さあ行くよニューワールド

Je mentionnais dans un billet précédent que j’aime marcher de Shibuya à Shinjuku, lorsque je n’ai pas d’idée très précise où aller. Je marche cette fois-ci jusqu’à la station de Yoyogi, en m’arrêtant donc aux portes de Shinjuku. Le chemin que j’emprunte cette fois-ci est différent du précédent car je ne suis pas la longue avenue Meiji. Je préfère pour cette série marcher dans des plus petites rues parallèles que je finis également par bien connaître. A force de marcher dans ces rues, je fais de moins en moins de découvertes mais l’envie de photographier est toujours très présente. Toutes les photographies ci-dessus sont prises le même jour sauf la première, qui est d’ailleurs prise avec un objectif Zoom que je n’utilise pas très souvent, le Canon EF 28-135mm f/3.5-5.6 IS USM. La qualité de l’optique est bien inférieure à l’objectif Canon EF 17-40mm f/4L USM que j’utilise principalement et presqu’exclusivement. Les prix des deux objectifs sont aussi bien différents.

Alors qu’Ado doit sortir son nouveau single Yukue Shirezu (行方知れず), celui écrit et composé par Sheena Ringo, dans quelques jours le 10 Octobre 2022, l’envie me prend d’aller piocher dans sa discographie des morceaux qui pourraient me plaire. Sur son dernier album Uta no Uta One Piece Film Red (ウタの歌 ONE PIECE FILM RED), qui est comme son nom l’indique lié à la sortie du dernier film d’animation One Piece, je trouve deux morceaux qui me plaisent particulièrement: le premier morceau New Genesis (新時代) et le troisième Backlight (逆光). Depuis que cet album est sorti le 10 Août 2022, il connait un grand succès avec plusieurs morceaux, dont ceux que je mentionne ci-dessus, occupant les premières places des meilleures ventes de singles au Japon. La particularité de cet album est que chaque morceau voit ses paroles et sa musique écrites et composée par un artiste différent. Sans le remarquer avant d’écouter l’album en entier sur YouTube, il se trouve que les deux seuls morceaux que j’apprécie vraiment sont composés par des artistes que j’apprécie, à avoir Yasutaka Nakata (中田ヤスタカ) pour New Genesis et Vaundy pour Backlight. Les deux morceaux sont très accrocheurs et je comprends très bien leur succès. Le morceau Backlight a une ambiance rock très aggressive qui met à partie les capacités vocales d’Ado, comme si Vaundy voulait pousser Ado dans ses derniers retranchements. La voix d’Ado fonctionne très dans ces moments de violence et il faut bien avouer qu’elle est impressionnante. On reconnaît en fait assez bien l’écriture musicale de Vaundy sur ce morceau. A noter parmi les musiciens contributeurs, qu’un certain Ue-chan du groupe Maximum the Hormone (que je ne connais que de nom) assure la guitare basse. Le morceau de Yasutaka Nakata a une ambiance électronique rétro dans l’esprit des morceaux récents, très bons d’ailleurs, qu’il a composé pour son groupe Capsule. J’en parlais dans deux billets précėdents, et c’est amusant de constater que dans ces mêmes billets, je parlais également de Vaundy et d’Ado. Sur ce morceau également, Ado pousse volontiers sa voix pour notre plus grand plaisir. Les autres morceaux de l’album m’intéressent moins donc je ne pense pas m’y attarder. J’ai le sentiment qu’Ado est capable de grandes choses si elle est bien accompagnée. Je repense au monumental et chaotique morceau Odo (踊) sorti l’année dernière en single et inclu cette année en Janvier sur son premier album Kyōgen (狂言). La manière dont Sheena Ringo va influencer Ado sur son nouveau morceau Yukue Shirezu m’intrigue vraiment beaucoup. Vu le succès commercial confirmé d’Ado cette année encore, je me demande si elle va finalement participer à l’émission Kōhaku du 31 Décembre sur NHK. Je doute par exemple que Sheena Ringo soit présente sur scène à Kōhaku cette année, car elle ou Tokyo Jihen n’a pas sorti de morceaux majeurs. Il y a bien le morceau Ito wo kashi (いとをかし – too good) pour l’anime Ojarumaru (おじゃる丸) de NHK, mais il me parait un peu trop anecdotique pour Kōhaku. En fait, même avant de connaître son nouveau morceau, je rêverais qu’Ado saisisse l’opportunité de ce Kōhaku là pour finalement montrer son visage, et pourquoi ne pas le faire en duo sur scène avec Sheena Ringo. Ado a maintenant 20 ans, tout comme Miyuna, un autre talent précoce font je parlais récemment, et elle a de toute façon tout le temps devant elle pour décider à se montrer. J’imagine le confort de vie d’être l’artiste qui vend le plus de disques en ce moment au Japon et de pouvoir mener une vue normale.

dans le flou des ombres du soir

En composant ce billet de photographies volontairement floues en noir et blanc, j’ai en tête un billet de Septembre 2017 intitulé we are walking in the air, qui me sert en quelque sorte de maître-étalon ou plutôt de référence. Ce billet de 2017 m’avait d’ailleurs inspiré le billet de Septembre 2018 intitulé we speak silence, faisant intervenir cette fois la couleur. Ces billets sont construits de la même manière, que ça soit le flou des photographies, l’abstraction du texte accompagnant les images et le titre volontairement incohérent. Ces billets ont pour moi une importance certaine et j’y reviens de temps en temps pour me souvenir de la direction que doit garder Made in Tokyo. Je m’en éloigne malheureusement petit à petit, car un grand nombre de mes séries de photographies tendent vers le descriptif plutôt que vers l’abstraction. C’est un débat interne que j’ai longtemps eu sur ce blog, à savoir montrer de la photographie directe, comme je le fais en très grande partie maintenant, ou montrer une photographie altérée, faite de superpositions et de parasitages. La deuxième catégorie m’apporte le plus de satisfaction mais l’inspiration ne se commande pas, et se fait malheureusement de plus en plus rare ces dernières années. Fut une époque où je créais des megastructures et des formes urbano-végétales voguant au dessus de la ville. Cette forme de poésie urbaine me manque parfois même si j’ai un peu tourné la page. La série de photographies ci-dessus n’est pas aussi intéressante que celles de Septembre 2017 ou 2018, mais je ressens depuis quelques temps le besoin de retourner vers ce type d’abstraction de l’image, suite aux deux billets du mois de Septembre: will you watch petals shed from flowers in bloom? et D1$4PP34R1NG 1N c̶̳͚̈́͌̿͋̔ͅL0VDZ 4n̶͓͉̣͉͚̂̏͐D SK4𝖗Z. Je n’ai jamais voulu choisir une direction unique, mais il faut que je me souvienne de garder une bonne proportion entre photographies directes et photographies altérées.

Nous sommes ci-dessus au sanctuaire d’Hikawa à Shibuya à l’occasion du matsuri d’automne (j’y reviendrais un peu plus tard), tout comme sur les deux billets de 2017 et 2018. Certaines des photographies ont par contre été prises autour du sanctuaire.

wolves crying at the giant moon

Samedi dernier, je voulais profiter de la grande lune installée par l’artiste anglais Luke Jerram près de la gare de Shimo-Kitazawa avant qu’elle ne disparaisse. Mais c’est après être arrivé à pieds à Shimo-Kitazawa en fin de matinée que je me suis rendu compte que la lune n’était montée qu’à partir de 15h. Je suis donc revenu en vélo dans l’après-midi en gardant un œil sur le ciel car le typhon numéro 15 approche très rapidement. La pluie finit par tomber progressivement puis plus intensément par moments ce qui rend difficile un retour à vélo. Je ferais donc le long retour à pieds en tenant le vélo d’une main et le parapluie de l’autre. La difficulté supplémentaire de mon vélo est qu’il a un pédalier de type vélo de piste, c’est-à-dire qu’il est en permanence solidaire de la tour arrière. Quand on tient le vélo d’une main pour le faire rouler à côté de soi, il faut donc s’en écarter suffisamment pour ne pas se prendre des coups de pédales car le pédalier tourne au rythme du mouvement. Mais je ne regrette pas, malgré la pluie, d’avoir fait le déplacement jusqu’à cette lune qui apportait un brin de fantastique dans les rues de Shimo-Kitazawa. L’installation a apparemment été enlevée le Dimanche 25 Septembre. J’en montrais quelques photos supplémentaires sur mon compte Instagram la semaine dernière. J’aime beaucoup marcher jusqu’à Shimo-Kitazawa et notamment traverser le quartier de Yoyogi-Uehara que je connais assez bien sans jamais y avoir habité. J’ai dû en parcourir la plupart des rues. On y trouve par endroits des petits moments d’architecture remarquable. Shimo-Kitazawa reste beaucoup plus désordonné dans sa composition urbaine mais est malheureusement en voie de gentrification. Les alentours de la gare sont notamment en construction depuis plusieurs années et il y a fort à parier que la standardisation urbaine touche petit à petit les rues du centre. Au passage, je suis assez surpris par la longévité d’une grande illustration murale montrant des têtes de loups criant vers le ciel, ou peut-être plutôt vers la lune imaginaire qui est proche. Je vois très régulièrement sur les murs les mots « Tokyo is yours » écris à la va-vite. On sait peu de choses sur le ou les taggers écrivant ces messages dans les rues de Tokyo. Le message sur la photographie ci-dessus est écrit à l’entrée d’un escalier menant vers un sous-sol sombre et il est accompagné d’une petite flèche qui semble nous inviter à y pénétrer. Je me demande quel univers mystérieux se cache à cet endroit.

Je ne suis jamais allé dans les petites salles de concert de Shimo-Kitazawa (autant que je m’en souvienne) et il y en a pourtant plusieurs que je vois souvent mentionnées lorsque je parcours les fils Twitter de certains artistes et groupes indépendants. Tricot s’y était notamment produit en petit comité un peu plus tôt cette année en Avril (j’en parlais dans un billet précédent), avec pour objectif principal de faire un enregistrement en direct visible par les spectateurs à l’étranger, en compensation du retard de leur tournée européenne. Les mois ont passé et Tricot est actuellement en Europe pour de nombreuses dates de concerts. J’aime beaucoup suivre leur périple sur Instagram car Ikkyu et Hiromi montrent beaucoup de photos et de petits films. Après l’Angleterre, Tricot est passé à Paris pour un seul concert au Point Éphèmère et les reportages que j’ai reçu d’un amateur sur place (qui se reconnaîtra) indiquent que le concert était très bon avec un très bon accueil parisien. Je n’ai pu m’empêcher de capturer quelques photos du compte d’Ikkyu et de Tricot pour garder une trace de ce passage français.

Et pendant que Tricot tourne en Europe, Ikkyu Nakajima (中嶋イッキュウ) sort sous le nom de projet SUSU (好芻) un mini-album intitulé Gakkari. il s’agit d’une collaboration avec le musicien Kanji Yamamoto (山本幹宗). Le mini-album a une ambiance musicale très éloignée de la dynamique millimétrée du math-rock de Tricot. L’univers de Gakkari. est innocent et insouciant, dans des ambiances rêveuses. L’approche est très rafraîchissante. Je trouve cette approche comme détachée de la réalité. On y trouve parfois des petits moments musicaux orientaux et cet aspect un peu oriental donne à ce mini-album un côté un peu kitsch sans vraiment l’être. C’est un équilibre bien dosé qui tient par la voix un peu voilée mais parfaitement maîtrisée d’Ikkyu. J’aime en particulier les deux singles, Blue Boat qui démarre le mini-album et Night Market qui le conclut. Cet univers ne s’est révélé pour moi qu’après plusieurs écoutes, mais j’y ai tout de suite trouvé de l’intérêt.

Et pour continuer sur Tricot et partager une discussion que j’ai eu par messages interposés avec Nicolas, on se demandait la signification du surnom Motifour de la guitariste de Tricot. Son vrai nom est Motoko Kida (木田素子) mais se fait appeler Motifour Kida (キダ モティフォ). Une petite recherche sur le Wikipedia japonais m’a donné des bonnes pistes. Elle a apparemment pris son surnom du guitariste d’un groupe japonais appelé mudy on the Sakuban (mudy on the 昨晩). Le guitariste en question se fait appeler Watifour Mori (森 ワティフォ) et ce mot Watifour veut dire « Espoir » en langue africaine Swahili. On peut traduire Espoir en Kibō en japonais (希望). Motifour Kida aurait donc gardé le « Mo » de son vrai prénom Motoko et repris le « tifour » du nom de ce guitariste. A noter qu’un autre guitariste, Satoshi Takeuchi, d’un groupe japonais nommé Onigawara, a également appliqué la même technique en prenant le nom de Satifour Takeuchi. J’imagine qu’un lien se crée ainsi entre une communauté de guitaristes. Je me suis ensuite demandé si les kanji que Motifour Kida écrit sur ses deux mains lors des concerts ne seraient pas tirés de ce mot espoir Kibō 希望. Mais en fait non, ce sont les kanji 甲, qui signifie « dos de la main » et qu’on peut aussi comprendre comme « armure » ou « casque de protection » et 攻 qui veut dire « attaque ». L’utilisation de ces deux kanji en particulier reste bien mystérieuse. Motifour Kida dit simplement qu’il s’agit d’un porte-bonheur. Je ne sais pas si c’est commun pour les musiciens d’écrire de cette manière des kanji ou mots porte-bonheur sur leurs mains avant des représentations, mais le fait d’inscrire un kanji sur la main me rappelle forcément Sheena Ringo à ses débuts en concert (extrait du concert Senkō Ecstasy de 1999 sur la photo de droite). Elle inscrivait par exemple le kanji 主 qu’on peut traduire, je pense, en « Principal » ou « Maitre ». Tout comme Ikkyu, on sait que Motifour Kida appréciait Sheena Ringo ou des groupes comme Number Girl à ses débuts, mais je me demande si ses inscriptions sur les mains sont une influence directe. Il reste encore quelques mystères à élucider.

à pieds jusqu’à Yanaka

Je marche cette fois-ci jusqu’à Yanaka ce qui me prend environ deux heures et demi. C’est une longue marche qui me laisse le temps de réfléchir au sens de la vie mais je n’utilise en général pas beaucoup ce temps qui m’est donné pour réfléchir à quoique ce soit. Je pense que ça gâcherait la marche et je préfère faire en quelque sorte le vide et me concentrer sur l’observation de la rue. Sur mon passage, je traverse le cimetière d’Aoyama, passe devant le grand palace d’Akasaka Geihinkan et la station de Yotsuya. Alors que j’approche d’Ichigaya, je me décide à faire un tour rapide à l’Institut français du Japon. Je pensais que la rénovation du bâtiment historique conçu par Junzo Sakakura était déjà terminé mais elle continue apparemment jusqu’à la fin de l’année. Je voulais également voir les nouveaux bâtiments conçus par Sou Fujimoto appelés Un Village pour Institut. Cet ensemble éclaté, installé dans le jardin de l’Institut, comprend plusieurs salles de classe, une salle de conférence et un restaurant. Cet ensemble a été ouvert le 5 Juillet 2021. J’ai un vague souvenir d’une brasserie installée dans ce jardin mais je pense qu’elle a été remplacée par ce nouvel ensemble. Ma marche m’amène ensuite dans des quartiers que je ne connais pas ou peu, au delà de Iidabashi et derrière le Tokyo Dome que je reprends avec plaisir en photo. J’ai à chaque fois l’impression d’y voir un nuage crémeux posé délicatement sur une couronne de béton. Et je retrouve finalement Yanaka et la boulangerie Ueno Sakuragi Atari dont je parlais la dernière fois. J’ai donc marché deux heures et demi pour aller acheter du pain. Mais quel pain et quelle boulangerie! Je la montre sur la dernière photographie.

comme tenue au sol par un fil

En marchant depuis Monzen-Nakachō en direction du sanctuaire de Suitengu, je ne pensais pas arriver aussi vite sur la jonction d’autoroutes d’Hakozaki. Après avoir traversé la rivière Sumida, l’autoroute à étages devient soudainement plus dense. On a même du mal à appréhender le nombre de niveaux qui la compose. Cet ensemble à quelque chose de monstrueux. Certains y verront même une ambiance cyberpunk et voudront y appliquer un filtre bleuté pour donner une atmosphère proche de celle de Blade Runner. Je ne suis pas contre le fait de mystifier la ville de Tokyo mais cette comparaison avec l’univers de Blade Runner a été trop fait. J’ai déjà pris en photo l’année dernière la jonction d’Hakozaki que j’avais choisi de montrer en noir et blanc. Conserver les couleurs sur la série ci-dessus donne une certaine chaleur, comme si la bête mécanique était bien vivante. C’est l’impression que me donne la troisième photographie. En la regardant, j’ai l’impression que les courbes des voies sont sur le point d’onduler. Tout cet ouvrage ne tient que sur quelques piliers, comme s’il ne s’agissait que d’un fil qui maintenait tout l’ensemble au sol.