one star

Je suis allé faire le curieux du côté de Naka-Meguro pour voir à quoi ressemble le nouveau Starbucks Reserve Roastery. Je ne suis pas particulièrement fan du café de Starbucks, mais le bâtiment de verre et de bois conçu par l’architecte Kengo Kuma a attisé ma curiosité. C’est un élégant bâtiment posé au bord de la rivière de Meguro, à une dizaine de minutes à pieds de la gare de Naka-Meguro, juste derrière le magasin de bric-à-brac Don Quichotte. Vu son emplacement, j’imagine qu’il sera plein à craquer au moment de la floraison des cerisiers au printemps, la rivière de Meguro étant devenu petit à petit un des spots privilégiés du hanami tokyoïte. Je ne m’imaginais pas qu’il y aurait tant de monde le samedi tôt le matin. Ce Starbucks géant et de luxe vient juste d’ouvrir ses portes, à la fin Février, et il faut attendre de 1h30 à 2h pour espérer y entrer. Il faut apparemment d’abord acheter un ticket d’entrée et ensuite attendre son tour. Je pense que ce système est mis en place pour éviter la cohue à l’intérieur, mais toujours est-il que je passerais mon tour cette fois-ci. Je me contente de regarder l’extérieur. Les baies vitrées sont géantes et la disposition des étages laissent de l’espace pour des terrasses à l’extérieur. Ce n’est certainement pas la création la plus originale de Kengo Kuma, mais l’ensemble est très élégant.

walking in a spiral: side C

Je marche parfois dans le quartier de Udagawachō à Shibuya pour vérifier si les graphismes muraux ont changé. Le superbe dessin de requin se confondant avec un avion de chasse, sur le premier billet de cette série (side A) était nouveau. Du moins, je ne l’avais pas vu à cet endroit auparavant. La grande fresque cachée à l’arrière des buildings avec, entre autres, des représentations de cochons au format cartoon, n’a par contre pas changé. Les graphismes de rues sont en général éphémères, mais cette grande fresque murale reste inchangée depuis longtemps. Je jette toujours un œil rapide dans l’escalier intérieur du vieux building où se trouve le dessin du requin-avion de chasse. Les murs de la cage d’escalier sont entièrement recouverts d’illustrations, notamment des étranges personnages extraterrestres aux couleurs verdâtres. Il s’agit de l’entrée d’un bar avec programmation musicale, au sous-sol, au nom de JUMP Life is Game.

Une énorme structure métallique a fait subitement son apparition au dessus de la rue séparant le parc Miyashita. La structure, par sa grandeur, ressemble à une porte ouvrant l’accès depuis l’avenue Meiji vers le centre bouillonnant de Shibuya. Il s’agit en fait d’un passage pédestre qui semble être construit sur plusieurs étages. C’est un des éléments du re-développement du parc Miyashita démarré en 2017 et qui devrait s’achever en Août 2019. Ce parc avait la particularité d’être aérien depuis sa construction en 1966, c’est à dire que c’était un parc construit à l’étage au dessus d’un parking couvert. C’est un parc étroit et tout en longueur, placé le long de la ligne de train Yamanote. Il avait été complètement repensé par l’Atelier Bow Wow, il y a quelques années, pour le transformer en espace d’activités sportives, avec notamment un terrain de skateboard et un mur d’escalade. Ça n’avait pas suffit à mon avis à rendre l’endroit accueillant et agréable. Il est actuellement complètement détruit et en court de reconstruction. Un hôtel a été placé à un des bouts du parc, en direction de Harajuku. Les dessins du nouveau parc sont assez prometteurs, avec beaucoup de verdure. Il semble maintenir son élévation et les zones sportives pour skateboard, futsal et escalade. Des fines arches avec des plantes sont également prévues, si on en croît les dessins du projet.

Je repasse ensuite devant le Sankyo New Headquarter Building par l’architecte Tadasu Oe (Plantec), située au niveau de la sortie Sud de la gare de Shibuya. Je l’ai pris plusieurs fois en photo et je passe régulièrement devant. Le design est très original, ressemblant à un bloc surélevé mis en cage dans une structure métallique. Je marche souvent dans ce quartier en ce moment pendant que Zoa est à son cours de danse. En l’attendant, j’ai environ une heure et demi à moi pour parcourir les environs, que je finis d’ailleurs par un peu trop bien connaître. Parce qu’ils sont relativement rares dans une semaine, j’apprécie ces quelques moments solitaires, à marcher avec un objectif en tête et en écoutant la musique du moment. J’écoute cette fois-ci quelques morceaux piochés par-ci par là, sans forcément écouter l’album entier. C’est le cas du morceau Traumerei (トロイメライ) de YUKI sur son dernier album forme. J’aime beaucoup ce morceau et surtout sa voix et sa manière de chanter. Ce que j’aime particulièrement dans sa manière de chanter, c’est que sa voix est une peu particulière et a tendance à devenir un peu poussive dans les refrains mais juste ce qu’il faut. Je n’aime en général qu’un ou deux morceaux de ses albums, les trois premiers morceaux Chime, Traumerei et Yatara to Synchronicity (やたらとシンクロニシティ) sur forme, ou par exemple Joy et surtout Daredemo Lonely (誰でもロンリー) sur les albums précédents de 2005 et 2014 respectivement. J’ai tout de même envie de chercher d’autres morceaux qui m’intéressent. Je ne connais pas trop les morceaux du groupe Judy and Mary où elle chantait auparavant, mais le style m’attire moins à priori. Dans un genre un peu différent, j’écoute aussi beaucoup le morceau Romance par Hina Ota 太田ひな sur son album Between the sheets. Je n’ai pas écouté le reste de l’album mais ce morceau en particulier est vraiment magnifique.

Le long des rues de Kawagoe

En vingt ans de vie à Tokyo, je n’étais jamais allé à Kawagoe, petite ville de Saitama pourtant proche du centre de Tokyo. On peut s’y rendre en train bien sûr, mais nous y sommes allés en voiture en empruntant l’autoroute, depuis les méandres de la voie express intra-muros Shutoko de Tokyo jusqu’à l’entrée de Kawagoe. L’accès au centre de Kawagoe est assez pratique car on peut stationner sur un parking gratuit à 10 minutes et quelques du centre ville. On appelle Kawagoe la petite Edo (Koedo), car elle a conservé de cette période un certain nombre de maisons sur une rue rectiligne et quelques quartiers autour. Ces anciennes maisons aux toits massifs sont sombres d’apparence. On les appelle Kurazukuri. A part quelques maisons plus récentes par-ci par-là, apparaissant comme des anomalies dans le paysage, la quasi totalité de cette rue a conservé son aspect d’origine. C’est dommage que ce quartier de la ville ne soit pas piéton car la circulation des voitures et des bus sur la rue est assez dense. J’imagine que les rejets d’échappement des voitures ne doivent pas être très bon pour la conservation de ces anciennes maisons. Les vieux bâtiments sont toujours en activité et ont gardé pour la plupart leur caché d’époque. On y trouve des restaurants, des cafés, des pâtisseries japonaises, des magasins d‘ articles traditionnels, des antiquités, des vendeurs de couteaux japonais, ou des babioles plus touristiques. Les touristes sont d’ailleurs assez nombreux dans le quartier, malheureusement allais-je dire car on se bouscule un peu à certains endroits, comme à Kashiya Yokocho, le quartier des confiseurs et près de l’ancienne pendule Toki no Kane, le symbole de Kawagoe. On a assez vite fait le tour de la ville ancienne.

Tout en se demandant par quelle magie ce quartier de Kawagoe a pu rester aussi bien conservé, nous marchons ensuite vers le château de Kawagoe, enfin ce qu’il en reste. A l’emplacement de l’ancien château, on peut visiter le palais Honmaru Goten datant de 1848. Il s’agit de la plus ancienne construction de Kawagoe. Les origines du château du domaine féodal de Kawagoe remonte à l’année 1457, mais il a été largement étendu en 1639 par le seigneur féodal Nobutsuna Matsudaira, un des leaders du shogunat Tokugawa (cette affiliation aux Tokugawa explique certainement l’importance accordée à la conservation des lieux de cette ville au fur et à mesure des années). A l’époque de la restauration de Meiji qui voit le renversement du shogunat Tokugawa, Honmaru Goten fut détruit. On peut visiter aujourd’hui une partie de ce qui a été reconstruit en 1848 par Naritsune Matsudaira. C’est un vaste bâtiment aux décorations simples, avec quelques dessins sur des portes de cèdre et une multitude de portes coulissantes découpant l’espace de tatamis qui ressemble par endroits à un labyrinthe. Le jardin entourant le palais est vaste mais pas spécialement très travaillé. Pendant notre visite, deux chats jouaient à cache-cache dans le jardin. On les suit du regard pendant notre visite. Toutes les portes coulissantes donnant sur le jardin sont ouvertes. Comme on doit se déplacer sans chaussures sur le bois des couloirs du palais, on a un peu de mal à résister à la froideur des lieux sous nos pieds.Nous ne rentrons pas trop tard par peur des bouchons sur l’autoroute du retour, sachant qu’il s’agissait d’un week-end de trois jours. Il nous aura fallu un peu moins d’une heure pour regagner le centre de Tokyo.

au musée d’Art de Yokosuka

Le week-end de trois jours était riche en mouvement car nous sommes allés à Yokosuka le dimanche et à Kawagoe le lundi férié. C’est assez rare d’avoir des journées du week-end non occupées par les activités du petit. On en a donc profité pour sortir un peu de Tokyo en voiture. La neige tombée le samedi a vite disparu dans la journée et s’est fait très vite oublier dès le dimanche. On l’attendait de retour le lundi mais elle s’est fait plutôt rare sur Tokyo.

Le dimanche, nous partons en fin d’après-midi vers Yokosuka, ville portuaire de la péninsule de Miura au delà de Yokohama, dont le nom est souvent associée à la base militaire américaine qui y est installée. Ce n’était pas le but de notre déplacement, car nous allions plutôt visiter le Yokosuka Museum of Art, se situant à l’une des pointes de la péninsule en dehors de la ville, dans le parc Kannonzaki. Il est assez facile d’accès depuis Tokyo car l’autoroute nous amène tout près du musée en un peu plus d’une heure. L’exposition du moment montrait une collection d’affiches de films créés par l’artiste japonais Hisamitsu Noguchi. Il s’agit principalement d’affiches de films étrangers, beaucoup de films des années 30, 40 ou 50 notamment français comme Jeux Interdits, Pépé le Moko ou Les 400 coups. Noguchi créait en fait les versions localisées en japonais de ces affiches de films occidentaux. A vrai dire, nous n’avons pas fait le déplacement à Yokosuka pour voir cette exposition en particulier, mais plutôt pour voir l’océan pacifique d’un peu plus près et surtout, en ce qui me concerne, pour découvrir le bâtiment du musée dessiné par l’architecte japonais Riken Yamamoto en 2007. Ce complexe de verre et de béton est superbe dans son design et sa construction. Il est composé pour sa partie principale d’un bloc blanc arrondi au niveau des arêtes et percé de nombreuses ouvertures arrondies. Ces ouvertures rondes semblent être creusées de manière aléatoire pour la plupart d’entre elles, mais certaines sont fonctionnellement placées en ouverture principale du musée ou en passage d’accès vers la terrasse du toit, accessible à travers un escalier en colimaçon. L’espace intérieur est dominé par la blancheur qui offre un contraste fort avec les œuvres d’art présentées, notamment les sculptures et installations. On ne pouvait malheureusement pas prendre en photo les œuvres contemporaines de la collection permanente du musée. Le bloc arrondi blanc composant l’essentiel du musée est lui-même enfermé dans un caisson de verre légèrement teinté. Il y a quelques dépendances de béton autour du musée auxquelles on accède par une allée extérieure. Nous avons déjeuné dans le restaurant au rez-de-chaussée du musée donnant une très belle vue sur l’océan. On regarde les énormes tankers entrer et sortir de la baie de Tokyo, tout en dégustant une cuisine italienne composée de produits de la mer. Le problème est que le musée est à l’écart de la ville et qu’il y a assez peu de restaurants autour. Il aura fallu attendre jusqu’à 14h45 pour pouvoir déjeuner, vue la file d’attente. Nous avons visité l’exposition des affiches de Noguchi pendant ce temps là. Les expositions temporaires du musée sont montrées dans trois galeries d’exposition au rez-de-chaussée au centre du bloc blanc aux bords arrondis, tandis que la collection permanente se trouve au premier sous-sol dans un espace périphérique ouvert jusqu’au plafond du bloc. Depuis l’entrée ronde du musée, on traverse par une mince passerelle cet espace ouvert du sous-sol au plafond, comme si on traversait une fosse. Depuis la fosse au sous-sol, l’espace blanc est magnifique. On ne peut malheureusement pas prendre de photos depuis le sous-sol où se trouve la collection permanente. C’est bien dommage, car j’aurais vraiment voulu garder en mémoire numérique ce sentiment d’espace blanc et pur. Au deuxième étage (japonais) du musée, on trouve une bibliothèque et un espace carré en escalier avec quelque chaises. Je me suis d’abord demandé à quoi correspondait cet espace, mais je me suis vite rendu compte qu’il s’agissait en fait d’une salle de projection. Je n’ai pas pu vérifier mais je pense que le mur blanc immaculé en face sert d’écran de projection. Cette utilisation de l’espace est bien pensée. A travers l’escalier en colimaçon, on peut monter sur le toit du musée. Ce toit n’est pas posé à même le bloc blanc, mais surélevé par une multitude de tiges d’acier peintes en blanc refermant le caisson de verre. Ce toit est également composé de carrés de verre. Une grille d’acier tout en courbe est placée au dessus pour permettre aux visiteurs de se promener et de voir l’océan au loin. Comme le musée est un peu excentré, il y a assez peu de monde, ce qui rend ce lieu tranquille et agréable. C’est une belle découverte pour les amoureux d’architecture.

Je ne connaissais pas cette partie de la péninsule de Miura du côté de la baie de Tokyo. Depuis Ōfuna, nous allons souvent jusqu’à Hayama, également sur la péninsule de Miura mais du côté Shonan. Je ne m’étais jamais rendu compte que Hayama était relativement proche de Yokosuka. Sur le chemin du retour vers Tokyo, nous traversons d’abord la ville de Yokosuka en recherchant distraitement où se trouve l’entrée de la base américaine. À certains égards, Yokosuka me rappelle un peu Okinawa où l’on trouve également des bases américaines. On constate la même concentration de restaurants, bars ou magasins anglicisés à l’approche de l’entrée de la base. Alors que nous étions arrivés à Yokosuka par les terres en passant près de Yokohama, nous empruntons une autre autoroute pour rentrer vers Tokyo. Nous passons par la Yoko Yoko Road, une vaste autoroute à trois voies reliant les deux Yoko (Yokosuka et Yokohama) et qui se transforme ensuite en l’autoroute métropolitaine Bayshore Route. Cette autoroute est assez grandiose, car elle passe par le grand pont Yokohama Bay Bridge et vient ensuite sauter d’île artificielle en île artificielle jusqu’à l’aéroport de Haneda. Cette autoroute est techniquement placée au dessus de l’océan car elle se trouve au plus près de la côte sur des zones de polders gagnées sur la mer. Lorsque l’on se trouve au milieu du Yokohama Bay Bridge, la hauteur et la vue sur les lumières de Yokohama sont impressionnantes. Avant Haneda, nous traversons des zones portuaires et des zones industrielles où se trouvent notamment des raffineries que l’on avait pu voir il y a quelques années en bateau depuis Yokohama. Les hautes cheminées crachant leur fumée dans la nuit à côté des monstres mécaniques des raffineries plantent un decor de science fiction quasi apocalyptique. Depuis Haneda, nous rentrons dans le centre de Tokyo en passant par le Rainbow Bridge, le deuxième étage du pont où passe l’autoroute. Nous sommes là encore très haut sur la baie et la vue sur la barrière lumineuse de buildings de Tokyo est imprenable. Comme je conduis, je ne peux malheureusement apprécier cette vue que furtivement. Un jour peut être, j’installerais une petite caméra pour capturer en images les voyages au dessus de Tokyo, dans les hauteurs des voies express surélevées. Le lendemain, nous reprenons la route mais dans la direction opposée, vers Saitama. Ça sera l’objet d’un prochain billet.

why everything…

En marchant dans les rues de Daikanyama et Naka-Meguro, je redécouvre le petit bâtiment tout en distorsion, Natural Stick Ⅱ par EDH Endoh…

En écoutant le superbe album de rock indé aux accents pop de Deerhunter, Why hasn’t everything already disappeared?…