it’s all the same thing in a certain light

Enoshima (江の島), à l’extrémité de l’île appelée Chigo-ga-Fuchi (稚児が淵).

Autrefois, au temple Kōtoku-in de Kenchō-ji à Kamakura, vivait un moine nommé Jikyū Zenshu (自休蔵主). Un jour, Jikyū entreprit un pèlerinage de cent jours à Enoshima. C’est là qu’il rencontra un jeune chigo, un jeune et beau novice, nommé Shiragiku (白菊), également venu en pèlerinage. Shiragiku étudiait les lettres au temple Sōjō-in du sanctuaire Tsurugaoka à Kamakura. Dès ce jour, Jikyū ne put chasser Shiragiku de son esprit. Il lui adressa à maintes reprises des lettres empreintes de passion, mais ne reçut jamais de réponse. Pris au piège par les sentiments de plus en plus pressants de Jikyū, Shiragiku se retrouva acculé, poussé au bord du gouffre.

Une nuit, en se rendant à Enoshima, Shiragiku écrivit un poème sur un éventail qu’il remit au passeur de l’île, en lui disant: « Si quelqu’un vient me chercher, montrez-lui ceci », et il se jeta du promontoire dans la mer.

Quand Jikyū, venu à la recherche de Shiragiku, ouvrit l’éventail, il y lut les poèmes suivants: « Si quelqu’un me cherche au village des souvenirs de Shiragiku, dis-lui que mon cœur s’est noyé dans les flots d’Enoshima ». « Mes peines, je les ai confiées à Enoshima, et ma vie, je l’ai abandonné parmi les herbes marines sous les vagues ».

À la lecture de ces vers, Jikyū composa ce poème à son tour: « Dans la mer profonde de la tendresse de Shiragiku,, heureux suis-je de plonger avec lui dans les flots d’Enoshima ». Et il se laissa lui aussi emporter par les flots.

Jusqu’au début de l’ère Taishō, on pouvait encore voir en ce lieu la stèle de Shiragiku, dressée face à l’océan, racontant l’histoire de ce lieu nommé le gouffre du jeune novice, Chigo-ga-Fuchi (稚児が淵).

Once upon a time, was I a silent child who’s seen it all before?

Blonde Redhead est un groupe new-yorkais établi en 1993, composé d’un trio cosmopolite avec les jumeaux italiens Simone et Amedeo Pace, respectivement batteur et guitariste, et la chanteuse japonaise Kazu Makino. Le nom du groupe m’est familier depuis longtemps et je connais peut-être déjà certains de leurs morceaux sans m’en souvenir. Je découvre par l’émission Very Good Trip de France Inter le morceau Before tiré de leur album Sit Down for Dinner sorti en Septembre 2023, dans une version plus récente remaniée avec les jeunes chœurs de Brooklyn. Je préfère en fait l’originale que j’écoute beaucoup ces derniers jours. Le morceau a une grande sensibilité pleine d’une douleur que l’on ressent à travers la voix voilée de Kazu Makino. On ressent une alchimie à la fois un peu étrange et rêveuse entre cette voix éthérée et l’élégance des textures mélangée à la fluidité des guitares. Je n’ai pas encore écouté l’album en entier, mais j’y trouve déjà d’autres morceaux qui m’attirent beaucoup comme celui intitulé Kiss Her Kiss Her.

Dans la même émission de Very Good Trip, j’accroche également immédiatement au morceau de Destroyer intitulé Hydroplaning Off the Edge of the World sur son album Dan’s Boogie sorti en Mars 2025. Je connaissais déjà quelques morceaux de l’artiste canadien Destroyer, aka Dan Bejar, découvert autour de l’année 2010. Dans un autre épisode de l’émission, je découvre ensuite Never Enough de Turnstile, que j’avais déjà évoqué pour leur album Glow On, et Angel du groupe américain Mspaint. Ces morceaux sont tous les trois fabuleux dans leur genre, pour leur atmosphère très aboutie et pour le phrasé du chant particulièrement addictif, parlé pour Destroyer, rock à tendance punk pour Turnstile et rap vindicatif pour Mspaint. Et pour terminer cette petite playlist rock américaine, j’écoute aussi beaucoup le morceau What Do I Know du trio de Seattle Deep Sea Diver sur leur album Billboard Heart sorti en Février 2025. Ce petit écart hors des musiques japonaises me fait beaucoup de bien et me rappelle qu’il ne faut que je perde de vue les nouveautés alternatives outre-pacifique.

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La gêne occasionnée par la chaleur actuelle m’empêche de marcher longtemps dehors pendant les journées du week-end. Je prends donc moins de photographies, ce qui n’est pas très grave car mon hébergeur commence à me lancer des alertes comme quoi mon espace disque est presque plein et qu’il faudrait que je pense très bientôt à passer au plan d’hébergeur supérieur. Ça m’enchante moyennement car cette mise à niveau s’accompagne bien entendu d’une hausse de prix. Il me reste pourtant un grand nombre de photographies non encore publiées, dont les deux ci-dessus prises à Azabu-Jūban gênées par des passants et des voitures. Le déclencheur est volontaire de ma part car je voulais perturber mes propres photographies pour qu’elles s’adaptent au thème général de cette série Freeform.

La musique de Yuka Nagase (長瀬有花) sur son album Mofu Mohu (模糊模糊) est aussi élégante que délicate, comme les gouttes de pluie qui tombent sur le morceau d’introduction Today’s Music. Le morceau Skeleton (スケルトン), qui suit, donne une bonne idée de la grande liberté de composition qui anime sa musique. Et musicalement, c’est absolument brillant de bout en bout, avec une grande fraîcheur qui accompagne sa voix. J’ai découvert la musique de Yuka Nagase par le cinquième morceau de l’album, intitulé Wonderful VHS (ワンダフル・VHS), dont le titre m’a d’abord intrigué, étant moi-même de la génération VHS. Il s’agit d’une sorte d’ode à la cassette VHS, qu’elle n’a probablement pas connue à l’époque, mais qu’elle a apparemment découverte grâce à sa grand-mère. Sauf que pour Yuka Nagase, l’acronyme VHS ne signifie pas vraiment Video Home System. Dans son monde alternatif, le V signifie Victory, le H Human, et le S… S, tout simplement (Vはビクトリー Hはヒューマン SはS). Ce petit trait d’humour m’a tout de suite beaucoup amusé. Le morceau adopte un style très proche du son du groupe Soutaisei Riron (相対性理論), et les paroles, qui jouent avec les mots, rappellent ce que pourrait chanter Etsuko Yakushimaru (やくしまるえつこ). Ce mimétisme, certainement volontaire, s’arrête cependant à ce morceau. Note ni wa Kagi (ノートには鍵) est l’un de mes morceaux préférés de l’album : il a un ton très guilleret mais se laisse emporter, vers la fin, par un superbe flot de guitare distordue. Cette guitare reste ensuite très présente sur le morceau suivant, Hikari, qui prend une orientation rock beaucoup plus prononcée. L’album, composé de neuf morceaux, est relativement court, d’autant plus qu’il contient deux courts interludes, dont un au titre très poétique: Poisson Soluble. Le morceau Tōku Hanareru Shikō no Kikitori (遠くはなれる思考の聞き取り), qui conclut l’album, est également excellent grâce à une composition complètement atypique, fondée sur un équilibre instable d’ambiances. Mofu Mohu s’apparente en fait à un album conceptuel, aux frontières floues entre les genres musicaux, mais résolument alternatif.

et la galerie suffit à peine

Depuis la station de Kameari que j’évoquais brièvement dans mon précédent billet, la ligne de métro Chiyoda me ramène vers le centre de Tokyo. Je fais cependant un arrêt en cours de route à Yushima, pour une petite visite au sanctuaire Yushima Tenman-gū (湯島天満宮), également appelé Yushima Tenjin, que je n’avais pas visité depuis plus de vingt ans (à une époque où je confondais encore temple et sanctuaire apparemment). Mais j’y reviendrais très certainement un peu plus tard dans un autre billet. Je marche ensuite vers Kanda Jinbocho en passant par Ochanomizu, dans le quartier des vendeurs d’instruments de musique et notamment de guitares. Je repense tout d’un coup à Kazunobu Mineta (峯田和伸) de Ging Nang Boyz qui y a acheté sa nouvelle guitare Gibson Firebird. J’y avais également acheté ma Gibson SG noire il y a plus de vingt ans. J’hésite un peu à entrer dans un des magasins au hasard, mais je ne veux pas trop perdre de temps en route. Je traverse ensuite des zones universitaires, notamment du campus de l’Université Meiji, puis arrive finalement un peu avant 18h à ma destination, la galerie New Gallery que je connaissais déjà pour y avoir vu une exposition dédiée au groupe Hitsuji Bungaku (羊文学). Il se déroulait du Vendredi 16 Mai au Dimanche 8 Juin 2025 une exposition solo de l’artiste Wataboku, et j’y suis allé l’avant-dernier jour. J’aime beaucoup cet artiste et c’est même la quatrième fois que je vais voir une de ses expositions solo. J’avais vu une exposition de Wataboku à Harajuku, une autre à Shimokitazawa et une plus importante au musée du PARCO de Shibuya. Wataboku est connu pour ses représentations de la jeune fille appelée SAI et on retrouve également ce personnage dans cette nouvelle exposition.

L’exposition de Wataboku à la galerie New Gallery de Jinbocho s’intitule TOUCH. Alors que l’exposition précédente prenait un thème hospitalier avec une certaine notion de souffrance, cette nouvelle exposition prend le contre-pied de la présente et aborde le thème de l’amour. L’artiste choisit ses thèmes en fonction de ses expériences personnelles donc on peut imaginer qu’il a atteint cet état d’être. Alors que ses œuvres précédentes étaient principalement à base digitale, il conçoit cette fois-ci les illustrations de cette série de manière plus traditionnelle à l’encre de Chine (Sumi). Il se dégage ainsi de la précision du dessin numérique pour aborder des traits plus amples en laissant l’encre s’imprégner dans le papier. L’artiste a vu cette approche, nouvelle pour lui, comme un défi artistique mais personnellement, que ça soit en numérique ou en physique à l’encre de Chine sur papier, je lui trouve le même talent pour exprimer une sensibilité palpable sur les expressions du visage de ses personnages. L’espace de la galerie est réduit et ne montre que ses nouvelles illustrations qui sont même destinées à la vente. Cette galerie est agréable car elle se compose de nombreuses grandes baies vitrées donnant sur la rue. On pourrait presque visiter l’exposition de l’extérieur sans entrer à l’intérieur. En un sens, la galerie d’art ne suffit même plus comme espace d’exposition car celui-ci s’étend sur les rues aux alentours.

Après quelques escapades vers d’autres horizons musicales, je reviens un peu vers le rock alternatif japonais en découvrant un jeune groupe du Kansai nommé 171 ou Inaichi. Le nom du groupe est basé sur la route 171 qui traverse Kyoto, Osaka et Hyogo. Il s’agit d’un trio composé du batteur Morimori (モリモリ) qui a fondé le groupe, de Harunobu Tamura (田村晴信) au chant et à la guitare et de Kana (カナ) au chant et à la guitare basse. Ils étaient tous les trois des amis de lycée ou d’université. Je découvre pour le moment trois morceaux: Intersection (インターセクション) et We, in the gray zone (グレーゾーンの私たち) de leur album My Second Car sorti en Avril 2023 et leur single plus récent Footsteps (足音) sorti le 3 Juin 2025. Les morceaux sont chantés à deux voix, celle de Tamura et de Kana, et j’adore la manière par laquelle elles viennent se mélanger à des tons différents sur le morceau Intersection. Il y a une dynamique débordante et une énergie émotionnelle assez épatante sur ces morceaux. Ce débordement se ressent bien dans les vidéos, comme celle de Footsteps où les trois membres du groupe se chamaillent comme des enfants qui auraient un trop plein d’énergie. Leur approche musicale est directe et sans artifice, souvent avec un petit brin de mélancolie et toujours avec une exécution puissante tant dans le son des guitares que dans les ardeurs vocales. J’imagine que ce groupe doit très bien donner en concert. Je vais pour sûr me plonger un peu plus dans leur rock alternatif, qui me rappelle parfois un peu celui de Shutoku Mukai.

Je découvre ensuite le rock alternatif de SAGOSAID (Ş̷̜͓̲͆̄͆͒̕̚𝓐𝓖𝔒S̵̡̛A̵̢̛I̷͢͠D̷͜͡) avec son mini-album Itsumademo Shinu no ha kowai? (いつまでも死ぬのは怖い?) qui est sorti le 18 Juin 2025 en CD mais qui était déjà sorti en version digitale, celle que j’écoute en entier très régulièrement. J’ai découvert SAGOSAID à travers le compte Instagram de 1797071 (いなくならない), qui mentionnait régulièrement la sortie de ce nouvel album. 1797071 est un des noms d’artiste de MAKO, ex-guitariste du groupe Ms Machine malheureusement défunt, chanteuse du groupe Som4li, musicienne électronique witchhouse et DJ. Je pense que j’ai écouté et j’aime toutes les musiques sur lesquelles elle est impliquée, ce qui m’a forcément poussé à écouter SAGOSAID. SAGOSAID avec son groupe se produisait le 5 Juin 2025 dans la salle WWW de Shibuya et elle était entourée d’autres musiciennes, dont 1797071, pour assurer les premières parties. J’aurais aimé assister à ce concert mais le jour ne convenait pas et je m’en suis rendu compte un peu trop tard. Elle a dû y jouer en intégralité ce nouveau mini-album car il s’agissait de ce qu’on appelle une « Release Party ». J’ai accroché à cette musique rock dès le premier morceau Am I afraid of dying? et j’y ai tout de suite retrouvé un esprit rock alternatif US qui me plait beaucoup. SAGOSAID ne cache pas son amour pour le rock US (sa page A propos montre un gif animé de Kurt Cobain, elle porte un t-shirt de Dinosaur Jr) qui se ressent très fortement sur les 7 morceaux de son mini-album. J’aime beaucoup ce mini-album dans sa totalité. Il ne révolutionne certes pas le genre mais aborde avec une passion convaincante cette atmosphère alternative nord-américaine qui est très loin de s’être éteinte au Japon. SAGO chante et joue de la guitare, mais est également bien accompagnée d’un groupe composé de Yusuke Shinma et Mamoru Tazawa aux guitares, de Kimchang à la basse et de Ideuchi Riku à la batterie. Le guitariste Yusuke Shinma est également mixeur au Studio REIMEI à Chofu dans lequel l’album de SAGOSAID a été en partie enregistré. Yusuke Shinma a également participé à l’enregistrement et au mixage d’un album du groupe de rock hardcore KLONNS, pour lequel 1797071 a créé l’illustration de couverture. Il faut dire aussi que SHV du groupe KLONNS est également membre du groupe Som4li cité ci-dessus. Tout ceci explique peut-être et en partie le lien existant entre SOGASAID et MAKO (aka 1797071). L’album a également été enregistré au Studio Strohorn Music Laboratory de Rei Yokoyama à Nishihara. Je vois d’ailleurs que l’album The Third Summer of Love de Lovely Summer Chan (ラブリーサマーちゃん), dans une même veine rock que j’ai déjà mentionné sur ce blog il y a longtemps, a également été enregistré dans ce même studio. Il y a un lien ici qui explique peut-être le fait que Lovely Summer Chan jouait également en première partie de SAGOSAID au WWW de Shibuya. Dans ma petite playlist de rock indépendant, j’écoute aussi le nouveau single de N・FENI (ん・フェニ) intitulé Hibi (日々) sorti à la fin du mois d’Avril 2025. J’avais déjà mentionné cette artiste pour ses deux précédents singles. On retrouve ici cette même mélancolie rêveuse qui me plait vraiment beaucoup. Ça m’a amusé de voir que N・FENI était présente lors du concert de SAGOSAID. Ce n’est pas très étonnant car on y ressent une même mouvance rock.

光夢の人々

Michie Hiraizumi (平泉道枝) a 27 ans et est née à Minami Azabu. Elle travaille dans une agence d’avocats à Marunouchi, en tant qu’avocate spécialisée en droit immobilier. Elle a rencontré son mari dans son ancienne agence d’Akasaka où elle a fait ses débuts. Ils se sont mariés en Juin il y a un an, dans la ville de Kobe d’où est originaire Yuki, son mari, et où vit encore ses parents. Yuki a fait ses études universitaires à Tokyo tout comme Michie, mais dans une université différente. Ils se sont croisés à plusieurs reprises lors de stages et séminaires préparatoires à la profession, mais sans lier connaissance à cette époque là. Cela a par contre été le lien qui les a rapproché lorsqu’ils ont intégré l’agence d’Akasaka à deux mois d’intervalle. Michie a peu de temps pour elle, mais elle ne sacrifierait pour rien au monde le moment à la fin de la journée où elle prend son temps avec Yuki sur la terrasse de leur appartement de Moto-Azabu pour boire un ou deux verres de vin blanc français. Depuis son enfance, Michie aime écouter le chant de Yoshiko Sai le soir, sur la platine de disques vinyles. Yuki aime chiner dans les petits magasins de disques d’occasion d’Ochanomizu ou de Shinjuku pour y trouver les disques que lui commande Michie. Il s’agit plutôt de standards japonais et parfois français. Michie aime Gainsbourg par dessus tout, ce qui l’a même incité à commencer l’apprentissage du français. Le temps lui manqua malheureusement pour faire des progrès remarquables même si sa volonté était bien présente. C’était un déchirement pour Yuki de la voir partir, un peu plus d’un an après leur mariage. Un conducteur sous l’emprise de l’alcool l’a fauché tard le soir dans une rue près de leur appartement alors qu’elle rentrait d’une longue journée de bureau. Le conducteur l’a violemment percuté puis à dévier vers un mur qui a défoncé tout l’avant du véhicule. Le conducteur n’a pas survécu. Il est encore maintenant difficile de comprendre comment le conducteur a pu être emporter par la vitesse dans une rue aussi étroite. Tous les soirs, Yuki continue à boire un verre de vin blanc sur la terrasse du balcon en regardant intensément une photo de Michie. C’est la photo d’elle qu’il préfère et qu’il a pris il y a plus de deux ans. Elle marche dans une rue sombre de Shinjuku. Ils venaient d’y passer un dîner pour ses 25 ans. il ne peut oublier ce moment et ce rituel quotidien lui permet de garder un contact permanent avec Michie, de ressentir sa présence à travers l’au-delà.

Makoto Hasegawa (長谷川真琴) a 24 ans. Elle elle est née à Yokohama et travaille actuellement dans un magasin de vêtements à Minato Mirai dans le grand centre commercial de Queen’s Square. Elle a fait quelques années au Department Store Isetan de Shinjuku, mais les problèmes de santé de sa mère l’ont obligé à se rapprocher de Yokohama. Elle est célibataire et passe beaucoup de son temps libre avec ses deux meilleures amies Yoshiko et Minami. Ce sont ses amies d’enfance, depuis l’école primaire à Yokohama. Yoshiko lui ressemble beaucoup de caractère, plutôt réservée mais aux idées très arrêtées sur différentes choses de la vie. Minami Tezuka est par contre très différente. Elle jouait dans un groupe de rock en indépendant depuis quelques années avec son ami Ruka, mais ils se sont séparés récemment. Minami continue par contre la musique avec un autre groupe appelé Lunar Waves où elle chante et joue de la guitare. Elle vit au jour le jour, ce que Makoto a du mal à comprendre, étant beaucoup plus organisée dans sa vie. Makoto va par contre aussi souvent qu’elle le peut à ses concerts, mais elle préfère tout de même son idole Sheena Ringo. Elle a écouté son album Hi Izuru Tokoro (日出処) de manière obsessionnelle lors de moments difficiles de sa vie. Elle y trouve encore maintenant un réconfort certain et une force qui la fait persévérer. Makoto vit avec sa mère dans son appartement depuis le décès de son père lorsqu’elle avait 16 ans. Tous les soirs du retour de travail, elle allume une tige d’encens, joint les mains et raconte sa journée en quelques mots. Elle reçoit en retour quelques mots d’encouragement, qu’elle s’empresse de noter sur son petit carnet noir qu’elle amène toujours avec elle dans son sac. Toutes les semaines, elle s’assoit sur le tatami de l’ancienne chambre de ses parents pour ouvrir son carnet et relire les mots écrits pendant la semaine. C’est un rituel qu’elle répète depuis huit ans et qui lui donne une grande force, celle d’affronter tous les aléas de la vie.

Reiko Umezawa (梅澤玲子) vient juste d’avoir 21 ans. Elle vit dans un monde de fantaisie qu’elle a appris à apprivoiser. Dès sa plus jeune enfance, ses parents ont deviné que Reiko était différente des autres enfants de son âge. Elle avait quelques bonnes amies mais préférait souvent rester seule. Elle n’était jamais vraiment seule car elle parlait très souvent avec un ami imaginaire qu’elle seule pouvait voir. Elle appelle son ami L’Écho car il répète souvent ce qu’elle dit pour la taquiner. Les parents de Reiko l’ont maintes fois interrogé sur son ami Écho. Reiko leur répond toujours le plus simplement du monde qu’Écho est un monstre qui ne lui veut aucun mal. Les médecins lui ont reconnu une forme rare de schizophrénie enfantine qui provoque des hallucinations, mais dont les effets peuvent être amenuisés par un traitement antipsychotique. Reiko parvient ainsi à maîtriser ses visions irréelles et à mener une vie quasiment normale. Mais dans son monde de fantaisie, elle est une princesse vêtue d’une robe blanche immaculée qui a réussi à maîtriser un monstre. Il l’accompagne et la protège quand elle s’éclipse de la maison le soir pour aller à la bibliothèque de la ville de Matsumoto où elle habite. Elle sait qu’une des portes n’est jamais fermée à clé et s’introduit dans les rayons de livres sans allumer de lumières, sauf celles des veilleuses. Elle est férue de lecture et aime les récits historiques, mais également ceux fantastiques que ses parents ne veulent pas la laisser lire. Elle y recherche des réponses sur son état d’être. Elle y recherche même des semblables. Le monstre dans la pénombre la surveille avec bienveillance. Il ressent les présences et sait quand il est l’heure pour la princesse de rentrer à la maison. Reiko n’est pas une princesse que pour le monstre Écho, elle l’est également pour sa mère qui lui confectionne les robes dont elle a envie. Sa mère est une très bonne couturière et son père est gérant d’une petite boutique de vêtements près du château de Matsumoto. Reiko lui vient souvent en aide dans sa boutique. Elle a un certain don pour attirer dans la petite boutique de son père les visiteurs qui doivent percevoir en elle la princesse du château. Les voisins de la boutique l’appelle même la princesse Reiko, ce qui l’a fait sourire par politesse. Au fond d’elle-même, elle sait très bien qu’elle était en d’autres temps la princesse du château de Matsumoto, mais elle ne peut l’avouer à personne. Ses souvenirs de fin d’après-midi, assise en kimono sur le tatami de la salle de la lune du château sont toujours très présents. Ce sont des moments que l’on ne peut oublier.

Les images ci-dessus sont imaginaires et ont été créées par intelligence artificielle (IA). Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé ne seraient que pure coïncidence.

J’ai à vrai dire beaucoup hésité à publier les trois portraits ci-dessus, qui commenceront peut-être une nouvelle petite série, car ceux-ci se basent sur des images créées par intelligence artificielle, à partir d’une description assez précise que j’ai fourni en paramètre. Mon idée initiale était de créer une nouvelle page cachée du blog, que personne ou très peu de personnes seraient en mesure de découvrir, avec ces images et un court commentaire. Les courts commentaires sont devenus des petits textes, qui se croisent parfois avec mon plus long texte en cours du songe à la lumière (dont le titre de ce billet est d’ailleurs inspiré) et je me suis finalement dit qu’il serait dommage de ne pas les publier de manière visible sur le blog. J’aime créer ces images pour ensuite essayer d’imaginer quelles peuvent être leurs histoires. Au moment de créer chaque image, j’ai une bonne idée du résultat que je veux obtenir et réitère de nombreuses fois mes requêtes (parfois des dizaines de fois) pour obtenir le personnage désiré. Mais au moment où je crée ces images, je n’ai pas encore une idée précise de ce qu’elles vont m’inspirer. Je pense que c’est la dose d’imprévu apportée par l’intelligence artificielle qui me permet d’étendre en quelque sorte mon imagination. J’aime beaucoup cette étape d’écriture à partir d’une image quasiment photographique et réelle. L’histoire se construit presque naturellement en regardant ces personnages, comme si ceux-ci m’expliquaient verbalement leurs histoires. Je ne sais pas pour quelle raison je suis plus à l’aise pour écrire au sujet de personnages féminins. Peut-être parce que ça me permet de maintenir une certaine distance. Ceci étant dit, j’aime également écrire à la première personne. J’arrive en fait assez mal à me projeter dans l’écriture dans une personnalité masculine qui n’est pas la mienne.

Les deux photographies ci-dessus proviennent du festival Ebisu Blooming Jazz Garden qui avait lieu à Yebisu Garden Place du 16 au 18 Mai 2025. Je n’ai malheureusement pas pu voir grand chose, faute de temps et de réservation préalable. J’aurais par exemple été curieux de voir TENDRE le vendredi soir. L’horaire ne m’avait pas permis de le voir, ce qui est dommage car c’était un concert gratuit en plein air, sur la grande place intérieure à Garden Place. J’aurais également voulu voir l’artiste électronique Yuki Matsuda (松田ゆう姫) aka Young Juvenile Youth dont la représentation avait lieu dans la salle Blue Note Place, mais il me semble que le principe de Blue Note est de manger sur place, ce qui m’attire moins. Il s’agissait d’une collaboration avec la danseuse Aoi Yamada (アオイヤマダ). Bon, en même temps, je n’avais pas beaucoup suivi son actualité musicale depuis les EPs Animation et Hive / In Blue sorti en 2015 et 2016, que j’avais pourtant beaucoup aimé à l’époque. Yuki Matsuda est la fille de l’acteur Yūsaku Matsuda et de l’actrice Miyuki Matsuda, et sœur des acteurs Ryuhei et Shota Matsuda. Il n’était pas très étonnant de constater qu’elle est également actrice à ses heures perdues. Un petit passage rapide à Yebisu Garden Place le dimanche vers midi me fait découvrir un duo composé de la pianiste Saki Ozawa (小沢咲希) et du joueur de ukulele et chanteur Toshiki Kondo (近藤利樹). Ce n’est pas un style que j’affectionne particulièrement mais l’attrait de la musique live me fait rester pour écouter quelques morceaux, dont des reprises, très bien maitrisées et appréciées du public. J’aime bien cette ambiance de musique en plein air mais je ne suis jamais allé à des grands festivals au Japon, comme celui de Fuji Rock ou de Summer Sonic. C’est peut-être un manque, il faut que je réfléchisse à la question. Le festival Ebisu Blooming Jazz Garden a lieu tous les ans à cette même période. Je le manque par contre à chaque fois, tout comme le festival du parc d’Hibiya (日比谷音楽祭) organisé tous les ans par Seiji Kameda au mois de Mai. C’est une nouvelle fois bien dommage, car j’aurais voulu voir jouer Utena Kobayashi (小林うてな) sur la terrasse de la tour Hibiya Mid-Town.

Ces derniers temps, j’écoute beaucoup les émissions de NTS Radio, notamment les trois excellents mixes de Yeule dont je parlais dans mon précédent billet, ainsi que la dernière émission de Liquid Mirror dont je parlais également dans ce même billet. J’ai à vrai dire un peu de mal à tourner la page de ces quatre émissions qui accaparent mon attention au delà du raisonnable. Mon exploration des émissions musicales de NTS Radio m’amène pourtant vers des horizons très différents lorsque je découvre une sélection de morceaux de Yoshiko Sai (佐井好子), chanteuse, compositrice et poète originaire de la préfecture de Nara. Elle a sorti quatre albums entre 1975 et 1978, évoluant dans des ambiances fusionnant le jazz, la pop et une certaine dose de folk psychédélique. L’emission In Focus de NTS me fait découvrir cette chanteuse et musicienne que je ne connaissais que de nom, et c’est comme un choc de découvrir maintenant cette musique qui a cinquante ans mais qui ne semble pas avoir beaucoup vieilli. La sélection de NTS est merveilleuse. Le piano et la voix de Yoshiko Sai sont par exemple tout simplement exceptionnels sur le troisième morceau Chō no Heya (蝶のすむ部屋) qui s’enchaîne très subtilement avec le suivant Nemuri no Kuni (眠りのくに). C’est beau à en tomber à la renverse. Du coup, j’écoute à la suite son premier album Mangekyō (萬花鏡) de 1975, dont je connaissais déjà la couverture qui m’intrigue depuis longtemps. On retrouve quelques morceaux de Mangekyō sur la playlist de l’émission de NTS, mais j’y découvre quelques autres superbes morceaux comme celui intitulé Tsubaki ha Ochita Kaya (椿は落ちたかや), qui a une beauté et une puissance tout à fait fascinante, et le très beau Yuki Onna (雪女) vers la fin de l’album. Cet album est pour moi un petit voyage dans un autre monde.

le point de fuite des fourmis

L’étrange araignée gonflable que l’on peut voir depuis la rue principale du quartier de Daikanyama à travers la grande baie vitrée de la petite galerie de Hillside Terrace attire tout de suite le regard. On la devine en mouvement comme si elle respirait profondément. Je m’approche de la galerie. Elle occupe la quasi totalité de l’espace. Une pompe à air lui fait bouger les membres de manière intermittente. Autour de ses pattes noires et roses, elle est décorée de multiples couleurs. Ses formes sont étranges sans pour autant être vraiment inquiétantes. Il s’agit d’une création de l’artiste Lee Byungchan (이병찬), originaire de Corée du Sud et né en 1987. Ces œuvres évoquent des étranges créatures ondulantes, réalisées en plastique jetable. Elles viennent parasiter symboliquement le corps humain dans des mises en scène photographique ou filmées. Son travail artistique entend rendre visible la matérialité invisible des énergies circulant dans les espaces urbains, traduire la masse urbaine en des formes respirantes. Dans une autre salle de l’exposition montre des vidéos de ces étranges monstres portatifs accrochés au dos des personnes sans qu’ils où elles ne s’en rendent apparemment compte. On imagine ces objets comme des représentations imagées de l’être profond que l’on ne souhaite pas montrer aux autres mais qui finit par transparaître dans toute son évidence (ndlr: l’auteur de ces lignes se demande en ce moment à quoi pourrait ressembler cet appendice extérieur en ce qui le concerne). Cette petite exposition s’intitulait The Vanishing Point of the Ant (アリの消失点) et se déroulait du 26 Avril au 25 Mai 2025 dans la petit galerie Art Front Gallery de Hillside Terrace.

Après son album Flesh sorti le 11 Mars 2025, l’artiste électronique cyber milkちゃん nous propose un long mix d’un peu plus d’une heure intitulé Ambient & Experimental mix with cyber milkちゃん sur sa chaîne YouTube et je l’écoute bien sûr avec attention. On y retrouve l’ambiance indistincte et vaporeuse qu’on pouvait entendre et apprécier sur son album. A la 27ème minute du mix, je crois reconnaître l’instrumental Movement III: Linear Tableau with Intersecting Surprise de Sufjan Stevens sur son album The BQE, morceau que j’adore au plus haut point (ndlr: ce plus haut point serait placé sur une hypothétique hiérarchie musicale qui n’aurait bien sûr qu’assez peu de sens mais qui aurait au moins le mérite de traduire l’enthousiasme ponctuel ressenti). Sauf que dans le mix de cyber milkちゃん, ce morceau est presque irreconnaissable au point où je me demande tout le long de mon écoute s’il s’agit bien de celui-ci. Je lui ai bien demandé, mais seule la divinité Benzaiten (ndlr: divinité bouddhiste japonaise du savoir, des arts dont la musique, entre autres) pourra prédire si elle me répondra un jour. A propos de mix, j’attends avec une certaine impatience le nouvel épisode mensuel de Liquid Mirror d’Olive Kimoto sur NTS Radio, qui aurait dû arrivé à la fin du mois de Mai et qui commence à tarder. Je patiente donc en réécoutant encore l’épisode du 29 Avril 2025, qui est excellent dès les premières minutes avec l’étrange et hypnotisant Xith c. Spray de Lee Gamble qui pourrait nous faire entrer en médiation transcendantale si on n’y criait gare. Ce morceau est tiré de l’album Models sorti en Octobre 2023.

Alors qu’on parlait justement de NTS Radio dans les commentaires d’un précédent billet, mahl me fait remarquer très justement que Yeule y a également sa chaîne avec trois épisodes diffusés cette année dans une série intitulée ALTAR ♱ ELECTRONICA W/ YEULE. Je m’empresse de les écouter en me promenant du côté des quartiers d’Ayase et de Kameari dans le Nord de Tokyo (ndlr: ces lieux seront le sujet d’un prochain billet), alors que j’avais une après-midi entière à passer seul. On n’est jamais vraiment seul lorsqu’on est entouré de bonnes musiques, même si la solitude est un élément indissociable de mes promenades tokyoïtes (ndlr: ceci pourrait également être le sujet d’un billet, plus long peut-être). J’écoute donc les trois épisodes disponibles en ordre antéchronologique, en commençant donc par celui du 28 Février, puis celui du 31 Janvier et finalement le premier épisode du 3 Janvier 2025. Les trois heures d’écoute à la suite ne sont pas de tout repos, car le son y est très abrasif, disruptif et à l’atmosphère très sombre à l’image des photographies accompagnant l’émission prises par le photographe américain Neil Krug. On ne s’ennuie pas car on y trouve beaucoup d’excellents moments, comme par exemple le morceau Ninacamina de l’artiste électronique australienne Ninajirachi avec la productrice américaine Izzy Camina, remixé par le DJ anglais KAVARI. Dans les mixes, on reconnaît parfois mais rarement quelques morceaux de l’électronique mainstream comme le Born Slippy d’Underworld, mais dans une version défigurée par le DJ et producteur américain Cenaceae. Je n’étais pas vraiment surpris de voir dans ces mixes un morceau de Grimes. Il s’agit d’un de ses premiers singles intitulé Genesis (ndlr: et peut-être son meilleur le plus inspiré tant musicalement que visuellement), sauf que le morceau est accrédité au musicien électronique grec Michail Chondrokoukis, sous le nom Apu Nanu, qui le remixe en fait complètement. A ses débuts, je ressentais que Yeule prenait Grimes comme une sorte de modèle, mais elle est désormais partie beaucoup plus loin musicalement. Yeule vient d’ailleurs de sortir son nouvel et quatrième album Evangelic Girl is a Gun, que je pressentais être excellent à l’écoute des trois singles sortis à l’avance. À part ces singles, je trouve malheureusement le reste de l’album en deçà, à la limite un peu fade surtout si on les compare à l’excellent single Evangelic Girl is a Gun qui donne son titre à l’album. L’approche est moins écorchée que sur ses albums précédents et je pense que c’est la raison pour laquelle je le trouve moins intéressant, tout en n’étant pas mauvais pour autant, loin de là. Les trois mixes de NTS Radio sont en comparaison beaucoup plus puissants. Mais comme le fait d’être déçu d’un nouvel album de Yeule me déçoit, je vais certainement entamer une nouvelle écoute qui me fera peut-être changer d’avis.