Arimaston Building par Keisuke Oka

Je suis passé plusieurs fois voir le petit bâtiment Arimaston Building (蟻鱒鳶ル) à Mita pour vérifier l’avancement des travaux. Je constate qu’il est presque terminé et que la destruction des bâtiments alentours donne une assez belle vue d’ensemble du bâtiment. Keisuke Oka (岡啓輔) a entrepris seul de construire sa propre maison de béton depuis 2005, et il lui aura fallu 20 années pour la terminer. Le résultat est tout autant exceptionnel qu’étonnant, plus proche de l’œuvre d’art que de l’architecture, comme une grande sculpture brutaliste plantée en plein décor urbain sans demander d’autorisation à personne. Je ne veux bien sûr pas dire que cette construction n’est pas autorisée mais plutôt qu’elle s’impose à son environnement malgré sa relative petitesse. J’avoue que j’ai bien cru que ce bâtiment en éternelle construction ne verrait jamais le jour, d’autant plus qu’il était soudainement couvert de bâches depuis quelques années. Je me souviens m’être interrogé de sa possible disparition dans un message sur Instagram mais un architecte proche de Keisuke Oka m’avait gentiment confirmé qu’on avait couvert la maison en construction pour éviter des éventuels dangers aux alentours. Il faut bien dire que même si le bâtiment est tout proche d’être finalisé, on a un peu de mal à s’en convaincre complètement. Les vitrages sont pourtant installés et la superbe porte métallique est bien enfoncée au rez-de-chaussée. Je me sentirais tout de même pas tout à en sécurité à l’intérieur, mais j’ai très certainement tord. On peut d’ailleurs voir quelques images de l’intérieur sur Instagram pour ce qui ressemble à une pendaison de crémaillère. Je ne peux en tout cas n’être que reconnaissant de ces esprits visionnaires et atypiques qui vont jusqu’au bout de leurs visions et nous montrent des choses à la fois magnifiques et totalement uniques. C’est amusant de voir ce petit bâtiment brutaliste se confronter à un autre grand bâtiment brutaliste un peu plus haut de l’autre côté de la rue, l’ambassade du Koweït conçue par Kenzo Tange. J’ai publié quelques photos supplémentaires sur mon compte Instagram pour compléter cette visite extérieure, mais on aura toujours beaucoup de mal à saisir tous les détails de cette architecture extraordinaire.

the streets #13

La série que je n’arrive pas à terminer continue encore un peu avec un treizième épisode. En marchant au hasard des rues de Yoyogi vers Setagaya, je retrouve Hironaka House conçu par l’architecte Ken Yokogawa. Je l’ai déjà pris en photo plusieurs fois, mais je n’hésite pas à faire un petit détour pour passer une nouvelle fois devant. Les deux photographies suivantes doivent avoir été prises quelque part en direction de Hatsudai, mais je ne me souviens plus exactement du lieu. La troisième photo d’une coccinelle mécanique a très certainement été influencée par la musique de Petrolz que je devais écouter en marchant à ce moment là, peut-être s’agissait t’il de l’excellent morceau Holloway (ホロウェイ) du EP Idol de 2010, que j’écoute en complément de l’album Renaissance dont je parlais dans mon billet précédent. Les quatrième et cinquième photographies nous amènent dans le quartier de Kanda Sudachō. Je n’avais pas fait de déplacement volontaire pour voir un bâtiment spécifique depuis longtemps. Mes idées de déplacement sont assez souvent liées à ce que je peux voir d’intéressant niveau architecture sur mon flux d’images sur Instagram. Je les garde en bookmark et y revient plus tard lorsque je cherche un endroit vers où aller marcher. Ce nouveau bâtiment à Kanda Sudachō se nomme 12 KANDA et a été conçu par sinato et l’atelier NANJO en 2023. Il contient des espaces commerciaux et de bureaux partagés. L’aspect extérieur et sa complexité visuelle me rappellent beaucoup Sauna Reset Pint, de l’architecte Akihisa Hirata, situé à Asakusa, mais les escaliers arrondis de métal me ramènent vers le petit hôtel Siro conçu par Mount Fuji Architects Studio dans un quartier d’Ikebukuro. On ressent assez clairement ces influences sur ce nouveau building encastré parmi d’autres de tailles similaires. Je ne suis pas certain de l’utilisation effective des escaliers extérieurs car on préférera toujours les ascenseurs, surtout par temps de pluie, mais l’impact visuel est marquant. Les deux photographies suivantes, les deux dernières du billet, ont été prises le long de la rue semi-piétonne Cat Street. La Porsche 968 Roadster installée dans un des bâtiments de béton de la petite galerie The Mass est une version re-dessinée par Arthur Kar, fondateur du label de mode parisien L’Art de l’Automobile. Cette voiture avait apparemment déjà été exposée à Paris dans Le Marais il y a quelques années. Cette exposition me rappelle que j’avais déjà vu une Porsche verte vintage il y a deux ans au même endroit, et une autre Porsche de couleur bronze devant une maison individuelle d’un quartier d’Aoyama. Cette dernière était érodée, avec une carrosserie rouillée à certains endroits. Je me souviens m’être demandé si cette dégradation était volontaire, ce qui ne peut être que le cas car le reste de la voiture de sport restait en bon état, à part la carrosserie. En y repensant maintenant, il s’agissait peut-être d’une création de l’artiste Daniel Arsham, qui a conçu des Porsche ayant subi l’épreuve de l’érosion. Je ne suis cependant pas en mesure de trouver une confirmation de ce que j’avance. En continuant toujours un peu sur Cat Street, je me dirige ensuite vers la galerie Design Festa pour voir si les illustrations des murs ont changé, ce qui était le cas. J’avais auparavant toujours un peu de mal à trouver son emplacement et, encore maintenant, je pense que j’y accède en faisant un détour. Ça ne me déplaît pas non plus, car ça me donne l’impression que la galerie est cachée dans une sorte de labyrinthe. On n’est pas très loin de la réalité. Bien que j’aime voir la galerie de l’extérieur, j’y rentre rarement car on y trouve plutôt des œuvres de jeunesse qui ne me passionnent en général pas beaucoup.

De haut en bas: Extraits des vidéos de Tokyo High Heels (とうきょうハイヒール) par Tsukimi (つきみ), The Sign (彗星) par Mei Watanabe (ワタナベ・メイ) avec une production de Shinichi Osawa et Sunny Girl (晴れ女) par Koyoi Matsuda (松田今宵).

Continuons en musique avec quelques morceaux de groupes et artistes que je ne connaissais pas jusqu’à leur découverte au hasard des recommandations de YouTube ou Instagram. Il y a d’abord le morceau intitulé Tokyo High Heels (とうきょうハイヒール) d’un groupe rock nommé Tsukimi (つきみ), originaire d’Iwaki dans la préfecture de Fukushima. Tsukimi est un trio de filles composé de Nini-chan (ににちゃん) à la guitare et au chant, Shuka (しゅか) à la batterie et aux chœurs et Ri-tan (りーたん) à la basse et aux chœurs. Tokyo High Heels est leur dixième single présent sur leur troisième EP Even Strong Angels Roar Loudly (強い天使も超吠える) sorti le 16 Octobre 2024. Je suis toujours attiré par les morceaux rock évoquant Tokyo, non sans une certaine mélancolie. On trouve ici le sentiment de solitude des grandes villes et j’aime beaucoup la manière posée avec laquelle la chanteuse Nini-chan aborde ce morceau, contrastant avec le reste du EP beaucoup plus virulent. Une autre belle surprise est le single Sunny Girl (晴れ女) de la compositrice et interprète Koyoi Matsuda (松田今宵), sorti le 28 Août 2024. On trouve dans ce morceau aux ambiances folk à la guitare acoustique une proximité, comme si on était assis dans son petit salon près de la baie vitrée à apprécier la lumière qu’elle attire de son chant. Ce morceau aux apparences simples est tout à fait marquant. Je n’étais pas correct en mentionnant que je n’évoquerais dans ce billet que des morceaux de groupes que je ne connaissais pas, car je reviens vers le groupe rock Chilli Beans avec le superbe single yesterday, sorti le 9 Octobre 2024. On ressent une grande sensibilité et fragilité dans le chant pour un morceau qui a pourtant une dynamique pop. J’écoute aussi beaucoup le morceau All Night Radio (アールナイトレディオ) de la compositrice et interprète N・FENI (ん・フェニ) qui se faisait appeler auparavant Yoneko (ヨネコ) et qui a fait partie du groupe d’idoles alternatives Migma Shelter (ミグマシェルター). On ressent une certaine influence de la musique d’idoles dans le chant et l’immédiateté de la mélodie, qui nous accroche donc tout de suite, mais l’approche reste résolument rock. Je termine cette petite sélection avec la voix fantastique de Mei Watanabe (ワタナベ・メイ) sur un morceau intitulé The Sign (彗星), produit par Shinichi Osawa. Je suis toujours attentif aux nouvelles productions de Shinichi Osawa, notamment sur ses albums sous le nom MONDO GROSSO, surtout lorsqu’il s’agit de collaborations avec d’autres artistes. Mei Watanabe à un petit quelque chose d’Utada Hikaru dans la voix, mais je trouve que son amplitude de chant est plus vaste. Cela donne un morceau superbe, d’autant plus quand il est mis en musique par Shinichi Osawa.

Hoki Museum

Nous profitons d’une belle journée du mois de Septembre pour aller visiter un musée que j’avais depuis longtemps sur ma liste de lieux à voir absolument, tout autant pour l’art qu’il contient à l’intérieur que pour l’expression artistique de son extérieur. Le Musée Hoki (ホキ美術館) est consacré à la peinture réaliste et compte une collection de 450 œuvres d’environ 50 artistes principalement japonais. Il est situé dans la zone résidentielle d’Asumigaoka (あすみが丘), à la limite du grand parc Showa no Mori (昭和の森), dans l’arrondissement de Midori de la ville de Chiba (千葉市緑区), dans la préfecture de Chiba. Le musée composé de béton et de matériaux métalliques a été construit par Nikken Sekkei et a ouvert ses portes le 3 Novembre 2010. Il a été fondé par Masao Hoki, président de Hogy Medical, qui est un grand fournisseur de produits médicaux, chirurgicaux et de stérilisation, pour y montrer sa collection privée de peintures réalistes. Le Musée Hoki est actuellement dirigé par sa fille Hiroko Hoki. Le bâtiment de sept mètres de haut se compose de trois étages, dont deux en sous-sol, formant de longues galeries en forme de couloirs courbés placées les unes au dessus des autres. La partie la plus impressionnante du musée est la longue zone cantilevée du bâtiment qui semble flotter dans les airs. Dès notre arrivée au musée après une heure et demi de voiture depuis le centre de Tokyo, on se dirige tout de suite vers l’arrière du building pour apprécier sa partie flottant dans les airs. Les parois du building sont fines et élancées. Un étroit chemin entouré de béton nous amène jusqu’à l’entrée du musée, mais on peut continuer ce chemin pour descendre vers l’arrière. Le bloc qui s’élance sur trente mètres dans le vide en défiant la gravité se révèle doucement alors qu’on descend la pente. J’avais bien sûr vu de nombreuses photographies de ce building et de ce tube cantilevé en particulier, mais la réalité est plus impressionnante que ce que j’ai pu voir en photo. On constatera plus tard dans le musée que la galerie à l’intérieur s’avance pratiquement jusqu’à l’extrémité de ce bloc poussé dans le vide. La surface du tube est fine, ce qui donne une légèreté et une grande élégance à l’ensemble qui n’en reste pas moins imposant vu de l’extérieur. C’est une architecture vraiment remarquable, qui me rappelle un peu la résidence privée White Base par l’architecte Akira Yoneda (Architecton) pour sa structure montant dans les airs.

Vue d’ensemble du musée et vues de l’intérieur de plusieurs galeries.

Nous revenons ensuite vers l’entrée du musée pour commencer notre visite, qui démarre par l’étage supérieur et nous fera ensuite descendre méthodiquement et progressivement vers les sous-sols. On ne peut malheureusement pas prendre de photos à l’intérieur, et celles ci-dessus proviennent de différents sites internet traitant d’architecture. La disposition des œuvres dans les galeries est également remarquable. Dans les longues galeries en forme de couloirs pouvant faire jusqu’à 100 mètres, on peut voir les peintures d’une manière séquentielle sans éléments venant perturber notre vision des œuvres. La forme courbée des murs donne en fait une vue d’ensemble des œuvres montrées dans l’espace d’exposition. On avance doucement, comme si on suivait un chemin, attiré par la lumière naturelle au fond du couloir correspondant à la partie surélevée du musée. La lumière varie alors que l’on descend progressivement vers les bas étages du musée. J’ai été plusieurs fois surpris par le volume des espaces qui sont par moment beaucoup plus importants que ce qu’on peut imaginer par rapport à la taille relativement limitée du musée vu de l’extérieur. Le musée fait en tout 3700 m2 de surface et les zones d’exposition couvrent environ 1800 m2 sur neuf galeries.

Sur la partie gauche: le Flyer de l’exposition The Artist’s Gaze. Past, Present, and Then … (作家口視線。 過去亡現在、そして•••) comportant les peintures et installations “Injection Devices” (2023) et “Idle Slumber” (1993-2012) par Kenichiro Ishiguro (石黒賢一郎). Sur la partie droite: de haut en bas et de gauche à droite, “Purple Tears” (2022) et “Praying Beneath a Tree” (2021) par Lo Chan Peng, “Still Life with Lemon” par Fumihiko Gomi (五味文彦), un portrait nu par Nobuyuki Shimamura (島村信之), Shaft Tower par Kenichiro Ishiguro, “The Sacred – Ⅳ” par Hiroshi Noda (野田弘志) et un portrait par Kenichiro Ishiguro.

L’exposition du moment s’intitule The Artist’s Gaze. Past, Present, and Then … (作家口視線。 過去亡現在、そして•••) et se déroule du 23 Mai au 11 Novembre 2024, mais elle se mélange avec la collection permanente. Pour les nouveaux venus dont nous faisons partie, cette distinction entre collection permanente et temporaire n’est en fait pas très importante car on découvre toutes ces œuvres comme un tout. Je suis relativement peu familier des œuvres ultra réalistes des artistes présentés dont les noms m’étaient inconnus jusqu’à maintenant: Kenichiro Ishiguro (石黒賢一郎), Nobuyuki Shimamura (島村信之), Fumihiko Gomi (五味文彦), Hiroshi Noda (野田弘志), entre beaucoup d’autres. J’ai tout de suite été impressionné par la qualité visuelle méticuleuse des natures mortes de Fumihiko Gomi qui touche à un réalisme photographique. Il en est de même des nombreux portraits. Ce qui est intéressant sur les portraits est que l’artiste n’essaie pas de gommer les imperfections comme ça pourrait être le cas en photographie, ce qui fait que ces portraits s’éloignent d’une beauté universelle pour s’approcher de notre réalité. Ces portraits ultra-réalistes en deviennent parfois plus réels que des photographies. Ces peintures prennent des mois à être réalisées, ce qui laisse beaucoup de temps à l’artiste devant sa toile pour non seulement travailler chaque détails mais également pour mûrir sa vision et sa conception des choses. On imagine ce travail et ce temps long passé seul devant une œuvre, mais on a un peu de mal à l’appréhender dans notre époque de l’immédiateté où n’importe quelle intelligence artificielle permet de créer des nouveaux portraits réalistes en quelques secondes. En regardant les œuvres exposées au musée Hoki, on apprécie à la fois la beauté et l’émotion de ce que l’on voit et la dedication sans limites de l’artiste à son œuvre. Cette beauté là n’a pas de prix et est très précieuse à notre époque.

Après notre longue visite du musée, serpentant de galeries en galeries, nous remontons finalement vers l’extérieur pour faire un dernier tour complet du bâtiment avant de reprendre la route. On peut constater que les surfaces arrondies de béton sans ouverture font face aux résidences du quartier pour éviter les vis-à-vis, tandis que les vitrages sont orientés vers la forêt toute proche. Cette forêt est immense et c’est le plus grand parc de la préfecture de Chiba. Nous tentons bien de la traverser en voiture mais nous sommes contraint d’abandonner en cours de route car il nous faut bientôt rentrer.

the streets #8

La couleur jaune domine sur un grand nombre de photographies de ce billet, jusqu’à FKA Twigs que j’aperçois avec surprise sur une affiche publicitaire d’Ura-Harajuku. La coïncidence est intéressant car cette photographie date de la semaine où j’ai découvert son nouveau single Eusexua, que je ne me lasse pas de réécouter en attendant son prochain album qui ne sortira qu’en Janvier 2025. J’espère qu’elle aura la bonne idée de sortir quelques titres avant son album. L’autre couleur jaune provient de la Vella Serena conçue en 1971 par l’architecte Junzo Sakakura (坂倉準三). J’aime beaucoup la manière par laquelle cette couleur vient s’intercaler entre les blocs de l’immeuble, marquant comme une découpe claire et nette. Sur les deux premières photographies, j’avais envie de combiner les formes géométriques de l’architecture de béton de l’église protestante d’Harajuku conçue par Ciel Rouge Création avec l’imprévisibilité des formes organiques d’un vieux cerisier planté pas très loin de là dans le grand cimetière d’Aoyama. Et le papillon vient faire le lien entre tout cela. On le verra dans d’autres billets car mon appareil photo est en ce moment attiré par les papillons et les libellules.

L’album Occult de l’artiste tokyoïte Moe Wakabayashi (若林萌), sorti en Avril 2024, est une très belle surprise. J’ai d’abord découvert le single No Disk qui conclut l’album et j’ai très vite été attiré par l’ambiance néo city pop qui s’en dégage. Je n’ai pas d’attirance particulière pour la city pop, à part certains morceaux et certains albums dont j’ai déjà parlé ici, mais les réinterpretations du genre par des jeunes artistes comme moë (son nom d’artiste) sont souvent intéressantes. J’ai tout de suite accroché à l’ambiance et à sa voix, qui m’ont amené vers un autre single Moon Child au refrain très accrocheur. On trouve dans ses compositions une sorte de romantisme désuet chanté avec une passion certaine qui ne laisse pas indifférent. Je me suis du coup rapidement dirigé vers les autres morceaux de l’album, notamment le morceau Occult qui démarre l’album, In love with Love, Left on Earth et beaucoup d’autres. moë fait tout elle-même, de la composition au chant en passant par la production et le design de son album. Elle envoie apparemment elle-même les CDs qui sont commandés sur sa boutique en ligne, mais on peut tout de même acheter sa musique en digital sur iTunes et Bandcamp.

Les nouvelles découvertes musicales ne manquent pas en ce moment avec beaucoup de jeunes groupes ou artistes que je ne connaissais pas, mais que je découvre grâce aux recommandations de YouTube. Je découvre récemment le groupe rock Aooo (アウー) fondé en 2023. Ce nom de groupe étrange correspond aux signes sanguins des quatre membres. Riko Ishino (石野理子) est au chant. Elle était auparavant idole dans un groupe appelé Idolrenaissance (アイドルネッサンス), puis chanteuse du groupe Akai Kōen (赤い公園) qui était en activité de 2018 à 2021, et qui m’est un peu plus familier. Le groupe se compose également de Surii (すりぃ) à la guitare, Hikaru Yamamoto (やまもとひかる) à la basse et Tsumiki (ツミキ) à la batterie. On compte beaucoup de jeunes groupes rock comme celui-ci au Japon, et ils n’arrivent pas toujours à tirer leur épingle du jeu. Je ne me suis pas encore trop attardé sur la discographie du groupe mais le single Salad Bowl (サラダボウル) que j’écoute en ce moment est en tout cas très convaincant.

Dans la série des très bons morceaux rock que j’écoute en ce moment, il y a également celui intitulé Alone (ー、人) d’un autre jeune groupe, de quatre filles cette fois-ci, nommé Chakura (ちゃくら). Le groupe est originaire de Hachioji à l’Ouest de Tokyo et a été fondé en 2022 par Taruru Wakita (ワキタルル) qui joue de la basse et chante dans les chœurs. Les autres membres proviennent de la même école professionnelle, Sakura (サクラ) au chant et à la guitare, Mao (まお) à la guitare et Haya (葉弥) à la batterie et aux claviers. Le son rock est relativement simple mais très efficace et n’hésite pas à monter en intensité quand cela devient nécessaire. C’est souvent pour moi un critère d’appréciation, mais j’aime l’émotion et la passion qui se dégage de la voix de la chanteuse Sakura. Ce genre d’intensité rock me parle toujours beaucoup, surtout quand elle est bien exécutée.

sur les hauteurs du temple Kasamori Kannon

En regardant les quelques photographies prises lors de notre visite du temple Kasamori-ji (笠森寺), je me rends compte que celles-ci datent d’il y a plus de deux mois. Les mois passent sans que je le réalise et le mois d’Août paraît déjà bien loin. Le temple bouddhiste Kasamori-ji (ou Kasamori Kannon) est situé sur une colline au milieu d’un large espace de verdure près de la petite ville de Chōnan (長南町) dans la préfecture de Chiba. Il est dédié à la déesse Kannon. On dit que le temple a été fondé en l’an 784 par le moine Saichō (最澄), fondateur de la branche Tendai du bouddhisme japonais, qui y sculpta une statue de Kannon aux onze visages. Kasamori-ji fait partie des sites de pèlerinage du Bandō Sanjūsankasho (坂東三十三箇所), c’est à dire des 33 temples bouddhistes du Kanto dédiés à la déesse Kannon (Bandō étant l’actuel Kanto).

La particularité du temple Kasamori-ji est l’architecture de son hall principal appelé Kannon-dō (観音堂) construit en 1028 sur ordre de l’empereur Go-Ichijō. Il s’agit de l’unique exemple de temple construit dans le style architectural shihōkakezukuri (四方懸造). Le hall repose sur 61 grands pilotis de bois posé sur un immense rocher sur les quatre côtés de la structure. Le temple possédait autrefois d’autres dépendances qui ont été emportées par des incendies, mais le Kannon-dō a résisté et n’aurait subit que quelques réparations entre les années 1573 et 1596. Il est désigné comme bien culturel important du Japon et a été dessiné sur une estampe ukiyo-e par Hiroshige Utagawa (歌川広重) autour des années 1850. Le poète Matsuo Bashō (松尾芭蕉), qui vécu de 1644 à 1694, y séjourna et dédia au temple un de ses poèmes Haïku. Cet haïku pensé par Bashō est inscrit sur une pierre servant de monument en face de la porte du temple (五月雨にこの笠森をさしもぐさ).

La première remarque que nous avons eu en approchant et en gravissant les premières marches du hall de bois Kannon-dō est que cet édifice nous rappelle beaucoup le Aizu Sazaedō (会津さざえ堂) que nous avons visité en Avril 2023. On y retrouve cette même singularité architecturale sur un bâtiment bouddhiste historique en bois. Depuis les hauteurs du temple, la vue sur les montagnes boisées est dégagée. Le hall Kannon-dō est placé à 16 mètres de hauteur et son toit atteint 31 mètres. l’estampe Ukiyo-e d’Hiroshige donne l’impression que le hall est placé à des hauteurs extrêmes, voire irréelles, mais j’imagine qu’il a voulu représenter une impression de détachement du sol lorsqu’on est en haut de cette structure. L’atmosphère y est particulière, voire mystique, car on est comme perdu sans traces d’habitations tout autour, au milieu de l’immense forêt du parc naturel préfectoral, lui-même désigné comme monument naturel national depuis 1970. On peut entrer à l’intérieur du hall et en faire le tour par l’extérieur, mais il n’y a par contre pas de deuxième étage. A l’entrée du temple, sur la route piétonne en pente assez sombre car creusée dans le sol, on trouve en chemin un arbre étrange avec une ouverture dans son tronc. Si on se place correctement, on peut voir apparaître une statue de Kannon placée juste derrière l’arbre et éclairée de dos par des rayons de lumière traversant les branchages de la forêt.

Avant de prendre la route du retour, nous bifurquons vers un autre temple à proximité. Le temple Chōfukujuji (長福寿寺) a également été fondé par le moine Saichō quelques années plus tard en 798. Il a la particularité d’avoir deux éléphants en statue devant le hall principal du temple, et de porter chance aux jeux de hasard comme le Takarakuji. Nous sommes malheureusement arrivés quelques dizaines de minutes après sa fermeture et nous n’avons pu voir les fameux éléphants que de loin. Il y a tout de même une grande statue d’éléphant entièrement dorée à l’entrée. Je ne suis pas sûr que cette statue dorée un peu kitsch nous apportera une quelconque prospérité future, mais on lui touche quand même la trompe et les défenses au cas où.