倍倍FAYE!

Lorsque je prends des photos la nuit dans le centre de Shibuya, il me revient toujours en tête une photographie prise en 2006 qui montrait le mouvement rapide d’une ombre sur le grand croisement de Shibuya la nuit. J’ai parfois l’impression que mes photographies les plus intéressantes ont déjà été prises il y a longtemps (il y a 19 ans dans ce cas là) et que mon regard actuel est trop usé pour pouvoir prendre des choses nouvelles. En y réfléchissant un peu, peut-être que, tout simplement, la mémoire de certaines photographies passées les embellissent à mes yeux. Oui, c’est plutôt cela. Sinon, je n’aurais plus qu’à raccrocher les gants une bonne fois pour toute. C’est que je me dis à moi-même pour redoubler de persévérance. Ces quelques photographies sont donc prises dans le centre actif de Shibuya où les gens se bousculent sans se toucher et où ceux qui courent devant pour se faire photographier au centre du grand croisement se font vite rattraper par les vagues humaines venant de toutes parts.

Je me suis demandé si NTS Radio avait consacré une émission de In Focus à Faye Wong (王菲). Une recherche rapide me confirme bien qu’un épisode datant du 18 Décembre 2020 lui est entièrement consacré et je m’empresse de l’écouter pour voir ce que NTS a bien pu sélectionner de sa discographie. Sans surprise, j’y découvre quelques pépites que je ne connaissais pas, à commencer par Sleepwalk (Universal Mix) (夢遊) extrait du EP Help Yourself (自便) sorti en 1997. Ce morceau est étonnant car il intègre une partie hip-hop sur laquelle vient s’ajouter la perfection vocale de Faye Wong. Le morceau est absolument génial, très dense en scratches hip-hop en tout genre contrebalancés par l’élégance et la maturité du chant en cantonais de Faye. Sa voix à la fois versatile et très affirmée me passionne de manière quasiment obsessionnelle. Si je devais également faire une playlist des morceaux que je préfère de Faye Wong, je mettrais pour sûr ce morceau ainsi que plusieurs autres comme le magnifique et mélancolique Guardian Angel (守護天使) du même EP Help Yourself (自便). Sur son album en mandarin Fable (寓言) sorti en 2000, je découvre le sublime morceau atmosphérique Chanel (香奈兒) qui est également sur la playlist de l’émission de NTS Radio. On trouve dans les morceaux de Faye Wong post 2000 une dramaturgie certaine, qui nous saisit complètement sur ce morceau Chanel. Il connaît même une version chantée par Faye en japonais intitulée シャナイア. Je sélectionne également quelques morceaux de l’album Lovers & Strangers (只愛陌生人), sorti en 1999 et également en mandarin, comme l’envoutant et enveloppant After the Beep (嗶一聲之後). La sérénité rêveuse avec une musicalité traditionnelle contraste carrément avec le morceau beaucoup plus agressif intitulé The Last Blossom (開到荼蘼) ouvrant cet album. Faye Wong s’aventure parfois vers du rock très orchestré, mais je pense qu’elle peut tout chanter et s’approprier.

L’ambiance musicale du morceau To Love (將愛) de l’album du même nom de 2003 me rappelle un peu les ambiances cyberpunk de Buck Tick à la même époque. La voix très enlevée de Faye arrive à transcender toutes ces ambiances, ici voguant vers des musiques indiennes mais mélangées avec beaucoup d’autres choses. De cet album, mon morceau préféré doit être le sublime Concealed Night (夜妝), à l’approche plus électronique. Ce morceau est également présent sur la playlist de NTS Radio. Je déborde de superlatifs pour la grande majorité des découvertes musicales mentionnées ici car cette musique est tout simplement hypnotisante. Sur cet album, on trouve quelques autres pépites musicales comme Leave Nothing (不留) et April Snow (四月雪). Sur l’album Faye Wong de 2001, le morceau Idiot (白癡) est un véritable ovni musical, un peu effrayant par sa densité musicale bruitiste et les déformations volontaires qu’elle impose à sa voix. Quand je parle de musique hypnotisante, ce morceau très particulier en est un bon exemple et entre dans ma longue liste des morceaux que je préfère de Faye Wong. Cet album est très versatile car après le rock très marqué du morceau Wings of Light (光之翼) ouvrant l’album, elle passe à des balades beaucoup plus légères comme Wait a Moment (等等) et vers une Pop plus lumineuse sur Wrong Number (打錯了). En écoutant ces associations musicales, je pense tout d’un coup à Sheena Ringo. Je ne reconnais pas vraiment une ressemblance car la langue chinoise en cantonais ou mandarin crée des ambiances très différentes, mais il reste un esprit d’ouverture un peu similaire qui me frappe tout d’un coup en écoutant cet album. Les deux n’ont pas de points communs à part celui d’avoir toujours été un peu rebelle dans leurs industries musicales respectives. Sur cet album, la sélection inclut également le magnifique One Way Street (單行道) dont le riff de guitare me rappelle beaucoup celui de The Cure sur le morceau From the Edge of the Deep Green Sea de l’album Wish (1992).

Musicalement, ces albums des années 2000 sont très denses par rapport à ceux des années 1990, beaucoup plus proches du rock indé. J’y reviens avec quelques morceaux de l’album en cantonais Random Thoughts (胡思亂想) de 1994, dont deux écrits par Cocteau Twins: Random Thoughts (胡思亂想) donnant son titre à cet album et surtout Know Oneself and Each Other (知己知彼) tout en subtilités et en nuances vocales. Cet album contient bien sûr le mega-single de Faye Wong, Dream Lover (夢中人) qui est la reprise du single des Cranberries utilisée pour le film Chungking Express de Wong Kar-Wai dans lequel elle jouait également. Et sur mon iPod, cette longue playlist commence par le morceau Pledge (誓言) de l’album Sky (天空) de 1994, sorti à la même époque que Random Thoughts mais chanté en mandarin. Ce morceau est beaucoup plus « jeune » musicalement, comme la vidéo un peu kitch montrant une Faye charmante ne tenant pas en place dans les rues de Hong Kong, comme pourrait l’être le personnage de Faye dans Chungking Express. Faye Wong est connue au Japon car elle a sorti quelques morceaux en japonais, mais j’ai été très amusé et satisfait d’apprendre qu’elle a inspiré sans le savoir elle-même le personnage de la diva éthérée Lily Chou-Chou du film All About Lily Chou-Chou (リリイ・シュシュのすべて) réalisé par Shunji Iwai en 2001. Dans une interview, il aurait révélé avoir écrit le scénario du film après avoir vu Faye Wong en concert à Hong Kong. Je m’étais posé la question de ce nom d’artiste qui n’avait rien de japonais et qui avait plutôt des résonances Chinoises. Tout paraît maintenant plus clair. Et voilà maintenant un lien inattendu qui se tisse entre des mondes artistiques que j’aime.

Un commentaire

  1. Dans le billet ci-dessus, je me demandais s’il pouvait y avoir un lien entre Faye Wong et Sheena Ringo. J’en trouve un à travers la photo ci-dessus prise en Octobre 2025 à l’occasion d’un pop-up store du réalisateur Yuichi Kodama pour sa marque Vivision dans un magasin de vêtements prenant pour thème le cinéma nommé Travis à Ebisu. Sur la photo, Ringo se cache derrière un t-shirt California Dreaming qui est porté par Faye Wong dans le film Chungking Express (1994) de Wong Kar Wai. C’est un clin d’oeil intéressant qui me plait beaucoup. Dans les commentaires de la photo, on peu lire en tag le nom du film chinois primé à Cannes Adieu Ma concubine de Chen Kaige (Farewell My Concubine, 1993) avec Leslie Cheung, Zhang Fengyi et Gong Li. Je vouais une admiration pour ce film, et pour l’actrice Gong Li, après l’avoir vu lors de sa première diffusion sur Canal+. J’avais ensuite regardé plusieurs film de Zhang Yimou avec Gong Li, notamment Épouses et Concubines (Raise the Red Lantern, 1991), Shanghai Triad (1995) et Vivre ! (To Live, 1994). Voir cette allusion me remet en tête les souvenirs de ces films. J’étais à cette époque, au milieu des années 1990, particulièrement amateur de films chinois et de Hong Kong.

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