autres programmes et des publicités. J’ai essayé de prendre une vidéo avec l’iPhone mais les images que j’ai obtenu avaient un tramage qui empêchait d’apprécier l’effet 3D. Ces quelques photographies de Shinjuku sont prises mercredi après-midi dans une chaleur étouffante. Les deux dernières photographies sont par contre prises le week-end dernier dans le parc de Koganei. Le grand avait une compétition de programmation de robots et son équipe (lui et son binôme) a remporté la deuxième place. Les mascottes olympiques sont situées devant le musée architectural en plein air Edo-Tokyo. Je ne l’ai jamais visité et nous n’avions pas assez de temps cette journée là. C’est un des nombreux endroits qu’il me reste à voir à Tokyo. Les Jeux Olympiques commencent enfin et on les regardera à la télévision comme tout le monde en essayant de faire abstraction de toutes les mauvaises nouvelles et les scandales qui sont répétés en boucle à la télévision et dans les News que je suis sur Twitter. Je suis quand même très curieux de voir ce que va donner la cérémonie d’ouverture.

パビリオン⑦

Parmi tous les pavillons du festival Pavilion Tokyo 2021 qui se trouvent installés temporairement à Tokyo jusqu’au 5 Septembre, je ne voulais pas manquer celui de Kazuyo Sejima dans les jardins du parc Hama-Rikyū (浜離宮恩賜庭園). Par rapport aux autres pavillons situés à proximité immédiate du nouveau stade olympique, l’installation de Sejima intitulée Suimei (水明) se trouve un peu à l’écart. Ce pavillon matérialise un petit cours d’eau avec quelques plantes parsemées à sa surface. Cette installation basée sur l’utilisation de l’eau fait écho à la configuration du parc, entouré par un canal d’eau de mer et situé à l’embouchure de la rivière Sumida sur la baie de Tokyo. On ne peut malheureusement pas approcher à proximité immédiate de l’installation mais assez quand même pour remarquer qu’il y a un petit courant parcourant les courbes de l’installation, comme une rivière ou un canal. Certaines des fleurs à la surface du canal sont posées sur un petit support de plastique. Elles ne sont à priori pas naturelles mais synthétiques. C’est un peu dommage de constater que ces fleurs ne sont pas naturelles, mais j’imagine que les chaleurs estivales actuelles n’auraient pas permis de maintenir ces plantes dans de bonnes conditions pendant de longues heures. Ça aurait certainement enlevé un peu de la poésie du lieu si la plupart des fleurs sur l’installation étaient complètement desséchées. L’installation a quelque chose de très délicat et rafraîchissant, notamment par la matière métallique utilisée, fine et froide survolant de quelques centimètres seulement les herbes du parc. La surface du cours d’eau est réfléchissante et laisse apparaître le ciel et les arbres aux alentours. L’installation de Kazuyo Sejima se trouve à l’ancien emplacement du Enryo-kan, le premier bâtiment de pierre à l’occidentale du Japon, construit en 1869 mais détruit vingt ans plus tard. Ce bâtiment était destiné à l’accueil de dignitaires étrangers.

J’aime beaucoup les jardins du parc Hama-Rikyū car ils sont très bien entretenus. Le fait que l’entrée soit payante, comme pour Shinjuku-Gyoen, explique certainement cela. Le contraste entre la nature luxuriante du parc et les hauts immeubles de Shiodome donne une particularité remarquable à cet endroit. Il y a certes des immeubles visibles depuis la plupart des parcs de Tokyo, mais le contraste est ici saisissant. Dans les parcs de Tokyo, on a en général plutôt envie de s’isoler et de n’apercevoir aucune trace d’urbanisme. Dans le parc Hama-Rikyū, les immeubles font partie intégrante du paysage et de l’ambiance des lieux. Hama-Rikyū était à l’origine une villa du clan Tokugawa, construite sur une zone marécageuse comblée en partie par un terre-plein en 1654. A la période Edo, cette villa était destinée à accueillir les seigneurs daimyo des domaines du Japon en visite obligatoire dans la capitale. La villa est malheureusement détruite lors d’un incendie en 1725, puis les jardins sont rétablis progressivement avec l’ajout de plusieurs maisons de thé. Le domaine passe ensuite sous possession de différents ministères et prend le nom Hama-Rikyū. Le domaine est utilisé à cette époque pour accueillir les visiteurs étrangers importants, puis passera ensuite sous le contrôle de la maison impériale. Il sera ensuite cédé à la ville de Tokyo en 1945, après de nombreux dégâts dus au tremblement de terre de 1923 et aux bombardements de la seconde guerre mondiale. Les jardins sont finalement ouverts au public en 1946.

Je visite le parc un dimanche matin vers 10h. Il y a assez peu de visiteurs ce qui rend la visite agréable. Je suis surpris de croiser un chat qui doit probablement être le maître de ce domaine. Je me dirige vers la grande lagune Shiori-no-ike remplie d’eau de mer et dont le niveau varie avec la marée. Autour de la lagune, plusieurs jardiniers découpent les branches des pins aux formes biscornues. Ils semblent prendre leur temps. Comme un peintre devant son œuvre, le jardinier apporte des petites touches progressives en coupant minutieusement les branchages. Ce rythme lent me pousse à ralentir mes pas pour apprécier un peu plus l’ambiance des lieux. Il ne faut pas hésiter à prendre son temps au parc Hama-Rikyū, pour notamment apprécier les différents points de vue sur la maison de thé de l’île de Nakajima au milieu de la lagune. Sur le chemin du retour, je repasse une dernière fois devant l’installation de Kazuyo Sejima. Il y a maintenant un peu plus de visiteurs. Je suis beaucoup d’amateurs d’architecture sur Instagram et nombreux sont ceux qui sont venus voir comme moi cette installation.

sauver Nakagin

Je n’étais pas passé voir la Nakagin Capsule Tower (中銀カプセルタワービル) depuis très longtemps. Les premières photographies que j’ai pris du building datent de Mars 2007. Je me souviens à l’époque que le destin de cette structure emblématique du mouvement architectural métaboliste était déjà en sursis et qu’une démolition était imminente. Plus de quatorze ans après, Nakagin est toujours debout mais son état général s’est bien dégradé faute d’entretien. La tour conçue par Kisho Kurokawa date de 1972, elle a donc maintenant 49 ans. La structure n’a pas été modifiée pendant toutes ces années à part quelques capsules qui ont été enlevées. Une d’entre elles a par exemple été placée dans le musée d’art moderne de Saitama, également conçu par Kisho Kurokawa. Il faut savoir que Kurokawa prévoyait une durée de vie de 25 ans pour les capsules. Le problème vient de la structure qui n’est plus depuis longtemps aux normes anti-sismiques actuelles. Le manque de maintenance de la structure fait que le building n’est plus à même de survivre. Des plans de démolition refont surface depuis un changement récent de propriétaire et son intention de re-développer le terrain.

Le projet de préservation et de régénération du Nakagin Capsule Tower Building, supporté par le crowdfunding et par Kisho Kurokawa Architects, rénove déjà petit à petit des capsules depuis 2014, en dénaturant parfois le design d’origine qui ressemblait à un intérieur de station orbitale (mais avec un lecteur de K7 et une mini-télé cathodique). Il semble que le projet est maintenant de détacher les capsules une à une et de leur donner une autre vie ailleurs. En y réfléchissant bien, l’architecture métaboliste se voulait modulable et évolutive. Plutôt qu’une destruction de Nakagin, il s’agirait là simplement d’une nouvelle évolution de l’organisation de la tour pour lui donner une nouvelle vie, sauf que les capsules risquent d’être éparpillées un peu partout dans la nature. J’ai vu des propositions de réutilisation des capsules pour former par exemple des villages dans le Japon rural, notamment dans des zones affectées par le tsunami résultant du grand tremblement de terre du Tohoku de Mars 2011, dans les préfectures de Fukushima ou d’Iwate. Dans ces propositions, les capsules sont déménagées et placées à l’horizontal sur un terrain, parfois recouvertes de dômes. Ce positionnement à l’horizontal est similaire à la maison Capsule House K (カプセルハウスK) également conçue par Kisho Kurokawa en 1973 pour être sa résidence secondaire. Elle est située à Karuizawa dans la préfecture de Nagano, construite sur un terrain en pente et entourée d’arbres. Elle est composée de quatre capsules posées en porte-à-faux sur un bloc central. On y trouve notamment un salon de thé avec tatami et toujours la fameuse ouverture arrondie caractéristique des capsules de Kurokawa. Capsule House K a été récemment réhabilitée en Mai 2021 par l’organisation Mirai Kurokawa Design Studio présidée par Mikio Kurokawa, le fils aîné de Kisho Kurokawa, pour la transformer en une résidence de vacances. Une autre idée pour Nakagin est de recouvrir les capsules de végétation ce qui constituerait un jardin sur plusieurs étages accessibles par des escaliers. L’idée est intéressante mais ne prend pas en compte le fait que la structure du Nakagin n’est pas viable et aurait donc beaucoup de mal à supporter une charge supplémentaire. Le point intéressant tout de même est que ce building atypique et novateur encore maintenant fait réfléchir. Le concept de capsules utilisées comme chambre d’hotel existe d’ailleurs toujours au Japan, avec notamment la chaîne d’hôtels Nine Hours. Les idées novatrices de Kisho Kurokawa n’ont pas disparu et se matérialisent encore maintenant sous des formes modernisées.

En note pour moi-même, je réalise que la composition du nom Nakagin 中銀 provient des noms de l’arrondissement et du quartier où il se trouve. Naka correspond au premier kanji du nom de l’arrondissement Chūō 中央 et Gin correspondant au premier kanji du quartier de Ginza 銀座.