ア・キ・ラ・Shibuya

Le Department Store PARCO à Shibuya a fermé ses portes le 7 août 2016 et est désormais en cours de rénovation. Plutôt qu’une rénovation, il s’agit en fait d’une reconstruction totale à la place de l’ancien bâtiment datant de 1976 certainement plus aux normes anti-sismiques en vigueur. Il a donc été entièrement détruit et on attend un nouvel immeuble pour PARCO en 2019. En attendant, la zone de construction est entourée de palissades blanches. Depuis plusieurs mois, on peut voir en dessin Kaneda sur sa célèbre moto sportive rouge avec l’indication de l’année AD 2019. Il s’agit de la date à laquelle se passe l’histoire de Akira, le manga que l’on ne présente plus de Katsuhiro Otomo. Il s’agit également de l’année où commencera l’histoire de ce nouveau Department Store PARCO. Depuis quelques semaines, plusieurs fresques se sont ajoutées en plus de l’image de Kaneda, construites sur l’imagerie du manga. On retrouve tous les personnages principaux de Akira sur ces fresques en noir et blanc. Je n’ai pas lu le manga ou revu le film d ‘animation depuis de nombreuses années, et ça fait plaisir de revoir ces images et ces personnages en grand format. Je me souviens encore très bien du choc visuel et stylistique quand j’ai vu pour la premier fois Akira au cinéma en France en 1991 lors de sa sortie. D’ailleurs, ça me surprend un peu que l’on utilise l’imagerie de Akira pour entourer la construction d’un nouvel immeuble commercial, sachant que l’univers de Akira est plutôt tourné vers la destruction, comme le montre d’ailleurs certains des dessins de la fresque. On est très loin d’un visage idyllique et paisible de la ville, car Akira représente une certaine image du chaos et de l’aliénation.

une journée à Kobuchizawa: Misogi Jinja

La deuxième étape de notre journée à Kobuchizawa dans la préfecture de Yamanashi se passe dans un sanctuaire à quelques kilomètres seulement du musée Nakamura Keith Haring. Il s’agit du sanctuaire Misogi. Il est apparemment assez connu pour deux raisons singulières et sans aucun rapport avec le culte shintô qu’il représente. Tout d’abord, il avait fait les nouvelles télévisées il y a quelques temps quand la mère d’un des membres du groupe de pop japonaise appelé Yuzu a acquis les lieux. A vrai dire, je ne savais pas qu’on pouvait acquérir un sanctuaire de cette manière car à ma connaissance, ce genre de religieux et leurs administrations se transmettent de parents à enfants au Japon. Misogi jinja est également connu car il apparait dans une publicité assez récente pour l’opérateur de téléphonie AU. Il s’agit d’un des nombreux épisodes de la série Santaro 三太郎 en kimono avec les acteurs Shota Matsuda dans le rôle de Momotaro, Kenta Kiritani dans le rôle de Urashimataro et Gaku Hamada dans le rôle de Kintaro (mais malheureusement sans Kasumi Arimura, la princesse Kaguya, dans cet épisode). J’aime assez l’atmosphère de cette série montrant des lieux que l’on aurait envie de visiter, mais loin des touristes.

Ce ne sont bien entendu pas les raisons principales de l’intérêt de ce sanctuaire, mais plutôt l’organisation de ses espaces et sa situation dans un milieu naturel au bord d’une forêt. Il y avait peu de monde lors de notre visite ce qui rendait cet espace d’autant plus agréable. Le sanctuaire principal est posé sur une vaste cour de graviers blancs et ratissés, ce qui donne un joli contraste avec le bois des structures bâties. A côté du bâtiment principal et en contre-bas, une scène de théâtre Noh est aménagée sur un étang habité de carpes Koi très nombreuses et colorées. On peut s’asseoir sur l’herbe devant l’étang pour assister aux spectacles qui ont lieu sur cette scène pendant les périodes estivales. Ce doit être une bien belle expérience que d’assister à un spectacle Noh dans un tel cadre. On imagine les voix du théâtre Noh se mélanger avec les sons de la forêt et les visages masquées s’éclairer dans la nuit sous les feux de l’été. La scène du théâtre Noh est reliée par des ponts de bois qui interconnectent plusieurs autres dépendances placées sur l’eau et sur une pente de montagne. Les photographies que je prends de cet espace ne transmettent malheureusement pas très bien la qualité de l’ensemble et l’envie que l’on peut avoir d’y marcher. Avant de quitter le sanctuaire Misogi, nous donnons à manger aux carpes multicolores qui en redemandent. Je me demande d’ailleurs si j’ai déjà vu des carpes aussi colorées et aussi belles.

Il faudra reprendre la route vers 5h du soir, alors que le soleil commence déjà à se coucher. C’est à partir de ce moment là que la partie pénible de notre journée commence, avec des embouteillages monstres en chemin, au niveau du lac Sagamiko sur l’autoroute Chuo. Nous sommes bloqués pendant plusieurs heures. On de décide à sortir de l’autoroute pour aller diner, et pour laisser un peu de temps aux véhicules de se dégager. Mais lorsque nous reprenons la route, les bouchons persistent encore. Nous arriverons dans le centre de Tokyo vers 11h30 du soir. Il nous aura donc fallu environ 5 heures pour faire les 150 kilomètres environ séparant Tokyo de Kobuchizawa. Même sans parler des effets du retour du week-end de trois jours, les embouteillages sont très fréquents le dimanche soir sur les autoroutes Chuo (celle que l’on a emprunté) ou Tomei, en direction de Tokyo. Mais nous gardons cependant en tête de belles images de cette journée ensoleillée dans les montagnes des alpes du Sud.

une journée à Kobuchizawa: Keith Haring (2)

Les espaces intérieurs du Nakamura Keith Haring Museum à Kobuchizawa, Yamanashi, sont complexes et spécialement adaptées au contenu de l’oeuvre de Keith Haring, avec des espaces sombres lorsque les dessins de Haring représentent les conflits ou des éléments de chaos, et des espaces clairs représentant l’espoir. Keith Haring a beaucoup produit pendant sa vie écourtée par le sida. Il meurt très jeune à l’âge de 31 ans, en 1990. Il créa dans l’urgence à la fin des années 1980, sachant ses années de vie comptées. L’exposition nous apprend que Haring aimait le Japon. L’expo s’appelle d’ailleurs « Pop to Neo-japonism ». On nous montre dans des salles dédiées certaines de ses créations à Tokyo, notamment la mise en place d’une boutique temporaire Pop Shop Tokyo, où il vendra des objets couverts de motifs de sa création, comme des petites céramiques. L’objectif de cette boutique était de rendre accessible son art au plus grand nombre, plutôt que la recherche d’un profit pécuniaire. Il exposera également ses œuvres au musée Watari-Um à Aoyama. Sur deux murs du musée, on nous montre en photographies un petit immeuble qu’il a entièrement recouvert de dessins. Je ne sais pas où il se trouvait, il n’existe plus maintenant, et s’il s’agissait du Pop Shop Tokyo.

Parmi les nombreuses œuvres présentées à cette exposition, on trouve quelques uns des premiers dessins de Street Art qu’il créa dans les couloirs du métro new yorkais, à la craie sur des espaces inoccupés par des affiches publicitaires. On nous montre également des collaborations avec Andy Warhol pour une série de quatre sérigraphies sur papier appelée Andy Mouse (1986), et avec William S. Burroughs sur une série mélangeant textes et sérigraphies appelée Apocalypse (1988). Le musée nous permet de sortir sur le toit pour apprécier un peu plus l’architecture des lieux. J’apprécie dans un musée quand le contenu et le contenant sont remarquables. On termine la visite en sortant sur une terrasse circulaire entourée de murs de béton irréguliers et angulaires, au dessus desquels se dégagent les cimes de arbres aux alentours. En sortant du musée, je ne peux m’empêcher d’aller photographier ces murs. Les formes angulaires et agressives parfois sont vraiment très intéressantes.

A quelques pas du musée, un hôtel est également conçu par le même architecte Atsushi Kitagawara. Il en reprend le même esprit architectural, les formes angulaires des ouvertures notamment et les irrégularités assez futuristes. Ce bâtiment ressemble à un ovni atterri par erreur dans les montagnes des Alpes japonaises. Cet ensemble du Kobuchizawa Art Village fait très clairement contraste avec le reste des bâtiments et maisons que l’on trouve dans les environs. Après un déjeuner dans un chalet restaurant juste à côté, nous reprenons la route à la recherche des feuilles rouges et jaunes de l’automne. Nous nous arrêtons assez vite en chemin vers un autre lieu intéressant, le sanctuaire de Misogi.

une journée à Kobuchizawa: Keith Haring (1)

Cette journée à Kobuchizawa dans la préfecture de Yamanashi était à la fois superbe et éprouvante. Superbe car cela faisait longtemps que nous n’avions pas eu l’opportunité de sortir de Tokyo et gagner les montagnes de Yamanashi sous un soleil et un air frais des plus plaisants. Éprouvant car le trajet en voiture pour se rendre à Kobuchizawa fut long et fatiguant, surtout la route vers Tokyo en fin de journée. Faute à ce week-end de trois jours quand la foule de retour vers Tokyo se concentre sur les autoroutes.

Comme souvent, nous nous sommes décidés au dernier moment à sortir de Tokyo, ce dimanche matin. Zoa n’avait pas son cours de programmation de robot et nous n’avions pas d’autres obligations. On se décide donc à aller à deux heures en voiture de Tokyo, dans la préfecture de Yamanashi, a Kobuchizawa. Mari avait entendu beaucoup de bien du musée dédié à l’artiste américain Keith Haring, qui se trouve là bas. Le musée appelé Nakamura Keith Haring Museum est situé dans les montagnes des Alpes du Sud, perdu dans les arbres qui commencent à rougir cet automne. L’emplacement dans la verdure et près d’un ruisseau est superbe et d’une grande tranquillité, mais difficile d’accès sans voiture. Le musée en lui-même est à voir. L’architecture irrégulière tout en angles est conçue par l’architecte Atsushi Kitagawara. Le musée a été établi en 2007 par le collectionneur Kazuo Nakamura, chef d’entreprise et passionné de l’art de Keith Haring depuis qu’il a découvert ses dessins de rues lors d’un voyage à New York dans les années 1980. Le musée qui fête cette année ses dix années d’existence est entièrement dédié à Keith Haring et c’est d’ailleurs le seul au monde à lui être uniquement dédié. On trouve bien entendu les œuvres de Haring parsemées un peu partout dans les musées et galeries du monde entier. On se demande au premier abord la raison de l’emplacement d’un musée sur un artiste américain prenant le milieu urbain comme espace de travail, au milieu de « nulle part » dans les montagnes japonaises. Il se trouve que le collectionneur Nakamura est natif de la région, riche culturellement pendant les premières ères de l’histoire de Japon, celle de Jomon en particulier. Nakamura dresse un certain rapprochement entre l’art primitif de la période Jomon et le formes simples et primaires de l’art de rue de Keith Haring. Ceci étant dit, pour peu qu’on puisse faire le déplacement jusqu’ici, découvrir ce bâtiment de béton et ces œuvres dans les montagnes denses en végétation est un véritable bonheur.

du songe à la lumière (2)

Kei se réveille en sursaut le lendemain matin. Hikari est restée jusqu’à environ 1h du matin pour repartir ensuite chez elle à pieds. L’alarme du réveil s’est déclenchée à 6h, comme tous les matins de la semaine. Elle oublie parfois de l’éteindre le samedi, mais elle ne s’accorde de toute façon que quelques heures de sommeil par nuit. En ouvrant d’une main approximative la fenêtre donnant sur le jardin public, un rayon de soleil traverse la pièce et dessine une ligne franche qui semble indélébile sur le tatami de la pièce unique de l’appartement. Le vent est frais pour un matin d’Octobre. C’est un appel vers le parc, il lui démange déjà d’aller y courir. Après avoir compter jusqu’à dix dans la chaleur du futon, elle se lève brusquement et enchaîne les mouvements systématiques pour se préparer rapidement, car l’appartement mal isolé est glacial tôt le matin. Il semble d’ailleurs faire bien meilleur à l’extérieur. Elle achètera un petit pain et un café en boîte pour le petit déjeuner au convenience store à quelques mètres d’ici. Avant de sortir de l’appartement, elle s’arrête devant le miroir de l’entrée comme elle le fait quelques fois. Elle se regarde pendant plusieurs minutes, observant attentivement chaque courbe et arête de son visage. Elle recherche en elle le visage de sa mère. Quand elle était petite, on lui disait parfois qu’elle ressemblait à sa mère, comme une copie miniature. Elles sont pourtant bien différentes, mais Kei s’obstine à rechercher en elle sur ce miroir de l’entrée un souvenir, une sensation qui se dégagerait soudainement. À la lumière du soleil d’automne, ses cheveux aux mèches blondes semblent beaucoup plus clairs et lumineux. Quand Hikari vient chez elle le soir, ce sentiment d’éclaircie soudaine la gagne à chaque fois, comme un rayon de soleil puissant transperçant de lourds nuages.

Kei ferme la porte d‘entrée après avoir saisi son petit porte monnaie et descend l’escalier extérieur. La rue est vide et silencieuse, déserte. Le convenience store à quelques pas d’ici est le seul signe manifeste de vie dans le quartier. Un jeune étudiant, les yeux entrouverts, assure le service matinal. L’entrée du parc Inokashira est toute proche. Il sera rempli à raz-bord dans la journée, mais à cette heure-ci tôt le matin, il n’y a personne. C’est presqu’inhabituel d’ailleurs qu’il n’y ait pas un chat, ou un promeneur de chien dans les allées du parc. Après quelques étirements rapides, Kei commence sa course. C’est un moment privilégié du week-end, en dehors du temps et de toutes obligations. Elle écoute souvent de la musique en courant dans les allées, mais elle décide aujourd’hui d’écouter les sons du parc, le vent s’engouffrant dans les feuillages, le bruit des branchages qui se cassent sous ses pieds. Aujourd’hui, elle n’a pas envie de s’évader et de s’extraire au monde. Elle ressent au contraire un désir inarrêtable de se reconnecter au monde.

Le pas de sa course s’accélère rapidement, et elle traverse maintenant au pas de course le pont pour piétons au dessus de l’étang. De l’autre côté de cet étang, de grosses goûtes de pluies commencent à tomber comme des minuscules masses. Une averse imprévue ou un orage peut être? La pluie devient de plus en plus forte, mais Kei ne se décourage pas et accélère même le pas. Elle y voit là une mission. Courir dans les allées du parc, de plus en plus vite et sans faiblir, devient soudainement nécessaire. La pluie lui frappe le visage de plus en plus fort. Le vent qui s’est levé s’organise en bourrasques pour essayer de la stopper dans son élan, mais rien ne vient altérer le rythme des mouvements de Kei. Peut être s’agit il d’un typhon? Kei n’en sait rien et elle s’en moque. Elle n’a pas le choix. Son but est désormais de terminer cette course coûte que coûte. Comme une révélation, elle a maintenant la certitude que son monde en sera changé.

Ce texte est la suite du précédent billet publié ici.

la nuit tombant sur Shinjuku

Ces dernières semaines, nous allons souvent à Shinjuku. Ce n’est pas pour me déplaire car j’aime bien m’y rendre. Shinjuku est photogénique bien que je n’ai pas le sentiment de connaître très bien les recoins de Shinjuku qui se prêtent le mieux aux photographies. Nous allons souvent près du Department Store Takashimaya, près de la sortie Sud de la gare de Shinjuku et de là, nous marchons vers le centre nerveux autour de la gare, où la foule se regroupe sur les rues pratiquement piétonnes.

Un nouveau restaurant ethnique attire notre regard par ses couleurs vives. Il se trouve près de la gare, dessous la voie routière passant devant l’entrée Sud de la gare. En demandant gentillement, on nous permet d’y entrer pour voir l’intérieur sans consommer. C’est un des avantages d’être étranger au Japon. On a beau vivre dans ce pays depuis presque 20 ans, on nous prendra toujours au premier abord pour un touriste qui vient juste de descendre de l’avion et mettre les pieds au Japon. Et on ne peut rien refuser à un brave touriste qui vient de très loin pour admirer toutes les facettes de ce pays si différent. Je force beaucoup le trait, mais comme je le notais dans une anecdote d’un billet précédent, je ressens parfois ce genre de réactions. En même temps, comme je me promène toujours avec mon appareil photo reflex en mains, je me prendrais moi-même pour un touriste ou quelqu’un de passage si je me croisais dans une rue. Ceci étant dit, si je compare au Tokyo d’il y a 18 ans, j’ai l’impression qu’on m’adresse beaucoup moins la parole en anglais qu’avant. Je prends aussi les devants en parlant le premier en japonais pour éviter qu’on commence à me parler en anglais.

Je retourne avec Mari et Zoa au septième étage du building Newoman pour voir si le jardin est ouvert au public cette fois-ci, mais il n’en est rien. Il commence à faire nuit de toute façon. Je prends tout de même quelques photos sur une des terrasses au cinquième étage, éclairée par la lumière de la pleine lune. Depuis la terrasse, on peut voir les lignes de chemin de fer qui viennent s’engouffrer dans la gare de Shinjuku. J’aime assez ce grand espace ouvert entre les immeubles, mais il est petit à petit rempli par des nouvelles constructions au dessus des voies. C’est le cas de ce building Newoman, construit en presque totalité sur les voies ferrées. L’utilisation optimale de l’espace disponible est toujours une priorité urbanistique à Tokyo.

De retour vers Takashimaya, un stand intitulé « Talking Music & Listening » passait à tue-tête un morceau de The Chemical Brothers que je n’avais pas entendu depuis des années. Je n’éprouve plus beaucoup d’intérêt pour la musique électronique du duo, alors que j’écoutais beaucoup il y a plus de 20 ans, mais entendre ce morceau dont je ne pourrais dire le titre m’a interpellé. Le stand placé à l’entrée du Department Store montrait une série de disques vinyles affichés sur des panneaux. Posséder des disques vinyles avec ces pochettes grand format me fait parfois envie, mais comme j’écoute la plupart du temps la musique au casque, l’intérêt d’une platine vinyle à la maison serait de toute façon assez limité.