les feuilles rouges du Mont Ōyama

Nous n’étions pas retournés au Mont Ōyama (大山) depuis Janvier 2020. C’est un endroit que j’aime beaucoup et que nous découvrons pour la première fois en Automne. Cette montagne de 1252 m d’altitude se nomme également Mont Afuri (阿夫利山 ou 雨降り山). Cette deuxième appellation en kanji laisse penser qu’il pleut souvent sur cette montagne mais nous n’avons jamais été dérangé par les intempéries lors de nos trois visites. Le Mont Ōyama est situé à proximité d’Isehara dans la préfecture de Kanagawa, formant avec le Mont Tanzawa le parc quasi national de Tanzawa-Ōyama. Cette montagne est considérée comme sacrée et un grand sanctuaire nommé Ōyama Afuri-jinja (大山阿夫利神社) se trouve à son sommet. Un chemin composé de 352 marches entourés d’anciens commerces nous amènent jusqu’au funiculaire au pied de la montagne qui nous fait ensuite grimper jusqu’au sanctuaire.

retour dans la rivière froide sous un soleil de plomb

Nous sommes retournés au sanctuaire de Samukawa (寒川神社) dans la préfecture de Kangawa le jour de l’anniversaire symbolique du Soleil, correspondant au solstice d’été. Ces photographies datent donc du 21 juin 2025 et j’ai essayé de prendre le Soleil en photo à plusieurs occasions car c’est le jour où il brille le plus longtemps. Il a pris différentes formes à travers mon objectif photo dont une forme octogonale, qui m’a paru être de bon augure. Notre première visite au sanctuaire de Samukawa date du début de cette année. Nous voulions cette fois-ci visiter le jardin à l’arrière que nous avions manqué la première fois. Nous avons appris sur place que l’entrée dans ce jardin sacré n’est autorisé qu’à ceux ayant effectué un rituel de purification shintoïste (お祓い) au préalable, ce que nous avons fait mais un peu tard, car les dernières entrées dans le jardin ne peuvent s’effectuer que jusqu’à 15h30. Nous avons tout de même reçu un billet nous permettant d’y accéder directement la prochaine fois, comme quoi cette purification shintoïste n’expire pas le jour même et semble s’étendre après plusieurs mois. Nous tenterons donc d’y revenir une troisième fois prochainement. Peut-être verrais-je cette fois encore les prince et princesses imaginaires qui m’avaient inspiré sur mon premier billet.

un été sur la péninsule d’Izu (1)

Nos petites vacances d’été étaient courtes. Nous les avons passé à Yugawara puis dans la péninsule d’Izu que nous n’avions pas visité depuis dix-neuf ans. L’autoroute qui nous menait jusqu’à Yugawara était relativement calme pour une semaine d’Obon. Enfin, nous avons astucieusement évité les embouteillages de l’autoroute Tomei que nous essayons en général d’éviter le plus possible. Nous gagnons plutôt le bord de l’océan en empruntant la portion d’autoroute Seisho By-pass qui est assez fantastique pour la vue sur l’océan lorsqu’on conduit. C’est par contre une horreur quand on la voit depuis la plage. J’avais d’ailleurs pris en photo en Mai 2006 cette autoroute posée sur la plage au niveau de Kozu. C’est à cet endroit que nous faisons une première pause sur une aire d’autoroute juste avant d’arriver à Yugawara. Un groupe d’aficionados de Toyota Crown s’étaient réunis et prenaient en photo leurs bolides souvent modifiés, parfaitement alignés sur le parking. J’ai pris assez peu de photographies pendant ce voyage car un des intérêts de la péninsule d’Izu est ses routes côtières et de montagne, et je n’ai pas encore trouvé de moyens de prendre des photos tout en conduisant. La chaleur ambiante et le fiston étant malade pendant la quasi-totalité du séjour ne nous ont pas poussé à faire beaucoup de visites. Nous avons donc profité pleinement des hôtel et ryokan et de leurs bains onsen.

A Yugawara Onsen, la station thermale où se trouvait notre hôtel, nous faisons une halte à Genkan Terrace (玄関テラス). Ce café restaurant est installé au bord de la petite rivière Chitose, elle-même aménagée pour permettre de se promener le long d’une partie de ses rives. Des emplacements ont même été créés pour s’asseoir et observer la rivière parfois pleine de fougue se frayer un chemin parmi les rochers. Elle s’apaise en s’approchant d’une ancienne stèle recouverte de mousses vertes, puis reprend ensuite son tumulte en se rapprochant de la cascade. Les photographies évoquent le silence et la sérénité des lieux, mais le vacarme de l’eau fait qu’on s’étendait à peine réfléchir. Genkan Terrace contient également un espace de coworking à l’étage et sert d’entrée (d’où le nom) à un ensemble plus vaste nommé Yugawara Sōyu (湯河原惣湯) Books and Retreat situé dans le parc Manyo. On y trouve également des bains onsen et une bibliothèque. Le Genkan Terrace et la planification des espaces ont été conçus par l’agence RIA (Research Institute of Architecture). Nous ne profiterons pas du bain Onsen du Yugawara Sōyu mais de celui de notre hôtel. Le bain à l’extérieur parmi les libellules et les papillons était des plus agréables.

le charme discret de Buaisō

La maison Buaisō (武相荘) est située à Machida. Il s’agit de l’ancienne demeure, aujourd’hui transformée en musée, du couple Jirō Shirasu (白洲次郎) et Masako Shirasu (白洲正子).

Jirō Shirasu (1902–1985) était un diplomate et homme d’affaires, conseiller et interprète du Premier ministre japonais Shigeru Yoshida après la Seconde Guerre mondiale. Il a joué un rôle important dans les négociations avec les forces d’occupation américaines et était respecté pour son franc-parler. Il a fait ses études à l’Université de Cambridge, où il s’est lié avec l’élite britannique. Il adopta dès cette époque un style de vie occidental, encore rare au Japon, incarnant une certaine modernité et élégance. Masako Shirasu était essayiste et experte en arts traditionnels japonais, passionnée par la culture classique. Elle a publié de nombreux ouvrages sur l’esthétique japonaise. C’était une femme de lettres influente, incarnant une figure féminine forte et indépendante dans un Japon encore très patriarcal. Ses choix culturels influençaient les amateurs d’art. Le couple symbolisait une certaine élite intellectuelle et cosmopolite dans le Japon de l’après-guerre. Ils se sont installés à Buaisō en 1943. Craignant les bombardements sur Tokyo pendant la guerre, ils quittèrent la ville pour s’installer à la campagne, dans cette ancienne ferme de Machida, alors en pleine zone rurale.

Cette maison, qu’ils ont rénovée, date de l’époque d’Edo et se situe à la frontière des anciennes provinces de Musashi (武蔵), qui englobait une partie de l’actuelle Tokyo, Saitama et Kanagawa, et de Sagami (相模), correspondant à l’actuelle préfecture de Kanagawa. Le nom Buaisō (武相荘) de la demeure est d’ailleurs composé de kanji désignant son emplacement: la résidence (荘) entre Musashi (武) et Sagami (相). Mais ce nom provient aussi d’un jeu de mots subtil: Buaisō (不愛想) signifie en japonais “désagréable”, “froid” ou “peu sociable” — un clin d’œil ironique au caractère direct et peu mondain de Jirō Shirasu.

Jirō et Masako Shirasu vécurent dans cette demeure jusqu’à leur mort, en 1985 et 1998 respectivement. En 2001, la maison fut ouverte au public en tant que musée. Elle expose, dans leur disposition d’origine, leurs objets personnels, meubles, calligraphies, poteries et œuvres d’art. Tous deux étaient collectionneurs, bien qu’ayant des sensibilités différentes. Visiter ce musée, c’est entrer dans l’intimité du couple. On découvre un mode de vie à la fois austère et raffiné, mêlant traditions japonaises et influences européennes. On devine un quotidien simple, volontairement rustique. On marche à petits pas dans les pièces de la demeure, les chaussures recouvertes de capuchons en plastique. L’une des salles à l’arrière est le bureau d’écriture de Masako Shirasu, dont les murs sont entièrement couverts de livres. On ne peut malheureusement pas prendre de photos à l’intérieur de la maison. Nous avons donc pris notre temps pour laisser les images des lieux s’imprimer dans notre mémoire. On devine que chaque objet exposé dans les salles a été choisi avec soin, et patiné par le temps.

Le jardin, devant la maison au toit de chaume, est en partie couvert de bambous, plantés autour d’une petite place pavée. Il est sobre et laissé dans un état presque sauvage. Nous avons déjeuné dans une des dépendances de la maison. J’ai ramené un verre aux formes rondes, qui me rappelle un peu une des lampes de la demeure, acheté dans la petite boutique. Je l’utiliserai pour boire du café glacé pendant l’été, tout en écrivant mes billets de Made in Tokyo.

瑞聖の風に乗り、歓成の光が生まれる

Temple Kanjoin (歓成院) à Ōkurayama, Yokohama, le Samedi 21 Juin 2025.

Le temple Kanjoin (歓成院) est situé au pied de la colline d’Ōkurayama à Yokohama, dans le quartier de Kōhoku. Nous y passons de retour du sanctuaire Samukakawa dont je montrerais de nouvelles photographies un peu plus tard. Je voulais voir la salle de réception (客殿, kakuden), conçue par Kengo Kuma en 2022, depuis un bon petit moment mais je n’aurais pas fait le déplacement exprès. On devine bien entendu tout de suite qu’il s’agit d’une conception de Kengo Kuma pour les lamelles de bois encadrant le bâtiment. Celles-ci sont en bois de cèdre de dimensions 60 × 150 mm, avec une inclinaison évoluant progressivement, enveloppant cette partie du bâtiment comme une membrane. Comme toujours, on trouve une élégance légère dans ces structures de bois. Ce nouveau bâtiment est placé à côté du hall principal vieux de plus de cent ans. Le temple Kanjoin a été fondé en 1560 et fait partie de l’école bouddhiste Shingon.

Temple Zuishō-ji (瑞聖寺) à Shirokanedai, le Dimanche 22 Juin 2025.

J’ai déjà montré ici plusieurs fois le temple Zuishō-ji (瑞聖寺) situé dans le quartier de Shirokanedai. J’aime y revenir de temps en temps car c’est un espace calme, même s’il se trouve assez proche de la grande avenue de Meguro. Je ne préciserai pas une nouvelle fois qu’il s’agit d’une conception de Kengo Kuma, et que celle-ci présente la même délicatesse typique de ses structures mixtes d’acier et de bois. Au centre du cloître en forme de U, on trouve une scène surélevée au dessus de l’eau d’un bassin. Cette scène doit permettre la tenue de spectacles ouverts au public. Je me dis souvent que j’aimerais assister à ce genre d’évènements en plein air, surtout dans un endroit comme celui-ci semblant complètement coupé de l’activité de la ville.

感じるままに生きてゆけたら。

Lorsque je montre des photographies de Tokyo ou d’ailleurs, je me demande à chaque fois quelles musiques pourraient s’accorder avec ces images. Le nouveau morceau intitulé Feel d’Hitsuji Bungaku (羊文学) me vient rapidement en tête, certes parce ce que je l’écoute intensément en ce moment, mais également car j’y trouve une certaine plénitude. Je trouve dans chaque nouveau du groupe une satisfaction que j’aurais du mal à expliquer mais qui me saisit à chaque fois. Le single Feel est couplé avec celui intitulé mild days déjà sorti et dont j’ai déjà parlé. Le morceau n’est pourtant pas particulièrement original mais la ’formule’ d’Hitsuji Bungaku fonctionne toujours sur moi. Ça doit être la voix de Moeka (塩塚モエカ) qui m’hypnotise, et il faut dire qu’elle chante sans répits sur ce morceau accompagnée de Yurika (河西ゆりか) aux chœurs. Ce nouveau morceau est sorti le 4 Juillet, le jour suivant l’anniversaire de Moeka qui fêtait ses 29 ans. A cette occasion, le magasin Fender d’Harajuku lui souhaitait d’ailleurs un bon anniversaire sur son écran géant.