閏年エンディング ~其ノ伍~

Comme tous les ans pendant cette même période de fin Décembre, on me confie la mission d’aller chercher très tôt le matin au sanctuaire Ana Hashimangu les talismans qui nous protégeront pour la nouvelle année qui arrive. Pour aller jusqu’à la station de Waseda où se trouve le sanctuaire, je passe par la station de Takadanobaba et les quelques minutes nécessaires pour changer de ligne de train me laisse assez de temps pour prendre quelques photos de la grande fresque dédiée à Osamu Tezuka dessinée sous les voies de train. Sur le retour, je descends volontairement à la station Shin-Ōkubo pour aller voir à quoi ressemblent les rues remplies de boutiques coréennes mais il est un peu trop et rien n’est ouvert. En sortant de la station de Shin-Ōkubo, me revient tout de suite en tête une vidéo de l’émission Gokigenyō (ごきげんよう) du 4 Septembre 1991, que j’avais vu sur YouTube il y a quelques années. J’avais regardé cette émission car Jun Togawa en était l’invitée et c’était une période où j’écoutais presqu’exclusivement la musique de Jun Togawa, soit en solo ou avec son groupe Yapoos. Dans cette vidéo, elle revient dans les quartiers de son enfance de Shinjuku à Shin-Ōkubo, en marchant dans les rues de ces quartiers jusqu’à Kabukichō et en y rencontrant parfois des connaissances. J’aime revenir de temps en temps vers cette vidéo pour voir la manière d’être de Jun Togawa, car j’y ressens une sorte d’équilibre instable entre son excentricité naturelle et son besoin de normalité. En marchant depuis Shin-Ōkubo, je n’essaie pas forcément de reconnaître les endroits où Jun Togawa et le présentateur de l’émission ont marché, mais je passe volontairement devant l’école primaire Toyama qui est mentionné dans le morceau intitulé Toyama Shōgakkō Kōka 〜 Aka-gumi no Uta (戸山小学校校歌〜赤組のうた) de son deuxième album Kyokutō Ian Shōka (極東慰安唱歌). Dans la vidéo, elle passe en fait devant le collège Toyama plutôt que l’école primaire. Les quartiers filmés en 1991 et ceux de maintenant ont très certainement beaucoup changé car presque 30 ans se sont écoulés. A la télévision, il n’est pas rare de voir des émissions musicales revenant sur les Eighties, mais je n’y ai jamais entendu de morceaux de Jun Togawa. Elle était pourtant connue à cette époque, même invitée par l’intermédiaire de Takahashi Yukihiro du YMO à l’émission de Tamori, Telephone Shocking de Waratte ii Tomo! (笑っていいとも! テレフォンショッキング) le 4 Juillet 1985. Elle a même été invitée plusieurs fois, mais j’aime beaucoup revoir cet extrait d’émission de 1985, quelques mois avant la sortie de son troisième album Suki Suki Daisuki (好き好き大好き), dont le morceau titre est certainement son morceau le plus connu. Elle a une personnalité très pure mais on devine tout de suite sa fragilité, qui n’apparait pas vraiment dans ses morceaux comme celui que je mentionne ci-dessus. Même si elle prétendait vouloir faire des chansons d’idoles, c’est une musique complètement atypique, qui est également très loin de la city pop en plein succès à cette même époque.

閏年エンディング ~其ノ四~

Je reste à Jingumae pour quelques autres photographies qui ne sont pourtant pas toutes prises la même journée. On commence par Ura-Harajuku, une des petites rues à l’arrière de Harajuku, où s’aligne une série d’affiches pour Beams à l’arrière d’un building. Cette couleur rouge avec des personnes en chutes libre s’accorde bien avec le mouvement du cycliste qui passait à ce moment là. J’aime beaucoup cette photographie car je suis toujours attiré par les couleurs rouges dans le décor urbain, qui sont en général assez rares. Je continue ensuite vers la petite rue Cat Street, attiré par un nouveau petit bâtiment monolithique de béton. ll s’agit d’une annexe à la galerie The Mass située juste à côté et qui s’appelle StandBy. Le bâtiment est ouvert sur la rue, sans fenêtres. On y montrait deux installations étranges contenant chacune un bonsai en croissance controlée, chaque réceptacle conservant une température et une humidité adéquates. Il s’agit d’une installation visible jusqu’à fin Janvier 2021 intitulée “Paludarium Tachiko & Yasutoshi” par le collectif artistique AMKK créé par l’artiste floral Makoto Azuma. A noter que les blocs hermétiques de conservation des deux bonsai nommés Yasutoshi et Tachiko possèdent également un petit module stéréo pour y diffuser de la musique. J’aime beaucoup cette idée d’intégrer la musique comme un élément indispensable de la conservation de ces plantes. Comme l’artiste nous l’explique sur son site web, ce concept de conservation n’est pas nouveau, mais sa mise en place dans un bunker de béton ouvert sur l’extérieur a quelque chose de futuriste. Quant à ce petit bâtiment en béton sur l’avant dernière photo, il est bien mystérieux avec sa forme de flèche semblant nous indiquer une direction.

Je suis abonné à NetFlix depuis quelques années, mais je ne l’utilise très certainement pas autant que je devrais. Je suis souvent face à une multitude de choses à voir que je mets dans mes favoris mais je peine toujours à trouver le temps de regarder ce que j’ai sélectionné. Je me laisse quand même attiré par la série japonaise en 8 épisodes Alice in Borderland (今際の国のアリス) tirée du manga du même nom par Haro Aso, que je ne connaissais pas. La série exclusive à NetFlix est réalisée par Shinsuke Sato, dont j’avais déjà vu le film de science fiction Gantz avec Kazunari Ninomiya, Kenichi Matsuyama et Natsuna entre autres. En fait, dès le premier épisode de Alice in Borderland, j’avais tout de suite noté quelques ressemblances avec l’univers de Gantz. On se trouve dans une sorte de monde parallèle où les protagonistes doivent accomplir des missions pour survivre. Certains épisodes me rappellent aussi par moment Battle Royale. La série est assez violente, mais visuellement très belle. La totalité des scènes de la série est prise dans un Tokyo vidé de sa population, par des effets spéciaux. Je connaissais déjà Tokyo vide dans les livres photographiques de Masataka Nakano, mais ces scènes notamment dans des quartiers de Shibuya que je connais bien ont de quoi surprendre. Je m’arrêterais là sur mon émerveillement à voir en images un Tokyo vide. Les acteurs principaux, Kenta Yamazaki dans le rôle de Ryōhei Arisu et Tao Tsuchiya dans le rôle de Yuzuha Usagi, sont plutôt convaincants et l’histoire est très accrocheuse, même si elle n’est pas forcément très originale. Chaque mission est dirigée par un groupe mystérieux dont on ne sait que peu de choses et qui identifie chacune des missions par les signes d’un jeu de cartes. Le titre de la série ainsi que ces symboles de cartes à jouer nous font bien entendu penser au monde d’Alice au pays des Merveilles, d’autant plus que les personnages principaux s’appellent Arisu (pour Alice) et Usagi (évoquant le lapin d’Alice). Je me demande s’il y aura des liens qui vont s’établir entre l’intrigue de cette série et le monde d’Alice in Wonderland.

閏年エンディング ~其ノ参~

Elle est charmante cette petite coccinelle jaune garée devant les bureaux des architectes Klein Dytham à Ebisu. On ne le remarque pas toujours très facilement mais j’applique régulièrement une certaine symétrie dans l’agencement des photographies de mes billets. Sur celui-ci, je place volontairement les photographies avec une voiture sur le premier et le dernier billet, la coccinelle jaune orientée vers la droite pour signifier le début du billet et la Nissan bleue dirigée vers la gauche pour la fin de la série. L’architecture monolithique de béton en deux photographies est placée au centre et les scènes pleines de verdure viennent faire une transition avec ce béton brut. Ce bâtiment de béton est extrêmement intéressant car on a l’impression que cette masse sans ouverture est en lévitation au dessus du sol. Il s’agit en fait d’une coque de béton maintenue par des piliers au centre du bâtiment. Les murs ne touchent donc pas le sol et sont maintenus par le haut. Il s’agit de nouvelles toilettes publiques ouvertes cette année, situées à côté de la gare de Sendagaya et conçues par les architectes Makoto Tanjiri et Ai Yoshida de l’atelier Suppose Design Office.

Alors que j’appréciais beaucoup écouter les émissions radio de découverte musicale comme celle de Bernard Lenoir sur France Inter quand j’étais étudiant en France ou plus tard sur le feu podcast des Inrockuptibles dans la deuxième partie des années 2000, je n’en ai pas beaucoup écouté ces dernières années faute de connaître de bonnes émissions. On m’avait conseillé d’écouter l’émission Very Good Trip de Michka Assayas sur France Inter et je me suis mis à l’écouter assez assidûment ces derniers temps. L’émission fonctionne souvent par thème ou présente des groupes ou artistes en particulier. Je passe mon tour quand ce sont des artistes que je n’apprécie pas beaucoup (par exemple Kate Bush) mais l’émission devient un vrai plaisir quand elle permet de découvrir des artistes que je connaissais sans connaître (par exemple Dead Can Dance). J’ai beaucoup aimé les émissions rétrospectives sur John Lennon, à l’occasion des 40 ans de sa mort, car Michka Assayas évite les classiques qu’on a trop entendu et nous fait découvrir d’autres facettes moins connues de Lennon, du moins pour un néophyte comme moi. Le podcast de l’émission est même l’occasion d’écouter des morceaux d’albums que je n’aurais sinon probablement jamais écouté, comme le dernier de Paul McCartney dont certains morceaux sont étonnamment très bons (par exemple le morceau Slidin’ au tout début de l’émission). Et puis, il y a des émissions sublimes comme celle en duo avec Philippe Katerine. Je ne connais pas beaucoup la musique de Philippe Katerine, mais le personnage en lui-même est génial et son approche atypique de la musique est très intéressante, sans parler de l’humour qui remplissait l’air de rien toute l’émission. Il y a des émissions que j’ai écouté plusieurs fois car les découvertes y étaient très nombreuses, comme celle où j’ai découvert dans un même podcast, les morceaux Don’t Run and Hide de la norvégienne Ane Brun, le morceau electro On de Kelly Lee Owens sur son album Inner Song ou encore le superbe single Robber de The Weather Station. En fait, j’aime beaucoup le ton de Michka Assayas dans ses émissions. Il arrive, je trouve à transmettre sa passion musicale sans pour autant en faire trop et en restant mesuré dans ces commentaires en général très bien documentés. Il m’a aussi rappelé dans son émission du 18 Novembre que Thurston Moore avait sorti un nouvel album solo intitulé By The Fire, que je me suis dépêché de me procurer. A l’écoute du premier morceau de l’album, j’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’un morceau de Sonic Youth, tant le son de sa guitare me semblait familier et proche des sonorités entendues chez Sonic Youth. Il y a d’ailleurs quelque chose de confortable à réentendre ce son après presque 10 ans que le groupe s’est séparé. Je ne ressentais pas ce genre de similitudes sur l’album précédent de Thurston Moore, Rock n Roll Consciousness sorti en 2017, ni sur l’album de Kim Gordon, No Home Record sorti en 2019 car il partait sur des pistes musicales très différentes de celles de Sonic Youth. Au final, après la séparation de Sonic Youth, on se retrouve avec deux artistes indépendants (Thurston et Kim) créant tous les deux d’excellents albums. Thurston donne une grande part à l’instrumental dans les compositions de By The Fire. Sur la partie instrumentale au début du troisième morceau, je m’attends toujours à entendre la voix de Kim Gordon, mais c’est bien Thurston seul qui assure les voix sur la plupart des morceaux sauf le dernier de l’album qui est purement instrumental. Les parties instrumentales jouent sur la puissance des guitares, et peuvent parfois être un peu difficiles à appréhender dès la première écoute, notamment le sixième morceau Locomotives. Thurston vit à Londres depuis quelques années, et est entouré par l’anglaise Debbie Gouge de My Bloody Valentine à la guitare basse et par Steve Shelley, rescapé de Sonic Youth, à la batterie. Steve Shelley joue aussi le rôle d’archiviste des oeuvres de Sonic Youth, qui sont ajoutées petit à petit sur le compte Bandcamp du groupe, notamment de nombreux live et la collection des SYR (dont le 9ème pour la bande originale du film ‘Simon Werner a disparu’ dont je parlais dans un billet précédent). By The Fire s’écoute d’un bloc. On y trouve de nombreuses accroches qui m’y font revenir très régulièrement ces dernières semaines.

閏年エンディング ~其ノ弐~

Le but de ma marche en ville cette fois-ci était de trouver un bâtiment conçu par Kengo Kuma en 2009, Le Hall TOGO, se trouvant à proximité du sanctuaire Tōgō. Les formes en lamelles de bois sur l’avant et l’arrière du hall tout en longueur sont typiques du style de Kuma. J’aime surtout le design en forme de losange des murs légèrement obliques servant d’espaces pour y faire pousser des plantes. Le bâtiment a déjà plus de dix ans et on ressent déjà l’effet de l’humidité sur la surface du bois. Je découvre ce bâtiment que je ne connaissais pas du tout grâce au compte Instagram de l’amoureux d’architecture Toshy129. Je consulte de moins en moins Instagram et j’y publie également beaucoup moins, mais je garde toujours un œil sur quelques comptes surtout architecturaux qui me donneront des idées de visites ultérieures. Le compte Instagram de Toshy est extrêmement complet avec à chaque fois, ou presque, l’adresse notée, l’année de construction et le nom de l’architecte. Vu comment je galère parfois à trouver certains bâtiments sans avoir l’adresse, je me demande comment il réussit à réunir autant d’information sur l’architecture tokyoïte. Ceci-dit, je ne vois pas beaucoup de maisons individuelles dans sa liste et ce sont principalement celles-ci qui sont difficiles à trouver, et qui m’intéressent le plus, il faut bien le dire.

En remontant l’avenue Omotesando, on ne peut pas manquer de voir la grande mosaïque créée par Taniuchi Rokuro en 1975 sur l’ancienne librairie Sanyodo shoten, toujours en activité. En fait, cette mosaïque fait tellement partie du décor qu’on la remarque pratiquement plus. Je me suis rendu compte que je ne l’avais jamais prise en photo jusqu’à maintenant. Ma photographie est malheureusement incomplète. Elle s’intitule « Le trou dans le parapluie est la première étoile » (傘の穴は一番星), car le parapluie couleur bleue nuit du petit garçon est percé et la lumière qui le traverse lui fait penser à une étoile. Je n’ai pas eu la présence d’esprit d’intégrer cette étoile imaginaire dans le cadre de la photographie, certainement parce que je voulais inclure des passants dans cadre. Ça me donnera une occasion de revenir un peu plus tard pour rectifier cette omission. Sur l’avenue d’Omotesando, ce petit bâtiment préservé des reconstructions fait figure d’exception. Espérons que l’aspect symbolique de cette mosaïque lui permette d’être conservé encore longtemps à cet endroit, mais j’ai quelques doutes que cela soit suffisant.

Les deux dernières photographies montrent quelques lumières néons de la gare de Shibuya, celles de la passerelle reliant l’immeuble Scramble Square à Hikarie, et celles en sous-sol de la station de la ligne Fukutoshin, dont je montrais le dôme dans un billet précédent. Quant aux feuilles mortes qui se ramassent à la pelle, je prends la première photographie de ce billet en réécoutant à ce moment précis la reprise que fait Sheena Ringo des Feuilles Mortes de Jacques Prévert, chantée en français puis en anglais, sur l’album Utaite Myōri: Sono Ichi (唄ひ手冥利 ~其ノ壱~) sorti en 2002. Le morceau prend le titre japonais Kareha (枯葉). Il est également interprété lors du concert Baishō Ecstasy. Je me suis mis à réécouter par petites touches cet album que j’avais acheté à l’époque mais que j’avais longtemps ignoré (à part quelques morceaux).

Alors qu’il ne reste plus que quelques jours avant la fin de l’année, l’envie me prend comme tous les ans à cette époque, de regarder les statistiques de Made in Tokyo. J’ai écrit 141 billets en cette année 2020, ce qui est à peu près similaire à l’année dernière avec 137 billets, mais beaucoup plus que les années précédentes (126 billets publiés en 2018 et 95 en 2017). Je n’ai bien entendu pas d’objectif quant au nombre de billets que je vais écrire sur ce blog, mais le fait que j’arrive d’année en année à maintenir un rythme soutenu me satisfait beaucoup. J’ai aussi le sentiment que les billets que j’ai écrit cette année sont dans l’ensemble plus longs, certainement parce que je parle beaucoup de musique japonaise, sujet qui me passionne depuis quelques années et qui est souvent le déclencheur de l’écriture d’un nouveau billet. En fait, je commence souvent à écrire un billet en pensant à la musique que j’écoute au moment de démarrer l’écriture. Les photographies que je prends sans relâche dans les rues tokyoïtes sont bien sûr l’autre principal déclencheur, mais j’ai beaucoup plus de mal à parler seulement des lieux photographiés sans les lier à une ambiance musicale. Ce besoin de liaison est loin d’être nouveau et me suit depuis de très nombreuses années (depuis toujours en fait). Pour apprécier ce blog, il faut, je pense, être sensible à ces deux éléments. Je ne prétends pas arriver à lier musique et photographie d’une manière convaincante. Il faut souvent passer par les mots pour essayer de construire un parallèle. Mes tentatives de liaison doivent souvent passer inaperçues. En regardant à la date d’aujourd’hui, il y a eu un total de 17,209 visites sur Made in Tokyo, ce qui fait une moyenne de 47 visites par jour. On est dans le même ordre l’idée que l’année dernière avec 16,381 visites et une moyenne de 45 visites par jour. Le nombre de commentaires est par contre en très nette progression avec un total de 173, ce qui est presque 3 fois plus que l’année dernière avec 62 commentaires. Ceci étant dit, beaucoup proviennent de deux ou trois personnes en particulier qui se reconnaîtront et que je remercie grandement. Je ne peux m’empêcher de renouveler mon appel aux commentaires, surtout parmi ceux qui viennent régulièrement visiter ces pages en restant silencieux. J’ai beaucoup considéré ajouter un champ avec le nombre de commentaires par billets affiché près du titre de chaque billet, comme moyen pour susciter les commentaires, mais j’ai finalement décidé de maintenir la manière actuelle. J’aime bien l’idée que les commentaires ne soient pas immédiatement visibles depuis la page principale, comme cachés à l’abri des regards, mais visibles pour ceux qui prennent la peine d’être intéressé par le sujet traité dans le billet. Comme je le dis souvent, ces statistiques ne sont pas la raison pour laquelle j’écris sur ce blog. Je pense qu’en plus de montrer Tokyo et de parler des musiques que j’aime, je ressens aussi de plus en plus le besoin d’écrire en français.

閏年エンディング ~其ノ壱~

J’ai encore beaucoup de photographies à montrer avant la fin de l’année, même si elles ne sont pas toutes très intéressantes. Celles de ce billet sont plutôt dans la catégorie des photographies moyennement intéressantes, bien qu’elles aient tout de même un intérêt architectural pour la plupart d’entre elles. Je suis en fait déjà passé plusieurs fois à ces endroits et j’ai déjà montré ces bâtiments en photo auparavant, à part peut être la dernière maison appelée Sin Den, conçue par les architectes Klein Dytham. Ce dernier petit bâtiment était en fait la raison de mon déplacement car je le connaissais depuis très longtemps sans l’avoir vu et pris en photo. De mes souvenirs de photos vues sur Internet ou dans un magazine, la couleur noire des murs était beaucoup plus prononcée que dans son état actuel, ce qui fait un peu perdre au bâtiment un certain impact visuel. Alors que je regardais mon chemin sur la carte de mon smartphone, un homme qui devait avoir à peu près le même âge que moi, me demande, en anglais, si je cherche mon chemin. C’est assez rare à Tokyo qu’une personne prenne volontairement un peu de son temps pour essayer d’aider quelqu’un de perdu. Sauf que je n’étais pas perdu et je soupçonne que la personne voulait pratiquer son anglais. Il m’avait l’air ceci-dit tout à fait sympathique, mais j’étais un peu embêté pour lui fournir une explication claire sur ce que je recherchais. La scène se passant devant le bâtiment Sin Den, j’étais déjà arrivé à mon but. J’aurais dû lui dire que je recherchais de l’architecture remarquable, mais ce que j’avais devant moi n’était pas aussi remarquable que je le pensais.

Mes promenades architecturales m’amènent régulièrement dans des zones résidentielles où très peu de personnes circulent. J’ai toujours une petite appréhension lorsque je marche dans ce genre de quartiers purement résidentiels en dehors du centre de Tokyo, car je me dis que les résidents qui me voient peuvent se demander ce que je viens faire ici avec un appareil photo en bandoulière, d’autant plus que je regarde dans tous les sens, notamment les maisons individuelles pour y déceler leurs particularités (si elles en ont). Je ne suis pas certain qu’il y ait beaucoup de personnes marchant dans ces quartiers pour prendre des murs de béton en photo. C’est peut-être aussi pour éviter un éventuel questionnement sur ma démarche que je mets des écouteurs et de la musique lorsque je marche dans ces rues.

Et parce qu’il faut bien faire une petit pause de temps, je n’écoute pas Sheena Ringo ou Tokyo Jihen mais je reviens vers Burial, qui nous fait le plaisir immense de sortir un nouveau morceau de 12 minutes intitulé Chemz. Le morceau n’est pas ambient comme certains des précédents, mais il est tout autant polymorphe. On ne s’éloigne pas de l’ambiance typique de burial, avec atmosphère brumeuse et sample de voix qui se répète. Les sons de Burial me donne l’impression de rentrer dans un club underground londonien au troisième sous-sol (c’est mon imagination pure car je ne connais pas les clubs londoniens, d’autant plus ceux au troisième sous-sol) et ils fonctionnent toujours excellemment bien. Je pense que c’est un des morceaux que je préfère depuis le EP Rival Dealer de 2013, qui reste quand même son meilleur EP après l’album Untrue. La longueur bienvenue du morceau nous aide à accepter le fait qu’il ne sorte qu’un ou deux nouveaux titres par an. En fait, il y a bien un autre morceau annoncé avec Chemz, Dolphinz disponible en pré-commande, mais il ne sortira que le 28 Février 2021. Et comme une bonne surprise ne vient jamais seule, j’en ai aussi profité pour écouter les deux très beaux titres Her Revolution et His Rope nés de l’association de Burial, Four Tet et Thom Yorke. L’ambiance y est plus calme et méditative, avec des samples tournant doucement en boucle et la voix de Thom Yorke que je n’avais pas entendu depuis son album solo Anima. En ces temps relativement anxiogènes, il y a pour moi quelques chose de rassurant dans la voix de Thom Yorke, peut être parce que je l’écoute depuis plus de vingt cinq ans, avec l’album The Bends et surtout le morceau Creep de l’album d’avant que j’avais découvert dans le film Cyclo de Tran Anh Hung sorti également en 1995. Je n’ai pourtant pas suivi assidûment Radiohead car j’ai eu une période de décrochage après Hail to the Thief. Un peu comme pour Sheena Ringo et Tokyo Jihen, j’y suis revenu un peu plus tard pour rattraper les quelques albums que j’avais manqué et qui m’avaient paru à ce moment là comme étant des évidences. J’avais d’ailleurs parlé de Radiohead et SR dans un billet groupé, bien qu’ils n’aient pourtant pas grand chose en commun à part le fait que Sheena a repris Creep sur ses tous premiers concerts et qu’elle a une certaine admiration pour Radiohead.