remembering you standing quiet in the rain

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Je ne peux nier l’influence de la musique de l’album Disintegration de The Cure, que j’écoute en ce moment, sur les images que je publie aujourd’hui sur ce billet. J’aime encore et toujours mettre en relation images et musiques, et cette musique sombre et pénétrante avec quelques instants de clarté m’inspire cet univers urbain peuplé de nuages noirs qui laissent deviner une lumière hésitante.

Sur cette ambiance, me reviennent en tête les photographies de Christophe et Maki sur Crying Feather, commentateurs fréquents de ce blog il y a de cela quelques années, mais dont la présence sur la toile notamment à travers les photographies de leur site me manquent assez. Le hasard des liens me laissent découvrir le site de Vincent Soulié et notamment les trois séries de photographies noir et blanc qu’il consacre au Japon. J’aime faire ces découvertes de sensibilité, mais elles sont trop rares car j’ai délaissé en grande partie la lecture régulière des blogs. A part celui de Daniel sur Ce monde de rosée, qui me rappelle régulièrement comment écrire. Et le titre de ce billet m’est inspiré par les nombreuses journées pluvieuses sur Tokyo ces derniers jours.

Le souvenir de mars 2011

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Cela fait cinq ans que le grand tremblement de terre de force 9 a frappé le Nord Est du Japon. Les deux photographies ci-dessus ont été prises peu de temps après le tremblement de terre et je les associe dans ma mémoire à ces événements. Ci-dessous un texte que j’ai écrit trois semaines après les événements de Mars 2011, alors que j’avais envie d’écrire, sans jamais l’avoir publié.

Le 11 Mars 2011, je travaillais normalement au 15ème étage lorsqu’un tremblement banal commença. Comme toujours, on se regarde les uns les autres en attendant que le balancement se calme, sauf que cette fois-ci, les tremblements étaient longs et montaient en intensité. Les réflexes sont de se saisir d’un casque et de s’accroupir près du bureau, prêt à se mettre à l’abri dessous. Cela fait des années qu’on nous parle d’un grand tremblement de terre à Tokyo, mais je n’ai jamais eu l’impression pendant ces quelques longues minutes que c’était celui là ou que l’immeuble de 35 étages où nous étions allait faillir. Les portes claquaient pourtant, les tiroirs s’ouvraient. On était balancé et nous pouvions à peine tenir debout. C’était de très loin le tremblement de terre le plus fort que j’ai pu sentir en treize années au Japon. Après quelques minutes, le pic des tremblements passe et j’ai le reflexe d’appeller Mari à ce moment là, avant que la foule se rue sur les téléphones portables pour prendre des nouvelles des proches. Mari et Zoa étaient à Roppongi Hills, au troisième étage dans un restaurant. Les lumières se sont éteintes donc ils sont sortis tous les deux. Les gens descendaient de la tour le visage pâle. Certains réagissaient assez mal, ce qui a contribué à stresser Mari, tandis que Zoa lui était comme si de rien n’était. Ils se sont ensuite déplacés vers le parc Arisagawa, loin des immeubles. Dans ces cas là, il est bon de s’éloigner des tours et des possibles chutes d’objets et de verre.

Quelques minutes après le séisme, nous descendons tous de la tour par les escaliers, les ascenseurs sont bien entendus hors service. Tout le monde se rejoind en bas en essayant d’appeller en vain. On parle en attendant, des fissures sur les parois des escaliers de la tour, on se demande si c’est sûr de remonter. Mais il n’y a pas beaucoup de crainte de ce côté là. Alors que l’on décide de remonter, une réplique assez forte nous décide à rester encore un peu à l’extérieur. Dehors, on voit assez clairement les immeubles bouger les uns par rapport aux autres, c’est assez impressionant.

Mari et Zoa sont toujours à Arisagawa. En début de soirée, je finis tôt pour les rejoindre et rentrer à pied à la maison. On préfère éviter le métro et les lignes ne fonctionnent pas de toute façon. En passant au supermarché, on fait le plein d’eau qu’on se fera livrer en soirée. C’était une très bonne idée car les magasins seront pris d’assaut quelques jours après. En arrivant à la maison, le gaz s’était coupé automatiquement. Quand les tremblements dépassent une magnitude 5, un dispositif de coupure automatique se déclenche. En regardant les news, on comprend l’amplitude du séisme au large de la préfecture de Miyagi, de force 8.9 transformé en M9 et les dégats du tsunami qui suivit. C’est une situation qui parait incroyable, voir une vague de plus de 10 mêtres avancée sans rien pour l’arrêter sur les terres. Toutes les chaines de télévision ne montrent bien entendu que ces évènements dramatiques. On ne peut s’empêcher de regarder même si on veut éviter de trop montrer ces images à Zoa. On comprendra plus tard qu’il se souvient assez bien des évènements, sans l’aspect dramatique du Nord du Japon bien entendu. Ca parait irréel pour un pays comme le Japon préparé à ce type de catastrophe. Certainement très bien préparé pour un séisme, mais un tsunami est une force encore plus brutale difficile à contenir. Notre frayeur à Tokyo cet après midi de Mars parait bien ridicule par rapport à ce qui s’abat sur le Nord Est du Japon.

Le week-end qui suit commence en regardant par intermintence les news à la télévision qui continuent à montrer de nouvelles images des dégats avec un conteur de disparus qui augmente tous les jours. On comprend que beaucoup de personnes ont disparus, avalés par l’océan et qu’il faudra des jours et des jours pour dresser un bilan. L’accès sur les lieux est rendu très difficile par les débris de maisons, les carcasses de voitures. C’est un drôle de mélange. On ne voit pas de corps, je ne sais pas si la télévision les efface ou évite des images chocs inutiles ou s’il s’agit de la vérité. Petit à petit, on nous donne plus de détails sur les situations des villes côtières dévastées. On parle de villages de plus de dix milles habitants disparus, on voit des images prises au téléphone portable alors que la vague approche et que les gens sur la route hésitent encore à s’enfuir. On nous raconte aussi quelques histoires de survivants, accrochés au poteaux électriques, ils ont réussi à échapper à la mer. Et pendant ce temps, le conteur monte toujours alors que l’on voit les secours s’organiser et les survivants gagnés les abris pubics.

Le dimanche, une nouvelle peur nous envahit. Après le séisme et le tsunami, une troisième catastrophe s’enchaine, les centrales nucléaires, celles de Tokai, Fukushima et Onagawa. Elles sont toutes proche de la côte et ont été affectés par le séisme et tsunami. Les situations de Tokai et Onagawa se confirment assez rapidement comme stable ou en passe de l’être, mais le cas Fukushima sera un calvaire. Quatre réacteurs de Fukushima-1 monopolisent presque toutes les attentions de l’après séisme…

KICK IT!

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Allez savoir pourquoi, l’envie m’a pris soudainement d’écouter Paul’s Boutique des Beastie Boys, un album datant de 1989. Je ne connaissais pas vraiment cet album jusqu’à maintenant, alors que je me décide finalement à l’écouter d’une oreille attentive. Je connais les Beastie Boys à travers différents morceaux comme Sabotage ou Intergalactic que J’écoutais à l’époque, respectivement en 1994 et 1998. J’avais même acheté l’album Hello Nasty en 1998, peu de temps avant de bouger à Tokyo (rassurons nous, ce n’est pas le clip de Intergalactic qui m’a poussé à venir habiter à Tokyo). Je n’ai pas une oreille très propice au Hip Hop mais je savais que cet album Paul’s Boutique était une pièce clé du Hip Hop américain pour la densité de ses samples, sur lesquels vient se superposer le flot des voix aiguës et inarrêtables. C’est un disque que j’aurais aimé découvrir il y a 25 ans, mais mon ouverture à la musique alternative ne s’est fait que quelques années après au tout début des années 1990. Je le découvre maintenant et cette écoute m’est passionnante.

bb-pboutiquePhotographer Shatan about Paul’s Boutique (Monowolf | Lo and Behold!)

Le son Hip Hip inspire ma marche dans les rues de Daikanyama. Je dirige l’appareil photo vers les murs, panneaux, lampadaires propices aux autocollants en tous genres. On voit les mêmes autocollants et dessins un peu partout dans les rues du quartier, notamment cette petite tête blonde en jupe bleue. Il y a aussi ces tracés rouges et noirs sur le béton de Chemetov. En y regardant d’un peu plus près, j’y vois presqu’un visage. En observant ces amas de stickers à certains endroits, je me suis souvent dit que je fabriquerais bien mon propre sticker basé sur Made in Tokyo pour le coller à un endroit de Daikanyama ou Shibuya (plutôt Daikanyama), histoire de voir combien de temps il reste en place. Sur la troisième photographie, on devine devant le photographe en ombrage une fresque au sol, malheureusement presque effacée. Sans surprise, on trouve cette fresque devant un magasin de Skate Board. La première et la dernière photographies montrent deux intéressants moyens de locomotion. Le vélo de piste posé juste devant les studios du samurai designer Kashiwa Sato doit certainement appartenir à un des créatifs du studio. La Renault Alpine de la dernière photographie est plus rare. Elle était stationnée non loin de la gare de Ebisu.

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Quand nous allons à Enoshima depuis la station de Monorail, on passe devant cette poissonnerie tout près de la gare Enoden. Je ne peux m’empêcher de la prendre en photo. Ce sont très certainement ces écritures en hiragana se mélangeant avec des images de poisson, de crevette et de coquillage, qui attirent et interrogent mon oeil photographique à chaque fois.

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On dit du sanctuaire de Ryukomyo, perdu dans une zone résidentielle, qu’il est un des plus anciens de Kamakura. Il a certainement été « relifté » plusieurs fois j’imagine. On le trouve près de la station de Monorail de Nishi-Kamakura. Ces deux photos et la précédente datent du mois de janvier alors que l’on faisait le tour des sanctuaires pour la bonne année. Nous allons presque tous les ans à Enoshima, les premiers jours de l’année malgré la foule dans la petite rue unique qui monte vers le sanctuaire de l’île. Le sanctuaire de Ryukomyo est lui beaucoup plus tranquille, on ressent une atmosphère de village où seulement les habitants du quartier s’y rendent. En cette fin d’après midi, je m’y sentais bien. Et à l’entrée de Ryukomyo, un arbre centenaire nous accueille.

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Je commence à connaître par coeur le quartier de Yoyogi Uehara et à m’y ennuyer un peu photographiquement. J’y passe très souvent mes samedi matin pendant que Zoa est à l’école. Pendant ces quelques heures disponibles, je pars souvent en promenade vers Shimo Kitazawa, ou dans les rues de Yoyogi Uehara. J’aime beaucoup les deux pièces d’architecture ci-dessus. Ce n’est pas la première fois que je les prends en photographie. Elles sont dans la même rue en pente pas très éloignées l’une de l’autre. En les regardant l’une à côté de l’autre, j’aime assez le contraste entre les surfaces rondes et celles tout en angles. La surface rougeâtre de la deuxième est assez étonnante. J’aimerais une bonne lumière pour en faire ressortir les effets.

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Il y a quelques semaines, nous avons pris le bateau pour un tour sur la baie de Tokyo, une petite promenade d’une heure environ, depuis Tennozu Isle. Le parcours nous fait passer sous le grand pont sur la baie Rainbow Bridge. J’ai essayé tant bien que mal de prendre en photo la voie routière qui forme une grande boucle desservant le Rainbow Bridge, mais on a du mal à bien distinguer la grandeur de l’oeuvre. Si l’on considère que les autoroutes suspendues de Tokyo sont la plus grande oeuvre architecturale de la ville, cette boucle au dessus de la baie en est certainement la partie la plus élegante.

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Dans le parking du Prince Hotel de Shibakoen, on y voit des choses étranges. Elle n’est pas immatriculée, donc il s’agit peut être d’un bolide de démonstration. On ne peut manquer cette faute de goût, volontaire peut être, sous la forme d’une Lamborghini habillée en tigre ou en léopard. Tokyo ne manque pas de Lamborghini, même des roses avec incrustations de diamants (vue plusieurs fois, mais trop rapide pour mon appareil photo). Et quand on avance un peu plus dans le parking, on s’aperçoit très vite que ce n’est pas la seule et qu’il s’agit d’un vrai repère.

Quand à Made in Tokyo, vous aurez peut être remarqué que j’essaie un autre habillage. J’aime assez cette présentation à l’oblique. C’est d’ailleurs une étrange coïncidence que Claude Parent, le fondateur du mouvant artistique de l’architecture oblique, disparaisse le jour où je m’y intéresse pour l’approche artistique de mon site web. Sur le blog, je décide de renouer avec un titre, mais fait finalement disparaitre mon image de building noir et anguleux. Il y a beaucoup d’ajustement en cours, mais je pense garder cette présentation pour quelque temps.

Formes futuristes organiques (troisième série) et autres univers irréels

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« Souvenons nous des étoiles lointaines, celles que l’on se persuadait de voir au plus profond de la nuit lorsque la Ville dort et que ses lumières s’épuisent. Elles clignotent d’usure et pendant un bref instant de noirceur idéale, elles nous laissent entrevoir toute l’éternité. Elles nous manquent ces étoiles à Tokyo. On ne s’en souvient que dans les livres. Cette éternité là nous échappe et la retrouver nous est nécessaire. En attendant, on se contente de la lumière de la Ville comme moindre consolation. »

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« Elle regarde depuis la porte vitrée de la petite chambre un point fixe dans la foule. Le mouvement incessant, les montées et descentes des escalators vers la station de métro ne perturbent pas ce regard fixe et concentré. Lorsqu’elle ferme enfin les yeux, le mouvement s’interrompt devant la gare jusqu’à ce que l’alarme du réveil vienne remettre tout ce monde en mouvement. »

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« Le taxi frôle le rouge du feu devant le koban du quartier voisin. Il maitrise parfaitement cet infime instant où la traversée est toujours possible, sans éveiller les réflexes du gardien du quartier, de toute façon plus occupé à aiguiller les impatients vers un lieu de rendez-vous introuvable. Il s’engouffre ensuite dans une rue étroite en pente et sens unique, chavire à droite puis fonce à gauche en évitant les poteaux électriques qui débordent volontairement sur la rue. Il navigue en rythme mais sans musique pour guider l’enchainement de ses mouvements. Quelle pourrait être l’influence de la musique stridente et expérimentale que j’écoute en ce moment sur le rythme de conduite de ce taxi? Une sortie de route garantie au premier virage, ou au contraire une dextérité décuplée qui viendrait nous faire tenter les virages à la corde, les freinages avant les lignes blanches juste après le « 止 », et un final de course comme une danse de tôle froissée. »

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Bien que je sois en pause de blog, je ne résiste pas à l’envie de montrer mes derniers dessins version A3 de formes futuristes et organiques. Sur le dernier dessin, en tête d’article, je m’essaie à représenter des formes « reconnaissables », comme ce dragon futuriste. Je pense continuer sur cette voie petit à petit. La série de dessins de ce billet est en fait la troisième série, suite à la deuxième sur format A3 Nobi (légèrement plus grand que le format A3, ce qui m’embête bien car je ne peux les scanner) et la première série en format A4. J’ai scanné cette troisième série chez Kinko’s, c’est donc d’une bonne qualité qui me permettra de les intégrer plus tard dans un futur photobook, mon 5ème photobook, celui-ci mélangera probablement dessins et compositions photographiques. C’est une idée que j’ai en tête depuis un petit moment, mais il me faut construire le contenu. Mes créations personnelles en ce moment se limitent au dessin, car je ne prends plus beaucoup de photographies de rues ou d’architecture en ce moment. Il faudrait que je prenne un peu de temps pour faire une promenade solitaire afin de refaire le plein de photographies. En fait, quand je regarde l’année précédente, les mois de froid de janvier et février ont été également assez peu productifs en photographies.

Quant au blog, je ne l’ai pas vraiment arrêté, je n’ai pas vraiment trouvé un nouveau concept non plus, mais j’ai envie de mélanger un peu plus ce que je crée (les dessins, les photographies, les compositions graphiques et musicales, …) avec ce que j’aime et m’intéresse (musiques électronique et alternative, films, expositions, livres, architecture, Tokyo …) à travers photos et textes, ou liens internet. En fait, dans le passé sur ce blog, j’aimais beaucoup écrire des longs billets qui mélangent beaucoup de choses, de sujets différents, comme un patchwork. J’ai toujours cette idée du blog comme un carnet de voyage, un moleskine sur lequel on vient coller les uns à côté des autres des petits textes griffonnés, des morceaux de photos usées, des billets de musées, un dessin ou un plan de lieu… J’essaie de faire un peu cela sur mon journal de bord écrit (que je ne partage pas sur internet cependant), sans le côté brouillon du carnet de voyage, car il y bien longtemps que je vis au Japon (en fait cela fait 17 ans depuis le 1er février) et que toute impression de voyage a longtemps disparu en moi quand il s’agit du Japon.

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Un soir à la sortie du bureau, pas trop tard, vers 8h quoi, je passe faire un tour au dernier étage du libraire Maruzen du Building Oazo à Marunouchi, juste en face de la gare de Tokyo. Au dernier étage, on peut trouver un nombre important de livres et de magazines étrangers, un peu comme au Kinokuniya de Shinjuku (à coté du Takashimaya). On paie le prix fort par contre, par rapport au prix Amazon.com, mais c’est agréable de se promener dans les rayons pour y découvrir par hasard des choses intéressantes. C’était le cas de ce livre bilingue, japano-anglais, de Nobuhisa KANEKO intitulé « Surprise! » ou « おどろかす » qui nous montre un grand nombre de Ukiyo-e de Utagawa Kuniyoshi (1797-1861). J’apprécie en général les estampes Ukiyo-e mais je les regarde avec un regard distrait. J’ai par contre été vraiment happé par l’oeuvre de Kuniyoshi, par ses représentations de monstres à la fois humoristiques et inquiétants. On y voit des squelettes géants, comme la sublime image ci-dessus du « vieux palace hanté de Souma », des poissons à têtes humaines ou des représentations d’acteurs de l’époque à têtes d’animaux. Cette représentation, ci-dessus, de monstres appréciant tranquillement la fraicheur d’une soirée d’été (道外化もの夕涼) est pleine d’humour et même les animaux de compagnie sont des petits monstres. Chacune des 42 ukiyo-e présentées est accompagnée d’un court texte explicatif qui vient nous expliquer le contexte de chaque oeuvre. A la maison, Zoa n’arrête pas de me parler de yōkai (créatures fantastiques) avec son jeu vidéo 3DS yōkai-watch, extrêmement populaire chez les petits garçons de son âge. A ma manière, j’avais ce désir inconscient de découvrir cette culture du monstre à la japonaise, que ce livre permet d’aborder avec beaucoup d’élégance.

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Des monstres, on en voit aussi en musique, sur les pochettes des albums de Grimes, très inspirées par le manga fantastique. Grimes est le nom de scène de la jeune artiste canadienne Claire Boucher. Elle dessine les pochettes, mais surtout compose et interprète la musique électronique pop expérimentale de Grimes. Chacun des 14 morceaux de son nouvel album « Art Angels » possède son dessin correspondant, et j’aime cette correspondance entre art et musique, qui contribue notamment à mon désir d’écoute. J’ai découvert Grimes en 2012 avec quelques morceaux de son album « Visions », notamment les morceaux Genesis et Oblivion, et j’avais également tenté quelques morceaux sur son précédent « Halfaxa ». Avec « Art Angels », on ressent une évolution certaine dans la qualité de la production, la profondeur des sons et la mue de la voix frêle de Claire Boucher vers une voix plus affirmée et plus claire (justement). En fait, ce que j’aime surtout, c’est son approche « artistique » qui conçoit un tout entre musique et visuel (art et vidéo), sans donner l’impression de subir une influence extérieure. Les morceaux de « Art Angels » sont parfois inégaux, mais il y a un grand nombre de morceaux clés comme Flesh without Blood, Kill V Maim, Pin, Realiti ou Butterly, comme mélange toujours pop alternative et expérimentation.

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Je mets toujours un peu de temps avant d’acheter des morceaux de musique sur iTunes, et je prends encore plus de temps à me décider d’acheter un album entier. J’écoute en général des morceaux petit à petit. J’ai acheté assez peu d’albums en entier ces dernières années: celui de Grimes « Art Angels » ci-dessus, l’album de Oneohtrix Point Never « Garden of Delete » dont je parlais il y a quelque temps dans un billet, le EP de Kelela « Hallucinogen », des albums de Sonic Youth, de Autechre, de Boards of Canada, celui de Clark du même nom, de SBTRK intitulé « Wonder where we land » ou encore Flying Lotus avec l’extrêmement brillant « You’re Dead ». Bref, assez peu d’albums d’une manière générale, car je préfère picorer par ci par là, sauf quand un album s’avère excellent de morceau en morceau ou lorsqu’il forme un tout.

Pour Arca typiquement, j’hésite encore à me procurer l’album « Mutant » en entier. J’écoute trois morceaux de cet album en ce moment: « alive », « Vanity », qui est certainement le morceau phare de l’album, et « Soichiro ». Il s’agit d’électronique expérimentale. Comme pour « Garden of Delete » de Oneohtrix Point Never, ce n’est pas forcément à mettre entre toutes oreilles. C’est une musique puissante et organique, qui semble se modifier à son propre gré. Sur « Vanity », le son électronique est très beau, tout en hésitation, il progresse doucement et s’affirme avec plus de force par moment dans un flot de notes qui s’entrechoquent.

Je reviens très régulièrement sur le morceau « Dead Format » de Blanck Mass. Parfois, ce type de morceaux sans concession, qui trace sa route sans détour, fait beaucoup de bien. Par exemple, après une journée difficile, ce morceau remet sur les rails. Il n’est pas à écouter en boucle sous peine de perdre la tête, mais une fois de temps en temps, comme une piqure de rappel. Je n’avais pas vraiment exploré d’autres morceaux de cet album, à part « Cruel Sport » que je découvre plus en avant. Bien que n’étant pas aussi prenant que « Dead Format », j’aime beaucoup le rythme répétitif et marquant comme une machine (peut être de salle de sport, si on en croit le titre). Le fond sonore prend petit à petit de plus en plus de place et d’espace sonore dans le morceau, pour devenir même strident par instant. Vers la moitié du morceau, une voix étrange et incompréhensible vient accompagnée le morceau, comme sur « Dead Format ». Vers la fin du morceau, tous les sons s’additionnent et la machine devient inarrêtable, jusqu’au coup de frein progressif des dernières dizaines de secondes.

Toujours en musique électronique, mais dans un style plus adouci et éthéré, je découvre un morceau de Actress « Ascending » sur l’album « R.I.P. ». A vrai dire, j’avais repéré cet album depuis un petit moment car il est sorti en 2012, mais l’occasion ne s’était jamais présentée de le découvrir. Bien que cette musique soit moins poignante que Arca ou Blanck Mass, j’apprécie ce rythme sursautant dans une ambiance de rêve. En fermant les yeux, c’est comme si on rêvait à quelque chose d’agréable mais qui reste toujours à distance, qui ne serait jamais atteignable.

Pour terminer en musique. Je ne connaissais pas du tout Deru et je l’ai découvert par hazard sur Youtube après avoir écouté un ou deux morceaux de Actress. Sur l’album intitulé 1979, j’écoute le morceau titre qui est rempli de mélancolie. La musique est volontairement grésillante comme un vieux souvenir, et tourne comme une bande sonore avec quelques notes qui se répètent sans fin sous une ambiance sonore en fond qui évolue doucement. Cette musique force à une sorte de méditation. J’hésite à parcourir le reste de l’album, car bien que ce premier morceau est d’une grande beauté, j’ai un peu peur de rentrer pleinement dans cette mélancolie musicale.

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Fin décembre 2015, je suis allé voir le nouvel épisode de Star Wars, « The Force Awakens » au cinéma Toho de Roppongi Hills, et je l’ai trouvé superbe, sans fausses notes et d’une très grande qualité d’exécution comme on est désormais habitué avec JJ Abrams (Bien que n’appréciant pas spécialement l’univers de Star Trek, j’avais beaucoup aimé et été impressionné par les deux épisodes réalisés par JJ Abrams). Je retournerais le voir avec plaisir (ce que j’ai fait récemment en fait en version japonaise avec Zoa), car c’est captivant de voir se dérouler l’histoire dans une telle atmosphère. L’empreinte du réalisateur est évidente, ce qui fait que ce Star Wars est différent des autres.

En même temps, bien qu’ayant beaucoup apprécié le film, j’ai quelques points de réserve qu’on ne peut éviter de mentionner, notamment sur le fait que le film fonctionne constamment en clin d’oeil vers les anciens épisodes (surtout l’épisode 4 « A new Hope »). Beaucoup de scènes sont ouvertement inspirées: Jakku ressemble beaucoup à Tatouine, on retrouve une scène de taverne, toujours cette relation père et fils, une nouvelle Death Star mais en plus puissante (Starkiller cette fois-ci). Bien sûr, retrouver les personnages de Han Solo, Leila ou Chewbacca ou encore l’increvable Millenium Falcon (qui était déjà dépassé dans l’épisode 4) est un réel plaisir, qu’on ne boude pas. Mais on a l’impression que JJ Abrams ne voulait tellement pas décevoir les fans qu’il n’a pas voulu s’éloigner des idées et du scénario de l’épisode 4. C’est assez frappant et un peu dommage, car on aurait aimé une histoire un peu plus originale. Le scénario pêche vraiment sur cet épisode.

Je suis aussi un peu déçu par les vaisseaux et les décors. Bien que les paysages de Jakku dans le sable et les dunes avec ruines d’une guerre passée où s’entassent quadrupodes et croiseurs impériaux échoués, soient vraiment superbes et symboliques, beaucoup des décors des autres planètes ressemblent un peu trop à mon avis à des décors terriens. On a l’impression parfois que ça se passe en Bretagne (sur la dernière scène par exemple, même en exagérant un peu). J’aurais aimé voir un plus grand détachement, avec des décors fantastiques comme dans les épisodes précédents (les premiers épisodes 1, 2 et 3 par exemple). J’ai un peu de mal à imaginer que la végétation et les roches sur une planète à priori très éloignée ressemble à ce point à celles de la Terre. On regrette également de ne pas voir plus de nouveaux vaisseaux et engins, car il n’y a pas beaucoup d’évolutions techniques entre les épisodes 4, 5 et 6 et ce nouvel épisode, on retrouve quasiment les mêmes X-Wing et Tie-Fighters. Dans les épisodes précédents, on était impressionné par exemple de découvrir pour la première fois les quadripodes impériaux sur la planète Hoth dans l’empire Contre Attaque, et ça faisait partie du rêve. Rien de très nouveau donc côté mécanique dans ce nouvel épisode. Mais on est tout de même ravi de revoir le Millenium Falcon en action (et quelle action!). Les prises de vue sont superbes ainsi que les interactions avec les éléments, comme par exemple les scènes où l’escadre de X-Wings frôle la surface de l’eau, les effets de lumière quand le Millenium Falcon fait des acrobaties avant de plonger dans les ruines d’un croiseur.

On rencontre également une copie de Darth Vador, en la personne de Kylo Ren, mais avec un lien de descendance un peu différent de celui de l’épisode 4, 5 et 6. Il est très réussi, notamment dans ses moments de colère soudaine. Par contre, quand il enlève le masque, on est surpris de voir une tête d’adolescent, ce qui est un peu déconcertant. J’aime beaucoup le personnage de femme forte de Rey (la Luke Skywalker de cet épisode) et l’humour de Finn (le Han Solo jeune de cet épisode, peut être) et les gros plans en images de synthèse de Maz Kanata avec ses binocles ajustables. Bref, le film a une personnalité bien à lui, très bien fait dans l’image, le son des sabres lasers et la dynamique. J’aurais aimé y voir un peu plus de nouveautés, moins de clins d’oeil et un peu plus de prise de risques dans le scénario. Tout ceci ne m’a pas empêché de le voir deux fois, une deuxième fois en non-3D avec Zoa.

Et voir ce nouvel épisode a relancé ma passion pour cette saga. Je me suis procuré un beau livre intitulé « The Art of Star Wars: The Force Awakens ». Je suis tombé dessus par chance au Maruzen de Marunouchi, en même temps que le livre de Ukiyo-e ci-dessus. L’auteur Phil Szostak, intégré dans les équipes de Lucasfilm, nous montre la genèse du design artistique de cet épisode à travers une approche chronologique de Janvier 2013 jusqu’à Janvier 2015. On y découvre un très grand nombre de concepts, de dessins de décors, personnages, machines et vaisseaux par l’équipe d’artistes autour des deux co-production designers Rick Carter et Darren Gilford. On y voit beaucoup de concepts qui n’aboutiront finalement pas dans la version finale (ce qui est parfois dommage dans certains cas). On comprend le long travail de conception de Kylo Ren, dû certainement à la pression de créer un personnage aussi emblématique que Vador.

Un livre en amenant un autre, je me décide de commander sur Internet un magazine numéro spécial de ImagineFX, intitulé « The Art of Film: Star Wars ». Ce magazine de 180 pages montrent l’univers de Star Wars vu par une cinquantaine d’artistes, plus ou moins impliqués d’ailleurs dans cet univers. Certains sont en contrat avec Lucasfilm, d’autres ont seulement eu l’occasion de créer quelques oeuvres dans le cadres d’événements Star Wars spécifiques. Pour beaucoup d’entre eux, le créateur original, Ralph McQuarrie, qui a conçu avec Georges Lucas tous les éléments majeurs de la première trilogie, est un modèle et une inspiration. Les styles et approches des artistes sont bien entendus très différents et ont parfois pour objet l’univers étendu de Star Wars (non directement inspiré des lieux et personnages des films), comme la peinture ci-dessus d’une apprentie au sabre laser rouge par le français Simon Goinard.

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En continuant sur ma lancée Star Wars, j’en viens à vouloir redécouvrir la première trilogie. J’étais trop jeune à l’époque pour voir les trois épisodes au cinéma. Je les ai découvert à la télévision et revus de nombreuses fois sur cassette VHS. Je me suis procuré récemment trois gros livres par JW Rinzler sur le making of des épisodes 4, 5 et 6 qui annoncent raconter l’histoire définitive de la création de chaque épisode avec de nombreuses photos et textes. J’en ai bien pour un an pour tout lire, mais ça s’avère passionnant. J’étais passionné de cinéma il y a 20 ans et cet intérêt renait dernièrement.

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Pour conclure ce long article, je reviens vers une autre forme de futur, celle des courses anti-gravité. J’étais grand amateur du jeu Wipeout 2097, de Psygnosis, lorsqu’il était sorti en 1996 sur la première Playstation. Je le garde en tête comme une référence que j’ai toujours cherché à retrouver. C’est un peu le cas avec Fast Racing Neo de Shin’en. Les graphismes y sont superbes mais c’est surtout la vitesse des vaisseaux anti-gravité qui impressionne. On a peu de temps pour admirer les décors, ce qui est un peu dommage vu la qualité des lieux, que ça soit les jungles luxuriantes ou les villes futuristes. On slalome entre les immeubles à Chuoku City, on survole de très haut Sendai Outpost sur des voies étroites, on parcourt ce qui ressemble à une ville en ruine à Kamagori City. Chaque course demande une concentration de tous les instants et le moindre faux pas ne pardonne pas. Le jeu est beaucoup plus difficile que Wipeout (dans mes souvenirs), mais il y a un plaisir certain dans l’utilisation excessif des turbos. Cette vitesse est grisante et nous fait revenir dans la course malgré le sentiment de frustration dès qu’on loupe un virage pour atterrir dans le vide. Ce jeu de course futuriste tourne sur Wii U, c’est la seule console « nouvelle génération » que l’on a à la maison. Je ne parle pas souvent de jeu video sur Made in Tokyo, mais j’ai pourtant cette passion depuis de nombreuses années. Bizarrement, j’avais pratiquement arrêté le jeu video à mon arrivée au Japon, ce qui peut paraître assez contradictoire. Je m’y suis remis tranquillement depuis environ un an avec la Wii U et les émulations de jeux plus anciens sur OpenEmu sur iMac.