just can’t help it

Je ne peux m’empêcher de prendre en photo les dessins sur les murs dès que j’en aperçois au hasard de mes promenades en ville. Les couleurs de la nature urbaine sont parfois tellement prononcées qu’on a l’impression qu’elles sont dessinées au feutre épais ou à la bombe de peinture. La cinquième photographie ne montre pas un dessin de rue mais la manière dont l’ancienne voiture apparaît derrière un fin rideau grillagé a quelque chose de très graphique qui donne l’impression qu’elle est dessinée dans un cadre de manière un peu floue. La dernière photographie montre la devanture ultra-colorée du magasin A Bathing Ape Kids à Jingumae. Je n’y suis jamais entré car j’ai passé l’âge depuis longtemps mais je sais qu’on trouve à l’intérieur une piscine de bananes de toutes les couleurs. On l’aperçoit à peine sur cette photographie. La quatrième photographie a été prise entre Shin-Okubo et Shinjuku le long de la voie ferrée. Comme je le montrais dans un billet précédent à Takadanobaba, les murs sous les ponts routiers sont assez souvent couverts d’illustrations. Et si ce ne sont pas des illustrations, ce sont des graffitis désorganisés qui envahissent ces espaces cachés du reste de la rue. Les deux premières photographies à Aobadai et à Daikanyama ne sont pas non plus des graffitis. J’aime beaucoup les personnages ressemblant à des barbapapa que l’on peut voir sur la deuxième photographie. Je pense les avoir déjà montré auparavant sur made in tokyo, mais je ne peux m’empêcher de les prendre en photo à chaque fois que je passe devant. I just can’t help it.

J’avoue qu’il m’était un peu difficile de reprendre le fil de l’écriture sur les concerts de Sheena Ringo et Tokyo Jihen après avoir vu Electric Mole. Il y avait tellement de choses à dire sur Electric Mole que le courage me manquait un peu de commencer à écrire sur le concert suivant, en pensant au temps que j’ai passé sur le billet d’Electric Mole. Mais l’envie de continuer ma découverte de ces concerts était trop forte et je poursuis donc tranquillement avec Just Can’t Help It de Tokyo Jihen. La tournée “DOMESTIC! Just can’t help it” n’est en fait pas la première tournée de la nouvelle formation de Tokyo Jihen en Phase 2 (第二期) car une courte série de deux concerts en deux dates sous le nom de « DOMESTIC! Virgin LINE » a d’abord eu lieu les 19 et 21 Février 2006 au Nippon Budokan de Tokyo et au Osaka-jō Hall respectivement. Cette mini tournée Virgin Line accompagnait en fait le nouvel album Adult (大人) sorti le 25 Janvier 2006 et était un tour d’essai pour le nouveau groupe voyant Ukigumo remplacer Mikio Hirama et Ichiyō Izawa remplacer Masayuki Hiizumi. “DOMESTIC! Just can’t help it” se déroule la même année mais sur un nombre beaucoup plus important de dates, 21 dates en tout, et couvre tout le pays en démarrant par le Hall de Kamakura (鎌倉芸術館) le 7 Avril pour terminer au Convention Center d’Okinawa (沖縄コンベンションセンター) le 30 Mai 2006. La captation vidéo sur le DVD Just Can’t Help It est sortie le 6 Septembre 2006 et montre un enregistrement de l’avant dernière date, le 26 Mai 2006 au NHK Hall de Tokyo, à Shibuya. Il s’agit quand même du premier concert de la Phase 2 de Tokyo Jihen disponible en DVD, car Virgin Line n’est jamais sorti en DVD ou Blu-Ray, à part quelques morceaux sur la compilation vidéo Live Chin Play Kō Play (珍プレー好プレー), dont je parlerais certainement dans quelques semaines. Cette compilation est sortie beaucoup plus tard en 2012 au moment de la séparation du groupe. En fait, Virgin Line a été diffusé en version tronquée (12 morceaux sur 18), mais avec une partie documentaire en plus, dans une émission spéciale intitulée “Tokyo Jihen Live in Nippon Budokan” diffusée sur la chaine Fuji Television le 25 Mars 2006. On peut voir cette émission sur internet en cherchant bien. Je comprends le titre de cette tournée comme voulant signifier que le groupe ne peut s’empêcher de vouloir se produire en live. Il n’y a pas de partie documentaire sur ce live, contrairement à ce qu’on avait l’habitude de voir sur les vidéos de Dynamite, Electric Mole ou encore Gekokujyo Ecstasy. Par contre, le DVD a la particularité d’intégrer des scènes vidéo originales dans le film du concert. Ces images additionnelles s’intègrent en fait très bien car le son n’est pas coupé ou altéré (à part sur un morceau). Elles donnent même une dimension contemplative au concert, que je trouve très bien pensée. Si dans l’ensemble, je trouve les versions des morceaux joués sur Just Can’t Help It moins percutantes que sur Dynamite Out avant ou sur un concert comme Ultra C plus tard, ce concert est extrêmement intéressant d’un point de vue visuel. Je ne dirais pas que le concert n’est pas intéressant musicalement car les interprétations sont impeccables comme toujours.

Just Can’t Help It reprend la quasi totalité des morceaux de l’album Adult sauf le troisième Keshō Naoshi et le neuvième Tasogare Naki (attention, nouvelle symétrie détectée), quelques morceaux de l’album précédent Kyōiku, quelques reprises et morceaux de la carrière solo de Sheena Ringo, et un nouveau morceau qui sortira plus tard sur le troisième album Variety. Le DVD reprend également la totalité des morceaux joués le 25 Mai 2006 au NHK Hall, sans supprimer de morceaux, ce qui est plutôt une bonne nouvelle. Je me suis procuré ce DVD en l’achetant à un particulier sur Mercari pour un très bon prix. En fait, je cherchais le boitier original qui est différent de la boite plastique actuelle, car j’avais déjà le DVD de ADULT VIDEO prenant le même type de packaging et de design. Le concert Just Can’t Help It et les vidéos de morceaux sur ADULT VIDEO fonctionnent un peu comme une paire, en complément de l’album Adult. ADULT VIDEO est sorti avant Just Can’t Help It, le 23 Mars 2006. En fait, j’aime beaucoup le côté un peu provocateur de la couverture de Just Can’t Help It, qui utilise des photos de modèles. Ce ne sont bien entendu pas des photos des membres du groupe. Dans le même ordre d’idée, le titre du DVD ADULT VIDEO a un nom qui peut être trompeur. Tokyo Jihen va en fait au bout de leur concept de noms d’albums s’inspirant de catégories de chaines télévisées (Discovery, News, Sports, Variety, Education et Adult). Je me demande d’ailleurs le nom qu’ils donneront à leur prochain album en 2021. En pensant au teaser du futur album, je pense à un nom en lien avec l’auto-moto. Le DVD ADULT VIDEO contient 6 vidéos, celles de Kabuki, Himitsu, Koi ha Maboroshi, Shuraba, Kenka Jōtō et Tasogare Naki. Le vidéos sont de qualités variables, celle de Shuraba étant la plus aboutie. La vidéo de Himitsu est intéressante car le morceau est différent de l’album, incluant une partie rappée par Ukigumo. Cette version aurait pu être sur l’album à mon avis. La vidéo de Koi ha Maboroshi est amusante et j’étais surpris de voir le comédien Gekidan Hitori y participer. Kenka Jōtō met Hata Toshiki à l’honneur. Il y effectue une danse Kagura dans un lieu qui semble être la mine de pierre Oya à Tochigi (qui est d’ailleurs régulièrement utilisée pour des vidéos). Mais revenons plutôt au concert Just Can’t Help It.

Le concert commence comme une scène de théâtre pour le morceau Yukiguni. Sheena Ringo y est habillée d’un kimono blanc sur un fond bleu nuit et sur un sol blanc imitant la neige. Je me suis d’abord demandé s’il s’agissait de la mise en scène actuelle que l’on pouvait voir lors du concert mais on comprend rapidement que ce n’est pas le cas car les véritables images sur la scène du NHK Hall et celles en studio se mélangent. Elle est également habillée du même kimono sur scène, ce qui fait que les images en studio et celles sur scène s’accordent très bien. Ce kimono lui sera arraché brusquement à la fin du morceau au moment où démarre le deuxième morceau Genjitsu wo Warau. L’interprétation de Yukiguni est très prenante mais c’est surtout cette mise en scène neigeuse qui laisse une forte impression. Alors qu’ils étaient dans la pénombre sur le premier morceau, les membres du groupe apparaissent plus clairement sur Genjitsu wo Warau. Ukigumo intervient d’ailleurs au chant dans la deuxième partie du morceau. Sheena reste cependant sur le devant de la scène par rapport au reste du groupe placé un peu à l’arrière. Cette disposition changera d’ailleurs au fur et à mesure dans les concerts qui suivront. Sheena est principalement au centre de la scène et elle sera plutôt placée à droite près de la batterie de Hata sur les concerts suivants. Ukigumo est placé derrière Sheena sur ce concert et on le verra se déplacer entre les claviers de Izawa et Sheena sur les concerts suivants. Shōjo Robot prend une version beaucoup plus rock que celle que l’on connaîtra bien plus tard sur la compilation Reimport 2. Ce n’est pas pour me déplaire bien que j’aime aussi la version originale de ce morceau réimporté qu’elle a initialement écrit pour sa copine Rie Tomosaka. Les morceaux s’enchainent tellement vite qu’on a du mal à saisir le démarrage du morceau suivant Kabuki. En fait, une présentation de chaque membre du groupe est faite avant le début de ce morceau. Kabuki est très réussi. Il fonctionne notamment très bien car elle sur-joue ses mouvements de visages.

Vient ensuite le morceau Himitsu. Sheena y est très mobile en effectuant ses petits mouvements saccadés de côté désormais très classique. Des scènes avec des flammes dans une sorte de vieil hangar s’intercalent avec les vrais scènes du concert de manière transparente, ce qui est assez bien fait car on ne remarque pas quand se fait la transition. On la voit même boxer dans le vide à un moment, comme sur la vidéo beaucoup plus récente du morceau Blue ID qu’on a pu voir sur Music Station le 25 Décembre 2020. Sur Himitsu, Izawa assure au piano mais reste très concentré et n’occupe pas la scène comme Hiizumi le faisait sur Dynamite. Il a l’air beaucoup plus détaché et je comprends qu’on ait pu lui reprocher cela au début de Tokyo Jihen phase 2. Ça changera plus tard dans les autres concerts. La reprise de The Lady is a Tramp suit ensuite. Ce n’est pas la première fois que je l’entends et ce morceau n’a rien d’indispensable, surtout que la version vidéo prend un effet de vieux films en noir et blanc et une altération du son le rendant moins net. Genjitsu ni Oite est un morceau composé par Hiizumi et il est excellemment interprété par Izawa. J’ai des frissons dans le dos à chaque fois que j’écoute ce morceau. Ce qui est très beau, c’est qu’Izawa engage directement sur le morceau Kao qui est un morceau que j’adore, notamment la version avec Hirama sur le concert Dynamite Out. En regardant la playlist, je me suis d’abord demandé comment le groupe allait interprété ce morceau sans Hirama, mais la version de Just Can’t Help It est seulement instrumentale. Le morceau Kao sur Dynamite Out avec Hirama est pour moi emblématique et ça aurait été difficile de l’égaler. D’ailleurs, je ne comprends toujours pas pourquoi il n’a jamais été intégré dans un album. Cette version instrumentale dans Just Can’t Help It est très belle, mais on ne peut s’empêcher de la comparer avec celle de Dynamite. Comme ces deux concerts sont assez proche l’un de l’autre, on est tenté de comparer et je pense que Dynamite était meilleur, avec plus de folie dans le groupe. En fait, c’est peut être aussi du au fait que Dynamite était accompagné de scènes de documentaire, ce qui n’est pas le cas de Just Can’t Help It. Ces scènes documentaires provoquent à mon avis un attachement plus fort.

Pendant ces deux morceaux instrumentaux, des scènes filmées en costumes d’époque nous sont montrées, notamment le kimono blanc qui accompagnera tout le concert comme un fil rouge. Sheena change ensuite de tenue et on la voit apparaitre en manteau avec un bonnet sur la tête, ce qui contraste grandement avec les costumes de la scène précédente. Jusui Negai est toujours un grand moment, cette interprétation est très réussie même si je préfère celle de Dynamite. Sheena monte en intensité dans sa voix de la même manière et écarquille les yeux à certains moments donnant une grande force à son interprétation. Il y a beaucoup de tension dans son chant et son visage, mais qui reste à mon avis un peu plus contenue que dans la version de Dynamite. Il y a quand même beaucoup de belles choses dans ce morceau, comme la force du final au piano d’Izawa, ce petit passage montrant Hata retenant ses mouvements en attendant le bon moment pour frapper, et le final où Sheena dit quelque chose hors du micro. On n’entend pas ce qu’elle dit et je me demande bien ce que ça peut être. Mirrorball est un nouveau morceau, écrit par Ukigumo, qui sera présent sur leur album suivant Variety et qui est joué pour la première fois lors de ce concert. En l’écoutant, je repense tout de suite à l’ambiance de Variety qui était une page tournée dans la carrière de Tokyo Jihen. La version est bien entendu un peu différente de celle de l’album notamment au niveau de la partition de guitare de Ukigumo et le chant plus typé de Sheena. Les images sur ce morceau en particulier contiennent beaucoup d’effets spéciaux comme pour reproduire les multiples écrans d’une boule à facettes. Avant le morceau Tegami écrit par Izawa, une scène filmée en studio montre Ukigumo assis sur une chaise longue. On retrouve en fait ce même mobilier sur scène. Sheena s’assoie par exemple sur un fauteuil individuel LC2 de Le Corbusier. L’interprétation de Tegami est très poignante. Une partie des images pendant ce morceau montrent soudainement Sheena avec sa guitare face à l’océan. Je ne sais pas où sont tournées ces images très contemplatives, certainement quelque part au Japon, mais je ne peux m’empêcher d’imaginer le Nord Ouest français.

La version de Service est très amusante car Sheena ne l’interprète pas seule, mais avec chaque membre du groupe positionné en ligne sur le devant de la scène, chacun portant un mégaphone en main. C’est la première fois que je vois Kameda, Hata, Ukigumo et Izawa chantés dans un mégaphone, ce qui était jusque là réservé à Sheena. C’est amusant d’entendre la voix très amicale de Kameda à travers le mégaphone qui est censé donner une sonorité agressive. Vers la fin du morceau, un rideau descend pendant que le groupe change de tenue. Seule Sheena reste sur le devant la scène avec deux personnes en kimono portant des lanternes. Une fois que le rideau s’ouvre à nouveau, le groupe continue le morceau d’une manière assez détendue mais qu’on sait chorégraphiée, ne serait-ce que pour la position finale qui ressemble à certaines photographies promotionnelles du groupe à cette époque. Le groupe se présente ensuite. Sheena prend la parole mais d’une manière très brève car il n’y a soit-disant pas assez de temps. Izawa commence les présentations, faisant volontairement l’imbécile en essayant de se courber le dos tout en se présentant comme s’appelant Izawa-Bauer. Il fait bien entendu référence à la patineuse artistique Arakawa Shizuka qui venait juste d’obtenir la médaille d’or aux Jeux Olympiques d’hiver au début de l’année 2006 à Turin, avec notamment cette courbure Ina Bauer qui avait beaucoup fait parler les médias à cette époque. Sheena fait un signe de la tête comme quoi ce n’est pas tout à fait ressemblant et se tourne vers Hata qui ne se présente pas correctement non plus. Sheena le traite gentiment de menteur, tandis qu’Izawa veut refaire sa présentation en faisant le mouvement Ina Bauer une nouvelle fois. Sheena lui coupe rapidement le sifflet, car il ne faudrait pas qu’il se casse quelque chose, et passe ensuite à Ukigumo qui se contente d’un « Onegaishimasu ». Kameda essaie de nous faire croire à un tour de magie, mais c’est Hata qui revient sur le devant de la scène et qui remporte très facilement ce concours de présentation en imitant un jonglage de ballon imaginaire. La vidéo du DVD représente ce ballon imaginaire en le dessinant sur l’image, mais il ne devait bien sûr pas être visible dans la salle. Cette scène est celle que l’on peut voir en fond pendant la sélection du menu sur le DVD. On savait que Hata est un habile danseur, il le montre d’ailleurs quelques fois en sautant sur scène, mais il s’avère très doué dans cette représentation assez comique de jonglage footballistique. Sheena est assise sur sa chaise LC2 d’un air assez amusé mais on la sent un peu inquiète de ce que Hata va faire. Je ne peux m’empêcher de penser que ces moments n’étaient pas prévus par Sheena et que les membres du groupe prennent un malin plaisir à saboter une présentation en bonne et due forme. C’est un moment très sympathique du concert.

Après cet intermède, le morceau C’m’on Let’s go!, qui est une reprise du groupe japonais BARBEE BOYS, est très réussie. Deux personnes du staff habillés en serveurs de restaurant entrent en scène avec des caméras vidéo, ce qui est devenu assez habituel depuis le concert Gekokujyo Ecstasy. Izawa passe à la guitare sur ce morceau et montre une certaine complicité avec Ukigumo. Je me dis à ce moment là que par rapport à Hiizumi, le groupe a gagné un deuxième guitariste en plus d’un pianiste avec l’arrivée d’Izawa dans la formation. Sheena s’est ensuite changée une nouvelle fois en une tenue noire plus formelle que celle d’avant et entame une excellente version de Blackout. Comme de nombreux morceaux de SR et TJ, c’est un morceau à la composition complexe qu’elle doit être la seule en mesure de chanter. J’avais vu dans une ancienne émission musicale du dimanche soir KanJam qui analysait certains morceaux de Sheena Ringo qu’un des chroniqueurs de l’emission comparait son travail d’écriture musicale au travail d’un architecte (en ne citant pas moins que Frank Lloyd Wright). Cette idée de dresser un parallèle entre musique et architecture me parle beaucoup, car ce sont deux sujets qui m’intéressent beaucoup. J’avais d’ailleurs auparavant parlé un peu de cette idée mais plutôt sur les musiques électroniques d’Aphex Twin et Autechre (qui n’est à mon avis rien d’autre que de l’architecture déconstructiviste retranscrite en musique). On peut parfois se demander comment un bâtiment aux formes et aux équilibres complexes peut parvenir à une harmonie visuelle et fonctionnelle. D’une même manière, on trouve ce même genre d’harmonie dans les constructions pourtant complexes et non évidentes de Sheena Ringo. Ce que disait également un des chroniqueurs de KanJam est qu’il est rare qu’un ou une même artiste puisse à la fois être capable de créer ce genre structures musicales complexes et en même temps avoir la voix nécessaire pour les interpréter. A la fin du morceau Blackout, Sheena laisse tomber le manteau noir et reste en robe plus légère blanche et engage ensuite un mouvement courbé en arrière nous rappelant le Ina Bauer qu’essayait de faire Izawa sans grand succès. Elle y arrive beaucoup mieux qu’Izawa, rappelons qu’elle a fait du ballet étant petite. Cette démonstration ressemble à un gentil pied de nez à Izawa.

Le concert continue avec Honnō, un des deux morceaux avec Marunouchi Sadistic en rappels, que Sheena reprend de sa carrière solo. Cette version n’est pas meilleure que celle de Gekokujyo Esctasy, mais ça fait plaisir de voir Hata avec le sourire taper de toutes ses forces sur sa batterie. La version de Superstar, qui suit ensuite, est peut être une des plus belles que j’ai entendu, même si Sheena n’est pas cette fois-ci à la guitare. Là encore, des images vidéo se mélangent avec les images sur scène. Elles sont raccords car Sheena est habillée exactement de la même manière. Elle force plus sa voix que d’habitude sur ce morceau entrainé peut être par les mouvements de tête d’Izawa au piano et de Ukigumo à la guitare. Le final instrumental est aussi un peu plus long que d’habitude, si je me souviens bien, ce qui laisse un peu de temps à Sheena pour faire un lent mouvement d’inclinaison avant en remerciement au public. Le morceau Dynamite ensuite se présente comme une version moins dynamique que celle qu’on connaissait sur Dynamite Out. Sheena porte le morceau seule en dansant sur le devant de la scène, même s’il y a quelques chœurs de Ukigumo à l’arrière. On n’atteint pas l’intensité de la version sur Dynamite Out, qui était de toute façon emblématique de ce concert là et difficile à surpasser. La vidéo est accompagnée de prises de vue en noir et blanc de rues américaines qui n’étaient pas non plus indispensables. On notera tout de même le ‘Bonjour’ prononcé en français par Sheena vers la fin du morceau, et le très mignon ‘Arigatō’ à la toute fin. Ce n’est peut être pas la meilleure version que j’ai entendu, mais j’aime bien cette version de Shuraba. Je trouve cependant Omatsuri Sawagi plus intéressant car Sheena la chante d’une voix plus basse que la normale, du moins au début puis l’interprétation se normalise ensuite par rapport à ce que l’on connaît sur l’album. Le petit drapeau rouge et blanc reprenant le design de la pochette de Kyōiku est de sortie et Sheena fait des mouvements tellement amples qu’ils en deviennent disgracieux. Le dernier morceau officiel du concert avant les rappels est Kenka Jōtō et c’est une version très particulière et mémorable qui est jouée. Hata puis Sheena prononcent d’abord quelques phrases dans l’esprit de ce qu’on peut entendre dans une pièce de théâtre kabuki, avec en plus un petit côté démoniaque. Comme dans le théâtre kabuki, certaines personnes du public en général les habitués répondent aux acteurs sur scène. On retrouve ce même dialogue mais je ne sais pas s’il s’agit vraiment de personnes du public, ou plutôt le staff du groupe qui crie ces phrases depuis les premiers rangs. Il s’agit peut être de voix enregistrées. Cela donne en tout cas un sacré effet. Alors que le morceau se déroule à peu près normalement mais dans une version un peu plus agressive que d’habitude, le morceau fait une courte pause et prend ensuite des allures de hard rock/metal. Cette partie est jouée par Sheena devant des écrans de fond montrant des flammes géantes. Kenka Jōtō, devenu polymorphe, reprendra à la normale un peu après. Le contraste entre l’agressivité de ce passage metal et le personnage de Sheena sur scène, toujours en robe légère, est très intéressant, surtout quand elle se permet à la fin de remercier le public avec une toute petite voix innocente.

Une petite vidéo interlude démarre ensuite avant les rappels. Elle nous montre principalement les lieux vides des scènes vidéos ajoutées au concert, notamment ce paysage en bord de mer. On voit également une image de la scène ressemblant à une maquette avec une étrange voie ferrée qui sort du décor. Le groupe revient ensuite sur scène en tenue beaucoup plus décontractée, pour jouer deux morceaux Tōmei Ningen et Marunouchi Sadistic, qui sont des grands classiques des concerts de Tokyo Jihen. La version de Marunouchi Sadistic sur ce concert est plus proche de celle qu’on entendra plus tard sur Ringo Expo 08 que celle de Muzai Moratorium. Izawa se lance dans des nouveaux arrangements au piano qui nous font découvrir Marunouchi Sadistic sous un autre jour, même si cette version n’est pas fondamentalement différente de celle qu’on connaît sur Sanmon Gossip. Les lumières s’éteignent sur ce morceau et une vidéo nous montre ensuite une image de train, comme pour montrer un départ vers de nouveaux horizons, ceux de Variety peut être. Sheena est assise sur une banquette d’un train vide et y interprète seule à la guitare acoustique le morceau Rakujitsu qu’on trouve en B-side de Shuraba. Elle est habillée de la même manière qu’à la fin du concert. Ce morceau était apparemment inclus dans les rappels car les dernières images reviennent au NHK Hall de Shibuya. La vidéo revient finalement vers le train avec Sheena seule à la guitare, comme si ça faisait référence à un souvenir d’un concert passé. L’image un peu floue joue dans ce sens. Je ne sais pas très bien ce que veut dire ce passage de train en mouvement. Il s’agit peut être seulement d’une promesse auprès des fans qu’elle restera sans cesse en mouvement créatif. On est, au moment de ce concert, qu’au début de l’aventure Tokyo Jihen et il y aura beaucoup de bonnes choses à suivre.

Pour référence ultérieure, je note ci-dessous la liste des morceaux présents sur le DVD de Just Can’t Help It:

1. Yukiguni (雪国) du 2ème album Adult (大人)
2. Genjitsu wo Warau (現実を嗤う) du 1er album Kyōiku (教育)
3. Shōjo Robot (少女ロボット), reprise du morceau composé par Sheena Ringo pour Rie Tomosaka et qu’on retrouve sur Reimport Vol. 2 ~Civil Aviation Bureau~ (逆輸入 ~航空局~).
4. Kabuki (歌舞伎) du 2ème album Adult (大人)
5. Himitsu (秘密) du 2ème album Adult (大人)
6. Sono Onna Fushidara ni Tsuki (その淑女ふしだらにつき), reprise du morceau The Lady Is a Tramp écrit et composé par Lorenz Hart et Richard Rodgers, présent en B-side du single Gunjō Biyori (群青日和)
7. Genjitsu ni Oite (現実に於て) du 1er album Kyōiku (教育)
8. Kao (顔), version instrumentale du morceau présent en B-side du single Gunjō Biyori (群青日和)
9. Jusui Negai (入水願い) du 1er album Kyōiku (教育)
10. Mirrorball (ミラーボール), morceau original de Petrolz et qu’on retrouvera plus tard sur le 3ème album Variety (娯楽/バラエティ)
11. Tegami (手紙) du 2ème album Adult (大人)
12. Service (サービス) du 1er album Kyōiku (教育)
13. C’m’on Let’s go!, reprise d’un morceau de BARBEE BOYS, écrit par Imamichi Tomotaka
14. Blackout (ブラックアウト) du 2ème album Adult (大人)
15. Honnō (本能), de l’album Shōso Strip (勝訴ストリップ) de Sheena Ringo
16. Superstar (スーパースター) du 2ème album Adult (大人)
17. Dynamite (ダイナマイト), reprise du morceau de Brenda Lee et présent en B-side sur le single Sōnan (遭難)
18. Shuraba (修羅場) du 2ème album Adult (大人)
19. Omatsuri Sawagi (御祭騒ぎ) du 1er album Kyōiku (教育)
20. Kenka Jōtō (喧嘩上等) du 2ème album Adult (大人)
21. (Encore) Tōmei Ningen (透明人間) du 2ème album Adult (大人)
22. (Encore) Marunouchi Sadistic (丸の内サディスティック), de l’album Muzai Moratorium (無罪モラトリアム) de Sheena Ringo
23. (Encore) Rakujitsu (落日), présent en B-side du single Shuraba (修羅場)

une vue du Mont Fuji (2)

Toujours en Décembre 2020, pendant mes jours de congé, nous sommes retournés près de Kamakura dans des endroits que l’on connaît très bien mais où nous n’étions pas retournés depuis environ 1 an. Après un déjeuné au restaurant de soba Kokonotsuido situé entre le croisement Harajuku de la route 1 et Ōfuna, nous nous dirigeons ensuite vers les plages du shōnan à Enoshima. On n’y trouva heureusement pas la foule typique du premier de l’an, quoique je ne suis pas certain de la manière dont s’est passé le nouvel an cette année en raison de la situation actuelle. Nous ne marcherons pas jusqu’à l’autre bout de l’île cette fois-ci, par manque de temps. On s’arrête à mi-chemin au niveau du sanctuaire, pour notamment récupérer le goshuin et pour admirer la vue depuis les hauteurs de l’île. Le Mont Fuji est bien caché derrière les nuages et nous ne le verrons qu’à la fin de la journée sous un début de soleil couchant. En entrant dans l’étroite allée principale, on passe dessous une première porte torii indiquant le nom du sanctuaire écrit d’une manière très stylisée. On ne s’était jamais interrogé sur cette écriture jusqu’à maintenant. J’étais d’avis que cette écriture, qu’on peut voir sur la deuxième photographie du billet, s’inspirait de la forme des petits poissons blancs Shirasu qui sont la spécialité de l’île. Mari pensait plutôt à des pigeons ce qui me paraissait plutôt improbable. Au moment où nous avons reçu les goshuin, la dame du sanctuaire a levé ce mystère et nous a confirmé qu’il s’agissait bien de pigeons. J’ai donc perdu mon pari.

Je parle souvent des goshuin, les sceaux des sanctuaires ou des temples, que l’on collectionne dans un carnet. Je montre ci-dessus quelques pages de ce carnet que j’ai acheté au sanctuaire Koami de Nihonbashi. Le goshuin du sanctuaire d’Enoshima est celui en haut à droite. Un goshuin peut être préparé sur un papier indépendant que l’on coule dans le carnet ou peut être directement écrit et tamponner sur le carnet par une personne du temple ou sanctuaire, comme les deux pages en bas à droite.

En ce qui concerne le blog, j’ai ajouté dans les liens de l’en-tête une page regroupant tous les textes de l’histoire de Kei de la série Du songe à la lumière, en incluant le l’épisode 6 que je viens de publier ainsi que les autres 5 épisodes écrits jusqu’à maintenant. Comme je l’écrivais auparavant, je prends mon temps pour écrire cette histoire car l’inspiration ne me vient que de temps en temps, mais j’aime beaucoup le temps que je passe à y réfléchir et à l’écrire. Dans l’en-tête, j’ai également ré-ajouté la page d’enquête adressée aux visiteurs du site. N’hésitez pas à passer quelques minutes pour y répondre, ou laisser un commentaire, car c’est un moyen pour moi d’avoir une meilleure vue sur qui suit ou visite ce blog (l’enquête peut rester anonyme).

du songe à la lumière (6)

“I’m not afraid anymore”, ces mots raisonnent dans sa tête d’une manière beaucoup plus prononcée que le reste des paroles du morceau qu’elle écoute ce soir allongée sous le futon. Il est presque minuit, mais elle ne trouve pas le sommeil. Beaucoup de choses tournent dans sa tête, ces peurs qui la hantent depuis de nombreuses années et qui reviennent continuellement par cycles. La musique qu’elle écoute n’est certainement pas un remède à son mal, mais elle ressent un certain réconfort à percevoir la noirceur d’âme des autres. Il faut que je cesse de me soucier inutilement de problèmes que je ne suis pas en mesure de régler. “She’s lost control” est scandé un peu plus tard dans un autre morceau de l’album. Elle l’écoute fort aux écouteurs dans son petit appartement, le regard fixant le plafond uniforme. Ses yeux cherchent un point d’accroche pour divertir son esprit des réflexions vaines qui la gagnent dès qu’elle ferme les yeux. Mais le morceau la ramène à ses pensées lorsque la voix de Ian Curtis, comme sortie des ténèbres, prononce encore ces paroles “She’s lost control again”. « Est-ce qu’il parle de moi? » pense t’elle. Comment faire pour ne plus perdre contrôle. Quand ses émotions deviennent trop fortes, le seul échappatoire qu’elle a trouvé est de fuir et trouver un lieu sûr. “Mais, je ne ne peux plus fuir sans arrêt. Comment ne plus avoir peur”. Ses réflexions tournent en rond, sans conclusions, comme d’habitude. Elle espère trouver dans ces réflexions les forces nécessaires qui lui permettront de surmonter ses peurs futures, mais en réalité celles-ci se répètent et rien ne change. Tout est immuable malgré sa bonne volonté et l’aide des gens autour d’elle. « Je suis pourtant là près de toi, au fond de tes rêves qui deviennent réalité. Je te donne ce pouvoir même si tu n’es pas à même de le contrôler. Endors toi maintenant, il est temps. » Les sons noirs de Joy Division s’effacent progressivement dans sa conscience, Kei abandonne ses dernières forces et s’endort profondément. Dans ses songes, elle pense à son amie d’enfance Rikako qu’elle n’a pas vu depuis plusieurs mois. Rikako Miyajima était une de ses meilleures amies lorsqu’elles étaient à l’école primaire, mais elles se sont éloignées quand le père de Rikako dut se déplacer jusqu’à Tokyo pour son travail. Toute sa famille déménageât et elles ne se revirent pas pendant de nombreuses années jusqu’au déménagement de Kei à Tokyo il y a presque deux ans. Elle avait pourtant gardé contact avec Rikako pendant toutes ces années, ne serait ce que pour donner des nouvelles des amis et amies que Rikako avait laissé derrière elle à Nagoya. La distance les avait éloigné mais Kei eu l’impression qu’elles ne s’étaient jamais vraiment séparées lorsqu’elles se sont revues pour la première fois depuis longtemps l’année dernière à Tokyo, dans un café bondé du Department Store Lumine de Shinjuku. Avec Hikari, Rikako est sa seule amie d’enfance vivant à Tokyo. « Tu devrais la revoir très vite, avant qu’il ne soit trop tard. La vie est quelque chose d’éphémère, ne l’oublies pas. »

Kei se réveille soudainement le lendemain à 6h en ayant le sentiment d’être revenue des profondeurs de la terre, tant son sommeil était intense. Elle ne se souvient jamais de ses rêves. Et si c’étaient des cauchemars, je n’en souviendrais peut-être », se dit elle. « Ou peut être, ne faudrait-il mieux pas ». Que ça soit un jour de semaine ou le week-end, elle se réveille toujours à la même heure, quand la ville autour d’elle est encore froide. Elle trouve un certain confort à penser être la seule éveillée dans le quartier. Elle ressent pendant ces quelques moments tôt le matin un grand sentiment de liberté. Elle entrouvre la fenêtre pour vérifier si la pluie annoncée la veille a déjà commencé. Elle est trop fine pour faire du bruit à travers les fenêtres fermées de l’appartement. Un vent léger et frais l’enveloppe. C’est une sensation agréable qu’elle recherche à chaque fois qu’elle ouvre cette fenêtre. Je ne pourrais pas courir ce matin, mais je peux lire au bord de la fenêtre en laissant passer la matinée. Lui vient l’idée de contacter son amie Rikako. Elles se voient souvent au même endroit, mais Kei a envie d’autre chose pour leur prochaine rencontre. Rikako serait peut être partante pour aller voir un concert. Elles partagent toutes les deux les mêmes goûts pour les musiques rock alternatives, comme celle qu’elle a écouté hier soir sous le futon. En ouvrant LINE sur son iPhone, une indication de message apparaît aussitôt de la part de Tani. Elle ne l’a pas vu depuis l’épisode de Shibuya. Enfin, ils se sont bien rencontrés à la cantine du bureau pendant la pause du déjeuner, mais c’était bref car Kei ressent depuis une certaine gêne. Tani a bien essayé de lui signifier sa compréhension, mais pour Kei, c’est déjà trop tard. Ils resteront certainement de bons amis dans le cadre professionnel.

Kei rejoint Rikako vers 8h du soir devant le studio Alta à la sortie Est de la gare de Shinjuku. « Tu t’es encore perdue dans la station? ». Kei acquiesce d’un mouvement de tête avec un bref sourire. « C’est le seul endroit où je me perds systématiquement, c’est comme si une voix dans ma tête m’indiquait à chaque fois la mauvaise direction ». Rikako ne porte pas beaucoup d’importance à cette réponse. Kei fait souvent des allusions à cette présence intérieure mais Rikako y a toujours vu une tentative de Kei de repousser ses responsabilités sur quelqu’un d’autre. Les responsabilités peuvent être une source naturelle de peur, et Rikako ne lui en tient pas gré de vouloir s’en échapper. Kei et Rikako s’étaient mises d’accord sur le style vestimentaire ce soir car elles allaient voir un concert de rock underground qui pouvait s’avérer musicalement agressif. Kei avait mis sa jupe courte noire sur des collants noirs et des boots Dr.Martens montantes. Derrière sa veste de cuir un peu usée, on devine les lignes distordues de « Unknown Pleasures » sur son t-shirt. L’irrégularité du graphisme faisant des pics lui rappelle sa propre instabilité, mais porter ce t-shirt lui donne en même temps la force d’une armure. Rikako avait elle une jupe à carreaux rouge et noire et une veste de jeans claire. On aurait pu croire qu’elles faisaient partie d’un groupe de rock si elles avaient des étuis à guitares accrochés sur les épaules. Elle se dirigent vers le quartier de Kabukichō sans entrer dans ses profondeurs, car la live house où elles iront un peu plus tard ne se trouve qu’à sa surface sur la rue Hanamichi. Rikako assiste régulièrement aux concerts du Loft de Shinjuku et a même lié connaissance avec certains groupes se produisant dans cette salle. C’est le cas de Ruka Akatsuki et Minami Tezuka du groupe Atomic Preachers qu’elle a découvert il y a trois ans. Elle avait tellement apprécier le duo vocal et leur manière d’alterner paroles rappées et chantées, qu’elle avait voulu leur communiquer directement son appréciation à la fin du concert. Rikako est le genre de personne à montrer franchement ses sentiments, contrairement à Kei qui reste beaucoup plus réservée et hésitante en toute situation auprès de personnes qu’elle ne connaît pas ou peu. On pourrait croire qu’elle est distante et hautaine. C’est une méprise qui lui joue parfois des tours. Elle ne révèle sa propre nature qu’aux personnes qu’elle connaît bien comme Hikari ou Rikako. Ces amies proches ont des personnalités très différentes d’elle, beaucoup plus communicatives et spontanées. Kei se laisse souvent perdre dans ses propres pensées au point où elle peut se laisser surprendre quand on l’interpèle soudainement. « Tu te souviens, je t’avais déjà parlé de Ruka et Minami ». Kei sursaute légèrement au son de la voix de Rikako, car son regard s’était perdu dans la foule marchant le long des enseignes lumineuses de l’avenue Yasukuni. « Oui, je me souviens que tu m’as parlé de ce groupe qui s’inspirait de Eastern Youth et Number Girl, que tu avais eu comme un choc en voyant le guitariste Ruka sur scène. » Kei révèle un petit sourire sur un coin de ses lèvres car elle sait que Rikako éprouve certains sentiments pour Ruka. « Oui, Mais tu sais que Minami est sa copine depuis qu’ils ont démarré le groupe… Ah! Voilà l’izakaya où je voulais aller ». Rikako change rapidement le sujet de la discussion en arrivant devant un immeuble ressemblant à tous les autres mais qu’elle reconnaît pour y être déjà venue il y a quelques mois.

L’izakaya se trouve au quatrième étage. C’est un petit restaurant sans grande prétention mais Rikako aime son ambiance tamisée et une certaine promiscuité. Une table se libère par chance devant une petite baie vitrée donnant sur l’avenue. « On sera bien là ». Kei acquiesce de la tête mais il faut qu’elle évite que son regard se perdre dans les lumières. Les lumières de la ville attirent sans cesse son regard, mais Rikako est là pour maintenir son intention. Elle parle de leur amie commune Hikari et de son histoire un peu floue avec Masa. Ni l’une ni l’autre n’a une compréhension véritable de la nature de leur relation. Kei évoque ensuite leur court séjour à Hakone et son histoire interrompue avec son collègue de bureau, Tani. Elle hésite quelques instants à révéler la raison de sa prise de distance avec Tani, depuis cette soirée à Shibuya, mais elle garde ces détails pour elle. Rikako a, elle, une vie amoureuse mouvementée et c’est toujours chose compliquée pour Kei de suivre le fil des histoires de son amie. Kei admire son audace, elle aimerait pouvoir faire de même et approcher les gens avec autant d’aisance que Rikako. Rikako était populaire à l’école, ses amies allaient vers elle et elle se portait toujours volontaire pour représenter la classe comme déléguée à la place des autres élèves. C’est une personnalité naturellement positive et son aura gagne les gens qui l’entourent. Encore maintenant, on ne sait par quelle magie les gens viennent naturellement engager une discussion avec Rikako, souvent pour ne rien dire, souvent pour le simple acte de discuter. Kei au contraire a beaucoup de difficultés pour entamer une conversation impromptue avec des inconnus. Elle est souvent en retrait quand Rikako entame une conversation avec des nouvelles personnes, mais elle sait aussi que Rikako ne la mettra pas à l’écart. Elles ont toutes les deux le même âge, mais Kei considère Rikako comme une grande sœur, qui serait juste un peu plus âgée qu’elle et qui serait là pour l’aider à vivre comme une personne normale. Kei se sent même redevable envers Rikako mais celle-ci ne semble pas ressentir ce sentiment de Kei. En contrepartie, Rikako trouve en Kei une personne de confiance envers laquelle elle peut exposer ses problèmes et avoir une opinion raisonnable pour les résoudre. Kei est une oreille attentive, sauf quand elle se laisse happer par les lumières de la ville à travers la baie vitrée d’un izakaya. Avec Rikako, Kei s’exprime sans retenue tout en évitant les sujets de ses peurs. Ce soir, chaque sujet de conversation est entrecoupé d’appels au serveur pour commander quelques brochettes de poulet et de légumes (la spécialité de l’izakaya que Rikako a choisit) et quelques verre de bière. « Oh, il est déjà presque 10h et le concert va bientôt commencer ». En quittant leur table au restaurant, Kei regarde une dernière fois les lumières à travers la baie vitrée. Sa chevelure au carré plus brune que d’habitude se reflète légèrement sur la vitre. J’aurais voulu me perdre un peu plus dans ses lumières, se dit elle à elle-même. Mais, Rikako déjà prête à sortir de l’izakaya la fait sortir de son début de rêve éveillé en l’appelant d’une voix forte qui ressemblait à un cri. Kei reprend immédiatement ses esprits. Personne dans le restaurant ne semble faire attention à cet appel strident de Rikako. L’ambiance dans l’izakaya est bruyante, faite d’éclats de rire soudains et de toutes sortes de tons de voix se mélangeant dans un brouhaha auquel l’oreille finit par s’habituer.

En sortant du restaurant et en refermant la porte, tout devient soudainement silencieux. Rikako a déjà descendu une partie des escaliers en appelant Kei à la rejoindre. Ce silence soudain lui fait entendre sa voix intérieure. Cette voix semble en fait venir de l’étage supérieur dans la cage d’escalier. C’est une voix frêle et difficile à entendre. Kei regarde vers le haut de l’escalier, sombre et aux airs inhospitaliers. Elle hésite à descendre immédiatement car Rikako l’attend en bas, mais quelque chose l’attire vers cette voix qui semble l’appeler depuis la pénombre. En marchant quelques marches et en tendant l’oreille, Kei perçoit quelques mots plus distinctement. « Tu sais que je suis proche… je suis avec toi pour toujours… ». Cette voix de femme lui est familière mais elle n’arrive pas à la reconnaître. Il faudrait qu’elle s’enfonce un peu plus dans la pénombre, juste quelques pas de plus lui permettrait de reconnaître cette voix qui lui semble si familière. Elle ressent dans la noirceur de l’escalier un danger qui l’attire , comme une gueule géante de léopard qui va l’avaler tout d’un coup si elle met un pied de plus en avant. Mais elle se sent prête à avancer un peu plus dans le noir. Elle est comme hypnotisée. « Viens à moi si tu veux savoir… Je te révélerais ce que tu veux savoir… Comment vaincre tes peurs… ». Alors que Kei s’apprête à monter une marche de plus dans la nuit de l’escalier, une main attrape brusquement son bras. « Kei, qu’est ce que tu fais, on va manquer le début du concert. » lui dit Rikako d’une voix un peu agacée. Kei cherche une excuse tout en reprenant ses esprits. « Excuses moi, je cherchais l’ascenseur ». « Dépêches toi, il faut courir jusqu’au Loft avant qu’ils ferment les portes pour le début du concert ». Elles dévalent ensuite les escaliers et commencent leur course effrénée dans les rues de Kabukichō. Cette course les fait même rire, l’alcool aidant peut être un peu. Elles évitent de justesse certains passants se trouvant sur leur course, tout en s’excusant sans convictions. La fraîcheur de cette nuit d’Octobre et cette course inhabituelle font aussitôt sortir Kei de la torpeur de cette cage d’escalier. Elle oublie même ce qui vient juste d’arriver et se laisse emporter par l’enthousiasme de Rikako qui rit à tue-tête. Rikako est capable de cela, ramener Kei sur le chemin d’une vie normale, avec en plus le trait de folie qu’elle ne trouverait pas seule. Dans ces moments là, la compagnie de Rikako devient une évidence et Kei se dit qu’elle aurait du mal à s’en passer, même si elle ne se voient qu’occasionnellement. Chaque rencontre avec Rikako est comme une piqure de rappel qui lui évite de se laisser emporter dans ses tourments.

Elles arrivent devant la porte du Loft deux minutes avant le début du concert, mais Atomic Preachers ne joue pas en premier. Ils sont deuxième sur une liste de trois groupes se produisant ce soir. Le premier groupe joue du rock industriel sous le nom de Die Unknown. « Pas très encourageant comme nom de groupe, tu ne trouves pas? ». Kei ne juge pas avant d’avoir entendu les premières notes de leur premier morceau. La puissance des guitares l’attirent d’abord mais la neutralité de la voix du chanteur la laisse indifférente. Rikako tire Kei par la main en direction de la salle sur la gauche de la scène. Il ne lui faut pas beaucoup d’efforts pour convaincre le staff à l’entrée des coulisses de les faire pénétrer à l’intérieur de la zone réservée aux artistes. Rikako aperçoit Ruka au fond du couloir dans la zone commune. Elle entraîne toujours Kei en la bousculant un peu dans sa précipitation. C’était comme si elle avait perdue toute appréciation du monde qui l’entoure et n’avait d’yeux que pour la personne de Ruka. Il les aperçoit arriver en trombe, non sans cacher son étonnement. « On voulait juste dire bonjour avant que vous commenciez à jouer ce soir. Minami n’est pas là ? », demande Rikako. « Non, elle a décidé de quitter le groupe il y a trois semaines, sur un coup de tête ». Kei remarque tout de suite son regard un peu fuyant comme s’il ne voulait pas donner plus d’explications, mais est surtout étonnée par sa voix plus grave que ce que laisse imaginer son physique plutôt frêle. En fait, plutôt que frêle, il est élancé, se dit Kei en corrigeant elle-même ses pensées. C’est vrai qu’il est plutôt beau et son regard sombre a quelque chose d’attirant. Ruka lève ensuite le regard sur Kei qui n’a pas encore été présentée. Rikako prend tout de suite les devants. « C’est ma meilleure amie Kei. Elle ne parle pas beaucoup au début mais il faut apprendre à la connaître ». Kei ne se sent qu’à peine gênée par cette présentation un peu directe, elle en a l’habitude. Elle penche juste légèrement la tête vers Ruka pour conclure cette présentation. Rikako continue. « Elle n’a peut être pas la même voix que Minami, mais tu sais, Kei est aussi une très bonne chanteuse ». En quelques secondes, Rikako révèle à un inconnu un de ses secrets bien gardés que seule Rikako avait connaissance. Kei se sent un peu gênée en faisant un signe de négation de la main car elle n’a rien d’une chanteuse, mais en même temps, une bouffée de chaleur lui réchauffe tout le corps. Ruka interrompt vite cette proposition en annonçant qu’un replaçant a déjà intégré le groupe depuis une semaine. « C’est une voix masculine atypique, genre falsetto ». Ruka regarde Kei droit dans les yeux comme pour s’excuser de refuser une proposition que Rikako n’avait de toute manière pas clairement énoncée. Ce regard la transperce et elle reste immobile pendant quelques secondes sans donner de réponses. La conversation restera brève car les quatre membres du groupe doivent maintenant se préparer pour leur passage dans quelques minutes. En sortant du local, Rikako ne cache pas son sourire qui ne laisse en général pas indifférent, entraînant de nouveau Kei par le bras. « Il est beau, non? » Chuchote Rikako à son amie d’enfance, en marchant d’un pas rapide dans le couloir des coulisses. Kei garde en tête ce regard sombre qui l’attire. Elle ne s’égare en général pas en commentaires spontanés mais cette fois-ci, il lui faut résister à l’envie de confier son sentiment à Rikako. Alors que la bassiste et compagne de Ruka semble avoir disparu sans de donner de nouvelles, Rikako doit penser avoir le champ libre et Kei n’est pas du genre en s’interposer volontairement entre deux personnes, surtout quand il s’agit de son amie.

Dans la grande salle du Loft, il y a environ 300 personnes amassées dans trois-quarts de la salle. Il fait très sombre et on se voit à peine. Rikako tient Kei par la main alors qu’elles essaient de s’approcher au plus près de la scène, parfois en jouant des coudes pour se frayer un chemin. Il y a de nombreux fans formant une barrière impénétrable, mais elles sont désormais assez proches pour pouvoir distinguer Ruka et les trois autres membres du groupe. Sans présentation, Atomic Preachers démarre leur set par un de leurs morceaux les plus connus « behind the red brick wall ». Ruka chante en anglais, qu’il maitrise naturellement en raison des origines anglaises de sa mère. Il démarre souvent ses morceaux par scander une phrase qui reviendra ensuite régulièrement comme un point d’accroche dans le morceau. Il y a une sorte de rage dans ses mots et sa manière de chanter qui déchaîne une partie de la foule. Rikako fait tout de suite corps avec ce mouvement de foule, en sautillant sur place, en levant le poing et en scandant quelques paroles du morceau en même temps que la foule. Kei reste beaucoup plus concentrée sur la musique qu’elle écoute. Elle ne se laisse pas déborder par les vagues de cette marée humaine qui l’entoure. La musique lui permet de s’extraire de ce lieu, mais pas d’une manière physique. Elle reste forte devant les mouvements de cette foule qui la bouscule involontairement, prise par le rythme du morceau. Elle s’imprègne de cette musique d’une manière tout à fait différente des autres. C’est comme si cette musique venait créer une réaction chimique dans son cerveau qui la ferait entrer dans un nouvel état d’être. Kei connaît également très bien ce premier morceau de leur deuxième album sorti un peu plus tôt cette année. Elle l’a souvent écouté dans son petit appartement de Kichijōji. C’est par contre la première fois qu’elle associe cette voix à ce regard sombre qui l’attire. Elle hésite à le regarder encore, car elle aura du mal à s’en défaire. Elle a l’impression qu’il pourrait lire dans ces pensées les sentiments les plus inavouables. Rikako, qui lui tient toujours la main, tire Kei d’un coup un peu plus fort et hors de rythme, la sortant de son état second. « C’est génial, non! ». Oui, le groupe sait clairement comment faire bouger les foules, mais en même temps, Kei perçoit comme une détresse dans les paroles de Ruka, certainement dû à sa manière de les chanter comme une complainte. Après quelques morceaux dans la même veine, Atomic Preachers entame une reprise de « She’s Lost Control » mais dans une version plus rapide et accentuant les guitares. Les yeux de Kei s’écarquillent en entendant les premières notes du morceau. Même modifiées, les sonorités de ce morceau qu’elle a écouté le soir d’avant la plongent soudainement dans un état de concentration intense. Son regard se fige sur la scène et tout le reste devient flou, même les mouvements de la foule qui l’entoure et qui la bousculait jusqu’à maintenant, même la présence de son amie Rikako à ses côtés. Elle est désormais seule devant la scène éprise de ce regard sombre qui la fixe maintenant obstinément. Ces sons arrivent jusqu’à elle comme si ils empruntaient une autoroute directe jusqu’à son cerveau. « Highway to your skull », pense t’elle sans le savoir. Elle se sent paralysée mais n’éprouve aucune gêne ni douleur. Elle reste immobile, seule dans la salle de concert désormais remplie d’obscurité. Elle distingue toujours les sonorités musicales mais celles-ci deviennent de plus en plus floues à mesure qu’elle s’enfonce dans ce monde obscur. Un point lumineux s’approche soudainement d’elle. Il s’agit d’abord d’une petite lumière mais elle grandit progressivement et ses contours se font de plus en plus précis à mesure qu’elle s’approche de Kei. Sans qu’elle s’en rende compte, Rikako se tient maintenant près d’elle sans dire un seul mot. Kei comprend d’elle-même que les paroles ne sont pas nécessaires dans ce monde. Le spectre devient désormais plus clair. C’est le visage de sa mère disparue apparaissant désormais distinctement. Au fond d’elle-même, Kei le savait déjà depuis qu’elle a entendu sa voix un peu plus tôt dans la soirée dans la cage d’escalier du restaurant. Son regard est lointain et Kei ne parvient pas à l’attirer vers le sien. Ses lèvres s’ouvrent doucement sans émettre un son, mais petit à petit, on devine qu’elle entonne une chanson pour enfants, celle où il faut traverser un passage avant que celui-ci se referme. « C’est la chanson tōryanse qu’elle me chantait quand j’étais petite lorsque l’on jouait dans le parc de Nakata ». « Il fallait que je traverse très vite le petit tunnel en forme de train avant que la chanson ne s’arrête, sinon je serais enfermée pour toujours ». Alors que ses souvenirs de petite enfance lui reviennent en tête, une forme très imparfaite de tunnel se dessine devant elle. N’écoutant que son instinct, elle s’enfonce dans ce tunnel vers un point de lumière lui donnant une direction. Il faut absolument qu’elle traverse ce tunnel avant que la chanson se termine ou quelque chose de terrible va se produire. Elle en est sûre et certaine, mais dans sa précipitation, elle a laissé son amie Rikako à l’arrière. Elle tente de crier de toutes ses forces vers Rikako restée immobile les yeux dans le vide à l’entrée du tunnel, mais les mots ne sortent pas. Le visage de Kei se déforme sous ses cris. « Rikako, dépêches toi! Il faut sortir avant qu’on nous enferme. Rikako! ». Le temps presse, que faire. Elle n’a pas le temps de revenir en arrière, il lui faut avancer dans ce tunnel avant qu’il ne soit trop tard.

Kei revient finalement à ses esprits, allongée sur deux chaises au fond de la salle du Loft. Une fille un peu plus jeune qu’elle lui tend un verre d’eau en criant en direction du bar. « Shinya, pas besoin d’appeler l’ambulance, elle a repris conscience ». « Ça va mieux? » lui demande la fille en présumant déjà que ça soit le cas. « Vous avez au moins repris des couleurs, vous étiez blanche comme un fantôme ». Kei fait un signe de la tête pour la rassurer. « Qu’est ce qui m’est arrivé? » demande péniblement Kei dans le bruit de la salle. Ce n’est plus le groupe de Ruka qui joue, Kei est en mesure de s’en rendre compte. « Vous avez perdue connaissance pendant le deuxième groupe, et une personne vous a porté jusqu’au fond de la salle. C’est certainement la chaleur de la salle, on a quelques problèmes d’air conditionné depuis hier ». Était ce Rikako qui l’a amené jusqu’aux chaises du fond de la salle? Kei n’en a aucun souvenir et Rikako n’est pas près d’elle. « Où est Rikako? » se demande t’elle à elle-même. « Vous savez où est mon amie Rikako? ». « Non, vous savez, je ne connais pas tout le monde ici, mais personne ne s’est approché pendant votre perte de connaissance, à part l’homme qui vous a amené ici près du bar ». « Vous avez l’air d’aller beaucoup mieux, je vous laisse assise là car Shinya m’attend au bar. Appelez-moi si vous avez besoin de quelque chose ». Kei, le verre d’eau à la main, assise sur une des chaises près du bar, reste confuse sur ce qui lui est arrivé. Elle se souvient de Ruka qui jouait des morceaux plein d’énergie avec son groupe. Elle voit Rikako à côté d’elle, le sourire aux lèvres en sautant sur place. Les images se brouillent ensuite. Peut être que Rikako est déjà dans les coulisses avec Ruka. Elle se lève doucement en faisant un signe de la main à la fille du bar pour lui indiquer que ça va mieux. A l’entrée des coulisses, le même garde la reconnaît et lui ouvre la porte sans qu’elle ait besoin de dire un mot. Elle reconnaît le bassiste au fond du couloir, et Ruka assis à une petite table, le visage baissé sur son smartphone. Il lève la tête en voyant Kei franchir le pas de la porte de la pièce commune. « Eh, Kei, c’est bien ça? ». « Oui. Je cherche Rikako, est elle passée ici? ». Kei en vient tout de suite au sujet qui l’intéresse, d’une manière un peu brusque qui ne semble pas perturber Ruka pour autant. « Non, je ne l’ai pas vu depuis tout à l’heure avant le concert ». Il demande également au bassiste à côté qui n’a pas non plus aperçu Rikako dans la salle de concert. Kei a du mal à cacher son inquiétude. « Elle est certainement sortie prendre l’air, il fait une chaleur difficile à supporter ce soir. Je l’ai déjà dit au régisseur ». Cette hypothèse semble plus que probable vu ce qui lui est arrivé un peu plus tôt, Rikako est peut être sortie avant que je perde connaissance, sans que je m’en rende compte. « J’aime bien ce t-shirt au fait » lui dit Ruka. « J’ai le même en fait. J’aime beaucoup Joy Division. On faisait même des reprises de cet album et de Closer il y a quelques années, mais je me suis rendu compte que je n’arriverais jamais à égaler l’intensité dramatique de Curtis. J’ai arrêté, du moins devant un public ». Kei comprend très bien ce qu’il veut dire. Bien qu’elle aurait voulu parler un peu plus avec Ruka en temps normal, elle reste préoccupée par Rikako. Ruka s’en rend compte et lui suggère une nouvelle fois d’aller voir à l’entrée du Loft. « Donnes moi ton numéro, je te contacterais si elle me donne des nouvelles ». Kei n’est pas vraiment persuadée que Rikako contactera Ruka avant elle, mais autant ne négliger aucune possibilité. Kei sort ensuite de la salle commune vers l’entrée principale. Ruka la regarde avec insistance alors qu’elle quitte la pièce, mais Kei ne s’en rend pas compte. Sans le savoir, Kei irradie la pièce. C’est peut être parce qu’elle semble être détachée des choses de ce monde que Ruka voit naître en lui une sorte de fascination. Il lui vient l’envie d’écrire sur cette fille aux cheveux noirs et aux boots montantes Dr.Martens, cette fille à la beauté mystérieuse, cette fille qui cherche son amie dans les rues dangereuses de Kabukichō. Sans s’en rendre compte, Ruka se met à fredonner Kabukichō no Joō.

Au moment de sortir de la salle de concert, Kei décide de vérifier une dernière fois si Rikako s’y trouve. Le troisième groupe a déjà terminé et la foule s’est déjà grandement dissipée de telle sorte que Kei peut maintenant inspecter des yeux chaque personne restante l’une après l’autre. Les lumières de la grande salle se sont finalement allumées, facilitant sa recherche mais aucune trace de Rikako. Elle se précipite ensuite à l’extérieur en forçant aimablement le passage dans l’escalier remontant à la surface de la rue. Il y une vingtaine de personnes réunies devant l’entrée du Loft. Marcher autour du building ne lui permet pas de trouver une piste qui pourrait l’aider. Que faire? Essayez de l’appeler. En ouvrant LINE sur son smartphone au nom de son amie, elle constate avec un certain étonnement qu’un message lui est laissée. Cette petite lueur d’espoir se transforme très vite en incompréhension. Un message énigmatique est laissé par Rikako. « J’ai vu le tunnel se refermer devant moi et il était trop tard. Excuses moi Kei, j’ai trouvé une autre voie qui me sépare de toi ». Kei est soudainement prise d’une sueur froide. Que veut bien dire son message ? Qu’est ce que ce tunnel qui se referme ? Pourquoi est elle partie sans prévenir ? Les questions se bousculent dans sa tête et lui font perdre l’équilibre. Elle pose un genoux à terre abîmant son collant noir et fait tomber son téléphone sur le bord du trottoir. « Reprends toi, Kei ». Cet iPhone est le seul lien possible qu’elle garde avec Rikako. Elle le saisit aussitôt et tente d’appeler Rikako. Elle laisse sonner une dizaine de fois dans le vide, mais Rikako ne répond pas. Plusieurs essais n’y changent rien, Rikako a disparu sans laisser de trace, à part ce message mystérieux envoyé il y a 45 minutes alors qu’elles étaient toutes les deux dans la salle de concert à écouter le rock agressif d’Atomic Preachers. Kei se sent perdue, ne sachant quoi faire. Peut être devrait elle laisser un signalement à la police, au kōban de Kabukichō juste à côté. L’agent qu’elle a devant elle l’écoute d’un air distrait, regardant sans arrêt un groupe de trois hôtesses de club s’écriant bruyamment de l’autre côté de la rue. Kei lui montre une photo de Rikako qu’elle a sur son smartphone et écrit sa déposition sur une petite feuille pré-formatée en laissant son numéro de téléphone. On l’appellera s’il y a du nouveau lui dit on d’un ton systématique qui veut dire ‘J’en ai vu bien d’autres, ici c’est Kabukichō, les gens disparaissent parfois mais ils finissent toujours par réapparaître et rentrer chez eux quand leurs porte-monnaies sont à sec’. Elle ne peut rien faire de plus ici. Elle tente de lui laisser un message sur LINE, mais sans réponse. Kei ressent une grande solitude qui l’envahit. Elle ne peut plus supporter cet endroit, il faut qu’elle parte vite d’ici. La rue autour d’elle devient oppressante, elle a l’impression qu’elle se referme sur elle petit à petit. Il faut marcher vite jusqu’à l’avenue Yasukuni avant qu’elle ne se retrouve enfermée dans ce monde hostile. Pourquoi suis je venu ici ? Où est Hikari ? J’ai tant besoin d’elle. Dans toute la confusion qui envahit son esprit, elle marche sans arrêt vers la gare de Shinjuku, parmi la foule qui veut aussi prendre le dernier train. La foule humaine l’entraine lorsqu’elle s’approche de la porte Est de la gare. Elle n’a pas la force de contrer ce mouvement et ses pas suivent mécaniquement ceux des autres. Il faut que je me sorte de ce torrent, je me noie. Alors qu’elle perd pied dans le flot qui l’entraine, une main lui attrape le bras de justesse. Une douceur soudaine lui réchauffe une partie du corps. « Cette main m’est familière » se dit Kei. Hikari se tient devant elle dans un halo de lumière. C’est du moins la manière dont Kei entrevoie d’abord Hikari au moment où elle se libère finalement de la foule. « Kei, je t’attendais mais j’ai failli te manquer. Tu marchais les yeux fixes sans regarder autour de toi. Il s’est encore passé quelque chose d’imprévu, n’est ce pas? ». Kei n’a plus les forces d’expliquer ce qui s’est passé à Hikari mais elle ressent que ce n’est de toute façon pas vraiment nécessaire. Hikari saisit une nouvelle fois Kei par la main et l’entraine à l’intérieur de la station. La ligne Chuo qui les ramènera à Kichijōji vient d’entrer en gare. Il est presque minuit et demi, et Kei est prise d’une immense fatigue. Au côté d’Hikari, elle relâche toutes ses gardes. Sur la banquette du wagon, elle s’endort doucement sur les genoux d’Hikari. Elle lui touche doucement les cheveux pour corriger ses lignes. Chaque mouvement de main semble lui éclaircir sa chevelure et sa noirceur ne semble déjà être qu’un lointain souvenir. Rien ne semble être en mesure de la réveiller, mais cette nuit encore, Kei ne pourra pas dormir seule.

Ce texte est la suite du précédent billet publié ici et disponible en version complète sur la page suivante.

une vue du Mont Fuji (1)

Ces photographies datent du mois de Décembre et je n’ai pas eu le temps de les montrer l’année dernière. Aussi bizarre que ça puisse paraître après plus de vingt ans de vie à Tokyo, nous n’étions jamais allés au Mont Takao. Nous avions en fait prévu d’aller voir un sanctuaire perdu dans les montagnes près du village de Hinohara, mais notre destination a changé en cours de route une fois sur l’autoroute Chuo. Mari est assez spécialiste de ces changements d’itinéraires au dernier moment, ce qui est moins mon cas surtout quand j’ai déjà passé un peu de temps à rentrer l’adresse dans le système de navigation. Mais c’est la plupart du temps pour le mieux. En fait, je n’avais jamais réalisé que le Mont Takao se trouvait aussi proche de l’autoroute Chuo. Nous sommes donc souvent passés à côté sans nous en rendre compte. Comme notre visite était relativement imprévue et un peu tardive, nous n’avons pas fait l’ascension à pieds mais en utilisant le cable-car qui nous amène à mi-chemin. Je ne soupçonnais pas qu’on puisse y trouver un ensemble de sanctuaires aussi important. Je m’attendais à y voir un peu plus de monde mais nous y sommes allés un jour en semaine pendant mes congés de fin d’année, et l’endroit était relativement calme. En fait, j’avais l’image d’un endroit hyper touristique, ce qui a, je pense, freiné notre envie d’y aller jusqu’à maintenant. Ce n’était en fait pas le cas. Depuis le sommet, on pouvait apercevoir le Mont Fuji derrière des couches de montagnes. Il ne se laisse pas toujours prendre en photo car il se cache la plupart du temps, mais en attendant un peu il finit par se révéler derrière les nuages.

まだ始まらないふりにして

Avant d’écrire mon premier billet pour la nouvelle année qui démarre, j’ai pris l’habitude de jeter un œil sur les billets que j’ai écrit les années précédentes. Ils sont en général longs et détaillés en commençant par un passage en revue de l’émission de la NHK Kōhaku Uta Gassen. Je fais le même genre de long billet depuis Janvier 2017 et j’ai même tendance à répéter les mêmes choses. Ce début d’année est plus calme que d’habitude et la principale différence est que nous ne l’avons pas passé près de Kamakura suite au déménagement de la mère de Mari à Tokyo. Nous restons donc à Tokyo cette année et nous ne nous déplacerons pas beaucoup. Au début de l’année, je me pose toujours la question de ce que je devrais changer dans ma manière d’écrire ce blog. J’ai l’impression que les marches de manœuvre sont de toute façon assez limitées, donc je ne me formalise plus beaucoup sur ce genre de réflexion. J’aimerais quand même reprendre la création de morceaux électroniques, reprendre mes illustrations ou écrire de nouveaux épisodes de ma série sur l’histoire de Kei. Je suis d’ailleurs en train d’écrire le sixième épisode de cette histoire depuis un petit moment. L’écriture d’une fiction me prend beaucoup de temps, mais j’adore passer ce temps à imaginer petit à petit le déroulement de cette histoire. Parfois, j’aimerais transformer ce blog entier en une œuvre de fiction. Sans aller aussi loin, je vais quand même essayer de regrouper ces textes que j’ai commencé à écrire en 2017 sur une page du blog pour qu’ils puissent être lus dans la continuité.

Je vais aussi continuer ma revue des concerts de Sheena Ringo et Tokyo Jihen, le prochain sera Just Can’t Help It. Sur la vingtaine qu’il existe en tout, j’ai déjà écrit un billet sur plus de la moitié d’entre eux et il me reste huit concerts à couvrir sur ce blog. Parmi ces huit concerts, il y en a trois que je ne possède pas encore en DVD ou Blu-ray. Je ne sais pas s’il existe un autre groupe ou artiste qui a sorti autant de concerts en vidéo. J’éprouve en tout cas toujours le même plaisir à les regarder et les commenter ensuite. Je ne pense pas, par contre, m’étendre autant que j’ai pu le faire sur Electric Mole, dans mon dernier billet sur ce sujet. Tokyo Jihen a également été très actif ces derniers mois avec des nouveaux morceaux et des passages dans les émissions musicales télévisées de fin d’année, pour mon plus grand plaisir, que ça soit sur les émissions FNS ou Music Station que j’ai déjà brièvement mentionné ou lors de l’émission Kōhaku du 31 Décembre. Comme je le mentionnais dans un billet précédent, ils ont joué une version modifiée du morceau Uru Uru Urū (うるうるうるう) sous le nom de Uru Uru Urū ~ Nōdōteki Urū Shime Hen (うるうるうるう~能動的閏〆篇~ ). Le groupe était habillé en yukata avec logo de paon et jouait dans un studio séparé, entouré d’écrans similaires à ceux qu’on pouvait voir pendant les concerts de la tournée News Flash. On peut d’ailleurs acheter ces yukata sur la boutique de Ringohan, mais il faut à priori aimer se faire remarquer. Leur prestation était beaucoup plus posée que celle de Music Station où Sheena était habillée en boxeur, mais pas pour autant moins mémorable. La mise en scène était travaillée avec des danseuses Awaodori intervenant à la fin du morceau et une chorégraphie de MIKIKO. L’émission Kōhaku semblait plus courte que d’habitude, peut être parce qu’elle se passait sans public dans la salle du NHK Hall. La nouvelle année arrive enfin et on est bien content de faire notre adieu à l’année précédente bien qu’elle n’a pas été aussi mauvaise que cela sur de nombreux points, au moins pour ce blog. J’ai quand même pu prendre beaucoup (trop) de photos l’année dernière et on a démarré des activités que nous n’avions pas fait auparavant. J’aurais un certain nombre de photographies de la fin Décembre à montrer un peu plus tard, mais j’hésite un peu. Ou alors, il me faudra être plus sélectif dans les photographies que je montre. Celles de la série ci-dessus sont prises dans le quartier de Naka-Meguro et Ebisu dans les tous premiers jours de cette année (hier en fait). Les troisième et quatrième montre une maison aux formes très intéressantes. Il s’agit de SRK par ARTechnic Architects.

Le premier jour de cette année, je surveillais également ma boîte email, car je m’entendais à recevoir une annonce de Tokyo Jihen. L’année dernière, ils avaient annoncé leur réformation le 1er Janvier. Je me suis donc dit qu’il pourrait également y avoir une annonce le 1er Janvier 2021, peut être une nouvelle tournée ou un nouvel album. C’est certainement beaucoup trop tôt pour lancer sereinement une nouvelle tournée. Tokyo Jihen a plutôt annoncé un nouvel album en préparation sans donner de date précise, sous le nom de code 2O2O+X. Le court teaser pourra difficilement nous faire patienter et j’espère qu’une date sera bientôt annoncée. Toujours pour nous faire attendre, le groupe partage une photo, celle ci-dessus, toujours avec un brin d’extravagance dans leur accoutrement (apparemment totalement en Gucci).

Ces dernières semaines, j’ai un peu moins parlé des découvertes musicales que j’ai pu faire mais j’ai quand même écouté de très belles choses. Avec le début d’année, de nombreux blogs ou sites musicaux que je suis attentivement font leur top 10 ou 100 des meilleurs albums de l’année 2020. Je ne me lancerais pas à lister le mien car il donnerait une vue très partielle de l’année 2020, mais j’aime beaucoup lire ceux des autres en gardant un regard critique, voire très critique parfois, ce qui fait partie du plaisir de découvrir ces classements. Je me questionne souvent sur la justesse des goûts musicaux des personnes faisant ces classements, mais je me rends compte aussi qu’il est très difficile d’avoir une influence sur son public. Je me pose souvent la question du nombre de personnes qui ont découvert un nouveau groupe ou un/une artiste grâce à mon blog. Je pense qu’on a tendance à s’aventurer vers des noms que l’on connaît déjà mais qu’il est plus difficile, à travers la simple recommandation d’un blogger ou d’un tweet, de se plonger naturellement dans la découverte d’un nouvel artiste dont on n’a jamais entendu parler. C’est certainement une question de temps disponible. Quand un blogger nous donne une liste de 100 albums, on a guère le temps ou le courage de se mettre à les écouter un à un. En ce qui me concerne, la couverture d’un album peut être un déclencheur. Il est rare que j’apprécie un album si je déteste la couverture. Cela fait partie d’un tout et si la couverture du disque me déplaît, c’est souvent parce que l’univers de l’artiste ne correspond pas exactement à ce que je recherche. Il y a de nombreuses exceptions et beaucoup de couvertures d’albums qui sont beaucoup plus fades que leur contenu. Mais le mauvais goût graphique est souvent synonyme pour moi d’une insuffisance qualitative de la musique. Dans les listes de fin d’année, je suis en général très attentif à celle de Pitchfork, sauf cette année. En fait, j’ai inconsciemment pratiquement tourné le dos à la musique occidentale pendant toute l’année dernière. Dans les 20 premiers albums du classement 2020 de Pitchfork, je n’en ai écouté aucun et aucun de ces albums ne me fait vraiment envie. J’ai certainement tord mais je me suis un peu déconnecté de la musique occidentale en 2020, un peu de la même manière qu’en 1999/2000 à mon arrivée à Tokyo où je n’écoutais également que de la J-Pop (terminologie qui ne veut rien dire). Je suis persuadé que les goûts fonctionnent par cycles, d’où parfois la difficulté de conseiller un artiste ou un album à quelqu’un. La découverte doit se faire au bon moment, qui correspond à une situation personnelle adaptée. En 2020, j’ai tout de même eu le plaisir de découvrir les nouveaux albums de Grimes, Autechre ou encore Thurston Moore.

Quant aux quatre découvertes musicales ci-dessus, ce ne sont pas des artistes ou des groupes que je ne connaissais pas mais plutôt des nouveaux morceaux ou albums d’artistes que je suis déjà depuis un petit moment et dont j’ai déjà parlé sur made in tokyo. 4s4ki sort le 16 Décembre 2020 un nouvel album intitulé Hyper Angry Cat qui s’avère en fait être une compilation incluant son album précédent Your Dreamland (おまえのドリームランド) sorti en Avril 2020 et d’autres morceaux, nouveaux ou inclus dans des EPs précédents. Je réécoute assez régulièrement Your Dreamland, dont je parlais ici l’année dernière et qui est un des albums que je préfère de l’année 2020. De Hyper Angry Cat, je n’écoute pour l’instant que trois morceaux dont le morceau titre de l’album Hyper Angry Cat (超怒猫仔) en collaboration au chant avec Mega Shinnosuke et Nakamura Minami. On retrouve le style hip-hop et les sons électroniques que l’on connaît sur Your Dreamland mais en beaucoup plus agressif et détonnant. Il y une multitude de sons 8bits, de glitches, de voix qui partent dans tous les sens et c’est particulièrement inspiré. Les associations de voix fonctionnent très bien, et c’est un plaisir d’écouter ce morceau en boucle. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai le sentiment que 4s4ki est en avance sur son temps musicalement, pas spécialement pour la nouveauté des sons, mais pour sa mise en forme qui donne un ensemble extrêmement cohérent alors qu’il se base sur une cacophonie apparente de sons. Je pense que sa voix plus douce vient lier tous ces éléments d’une manière cohérente. J’écoute ensuite le troisième morceau Cat Jesus Cat (猫Jesus猫) qui a des apparences plus calmes, jusqu’à ce que les machines électroniques se réveillent. J’écoute aussi depuis plusieurs semaines le morceau 35.5, au rythme très soutenu, proche de l’EDM. C’est un morceau particulièrement prenant, et dès qu’on met une oreille dedans, il est difficile de s’en échapper. Le reste des morceaux de cette petite playlist peut paraître un peu fade par rapport à la musique de 4s4ki qui provoque une certaine addiction, mais continuons quand même car il faut bien varier les styles. Revenons vers le rock avec le morceau I want to touch you and be sure (触れたい 確かめたい) de Asian Kung-Fu Generation en duo avec Moeka Shiozuka (塩塚モエカ) de Hitsuji Bungaku. Je ne suis pas sûr d’avoir déjà parlé ici de Ajikan (diminutif indispensable pour les groupes de rock alternatif japonais qui ont l’idée saugrenue d’avoir des noms à rallonge) mais j’aime beaucoup leur album de 2004, Sol-fa (ソルファ). Ce morceau en duo de voix ne révolutionne pas le genre mais reste très accrocheur. Cela me rappelle que Hitsuji Bungaku a également sorti un nouvel album récemment et il faut que j’y jette une oreille. Ensuite, je reviens encore sur l’album de AiNA The End qui sortira le 3 Février 2021 et qui s’annonce comme un très bel album, du moins à l’écoute des deux premiers morceaux disponibles. Osmanthus (金木犀), qui vient juste de sortir, n’est pas aussi prenant et viscéral que le précédent Niji (虹) mais reste un très beau morceau surtout lorsque AiNA laisse filer sa voix légèrement voilée. Pour terminer cette petite série, on change encore de registre en passant à l’electro de Utae sur un nouveau morceau intitulé Just a Dream? (夢だとおもうの?). Elle crée ses nouveaux morceaux au compte-gouttes et j’en parle presqu’à chaque fois ici, car j’y trouve une certaine sérénité et un apaisement qui fait du bien. La voix de Utae joue dans ce sens, ainsi que les nappes électroniques qui évoluent doucement en changeant légèrement de rythme en cours de route. Je me rends compte en écrivant ces lignes que je couvre des styles très opposés dans cette playlist… Et au fait, une très bonne et heureuse année 2021 aux fidèles lecteurs de made in tokyo ainsi qu’aux plus occasionnels. Espérons que je maintienne le même rythme pour cette nouvelle année.