お化けが見えないけど (2)

Un des regrets de ma petite traversée du quartier de Yanaka est qu’il n’y avait pas un chat. Le quartier est réputé pour les chats qui y vivent et dorment, dans les temples ou les cimetières mais ils se sont tous cachés à mon passage. Outre les temples, je voulais absolument voir le gigantesque cèdre d’Himalaya que je montre sur la première photographie du billet. Je ne pense pas avoir réussi à vraiment montrer sur cette photo l’immensité du tronc et des branchages, mais il apparaît en tout cas comme une présence symbolique dans le quartier. On dit qu’il a été planté il y a 90 ans par le propriétaire de la petite échoppe placée juste derrière. Cet arbre a failli être coupé il y a plusieurs années, ce qui peut paraître incroyable, mais les actions d’un comité local du quartier ont permis de le protéger. Il se situe à l’embranchement de deux rues et est entouré de plusieurs temples, notamment Enjuji Nikkadō, datant de 1656, dédié à la protection des marcheurs et promeneurs. En passant devant ce temple, je me souhaite à moi-même de pouvoir continuer encore longtemps à marcher dans les rues de Tokyo. Mon étape suivante est le temple Daienji, situé de l’autre côté de Yanaka, en direction de la rue marchande Yanaka Ginza. En route, je m’aventure volontairement au hasard des allées et je regrette un peu d’avoir pris l’automatisme de regarder Google Maps sur mon smartphone lorsque j’ai l’impression d’avoir perdu mon chemin. J’aurais aimé prendre un peu plus mon temps, mais la matinée passe trop vite lorsque l’on marche dans ces rues. De retour à la maison, je lirais que ce temple Daienji est réputé pour une pierre gravée racontant l’histoire de Kasamori Osen (笠森お仙) qui était une belle jeune femme travaillant dans une maison de thé appelée Kagiya se trouvant à proximité du temple. Elle a été représentée sur des impressions Ukyo-e par plusieurs artistes de l’époque Edo, notamment Suzuki Harunobu (鈴木春信) qui était un artiste renommé dans les années 1760s. Elle était apparemment désignée comme une des trois plus belles femmes d’Edo et sera même le personnage d’une pièce kabuki. Elle disparaîtra soudainement de la maison de thé et du public, après son mariage et vivra une vie recluse.

Le compte Twitter de l’Ambassade du Japon en France donne un lien vers une série d’émissions de courtes durées sur Arte intitulée Tokyo Paranormal, pour que les frissons nous rafraîchissent un peu pendant l’été. Je suis tout de suite intrigué car l’image utilisée en présentation montre le visage de Sari du groupe Necronomidol. Elle a déjà quitté le groupe donc j’imagine que cette série date d’il y a quelques années. La série se compose de dix épisodes courts, de 5 ou 6 minutes, qui se regardent donc les uns à la suite des autres sans qu’on s’en rende compte. On y aborde les légendes urbaines, les esprits représentés dans les Manga comme ceux de Kazuo Umezu (le Mangaka vivant dans une maison bariolée de rouge et de blanc près du parc Inokashira), dans le kabuki, le butō, l’estampe… Ces reportages donnent une part assez importante au paranormal représenté au cinéma dans des films de la toute fin des années 90 et début des années 2000 comme Ring de Hideo Nakata ou Ju-on de Takashi Shimizu. On y voit également une scène du film Audition de Takashi Miike, qui m’a fait froid dans le dos en la revoyant pendant quelques secondes. De ces trois films, je n’ai pas vu Ju-on et j’hésite encore à le regarder maintenant, alors qu’une série appelée Ju-on: Origins vient de sortir sur Netflix. Un des épisodes aborde le sujet de la tristement fameuse forêt Aokigahara, au pied du Mont Fuji dans la préfecture de Yamanashi. Necronomidol intervient dans cet épisode car la vidéo de Psychopomp sur l’album VOIDHYMN y a été tournée, et également car l’image du groupe correspond bien à l’esprit de ce documentaire. Le seul point qui me gêne dans l’ensemble de la série est qu’on n’arrive pas à bien cerner si elle se positionne dans le registre du documentaire ou de la fiction. La voix du narrateur essaie de nous faire croire que Tokyo est une ville peuplée d’esprits et de fantômes, qui se cacheraient à tous les coins de rues. L’aspect documentaire de la quasi totalité des épisodes de la série nous laisserait penser que les commentaires en voix Off du narrateur sont aussi représentatifs d’une réalité. Quelque part, ce type de documentaire construit de nouvelles légendes à partir de légendes existantes. En écrivant ces lignes, je me rends compte que je fais exactement la même chose avec les billets de ce blog qui passent d’un aspect quasiment documentaire sur certains textes et images à des fantaisies irréelles volontaires. Pourtant, c’est plus intéressant de montrer Tokyo par des images irréelles, dans la mesure où elles se basent sur une certaine réalité. Il faut seulement éviter de tomber dans le piège de donner l’impression qu’il s’agit d’une généralité. Je ne pense pas que ça soit le cas de cette série sur Arte, mais, lorsqu’on habite ici, notre esprit est formé à penser que toutes images données de Tokyo et du Japon par des médias étrangers ne peuvent qu’être une tentative à donner une image définitive et généralisante de ce qu’est la totalité de ce pays.

J’avais justement en tête depuis quelques semaines de parler ici du nouveau morceau de Necronomidol, intitulé TUPILAQ, sorti au début du mois de Juin cette année. Ce morceau naît après quelques turbulences dans le groupe car plusieurs membres l’ont quitté soudainement dont Risaki Kakizaki. Depuis le départ de Sari, qui était avec son visage maquillé une figure immédiatement reconnaissable du groupe, j’ai l’impression que le groupe a eu du mal à se trouver un équilibre. Du groupe actuel composé de 4 membres, je ne connais que Himari Tsukishiro qui est une des rescapées de la formation et en deviendrait même le symbole. J’imagine d’ailleurs que la pochette dessinée par l’illustrateur Ichiba Daisuke est inspirée par l’image d’Himari. Ce n’est qu’une supposition car je ne connais pas du tout l’univers d’Ichiba Daisuke, dont je n’ouvre volontairement pas la porte (pour l’instant). Enfin, l’image de la pochette donne une bonne idée de ce qu’on peut y entrevoir. Je suis très agréablement surpris par la qualité de ce nouveau morceau TUPILAQ, qui démarre comme si on descendait dans les bas fonds jusqu’à ce que la puissance des guitares et de la batterie prennent le relais. Le morceau est très solide tout comme les voix qui ne perdent pas le dessus sur les guitares pourtant très présentes. Le groupe semble désormais plus mûr dans son chant groupé, et c’est peut être dû à cette nouvelle composition. Musicalement, l’esprit métal est toujours très présent. Je ne suis pas adepte du métal mais j’aime quand ce son là vient contraster avec les voix féminines du groupe. Sari, de son côté, a continué son chemin musical loin des noirceurs gothiques, en se tournant plutôt vers les sons électroniques. Elle a sorti un EP au mois de Mars et un autre morceau en Mai 2020, sari no shitaku, que j’écoute très régulièrement. La musique faite de sursauts est composée par Kei Toriki, nom que j’avais déjà vu associé au groupe Ray si mes souvenirs sont bons. Le morceau est intéressant car il n’a pas vraiment de refrain et se compose d’une progression continue. Ces deux morceaux sont disponibles sur Bandcamp, qui devient petit à petit une des meilleures plateformes musicales, à mon avis.

what was the last thing you said

Certaines revues du film « Simon Werner a disparu », le film de Fabrice Gobert dont je parlais dans un précédent billet, mentionnent les influences possibles du film américain Elephant de Gus Van Sant sorti quelques années auparavant en 2003. J’y vois assez peu de ressemblances si ce n’est le fait que l’histoire se passe en grande partie dans un lycée et qu’elle est narrée sous plusieurs points de vues. Je regarde du coup une nouvelle fois Elephant, que je n’avais pas revu depuis longtemps. Le titre fait référence à l’expression « un éléphant dans la pièce », « elephant in the room » en anglais, qui veut signifier qu’un événement est tellement gros et latent qu’on ne l’aperçoit même pas. Il s’agit dans le film de la tragédie du lycée de Colombine en Avril 1999 dans une ville du Colorado. Le film ne donne pas d’explications sur ce terrible événement. Les personnages à l’écran sont souvent filmer de dos et on passe notre temps à les suivre, en silence car le film contient peu de musique, d’une manière un peu détachée comme des fantômes. Le manque de musique accompagnant les scènes contribue d’ailleurs à rendre ces scènes pesantes. Il n’y a que cette scène au piano où un des lycéens joue La lettre à Élise de Beethoven et où on voit l’éléphant dessiné dans la pièce, juste avant que la tragédie ne démarre. J’avais oublié que ce film avait été récompensé à Cannes. Je devrais peut être revoir Last Days du même réalisateur qui s’inspirait de l’histoire de Kurt Cobain et que je n’avais malheureusement pas vraiment apprécié à l’époque.

when was the last time you disappeared

Sonic Youth publie soudainement sur Bandcamp leurs disques expérimentaux du label SYR (Sonic Youth Recordings) en version CD et notamment le neuvième volume SYR9 qui se trouve être la bande originale du film Simon Werner a disparu de Fabrice Gobert, sorti en 2010, que je me décide à revoir encore. J’aime beaucoup cette histoire de disparition vue sous plusieurs perspectives par des lycéens de terminale. L’histoire se passe en 1992 et cette ambiance de lycée m’est familière sauf que j’étais quelques années plus jeune par rapport aux lycéens de l’histoire. Le réalisateur du film avait également 18 ans en 1992 comme les personnages de son film et peut être écoutait-il Sonic Youth à cette époque, comme c’était le cas pour moi. La musique de Sonic Youth s’accorde bien avec le mystère et l’angoisse montante du film. Le groupe a composé cette bande originale dans leur studio de Hoboken à New York après avoir vu les rushs du film. SYR9 est complètement instrumental et à part quelques intrusions de piano sur certains morceaux, on retrouve le son de Sonic Youth que l’on reconnaitrait même les oreilles bouchées. Il y a en fait quelque chose de très beau et sensible dans ces partitions de guitares qui ne haussent pas la voix. On n’y trouve pas de furies de guitares ni les voix de Kim Gordon, Thurston Moore ou Lee Ranaldo. Le film en lui-même contient quelques autres morceaux comme Schizophrenia sur l’album Sister, le morceau Love Like Blood de Killing Joke que l’on entend à plusieurs reprises lors d’une fête étudiante.

回り続けて

Si je ne devais conserver que deux photographies sur ce billet, je garderais la deuxième et la troisième car elles s’accordent bien ensemble, bien qu’elles ne soient pas du tout prises au même endroit. Mais je ne peux m’empêcher d’y ajouter d’autres choses, car un billet de cinq ou six photographies me semble être un bon équilibre. C’est aussi parce que j’écris mes billets en fonction des photographies que j’ai à montrer et non l’inverse, et j’ai beaucoup de photographies qui me restent à montrer. J’ai une quinzaine de billets composés de cinq ou six photographies chacun en attente d’écriture. C’est une situation assez rare et qui m’interpelle d’ailleurs un peu. Est ce que je prends trop de photos de tout et de rien? Même si je connais un endroit par cœur pour l’avoir emprunté maintes fois, j’y trouve souvent un nouvel intérêt photographique qui me pousse à prendre une photo. Le renouvellement urbain continuel de Tokyo aide certainement à maintenir cette inspiration. Je prends bien plusieurs fois la même photographie comme cette rue agrémentée de petits triangles de couleur, ou la fermeture éclair qui tourne en rond sans s’arrêter comme la ligne Yamanote dessinée sur le long mur du tunnel dessous le musée NACT à Nogizaka. Le tunnel de métal de la dernière photographie n’en est pas non plus à sa première apparition ici. La question de la sélectivité des photographies se pose aussi. Ce que je montre sur le blog correspond à environ 20% de ce que je prends en photo lors d’une marche urbaine. Peut être devrais-je être plus sélectif et ne montrer qu’une seule ou deux photographies plutôt que six par billet. L’impact final serait peut être le même ou serait peut être même renforcé. Une fleur saturant ses couleurs jaunes contre un mur de béton en nuances de gris, cela représente plutôt bien ce que j’aime dans cette ville.

En écrivant le billet précédent sur House A de Ryue Nishizawa, j’écoutais en boucle l’album Lavender Edition de Ai Aso. La sérénité qui se dégage des morceaux de cet album me semblait parfaitement convenir à l’ambiance que j’imaginais à l’intérieur de House A. Elle chante doucement, en chuchotant presque, en plusieurs langues (allemand, anglais, japonais) sur une partition acoustique folk. L’électricité apparaît également sur certains morceaux mais reste maîtrisé car c’est la voix de Ai Aso qui prédomine, mais sans forcer le trait. Plusieurs morceaux se ressemblent ou se répondent plutôt les uns aux autres, et construisent cette ambiance intime qui évolue doucement, en prenant son temps. L’ambiance musicale de Lavender Edition me rappelle celle de l’album Ruins de Grouper. En regardant des photos d’architecture, les miennes ou celles que l’on peut voir de l’intérieur des maisons individuelles dans les magazines d’architecture, je me pose souvent la question du style de musique qu’on y écoute. Quelle musique conviendrait à la rudesse du béton de Tadao Ando lorsqu’il se trouve en contact avec les couleurs vertes denses du jardin que l’on aperçoit à travers les ouvertures? Quel morceau de musique conviendrait le mieux à l’architecture aux apparences légères et fragiles de Ryue Nishizawa? Dans House A, on doit certainement y écouter une musique apaisante, comme celle de Ai Aso, qui s’harmonise avec les lumières naissantes du matin ou mourantes du soir. Je découvre Lavender Edition en entier sur YouTube et je n’ai malheureusement pas trouvé de version téléchargeable sur iTunes ou Bandcamp, ce qui est bien dommage. L’album, datant de 2004, n’est pourtant pas si ancien que cela.

Je découvre en fait cette artiste, dont je n’avais jamais entendu parler auparavant, sur le forum Discord dédié à Sheena Ringo et Tokyo Jihen. Le style musical de Ai Aso n’a absolument rien de similaire avec celui de Sheena Ringo, mais ce forum Discord possède une section à part où les membres mentionnent de temps en temps leurs découvertes musicales. Je ne vais d’ailleurs sur cette page qu’assez rarement sans y participer activement, car l’attitude de certains membres y est tellement critique envers Sheena Ringo qu’on se demande même pour quelle raison ils peuvent bien participer à ce forum. Au final, on y parle plus d’autres artistes (et beaucoup trop de Seiko Ōmori à mon humble avis) que de Sheena Ringo ou Tokyo Jihen. Beaucoup de fans ont fait un blocage sur la période Kalk Samen Kuri no Hana et disqualifie tout ce qui est sorti après. Mais l’intérêt de ce forum est d’y découvrir de temps à autres de belles choses comme cet album de Ai Aso.

C’était une belle surprise que de découvrir la disponibilité de la série de courts métrages Tokyo! (2008) en visionnage gratuit sur le site Trois Couleurs en association avec mk2. Chaque semaine, une sélection de film est proposée gratuitement en streaming dans un épisode sous le nom mk2 Curiosity. L’épisode 12 contient le film Tokyo! ainsi que d’autres documentaires notamment d’Agnes Varda sur les Black Panthers. Je n’ai pas l’impression que l’on puisse regarder les épisodes précédents, ce qui voudrait dire que le film n’est disponible en streaming que pendant une petite semaine. Ça faisait longtemps que je voulais voir ces courts métrages. J’étais notamment intrigué par la présence du capsule hôtel Nakagin de Kisho Kurokawa sur l’affiche du film. Chacun des trois courts métrages d’une trentaine de minutes est dirigé par un réalisateur différent dont deux français Michel Gondry et Leos Carax, ainsi que le coréen Bong Joon-Ho qui s’est fait connaître et reconnaître internationalement avec son dernier film Parasite (2019). Ces courts métrages sont indépendants dans le sens où il n’y aucun lien entre les histoires qu’ils racontent. Les seuls points communs sont l’unité de lieu, la ville de Tokyo, ainsi qu’une bonne dose de surréalisme et de poésie urbaine. Les situations et les personnages des histoires qu’on nous y raconte basculent plus ou moins rapidement dans des situations irréelles. Le court métrage de Michel Gondry s’intitule Interior Design et doit être mon préféré des trois. Un jeune couple, Hiroko et Akira, débarque dans Tokyo pour y trouver du travail, lui veut être réalisateur de film, elle est plutôt indécise sur son avenir. Ils logent dans le petit appartement d’une amie d’enfance, Akemi, tout en cherchant une location. Ils visiteront une des capsules du Nakagin qui ne retiendra pas vraiment leur attention. Petit à petit, une distance se forme dans le jeune couple et Hiroko finit par se perdre dans cette nouvelle vie. C’est à partir de là que l’irréel prend le dessus. Leos Carax intitule son court-métrage Merde, le nom du personnage principal joué par son acteur fétiche Denis Lavant. C’est un personnage étrange sortant des égouts de Tokyo et venant hanté les rues et y créer le désordre. Son langage et ses gestes sont étranges et imprévisibles. Une partie du film montre son procès médiatisé après sa capture. Le court-métrage est tellement étrange q’on y reste accroché pour essayer de comprendre la finalité de cette histoire, mais j’ai personnellement un peu de mal à apprécier l’esthétique générale et le sens de cette histoire m’échappe un peu. Le dernier court-métrage Shaking Tokyo est réalisé par Bong Joon-Ho. L’histoire se concentre sur la vie d’un hikikomori, une personne qui reste chez-soi et ne sort absolument jamais. Ce personnage qui n’est jamais sorti depuis 10 ans est interprété par Teruyuki Kagawa. Toutes les semaines, il commande une pizza et une des livreuses, interprétée par Yu Aoi va bouleverser sa vie. Leur rencontre provoque un tremblement de terre et il se rendra ensuite compte que cette fille n’est pas tout à fait normale. Il y a, ici encore comme dans l’ensemble de cette oeuvre, une poésie urbaine qui me plait beaucoup.

快感

Cette série de photographies a été prise dans la continuité des billets précédents. Je pense même qu’elles ont été prises pendant la même journée ensoleillée de la fin du mois de Février. Je pensais que le fait de moins sortir le week-end allait me laisser plus de temps pour écrire mais l’inspiration n’est malheureusement pas aussi présente que les week-ends où je parcours les rues tokyoïtes. Sur la première photographie, la porte peinte en rouge vif est celle du temple Ryusenji donnant sur la rue Gaien Nishi. Le temple en lui même est particulier car il semble intégré à un immeuble. J’aurais dû d’ailleurs le prendre en photo. Je continue au hasard d’une petite rue parallèle à la grande avenue d’Aoyama pour tomber sur une petite moto rouge qui m’a l’air familière. Après quelques réflexions, je me dis qu’il s’agit d’une copie de la moto de Kaneda dans Akira. Ou peut être pas, je ne sais plus, je crois qu’il manque les autocollants pour que cette copie soit réaliste. La maison 395 par l’architecte Atsushi Kitagawara sur la deuxième photographie ressemble à une composition de nature morte. Les blocs de formes diverses me font penser à des objets posés sur une table comme sur une peinture. La qualité artistique de l’architecture de Kitagawara est indéniable. Cette maison se trouve le long d’une petite rue de Aoyama mais je ne me souviens jamais de son emplacement exact, ce qui fait que c’est à chaque fois un plaisir (快感) de la redécouvrir au hasard des rues.

Les deux affiches alternatives ci-dessus sont celle du film Sailor suit and machine gun (セーラー服と機関銃 Sērā-fuku to kikanjū) du réalisateur Shinji Sōmai avec Hiroko Yakushimaru comme actrice principale. Il s’agit d’un film de Yakuza, avec un soupçon de comédie, datant de 1981 et racontant l’histoire d’une écolière appelée Izumi Hoshi héritant malgré elle d’un clan de Yakuza, celui des Medaka. Une histoire de drogue dérobée amène les clans à s’affronter jusqu’à la scène finale iconique où l’écolière en uniforme Izumi dégomme à la mitraillette les membres d’un clan adverse, ne pouvant dissimuler un sentiment de plaisir qu’elle exprime juste après les faits avec un sourire et en prononçant le mot « 快感 » (Kaikan). Le film en lui-même n’est pas un chef-d’œuvre ni une œuvre novatrice dans le genre du film de Yakuza, mais le contremploi d’une écolière dans un monde de violence et la manière dont elle va s’adapter et même s’approprier les codes du milieu rendent le film intéressant et intriguant. Voir des images de Tokyo au début des années 1980 est un également un plaisir (快感) visuel. Je ne reconnais pas les quartiers qui y sont montrés à part l’immeuble aux façades en pente de Nishi Shinjuku conçu par Yoshikazu Uchida et une grande statue du temple Taisōji 太宗寺 près de Shinjuku Gyoen. Le film a eu un certain succès au Japon à sa sortie, je pense notamment pour cette scène iconique à la mitraillette qui est utilisée dans le titre du film et pour les affiches. Cette image est restée dans l’inconscient collectif et je ne connaissais moi-même de ce film que cette image. Mais, je réalise également que le morceau du générique de fin, chanté par l’actrice du film, est également très connu. L’actrice Hiroko Yakushimaru est en fait une idole et une chanteuse pop, en plus d’être actrice. Après avoir vu les dernières images du film, je garde ce morceau en tête au point de l’acheter ensuite sur iTunes et de l’écouter ensuite assez régulièrement. Il arrive de temps en temps que je succombe au charme d’un morceau pop des années 80. J’y trouve une certaine nostalgie qui n’est pourtant pas la mienne. C’est un sentiment assez étrange d’y trouver une certaine attache émotionnelle sans pourtant avoir d’attache mémorielle, car j’étais bien loin à l’époque de la sortie du film.

L’envie de regarder le film Sailor suit and machine gun m’est venu après avoir vu et écouté le morceau Shinemagic du groupe d’idoles alternatives ZOC (Zone Out of Control) mené par Seiko Ōmori. Le seul point commun entre ce morceau et le film est l’imagerie de la jeune fille avec une mitraillette, et un certain côté rebel bien représenté par une des membres du groupe Katy Kashii (香椎かてぃ). Le style musical ultra pop est assez loin de ce que j’écoute normalement, mais je m’autorise quelques écarts de temps en temps, quand la musique est suffisamment intéressante à l’écoute et accrocheuse à l’oreille. Le morceau est tout aussi accrocheur que la K-POP de 2NE1 sur le morceau I am the best 내가 제일 잘 나가 (un autre écart musical) où les mitraillettes sont également de sortie à la fin du morceau, en version coréenne par contre mais avec le même plaisir (快感) exprimé.