間違い探しモード

Une fois n’est pas coutume, les photographies de ce billet sont un petit jeu où il faut trouver l’erreur. Ce n’est pas très difficile si on a l’oeil, mais n’y passez pas la journée non plus. Ces photographies broussailleuses ont été prises dans une des grandes allées du cimetière d’Aoyama. J’aime bien le traverser de temps en temps car, comme on pourrait facilement le deviner, le calme et la sérénité y règnent. J’aime aussi le fait qu’il soit laissé au naturel, sans entretien excessif, ce qui lui donne un côté un peu sauvage. C’est dommage que les voitures le traversent, mais on aime quand même faire cette promenade en voiture pendant la période des cerisiers en fleurs.

J’interromps tout ce que j’écoutais jusqu’à maintenant sur la playlist de mon iPod pour écouter quelques morceaux du nouvel album d’Utada Hikaru (宇多田ヒカル) intitulé Bad Mode (BADモード) qui vient juste de sortir il y a quelques jours. Je connaissais déjà quelques morceaux comme l’excellent One Last Kiss dont j’avais déjà parlé dans un précédent billet. Je ne l’écoute pas pour l’instant dans son intégralité car il y a, à priori, des morceaux qui m’intéressent moins comme Face My Fears. Par contre, le premier morceau Bad Mode, qui reprend donc le titre de l’album, est vraiment excellent. Ce type de morceaux correspond vraiment à ce que je préfère chez Utada Hikaru, une inventivité pop très accrocheuse mais également brillante musicalement. Le morceau m’a totalement convaincu à mi-chemin lorsqu’il change complètement de rythme et reprend tout en délicatesse sur un rythme ténu mélangé à la voix presque nue d’Utada. C’est vraiment brillant, comme peut l’être la vidéo d’ailleurs dont l’image ci-dessus est extraite. Je ne connaissais pas le morceau suivant Kimini ni Muchū (君に夢中), pourtant déjà sorti. Il est également très beau mais dans un tout autre style. J’aime beaucoup la voix très légèrement tremblotante d’Utada vers les fins de phrases. On y ressent une émotion palpable qui m’y fait revenir sans cesse. J’écoute ces deux morceaux en boucle et ça me suffit pour l’instant.

東京ワルツ

Les photographies de ce billet sont prises dans des endroits différents dans Tokyo, comme une valse d’images. Passer au noir et blanc me donne à chaque fois l’occasion de revenir sur des photos un peu plus anciennes que je viens mélanger à d’autres plus récentes que je n’avais pas encore montré sur Made in Tokyo. L’attrait du noir et blanc est fort mais je trouve qu’il ne convient pas à tous les types de photographies. J’y reviens en fait souvent en fonction de la musique que j’écoute à ce moment là. Je dirais même que la musique que j’écoute est le seul déclencheur qui me fait revenir au noir et blanc, comme si le choix ne m’était plus donner de faire. Les photographies que je montre ci-dessus baignent volontairement dans un léger flou. Nous sommes ici dans l’ordre à Yoyogi, Ueno, Shibuya, Shinagawa, Daikanyama et Naka-Meguro.


Les hasards de Twitter ont parfois du bon, car ils me font régulièrement découvrir des ambiances musicales qui me plaisent beaucoup à travers des groupes ou artistes que je ne connaissais pas. Je découvre récemment le groupe japonais post-punk G-Schmitt (G-シュミット) mené par son interprète principale et charismatique SYOKO (en photo ci-dessus). Ce nom de groupe est plutôt étrange et je ne n’ai pas encore découvert son origine. Je m’étonne moi-même de ne jamais avoir entendu parler de ce groupe ou du nom de SYOKO avant mais il faut dire que le groupe n’est plus actif depuis longtemps. Il l’était pendant une bonne partie des années 1980, pendant six ans de 1983 à 1989 pour être très précis. SYOKO a complètement disparu de la scène musicale actuelle, à ma connaissance. Je n’aime pas beaucoup classifier les groupes dans des styles car je suis la plupart du temps bien en mal de le faire, mais si on devait donner une idée du style musical de G-Schmitt, je dirais qu’il s’apparente plutôt au gothic rock si l’on considère la noirceur générale de l’ensemble, qui n’est pas sans me rappeler The Cure par moments. Mais les ambiances diffèrent entre les morceaux et les catégorisations stylistiques deviennent très vite assez floues. Dans une interview, SYOKO se défendait d’ailleurs de toute catégorisation dans une « boîte » stylistique particulière, comme pour garder une indépendance artistique et se démarquer d’autres groupes indépendants post punk de l’époque. G-Schmitt n’a pas sorti beaucoup d’albums mais plusieurs EPs, et une compilation sortie en 1988 s’intitulant Struggle to Survive, qui est mon point de départ dans la découverte de la musique du groupe. Plus qu’une compilation, Struggle to Survive est un regroupement d’EPs sortis précédemment, notamment ceux intitulés Modern Gypsies, Sin, Secret & Desire (sauf un morceau) et d’autres morceaux sortis séparément en singles. Dès la première écoute de Stuggle to Survive, j’ai développé une fascination certaine pour ce groupe au point de chercher toutes les informations que je pouvais trouver sur internet, informations qui sont malheureusement assez peu nombreuses. Il n’y a même pas de page Wikipedia à se mettre sous la dent, même en japonais. Je me contente donc de morceaux d’information glanés par-ci par-là sur des sites de passionnés, notamment un ancien site web dédié au groupe. J’éprouve une fascination un peu similaire à celle que j’avais pu avoir lorsque j’avais découvert Jun Togawa (戸川純)et son groupe Yapoos il y a quelques années, ou la musique de Tomo Akikawabaya plus récemment. Ma fascination pour les morceaux de G-Schmitt que j’écoute sur cet album Struggle to Survive vient notamment et principalement de la passion que SYOKO transmet dans sa voix et dans sa manière de chanter. Elle le dit dans des interviews, son intérêt n’est pas de vendre beaucoup de disques ni de devenir une artiste qui signera sur une major (tous les disques de G-Schmitt sont sortis sur un label indé WECHSELBALG), mais d’interpréter une musique qui soit personnelle et unique. Il y a peu d’interviews visibles sur internet, mais j’en ai quand même vu une très courte sur YouTube où SYOKO répond à des questions sur un nouvel album du groupe (peut-être celui qui s’intitule gArNeT). On sent dans sa manière de s’exprimer et son regard, une certaine détermination et quelque chose d’atypique. La tension dans son chant nous fait comprendre son implication totale, et j’aime beaucoup cela. Sa voix est remplie d’une certaine mélancolie et d’un romantisme ténébreux, mais peut prendre parfois des accents un peu plus agressifs. La plupart des EPs et singles du groupe sont seulement sortis en vinyle à l’époque, mais Struggle to Survive est sorti dans une version CD, qui est malheureusement introuvable ou à des prix exorbitants (10,000 Yens sur Mercari). On peut cependant l’écouter en intégralité ou par morceaux sur YouTube. Difficile de ressortir de cet album le morceau que je préfère, mais le cinquième intitulé Farewell doit être celui qui me touche le plus. Mais l’ensemble est de toute façon excellent, si on n’est pas rebuté par cette ambiance rock très marquée années 80 et aux accents gothiques parfois des plus étranges (le morceau Mescaline Dream par exemple). Le premier morceau Kの葬列 (les funérailles de K) donne tout de suite l’ambiance et est un des morceaux les plus emblématiques de G-Schmitt. Si on aime ce morceau, le reste de l’album est un vrai bonheur musical. Je suis donc parti en quête de tous les morceaux G-Schmitt et SYOKO que je peux trouver. En parallèle de Struggle to Survive, j’écoute également un des deux EPs que SYOKO a sorti en solo, le premier intitulé SOIL sorti en 1986. Le style ne diffère pas grandement de la musique du groupe, mais peut prendre parfois des accents un peu plus expérimentaux comme le quatrième morceau MAGIE. Sa manière de chanter me rappelle par moment celle de Jun Togawa, bien que leurs voix soient différentes. Les musiques de ce EP sont composées et arrangées par un certain Joe Hisaishi (久石譲), que l’on connaît pour avoir composé les musiques de la plupart des films de Takeshi Kitano (Sonatine en 1993, Hanabi en 1997…) et Hayao Miyazaki (depuis Nausicaä de la Vallée du Vent en 1984). Les morceaux que je préfère sur cet EP Soil sont le troisième intitulé Sphinx in the Night et le premier Erewhon.

渋ライト

Enveloppé dans la lumière hivernale dans le quartier de Shibuya, elle est particulièrement basse et forte dès le début de l’après-midi. J’aime beaucoup cette lumière car elle nous fait parfois apprécier les lieux d’une manière différente. Je m’étonne, sur la première photographie par exemple, de la manière dont elle vient complexifier le paysage urbain en brouillant les perspectives et notre perception. Je ne cherche en général pas à éviter les halos de lumière qui viennent se former sur l’objectif. Je cherche plutôt à intégrer directement ce flux de lumière dans le cadre de ma photographie pour voir quel effet cela pourrait bien donner.

J’avais mentionné dans un précédent billet que je reviendrais certainement sur l’album NO MOON du groupe D.A.N. que j’écoute depuis environ deux semaines. J’avais évoqué le dernier morceau de cet album sorti le 27 Octobre 2021, mais je ne me doutais pas que l’ensemble de l’album serait aussi beau. Il y a beaucoup de morceaux très forts comme le premier Anthem, le dernier No Moon, le morceau Aechmea de 8 minutes au milieu et le fantastique troisième morceau The Encounters. J’avais déjà mentionné qu’Utena Kobayashi participait à cet album. Elle joue du steel pan sur les deux premiers morceaux et chante même sur le deuxième Floating in Space. La voix de Daigo Sakuragi (櫻木大悟) nous ferait presque pleurer tellement elle peut être belle par moments, notamment sur ce morceau. Elle a un côté androgyne qui se mélange avec la voix féminine d’Utena qui intervient en deuxième partie de ce morceau. Utena chante toujours d’une manière à faire entrer cette musique dans le mystique. Elle pourrait faire partie intégrante du trio, avec Daigo Sakuragi, Jinya Ichikawa (市川仁也) et Hikaru Kawakami (川上輝). Pour revenir au troisième morceau The Encounters, D.A.N. est y accompagné des voix de Takumi (du duo hip-hop MIRRROR) et de Tamanaramen (玉名ラーメン), mélangeant des moments rappés et d’autres plus vaporeux. La composition musicale du morceau est fabuleuse avec une coupure dans la deuxième partie du morceau pour partir vers des sons électroniques plus sombres qui me rappellent les décrochages qu’on peut entendre chez Burial. Le rythme s’accélère ensuite et on reste accroché lorsque Tamanaramen commence à chanter « What are you afraid of? » et quand Sakuragi vient y ajouter des pointes vocales (« あなたのせいで »). Tout excellent qu’il puisse être, ce morceau ne vient pourtant pas effacer les autres. Il y a trois interludes sonores assez étranges intitulés Antiphase venant assurer une transition vers des choses plus mélancoliques, qui représentent quand même l’atmosphère principale de l’album. Le piano et les sons de guitare pleins d’écho sur Bend par exemple débordent d’une tension émotionnelle qui ne peut pas laisser indifférent. Je le dis parfois pour certains albums, mais il faut être dans de bonnes conditions pour entrer dans l’album. Il n’est pas difficile d’accès mais je le trouve émotionnellement fort par moments, du moins l’atmosphère qui s’en dégage est très prenante. C’est un objet musical qu’il faut appréhender dans son ensemble plutôt que par morceaux séparés. La voix exceptionnelle de Daigo Sakuragi est un des grands attraits de cette musique, mais la composition musicale mélangeant instruments traditionnels (guitare, basse, batterie) et musique électronique est vraiment impeccable avec de nombreuses étrangetés sonores et quelques breaks à mi-morceau que j’aime particulièrement. Le morceau Take Your Time est un de ces morceaux qui se révèlent pleinement après plusieurs écoutes. Des paroles comme « 誰かの頭の中で暮らしてる » (Je vis dans la tête de quelqu’un) dans ce morceau ou « 本当の世界 連れていって » (Amènes moi dans le vrai monde) sur Aechmea m’intriguent et contribuent beaucoup à l’atmosphère mystérieuse, voire mystique par moments, qui entoure cette musique. La seule « déception » est que je n’ai pas été en mesure de créer des images à base de photographies pour ce blog tout en écoutant cette musique, mais c’est une autre histoire.

初詣2◯22


アケオメ
コトヨロ
2〇22

Nous n’avons pas failli à notre habitude de regarder Kōhaku Uta Gassen sur NHK (NHK紅白歌合戦) cette année, sauf que cette fois-ci, j’ai l’impression que nous l’avons regardé plus assidûment que d’habitude. Nous l’avons en fait regardé depuis le début, ce qui arrive rarement, tout en commentant presque chaque intervention. Mari nous fait remarquer qu’on a bien vieilli pour regarder Kōhaku aussi religieusement, mais je pense plutôt que c’est Kōhaku qui a rajeuni. On restera sur cette dernière constatation. La plupart des artistes ou groupes qui se produisaient sur les scènes du Tokyo International Forum ne m’intéressent pas beaucoup musicalement, mais l’important n’est pas là. L’intérêt est plutôt de prendre la température de la scène musicale mainstream japonaise. NHK est certainement loin d’être à la pointe des nouveautés et des dernières tendances mais il y a quand même quelques efforts notés d’années en années, par exemple l’étrange représentation plutôt sombre d’ailleurs de Mafumafu. Il faut noter donc que l’émission était filmée au Tokyo International Forum à Yurakuchō cette année, plutôt qu’au NHK Hall de Shibuya qui est actuellement en rénovation. Certaines représentations étaient quand même filmées là bas. Ce qui était particulièrement intéressant, c’est que le Forum était utilisé dans sa quasi totalité: la grande salle du Hall A contenant un maximum de 5,000 personnes, mais également le long espace oval sous les élégants mâts métalliques blancs que j’ai déjà pris en photo et montré sur ce blog. Ikura de Yoasobi chantait par exemple en descendant les escalators dans cet espace. La scène du Hall A était élégamment décorée par des compositions florales de Makoto Azuma, dont j’ai également déjà parlé plusieurs fois. On a tout de suite reconnu son style. Mon intérêt principal était de voir et d’écouter Tokyo Jihen interpréter le morceau Ryokushu (緑酒) du dernier album, devenu un des morceaux les plus populaires du groupe. Le groupe était habillé en kimono, comme l’année dernière, ce qui n’avait rien d’étonnant. Le final voyait Tokyo Jihen inondé d’une neige de confettis. Il y en avait trop mais ça n’avait rien d’étonnant non plus car Sheena nous avait prévenu dans une émission spéciale diffusée sur NHK le 29 Décembre 2021. L’émission musicale de quarante minutes dédiée à Tokyo Jihen s’intitulait Sōshū (NHK MUSIC presents 東京事変 総集) et voyait le groupe visiter les locaux de la chaîne de télévision en pleine préparation de Kōhaku. Tokyo Jihen avait en fait déjà participé à une émission spéciale sur NHK intitulé Gatten (ガッテン) le 10 Juin 2021 dont j’avais parlé précédemment et pendant laquelle ils avaient interprété Ryokushu sous une pluie de confettis au final. Lorsqu’ils rencontrent le personnel en charge de la mise en scène lors de cette émission du 29 Décembre, on voit Sheena Ringo renouveler cette demande de confettis au final et on lui promet qu’il y en aura beaucoup, à la manière des passages sur scène du chanteur Enka Kitajima Saburō. Ces confettis reprennent l’image des fleurs de cerisiers s’envolant dans les airs qu’on pouvait voir dans la vidéo de Ryokushu. L’OTK savait donc qu’il y aurait une pluie de confettis, mais j’étais loin d’imaginer qu’il y en aurait autant. Sheena et le groupe se sont changés trois fois de tenues pendant l’émission et celle qu’on retient est la dernière, habillée en skateuse avec sac à dos NASA et skateboard à la main. Le skateboard est d’ailleurs un élément récurrent du monde visuel de Sheena Ringo. On le voyait, toujours le même avec un dessin de glace au chocolat et un autocollant ARIGATO, sur la scène de Music Station pour l’interprétation de Gunjō Biyori (群青日和) avec Elopers, dans une scène de la vidéo de Arikitarina Onna (ありきたりな女), ou sur un visuel de la compilation Gyakuyunyū ~Koukūkyoku~ vol.2 (逆輸入 ~航空局~; Reimport, Vol. 2 ~Civil Aviation Bureau~). Le compte Twitter de Shane les répertorie sur un tweet et cette tenue de skateuse, qui est en fait une version alternative de la tenue de l’époque de l’album Sports, inspire les illustrateurs comme ce dessin ci-dessous. Lors du final sur la photo de droite, on voit Sheena entourée de la chanteuse Enka Sayuri Ichikawa et de Hoshino Gen (Ukigumo est également le guitariste de son groupe).

J’étais assez surpris ensuite de voir Hiroko Yakushimaru (薬師丸ひろ子) sur scène. Elle n’a pas interprété le morceau que j’aime du film Sērā-fuku to kikanjū (セーラー服と機関銃, Sailor suit and machine gun), dont je parle décidément souvent (trop) sur ce blog, car Ukigumo chantait notamment ce morceau sur le concert Hyakkiyakō 2015. L’autre bonne surprise et moment attendu de Kōhaku était de voir sur scène Daiki Tsuneta avec son groupe Millenium Parade accompagnés par Kaho Nakamura au chant pour interpréter le morceau U du film d’animation Belle (竜とそばかすの姫) de Mamoru Hosoda. La représentation sombre avec des musiciens masqués a du inquiéter quelques spectateurs. J’étais aussi particulièrement intéressé de voir BiSH participer pour la première fois à Kōhaku, d’autant plus qu’elles ont annoncé la séparation du groupe à la fin 2022. C’était certainement l’interprétation la moins réussie de Kōhaku et même AiNA avait du mal à chanter juste. En fait, je n’ai jamais entendu une interprétation correcte de leur part dans une émission télévisée. Je pense aussi qu’elles ne devraient pas s’obstiner à chanter le morceau Promise The Star, qui doit certainement avoir une valeur émotionnelle pour le groupe, mais qu’elles t’interprètent jamais très bien. Pour en avoir le cœur, j’avais regardé une émission musicale passant dans la nuit sur NHK montrant un mini-concert de BiSH sans public à Fukuoka et j’avais trouvé leurs interprétations tout à fait correctes. Peut-être s’agissait-il du stress du passage Live dans une émission très regardée. Mais bon, ça fait déjà un petit moment que j’attendais leur passage à Kōhaku et je suis tout de même content que ça se soit produit. Et il y avait l’intervention de Fujii Kaze (藤井風) qui était censé interpréter son morceau Kirari (きらり) seulement à distance, mais qui apparaît soudainement sur scène en pantoufles touffues vertes en se mettant à jouer au piano. Je ne connais pas très bien Fujii Kaze à part ses morceaux connus passant à la radio et je n’ai à priori pas d’attirance particulière pour sa musique. Il est ceci dit considéré comme un des jeunes talents. Je dirais même qu’il y a une certaine insolence dans son talent naturel. Les fans de Sheena Ringo et Tokyo Jihen le plébiscitent d’ailleurs pour une éventuelle collaboration, car il a interprété à plusieurs reprises sur sa chaîne YouTube des morceaux de Sheena Ringo et Tokyo Jihen: Marunouchi Sadistic (丸ノ内サディスティック) au piano seulement et en version chantée, et Nōdōteki Sanpunkan (能動的三分間). Ses interprétations sont excellentes et je parie qu’il y aura une collaboration cette année. Enfin, l’émission passe très vite et m’a dans l’ensemble plus intéressé que les autres années. La nouvelle année se fait proche et on se prépare déjà à aller au sanctuaire dans la nuit et le froid, avec comme récompense un verre d’amazake (pas de vin chaud comme sur les pistes de ski).

Le lendemain, le 1er Janvier 2022, le rythme de la journée était très lent et on se décide comme d’habitude assez tard à aller au sanctuaire de Hikawa (氷川神社) et de Konnō Hachimangu (金王八幡宮) à Shibuya pour y faire les premières prières de l’année et pour y récupérer le goshuin spécial du premier de l’an. On évite pour le moment la foule à Meiji Jingu. Mon carnet est presque terminé et il faudrait que je le scanne et le montre sur Made in Tokyo. Comme tous les ans à cette même période, l’hésitation m’a gagné de continuer ou non ce blog pour une nouvelle année. L’hésitation me gagne à chaque fois qu’il faut payer l’abonnement annuel du hosting et du nom de domaine, en me demandant si tout ceci est vraiment nécessaire pour moi et pour les autres (les visiteurs occasionnels ou réguliers). Mais j’ai bien l’impression que je suis reparti pour un tour. 終わらせないで me dit une petite voix dans ma tête.

J’attendais également une annonce de Tokyo Jihen dans les premières heures de 2022, mais on a seulement reçu une carte de bonne année, celle ci-dessus avec une version alternative sur le site web du groupe. Le 1er Janvier 2020, Tokyo Jihen avait annoncé sa re-formation, le 1er Janvier 2021 était l’annonce du nouvel album. Je pensais qu’on allait avoir la confirmation d’une tournée, même online, mais ça n’a pas été le cas. On sait que le groupe a envie de tourner, du moins c’est ce que j’ai compris dans l’émission récente Sōshū sur NHK, et je n’ai pas l’impression qu’ils aient envie de s’arrêter tout de suite. La condition sanitaire actuelle étant pleine d’imprévus, ça semble toujours compliqué de s’engager dans une tournée nationale.

Pour me réconforter un peu, je pars en visite au Tower Records de Shinjuku car je sais qu’on y montre les tenues de la vidéo de Hotoke Dake Toho (仏だけ徒歩). Je prends les quelques photos ci-dessus, que je ne montre pas sur Twitter cette fois-ci. J’aime beaucoup ce médaillon de tête de chat que porte Sheena dans cette vidéo. Il ne ressemble pas vraiment à un de ses trois chats qu’elle montre de temps en temps sur Twitter ou sur Ringohan: Tekuno (テクノ), Jung (ユング) ou Moses (モーゼ). On sait que Sheena aime donner des noms de personnalités aux choses, mais j’en suis moins sûr pour les animaux. Je crois reconnaître Moïse et le psychanalyste suisse Carl Jung pour deux des chats, mais je suis moins sûr pour le troisième appelé Techno ou Tekuno (peut-être choisi pour son origine de l’antiquité). Entre les skateboards et les noms de chats, il y a beaucoup de mystères à résoudre. Le cadeau de nouvelle année (さえずり) de Ringohan que j’ai reçu il y a quelques jours n’arrange rien pour ce qui est des mystères. Il s’agissait de cinq cartes de tarot estampillées du logo de Tokyo Jihen avec des inscriptions en allemand. Il me faudra étudier un peu plus en avant la question, mais c’est exactement cela qui est intéressant.

一瞬の光を切り取って

Un des objectifs de ma marche dans les quartiers de l’arrondissement de Meguro était de trouver une maison de béton près de la station de Yūtenji. Elle s’appelle Sky Cave et a été conçue par Ikawaya Architects. Je la montre sur les quatre photographies ci-dessus. Joël me l’avait indiqué par e-mail il y a plusieurs semaines et je me devais d’aller partir à sa recherche. Cette maison contient une clinique au rez-de-chaussée, tandis que les deuxième et troisième étages sont des étages privées pour deux générations d’une même famille. La qualité de cet espace vient en grande partie de la voûte au troisième étage couvrant en partie la terrasse et l’espace intérieur composé du salon et de la salle à manger. Elle surprend lorsqu’on l’aperçoit à travers l’espace urbain alentour. La maison est idéalement placée devant une petite forêt, tandis que la station de Yūtenji est assez proche derrière. La grande et superbe maison de béton des deux dernières photographies se trouve elle à Naka-Meguro. Je l’ai déjà prise en photo il y a longtemps et montré dans un billet de 2010. Je l’ai souvent recherché distraitement jusqu’à ce que je la retrouve volontairement pendant cette marche. J’avais déjà fait deviner qui habite dans cette riche maison de béton dans mon billet précédent et la réponse avait été facilement trouvée.

En reprenant ma route en direction de Kami-Meguro, une jeune fille aux cheveux teints en blond et coupés au carré, portant un carton des deux mains, m’arrête soudainement alors qu’elle descendait la rue que je parcourais en sens inverse. Elle avait l’air pressée mais avait en même temps un petit air enjoué. Il est relativement rare qu’un ou une inconnue m’adresse la parole en pleine rue, et ça m’a d’abord surpris. Elle m’explique qu’elle est maraîchère en me faisant un signe de la main en arrière pour m’indiquer vaguement d’où elle vient, et essaie de vendre un surplus de clémentines. La démarche m’étonne un peu surtout qu’il ne s’agit pas ici d’une rue commerçante mais plutôt d’une rue résidentielle quasiment déserte. Elle semble en fait descendre vers la station, certainement pour aller les vendre là bas et elle a vu en moi un éventuel client. Je devais avoir la tête de quelqu’un qui allait lui acheter des clémentines et, pris dans l’action, je ne pouvais que difficilement lui refuser. Elle me demande d’abord si j’aime les clémentines et m’indique que celles-ci sont très bonnes car elles viennent de Nagasaki. Il y avait une quinzaine de clémentines dans son carton, mais je ne me voyais pas en manger autant donc on se met d’accord sur cinq. En voyant mon appareil photo en bandoulière, elle me demande si je suis photographe. Et peu après, elle reprend sa route au pas de course et disparaît comme une fille éclair (閃光少女) dans le coin d’une rue.

Je me suis donc acheté comme cadeau de Noël le coffret de Tokyo Jihen composé du best album Sōgō (総合), du Blu-Ray Prime Time et d’une cassette audio incluant deux morceaux remixés. Sōgō contient en tout trente morceaux dont les deux inédits Hotoke Dake Toho (仏だけ徒歩) et Genzai to Fukuin (原罪と福). Plus je l’écoute, plus j’aime le morceau Hotoke Dake Toho écrit et composé par Sheena Ringo. Il n’était pas évident à la première écoute mais c’est un morceau qui se révèle après plusieurs écoutes. Genzai to Fukuin est composé par Seiji Kameda et ça se ressent dès les premières notes. Il n’est pas spécialement mémorable car plus classique. Je n’aime pas beaucoup la première partie mais il monte en intensité émotionnelle dans sa deuxième partie, ce qui rattrape un peu l’ensemble. Le principal problème de cette compilation Sōgō est le nouveau mix par Uni Inoue. Inoue est le mixeur officiel du groupe et est même considéré par certains membres de Tokyo Jihen comme le sixième membre du groupe. Il a eu la désagréable idée de monter beaucoup trop fort les niveaux, notamment de basse et de batterie. Ce boost fonctionne assez bien sur certains morceaux comme OSCA, mais est une catastrophe sur Killer Tune par exemple. La voix de Sheena Ringo sature quand elle monte en puissance et le hi-hat de la batterie est beaucoup trop prononcé. J’ai remarqué ce problème sur plusieurs morceaux et ça passe difficilement pour une écoute avec des écouteurs. J’ai beaucoup de mal à comprendre ce choix de mixage, qui se trouve être moins bon que ce qu’on peut entendre sur les originaux. Le Blu-Ray Prime Time donne une bien meilleure expérience bien qu’il soit sans grande surprise. On retrouve toutes les vidéos musicales du groupe depuis le début. La qualité d’image est plutôt bonne sur les morceaux plus anciens et excellente sur les nouveaux. Je suis toujours épaté par la qualité visuelle de la vidéo du morceau Sora ga Natteiru (空が鳴っている) de l’album Daihakken (大発見), réalisée par Yuichi Kodama comme la plupart des vidéos récentes du groupe. Ma vidéo préféré, comme celle du public, est celle du récent Ryokushu (緑酒) que Tokyo Jihen jouera d’ailleurs à Kōhaku ce 31 Décembre. Il y a quelques bonus sur Prime Time: les courtes vidéo promotionnelles pour l’album Music (音楽) avant sa sortie, une version de Senkō shōjo (閃光少女) de l’album Sports (スポーツ) composée d’extraits vidéos d’autres clips, entre autres. Mais rien de vraiment nouveau, à vrai dire. La plupart des vidéos étaient en fait déjà sortis à ma connaissance sur les DVD/Blu-ray accompagnant chaque album après leur sortie et je les avais déjà. Il y avait également une compilation de vidéos intitulée Golden Time sortie après la séparation de Tokyo Jihen en 2012, qui contenait les morceaux Konya wa karasawagi (今夜はから騒ぎ, Beaucoup de bruit pour rien) et Tadanaranu kankei (ただならぬ関係, And the beat goes on), jamais sorties auparavant en DVD/Blu-ray. Prime Time est beaucoup plus complet, comprenant en tout 28 morceaux dont certains récents jamais sortis en DVD/Blu-ray comme Eien no fuzai shōmei (永遠の不在証明, The Scarlet Alibi), Aka no dōmei (赤の同盟, Alianza de sangre), Ryokushu (緑酒) et bien sûr Hotoke dake toho (仏だけ徒歩, To Nirvana). Au final, redécouvrir sur grand écran et en excellente qualité tous ces morceaux à la suite vaut le détour. Une très bonne surprise du coffret est la mix tape de deux morceaux, Karada (体) (B-side du single Killer Tune) et Zettaizetsumei (絶体絶命), par Yoshinori Sunahara. Le mix donne par exemple beaucoup de sensualité au morceau Karada, et le côté rétro sur Zettaizetsumei fonctionne très bien. Sunahara ajoute beaucoup d’effets supplémentaires mais ça ne surcharge pas à mon avis les morceaux. Je me dis en écoutant cette mix tape, que ça aurait été excellent de laisser Sunahara remixer la totalité de la compilation, ce qui aurait apporter une vraie nouveauté. Yoshinori Sunahara (砂原良徳) est producteur et DJ, ancien membre de Denki Groove et membre actuel du super-groupe Metafive, fondé par Yukihiro Takahashi du YMO. Dans un billet de 2017, j’essayais de trouver des liens entre Sheena Ringo et Yukihiro Takahashi, et je pense que je m’en approche doucement.

Comme je le mentionnais déjà, Tokyo Jihen est très présent ces derniers temps dans les médias pour la promotion du best album. Et peut être un peu trop d’ailleurs car Sheena Ringo en est tombée malade bien qu’on ne sache pas la cause exacte de cette maladie. Elle n’était par conséquent pas présente pour certaines émissions, dont celle Live sur YouTube Hanakin Night Ajito Nau (花金ナイト -ビヨンド- 「アジトなう。」) du 22 Décembre 2021. Kameda menait donc l’émission sans Sheena mais avec les trois autres garçons ce qui était assez drôle car l’émission était du coup décousue. Mais la « cheffe » regardait quand même l’émission depuis chez elle et envoyait par moment des messages SMS pour recentrer la discussion. Pendant cette émission, Izawa nous confirme encore que le groupe avait l’intention initiale de se reformer pour une seule année, mais qu’il avait fait exprès de créer des nouveaux pour que le groupe puisse continuer. Izawa nous a dit plusieurs fois lors d’autres émissions son attachement pour Tokyo Jihen. Ça paraissait d’ailleurs très clair lors de cette émission. Un autre détail amusant est d’entendre Ukigumo se plaindre qu’il n’arrive pas toujours à lire les kanji dans les paroles de certains morceaux écrits par Sheena (on sait qu’elle utilise souvent des kanji compliqués ou anciens). Kameda revient encore sur le fait qu’il avait découvert très tard que le titre du morceau Hotoke Dake Toho était un palindrome. Ces petits moments où ils abordent la personnalité particulière de Sheena étaient assez amusants. L’émission, bien qu’assez désordonnée, était intéressante mais était seulement disponible en Live et n’est plus actuellement disponible sur YouTube. Le mardi 28 Décembre, une autre émission appelée MVP Music Awards avec le groupe et le réalisateur Yuichi Kodama était visible en Live sur le site de Pia pour celles et ceux qui avaient acheté Sōgō et Prime Time. Une loterie sélectionnait 600 personnes pour y assister sur place dans une salle de Yurakuchō, mais je ne faisais malheureusement pas partie des heureux gagnants. Je me suis contenté de la version retransmise en simultané sur internet. MVP Music Awards mimait en fait une cérémonie de remise de prix, genre MTV vidéo music awards, sauf que seul Tokyo Jihen était nominé et la présentation était assurée par Sheena Ringo, qui imitait une présentatrice de spectacle, comme elle sait très bien le faire. L’émission était pleine d’humour mais tout de même assez anecdotique.

J’ai beaucoup plus aimé l’émission radio Wow Music sur J-Wave le 18 Décembre car elle était présentée par Seiji Kameda et avait Sheena Ringo comme invitée. Kameda lui posait des questions sur ses influences comme s’il ne les connaissait pas déjà. En fait, il s’avère que Kameda a une très mauvaise mémoire car il oublie beaucoup de détails sur l’histoire du groupe. Il dit même que les fans doivent être beaucoup plus informés sur le groupe qu’il l’est lui-même. Sheena nous parle de sa méthode de création musicale. Elle nous dit qu’elle démarre en général d’un visuel, en imaginant par exemple des scènes de la vie quotidienne. Elle évoque également la difficulté qu’elle peut avoir à écrire les paroles sur des morceaux composés par les autres membres du groupe. Vers la fin de l’émission radio, Kameda demande à Sheena quel est l’artiste qu’elle a apprécié en concert et elle mentionne James Blake qu’elle aurait vu lors d’un concert au festival Fuji Rock. Tokyo Jihen ne s’est à priori pas produit en même temps que James Blake lors de ce festival. Kameda passe le morceau Voyeur de l’album Overgrown sorti en 2013. J’avais beaucoup aimé et écouté quelques morceaux de James Blake sur ses premiers EPs Klavierwerke et CMYK puis sur son premier album éponyme sorti en 2011 (The Wilhelm Scream est fabuleux), mais je n’avais pas suivi sa carrière. Je ne découvre donc que maintenant l’album Overgrown que je cours acheter au Disk Union d’Ochanomizu (pour la modique somme de 300 yens). Le morceau Voyeur passé pendant l’émission Wow Music m’avait beaucoup impressionné (cette nappe sonore unie qui couvre une partie du morceau) et je découvre que l’album dans sa totalité est assez fabuleux, notamment les morceaux Retrograde, Digital Lion en collaboration avec Brian Eno, To the Last. J’avais oublié la grâce de la voix de James Blake, tout en nuances. Musicalement, l’atmosphère ne respire pas la joie de vivre, mais on y trouve quand même une chaleur humaine certaine dans le froid hivernal qu’il nous montre sur la pochette de l’album. En fait, je suis assez surpris que Sheena Ringo mentionne James Blake, mais je suis en même temps bien content d’avoir découvert cet album.