wolves crying at the giant moon

Samedi dernier, je voulais profiter de la grande lune installée par l’artiste anglais Luke Jerram près de la gare de Shimo-Kitazawa avant qu’elle ne disparaisse. Mais c’est après être arrivé à pieds à Shimo-Kitazawa en fin de matinée que je me suis rendu compte que la lune n’était montée qu’à partir de 15h. Je suis donc revenu en vélo dans l’après-midi en gardant un œil sur le ciel car le typhon numéro 15 approche très rapidement. La pluie finit par tomber progressivement puis plus intensément par moments ce qui rend difficile un retour à vélo. Je ferais donc le long retour à pieds en tenant le vélo d’une main et le parapluie de l’autre. La difficulté supplémentaire de mon vélo est qu’il a un pédalier de type vélo de piste, c’est-à-dire qu’il est en permanence solidaire de la tour arrière. Quand on tient le vélo d’une main pour le faire rouler à côté de soi, il faut donc s’en écarter suffisamment pour ne pas se prendre des coups de pédales car le pédalier tourne au rythme du mouvement. Mais je ne regrette pas, malgré la pluie, d’avoir fait le déplacement jusqu’à cette lune qui apportait un brin de fantastique dans les rues de Shimo-Kitazawa. L’installation a apparemment été enlevée le Dimanche 25 Septembre. J’en montrais quelques photos supplémentaires sur mon compte Instagram la semaine dernière. J’aime beaucoup marcher jusqu’à Shimo-Kitazawa et notamment traverser le quartier de Yoyogi-Uehara que je connais assez bien sans jamais y avoir habité. J’ai dû en parcourir la plupart des rues. On y trouve par endroits des petits moments d’architecture remarquable. Shimo-Kitazawa reste beaucoup plus désordonné dans sa composition urbaine mais est malheureusement en voie de gentrification. Les alentours de la gare sont notamment en construction depuis plusieurs années et il y a fort à parier que la standardisation urbaine touche petit à petit les rues du centre. Au passage, je suis assez surpris par la longévité d’une grande illustration murale montrant des têtes de loups criant vers le ciel, ou peut-être plutôt vers la lune imaginaire qui est proche. Je vois très régulièrement sur les murs les mots « Tokyo is yours » écris à la va-vite. On sait peu de choses sur le ou les taggers écrivant ces messages dans les rues de Tokyo. Le message sur la photographie ci-dessus est écrit à l’entrée d’un escalier menant vers un sous-sol sombre et il est accompagné d’une petite flèche qui semble nous inviter à y pénétrer. Je me demande quel univers mystérieux se cache à cet endroit.

Je ne suis jamais allé dans les petites salles de concert de Shimo-Kitazawa (autant que je m’en souvienne) et il y en a pourtant plusieurs que je vois souvent mentionnées lorsque je parcours les fils Twitter de certains artistes et groupes indépendants. Tricot s’y était notamment produit en petit comité un peu plus tôt cette année en Avril (j’en parlais dans un billet précédent), avec pour objectif principal de faire un enregistrement en direct visible par les spectateurs à l’étranger, en compensation du retard de leur tournée européenne. Les mois ont passé et Tricot est actuellement en Europe pour de nombreuses dates de concerts. J’aime beaucoup suivre leur périple sur Instagram car Ikkyu et Hiromi montrent beaucoup de photos et de petits films. Après l’Angleterre, Tricot est passé à Paris pour un seul concert au Point Éphèmère et les reportages que j’ai reçu d’un amateur sur place (qui se reconnaîtra) indiquent que le concert était très bon avec un très bon accueil parisien. Je n’ai pu m’empêcher de capturer quelques photos du compte d’Ikkyu et de Tricot pour garder une trace de ce passage français.

Et pendant que Tricot tourne en Europe, Ikkyu Nakajima (中嶋イッキュウ) sort sous le nom de projet SUSU (好芻) un mini-album intitulé Gakkari. il s’agit d’une collaboration avec le musicien Kanji Yamamoto (山本幹宗). Le mini-album a une ambiance musicale très éloignée de la dynamique millimétrée du math-rock de Tricot. L’univers de Gakkari. est innocent et insouciant, dans des ambiances rêveuses. L’approche est très rafraîchissante. Je trouve cette approche comme détachée de la réalité. On y trouve parfois des petits moments musicaux orientaux et cet aspect un peu oriental donne à ce mini-album un côté un peu kitsch sans vraiment l’être. C’est un équilibre bien dosé qui tient par la voix un peu voilée mais parfaitement maîtrisée d’Ikkyu. J’aime en particulier les deux singles, Blue Boat qui démarre le mini-album et Night Market qui le conclut. Cet univers ne s’est révélé pour moi qu’après plusieurs écoutes, mais j’y ai tout de suite trouvé de l’intérêt.

Et pour continuer sur Tricot et partager une discussion que j’ai eu par messages interposés avec Nicolas, on se demandait la signification du surnom Motifour de la guitariste de Tricot. Son vrai nom est Motoko Kida (木田素子) mais se fait appeler Motifour Kida (キダ モティフォ). Une petite recherche sur le Wikipedia japonais m’a donné des bonnes pistes. Elle a apparemment pris son surnom du guitariste d’un groupe japonais appelé mudy on the Sakuban (mudy on the 昨晩). Le guitariste en question se fait appeler Watifour Mori (森 ワティフォ) et ce mot Watifour veut dire « Espoir » en langue africaine Swahili. On peut traduire Espoir en Kibō en japonais (希望). Motifour Kida aurait donc gardé le « Mo » de son vrai prénom Motoko et repris le « tifour » du nom de ce guitariste. A noter qu’un autre guitariste, Satoshi Takeuchi, d’un groupe japonais nommé Onigawara, a également appliqué la même technique en prenant le nom de Satifour Takeuchi. J’imagine qu’un lien se crée ainsi entre une communauté de guitaristes. Je me suis ensuite demandé si les kanji que Motifour Kida écrit sur ses deux mains lors des concerts ne seraient pas tirés de ce mot espoir Kibō 希望. Mais en fait non, ce sont les kanji 甲, qui signifie « dos de la main » et qu’on peut aussi comprendre comme « armure » ou « casque de protection » et 攻 qui veut dire « attaque ». L’utilisation de ces deux kanji en particulier reste bien mystérieuse. Motifour Kida dit simplement qu’il s’agit d’un porte-bonheur. Je ne sais pas si c’est commun pour les musiciens d’écrire de cette manière des kanji ou mots porte-bonheur sur leurs mains avant des représentations, mais le fait d’inscrire un kanji sur la main me rappelle forcément Sheena Ringo à ses débuts en concert (extrait du concert Senkō Ecstasy de 1999 sur la photo de droite). Elle inscrivait par exemple le kanji 主 qu’on peut traduire, je pense, en « Principal » ou « Maitre ». Tout comme Ikkyu, on sait que Motifour Kida appréciait Sheena Ringo ou des groupes comme Number Girl à ses débuts, mais je me demande si ses inscriptions sur les mains sont une influence directe. Il reste encore quelques mystères à élucider.

hey, must be a devil between us

Lorsque je n’ai pas d’idée particulière sur un endroit où aller, je marche de Shibuya à Shinjuku le long de la longue avenue Meiji. Je me perds volontairement en chemin en bifurquant soudainement vers d’autres rues plus étroites lorsque l’envie se fait sentir. Shinjuku est un centre qui m’attire, sans que je sache vraiment pourquoi. En chemin, j’y trouve à chaque fois des choses qui viennent intéresser mon regard: un sac qui interpelle les passants et me donne l’idée du titre du billet tiré de paroles d’un morceau des Pixies, des plantes qui envahissent tranquillement un building de béton, un motocycliste qui attend qu’on le regarde et qu’on le prenne en photo, ce que je fais bien sûr car je suis bon public (il me semble d’ailleurs avoir déjà vu cette moto il y a quelques mois à Yoyogi), une figure de manga posée sur le mur d’une galerie, un avion survolant la ville après 3h de l’après-midi et disparaissant rapidement derrière les nuages du typhon qui approche, un recoin près de la gare de Yoyogi voulant ressembler au métro new-yorkais. Je me demande si je regarde mieux depuis que je prends des photographies. Est ce que tous ces détails urbains passeraient inaperçus à mon regard si je n’étais pas continuellement à l’affut? Une chose est sûr, je ne m’ennuis jamais lorsque je parcours ces rues, même la longue avenue Meiji entre Shibuya et Shinjuku que je connais pourtant très bien.

La newsletter musicale de Patrick Saint-Michel me fait découvrir la compositrice et interprète Miyuna (みゆな) dont je n’avais jamais entendu parler jusqu’à maintenant. Et c’est une bien belle découverte! Son premier album intitulé Guidance (ガイダンス), sorti le 24 Août 2022, occupe beaucoup mon temps musical ces dernières semaines. En fait, dans la courte présentation de l’album sur sa newsletter, Patrick mentionnait l’influence qu’avait Sheena Ringo sur des jeunes artistes comme Ado et notait que cette influence se ressentait également sur cet album de Miyuna. Il ne m’en a pas fallu beaucoup plus pour jeter une oreille attentive à la musique de Miyuna. A vrai dire, je ne trouve pas de ressemblance directe entre Miyuna et Sheena Ringo, car leurs voix sont différentes, mais j’y ressens une aspiration similaire dans les nuances vocales et dans la densité et la complexité de la partition musicale. Certaines sonorités de voix et quelques accords par-ci par-là me rappellent bien Sheena Ringo, mais ça reste à mon avis plutôt discret. Miyuna a un atout de taille, celui de sa voix qui lui permet de faire varier rapidement les émotions qu’elle transmet, un peu comme Sheena Ringo pourrait le faire. Le premier morceau de l’album, Maisou (埋葬), en est un très bon exemple. J’ai découvert Miyuna par ce morceau, à la vidéo pour le moins particulière (il ne faut pas se laisser distraire par le zombie qui perd sans cesse son œil). Ce morceau alterne les ambiances rock et d’autres plus pop, que je qualifierais de post-vocaloid. Il n’y a pas de ressemblance avec la musique de Yoasobi mais la petite trame musicale pop traversant le morceau me fait penser à cette ambiance là. La composition musicale est très dynamique et changeante, et on s’accroche aux variations et à la passion transmise par sa voix. Maisou compte parmi les meilleurs morceaux que j’ai pu entendre pour l’instant cette année. Et ce morceau se conjugue bien avec le suivant, Giyōshi (凝視). Miyuna n’hésite pas à déstructurer ses morceaux, entrecoupés ici par des phrases parlées, et à mélanger les influences. Bien qu’un peu court, Giyōshi compte aussi dans les meilleurs morceaux de l’album. Sans passer en revue la totalité des titres de l’album, je dirais que même les morceaux apparemment plus classiques, ont ce petit quelque chose dans la composition qui nous donne envie d’y revenir. Le quatrième morceau Chōdai (頂戴) prend une ambiance electro pop très différente du reste de l’album. Miyuna utilise l’autotune pour sa voix sur ce morceau, ce que certains lui reprochent car sa voix n’en a pas besoin, mais cela reste assez léger. A vrai dire, je n’ai pas d’avis à priori négatif sur l’autotune s’il reste mesuré et je trouve que c’est à chaque fois une critique facile qu’on peut faire à un artiste dès qu’il ou elle utilise cet effet. Un morceau comme le neuvième intitulé Kyōai (狂愛) me fait un peu penser à des compositions que Sheena Ringo pourrait écrire, mais j’ai du mal à m’en convaincre complètement. Ce type de morceaux, tout comme le suivant Kanku (甘苦), m’a convaincu de sa capacité à créer des ambiances qui lui sont personnelles même si elles sont basées sur des elements musicaux qu’on a déjà pu entendre ailleurs. Elle arrive superbement à lier ces ambiances disparates pour créer un objet musical accrocheur. Et Miyuna n’a que 20 ans! Ses premiers morceaux sont sortis en 2018 alors qu’elle n’avait que 16 ans. Elle a l’avenir devant elle et je suis certain qu’elle fera parler d’elle. Espérons qu’elle conserve cette tension rock particulière et qu’elle n’adoucisse pas trop sa musique. Elle le fait déjà sur certains des morceaux de son album, mais ces morceaux là dans le style ballade apportent des moments d’apaisement à l’ensemble. La playlist de Guidance m’a tout de suite sauté aux yeux car tous les titres ont la même longueur, composées de deux kanji seulement. Ce petit détail est à mon avis très ringo-esque. Il faut noter également que Miyuna est originaire du Kyushu, comme son aînée, mais elle est par contre née à Miyazaki.

will you watch petals shed from flowers in bloom?

Voir 1797071, aka Mako de Ms Machine, porter un t-shirt de l’album III de Crystal Castles me fait dire que je ne m’étais pas vraiment trompé en parlant d’une influence du son de Crystal Castles sur le EP D1$4PP34R1NG de 1797071, dont je parlais dans un billet précédent. L’album III de Crystal Castles est celui qui est souvent apparenté au style witch-house, donc tout parait très logique. Du coup, je me suis mis à réécouter les albums du groupe en commençant par III puis en écoutant les albums précédents. Je me souviens avoir développer une sorte d’obsession pour le morceau Magic Spells du premier album. Je ne suis apparemment pas le seul car je découvre qu’un compte YouTube a créé une boucle d’1h de ce seul morceau. Le morceau principalement instrumental s’y prête bien. Mais la fascination pour ce morceau provient également des courtes et énigmatiques paroles « Don’t worry, dear Pamela, I’ll do my scientific best to command your fleet » extraites de la série de science-fiction V qui certains se souviendront peut-être. Je pense préférer l’album III à l’album II même si un morceau comme Celestica est particulièrement mémorable. Crystal Castles n’est plus actif depuis quelques années suite aux problèmes de type judiciaire entre les deux membres du groupe. Alice Glass trace son chemin de son côté, en essayant de se reconstruire, et j’ai toujours en tête d’écouter un jour ou l’autre son album PREY//IV. J’avais beaucoup aimé le morceau Without Love de son premier EP éponyme. Crystal Castles avait pourtant fait un retour en 2016 avec l’album Amnesty (I), Edith Frances remplaçant Alice Glass au chant, qui était très bon, notamment un morceau particulièrement marquant comme Concrete. Je me suis demandé si je devais arrêter d’écouter Crystal Castles, mais je parviens en général à séparer l’œuvre des comportements de son/sa/ses artistes. Une fois qu’une œuvre musicale est ouverte au public, son destin dépend des auditeurs qui lui donne une vie indépendante.

blackout nights

Je ne prends que très rarement des photographies de nuit, trop rarement peut-être. Je ne possède pas de pied tri-pod pour me poser à un endroit et prendre des photos en longue exposition et je préfère de toute façon me déplacer sans arrêts. J’avais tout d’abord dans l’idée de prendre en photo des traînées de lumière pour obtenir des images que je pourrais ensuite réutiliser en superposition avec d’autres. Mais j’ai finalement ramené de mes marches nocturnes des photographies ’posées’ dont je montre certaines sur ce billet. Les couleurs bleutées inattendues sur le béton de l’autoroute intra-muros au niveau de Shibuya sur la première photographie m’ont finalement donné envie de me poser quelques instants. Ces photographies ont été prises à Shibuya et autour lors de deux soirées différentes, mais l’obscurité ambiante ne permet pas de les différencier. L’envie me vient maintenant de retourner à Shinjuku le soir pour en saisir les lumières.

Pendant les deux mois d’été, l’émission Very Good Trip sur France Inter diffusait une série spéciale de neuf épisodes consacrée à David Bowie. Cette série était nommée pour l’occasion Very Good Bowie Trip et était présentée comme d’habitude par Michka Assayas. J’ai écouté cette série avec beaucoup de plaisir et une certaine gourmandise. Je sais pertinemment que je finirais un jour ou l’autre par écouter tous les albums de David Bowie mais j’y vais doucement. Je n’avais jusque là que trois albums dans ma discothèque personnelle, à savoir Scary Monsters (And Super Creeps) sorti en 1980, son dernier album Blackstar sorti en 2016 et le premier album de la trilogie berlinoise, Low, sorti en 1977. Cette époque dite berlinoise à la fin dès années 1970 en collaboration avec Brian Eno est la période qui m’intéresse à priori le plus. Écouter l’émission Very Good Trip me donne l’envie irrésistible d’aller acheter au Disc Union le plus proche, l’album Heroes sorti en 1977 qui est le deuxième album de cette trilogie berlinoise. Je ne me lancerais bien sûr pas dans une critique de cet album, mais je noterais juste qu’il est fabuleux. C’est pour l’instant l’album que je préfère dans ma petite collection personnelle des albums de Bowie que je possède. L’album Heroes ressemble à Low dans le sens où la deuxième moitié de l’album est presque totalement instrumentale. Dans les morceaux chantés dans la première partie de l’album, le morceau titre Heroes est bien entendu le plus connu et un des plus beaux de sa carrière, mais la plupart des morceaux sont fascinants (Sons of The Silent Age, par exemple). C’est certainement dû à la manière non conventionnelle de chanter de David Bowie et à une certaine non prédictibilité musicale. Il a trois morceaux instrumentaux sombres et inquiétants (Sense of doubt, Moss Garden et Neukoln) faisant une coupure très nette avec le reste de l’album. Ils forment une longue trame se terminant en apogée sur le dernier morceau Neukoln et sa complainte de saxophone. J’ai une petite préférence pour les morceaux instrumentaux de Low, notamment le grandiose Warszawa et Subterraneans, mais ceux de Heroes sont également superbes. Sur Heroes, j’aime particulièrement le morceau intitulé Blackout. Dans les paroles de ce morceau, Bowie glisse la phrase suivante « I’m under Japanese influence and my honour’s at stake ». On sait que David Bowie apprécie beaucoup le Japon (trop peut-être si on comprend bien ce qu’il veut nous dire dans ces paroles). Son premier voyage au Japon date d’Avril 1973. Il a notamment collaboré avec le couturier Kansai Yamamoto (山本寛斎) et le photographe Masayoshi Sukita (鋤田正義) qui signe les photographies de l’album Heroes (la photo de droite ci-dessus).

Pourquoi donc ces deux photographies de Sheena Ringo sur la gauche, me direz-vous? Je trouve que les positionnements de mains de Sheena Ringo sur ces photographies, notamment sur celle du bas, ressemblent beaucoup à ceux de David Bowie sur les photographies du photographe Sukita. Il ne s’agit pourtant pas du même photographe et je n’ai pas réussi à trouver de référence précise mentionnant une éventuelle influence. Mais la référence me paraît tout à fait évidente. Les photos de Sheena Ringo sont tirées du livre officiel Channel Guide Tokyo Incidents, sorti le 29 Février 2012 au moment de la séparation de Tokyo Jihen. L’émission Very Good Trip de Michka Assayas insiste beaucoup sur les multiples métamorphoses et la curiosité musicale de David Bowie tout au long de sa carrière. On retrouve ces métamorphoses et cette curiosité chez Sheena Ringo, et un journaliste lui avait d’ailleurs fait la remarque dès 2003 dans une interview du magazine GB que je suis en train de lire. J’y reviendrais certainement très vite, car c’est une piste qui m’est particulièrement intéressante.

because it’s easy to come by, much harder to let it go

Je prends souvent l’excuse d’aller acheter du pain pour aller au quatre coins de Tokyo. Sauf que la plupart du temps, c’est Mari qui me donne l’adresse de la boulangerie où je vais aller. Cette fois-ci, je pars vers Nippori, traverse le grand cimetière de Yanaka pour trouver une boulangerie appelée Atari à Ueno Sakuragi (上野桜木あたり). Elle est logée dans un ensemble de petites maisons de bois préservées. Le pain rustique y est excellent. Le temps était pluvieux lors de ma visite mais j’ai heureusement échappé aux averses soudaines qui frappaient assez souvent le pays à ce moment. Avant d’arriver à cette boulangerie, je me perds bien sûr volontairement en route car il faut bien se perdre pour trouver des endroits que l’on ne connaît pas. En l’occurence, je n’arrive pas vraiment à me perdre cette fois-ci car je tombe sur des lieux que j’avais déjà pris en photo en Juillet 2020 pour une petite série intitulée Obake ga Mienai kedo (お化けが見えないけど) (épisode 1, 2 et 3). Il faut dire que j’avais beaucoup marché dans ce quartier en Juillet 2020.

Je suis clairement reparti dans une période rock indé mais cette fois-ci loin du Japon et en partance pour New York, avec un groupe que je ne connaissais pas appelé Been Stellar (et non pas Ben Stiller comme je l’avais d’abord lu rapidement). J’ai découvert ce groupe avec le dernier morceau intitulé Ohm de leur EP éponyme alors qu’il passait dans l’émission Tokyo Moon de Toshio Matsuura sur la radio InterFM. L’émission passe le dimanche soir de 17h à 18h et on est très souvent en déplacement en voiture à cette heure là ce qui fait que je l’écoute régulièrement mais rarement en intégralité. Tokyo Moon se présente comme un programme musical pour adultes curieux. Cette définition est en fait assez fidèle au ton de l’émission qui ne plaisante pas mais nous fait découvrir plein de nouvelles musiques aux styles divers et variés, mais avec une tendance jazz et ambient quand même assez présente. La musique qu’on y passe ne me laisse presque jamais indifférent même si je ne me retrouve que rarement à acheter la musique que j’y entends. A part cet EP de Been Stellar qui me plait tout de suite et que j’achète très rapidement sur iTunes. Il est également disponible sur Bandcamp et je me demande maintenant pourquoi je ne me le suis pas procuré sur Bandcamp. Il s’agit de rock alternatif sur cinq morceaux tous aussi bons les uns que les autres. Le son rock n’est pas vraiment novateur mais les guitares patfois plaintives sont très attirantes et la passion vocale très convaincante. Je n’arrive pas à vraiment pointer du doigt quels groupes cette musique me rappelle. En fait, je n’ai trouvé que peu d’information sur le groupe en lui-même à part une interview, nous rappelant notamment que le rock a été longtemps absent de la scène new-yorkaise depuis The Strokes et leur fameux album Is This It?, que j’avais personnellement beaucoup aimé et écouté à l’époque au début des années 2000 et qui me rappelle l’époque insouciante de ma jeunesse où on faisait souvent des Homeparty avec plein de monde chez les uns et les autres. S’il y a quelque chose que j’apprécie beaucoup au Japon musicalement, c’est le fait que le rock indé y est loin d’être mort ou moribond. Been Stellar est un groupe de Brooklyn composé de cinq membres: Sam Slocum au chant, Skyler St. Marx et Nando Dale aux guitares, Nico Brunstein à la basse et Laila Wayans (la seule fille du groupe) à la batterie. Ils définissent leur son comme étant quelque part entre Sonic Youth et Oasis, ce qui est vraiment très large comme spectre musical rock. Le son des guitares, notamment les courtes parties solo, et cette passion vocale dont je parlais plus haut me rappelle parfois un autre groupe new-yorkais, Interpol, même si rien n’égale la voix toute en complainte de Paul Banks (Turn On The Bright Lights sorti en 2002 est un chef-d’oeuvre). Enfin bref, écouter cet EP me rappelle que le rock new-yorkais me manque beaucoup et j’aimerais découvrir d’autres EPs et albums de ce style, surtout quand ils sont aussi bons que cet EP de Been Stellar.