終わらせないで

Le gymnase olympique de Yoyogi 国立代々木競技場 par Kenzo Tange est très certainement une des oeuvres architecturales les plus élégantes de Tokyo. Alors que nous remontons à pieds une rue longeant la voie ferrée depuis le centre de Shibuya jusqu’à la gare de Harajuku, on peut voir la pointe de l’édifice. Une foule éparse s’alignait devant le mur de l’enceinte du gymnase, comme des oiseaux sur un muret. Le gymnase sera normalement utilisé pour les Jeux Olympiques de 2020 après ceux de l’été 1964 pour lesquelles il a été conçu, comme un faire-valoir du savoir-faire architectural japonais. Il a d’ailleurs été remis à neuf et repris ses couleurs ces dernières années. Outre les événements sportifs, il est également utilisé pour divers spectacles. Ce jour là, la foule se réunissait pour celui d’une idole japonaise dont je ne retiendrais pas le nom.

Le mur suivant est celui de la façade du Musée National des Beaux-Arts de l’Occident 国立西洋美術館 par Le Corbusier, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis juillet 2016, tout comme 16 autres œuvres architecturales de Le Corbusier. Bien que je sois passé maintes fois devant, en traversant le parc de Ueno, je ne suis jamais entré à l’intérieur du bâtiment. Ce jour là également, nous passons devant ce musée depuis la gare de Ueno pour rejoindre le Musée national de la nature et des sciences, juste à côté, pour y voir l’exposition consacrée à Lascaux. J’ai déjà pris ce bâtiment de Le Corbusier en photographie plusieurs fois, mais c’est peut être cette photographie ci-dessus que je préfère, avec ces deux parties bien distinctes. La composition de cette photo se rapproche de celle au dessus du gymnase de Tange, avec une même ligne horizontale murale.

Il y a une certaine mode en ce moment du retour au disque vinyle (et même, mais en plus anecdotique, un retour à la cassette audio). En ce qui me concerne, le vinyle n’étant pas vraiment de ma génération, je me retourne plutôt vers le Compact Disc depuis quelques temps. En fait, je me suis rendu compte que le prix des morceaux dé-matérialisés étaient vraiment excessifs. Des morceaux à 250 Yens ou un album à 2,100 Yens sur iTunes, alors qu’on peut trouver un CD, d’occasion certes, pour 400 ou 600 Yens. Bien sûr, on ne trouvera que difficilement un album récent dans un magasin de disques d’occasion, auquel cas, je me retourne vers le dé-matérialisé d’iTunes, mais avec une pointe d’hésitation.



The King of Limbs by Radiohead

Mais surtout, et c’est peut être générationnel, j’aime avoir et voir ce qui accompagne le CD, le livret avec photos et/ou dessins, le design du disque, le format des textes, qui à mon avis font pleinement partie de la musique que l’on écoute. Avant de découvrir un artiste que je ne connais pas, la couverture de l’album revêt une importance certaine à mes yeux, car elle donne déjà une idée assez précise de la direction artistique, de la sensibilité de l’album et de la musique qu’il contient. Les deux, musique et présentation de la musique, ne sont pas décorrélées. On perd tout cet aspect sur la musique dé-matérialisée, en plus du fait de ne rien posséder du tout au final. Bien sûr, j’écoute cette musique sur un iPod qui est bien dé-matérilisé sans beaucoup utiliser le CD d’origine d’où vient cette musique, qui reste dans sa boîte la plupart du temps. Mais le fait de connaître le contenu du livret tout en écoutant la musique, influence en quelque sorte mon écoute. Le meilleur exemple est très certainement Radiohead, par la qualité de la mise en page (parfois un peu foutraque volontairement) et de ses illustrations (par exemple sur The King of Limbs) que l’on peu apprécier comme une oeuvre d’art sur papier. Autre exemple sur les albums de Sheena Ringo ou Tokyo Jihen, que j’écoute beaucoup en ce moment vous l’aurez compris, et que j’achète exclusivement en CDs. Sur les livrets et couvertures des disques, je remarque des symétries volontaires dans les titres des morceaux de l’album. Par exemple sur Sports スポーツ de Tokyo Jihen dont je parlais dans le billet précédent, le premier morceau est titré 生きる (Living) et le dernier par symétrie se nomme 極まる (Dying). Ces deux morceaux entrent en correspondance par leurs titrages. La longueur des 13 morceaux sur Sports est également symétrique par rapport au morceau central de l’album. Ce souci volontaire de composition est très visible sur papier sur le disque CD mais passe malheureusement inaperçu sur une track-list iTunes. Pour la petite histoire, J’ai une certaine sensibilité pour le symétrique: Les kanji du prénom de Mari sont symétriques et nous avons choisis les kanji du prénom de Zoa (空亜) notamment pour la symétrie qui les compose.



スポーツ by 東京事変

Le dé-matérialisé ne peut remplir ce vide visuel. Dans le même principe d’idée pour ce blog, j’apporte autant d’importance aux contenus (les photos, les textes, les illustrations) qu’au contenant (le design du site, l’agencement des photos et des textes) car cela fait partie entière d’un tout pour le visiteur. C’est également une des raisons pour lesquelles je n’apprécie que moyennement les contenants standardisés et pré-formatés que sont Flickr, Instagram et encore moins Facebook. J’ai du mal à apprécier mettre un contenu dans un contenant que je n’apprécie pas et sur lequel je n’ai aucun prise.

Pour revenir au Compact Disc, ce que j’apprécie également beaucoup, c’est la quête, la recherche du CD qui me manque, à un bon prix dans un magasin d’occasion. Que ça soit au Disk Union de Shimo Kitazawa, Shinjuku, Shibuya, Ikebukuro ou Kichijoji, ou Dorama de Shimo Kitazawa, on ne trouve pas toujours facilement ce que l’on cherche. Puisqu’on est au Japon, les CDs d’occasion sont dans l’ensemble bien entretenus et notés par qualité. Un niveau A est proche d’un disque neuf et au pire, je remplace une boîte plastique rayée par une neuve. J’ai très rarement été déçu et ça reste beaucoup plus abordable que les 3,500 Yens pour un album neuf au Tower Records. En contre partie, les CDs achetés maintenant n’ont strictement aucune valeur à la revente (par rapport au disque vinyle je pense) et les CDs accumulés finissent par prendre de la place. Mais il s’agit avant tout d’une collection que j’aime revoir régulièrement.

En continuant ma découverte méthodique des albums de Sheena Ringo 椎名林檎 (ça me rappelle l’époque où je faisais la découverte méthodique morceau par morceau d’Autechre, dans un autre genre), je trouve Sanmon Gossip 三文ゴシップ dans une boutique perdue dans une rue à l’écart du centre à Kichijoji. Cette boutique au nom improbable s’appelle Coconuts Disk. La pochette rose pâle de Sanmon Gossip où l’on voit la chanteuse recorquevillée nue est superbe. Le contenu du livret et le disque suive le même style minimaliste. Sanmon Gossip, sorti en 2009, marque le retour de Sheena Ringo à sa carrière solo avec un véritable nouvel album. On sent très clairement l’influence de son groupe Tokyo Jihen sur cet album, résolument moins alternatif rock, avec des accents jazz et une orchestration d’envergure sur certains morceaux comme sur le très beau Shun 旬 (Season). J’aurais très certainement été perturbé par cet album il y a de cela quelques années, mais je l’aime beaucoup maintenant, peut être même autant que les premiers albums. Le style est certes très différent et touche à différents genres, le premier morceau Ryūkō 流行 (Vogue) contient des passages hip hop par un certain Mummy-D. Mais Sheena Ringo garde en musique son monde si particulier et reconnaissable, et il a beaucoup de très bon morceaux sur cet album.

A peu près en même temps, je continue également ma collection des albums de Tokyo Jihen 東京事変 avec Dai Hakken 大発見 (Great Discovery), le cinquième album du groupe, sorti en 2011. J’ai trouvé ce disque au Disk Union de Ochanomizu, en rentrant du bureau un vendredi soir. Une curiosité sur la pochette du disque est que tous les titres en kanji, hiragana ou katakana sont exactement de la même longueur. Comme sur la symétrie que je mentionnais auparavant, ça fait partie de l’esprit joueur du groupe. Je ne pourrais pas dire si c’est toujours le cas avec Tokyo Jihen, mais Sheena Ringo a la réputation d’apporter une grande attention dans le choix des kanji utilisés pour les mots des paroles de ses morceaux, en utilisant parfois des anciens kanji peu utilisés actuellement. Que ça soit la musique, les textes ou le visuel des vidéos, le style joue avec les époques. Après quelques écoutes, Dai Hakken n’est pas l’album que je préfère. Il y a de très bons morceaux, que je connaissais déjà d’ailleurs, comme Atarashii Bunmei Kaika 新しい文明開化 (Brand New Civilization), un morceau plein de folie contagieuse, ou le beaucoup plus rock et fidèle au style originel du groupe Sora ga Natte Iru 空が鳴っている (Reverberation). Sur ce deuxième morceau, on peut difficilement faire plus « cool » dans le style détaché. J’ai un peu de mal par contre avec le morceau intitulé 21 Seiki uchū no ko 21世紀宇宙の子 (The child of the 21st century universe) qui me parait complètement à côté de l’esprit du groupe. On dirait une commande en fait et c’est assez dommage car ce morceau gâche un peu l’ensemble de l’album. Comme les styles assez différents se mélangent sur la plupart des disques de Tokyo Jihen et de Sheena Ringo, le risque qu’un morceau s’inscrive moins bien dans l’ensemble est latent. En même temps, c’est cette diversité bien maitrisée qui fait toute la beauté et l’intérêt de cette musique parfois étrange. 終わらせないで (do not end it), dirais je en dernier mot.

黄色い月と浮雲

J’écris ces lignes tout en observant par intervalles l’image ci-dessus en format carte postale. C’est une reproduction d’une peinture grand format par Hirotoshi Sakaguchi de sa série « Field of Pascal », qu’on l’on a pu voir Samedi dernier dans une galerie d’art de Ginza, la Gallery 58. L’espace de la galerie est très restreint. Il y a une seule pièce où Hirotoshi Sakaguchi exposait environ une douzaine de ses oeuvres, uniquement des peintures de cette série. Mari connait bien Sakaguchi san car il était son professeur de peinture à l’huile à Geidai, les Beaux Arts de Tokyo. Il y est encore professeur mais c’est sa dernière année avant la retraite, qu’il marque par une exposition dans l’école des Beaux Arts mais aussi dans cette petite galerie de Ginza où il a déjà exposé quelques fois. L’homme est sympathique et répond à toutes nos questions, celles de Zoa avec le sourire, alors que nous explorons des yeux les paysages mystérieux de ses peintures. La peinture ci-dessus nous montre un bord de mer enneigé au dessus duquel une lune jaune 黄色い月 transperce les nuages à la dérive 浮雲. Ce mouvement immobilisé est très beau sur une autre oeuvre sur le mur à côté, une cascade où le flot de l’eau se mélange avec le vert de la forêt dense et le vert des mousses sur les rochers. Tout ce qui est montré est très abstrait et on laisse dériver son imagination sur ces paysages de neige, de cascade et de lunes jaunes transperçantes.

Les journées de Samedi sont en général très programmées, pour ne pas dire chronométrées, en fonction des activités du petit. Entre le cours de danse le matin, et les activités extra-scolaires l’après midi à Kitazawa, le temps que nous avions disponible à la galerie de Ginza était assez limité. Nous passons quand même quelques minutes dans l’arrière-salle de la galerie pour une tasse de thé. C’est une pièce très étroite avec table basse et mini sofa. Cette pièce parait d’autant plus étroite qu’elle est chargée d’objets et de livres. Sur la droite du sofa, les rangées d’étagères sont pleines de livres d’art. Si on avait eu plus de temps, j’aurais bien feuilleté quelques uns des livres au hasard. A notre gauche, des étranges sculptures à tête de chien nous regardent en attendant leur heure, l’exposition d’un autre artiste dans cette galerie à partir de la semaine prochaine. Chaque espace des murs de l’arrière-salle est utilisé pour montrer des peintures, dessins ou croquis de divers artistes et de divers styles. Mes yeux sont attirés par une représentation de personnages à l’identique avec un seul oeil recouvrant tout l’espace du visage, dans une rame de train. Au fil de la discussion, je trouve un petit moment pour montrer timidement quelques dessins de ma création, mes formes organiques et futuristes, et il me dit aimer la dynamique des formes. Je soupçonne une réaction polie mais je prends quand même le compliment comme une forme d’encouragement. Mais le temps passe vite et il nous faut déjà partir vers Kitazawa pour les activités de Zoa. Le professeur Sakaguchi fera sa prochaine exposition prochainement à Fukuoka, d’où il est originaire. Aujourd’hui Samedi est en fait le dernier jour de son exposition à la Gallery 58.

Dans les rues encombrées de Ginza, traversées au pas de course pour rejoindre la galerie 58, j’ai peu de temps pour m’attarder à prendre des photographies. Je profite de quelques arrêts aux feux rouges pour une ou deux photographies, mais la marche reprend de suite. Dans le mouvement rapide, la photographie que je viens de prendre se mélange déjà avec la prochaine. Les images se mélangent et se superposent les unes sur les autres.

Comme je le mentionnais dans les commentaires d’un billet précédent, j’ai fait une pause d’Instagram depuis déjà quelques temps. Cet outil, certes plaisant au début, commençait à me prendre trop de temps. En repensant à mes photographies superposées ci-dessus, je me dis qu’on gagnerait beaucoup de temps si toutes les photos du flux Instagram étaient superposées les unes sur les autres en une seule et unique photo. C’est une exagération mais une réalité en quelque sorte, considérant la rapidité avec laquelle on fait défiler son flux de photos sur Instagram sans vraiment y faire attention. Les images finissent par se mélanger avant de disparaitre dans l’oubli en l’espace de quelques millisecondes.

Alors que je me remets à écouter la musique de Sheena Ringo 椎名林檎, elle me ramène par extension vers celle du groupe Tokyo Jihen 東京事変, le groupe formé par Sheena Ringo, à la fin de la première phase de sa carrière solo. Je connaissais déjà le premier album de Tokyo Jihen, Kyōiku 教育 (éducation) pour l’avoir beaucoup écouté au moment de sa sortie en 2004. Cet album est dans la lignée directe de la musique rock, avec inspirations expérimentales souvent, des trois premiers albums de Sheena Ringo.

Le style de Tokyo Jihen se démarque de celui initial de Sheena Ringo sur deux autres albums que j’écoute actuellement assidûment, Variety 娯楽 (バラエティ) sorti en 2007 et Sports スポーツ sorti en 2010. Le style devient plus pop rock mais ne perd pas en originalité, il se diversifie tout en gardant en point d’ancrage la voix si spéciale et changeante de Sheena Ringo. J’aime la façon dont elle change de registre dans sa voix, jusqu’à l’extrême parfois. Les membres du groupe sont également, d’album en album, beaucoup plus impliqué dans l’écriture des morceaux, notamment Ryosuke Nagaoka, dit Ukigumo 浮雲, le « nuage à dérive » en surnom donné par Sheena Ringo au guitariste, peut être pour ses cheveux trop longs qui flottent. Certains morceaux de ces deux albums sont passionnants à écouter dans leur construction chaotique et le flot musical comme OSCA sur Variety et Noudouteki Sanpunkan 能動的三分間 (morceau de 3 minutes pile comme le dit le titre) sur Sports, dans un style certes assez différent des morceaux du premier album Kyōiku, comme Gunjou Biyori 群青日和. J’aime ce mélange de styles et de ce fait, on est loin de s’ennuyer en écoutant ces albums. Je les écoute en boucle infinie ces derniers temps, en attendant d’écouter les autres (je risque donc d’en reparler prochainement).

銀座線 終電何時?

On tourne en rond en voiture dans Ginza, concentré sur les voies, les lignes et les signes. Il fait déjà nuit. Je finis par trouver un espace libre où s’arrêter. Je me sacrifie pour rester dans la voiture à attendre. Depuis quelques semaines, je laisse une petite enceinte wifi portable dans la porte de la voiture. Je m’en sers pour connecter l’Ipod en bluetooth. Je profite dans ces moments, seul dans la voiture, pour écouter ma musique (celle que je ne partage pas sauf sur ces quelques lignes), tout en regardant ce qui se passe dans la rue. Depuis cette émission Kōhaku du réveillon du premier de l’an et l’apparition en images et musique de Sheena Ringo 椎名林檎 devant la mairie de Tokyo à Shinjuku, je me remets à écouter les anciens albums notamment le premier Muzai Moratorium 無罪モラトリアム, qui a accompagné avec Shōso Strip 勝訴ストリップ (deuxième album) les premières années de ma vie à Tokyo. Muzai Moratorium est d’ailleurs sorti le mois de mon arrivée à Tokyo, en février 1999. La musique de Sheena Ringo est peut être plus adaptée à l’ambiance de Shinjuku, mais j’essaie quand même d’observer la rue avec cette bande sonore. Les passants sont couverts et ne trainent pas dans les rues. Il faut dire qu’il a neigé très brièvement sur Tokyo en ce début d’après midi, un flot de neige dans le vent pendant quelques minutes seulement. En levant les yeux vers l’immeuble de deux étages coincé sous l’autoroute intra-Tokyo, on aperçoit des restaurants à la suite à l’étage, un restaurant japonais aux lumières tamisées et où la chaleur s’échappe des plats vers le plafond. Ginza est le royaume des restaurants et bars. Dans un autre immeuble devant moi, les neuf étages accumulent les enseignes lumineuses de trente-trois établissements représentés les uns au dessus des autres. Ils font peut être le plein ce soir, en tout cas les rues se vident déjà, pour le dernier train de la ligne Ginza. 銀座線 終電何時?

Je parlais de l’album Reimport: Ports and Harbours Bureau 逆輸入 ~港湾局~ dans un des derniers billets, pour la découverte du morceau Seishun no Mabataki 青春の瞬き (Le Moment). L’étrangeté de la photo de couverture de cet album, en photo ci-dessus, m’intrigue. C’est une étrange association que de voir Sheena Ringo en kimono épais au milieu de containers qu’on imaginerait empilés quelques part dans les docks à proximité de Tokyo. Je me lance donc dans l’écoute plus approfondie de cet album, qui n’en est pas vraiment un, dans le sens où il s’agit plutôt d’une collection de morceaux plus ou moins anciens écris initialement par Sheena Ringo pour d’autres chanteurs, chanteuses (actrices parfois) et groupes. Il sont « re-couverts » par Sheena Ringo (c’est le sens du titre « Reimport » de l’album). Elle se ré-approprie donc des morceaux qu’elle a écrit pour Chiaki Kuriyama, Ryoko Hirosue, Rie Tomosaka ou pour des groupes comme Tokio et Puffy. Cette collection de 11 morceaux sortie en 2014 à l’occasion du 15ème anniversaire du début de sa carrière est un ensemble hétéroclite. Il y’a du rock assez sombre ponctué d’électronique et des morceaux beaucoup plus légers et pétillants dans les sonorités et le ton de sa voix. En repensant à la photographie de couverture de l’album, elle représente en fait assez bien le contraste interne de l’album, vu que les morceaux étaient initialement écris pour des profils et styles musicaux différents. Je n’en suis pas étonné, mais j’aime particulièrement la manière dont Sheena Ringo peut s’approprier différents styles avec aisance, en passant par le jazz dernièrement, tout en conservant cette originalité, cette structuration particulière des morceaux et cette tonalité dans la voix si reconnaissable. J’étais jusqu’à maintenant assez hermétique à cette partie de son répertoire qui s’éloignait du rock alternatif, en pensant qu’elle avait cédé aux sirènes marketing, mais je change d’avis sur le sujet et mes oreilles s’ouvrent un peu plus après l’écoute de cet album, et me donne envie de creuser un plus plus les disques que j’ai manqué, ainsi que ceux de son groupe Tokyo Incidents 東京事変. J’en parlerais peut être un peu plus dans un prochain épisode.

aux limites de la péninsule

Pour aller en voiture jusqu’à Numazu dans la province de Shizuoka, il faut prendre l’autoroute Tomei à partir de Tokyo. Il faut entre 1h30 et 2hrs de route. Cette autoroute est souvent synonyme de bouchons, ralentissements pour des raisons souvent inconnues. Cette fois-ci, nous avons eu droit à un container tombé d’un camion au milieu des trois voies de l’autoroute. Voir soudainement un object tombé d’un camion au beau milieu d’une autoroute est assez rare, mais les accidents sont assez nombreux sur les autoroutes japonaises, bien que la vitesse soit très limitée. Cela n’empêchent pas les bolides de foncer sur la voie de droite. Nous arrivons tout de même sans encombres à Numazu pour rejoindre ensuite l’océan tout proche. Nous allons en fait dans un cimetière en cette toute fin d’année 2016, un peu avant les fêtes de fin d’année. La grand mère de Mari, originaire de Shizuoka, y est enterrée depuis quelques années.

Nos visites vers Shizuoka sont assez rares malgré que l’envie de s’y rendre soit bien présente. L’emplacement du cimetière est assez particulier, dans une forêt longeant l’océan. On y accède par une petite route de terre. Si l’on continue la route sur quelques mètres seulement, on tombe tout de suite sur les plages de Shizuoka. Ce n’est pas un endroit fréquenté par les baigneurs et c’est plutôt sauvage. La dernière fois que nous sommes venus ici, il faisait un vent terrible. Cette fois-ci, la pluie était au rendez-vous et elle s’est accentuée pendant notre recueillement. Elle s’est mystérieusement estompée alors que nous remontions dans la voiture pour le départ. Nous voyons dans cette pluie soudaine un signe.

Le retour vers Tokyo nous fait prendre étape à Atami, station balnéaire aux limites de la péninsule de Izu. Atami est une petite ville mélangeant montagne et océan. Les hôtels, ryokan, maisons secondaires, magasins de rues ou simples habitations sont entassés à flanc de montagnes jusqu’à la courte plage. Atami a eu son heure de gloire pendant la bulle économique et après des périodes difficiles, elle regagne petit à petit en intérêt pour les voyageurs. Il y a un charme un peu désuet dans cette ville de bord de mer. Il y a quelque chose qui m’attire à Atami, peut être les rues en labyrinthe dès que l’on quitte la plage qui semblent garder des secrets que l’on ne découvrira que si on s’y enfonce. Ou peut être tout simplement le fait d’imaginer le prestige passé des ryokan dont on aperçoit seulement les entrées.

Nous passerons une nuit seulement dans un hôtel avec bains chauds « onsen » donnant directement sur l’océan. Le soir, on peut aller à l’étage pour accéder aux bains. Par chance, il n’y a personne et on apprécie le bain ouvert sur l’extérieur pour nous tous seuls. Avec Zoa, dans le bain des garçons, on se raconte des histoires pour nous faire oublier que l’eau est vraiment trop chaude pour s’y éterniser. On s’habitude pourtant assez vite. En regardant vers l’extérieur, nous imaginons l’océan tout proche. Il fait déjà nuit depuis longtemps à 8h du soir en hiver. Nous n’y voyons absolument rien. Il faut donc faire jouer son imagination.

La météo du soir nous donne l’heure du levé du soleil pour le lendemain, à 6h34 si mes souvenirs sont corrects. Il faudra absolument se réveiller à cette heure pour apprécier le soleil levant sur l’océan pacifique depuis la chambre de l’hôtel. Nous n’y manquerons pas. Pendant la nuit, un vent agité avait nettoyé le ciel pour dégager la vue au petit matin. le matin, nous irons à la plage, sauter de rocher en rocher pour se réchauffer car le vent et fort et frais. Nous capitulons assez rapidement pour remonter vers les hauteurs de la ville.

En passant la station de train derrière la ligne de Shinkansen, un petit sanctuaire se cache. Il s’agit de Kinomiya Jinja 来宮神社. L’approche est agréable. On y accède par une allée remplie de verdure. Nous sommes déjà venus ici il y a six ou sept ans, mais les lieux ont beaucoup changé, se sont pour ainsi dire « commercialisés ». Un café a ouvert dans l’enceinte même du sanctuaire, devant le bâtiment principal. Il se fond assez bien dans les lieux mais on ressent clairement l’envie des propriétaires de profiter pleinement de la manne touristique venue visiter ce « power spot ». J’avais le souvenir d’un lieu beaucoup plus calme et discret il y a de cela quelques années.

La particularité de Kinomiya Ninja, c’est son arbre millénaire (le dit « power spot ») qui remplit les lieux de sa présence et accapare toute l’attention des visiteurs. Il est écrit qu’il faut faire un souhait tout en faisant le tour de l’arbre, pour qu’il soit exhaussé. On essaie pour voir ce que ça donne, appareil photo en mains pour ne rien perdre des formes compliquées et tout en courbes du tronc et des branchages. Cet arbre est impressionnant et me fait penser à revoir Princess Mononoke もののけ姫 (que je viens de terminer alors que j’écris aujourd’hui ces quelques lignes).

Nous rentrons ensuite vers Tokyo en passant près de Odawara. L’autoroute est très occupée mais on s’en sort relativement bien.

結び

Je fais un tour rapide des photographies de l’année dernière que je n’ai pas encore publié sur ce blog et j’en trouve quelques unes prises un soir d’octobre dans le quartier des livres de Jimbocho. Je connais assez peu ce quartier et je n’avais ce jour là qu’une petite heure devant moi pour faire un tour. Ce soir là, il y avait un marché aux livres dans une des rues mais je regarde plutôt les librairies pour en trouver une qui attirerait mon regard. Je décide d’explorer Komiyama Shoten 小宮山書店, attiré par les grandes affiches de photographes japonais sur les murs. Il y a beaucoup de livres photographiques et une galerie à un des étages. Il y a peine assez de place dans les étages étroits pour y entasser tous les livres offerts à la vente. Cette librairie établie en 1939 a beaucoup de charme, j’y reviendrais certainement, pour explorer d’autres lieux également, quand j’aurais un peu plus de temps devant moi.

A la fin du mois de décembre, nous sommes allés au Tokyo Metropolitan Teien Art Museum, près de Shirogane. Nous accompagnons l’amie de Mari, Yo et sa fille, pour aller voir l’exposition de Christian Boltanski intitulée « Animitas – Les âmes qui murmurent« , composée de 3 ou 4 grandes installations (vidéos, sonores ou autres). J’étais en fait plus intéressé par la visite du musée lui-même, dont de nombreuses pièces sont du style Art Deco, par le designer français Henri Rapin. On peut visiter de nombreuses pièces de ce qui était l’ancienne demeure du Prince Asaka. On est impressionné par la richesse du design et la beauté des matériaux. Nous avions déjà visité ce musée il y a une dizaine d’années, mais il avait fermé pour rénovation dernièrement. Une annexe moderne a été construite à l’arrière de la demeure et les deux bâtiments sont reliés par un couloir avec une paroi de verre. Comme on peut le voir sur la photographie ci-dessus, la lumière traversant la paroi de verre et se reflétant sur le mur donne une texture intéressante, comme des coussins d’un sofa, qui intrigue beaucoup les passants.

君の名は。(Kimi no na ha – Your Name), on parle beaucoup de ce film d’animation de Makoto Shinkai depuis plusieurs mois et le succès ne semble pas s’estomper. En profitant d’un peu de temps libre en ce long week end, je me décide à aller voir ce film dont on parle tant, en ne savant pas trop à quoi m’attendre. Je n’ai absolument rien lu en avance sur le sujet de ce film d’animation et j’en sais peu de choses à part à travers les images superbes et réalistes que j’ai pu voir dans les bandes annonces. On n’est en effet pas déçu par la beauté du dessin et du rendu des décors, que ce soit le réalisme très poussé des paysages urbains de Tokyo ou ceux des montagnes de Takayama avec sanctuaire perché autour d’un lac circulaire. L’histoire, elle, va au delà du réel et mélange rêves et sensations extra-humaines. Je me garderais d’expliquer l’histoire ici, mais ça serait de toute façon assez compliqué. En fond, le film parle de liens entre les êtres, du lien invisible entre un lycéen Taki et une lycéenne Mitsuha habitant dans des lieux très éloignés mais qui sont destinés à se sauver l’un l’autre. A tout moment, on oscille entre rêve et réalité. Les deux personnages principaux s’échangent leur vies par un grand mystère, mais qui révèlent des destins liés. Cette relation me rappelle un peu les liens entre les personnages de 1Q84 de Haruki Murakami, Aomame et Tengo. Bien que l’histoire soit complètement différente, on y retrouve des atmosphères irréels et cette forme de lien qu’on l’appelle musubi (結び). J’ai beaucoup aimé ce film et je suis assez satisfait de constater que le public nombreux et que la critique excellente ne s’y trompent pas. On parle de Makoto Shinkai comme du nouveau Hayao Miyazaki.