avec un cœur léger

Je pense que c’est la première fois que j’entre à l’intérieur du complexe commercial WITH HARAJUKU (ウィズ原宿), qui a pourtant ouvert ses portes en juin 2020. Il se trouve juste en face de la station d’Harajuku et comporte des espaces de terrasse à un des étages donnant d’un côté une vue dégagée sur la forêt dense du grand sanctuaire de Meiji Jingū, et de l’autre une vue sur le dédale de rues étroites d’Harajuku et d’Ura-Harajuku. L’architecte du bâtiment est Toyo Ito avec Takenaka Corporation. On y trouve une statue, nommée la “Statue de Harajuku”, positionnée sur la terrasse, le regard tourné vers la gare d’Harajuku et la forêt de Meiji Jingū. Elle a été conçue par l’artiste français Xavier Veilhan, qui a déjà exposé ses statues colorées et unies dans les rues de Tokyo.

De fil en aiguille, en m’intéressant à la musique de 嚩ᴴᴬᴷᵁ et de killwiz, j’ai découvert le hip-hop alternatif de e5 (prononcé Ego en anglais) avec son premier album MODE POP, sorti le 24 septembre 2025. Je l’ai acheté sur iTunes dès sa sortie car je connaissais déjà trois singles qui me plaisaient au plus haut point: SPIDER SILK, WUNACOOL puis DIVE JOB. J’ai même été jusqu’à regarder une émission Twitch, sur laquelle e5 était invitée, qui présentait en direct son nouvel album au moment exact de sa sortie sur les plateformes audio. e5 s’est entourée de quelques producteurs pour certains des treize morceaux de son album, mais en a également produit plusieurs elle-même. On y trouve bien sûr un duo avec 嚩ᴴᴬᴷᵁ, intitulé FROG JUMP 宇宙, et un avec killwiz, intitulé I AM HERE. L’esprit général de l’album MODE POP est celui du hip-hop mais il gravite également autour de l’hyper-pop, notamment pour ces deux morceaux avec les deux membres de son ancien groupe Dr.Anon, ainsi que celui intitulé KANTAN avec la musicienne coréenne Collie Wave. J’adore l’ambiance un peu mélancolique et introspective de cet album, qui part souvent de sujets simples comme WUNACOOL, inspiré d’un médicament anti-démangeaisons (ウナクール), et HOT KAIRO, qui évoque un petit sac chauffant (カイロ) que l’on met dans les poches pour se réchauffer en hiver. L’album a un ton intime et sincère, mais s’aventure également vers des sons plus lourds et marquants, comme le beat très puissant du deuxième morceau KIVVY.

Ce qui me plaît également beaucoup, c’est que l’album s’organise sur une symétrie autour d’un morceau central instrumental intitulé ZEROPOINT (le septième morceau). Le premier morceau, intitulé HAJIME (début), fait écho au dernier, OWARI (fin). Le cinquième, WHERE I AM, est en symétrie avec le neuvième, I AM HERE. e5 mentionnait dans l’émission Twitch une correspondance entre le troisième morceau, SNOOZEMODE, et le onzième, DIVE JOB, mais elle me paraît à priori moins évidente, du moins visuellement. La symétrie ne va pas jusqu’à faire correspondre la longueur de chaque titre comme pourrait l’imaginer Sheena Ringo, mais je ne peux m’empêcher de voir ici une inspiration ringoesque. MODE POP devient ainsi une sorte d’album-concept très cohérent e5 abouti pour un premier album. Autre petit détail ringoesque: sur la vidéo du morceau WUNACOOL qui se déroule à Chiba sur l’étrange structure en escaliers de Futtsu, e5 est accompagnée d’une fille appelée Shiina Appletea (椎名アップルティー) qui est calligraphe créant d’étranges lettrages. L’association entre le nom Shiina et la Pomme m’intrigue forcément un peu.

Le studio de production Vivision du réalisateur Yuichi Kodama (児玉裕一) propose de temps en temps à la vente un certain nombre de produits dérivés. Il n’y a pas de boutique en tant que telle, plutôt des pop-up stores. Yuichi Kodama étant le mari de Sheena Ringo et ayant réalisé un grand nombre de ses vidéos musicales ainsi que celles de Tokyo Jihen, les produits dérivés estampillés Vivision attirent forcément les fans de Ringo. Il faut noter quand même qu’il a également réalisé pour de nombreux autres artistes, comme Vaundy. Son laptop, qu’il amène apparemment partout avec lui, est d’ailleurs orné d’un sticker de Vaundy, outre ceux liés à l’univers qu’il crée avec Sheena Ringo. Les pop-up stores de Vivision sont très éphémères. Plusieurs ont eu lieu au Tower Records de Shinjuku, mais j’y suis à chaque fois allé un peu trop tard et une bonne partie des produits étaient déjà en rupture de stock. Ils doivent certainement être produits en petites séries. J’avais noté qu’un pop-up store se déroulait au magasin de vêtements Desperado, près de la gare de Shibuya, et je m’y suis dirigé ce samedi 27 septembre en début d’après-midi. Je savais que Yuichi Kodama était sur place la semaine dernière, le jour d’ouverture de sa boutique éphémère, également composée d’une partie exposant certains de ses trésors personnels. J’avais des doutes quant à sa présence ce samedi car le dernier jour de cette boutique était plutôt le lendemain. J’ai eu la surprise et le plaisir de le voir dans le magasin.

En entrant, on ne peut que remarquer sa superbe DMC-12 DeLorean qu’il a achetée il y a longtemps pour environ 10 millions de yens. Je prends bien sûr en photo la voiture sous tous les angles, elle est extrêmement bien entretenue, et je me décide à entrer dans le magasin tout en me demandant comment je pourrais lui adresser la parole. Mais j’étais également venu pour acheter un stylo de sa marque Vivision (et des chaussettes au passage). Je ne suis pas le seul dans l’espace dédié à Vivision dans la boutique. J’attends que Yuichi Kodama soit seul pour lui dire bonjour, ce qui semble le surprendre un peu au premier abord, et je lui demande si on peut prendre une photo ensemble, ce qu’il accepte volontiers. On se place sur un petit banc devant la vitrine ornée de différents objets Vivision et à côté de la DeLorean. Il me demande d’abord si j’étais venu car j’appréciais la musique de Sheena Ringo, ce que je confirme bien sûr avec enthousiasme, tout en lui glissant que j’aime aussi beaucoup ses vidéos. Nous discutons un peu des concerts que j’ai vu, de mon nombre d’années à Tokyo, tout en prenant un selfie. Il me dit qu’il fera part à Ringo de mon enthousiasme. Je le crois sur parole sur le moment. J’imagine qu’ils doivent discuter à la maison de ce qu’ils ont fait de leurs journées respectives, parler des étranges personnes rencontrées. Il me montre ensuite sa DeLorean devant nous, notamment le moteur à l’arrière et l’espace où se trouvent normalement les propulseurs dans Retour vers le Futur. Je tente une plaisanterie en voulant confirmer avec lui que ce n’est pas le modèle qui voyage dans le futur, mais mon humour hésitant ne fonctionne pas très bien. Il m’indique en tout cas qu’il la conduit très souvent. Ces quelques minutes passent très vite et sont bien agréables. J’aurais voulu lui demander plein d’autres choses, mais je vois déjà que deux autres personnes veulent suivre mon exemple en demandant une photo, ce qu’ils n’auraient sans doute pas fait si je n’avais pas demandé en premier. Cette rencontre me met de très bonne humeur pour la suite de la journée.

Pendant cette même journée de samedi, il me restait quelques heures de libre pour aller voir une exposition à la galerie Fuma Contemporary Tokyo dans le quartier d’Irifune. Il s’agissait d’une exposition intitulée INSIGHT PRISM du sculpteur Yoshitoshi Kanemaki (金巻芳俊). C’était en fait la dernière journée de cette exposition et je savais que l’artiste serait sur place. J’avais vu sur Instagram quelques-unes de ses sculptures sur bois jouant sur la répétition de visages et j’étais extrêmement intrigué de voir sa dernière création, composée d’un étrange effet de prisme. En entrant dans la petite galerie composée d’une seule pièce aux murs blancs, au neuvième étage d’un immeuble étroit, on aperçoit tout de suite la sculpture principale INSIGHT PRISM, représentant une jeune femme assise, les mains ouvertes devant elle et le regard survolant nos têtes. Son visage est fractionné en de multiples facettes, comme s’il s’agissait de reflets dans un prisme. Je suis resté de longues minutes devant cette sculpture, comme hypnotisé. Je ne pouvais pas m’empêcher de la regarder et de la prendre en photo sous différents angles, comme s’il s’agissait d’une présence divine inattendue. Dans le petit texte de présentation, Yoshitoshi Kanemaki nous explique que ces sculptures s’inspirent des statues bouddhistes avec plusieurs bras et plusieurs visages. Il s’agit de la plus grande sculpture qu’il a créé dans cette série de prismes. À côté, une autre statue plus petite montre une jeune fille à plusieurs visages et expressions. Il s’agit d’une représentation de nos différentes personnalités et des rôles que l’on joue dans la société, au point où l’on pourrait perdre la trace de notre véritable “soi”.

Un petit coin de la galerie montre différents ouvrages liés à l’artiste, notamment un très beau livre intitulé Tamentahi (タメンタヒ), rétrospective de ses sculptures. Je me décide à l’acheter et lui demande de le signer, ce qu’il accepte volontiers. C’est l’occasion de discuter un peu, car il a l’air de s’intéresser à la manière dont j’ai découvert ses sculptures et de savoir s’il s’agissait de la première fois que je venais à une de ses expositions. Il n’en avait pas exposé depuis deux ans, suite à quelques problèmes médicaux, mais je lui confirme que je reviendrai pour sûr revoir ses sculptures. J’ai en fait pensé à Kanemaki quand nous sommes allés à la branche d’Ibaraki du grand Izumo Taisha de Shimane en Juin. La salle d’exposition qui s’y trouvait montrait une étrange sculpture en bois à trois visages de l’artiste Junichi Mori (森淳一). J’avais à ce moment-là pensé aux sculptures de Yoshitoshi Kanemaki et m’étais convaincu d’aller voir ses œuvres dès que possible. Voilà chose faite. Cette journée était remplie de belles rencontres et m’a donné le cœur léger.

shifting dreams & perspectives

Lorsque je prends des photographies d’architecture dans une approche minimaliste, je me demande toujours si ce ne devrait pas être un style à poursuivre et sur lequel je devrais me concentrer. On croise régulièrement, au hasard d’Internet, des photographes qui présentent des séries abstraites, magnifiquement cadrées et épurées. Ce style m’attire, mais la rigidité qu’impose le fait de s’en tenir à un seul genre de représentation finirait très vite par m’ennuyer. Je préfère donc divaguer… Les deux images ci-dessus montrent le Tokyo Square Garden à Kyobashi et le Tokyo International Forum à Yurakuchō. Je reviendrai certainement plus tard avec d’autres photographies de ce dernier bâtiment, mais j’ai préféré, cette fois, montrer certains détails de la voûte courbe, pleine de complexité.

Dans la filmographie de Shunji Iwai (岩井俊二), j’avais noté le film Hana & Alice (花とアリス), sorti au Japon en salles en mars 2004. Je viens finalement de voir récemment cette comédie dramatique de romance adolescente, qui met en scène deux amies, Hana Arai et Tetsuko Arisugawa, surnommée Alice, au moment de leur entrée au lycée. Hana est interprétée par Anne Suzuki (鈴木杏) et Alice par Yū Aoi (蒼井優), qui avait également joué quelques années auparavant dans All About Lily Chou-Chou. Les deux lycéennes, également membres de la même école de ballet, tombent amoureuses du même garçon, Masashi Miyamoto, interprété par Tomohiro Kaku (加瀬亮智宏). Après un accident, Hana lui fait croire qu’ils sont en couple, inventant une histoire d’amnésie. Alice, entraînée malgré elle dans ce mensonge, joue le rôle de l’ex-petite amie. Cette situation entraîne jalousies et quiproquos, et les complications viennent perturber leur amitié.

Hana & Alice est un mélange de chronique adolescente et de poésie visuelle, s’attardant par moments sur la banalité du quotidien, mais où celle-ci prend un tournant poétique. Les films de Shunji Iwai ont souvent cette lenteur contemplative, qui nous laisse le temps d’observer les gestes et d’écouter les silences entre les dialogues. Des instants légers se mélangent avec des émotions plus profondes, mais le film n’est pas sans touches d’humour discret. Je me remémore par exemple une scène dans le lycée Tezuka (手塚高校), où Hana et Masashi s’interrogent sur leur amour devant un gigantesque robot Atom gonflable installé pour la fête du lycée (bunkasai). Le nom de l’école est bien sûr un clin d’œil à peine voilé au mangaka Osamu Tezuka (手塚治虫). Ce qui est intéressant, c’est que d’autres allusions au monde du manga sont subtilement incluses, notamment dans les noms fictifs de certaines stations de train, comme celle de « Fujiko », en référence à Fujiko F. Fujio (藤子・F・不二雄), le créateur de Doraemon (ドラえもん), ou encore celle d’« Ishinomori Gakuen », qui évoque le mangaka Shōtarō Ishinomori (石ノ森章太郎), connu entre autres pour sa série Kamen Rider (仮面ライダー). On trouve également dans le film un lien symbolique avec l’univers étrange et flottant d’Alice au pays des merveilles. Le prénom d’Alice renvoie bien sûr directement à l’œuvre de Lewis Carroll, mais d’autres subtilités apparaissent, comme un jeu de cartes illustrées des personnages d’Alice, ou encore des situations oscillant entre le réel et le surréel autour du mensonge initial sur l’amnésie de Masashi. Ces allusions renforcent la part d’onirisme du film, qui passe de scènes au réalisme presque documentaire à d’autres au lyrisme étrange (notamment celles liées au ballet). Les musiques, composées par Shunji Iwai lui-même, soutiennent cette ambiance entre rêverie et mélancolie diffuse.

Un des plaisirs que j’ai aussi en regardant des films japonais est d’essayer de reconnaître certains lieux. Ici, j’ai eu le bonheur de retrouver de longues scènes entre Alice et son père filmées au sanctuaire Tsurugaoka Hachimangū de Kamakura (鶴岡八幡宮), un lieu qui m’est cher puisque je m’y suis marié. D’autres passages semblent se dérouler autour de l’étang Senzoku (洗足池), dans l’arrondissement d’Ōta à Tokyo. Hana & Alice est un film important dans la filmographie de Shunji Iwai, que je suis heureux d’avoir enfin découvert, même s’il me reste encore plusieurs de ses films à voir pour combler mon appétit de son cinéma. J’ai aussi en tête de revoir un jour son dernier film, Kyrie no Uta (キリエのうた), qui est à ce jour le seul du réalisateur que j’ai eu l’occasion de voir en salle.

Côté musique, j’écoute actuellement beaucoup l’EP Schizophrenia de l’artiste hip-hop killwiz, sorti le 30 août 2025. killwiz est rappeuse, chanteuse et productrice, anciennement membre du collectif Dr.Anon — sous le nom de p°nika — aux côtés de HAKU et e5. Le collectif s’est dissous, mais les trois membres poursuivent leurs activités musicales indépendamment, avec de nombreuses collaborations entre elles. C’est donc sans surprise que l’on retrouve HAKU, actuellement nommée 嚩ᴴᴬᴷᵁ, ainsi que e5 sur l’EP de killwiz. Cet opus marque le retour musical de killwiz après une période de lutte contre la schizophrénie, thème qui influence directement l’atmosphère des morceaux : un mélange de tension exacerbée par des sonorités hyperpop et d’une certaine fragilité introspective, avec une intensité émotionnelle marquée. La plupart des titres sont des collaborations, à l’exception de l’ouverture et de la clôture. On retrouve ainsi 嚩ᴴᴬᴷᵁ sur 猫背deathララバイ, e5 sur VSGO4T, mais aussi d’autres artistes que je ne connaissais pas, comme Яu-a sur le deuxième morceau 見ざる着飾るI WANT YOU et z² sur Urumu:Room. Chaque collaboration apporte ses particularités, mais l’ensemble reste ancré dans une veine pop frénétique, remplie de beats rapides, saturés et changeants. J’aime beaucoup ces textures électroniques qui se mêlent à des passages rappés, avec un aspect expérimental omniprésent. J’apprécie aussi lorsque les morceaux alternent entre douceur et dissonance, comme sur le cinquième titre, Urumu:Room. Cette dualité reflète très certainement l’état d’esprit post-traumatique de killwiz. Le tout est extrêmement dense, juxtaposant sons chaotiques et mélodies sensibles, mais la production de NGA n’en reste pas moins très soignée et cohérente. Cet EP s’inscrit dans la même mouvance sonore que ce que je connaissais déjà de 嚩ᴴᴬᴷᵁ et de la rappeuse e5, dont je parlerai davantage dans un prochain épisode.

escape mode

Des festivités estivales, je préfère toujours les images flottantes amenées par les mouvements incessants, rythmés par les musiques entêtantes des matsuri. Je pense que je prends en photo le matsuri du sanctuaire de Hikawa à Shibuya tous les ans, dans un style flou très similaire à la série ci-dessus. J’ai en tête la série we are walking in the air, prise pendant ce festival, qui reste pour moi un maître étalon. Cette série datait de Septembre 2017 et je l’avais fait suivre d’une série en couleur intitulée we speak silence l’année suivante. J’étais ensuite revenu pour une série assez similaire en 2022.

J’avais tellement publié de billets au mois d’Août (21 en tout) que j’ai bloqué pendant plusieurs jours devant la page blanche du Notes de mon iPad au début du mois de Septembre. Dans ces cas là, je fais une recherche dans la blogosphère francophone parlant du Japon pour voir ce qu’on y écrit. Je suis toujours épaté par la dedication de certains et certaines à produire des guides complets sur les lieux qu’ils ou elles ont visité ou sur les choses qu’ils ou elles ont testé pour nous (et validé). Il est en fait plutôt rare que j’y trouve des nouvelles sources d’intérêt ou un nouveau blog à suivre. Ce n’est pas un phénomène nouveau, mais je me rends compte que les blogs se meurent petit à petit, les uns après les autres. Disons que certains des blogs qui avaient une renommée assez conséquente il y a plusieurs années ne sont plus beaucoup, ou plus du tout, mis à jour depuis longtemps. C’etait avant la faute aux réseaux sociaux mais c’est désormais la faute à l’intelligence artificielle comme j’ai pu le lire quelque part. Il est clair que ChatGpt change les habitudes. Je n’utilise désormais que rarement les recherches sur Google et je préfère depuis quelques temps les recherches sur ChatGpt, car sa force d’interprétation de nos questions parfois vagues et imprécises par rapport au contexte qu’on lui donne est assez impressionnante. L’outil s’est beaucoup amélioré depuis quelques mois. C’est comme si on avait devant soi un Monsieur (ou Madame) je-sais-tout à qui on pourrait poser toutes les questions qui nous viennent en tête. Je revérifie parfois certaines choses sur Google mais les erreurs se font désormais plus rares, mais pas absentes ce qui reste quand même un bémol important. L’outil est d’autant plus puissant que la langue n’est plus une barrière dans nos recherches car l’outil cherche partout, traduit tout d’une manière satisfaisante et quasi-instantanée. L’intelligence artificielle devient intéressante quand elle ouvre des portes que l’on n’aurait jamais ouverte sinon, mais est beaucoup plus discutable lorsqu’elle vient remplacer certaines compétences. Se pose également la question de l’utilisation du contenu internet par ChatGpt. Dans les statistiques de mon blog, je vois un peu plus souvent ChatGpt comme référent, c’est à dire comme site web ayant accédé à mon blog pour y lire des informations. Il m’arrive même de faire des recherches pointues sur ChatGpt et de tomber sur des informations provenant de mon propre blog. ChatGpt indique un lien vers ses sources, ce qui est une bonne chose et permet d’approfondir les sujets que l’on souhaite en cliquant tout simplement sur le lien. La réalité est que je ne clique pas souvent sur l’article d’origine car les informations de ChatGpt sont déjà très détaillées et répondent en général bien à ma curiosité. L’avantage d’une recherche Google est que ses réponses moins spécifiques peuvent nous faire découvrir des choses inattendues et ouvrir des nouvelles portes. Au final, il est clair que ChatGpt détourne les visiteurs des sites web d’origine, mais ne remplace pas à mon avis l’expérience de consulter les sites web que l’on aime. Avoir recours à ChatGpt pour chercher des informations est devenu pour moi un automatisme qui s’est installé en quelques mois, et je le vois comme une révolution similaire à la recherche web sur Google (ou équivalent).

J’ai savouré le film Nemurubaka (ネムルバカ) vu il y a quelques jours sur NetFlix. Le film est sorti en salles en Mars 2025, réalisé par Yūgo Sakamoto (坂本優伍) et adapté d’un manga de Masakazu Ishiguro (石黒正数). J’ai tout de suite accroché à ce film qui mélange drame intimiste et musique rock, avec quelques pointes d’humour absurde. Le terme Nemurubaka utilisé dans le titre du film et du manga a été inventé par le mangaka Masakazu Ishiguro, et entend évoquer une jeunesse qui sommeille sans but, qui perd du temps en laissant passer ses rêves. Dans le film, ce titre reflète bien l’état d’esprit initial des deux héroïnes, jeunes universitaires colocataires un peu perdues dans leur vie, la laissant filer sans objectifs forts. Elles sont interprétées à l’écran par Shiori Kubo (久保史緒里) du groupe d’idoles Nogizaka46 qui joue le rôle de Yumi Irisu et par Yūna Taira (平祐奈) dans le rôle de Ruka Kujirai. Yumi est une jeune femme qui prend la vie comme elle vient, travaillant à temps partiel dans une vidéothèque, tandis que Ruka est une musicienne évoluant dans un groupe rock. Elle a du talent mais elle et son groupe sont en difficulté financière. La vie des deux jeunes filles est bouleversée lorsque Ruka se voit proposer un contrat par une maison de disques. J’aime beaucoup les situations qui se construisent entre ces personnages. Ruka est la sempai de Yumi et se crée entre elles une sorte de relation respectueuse mais qui dérape souvent. Le film Nemurubaka me rappelle assez l’ambiance des films du réalisateur Rikiya Imaizumi (今泉力哉), car on y trouve une manière similaire de dresser des portraits d’une jeunesse japonaise explorant leurs rêves, leurs incertitudes et la recherche d’une place dans le monde. On y capte une émotion proche des préoccupations ordinaires et un même mélange de la mélancolie de la jeunesse qui passe, du temps qui glisse doucement, et de l’espoir qui ne disparaît jamais vraiment. Cette poésie de l’ordinaire basée sur la fragilité des liens entre les êtres me plaît beaucoup dans le film Nemurubaka.

Je ne saurais dire combien de fois j’ai écouté l’album u:phobia de l’artiste Japano-Américaine Emma Aibara, tant j’aime ce son. Elle est basée à Tokyo et après quelques années passés dans un groupe de rock, elle a entamée une carrière solo en 2022. Sa musique mélange les genres mais s’apparente au breakcore, incluant des éléments de rock métal, de la drum & bass, des cris et des moments beaucoup plus flottants, le tout avec une émotion palpable à tous instants. L’album u:phobia sorti le 22 Août 2025 est excellent de bout en bout. La très grande majorité des 12 titres s’enchaînent sans interruption évidente ce qui donne une unité à cet album. Il reste très condensé, pour ses multiples variations et idées sonores au sein d’un même morceau et pour sa relative brièveté (30 minutes en tout). Le premier morceau intitulé u:phobia comme l’album nous met tout de suite dans l’ambiance avec un cri qui est apaisé par une voix beaucoup plus mélodique mais qui se fait vite rattraper par des lourdes guitares et un rythme rapide et syncopé basé sur l’emblématique break Amen Brother de The Winstons. Emma utilise fréquemment ce break de batterie comme base rythmique, mais l’associe à des guitares saturées, des textures shoegaze et des sons électroniques, créant une texture sonore tout à fait unique. Sans s’en rendre compte, on bascule sur le morceau suivant escape mode qui reprend les mêmes rythmes et ambiances. Emma Aibara joue sans cesse entre le chaud et le froid et le troisième morceau you will know est peut-être son plus réussi. Il est plus planant et mélodique mais on attend irrésistiblement les moments où elle va se mettre à dégager sa rage en criant. Il y a quelque chose d’un peu schizophrénique dans cette musique, mais de clairement libérateur comme une échappée. L’album se compose d’une sorte de fusion entre une énergie hardcore électronique et une intensité rock émotionnelle. Le mélange des genres fonctionne terriblement bien. l’album sait prendre des pauses, comme sur le morceau I can’t go back, qui nous offre des moments suspendus et rêveurs. La rage n’est pourtant jamais très loin et on sent que la machine peut se remettre en route soudainement. J’adore par exemple l’atypique morceau (dis).com★ rempli de glitches électroniques et ponctué par une lourde basse. Ces sons n’ont pour sûr rien de reposant mais on se régale à écouter ses enchevêtrements quasi-architecturaux de sons passant entre expérimentations et ambiances rock plus ’classiques’. Il y a beaucoup de ’meilleurs morceaux’ sur cet album car ils évoluent pour moi à chaque écoute. Mon préféré est parfois + ever again + puis temporary cure. Comme le titre de l’album l’indique, il y a une thématique d’angoisse intérieure et de confrontation avec soi-même qui parcourt cet album. Les morceaux it’s all in my head et you’ve scared of me en sont des exemples. Il n’y a pourtant rien de pesant dans cette écoute, et on a rapidement envie de le réécouter car on a l’impression de ne pas avoir saisi tous ses soubresauts. Cet album rentre facilement dans la liste des albums que je préfère cette année.

drifting through the countryside

En photographies ci-dessus, voici deux facettes du Japon que j’aime, celui des villes quand l’architecture désordonnée parfois chaotique voit soudainement du brutalisme s’imposer en plein cœur du quartier chic de Ginza, et celui des campagnes verdoyantes qui accaparent la totalité de notre champ de vision. Cette deuxième photographie a été prise entre Sano et Ashikaga dans la préfecture de Tochigi. Les scènes d’ouverture dans les rizières du film All About Lily Chou-Chou ont été filmées à Ashikaga. Il ne s’agit pas tout à fait de cet endroit, mais d’une autre rizière proche qui lui ressemble beaucoup, située au Sud du parc floral d’Ashikaga. Dans le film de Shunji Iwai, Yūichi Hasumi y écoute le morceau Arabesque (アラベスク) de Lily Chou-Chou sur un lecteur CD portable Sony avec écouteurs. Google maps indique le lieu du tournage sous le nom All About Lily Chou-Chou Field, comme quoi il s’agit d’un film culte. Certains font même le déplacement pour retrouver les lieux des différentes scènes du film. Il est certain que si on revient vers Ashikaga, j’essaierais d’aller à l’endroit exact où ont été tournées les scènes d’ouverture.

Je pensais avoir déjà vu le film Linda Linda Linda (リンダ リンダ リンダ) réalisé par Nobuhiro Yamashita (山下敦弘) en 2005, mais le regarder récemment m’a confirmé que non. Il faisait partie des films japonais évoquant l’âge de la jeunesse (青春) et la musique rock que je voulais voir depuis longtemps. L’histoire se déroule dans un lycée japonais de la banlieue d’Hachiōji, à l’approche du festival scolaire appelé Bunkasai (文化祭). Un groupe de lycéennes avait prévu de jouer ses propres compositions pour ce festival, mais des tensions internes ont fait capoter leur projet à la dernière minute. Les trois filles restantes de la formation originale ne perdent pas espoir et décident de reformer un groupe en recrutant une étudiante coréenne nouvellement arrivée, nommée Son, pour être la chanteuse, même si son japonais est encore hésitant. Après quelques tergiversations, elles choisissent de reprendre des morceaux du groupe punk The Blue Hearts (ブルーハーツ), dont l’emblématique morceau Linda Linda (リンダ リンダ) qui donne son nom au film. Le film suit leurs répétitions, leurs maladresses et leur amitié qui se construit jusqu’au concert final. Outre le morceau Linda Linda, le groupe de lycéennes reprend également les morceaux Boku no Migi Te (僕の右手) et Owaranai Uta (終わらない歌) des Blue Hearts. Le groupe prend le nom Paran Maum (파란 마음), qui est une traduction en Coréen de Blue Hearts, et se compose de Son, jouée par Bae Doona (배두나), l’étudiante coréenne chanteuse du groupe, Kei Tachibana interprétée par Yū Kashii (香椎由宇), la guitariste, Nozomi Shirakawa, jouée par Shiori Sekine (関根史織), la bassiste et Kyoko Yamada, jouée par Aki Maeda (前田亜季), la batteuse du groupe. Un fait intéressant à noter est que Shiori Sekine est réellement musicienne, étant bassiste du groupe Base Ball Bear. Un fait plus intéressant est que Shiori Sekine a joué avec Sheena Ringo dans la formation spéciale Elopers pour l’émission Music Station du 15 Octobre 2021 (je l’évoquais dans un billet) aux côtés d’AiNA the End, Yuu du groupe Chirinuruwowaka (チリヌルヲワカ) et Hona Ikoka du groupe Gesu no Kiwami Otome (ゲスの極み乙女). Avec Ringo à la guitare, AiNA chantait Gunjō Biyori (群青日和), un des titres emblématiques de Tokyo Jihen. Un fait encore plus intéressant est que Sheena Ringo est évoqué dans le film Linda Linda Linda. Alors que le groupe cherche des artistes ou groupes pour en faire des reprises pour le festival du lycée, la batteuse Kyoko mentionne Sheena Ringo, mais la guitariste Kei lui répond immédiatement que ça sera trop difficile à apprendre en trois jours et elles mettent rapidement cette idée de côté pour finalement se tourner vers le punk rock des Blue Hearts. Nozomi, interprétée par Shiori Sekine, qui regarde cette scène dans le film ne sait pas encore qu’elle jouera avec Sheena Ringo 16 ans plus tard. Un autre fait tout à fait intéressant est que la bande originale du film, outre les trois morceaux des Blue Hearts, a été composée par James Iha des Smashing Pumpkins. Les morceaux instrumentaux qu’il a composé accompagnent les scènes de répétition, les errances des quatre filles dans le lycée et les moments plus intimistes. James Iha, de son nom complet James Yoshinobu Iha (イハ・ヨシノブ), est américain d’origine japonaise (qu’on appelle Nisei, c’est à dire de deuxième génération), né de parents immigrés japonais installés aux États-Unis. Le film a en fait une deuxième bande originale intitulée We Are Paranmaum, qui comprend les trois chansons complètes des Blue Hearts mentionnées ci-dessus, enregistrées par les actrices du film, mais également trois inédits dont l’excellent Aoi Kokoro (蒼い心). J’écoute donc ce EP de six titres et j’ai fini par apprécier la légère maladresse du chant de Bae Doona, qui n’est pas vraiment problématique quand il s’agit de punk rock. Je n’ai jamais vraiment été attiré par la musique des Blue Hearts mais j’écoute ensuite leur album éponyme de 1987. Même sans être amateur des morceaux du groupe, il est difficile au Japon d’échapper au morceau Linda Linda (リンダリンダ), notamment au karaoke, car il y a toujours quelqu’un qui choisira ce morceau plutôt facile à chanter en groupe. Le film Linda Linda Linda a le statut de film culte. On y trouve un naturel certain qui a dû rappeler à beaucoup de japonais leurs propres festivals Bunkasai de leurs lycées. Personnellement, je ne connais ces festivals que de loin à travers ceux de l’école de mon fils qui est justement lycéen. J’imagine très bien qu’ils ont un effet de rite de passage, et c’est toute l’idée montrée par le film. On sent que les quatre lycéennes sortiront changées de cette expérience éprouvante mais gratifiante de répétition et de représentation devant un public réceptif à leur musique certes maladroite mais extrêmement sincère.

Sur ma playlist musicale de fin d’été, je reviens vers le groupe Yureru ha Yūrei (揺れるは幽霊) que j’avais découvert au début de cette année avec un single intitulé Point Nemo (ポイント・ネモ), dont j’avais parlé dans un précédent billet. J’écoute maintenant le très beau morceau intitulé echoes of fading girl sorti le 6 Août 2025. J’aime beaucoup ce post-rock orienté Shoegaze avec des mélodies mélancoliques et introspectives. Le morceau a été composé par le guitariste Hidaka (日高) et la composition est extrêmement bien maîtrisée. J’adore la voix un peu vaporeuse et rêveuse de Sako (佐古). Tout comme Crab Club (蟹蟹) dont je parlais dans mon précédent billet, Yureru ha Yūrei est un groupe de rock alternatif originaire d’Okayama, et la vidéo avec une ambiance évoquant un film d’adolescence a été également réalisé par le même STUDIO TEPEMOK. Il y a donc un filon rock à Okayama, préfecture qui ne se limite pas musicalement à Fujii Kaze (藤井風). Ce dernier vient d’ailleurs de sortir un nouvel album que l’on acheté (ça sera peut-être le sujet d’un autre billet).

Je découvre ensuite Bukkoro Momoka (ぶっ恋呂百花) avec un single intitulé Anata wo Izanau (貴方を誘う) sorti cette année sur son album Yuurei no yō ni (幽霊のように). Il y a décidément beaucoup d’allusion aux fantômes (幽霊) dans ma playlist rock alternatif. Bukkoro Momoka, de son vrai nom Momoka Kinoshita (木下百花), est originaire de la préfecture de Hyōgo et a fait partie du groupe d’idoles NMB48 basé à Namba (Osaka) avant de partir pour se lancer en solo. Elle utilise ce nom de scène Bukkoro Momoka depuis 2023 et écrit, compose et arrange ses morceaux. L’ambiance, encore une fois mélancolique et introspective, de ce morceau est certainement très éloignée de ce qu’elle chantait à l’époque de NMB48, comme quoi les artistes ne sont pas cloisonnés dans des boites hermétiques, ce qui fait toujours plaisir à voir. Le rythme du morceau Anata wo Izanau est lent et la voix de Momoka très expressive, présente au plus près des oreilles de l’auditeur. Une autre grande qualité du morceau tient au passage de guitare par le guitariste originaire de Fukuoka, Shinichi Itō (伊東真一). A mi-morceau, il se lance dans un long solo incisif de guitare semblant improvisé et à la limite de l’expérimental. Ce passage renforce l’émotion qui se dégage du morceau, dans l’ensemble très travaillé engageant des chœurs en deuxième partie de morceau.

mélancolie des sanctuaires et dissonance des guitares

Je montre assez régulièrement des temples bouddhistes et des sanctuaires shintoïstes sur Made in Tokyo. Nous n’en avons pourtant pas visité un seul lors de notre court séjour sur la péninsule d’Izu au mois d’Août. On s’est en quelque sorte rattrapé ces dernières semaines avec des visites à Sano dans la préfecture de Tochigi, au Nord de Tokyo. Je pense que je tiens mon intérêt pour ces édifices religieux pour leur architecture en bois souvent remarquable. L’architecture du sanctuaire Isoyama Benzaiten (磯山弁財天) perché en haut d’une colline boisée est tout à fait remarquable. Il est dédié à Benzaiten, la déesse de la musique, des arts et de la connaissance. Le sanctuaire a été fondé en 948 et reconstruit, suite à des incendies, selon la technique traditionnelle Kakezukuri (sans clous) pendant la période de Kamakura. Isoyama Benzaiten était autrefois vénéré sur une petite île au milieu de l’étang Izuruhara Benten (出流原弁天) situé à proximité. Par gratitude, les habitants vivant le long de la rivière Izuru installèrent plus tard le sanctuaire à l’emplacement actuel. On monte une centaine de marches pour accéder au bâtiment principal du sanctuaire en haut de la colline. On y a une très belle vue sur les plaines du Kanto. Derrière le sanctuaire, se trouve une grande fissure dans la roche. Il en sort un courant d’air froid constant qui nous a rafraîchi pendant quelques instants au milieu de cet été interminable aux températures records. Nous redescendons ensuite vers l’étang Izuruhara Benten qui a la particularité de compter parmi les sources d’eau les plus claires du Japon. Cet étang est une source naturelle désignée comme trésor naturel préfectoral. La clarté de l’eau est en effet exceptionnelle, permettant de voir distinctement les carpes nager et les plantes aquatiques onduler, mais cette transparence reste difficile à capturer en photo.

Notre après-midi de Dimanche à Sano nous amène ensuite au temple bouddhiste Sano Yakuyoke Daishi (佐野厄除大師), officiellement connu sous le nom de Kasuga Okayama Tenborin-in Soshukan-ji (春日岡山転法輪院惣宗官寺). Le nom Kasuga Okayama fait référence à la colline où le temple a été établi en l’an 944, fondé par le moine Arison Shōnin (有尊上人) originaire de Nara. Kasuga fait également référence à la divinité locale, le Kasuga Myojin, vénérée dans la région. Ce temple est en particulier renommé pour ses prières visant à écarter la malchance et à apporter la prospérité. Le nom du temple utilise d’ailleurs le terme Yakuyoke (厄よけ) qui signifie littéralement « repousser et éviter les malheurs ». On connaissait déjà ce temple pour l’avoir vu en images à la télévision durant la période du Nouvel An. Pour Hatsumōde, des milliers de personnes se rendent chaque année au Sano Yakuyoke Daishi pour leur première visite au temple de l’année. L’endroit était heureusement beaucoup plus calme à notre passage, très différent des images que nous avions en tête.

Dans ma longue playlist musicale du moment, j’ai inclus l’excellent single Yasashisa in Gomenne par un jeune groupe de rock indé nommé Crab Club (蟹蟹). Il s’agit d’un quatuor originaire de la préfecture d’Okayama composé de Yukine Nakaya (中屋雪音) au chant et à la guitare, Michiru Kobayashi (小林みちる) également à la guitare, Rika Hirata (平田理華) à la basse et Shunsuke Omoda (面田俊輔) à la batterie. Le groupe, se définissant comme onirique et darkcore, s’est formé en 2023 mais n’a sorti officiellement que ce morceau, à ma connaissance. J’ai clairement envie d’en écouter plus de ce groupe, car j’adore le rythme lent et haché du single Yasashisa in Gomenne, et l’immersion qu’apportent les guitares. J’ai du mal à résister aux sons mélancoliques des guitares, d’autant plus quand elles s’aventurent vers des compositions plus expérimentales et dissonantes comme c’est le cas ici au début et à la fin du morceau. J’adore quand un groupe rock indé parvient à conclure parfaitement ses morceaux par une longue partie instrumentale. Il faut parfois laisser parler les guitares.

Dès les premières images de la vidéo de Yasashisa in Gomenne, j’ai été intrigué par les images de la guitariste en robe rouge devant une pagode de trois étages (三重塔) d’un temple. L’association entre temples bouddhistes et musiques n’est pas rare, mais me laisse à chaque fois des images fortes. J’ai voulu savoir où cette vidéo a été tournée, ce qui n’était pas du tout indiqué dans les crédits de la vidéo sur YouTube. Mon petit travail d’investigation s’est fait en partenariat avec ChatGpt. Il n’a pas été en mesure de trouver tout seul le lieu exact où a été tourné la vidéo, mais notre collaboration a tout de même été fructueuse. Les premières déductions de ChatGpt étaient de situer la vidéo dans une zone rurale ou péri-urbaine de la préfecture d’Okayama. Le groupe Crab Club (蟹蟹) étant originaire d’Okayama, cela nous a rapidement orienté vers cette région. Il a ensuite déduit que la video à été tournée autour d’Ushimado (牛窓) près de Setouchi, car cette vidéo a été réalisée par le STUDIO TEPEMOK qui a ses bureaux basés à Ushimado. Nous avons ensuite recherché les temples avec pagodes à trois étages situés dans cette région. ChatGpt fait des erreurs d’appreciation mais a tout de même identifié que le temple Uetarasan Yokeiji (上寺山餘慶寺) à Setouchi (瀬戸内市) pouvait être celui que je recherchais. Il m’a ensuite fallu continuer les recherches précises par moi-même, en comparant les images de la vidéo et celles du temple. J’y reconnais la statue souriante du début de la video, la composition spatiale de l’enceinte du temple, et les roches placées comme des statues devant un des halls. La vidéo de Yasashisa in Gomenne a donc bien été tournée au temple Uetarasan Yokeiji de la ville de Setouchi dans la préfecture d’Okayama. Le temple bouddhiste Uetarasan Yokeiji a été fondé en 749 et appartient à l’école Tendai. Il est situé sur la montagne Ueterasan (上寺山) que l’on appelle également Jōjisan. Le temple est notamment célèbre pour sa pagode à trois étages (三重塔) et est classé bien culturel important de la préfecture d’Okayama. Une partie de la vidéo du single a été tournée au bord d’une rivière qui être celle de Yoshii. L’histoire ne dit pas si on y trouve des crabes.