en attendant la pluie à Afuri

Tout comme l’année dernière pour le Nouvel An, nous allons encourager les équipes universitaires participant à la course annuelle de Hakone Ekiden, sur le bord de la route avec nos petits drapeaux. Les coureurs vont tellement vite que je n’ai pas pu prendre une seule photo satisfaisante. On est content qu’Aogaku retrouve la victoire cette année. C’était le 3 janvier.

Nous retournons ensuite faire une visite au sanctuaire Afuri (大山阿夫利神社 ) sur les hauteurs de la montagne Ōyama. J’aime beaucoup cet endroit dans les montagnes couvertes de forêts. Il y avait un peu moins de monde que l’année dernière à la même période même s’il faut toujours attendre un peu pour prendre le train à traction nous amenant vers le sanctuaire. Depuis les hauteurs du Mont Ōyama, on a une vue étendue sur la préfecture de Kanagawa et l’Océan Pacifique au loin. La carte nous indiquait la position d’Enoshima, mais malgré un temps relativement clair, il était difficile de distinguer clairement la presqu’île. On accède au train à traction après avoir remonté le village. 362 marches délimitées par des paliers composent l’ancienne allée nous amenant jusqu’au train. Au bord de cette allée, quelques restaurants spécialisés dans le tofu, des vendeurs de senbei, des fabricants et vendeurs de toupies (une autre spécialité du coin), quelques ryokan et des maisons qui ont l’air vide. Elles nous rappellent que ces lieux ne doivent pas être facile à vivre, mais on ne s’en rend pas compte lorsque l’on fait que passer. Ces montagnes me rappellent celles de Okutama à l’ouest de Tokyo. J’y retrouve une même impression que le futur du lieu est derrière lui. Cette année, nous rentrons à l’intérieur du sanctuaire Afuri pour le rituel kitou, comme nous l’avions fait au sanctuaire de Enoshima au Nouvel An pendant mes trois années de Yakudōshi, les âges malchanceux. Nous trouvons un autre prétexte cette année, mais j’aime de toute façon beaucoup assister à ce rituel car on entre dans un lieu privilégié sur le tatami pendant une vingtaine de minutes en regardant les mouvements du prêtre shintoïste et en écoutant son chant. Il faut d’abord donner une raison d’assister au rituel (ce sur quoi en particulier on veut être protégé pendant l’année), son nom et son adresse, écrire le tout sur un formulaire à l’entrée du sanctuaire. Le chant du prêtre pendant le rituel clamera à voix haute les noms des personnes sollicitant la protection des dieux du sanctuaire. Je prends toujours un malin plaisir à donner mon nom complet avec mes trois prénoms, histoire d’entendre le prêtre les énoncer en version japonisée à voix haute. Mais il ne se trompe jamais.

Nous sommes allés quelques jours auparavant au restaurant de ramen appelé Afuri à Ebisu. Nous le connaissons depuis de nombreuses années mais nous n’y étions pas allés depuis longtemps. Je m’étais toujours vaguement demandé s’il y avait un lien entre le nom de ce restaurant de ramen et le sanctuaire de la montagne Ōyama. Il s’avère qu’il y a un lien car le restaurant est originaire de cette montagne et s’est ensuite exporté à Tokyo dans le quartier d’Ebisu en 2003. Plusieurs branches ont ensuite été ouvertes dans Tokyo. La spécialité de Afuri est le ramen au Yuzu qui vaut vraiment le détour. Le logo du restaurant reprend un dessin des montagnes de Ōyama, ce qui me fait comprendre la relation entre les deux.

Au fait, la première photographie du billet est retraitée par l’application d’édition photographique Polarr, que j’essais en ce moment en version gratuite. L’application permet d’ajouter de nombreux effets et c’est assez tentant d’en abuser comme sur cette première photographie du billet. Je publierais certainement quelques autres photographies en utilisant les filtres de cette application, mais ça sera probablement tout.

TOKYO par NAKANO

Le photographe Masataka Nakano expose en ce moment au Musée de la photographie de Tokyo, à Yebisu Garden Place. Je connais très bien deux de ses séries, certainement les plus connues, Tokyo Nobody et Tokyo Windows car j’ai les photobooks à la maison. Mari me les avait offert pour mes trente ans et je les ai souvent feuilleté. Je dirais même que les photographies de Nakano m’inspirent toujours beaucoup maintenant, dans le sens où mes photographies amateurs cherchent parfois à fuir la présence humaine, sans pour autant aller dans les extrêmes de la série Tokyo Nobody. Les photographies de Masataka Nakano se concentrent plus sur les constructions humaines que sur la présence de leurs créateurs, et cette approche m’est assez familière.

Dans les pièces de la galerie, les photographies sont imprimées en très grands formats et couvrent Tokyo pendant une période de 30 à 40 ans. C’est très intéressant de constater les changements urbanistiques de la ville, comme ceux que l’on peut voir actuellement à Shibuya. Même si ce n’est pas si vieux que ça, je revois l’ancienne gare de Shibuya en photo avec une certaine nostalgie. Nakano nous dit la chose suivante au sujet de cette ville en éternel changement: « I cannot quite decide, to be honest, whether to take a positive or negative stance toward the transformation which Tokyo is currently undergoing. I have always shot my images of Tokyo from a contradictory perspective with love and hate in equal measures. The idealized vision of a city I have in mind is of a space where retro buildings, with the cachet they offer, coexist with cutting-edge structures in a nice balance – and yet, Tokyo has already demolished things of great importance irreversibly. » J’ai les mêmes sentiments contradictoires entre amour et haine en prenant mes photographies des rues de Tokyo, sentiments qui sont, je pense, dû à la nature hétéroclite de l’espace urbain. J’aime tout autant photographier les anciens bâtiments que les nouvelles structures. Le paradoxe est que le fait que Tokyo soit toujours en évolution rend cette ville continuellement intéressante à photographier, mais on regrette en même temps de voir disparaître des quartiers tout entier au prétexte de la modernité (et des obligations de mettre aux normes antisismiques adéquates). À Tokyo, la photographie joue le rôle de mémoire de la ville. Je suis moi-même assez conscient de cela lorsque je prends mes photographies de Tokyo, car je sais qu’un grand nombre de bâtiments ne subsisteront pas éternellement.

La série Tokyo Nobody est toujours impressionnante à regarder, notamment en grand format. Voir des lieux qui grouillent normalement de monde, comme Ginza ou Shibuya, soudainement totalement vide de monde surprend. On imagine que la ville a été soudainement désertée. Mais on comprend aussi que les photographies on été prises très tôt le matin et certainement pendant des jours fériés. On devine cela sur certaines photographies où les drapeaux japonais sont sortis dans les rues, ce qui symbolisent une fête nationale. Nakano explique d’ailleurs que l’idée lui est venue de montrer Tokyo vide de gens alors qu’il était resté seul dans Tokyo au moment des congés du premier de l’An, alors que tous ses amis étaient retournés dans leurs villages natals. C’est moins vrai ces dernières années, mais l’activité commerciale est quasi nulle pendant les tous premiers jours de l’année, les magasins étant fermés et les gens restant chez eux au chaud. J’ai quand même une attirance pour la série Tokyo Windows qui montre des vues sur Tokyo à partir de fenêtres d’appartements, de salles de bureau, entre autres. Les vues sont parfois impressionnantes comme celle depuis une chambre montrant la goutte d’or de Philippe Starck sur l’immeuble Asahi Beer Hall à Asakusa. Comme les photographies de Nakano montrent volontairement une partie d’espace intime près des fenêtres, on se met en situation. On s’imagine vivre dans cet espace, dans cette chambre, et profiter en silence de la ville avec cette vue qui nous coupe le souffle. Ces photographies me donnent la même impression que lorsque je visite un château médiéval et que je m’imagine y vivre pendant quelques instants.

Masataka Nakano montre bien sûr d’autres séries dans cette exposition, notamment une sur la tour de Tokyo. Il nous dit d’ailleurs à propos de cette tour: “The tokyo Tower stands as what I would consider to be the symbol of Tokyo even now with the construction of the Tokyo Skytree. […] To me, a symbol is something that is somehow soothing and gives me a curious sense of relief when it comes into view, regardless of my emotional state or physical location.” C’est intéressant de remarquer que la nouvelle grande tour SkyTree n’a pas remplacé la vieille tour de Tokyo dans le coeur des gens. Nakano nous dit qu’il se sent rassuré lorsqu’il aperçoit la tour de Tokyo dans le paysage urbain, de la même manière que la plupart des japonais s’exclame en apercevant au loin le Mont Fuji lorsqu’il décide de sortir des nuages. Je comprends cet enthousiasme car il m’a également gagné, mais il s’agit de l’exact même sentiment que lorsqu’on aperçoit la tour Eiffel à Paris. Les photographies de Masataka Nakano montrent aussi le Tokyo métaboliste, en particulier les zones urbaines de Ariake et Odaiba, construites sur des espaces initialement déserts gagnés sur la mer et sur lesquels l’architecture a poussé subitement jusqu’à la fin de la bulle économique. Les photographies nous montrent ces espaces en construction. Ils semblent parfois irréels comme sur les photographies montrant la nouvelle ligne Yurikamome avec ces stations aux formes futuristes desservant des zones qui sont encore vide. La série Tokyo Float visite les canaux de Tokyo, ceux recouverts par l’autoroute intra-muros et qu’on pourrait presqu’oublier tant ils sont dissimulés derrière les murs de béton et l’infrastructure autoroutière. A travers l’oeil du photographe, on redécouvre ces espaces oubliés. Il y a une autre série un peu différente au fond des salles d’exposition intitulée Tokyo Snaps. Elle est différente car les photographies se concentrent sur la foule, la présence humaine en mouvement. Cette dernière série m’intéresse un peu moins. Pour les photographies capturant l’activité humaine, je préfère celles de Daido Moriyama. Je repasse alors voir les séries que je préfère, car on ne s’en lasse pas. Je vois une jeune femme assise sur une des deux banquettes de la salle et elle regarde d’un air rêveur les murs de photographies devant elle. Je l’envie car j’aimerais bien aussi prendre un peu de temps pour rêver assis sur ces banquettes, mais le temps m’est déjà compté. 二時間だけのバカンスでした。

L’exposition retrospective des photographies de Masataka Nakano se déroule jusqu’au 26 janvier 2020 au Tokyo Photography Art Museum de Yebisu Garden Place. Les photographies sont autorisées à l’intérieur de la galerie.

envol du corbeau

Le corbeau fait tellement partie de l’ambiance urbaine tokyoïte qu’on finit par l’oublier. Pourtant, pendant mes premiers mois de vie à Tokyo, leur présence et croassements étaient presque traumatisant, surtout le dimanche après-midi quand je me réveillais très tard dans mon petit appartement d’Akasaka après être sorti jusqu’à très tôt le matin le soir d’avant. En prenant la première photographie à Roppongi d’un corbeau à l’envol, je pense au photographe Masahisa Fukase 深瀬昌久 sans aucune prétention de m’approcher d’une plume de l’intensité de ses photographies de corbeaux dans son photobook Ravens 鴉. C’est un photobook que j’ai vu quelques fois en vente en réédition dans des librairies, mais j’ai toujours hésité à me le procurer vu le prix. Il est en fait assez rare qu’un livre de photographies m’intéresse, mais celui-ci en particulier m’impressionne toujours.

Cette photographie et les autres de ce billet ont été prises en 2019 un peu avant Noël, le jour où j’ai été voir le dernier Star Wars au cinéma comme en témoigne le stormtrooper positionné comme un garde près des portes d’entrée. J’avais l’intention de montrer ces photographies plus tôt mais le temps d’écrire les textes m’a manqué. Les deux autres photographies sont prises à l’arrière des buildings à Nishi Azabu ou autour. En prenant la photographie de l’arrière du building de Nishi Azabu, je pense à la version que j’avais capturé sur film il y a plus de dix ans, montrée dans un billet intitulé Pliures tectoniques. Cette ancienne version en noir et blanc reste pour moi une référence pour le rendu des textures que je n’arrive pas à répliquer sur ma nouvelle photographie en digital couleur. J’essaie pourtant régulièrement de reprendre cet endroit en photo pour retrouver cette lumière sur la surface, comme sur une autre version prise pendant l’été 2018. Je trouve un intérêt dans cet alignement de vitres rondes et de tubes, ressemblant à des éléments d’une navette spatiale.

L’image ci-dessus des quatre membres du groupe BiS réformé par l’agence Wack récemment, me fait penser aux corbeaux dont je parlais un peu plus haut, certainement pour leur ‘uniformes’ noirs, ou alors à des oiseaux de nuit. C’est une photo de promotion pour leur dernier EP intitulé DEAD or A LiME (peut être une allusion à la série de films Dead or Alive de Takashi Miike, ou alors au jeu de combat de Tecmo). Je reconnais ce lieu pour l’avoir déjà pris en photographie auparavant, il s’agit du quartier de Shinsen au dessus de Shibuya. On aperçoit un restaurant thaï au murs dessinés de lignes derrière la voie ferrée. BiS est en quelque sorte un groupe sœur de BiSH, qui se place également dans le registre rock mais sans l’aspect symphonique que peuvent prendre certains morceaux de BiSH et avec un peu plus d’agressivité dans le rythme et le chant. Le groupe BiS de la première génération est bien antérieur à BiSH mais il a subi de nombreuses transformations (et beaucoup de drama comme l’explique la page wikipedia) jusqu’à la troisième et actuelle formation créée en 2019. Je ne connais pas du tout la musique des deux premières formations, mais seulement ce dernier EP. J’aime beaucoup les deux morceaux qui le composent à savoir le morceau titre DEAD or A LiME et le deuxième morceau Telephone テレフォン. Le refrain de DEAD or A LiME est très accrocheur et les passages parlés de manière très rapide sont bien vus et apportent une note particulière au morceau. Telephone テレフォン est le premier morceau que j’ai écouté du groupe car il était disponible en téléchargement gratuit pendant quelques jours (ou peut être qu’une seule journée) à la sortie du EP et j’avais tenté l’écoute. Le rythme est ultra-rapide et est destiné à faire bouger les foules. J’aime beaucoup l’énergie qui est communiquée par le refrain et ses voix rapides une fois encore. Le seul bémol est la manière de chanter que je trouve un peu vulgaire d’une des membres du groupe, mais c’est cet aspect qui différencie depuis le début BiS des autres groupes d’idoles, même alternatives.

ネズミ・マウス

L’année 2020 sera sous le signe de la souris et on les voit apparaître un peu partout dans les rues de Tokyo, ici à Marunouchi. Le long de la Naka-dori qui devient piétonne le week-end et qui est illuminé le soir pendant les fêtes, on peut voir en ce moment des statues sur le thème du rugby. Elles ont dû être mises en place sur quelques bancs de la rue pendant la coupe du monde de rugby. On peut y voir des symboles culturels japonais comme un ninja ou un lutteur de sumo. Je choisis de prendre en photo le personnage de Chiko Chan que l’on regarde à la télévision en famille tous les samedi matin sur NHK, tout en prenant le petit déjeuner. Sur les murs de l’escalier montant au quai de la ligne Yamanote à la gare de Yurakuchō, je suis surpris de retrouver une illustration de Shohei Ōtomo, montrant un personnage féminin cyborg habillé d’un kimono. Il s’agit d’une illustration publicitaire pour la Sony PlayStation.

La fin de l’année approchant très vite, l’envie me reprend comme tous les ans de faire le point sur la fréquentation du site. Pendant cette année 2019, au moment où j’écris ces lignes, j’ai publié 137 billets, ce qui est un peu plus que l’année dernière avec 126 billets publiés (95 billets pour l’année 2017). Il faut croire que l’inspiration ne tarit pas malgré les années. Je continue à prendre des photographies tous les week-ends sans vraiment me lasser, ce qui nourrit sans cesse mon envie de créer de nouveaux articles pour les montrer. L’envie d’écrire sur les musiques je j’aime est aussi souvent le point de départ des textes. J’essaie en général de trouver un point en commun entre la musique dont je vais parler et les photographies que je vais montrer dans un même billet. C’est la raison pour laquelle je continue à mélanger les deux. Je pense aussi que c’est ce mélange des genres qui maintient une certaine singularité de Made in Tokyo, même si la logique n’est pas évidente au premier coup d’oeil. C’est certainement une raison pour laquelle Made in Tokyo ne trouve pas un large public. Il y a eu 16330 visites sur l’année 2019 (soit environ 45 visites par jour), ce qui est en baisse assez significative par rapport à l’année 2018 avec 19410 visites (53 visites par jour), prenant en compte que l’année 2018 avait connu un rebond par rapport à l’année précédente (17841 visites en 2017). L’augmentation du nombre de billets en 2019, bien qu’elle ne soit volontaire, n’a pas influé sur la fréquentation du site. Par contre, le nombre de commentaires sur les billets est en augmentation constante avec 62 commentaires (excluant les miens) en 2019 contre 55 en 2018 (et 46 en 2017). C’est une note positive sur ces statistiques. Ceci étant dit, je ne me base pas uniquement sur ces statistiques pour continuer ce site, sinon il y a longtemps que j’aurais arrêté. Les réseaux sociaux vont très certainement continuer à grignoter du terrain sur les formats plus classiques du blog comme celui-ci, et je ne m’attends pas à une augmentation du nombre de visiteurs. Je me réconforte toujours en me disant que ça me permet d’être plus personnel dans mes textes, même si je m’impose volontairement beaucoup de limitations. Je cherche aussi volontairement à maintenir une certaine distance avec le brouhaha des réseaux sociaux.

Images extraites des vidéos sur YouTube des morceaux 1999 et Romance ロマンス du groupe Hitsuji Bungaku 羊文学 sortis respectivement en décembre 2018 et en juillet 2019.

Je découvre à la radio le morceau 1999 du groupe Hitsuji Bungaku 羊文学 dont je n’avais jamais entendu parlé jusqu’à maintenant et j’aime beaucoup ce que j’entends pour son ambiance rock indé à tendance shoegaze. En fait, le son de ce morceau me rappelle un peu celui du groupe Kinoko Teikoku きのこ帝国 sur un album comme Eureka. Il y a une certaine nostalgie qui est transmise à travers ce morceau et j’y suis sensible, d’autant plus que cette année 1999 donnant le titre au morceau correspond à mon arrivée à Tokyo. L’autre morceau que j’écoute du groupe s’intitule Romance ロマンス sur le EP Kirameki きらめき sorti en juillet 2019. Ce morceau rock prend des accents plus pop et coloré comme la vidéo. J’aime beaucoup la voix de Moeka Shiotsuka 塩塚モエカ sur ce morceau en particulier, le rendant immédiatement très accrocheur. C’est une excellente découverte musicale en cette fin d’année. J’aurais découvert beaucoup de belles choses musicales cette année encore.

passage éclair à Sengakuji

Devant la station de métro de Sengakuji, une voiture noire de type américaine est arrêtée au feu rouge sur la voie tournant à droite en direction de Shinagawa. Nous sommes arrêté derrière en voiture, mais elle ne démarre pas quand le feu passe au vert. Je ne me précipite en général pas pour klaxonner car on ne sait jamais qui est au volant. Mais comme l’attente se faisait un peu longue, j’ai fini par donner un premier coup de klaxon qui ne provoqua pas de réaction. La voiture noire au croisement de Sengakuji ne bouge pas d’un centimètre malgré mon coup de klaxon. Je m’apprête à lancer un deuxième avertissement, mais une dame qui était sur le trottoir vient tapoter à la vitre gauche pour nous dire que le chauffeur de la voiture semble endormi au volant de sa voiture au beau milieu du carrefour. Klaxonner ou taper à sa vitre avec insistance n’y font rien car il ne se réveille pas. Un homme au bord de la route est au téléphone, j’imagine qu’il appelle la police pour qu’ils viennent sur les lieux. On contourne la Chrysler break noire en constatant en effet que l’homme, un étranger, a l’air profondément endormi. C’était une situation des plus étranges.

Image de l’attaque nocturne des 47 rōnin, par Utagawa Kuniyoshi (source: The Telegraph Uk).

J’étais venu à Sengakuji pour aller au temple bouddhiste du même nom en espérant assister au festival Gishisai, commémorant les 47 rōnin, qui avait lieu le jour d’avant, le samedi 14 décembre. Je pensais que le festival se déroulait sur le week-end entier, mais il n’avait en fait lieu que le samedi. La place intérieure du temple était entièrement vide à mon arrivée dimanche en début d’après-midi et je n’ai vu du festival que le poster. Ça ne m’a pas empêché d’apprécier les lieux au calme sous le soleil d’hiver. L’histoire des 47 samouraïs, devenus rōnin lorsqu’ils ont perdu leur chef, remonte à l’incident de Akō en 1701. A cette époque, le daimyo Naganori Asano, chef du fief de Akō dans l’ancienne province de Harima (actuellement au sud-ouest de la préfecture de Hyōgo), fut condamné par le shogun Tokugawa Tsunayoshi au suicide rituel, dit seppuku, après avoir blessé Yoshinaka Kira, le maitre des cérémonies de la maison du shogun. L’histoire raconte que le haut fonctionnaire Kira avait manqué de respect envers Asano au point où ce dernier perdit son sang froid en lui portant sa dague au visage. La condamnation à mort suivit cet acte. En conséquence, les 47 samouraïs devinrent orphelins et le domaine de Akō passa aux mains du shogun. Pensant que les samouraïs devenus rōnin essaieraient de venger leur ancien maitre, comme le dicte le code du bushido, Kira prit ses dispositions pour se protéger et surveiller ces 47 rōnin, en particulier leur chef appelé Ōishi Kuranosuke. Ōishi et ses compagnons d’armes mettront deux ans pour méticuleusement planifier leur attaque pour se venger de la mort de leur chef. Ils se savaient surveiller et se sont donc dispersés et convertis en commerçants ou en moines pour brouiller les pistes et endormir l’attention de Kira. Ils étaient bien conscients qu’en tuant la haut fonctionnaire Kira, ils seraient également contraints au seppuku. L’attaque eu lieu le 14 décembre 1702. Les 47 rōnin se retranchèrent ensuite au temple Sengakuji amenant avec eux la tête du haut fonctionnaire Kira pour la placer sur la tombe de leur ancien seigneur Asano. Ils seront plus tard contraints au seppuku et s’exécutèrent le 4 février 1703. Leurs tombes sont alignées au temple Sengakuji devant celle d’Asano. Ils étaient en fait 46 rōnin à s’exécuter ce jour là car le 47ème était parti, aussitôt après l’attaque, annoncer au fief de Akō que la vengeance avait été accomplie. Il sera enterré à sa mort auprès des 46 autres compagnons d’armes. C’est une histoire très connue de la culture populaire japonaise, emblématique du sens de l’honneur et de la loyauté des samouraïs. La page wikipedia sur le sujet est très complète.