les danses estivales du Shirokane Awa-Odori

L’été est aussi la saison des Matsuri. C’était la première fois que j’allais voir le festival de danse traditionnelle Awa‑Odori du quartier de Shirokane (白金阿波踊り), qui est célébré chaque été au mois de Juillet. Son histoire n’est pas très ancienne car il a été créé il y a quatorze ans par des associations locales dans le but de renforcer les liens entre les habitants de ce quartier très résidentiel, qui n’est pas traditionnellement connu pour ses festivals. Des troupes (連) venues de la préfecture de Tokushima à Shikoku et de quartiers de Tokyo participaient à cet événement qui se déroulait le Dimanche 20 Juillet de 14:10 à environ 18:30. La partie principale du Matsuri sur la rue commerçante Shirokane Kitasato-dōri (白金北里通り) démarrait à partir de 17h, tandis que les préparatifs se déroulaient au parc proche de Sankō Jidō Yūen, couvert par une autoroute. J’y suis d’abord allé trop tôt, un peu après 11h, pour me rendre rapidement compte que rien n’était démarré car cette horaire annoncée sur les affiches placardées dans les rues de Shirokane correspondait en fait à l’heure de rassemblement des participants. Je suis ensuite revenu un peu avant 17h, heure vers laquelle démarrait la grande parade dansante (流し踊り) le long de la rue commerçante. Les danseuses coiffées et les musiciens étaient déjà réunis à proximité de la route en attendant que la police ferme entièrement la rue pour une bonne heure et demi de danse traditionnelle.

Les danses traditionnelles Awa‑Odori sont nées à Tokushima et y sont pratiquées en été pendant la période d’Obon, mais on trouve également un festival important à Tokyo, dans le quartier de Kōenji. Le Shirokane Awa‑Odori est en fait inspiré du modèle de Kōenji, car la troupe Tokyo Tensuiren (天水連), active dans le festival d’Awa-Odori de Kōenji, a aidé le quartier de Shirokane dans la mise en place de leur propre festival lors de leur première année. Depuis quelques années, l’organisation du festival de Shirokane collabore avec la ville d’Anan à Tokushima (徳島県阿南市), mettant en place un échange culturel où les membres de la troupe Sasayuri-ren (ささゆり蓮) de la ville d’Anan viennent jusqu’à Tokyo pour enseigner la danse et participer au festival. Outre Sasayuri-ren, des troupes de Kōenji comme Tokyo Tensuiren et Benkeiren (弁慶連) participaient au festival. Le quartier de Shirokane possède également sa troupe formée par des élèves du collège Shirokane-no-oka Gakuen (白金の丘学園). Il n’est en tout cas pas rare de voir des troupes d’autres quartiers participer. La troupe Benkeiren (弁慶連) participe principalement au Kōenji Awa Odori Festival en Août, mais est également présente à d’autres festivals comme celui de Shimokitazawa, de Koiwa et celui de Shirokane.

Un peu après 17h, la grande parade démarre enfin et je suis positionné au bord de la route avec mon appareil photo en mains. Ce n’est pas la cohue dans la rue commerçante. Ce festival est à taille humaine, ce qui est particulièrement agréable. Les danseuses vêtues d’un yukata entrent en scène au milieu de la rue commerçante et se positionnent en attendant les sons de tambours annonçant le démarrage de la procession. Elles sont accompagnées de musiciens jouant de différents types de tambours Taiko, de flûtes, de shamisen. Chaque troupe de danse fait plus d’une trentaine de personnes, comprenant les danseurs et musiciens portant des costumes assortis marqués du nom de leur troupe. Un des membres de chaque troupe ouvre le cortège en portant une longue perche avec des lampions. On trouve deux groupes distincts de danseurs et danseuses dans chaque cortège, le groupe Onna-odori et le groupe Otoko-odori. La danse féminine (Onna-odori) est la plus gracieuse. Chaque danseuse avance à petits pas avec une grande élégance et une assurance certaine. Elles portent un chapeau en paille tressée caractéristique appelé Amagasa. Leur marche en geta inclinée avec les orteils touchant pratiquement le sol relève de l’équilibrisme. Les bras des danseuses sont élégamment portés au-dessus de la tête et forment des mouvements répétitifs d’une grande légèreté. La danse masculine (Otoko-odori) est en comparaison beaucoup franche et marquée, plus agressive même, prenant des postures basses avec genoux écartés. Des hommes mais également des femmes, et des enfants la pratiquent. Les deux groupes interagissent entre eux, se dépassent, se rejoignent, dans des mouvements très chorégraphiés mais gardant une certaine liberté. J’aime beaucoup quand les deux groupes s’interpellent avec des cris d’encouragement, appelés kakegoe (掛け声), comme le « Yattosa! » (やっとさー!) souvent suivis de « A, Yatto Yatto! » (ア、ヤットヤット!) prononcés au rythme de la danse et des tambours. Ces onomatopées rituelles sont issues des dialectes de Shikoku et entendent attirer la foule à danser avec eux.

Au grand final de la grande parade, les tambours de la troupe Tensuiren (天水連) deviennent très denses et intenses. On sent que les percussionnistes redoublent d’effort et les sons des différents taiko qui sont frappés sans interruptions deviennent même hypnotiques. J’ai particulièrement apprécié ce final pour la puissance presque viscérale de ces tambours. J’aurais voulu qu’ils continuent encore mais le final s’annonce ensuite dans une danse chaotique. Ce festival relativement petit en taille m’a donné envie d’aller voir celui de Kōenji, que je connais par réputation sans y avoir jamais été. Il y a clairement quelque chose d’hypnotique et de fascinant dans ces danses et cette musique. Il y a une esthétique générale dans la chorégraphie de la danse féminine qui m’échappe mais dont je ressens une grande force, surtout quand les danseuses accélèrent soudainement le pas pour avancer comme un katana fendrait l’air. J’ai pris de très nombreuses photographies de ces moments suspendus dans le temps et les époques, mais la sélection pour ce billet a été drastique.

Photo tirée du concert de Sheena Ringo lors de la tournée Ringo Expo’08 (林檎博 ’08) sur le morceau Omatsuri Sawagi (御祭騒ぎ), de l’album Kyōiku (教育) de Tokyo Jihen, entourée d’une troupe de danseuses du Koenji Awa Odori Shinkō Kyōkai (高円寺阿波おどり振興協会)

De retour à la maison et en préparant l’écriture de ce billet, je me suis rappelé que Sheena Ringo avait invité sur scène une troupe d’Awa Odori composée d’environ 80 danseuses du Koenji Awa Odori Shinkō Kyōkai (高円寺阿波おどり振興協会) sur sa tournée Ringo Expo’08 (林檎博 ’08), pour le morceau O‑Matsuri Sawagi (御祭騒ぎ). Cette troupe avait été formée spécialement pour cette tournée à partir de troupes affiliées à la Koenji Awa Odori Shinkō Kyōkai. Cette association de Kōenji compte 31 troupes et on y retrouve notamment la troupe Benkei‑ren (弁慶連) que je mentionne ci-dessus. J’avais déjà parlé de tout cela dans un billet détaillé sur ce concert de la tournée Ringo Expo’08.

red as an apple tree

Baji Kōen (馬事公苑) à Setagaya, le Samedi 12 Juillet 2025.

Un heureux hasard nous amène jusqu’au parc Baji Kōen (馬事公苑), qui comme son nom l’indique en japonais est dédié à la chose équestre. Il s’agit en fait d’un parc équestre et public géré par la Japan Racing Association (JRA). Il a été fondé en 1940 pour y former les cavaliers et fut l’ancien site des épreuves d’équitation des Jeux Olympiques de Tokyo en 1964. Le parc a été grandement rénové et également utilisé pour les Jeux de Tokyo 2020 (qui ont eu lieu en 2021). On peut voir quelques références à ces Jeux dans le parc, notamment des fontaines à eau en forme de tête de cheval avec logo de Tokyo 2020. Il s’agit d’une heureuse découverte car l’endroit est magnifiquement entretenu, très ouvert et donnerait envie de s’y asseoir. Je me dis souvent, en étant dans ce genre d’endroits, que je me verrais bien m’installer dehors pendant plusieurs heures pour y écrire mes billets de Made in Tokyo sur mon iPad. J’imagine que ceux qui habitent près du parc doivent beaucoup en profiter mais il restait néanmoins très calme. Il semble que le parc contient de nombreux cerisiers, mais peut-être y a t’il également un ou deux pommiers? Je n’en ai pas trouvé malheureusement ce qui rend un peu caduque mon titre de billet et la transition vers la deuxième partie du billet (emoji d’un rire gêné en se frottant l’arrière de la tête) (corbeau noir traversant l’écran en laissant derrière lui une traînée noire en pointillés).

Roppongi Hills, Shiseido Pop-Up Event, le Dimanche 13 Juillet 2025.

Deux semaines seulement après son single Susuki ni Tsuki (芒に月), sous-titré La velada legendaria, Sheena Ringo sort déjà un nouveau single intitulé under experiment (実験中) qui m’enchante d’entrée de jeu pour son approche rock bruitiste. Ringo ressort donc sa guitare, accompagnée comme toujours par Yukio Nagoshi (名越由貴夫) également à la guitare mais aussi à la sitar électrique, Keisuke Torigoe (鳥越啓介) à la basse et Shun Ishiwaka (石若駿) à la batterie. Ce nouveau single est en fait une collaboration avec la marque de cosmétique Shiseido pour un produit nommé Ultimune (アルティミューン) sensé effacer les marques du stress (ストレス解放区). Ce n’est pas la première fois que Ringo s’associe à Shiseido. La première fois devait être en 2011 avec le single Onna no Ko Daredemo (女の子は誰でも) pour la ligne Shiseido Maquillage (マキアージュ) avec une publicité sur laquelle elle montrait son visage. En 2016, une autre association voit le jour avec le single MA CHÉRIE (マシェリ) pour la ligne du même nom, mais Nana Komatsu (小松菜奈) apparait dans la campagne publicitaire. Ce n’était pas la première fois que Nana Komatsu était associée à Sheena Ringo car elle apparaissait dejà en 2012 dans la vidéo du single Jiyū he Michizure (自由へ道連れ). Sur la tournée Ringo Expo’24, on pouvait également voir en image le rouge à lèvres Shiseido Techno Satin Gel Lipstick en rouge avec bien entendu le codage de coloris #417.

Le single under experiment n’est certes pas aussi follement inspiré que Susuki ni Tsuki, mais a le grand intérêt de faire revenir Ringo vers des terrains rock plutôt agressifs, qui dépareillent un peu avec l’image de Shiseido, comme quoi elle doit avoir entièrement les mains libres artistiquement. Enfin, l’agressivité rock constitue très certainement une évacuation du stress qui nous ramène donc vers l’esprit de ce sérum cosmétique. Le single sortira en CD le 6 Août 2025 avec un autre morceau en Face B intitulé Hakujitsu no Moto (白日のもと) utilisé pour le film Kinki Chihō no aru Basho ni tsuite (近畿地方のある場所について). Il s’agit d’un film d’horreur réalisé par Kōji Shiraishi (白石晃士) qui sortira en salle le 8 Août 2025.

La vidéo du nouveau single under experiment est sorti le 9 Juillet 2025 et est bien entendu réalisée par Yuichi Kodama. Comme toujours, elle est dense et magnifiquement réalisée, en grande partie dans un studio rouge faisant directement référence à Shiseido, mais également dans des salles blanches cliniques où Ringo apparaît comme une scientifique à la recherche d’un sérum magique nous libérant de notre stress. Le badge avec son nom nous ramène vers l’époque de Honnou (本能) où Ringo avait son badge d’infirmière. La moto semble également être un vecteur d’évacuation du stress. Cela fait quelques temps que la moto intervient dans l’univers visuel de Sheena Ringo, ce qui me ravie bien entendu, avec d’abord la Yamaha SR, puis le modèle de moto customisé Escaper qui apparaissait dans la vidéo du morceau 1RKO (初KO勝ち), de l’album Hōjōya (放生会), avec Nocchi de Perfume. Le même atelier Ask Motorcycle a conçu la moto A400 Classica de cette nouvelle vidéo. Il s’agit d’une moto de type Café Racer basée sur une Honda CB350. J’ai bien l’impression, à en croire la vidéo, que Ringo conduisait réellement la moto. Aurait elle passé son permis moto ces dernières années ? Je n’ai en tout cas trouvé aucune information à ce sujet. La vidéo nous donne d’autres références vers les vidéos passées comme la batte de baseball ou la boxe, mais pas de trace de skateboard posé dans un coin de la pièce. Cette vidéo nous apprend en tout cas que Ringo a l’air de plutôt bien se débrouiller en boxe. Elle se crée souvent dans ces vidéos une image sérieuse, concentrée et même un peu froide, mais je note dans cette vidéo là des petites pointes d’auto-dérision. Et le meilleur moment de la vidéo est très clairement ce petit sourire satisfait devant un bon petit plat.

On pouvait voir cette scène de la vidéo dans un espace pop-up événementiel de Shiseido à Roppongi Hills du 10 au 18 Juillet 2025. J’avais d’abord hésité à y aller en pensant que ça se passait à Ginza, puis même essayé d’amener Mari avec moi, mais elle m’a finalement convaincu que comme ça se passait dans un espace spécial à Roppongi Hills, l’endroit devait être plus facilement accessible par la gente masculine. J’ai en tout cas fait mon devoir de fan en y allant et en jouant le jeu des activités qui y étaient proposées: le stamp rally, l’essai des gants de boxes, la photo devant un miroir avec des oreilles de chat. J’étais même encouragé par les membres du staff qui accompagnaient les visiteurs du pop-up événementiel. Heureusement que je n’ai pas une conscience trop forte de ma bonne adéquation aux lieux. Je ne regrette de toute façon pas d’y être allé. Dans un coin de la première salle rouge reprenant le set de la vidéo, on pouvait y trouver la batte rouge et la petite valise utilisée dans la vidéo. Une personne du staff nous précise qu’il s’agit de la véritable valise utilisée par Ringo dans la vidéo. On pouvait même la toucher.

孤独な一日が静かに押し寄せる

Kameari (亀有), le Samedi 7 Juin 2025.

Tous les ans lorsque l’été étouffant démarre, je me demande comment je vais aborder les nouveaux billets de Made in Tokyo, car l’inspiration est en général en berne et le nombre de visiteurs est également inférieur aux autres mois. Je parcours alors les archives des mois d’été des années précédentes pour me rendre compte que j’étais quand même relativement actif. Je prends alors mon courage à deux mains, tout en réfléchissant à un mode de publication estival. Je me suis décidé pour un modèle de billet avec deux photographies suivies de sous-titres, comme pour les quelques billets récents, mais le fait d’énoncer ici le format de ce modèle de billet m’en fera peut-être changer bientôt. Les deux photographies ci-dessus ont été prises dans le quartier de Kameari (亀有) au Nord Est de Tokyo alors que je me dirigeais depuis la station d’Ayase vers le SKWAT Kameari Art Center.

Ura-Harajuku (裏原宿), le Samedi 5 Juillet 2025. Kugahara (久ヶ原), le Dimanche 15 Juin 2025.

Le monstre coloré de la première photographie est posé devant la boutique 6%DOKIDOKI emblématique d’Harajuku. Elle a été fondée en 1995 par Sebastian Masuda, qui est lui-même une figure centrale du mouvement kawaii, ayant grandement contribué à définir l’identité visuelle de Kyary Pamyu Pamyu, notamment pour les décors de ses vidéos. La notoriété de la boutique s’est entre autres propagée par ses vendeuses au look excentrique très coloré jouant également les modèles, comme par exemple Yuka Mizuhara, la sœur de l’actrice et modèle Kiko Mizuhara. Elles ont également beaucoup contribué à la notoriété visuelle du magasin en apparaissant dans les magazines comme FRUiTS, que j’ai deja mentionné sur ces pages.

Je possède d’ailleurs un numéro du magazine FRUiTS, le 166 du mois de Mai 2011 avec justement Kyary en couverture. Je ne l’avais bien entendu pas choisi par hasard. Voir Kyary en photo à cette époque me rappelle un épisode de l’émission vidéo web Otaku-Verse Zero d’Août 2011 animée par Yū Asakawa (浅川悠), actrice de doublage (qu’on appelle seiyū) et Patrick Macias, Otaku notoire mais revendiqué. Kyary y était interviewée lors d’un événement organisé par Sebastian Masuda dans le Department Store de PARCO (l’ancien maintenant remplacé par le complexe actuel). C’était le tout début de sa carrière, car elle n’avait sorti que son premier single PONPONPON qui était très vite devenu un succès. Et en évoquant Patrick Macias, je pense en avoir déjà parlé mais je continue à écouter assidûment le podcast hebdomadaire Pure TokyoScope qu’il anime avec Matt Alt. On y parle beaucoup de culture Otaku, sur laquelle je ne suis pas toujours familier comme l’univers du Tokusatsu dont la star est Godzilla, mais le ton humoristique des émissions m’amuse toujours beaucoup et j’y reviens chaque semaine. Je n’ai pas d’appétit particulier pour les vieux films de monstres japonais, ni pour les robots à la Gundam, mais je garde quelques souvenirs très éparses d’un film d’animation Macross que l’on m’avait prêté il y a très longtemps en cassette VHS. Je ne sais pas de quel épisode il s’agit mais je me souviens très bien d’une scène dans les espaces futuristes d’un immense vaisseau-ville spatial. Cette scène m’avait fasciné mais j’en ai complètement perdu la trace à part ces quelques images floues qui traînent dans un recoin de mon cerveau, derrière une porte que j’ai du mal à ouvrir. Il me manque parfois la clé me donnant accès à mes propres souvenirs. Ce blog me permet d’en conserver quelques uns avant qu’ils ne finissent par disparaître un jour ou l’autre.

Et dans la playlist du mois de juillet, qu’ajoute-t-on, me demanderiez-vous peut-être d’un air impatient?  Je reviens une nouvelle fois vers le groupe XAMIYA composé d’Airi Kamiya et de Xansei avec deux nouveaux singles dont celui intitulé GG sorti le 30 Mai 2025. Ce single assez court mélange un esprit rock avec une electro-pop faite de synthétiseurs un peu rétro. Le rythme est extrêmement accrocheur avec une percussion assez mécanique et une basse très présente, et le chant de Kamiya un peu punk sur les bords. J’écoute ensuite le sixième single du duo intitulé Futari, sorti le 11 Juillet. Ce nouveau morceau est très différent de GG, plus posé avec une mélancolie légère et intime. Musicalement, le morceau est très bien dosé, avec une instrumentalisation assez minimaliste au tempo modéré et une chaleur palpable. Il y a quelque chose de très naturel et d’évident dans le chant de Kamiya, ce qui me plait beaucoup sur ces deux morceaux. Et allez savoir pourquoi, ma playlist se tourne ensuite vers quelques morceaux de K-Pop, en commençant par celui intitulé Earthquake par JISOO, en solo échappée du groupe Blackpink. Je n’ai jamais apprécié Blackpink mais cet earthquake de JISOO est quand même assez excellent. Et je poursuis ensuite avec Dirty Work du groupe aespa. Le morceau n’est certes pas aussi marquant que Supernova ou Whiplash mais j’aime son atmosphère hip-hop assez froide et industrielle. Je bifurque ensuite vers l’artiste sino-américaine Lexie Liu et son single Pop Girl sorti en Mars 2025. J’accroche immédiatement au rythme electro-pop très prononcé et joueur. Ces petits moments de pop mainstream insouciante dans ma playlist font beaucoup de bien.

Je découvre tout récemment la chanteuse Hong-Kongaise Li Zelong (李澤瓏) avec un single intitulé Habit (習癖) sorti l’année dernière, en Juin 2024. Elle chante en fait en japonais sur ce morceau et est distribuée par Avex Hong Kong. Je l’ai découverte à travers un groupe Discord dédié à Sheena Ringo qui notait que Li Zelong avait interprété sur son compte Instagram une reprise au piano et au chant du morceau Poltergeists (ポルターガイスト) de l’album KSK de Sheena Ringo. Sa reprise étant très convaincante, je suis partie à la recherche de sa musique sur YouTube pour tomber assez rapidement sur ce morceau intitulé Habit (習癖). Ma grande surprise était de constater que ce morceau a été écrit, composé, arrangé et produit par Seiji Kameda. Je note même une certaine ressemblance ou mimétisme dans certaines sonorités de sa voix (notamment sur les paroles 静かに押し寄せる) et dans sa manière d’être dans la vidéo du morceau qui me rappelle Ringo au début des années 2000. Le morceau est en tout cas très bon et c’est un grand plaisir de découvrir ce genre de petites perles musicales.

一歩先の未来から、戻ってきた気がする

Ura-Harajuku (裏原宿), le Samedi 5 Juillet 2025.

Aperçue dans une rue perpendiculaire à Cat Street à Ura-Harajuku, une superbe Harley-Davidson noire est garée le long d’un mur grisâtre à l’abri des regards. Il s’agit à priori d’un modèle customisé Harley-Davidson Breakout, possiblement de 2023 avec un puissant moteur Milwaukee-Eight 117. Je ne suis pas un fanatique de la marque mais je dois bien avouer que cette moto est superbe, et me donnerait presque envie de me remettre à conduire une moto. Il fut une époque, peu de temps après avoir passé mon premier permis 400cc, où j’aimais partir à moto le soir après le travail, sans but précis, seulement pour apprécier la conduite la nuit sous les lumières de la ville. Je ne conduirais probablement plus jamais une moto. il ne me reste que cette nostalgie qui n’est pourtant pas si lointaine.

Shirokane (白金), le Dimanche 22 Juin 2025.

Dans un de mes récents billets, je citais des paroles d’un morceau du groupe indé iVy évoquant le fait que “Ne pas savoir, c’est être adulte, tandis que vouloir savoir, c’est être un enfant” (知らない方が大人で知りたい方が子供). Ces paroles m’interpellent car j’utilise depuis peu ChatGpt en remplacement de Google pour « savoir » plein de choses souvent inutiles. Aller dans un Family Restaurant de la chaîne Royal Host me donne par exemple envie de savoir l’origine de la société, qu’elle était la première implémentation de la chaîne au Japon (à Kita-Kyushu en 1971) ou la première implémentation à Tokyo (Mitaka en 1974). Aller dans un restaurant de la chaîne de restaurants chinois Bamiyan me fait me demander quel est le modèle des chats robots qui nous servent (des BellaBot conçus par Pudu Robotics). Autre question, quelle est la signification du MOS de la chaîne de burgers MOS Burger opérant au Japon depuis 1972 (MOS vient de Mountain, Ocean et Sun, mais également de Merchandising Organizing System). Je n’utilise bien sûr pas ChatGpt uniquement pour me renseigner sur l’histoire des restaurants où on va déjeuner ou dîner. Je l’utilise en fait de plus en plus pour faire des recherches dans la préparation de certains billets de Made in Tokyo. Je constate une amélioration de l’outil assez notable par rapport à mes premiers essais il y a plusieurs mois. La contextualisation des questions que l’on pose à ChatGpt est quand même agréable. Le tout est de ne pas en abuser sans modération (ou l’inverse peut-être).

一歩先の未来も今分からない。

Dans ma playlist du mois de Juillet, j’ajoute bien sûr le nouveau single intitulé Performer (演者) d’4s4ki qu’elle a composé avec NUU$HI. Il est sorti le 9 Juillet 2025 avec une superbe vidéo dirigée par Katsuki Kuroyanagi (黒柳勝喜) qui avait filmé la vidéo du single Electricity d’Utada Hikaru. Je pense qu’une partie de la vidéo a été tournée à Tateishi près de Zushi car je reconnais l’immense rocher sortant de l’océan. Le morceau a un rythme effréné assez typique d’4s4ki avec des percussions et une basse très présentes et puissantes, mais laissant juste assez de place pour une ligne au piano venant apporter un peu de légèreté à l’ensemble. J’ajoute bien sûr le nouveau morceau de 嚩ᴴᴬᴷᵁ intitulé Paranoid et sorti le 5 Juillet. Comme Haku et 4s4ki évoluent dans des atmosphères électroniques hyper-pop un peu similaires, j’ai toujours imaginé l’une comme étant la petite sœur de l’autre. Sur le morceau Paranoid, j’aime beaucoup la basse extrêmement sourde, le rythme électronique sautillant qui s’accorde bien avec les « Jumping happy life 弾ける » que répète Haku sur le refrain. Je découvre ensuite les sons électroniques incisifs du morceau Payday de la jeune rappeuse Cyber RUI, originaire d’Osaka et active depuis 2021. Son flot hip-hop est très affirmé, dans un esprit qui me rappelle un peu Nina Utashiro tout en restant assez accessible. J’ajoute ensuite le nouveau single Polaris du groupe Wagamama Rakia (我儘ラキア) qui compte depuis quelques mois parmi les groupes incontournables dont je guette d’une oreille attentive les nouvelles sorties. Il faudrait peut-être que j’aille les voir en concert un jour ou l’autre. J’aime toujours autant le mélange de la voix puissante de Minami Hoshikuma et du hip-hop de Miri. Elles ont un petit côté BiSH dans l’esprit mais le son est beaucoup plus métal, ce qui fait que les morceaux sont plus agressifs mais gardent un côté mélodique certain.

瑞聖の風に乗り、歓成の光が生まれる

Temple Kanjoin (歓成院) à Ōkurayama, Yokohama, le Samedi 21 Juin 2025.

Le temple Kanjoin (歓成院) est situé au pied de la colline d’Ōkurayama à Yokohama, dans le quartier de Kōhoku. Nous y passons de retour du sanctuaire Samukakawa dont je montrerais de nouvelles photographies un peu plus tard. Je voulais voir la salle de réception (客殿, kakuden), conçue par Kengo Kuma en 2022, depuis un bon petit moment mais je n’aurais pas fait le déplacement exprès. On devine bien entendu tout de suite qu’il s’agit d’une conception de Kengo Kuma pour les lamelles de bois encadrant le bâtiment. Celles-ci sont en bois de cèdre de dimensions 60 × 150 mm, avec une inclinaison évoluant progressivement, enveloppant cette partie du bâtiment comme une membrane. Comme toujours, on trouve une élégance légère dans ces structures de bois. Ce nouveau bâtiment est placé à côté du hall principal vieux de plus de cent ans. Le temple Kanjoin a été fondé en 1560 et fait partie de l’école bouddhiste Shingon.

Temple Zuishō-ji (瑞聖寺) à Shirokanedai, le Dimanche 22 Juin 2025.

J’ai déjà montré ici plusieurs fois le temple Zuishō-ji (瑞聖寺) situé dans le quartier de Shirokanedai. J’aime y revenir de temps en temps car c’est un espace calme, même s’il se trouve assez proche de la grande avenue de Meguro. Je ne préciserai pas une nouvelle fois qu’il s’agit d’une conception de Kengo Kuma, et que celle-ci présente la même délicatesse typique de ses structures mixtes d’acier et de bois. Au centre du cloître en forme de U, on trouve une scène surélevée au dessus de l’eau d’un bassin. Cette scène doit permettre la tenue de spectacles ouverts au public. Je me dis souvent que j’aimerais assister à ce genre d’évènements en plein air, surtout dans un endroit comme celui-ci semblant complètement coupé de l’activité de la ville.

感じるままに生きてゆけたら。

Lorsque je montre des photographies de Tokyo ou d’ailleurs, je me demande à chaque fois quelles musiques pourraient s’accorder avec ces images. Le nouveau morceau intitulé Feel d’Hitsuji Bungaku (羊文学) me vient rapidement en tête, certes parce ce que je l’écoute intensément en ce moment, mais également car j’y trouve une certaine plénitude. Je trouve dans chaque nouveau du groupe une satisfaction que j’aurais du mal à expliquer mais qui me saisit à chaque fois. Le single Feel est couplé avec celui intitulé mild days déjà sorti et dont j’ai déjà parlé. Le morceau n’est pourtant pas particulièrement original mais la ’formule’ d’Hitsuji Bungaku fonctionne toujours sur moi. Ça doit être la voix de Moeka (塩塚モエカ) qui m’hypnotise, et il faut dire qu’elle chante sans répits sur ce morceau accompagnée de Yurika (河西ゆりか) aux chœurs. Ce nouveau morceau est sorti le 4 Juillet, le jour suivant l’anniversaire de Moeka qui fêtait ses 29 ans. A cette occasion, le magasin Fender d’Harajuku lui souhaitait d’ailleurs un bon anniversaire sur son écran géant.