boire les lumières insaisissables

Après avoir parcouru le chemin de montagne boisé parsemé par endroits par les hortensias, nous visitons ensuite les recoins du grand temple Takahata Fudōson (高幡不動尊金剛寺). Les origines du temple situé à Hino remontent au tout début des années 700. Le bâtiment principal appelé Fudō-dō a été reconstruit en 1342 après la destruction du temple originel par une tempête mais compte tout de même parmi les plus anciens édifices religieux conservés de Tokyo. La pagode à cinq étages est par contre beaucoup plus récente et est devenue un symbole du site. Le temple est étroitement lié à la figure de Toshizō Hijikata, lui-même natif de Hino. Toshizō Hijikata (土方 歳三, 1835-1869) fut le célèbre vice-commandant du Shinsengumi (新選組), une police spéciale et unité militaire organisée par le shogunat Tokugawa pour maintenir l’ordre à Kyoto à la fin de l’époque Edo. Il était surnommé le démon du Shinsengumi (鬼の副長) en raison de sa discipline implacable. Il resta fidèle au shogunat durant la guerre civile de Boshin (戊辰戦争) qui se déroula de 1868 à 1869 entre le shogunat Tokugawa et les forces impériales cherchant à restaurer le pouvoir de l’empereur et qui marqua la fin du régime féodal et le début de la Restauration de Meiji. Après plusieurs défaites, Toshizō Hijikata poursuivit le combat jusqu’à sa mort à Hakodate en 1869. Il demeure aujourd’hui une figure emblématique et romantique de la fin de l’ère des samouraïs.

Nous visitons le temple Takahata Fudōson le jour du festival des hortensias de Takahata Sandō (高幡参道あじさい祭). Ce matsuri se déroule tous les ans lors du premier samedi du mois de Juin, c’est à dire le 6 Juin 2026 cette année. Des spectacles de danse de type Yosakoi (よさこい) ont lieu le long de la rue commerçante menant de la station de train jusqu’à l’entrée du temple. La troupe de danse les plus réputée est celle nommée Shinsengumi REVO (新選組REVO) revêtant des costumes inspirés du Shinsengumi, en adéquation avec l’histoire locale de la ville de Hino. Les gigantesques drapeaux accompagnant le cortège sont impressionnants. C’est une vraie prouesse de les manipuler dans une rue aussi étroite où les bâtiments et des lignes électriques sont proches. Je tente de prendre plusieurs photographies des danses mais les mouvements incessants et la lumière tombante de la fin de journée font que la plupart sont malheureusement floues.

La musique qui suit ne correspond pas vraiment à l’ambiance de festival de rue de cette série de photographies, mais ce n’est pas très grave. Commençons par un superbe morceau intitulé River Man par Seu Jorge avec Beck. Seu Jorge est un chanteur, compositeur et acteur brésilien originaire de la banlieue de Rio de Janeiro. Dès la première écoute, je suis happé par le ton grave et caverneux de sa voix, combinée à celle beaucoup plus douce de Beck. Il y a quelques années, j’avais eu une période intense d’écoute de la musique de Beck et je garde cette expérience d’écoute très précieusement en tête. J’avais d’abord une préférence pour ses quelques albums les plus expérimentaux comme Mellow Gold (1994) et Odelay (1996), puis j’avais admiré ses albums plus lents et atmosphériques comme Sea Change (2002) et Morning Phase (2014). Round The Bend sur Sea Change est un morceau sublime, dont j’ai déjà parlé plusieurs fois. On retrouve cette voix apaisée de Beck en compagnie de Seu Jorge. River Man est en fait une reprise d’un morceau du musicien anglais Nick Drake, que j’avais d’ailleurs entendu assez récemment dans une rediffusion de l’emission Very Good Trip sur France Inter consacrée à Nick Drake et notamment à son album Five Leaves Left (1969) dont est tiré le titre River Man. La version de Nick Drake est vraiment très belle, comme un moment suspendu. La version de Seu Jorge avec Beck est poignante mais la version originale de Nick Drake est encore d’un autre niveau, à mon avis. Je remarque un détail amusant en explorant visuellement la courte discographie de Nick Drake. La photo de couverture de son deuxième album Bryter Layter (1971) m’est familière. Je me rends compte assez vite que le groupe japonais de noise rock Boris a en fait repris et modifié la photo et le design de cette couverture pour leur quatrième album studio Akuma no Uta (悪魔の歌), en hommage au musicien anglais. Voici un lien inattendu qui va certainement me reconduire vers la très longue discographie de Boris que je connais en fait assez peu à part leur emblématique album Pink.

Je ne pensais pas un jour écouter et apprécier un morceau de la jeune chanteuse et compositrice californienne Olivia Rodrigo, mais c’est pourtant le cas avec son excellent single The Cure extrait de son troisième album You Seem Pretty Sad for a Girl So in Love. Je retrouve dans ce morceau une certaine influence du rock indépendant américain des années 1990. Olivia Rodrigo nous dit que le titre du morceau n’est pas directement lié au groupe The Cure, même si on sait qu’elle est depuis assez récemment proche de Robert Smith et qu’elle est une grande admiratrice du groupe. Elle a même invité Robert Smith sur scène lors de son concert à Glastonbury en 2025 pour interpréter deux classiques de The Cure: Friday I’m in Love et Just Like Heaven. Robert Smith a également collaboré sur le morceau What’s Wrong With Me de son troisième album. On ressent une certaine influence des sonorités de The Cure sur ce morceau, notamment dans l’intensité finale qui s’en dégage, mais j’y ressens également quelque chose de Mellon Collie and the infinite sadness des Smashing Pumpkins. À l’occasion de la sortie de son album, Olivia Rodrigo a été invitée par NTS Radio pour une émission où elle a diffusé une playlist de morceaux tristes. On y trouve bien sûr plusieurs morceaux de The Cure mais également d’Elliott Smith, des Smashing Pumpkins, de Lana Del Rey, de PJ Harvey, de Snail Mail, entre autres.

Je découvre ensuite, sur une émission de radio japonaise dont je n’ai pas noté le nom, la musique d’une autre musicienne californienne, Madeline Goldstein, basée à Los Angeles. Le single que j’écoute beaucoup en ce moment s’intitule 1996 Expectations, sorti en Août 2024 et inclus sur son album Speaking to the Body qui vient de sortir en Avril 2026. Dès cette première écoute à la radio, j’ai accroché à l’ambiance darkwave qui s’en dégage avec ses accents synth-pop reminiscents des années 80. J’y retrouve une atmosphère proche de celle de Depeche Mode à la grande période de l’album Violator sorti en 1990. Ça me remplit bien sûr de nostalgie, d’une époque où on suivait assidûment les nouveautés musicales présentées sur l’émission télé Top 50 par Marc Toesca (de 1984 à juin 1991). J’ai des souvenirs assez précis d’y avoir entendu pour la première fois les singles Personal Jesus, Enjoy the Silence ou Policy of Truth, accompagnés des clips vidéos qui se faisaient à cette époque de plus en plus sophistiqués. J’écoute régulièrement la compilation The Singles 86-98 de Depeche Mode qui inclut ces trois morceaux, mais ma préférence va maintenant vers trois autres morceaux tirés du cinquième album du groupe intitulé Black Celebration sorti en 1986: Stripped, A Question of Lust et A Question of Time. Cette suite de trois singles est fabuleuse. Dans des styles très différents, la voix de baryton grave et au romantisme sombre de Dave Gahan et celle beaucoup plus délicate et aérienne de Martin Gore réveilleraient même les morts qui auraient eu la mauvaise idée de s’assoupir.

Dans un registre tout autre, j’adore le morceau électronique I Drink The Light du duo TOMORA formé par Tom Rowlands de Chemical Brothers et AURORA. L’association entre la voix assez extraordinaire, quasiment mystique, d’AURORA qui rappelle un peu Björk et l’électronique trance apportée par Tom Rowlands est vraiment saisissante. Le morceau assez court a une composition atypique, plutôt expérimentale dans son approche. Je connaissais AURORA pour quelques morceaux dont j’avais parlé dans un billet précédent mais je n’avais pas écouté The Chemical Brothers depuis très longtemps.

pensées récursives

J’ai demandé à ChatGPT d’écrire une revue sans concession sur le blog Made in Tokyo, en incluant ses aspects positifs et ses faiblesses avec des conseils pour la suite. Le résultat, que je retranscris sans altération ci-dessous, est quand même assez troublant de vérité. Troublant car ChatGPT ne se base pas sur un condensé d’avis extérieurs car ceux-ci n’existent pas mais semble bien faire lui-même une analyse et donner un avis qui a tout d’une vue personnelle. Je reconnais bien les points qu’il mentionne tant en positif qu’en négatif, et certains des points négatifs dont il parle sont des choix volontaires de ma part, par exemple de ne parler que des choses que j’apprécie. Je ne sais pas si cette petite analyse me fera changer mon approche sur certains points mais elle permet en tout cas de faire un ou deux pas en arrière pour prendre un peu de recul. Je ne reçois en général pas ce genre de commentaires des visiteurs, ce qui est tout à fait compréhensible. J’ai toujours pensé l’intelligence artificielle comme une aide de recherche au sujet de certains sujets qui m’intéresse mais on peut aussi l’utiliser pour se questionner soi-même dans une certaine mesure et d’une manière prudente.


Made in Tokyo: entre passion, transmission et exigence critique

Depuis plusieurs années, Made in Tokyo occupe une place singulière dans le paysage francophone consacré au Japon. Ni guide touristique, ni média d’actualité généraliste, ni simple carnet de voyage, le blog s’est progressivement imposé comme un espace de découverte culturelle où se croisent musique, architecture, art contemporain, photographie, quartiers urbains et expériences de terrain. À une époque où le Japon est souvent réduit à quelques images convenues (anime, gastronomie, technologie ou attractions touristiques), Made in Tokyo propose un regard plus personnel et plus nuancé sur la création contemporaine japonaise. Cette singularité constitue sa force principale. Elle explique également certaines de ses limites.

Une présence authentique sur le terrain

Ce qui frappe d’abord à la lecture du blog est le caractère vécu des récits. Les articles donnent rarement l’impression d’être le produit d’une simple veille numérique ou de la reprise de communiqués promotionnels. Ils sont ancrés dans l’expérience directe. Concerts dans des salles de taille modeste, expositions confidentielles, cafés atypiques, quartiers en mutation ou festivals locaux: le lecteur accompagne l’auteur dans ses découvertes. Cette immersion crée un sentiment de proximité et de crédibilité que beaucoup de publications plus institutionnelles peinent à reproduire. Dans un environnement médiatique saturé de contenus standardisés, cette authenticité constitue une valeur rare.

Un rôle de passeur culturel

L’une des grandes réussites de Made in Tokyo réside dans sa capacité à faire découvrir des artistes, des lieux et des initiatives largement absents du radar francophone. La musique occupe ici une place particulière. Au fil des années, le blog a mis en lumière aussi bien des figures reconnues que des groupes confidentiels issus des scènes indépendantes japonaises. Cette curiosité permanente permet au lecteur d’élargir ses horizons et d’accéder à des univers qui resteraient autrement invisibles. Le blog agit ainsi comme un passeur culturel. Il ne se contente pas d’informer, il suscite l’envie d’explorer davantage. Nombre de lecteurs ont probablement découvert un artiste, une salle de concert, un quartier ou un musée grâce à cette médiation patiente et passionnée.

Une expertise musicale précieuse

Parmi les différentes thématiques abordées, la musique apparaît comme l’un des domaines où Made in Tokyo excelle le plus. Les chroniques témoignent d’une connaissance approfondie de la scène japonaise contemporaine, qu’il s’agisse de rock indépendant, de jazz, d’électro, de folk, de pop alternative ou de musiques expérimentales. Cette expertise est particulièrement précieuse dans un contexte où les médias occidentaux accordent encore peu de place à la diversité musicale japonaise. Loin de se limiter aux artistes déjà exportés à l’international, le blog s’intéresse aux trajectoires moins visibles, contribuant ainsi à documenter une richesse culturelle souvent méconnue.

Une écriture incarnée

Made in Tokyo assume pleinement la subjectivité de son regard. Les articles sont nourris de sensations, de souvenirs, de rencontres et d’émotions. Cette approche personnelle constitue l’une des signatures du blog. Elle permet au lecteur de ressentir l’atmosphère d’un lieu ou l’énergie d’un concert au-delà des simples faits. Cette écriture sensible favorise l’immersion et distingue le site d’une couverture purement journalistique. Cependant, cette même proximité avec le sujet soulève parfois une question essentielle: quelle place reste-t-il pour la critique ?

Les limites d’un regard passionné

La principale réserve que l’on peut formuler à propos de Made in Tokyo tient précisément à ce qui fait son charme: son enthousiasme. Le blog privilégie souvent la découverte, l’émerveillement et le partage d’expériences positives. Cette orientation crée une lecture agréable et généreuse, mais elle peut également réduire la distance critique. Les concerts sont fréquemment racontés avec précision, mais rarement disséqués en profondeur. Les albums sont présentés avec conviction, mais leurs faiblesses éventuelles sont peu discutées. Les expositions et les lieux visités sont majoritairement valorisés plutôt qu’interrogés. Le lecteur comprend ce qui a séduit l’auteur. Il découvre plus rarement ce qui a pu le décevoir. Or la critique culturelle ne consiste pas seulement à célébrer. Elle consiste également à analyser, comparer, questionner et parfois contredire.

Le risque de la romantisation

Une autre limite réside dans la représentation du Japon lui-même. À travers les articles, le Japon apparaît souvent comme un territoire d’inspiration, de créativité et de raffinement. Cette vision possède une part évidente de vérité, mais elle peut parfois tendre vers une forme de romantisation. Le Japon contemporain est également traversé par des tensions: transformation accélérée de certains quartiers, disparition de lieux alternatifs, standardisation commerciale, difficultés rencontrées par les artistes indépendants, vieillissement de certains publics culturels ou encore effets du tourisme de masse. Ces réalités apparaissent relativement peu dans les récits. Aborder davantage ces contradictions permettrait d’enrichir encore le regard porté sur le pays et de dépasser une vision principalement contemplative.

Ce qui pourrait faire évoluer le blog

L’enjeu n’est certainement pas de transformer Made in Tokyo en média polémique ou en plateforme de critiques systématiques. Sa personnalité repose justement sur sa curiosité, sa bienveillance et sa capacité à transmettre des découvertes. En revanche, plusieurs évolutions pourraient renforcer encore sa pertinence.

Assumer davantage la critique: Le blog dispose aujourd’hui de suffisamment de crédibilité pour exprimer des jugements plus tranchés lorsque cela s’impose. Les lecteurs gagneraient à découvrir aussi les limites d’un concert, les faiblesses d’un album ou les ambiguïtés d’un phénomène culturel.

Développer les analyses de fond: Les meilleurs articles sont souvent ceux qui replacent un lieu, un artiste ou un événement dans une perspective plus large. Renforcer les dimensions historiques, sociales ou urbaines permettrait d’ajouter une profondeur supplémentaire aux récits.

Explorer davantage les zones grises: Le Japon fascinant présenté par le blog n’exclut pas un Japon plus complexe. Les sujets liés aux mutations culturelles, aux difficultés du secteur artistique ou aux transformations urbaines pourraient trouver davantage leur place.

Multiplier les regards: Des collaborations ponctuelles avec d’autres observateurs, artistes ou passionnés permettraient d’introduire des perspectives nouvelles tout en préservant l’identité du projet.

Valoriser le patrimoine éditorial: Après plusieurs années d’existence, Made in Tokyo possède une véritable richesse documentaire. Organiser davantage les archives sous forme de dossiers thématiques, de parcours musicaux ou de séries consacrées à certains quartiers pourrait transformer le site en ressource de référence pour les passionnés de culture japonaise.

Une identité à préserver: Malgré ces pistes d’amélioration, il serait injuste d’évaluer Made in Tokyo uniquement à travers ce qui lui manque. Sa véritable réussite réside ailleurs. Le blog donne envie de sortir, d’écouter, de marcher, d’observer et de découvrir. Il transmet une curiosité contagieuse pour la création japonaise contemporaine. Il construit patiemment des passerelles entre des univers souvent éloignés du public francophone.

Dans un paysage numérique dominé par la vitesse, les algorithmes et les contenus jetables, Made in Tokyo cultive encore le temps long de la découverte. C’est précisément pour cette raison qu’il mérite aujourd’hui d’aller plus loin. Non pas en abandonnant ce qui fait sa singularité, mais en ajoutant à son enthousiasme déjà communicatif une dose supplémentaire d’analyse, de contradiction et d’esprit critique. Car le Japon réel n’est pas seulement fascinant. Il est complexe, changeant, parfois décevant, souvent contradictoire. Et c’est dans cette tension entre émerveillement et lucidité que Made in Tokyo pourrait trouver son prochain chapitre.

Ce qui ressort finalement de l’ensemble de l’analyse, c’est que les qualités et les défauts de Made in Tokyo sont intimement liés. Le blog fonctionne parce qu’il est porté par une curiosité authentique, une présence sur le terrain et une véritable passion pour la culture japonaise contemporaine. C’est précisément cette passion qui lui permet de découvrir des artistes, des lieux et des événements que la plupart des médias ignorent. Mais cette même passion peut parfois limiter la distance critique. Là où un journaliste culturel chercherait à évaluer, comparer ou contester, le blogueur cherche souvent à partager, transmettre et faire découvrir. Il ne faut pas oublier non plus qu’un blog n’a pas nécessairement vocation à devenir une revue critique. Beaucoup de lecteurs viennent justement sur Made in Tokyo pour retrouver un regard personnel, sensible et enthousiaste. Une critique trop systématique pourrait même faire perdre une partie de ce qui constitue son identité. La question n’est donc peut-être pas: «Comment rendre le blog plus sévère ?» mais plutôt: «Comment conserver sa capacité d’émerveillement tout en gagnant en profondeur analytique ?»

Par exemple:
– Développer davantage le contexte historique et social autour des sujets abordes;
– Comparer les artistes ou les œuvres plutôt que de les décrire unique ment;
– Revenir sur certaines déceptions ou limites lorsque c’est pertinent;
– Explorer les contradictions de la société japonaise contemporaine;
– Produire ponctuellement des articles de fond ou des essais plus personnels.

L’autre point qui me semble important est la valeur documentaire accumulée au fil des années. À force de chroniquer concerts, expositions, quartiers et artistes, Made in Tokyo est devenu bien plus qu’un simple blog: c’est une archive vivante de la culture japonaise contemporaine vue depuis le terrain. Cette richesse est rare et mérite probablement d’être davantage mise en avant. En définitive, si je devais résumer le blog en une formule:
Made in Tokyo est excellent lorsqu’il fait découvrir; il pourrait devenir remarquable lorsqu’il commencera davantage à interpréter. Les deux dimensions ne sont pas incompatibles. Au contraire, elles pourraient se renforcer mutuellement.

Mako Takatsuki (高槻 真光) et Yuka Kuroyama (黒山 優歌) qui accompagnent respectivement ce billet sont toutes les deux nées d’un croisement de l’imagination humaine et de l’intelligence artificielle. Elles représentent certaines des singularités par lesquelles j’aimerais qu’on perçoive ce blog, comme un point vert qui dénote sur un ensemble uniforme ou une couleur bleutée inattendue qui se dégage à travers le prisme des mots. J’ai créé ces images photographiques sur une version de Grok lorsque celle-ci était gratuite (ce qui n’est plus le cas aujourd’hui) mais avec un remaniement ensuite sous ChatGPT car je préfère la chaleur du rendu pas complètement réaliste de ce dernier. Je ne prétendrais pas utiliser des prompts compliqués mais il y avait par contre plusieurs itérations pour obtenir le résultat souhaité.

Je m’intéresse maintenant à la musique de Tom Kawada (川田十夢) que je découvre par hasard en écoutant l’émission Creator’s Note du 13 Juin 2026 sur la radio J-Wave dans laquelle il était invité. Tom Kawada est né en 1976 dans la préfecture de Kumamoto dans le Kyushu. Il est avant tout connu comme développeur et inventeur, et comme l’un des pionniers de la réalité augmentée (AR) au Japon au sein d’un collectif nommé AR San Kyōdai (AR三兄弟). Ce collectif créatif fondé autour de la réalité augmentée mêle technologie, humour, art contemporain, musique, télévision et performances interactives. Depuis 2025, Tom Kawada publie régulièrement ses propres morceaux de musique, dans un projet mêlant musique, poésie, vidéo et … intelligence artificielle. Il écrit tous les textes de ses morceaux, les compose et réalise les vidéos. Les voix sont par contre souvent générées par intelligence artificielle, tandis que certaines parties instrumentales, notamment de guitare, proviennent de ses propres enregistrements. Il s’agit donc d’un projet hybride expérimental dont la répartition entre humain et IA reste variable entre les morceaux. Bien qu’il assure la conception artistique, les thèmes et la structure des morceaux, la direction créative des vidéo qu’il crée, il ne masque pas son utilisation fréquente de l’IA pour les voix chantées, pour certaines parties instrumentales ou arrangements et pour les visuels et animations accompagnant les morceaux. Les morceaux reposent sur des voix de synthèse, mais son écriture est très personnelle et pas dénouée d’humour comme sur le morceau Vein (鉱脈) qui s’inspire des nouvelles amendes imposées à la conduite à vélo lorsque l’on fait quelque chose de travers (comme conduire avec des écouteurs dans les oreilles ou en regardant son smartphone). Le morceau Vein, comme les trois autres que j’écoute à savoir Vein of Water (水脈), Debug to the Future (デバッグ・トゥ・ザ・フューチャー), I’ll turn it into a song (歌にしちゃうぞ), ont une forte empreinte hip-hop avec une rythmique très marquée et une voix très rapide un peu mécanique, mais qui est pourtant nourrie d’une sensibilité et d’une poésie très contemporaine. Le trouble nous saisit tout de même car on n’est pas certain de savoir s’il s’agit de la voix de Tom Kawada ou d’une voix de synthèse créée de toute pièce par le software SUNO AI, dont il mentionne parfois le nom dans les crédits de certains morceaux. On remarque également certaines constantes entre les morceaux qui nous font penser qu’une machine se cache derrière ce chant parfaitement mené. Il n’empêche que ces morceaux sont très bons et intéressants à l’écoute, car ils touchent à un style qui n’est pas dénué d’originalité. Je pensais l’utilisation de l’intelligence artificielle en musique comme une pratique inacceptable mais il se trouve que certains artistes parviennent à l’utiliser pour une musique qui n’est pas copiée sur le reste et qui ouvre même des voies différentes. Je me souviens que le musicien électronique Tofu beats avait également expérimenté cette association humaine et artificielle. C’est troublant, et en même temps on peut se dire que l’intelligence artificielle peut être utilisée d’une manière… intelligente.

the pain of feeling free

Aller à Ginza est souvent l’occasion de revoir le building Ginza Sony Park, conçu par Takenaka Corporation, et l’immeuble Louis Vuitton par Jun Aoki. Je ne me lasse pas de les revoir tant leur architecture est remarquable, dans des styles visuels très différents mais pareillement audacieux. J’attends que la foule et les voitures se dégagent avant de prendre en photo le Ginza Sony Park depuis l’autre côté du grand carrefour. Pour les photographies du building Louis Vuitton, je préfère au contraire faire intervenir la présence humaine, en reflet sur les immenses façades ondulées et colorées par vagues dorées. Puis je marche au hasard des rues de Ginza que je connais sans bien connaître. Il est difficile de se perdre dans la perpendicularité du quartier. On peut facilement y faire des boucles sans vraiment s’en rendre compte. Cela n’a pas beaucoup d’importance car j’étais plutôt à la recherche d’un environnement d’écoute pour le dernier album de Boards of Canada. Inferno est sorti le Jeudi 29 Mai 2026 et je suis allé l’acheter en CD le jour même de sa sortie au Tower Records de Shibuya, en récupérant au passage un poster de l’album et un autocollant Warp. Le groupe n’avait pas sorti de nouvel album depuis 13 ans et c’est donc un petit événement. Sans surprise, l’album est très long avec 18 morceaux pour 1h 10mins. C’est malgré tout un album qu’on a envie d’écouter en entier plutôt que par morceaux, car son ambiance se construit dans la durée. Je trouve l’album meilleur que Tomorrow’s Harvest mais un cran en dessous de Geogaddi, mais il reprend de ce dernier son étrangeté, sa part sombre et sa force de fascination. Dès l’introduction et le premier morceau Prophecy at 1420 MHz, on reconnaît tout de suite tout ce qui fait la particularité et le pouvoir d’attraction de BoC. Le troisième morceau Hydrogen Helium Lithium Leviathan est de ces morceaux qui peuvent devenir des classiques, avec ces nappes célestes qui se construisent progressivement. J’adore absolument les deux morceaux Father And Son et The Word Becomes Flesh car ils ont une approche plus rythmée qu’on ne connaît pas de BoC, à la limite du hip-hop. Mais il s’agit bien sûr d’un hip-hop étrange et malaisant, avec des voix crachotantes plutôt inquiétantes. Ces morceaux sont hypnotiques tout comme le magnifique septième morceau Naraka avec ses chants mystiques hindous transformés dans sa deuxième partie. C’est un des sommets de l’album mais il y en a plusieurs. C’est amusant également d’entendre des sonorités qui nous ramènent tout de suite à l’univers de BoC, mais on nous amène ici vers un cosmos lointain dont on n’avait pas l’habitude. L’ensemble est assez sombre mais des morceaux comme Into the Magic Land sont tout de même lumineux, ce qui apporte des alternances bienvenues. Le treizième morceau Deep Time est également pour moi un des très beaux moments de l’album, le plus nostalgique peut être (il était déjà sorti sous le nom Tape 05). Il n’y a rien à écarter dans cet album car chaque élément musical contribue à l’ensemble. Les amateurs de BoC ne seront clairement pas déçu. J’aime beaucoup cet album même si on n’y retrouve pas de morceaux sublimissimes comme Music is Math sur Geogaddi. L’album Geogaddi est sorti il y a 24 ans et il faut peut être laissé à Inferno le temps de prendre racine dans notre inconscient musical.

La musique de Boards of Canada se déroule devant moi, en explorant les rues arrières de Ginza. J’hésite ensuite à rentrer à pieds ce qui me prendrait une bonne heure et demi, parcours que j’ai déjà emprunté maintes fois. Je pense d’abord passer par le parc Hibiya puis ensuite décider si l’énergie qui me reste me permet de continuer à marcher ou sauter dans la ligne de métro Hibiya. En passant devant la grande tour de Hibiya Midtown, une voix attire mon attention. Je remarque qu’elle provient d’un petit podium blanc placé au milieu de la place à l’entrée de la tour. Un duo de musiciens finit juste un set alors que j’arrive sur place devant la petite scène. Dommage car la dynamique du chant que j’ai entendu en m’approchant me plaisait bien. Alors que le groupe quitte la scène en remerciant le public réuni, je réalise en apercevant un programme affiché au milieu de la place qu’il s’agit du Hibiya Music Festival organisé par Seiji Kameda. Le Hibiya Music Festival (日比谷音楽祭) se déroule chaque année depuis 2019 dans le parc de Hibiya et dans les espaces voisins de Tokyo Midtown Hibiya, avec la grande particularité d’être gratuit et ouvert à tous. Il est porté tous ans par Seiji Kameda (亀田誠治) grace au crowdfunding et a une ambition de rendre la musique accessible sans barrières sociales et générationnelles. Je voulais y assister depuis longtemps mais je m’y étais à chaque fois pris trop tard ou rendu compte alors que le festival se terminait. J’avais également un peu de mal à croire que toutes les représentations soient gratuites et sans réservation. Je découvre donc une partie du festival tout à fait par hasard.

Le groupe qui vient de sortir est MONONKVL (モノンクル), un duo formé en 2011 par la chanteuse-compositrice Sara Yoshida (吉田沙良) et le bassiste-compositeur Ryuta Tsunoda (角田隆太). Ce que j’ai entendu était en fait une petite mise en jambe pour accorder les instruments et le matériel. La session live démarre en fait à 11h30 sur la scène nommée HIROBA devant Hibiya Midtown. Je décide de rester les écouter. C’est agréable d’être à l’extérieur avec une météo plus que clémente et devant une petite scène qui permet de s’approcher assez près. Le nom du groupe MONONKVL peut se traduire en Mon Oncle et aurait été inspiré par le nom de la revue Mon Oncle (モノンクル) dirigée par Juzo Itami (伊丹十三) dans les années 1980, elle-même probablement inspirée du titre du film Mon Oncle de Jacques Tati. Ryuta Tsunoda en aurait aimé la sonorité du mot indépendamment de son sens précis. La musique de MONONKVL mêle des ambiances soul et jazz avec approche pop très contemporaine. J’ai tout de suite aimé la voix de Sara Yoshida et les compositions des morceaux remplis d’énergie positive m’ont beaucoup plu. J’ai du coup tenté de leur demander par l’intermédiaire de la messagerie d’instagram quelle était la setlist de leur session d’une demi-heure environ, tout en faisant part de mon enthousiasme pour leur musique, et ils m’ont gentiment répondu. Je la note ci-dessous pour référence.

1. Apollo (Porno Graffitti cover)
2. HOTPOT
3. Yuudachi (夕立)
4. GINGUA
5. Uzu (渦)
6. Koko ni Shika Nai tte Itte (ここにしかないって言って)

Le premier morceau que le groupe à interprété est très connu et il s’agit d’une reprise du titre Apollo de Porno Graffitti. Il y avait une petite foule devant la scène et Sara Yoshida arrive bien à engager le public. Au milieu du set, elle adresse un message de remerciement au public, qui semblait comme moi beaucoup apprécier, puis envers l’organisateur du festival Seiji Kameda. Leur session est assez courte mais j’en retire quelques morceaux que j’aime beaucoup et que j’écoute maintenant sur mon iPod, comme HOTPOT et Uzu (渦). En fouillant dans leur discographie, je découvre avec plaisir le morceau Who Am I en collaboration avec AAAMYYY sur leur album Bokura Ikidomari de Warai Aitai (僕ら行き止まりで笑いあいたい) sorti en 2025. J’aime beaucoup la manière par laquelle le morceau se transforme progressivement d’une approche déstructurée vers une harmonie pop particulièrement réussie entre les deux chanteuses. Je garde donc une très bonne impression de ce premier contact avec le festival musical de Hibiya et j’ai envie de la prolonger. Je gagne ensuite le centre du grand parc de Hibiya pour savoir ce qui s’y passe. On y trouve plusieurs scènes en plein air dont la plus grande est celle nommée ONIWA. Le groupe pop-rock-rap originaire d’Okinawa ORANGE RANGE s’y produit. Ils étaient très populaires dans les années 2000 et ont fait leur retour. Leur musique m’intéresse peu et il est de toute façon temps pour moi de rentrer. Je n’écoute que distraitement en marchant en direction d’une des sorties du parc. Nous sommes le Samedi 30 Mai 2026, et le festival se déroulant sur deux jours, continue le Dimanche 31 Mai. Sur le programme du Dimanche, j’ai remarqué quelques artistes et groupes qui m’intéressent et que je serais très curieux de voir sur scène.

Me voilà donc le Dimanche en début d’après-midi pour une deuxième visite au festival musical de Hibiya. Il fait un temps magnifique et même un peu trop chaud. Sur la scène HIDAMARI située dans un coin ombragé du parc près des terrains de tennis, j’avais noté une session live de la guitariste Rei, dont j’avais déjà parlé brièvement sur ce blog. Elle est ‘ambassadrice‘ de la marque de guitare Fender au Japon depuis 2023 et a même sa propre guitare signature, la Rei Stratocaster R246, commercialisée depuis Février 2025. Son concert d’une trentaine de minutes commence à 13h45 mais j’arrive en avance vers 13h, alors que se termine la session précédente d’une autre artiste que je ne connais pas. J’avais amené avec moi un sandwich vietnamien que j’ai pu apprécier tranquillement dans le parc sous les arbres. Des petites chaises en plastique sont disponibles et des stands fournissent de quoi boire et manger. Une bière s’impose rapidement. Les prix ne sont même pas prohibitifs. Quelques personnes sont déjà regroupées devant la scène et je n’attends pas trop pour les rejoindre. Je ne connais pas beaucoup la musique de Rei à part quelques morceaux, mais je sais que c’est une guitariste remarquable. Elle a apparemment son fan club présent en premières lignes. Une vingtaine de minutes avant le début de sa session, elle entre sur scène comme si de rien n’était pour vérifier les réglages des guitares qu’un membre du staff avait préparé pour elle. Ses quelques essais se transforment assez vite en un morceau d’échauffement parfaitement exécuté. On a l’impression que le concert vient de commencer mais elle nous rappelle qu’il s’agit juste d’un tour de chauffe. Elle y met en tout cas toute sa ferveur, ce qui promet pour la suite. Le public la suit tout de suite. La plupart des morceaux qu’elle jouera ensuite me sont inconnus. Elle chante parfois en anglais qu’elle maîtrise très bien. Bien qu’elle soit née au Japon à Itami (伊丹市) dans la préfecture de Hyōgo, elle a vécu plusieurs années à New York lorsqu’elle était enfant. Ce n’est pas la première fois qu’elle répond à l’appel de Seiji Kameda pour ce festival. Les deux semblent même proches et sur la même longueur d’onde. Elle nous fait part d’ailleurs d’une discussion qu’elle a eu avec Kameda lors des débuts du festival. Lorsqu’elle était petite, Rei connaissait Central Park à New York comme un lieu ouvert aux artistes et groupes de musique et a le souvenir d’y avoir vu des représentations. Kameda, qui connaît aussi New York, avait cette idée de faire du parc de Hibiya le Central Park de Tokyo, dans une vision similaire à ce qu’avait connu Rei. Rei ne manque pas de le remercier d’avoir concrétisé cette vision. On sent un respect profond entre les deux artistes. La musique de Rei lors de cette session se tourne beaucoup vers le blues, d’influence américaine donc, notamment pour ses premiers morceaux où elle chante en anglais. Elle joue d’abord d’une guitare acoustique mais elle a un jeu tellement puissant qu’on y entend une électricité latente. Rei sait mettre les formes et se mettre en scène comme une femme forte aux airs impitoyables sur une guitare. Mais elle respecte tellement ses guitares qu’elle les présente même les unes après les autres au public. En hommage à Kameda, Rei reprend un morceau de Tokyo Jihen, Shuraba (修羅場) de l’album Adult (大人). Elle n’a pas tout à fait la voix de Sheena Ringo, mais elle reste puissante et passionnée. Son jeu est assez différent de celui d’Ukigumo, un peu plus physique alors que celui d’Ukigumo est plus flottant. En parcourant le fiche Wikipédia de Rei, on apprend d’ailleurs que Ryosuke Nagaoka a participé à son premier projet discographique. Alors que j’écoute cette interprétation libre de Shuraba, j’en viens à me demander s’il ne s’agit pas là d’un signe m’indiquant de continuer ma souscription au fan club Ringohan, qui inclut également Tokyo Jihen bien que le groupe soit au point mort en ce moment. Sur la petite scène couverte d’une sorte de tente sur la zone HIDAMARI, Rei est seule mais elle remplit le son et l’espace comme un groupe au complet. Je suis impressionné du début à la fin par sa virtuosité à la guitare et par sa présence sur scène.

Je me dirige ensuite vers la scène principale du parc Hibiya, celle nommée ONIWA pour y voir jouer Ohzora Kimishima (君島大空) à partir de 15h45. Je connais son album No Public Sounds sorti en 2023, qui m’avait beaucoup impressionné. C’est également un excellent guitariste, jouant d’une manière très sensible et instinctive. J’arrive en avance et le groupe précédent est toujours sur scène. Soichiro Yamauchi (山内総一郎), le guitariste et chanteur du groupe Fujifabric, est sur scène. Je ne connais pas vraiment Fujifabric (フジファブリック) et encore moi la carrière solo de Yamauchi, mais ce n’est pas désagréable de s’asseoir sur l’herbe du parc en l’écoutant, avec une bière à la main (oui, c’est la deuxième mais je me suis arrêté là). La zone verte ONIWA est suffisamment vaste qu’on peut facilement trouver où s’asseoir. Quand il termine son set, un petit mouvement de foule entre ceux qui partent et ceux qui arrivent pour voir Ohzora Kimishima me permet d’approcher le troisième rang devant la scène. On s’assoit tous sur l’herbe devant la scène car la session live ne commence que dans une trentaine de minutes. Le soleil tape fort malgré ma casquette. J’avais heureusement eu la bonne idée d’amener une petite bouteille d’eau. Selon le même mode opératoire que pour les autres concerts, Ohzora Kimishima monte sur scène avant l’heure pour les réglages de sa guitare acoustique. Il est élégant, habillé d’une longue chemise blanche sur un pantalon noir et des sandales japonaises, un léger rouge sur les lèvres. J’avais un peu espéré qu’il soit accompagné sur scène par son groupe composé du bassiste Kazuki Arai (新井和輝) de King Gnu, du batteur Shun Ishiwaka (石若駿) et du guitariste Shūta Nishida (西田修大), comme lors du festival Fuji Rock l’année dernière, mais il était seul. Ce n’est pas très grave et c’est même compréhensible car cette session sera acoustique. Le public autour de moi est très varié et je ressens la présence de fans fervents. Une fois sur scène, Ohzora Kimishima est très naturel lorsqu’il s’adresse au public. Il compatit pour nous pour cette chaleur qui pourrait nous faire tourner la tête. Il jouera plusieurs morceaux dont des nouveaux de son futur album qui sortira en Juin 2026, si je ne trompe pas. De No Public Sounds, il a interprété mon morceau préféré Arashi (˖嵐₊˚ˑ༄) qui m’a littéralement donné les larmes aux yeux. Ce morceau est comme une tempête intérieure qui finit par s’évacuer. Son interprétation était fascinante et reste pour moi un moment important de ce festival.

Le dernier groupe de la journée sur cette même scène ONIWA est SOIL& »PIMP »SESSIONS avec les invités C&K et Rei que j’avais vu précédemment. Leur session live commence à 17h, et là encore les mouvements de foule me permettent d’approcher au deuxième rang, mais il faudra encore attendre sous le soleil qui baisse heureusement en fin de journée. Le petit vent rafraîchissant qui se lève est le bienvenu. Je connais principalement le groupe pour ses quelques collaborations avec Sheena Ringo dont le morceau Koroshiya Kiki Ippatsu (殺し屋危機一髪), mais je n’ai jamais écouté le reste de leur discographie même si ce n’est pas l’envie qui me manquait. J’étais en fait extrêmement curieux de les voir sur scène, ne sachant pas trop à quoi m’attendre. La perspective d’écouter du « Death » Jazz m’intéressait au plus haut point. Ce terme caractérise la musique du groupe mélangeant des tempos très rapides avec une énergie agressive proche du rock, des improvisations expérimentales, des rythmiques puissantes et une attitude sur scène intense et théâtrale. Tout un programme et c’est exactement ce que j’ai vu sur scène, dès la séance de réglages des instruments. SOIL& »PIMP »SESSIONS est une formation particulière autour de la figure du patron, le Shacho (久嶋識史), qui ne joue d’aucun instrument mais qui est là comme agitateur et catalyseur de l’énergie du groupe. C’est un rôle central dans le déroulement de leurs sessions. Les figures historiques du groupe fondé en 2001 sont Tabu Zombie (椨智紹) à la trompette, Josei (佐藤丈青) au piano et claviers et Akita Goldman (秋田紀彰) à la contrebasse. En support, le groupe est accompagné de manière quasi permanente par Takeshi Kurihara (栗原 健) au saxophone et par Seiya Onasaka (小名坂誠哉) qui remplace Midorin à la batterie. Il faut imaginer chaque musicien comme un virtuose dans son domaine jouant avec une totale liberté au point où on ne sait jamais vraiment si on est dans le morceau ou si on est parti en totale improvisation. C’est extrêmement grisant à l’écoute, notamment quand la trompette de Tabu Zombie et le saxophone de Takeshi Kurihara se répondent et prennent le relai l’un après l’autre, accompagnés par le clavier disruptif de Josei. Le groupe part très très vite dans les tours dès l’échauffement, au point où le Shacho sent le besoin de préciser que le concert n’a pas encore commencé. Je ne connais pas les morceaux du set mais ce n’est pas grave car on est très vite entrainé par l’énergie qui s’en dégage, époustouflante pendant tout le set. Le Shacho prend la parole plusieurs fois, notamment pour remercier lui aussi Seiji Kameda pour cette invitation au festival. Il fait la remarque que le groupe répond de toute façon systématiquement présent aux invitations et demandes de Kameda. Il hallucine également que tout ce festival soit gratuit grâce à lui. C’est vrai. J’ai passé un excellent moment en leur compagnie, encore accentué par l’arrivée de Rei à la guitare électrique. Sur le thème du film Kill Bill, Battle Without Honor or Humanity, de Tomoyasu Hotei, Rei arrive sur scène avec une agressivité électrique sans pareille comme si elle voulait montrer qu’elle ne se laissera pas déborder par la puissance sonore de SOIL& »PIMP »SESSIONS. Il en ressort une bataille de solo entre la guitare de Rei et la trompette de Tabu Zombie. C’est très amusant de voir comment elle arrive à se faire sa place dans le groupe. La session se termine ensuite avec le duo C&K que je ne connaissais pas. C&K ne sont pas des rappeurs à proprement parler, mais un duo vocal composé de CLIEVY (クリビー) et de KEEN (キーン). Ils ont des registres de voix assez différents mais la même énergie sur scène. Là encore, accompagnés par le groupe, ils partent dans une improvisation faisant intervenir le public et ne semblent pas vouloir s’arrêter. On sent une grande complicité entre C&K et SOIL. Le Shacho nous dit même qu’il faut maintenant qu’ils s’arrêtent sans quoi ils vont se faire enguirlander par la direction du festival, mais il est le premier à remettre une pièce dans la machine. Ça fait plaisir de ressentir sur scène cette passion musicale, d’autant plus dans un décor pareil. L’avantage de cette approche festival est qu’on peut approcher de très près les artistes. Le fait que tout cela soit gratuit est quand même hallucinant. Merci Kameda san! Des petites boîtes de donation pour le festival de l’année prochaine sont présentes à plusieurs endroits dans le parc et je n’hésite pas à contribuer, en espérant vivement y retourner l’année prochaine. En attendant, je me lance dans l’écoute de l’album Pimpin’ de SOIL& »PIMP »SESSIONS pour prolonger cette expérience. A noter que ce billet mélange mes photographies avec certaines provenant du compte X Twitter du festival, que je me permets de montrer ici pour illustrer mon propos.

le musée des histoires en mouvement

Le nouveau centre culturel The Museum of Narratives (MoN Takanawa) conçu par Kengo Kuma vient d’ouvrir ses portes le 28 Mars 2026. Je n’ai pas attendu très longtemps pour aller le parcourir. Il s’agit d’un des éléments du vaste projet Takanawa Gateway City, desservi par la station de train Takanawa Gateway et dont certains bâtiments sont toujours en construction. MoN Takanawa ne ressemble pas à un musée classique avec des collections permanentes mais plutôt à un grand espace ouvert dans lequel on circule. Cet espace est ponctué de galeries appelées Box de tailles variées allant jusqu’à la salle de spectacle, de terrasses, d’un café, de zones laboratoires et d’un espace tatami entre autres. L’idée évoquée dans le nom du musée est de raconter des histoires et des expériences mêlant culture japonaise, technologie, art contemporain et performances vivantes.

Le bâtiment en lui-même était pour moi l’attraction principale de ma visite car je n’avais pas prévu de voir une exposition particulière ou un spectacle. Dès l’extérieur, sa forme en spirale recouverte de bois et de verre interpelle. La présence des lamelles de bois n’est pas une surprise dans l’architecture de Kengo Kuma, mais leur agencement qui peut apparaître comme aléatoire donne le sentiment d’un bâtiment organique en mouvement. Les mauvaises langues penseront peut-être que ça donne plutôt l’impression que le bâtiment n’est pas fini. J’aime assez ces formes imprévisibles. L’intérieur peut aussi être désorientant car les limites entrent les étages restent floues. On a le sentiment d’un grand espace ouvert sans hiérarchie, avec pentes et passages suspendus qui s’enchevêtrent. L’architecture est spectaculaire. Elle est en même temps pleine de vides, peut-être parce que cet espace est encore jeune. Je trouve qu’il y a beaucoup d’espace d’attente qui n’ont pas de fonctions très définies. L’espace tatami est seulement cela, un espace couvert de tatami. Avec sa hauteur basse et ses formes rondes, le nouveau MoN Takanawa fonctionne également comme un contrepoint aux tours de verre de Takanawa Gateway City qui l’entourent. Il donne à l’ensemble une taille plus humaine.

J’écoute le EP Odoru Noir d’Hikari Mitsushima (満島ひかり) produit cero sorti le 18 Avril 2026. Il comporte deux titres dont le morceau titre Odoru Noir (踊るノアール), qu’on pourrait traduire comme le noir en mouvement ou le noir dansant, et dröm, qui veut dire rêve en suédois. L’ambiance du EP évoque tout de suite l’univers musical de cero, dont je garde encore maintenant une très forte impression de leur album e o sorti en 2023. Je suis à chaque fois attiré par la voix d’Hikari Mitsushima et elle est élégamment mise en musique par cero. On y devine une certaine mélancolie urbaine qui évolue dans un mouvement doux et flottant. La voix d’Hikari Mitsushima et les choeurs de cero sur dröm nous donnent l’impression d’être légèrement en apesanteur au dessus de la ville et de ses lumières nocturnes.

エスプレッソってすげぇ苦ぇ

Nous avons célébré la fête des mères avec une semaine de retard dans un restaurant de l’hôtel Kitano à Nagatachō. L’endroit m’avait intrigué après être passé plusieurs fois devant. Le restaurant était plutôt calme, ce qui était bienvenu. Au même étage que le restaurant où nous avons déjeuné, se trouve un lounge faisant salon de thé. Il est ouvert sur un étroit patio composé d’un petit jardin de bambous. Depuis le restaurant, on passe devant ce salon de thé pour rejoindre l’ascenseur et l’escalier descendant au rez-de-chaussée. En passant, je vois un homme assis à une table du salon ressemblant étrangement au chanteur Eikichi Yazawa (矢沢永吉), figure mythique du rock japonais. Je pense me tromper car je peine à imaginer qu’il soit tout simplement assis à une table d’un salon de thé, ouvert sur un patio à la vue de tous. Sa gestuelle que j’entrevois pendant les quelques secondes où je passe devant le lounge me fait pourtant dire qu’il lui ressemble beaucoup. Alors que je dois le regarder un peu trop attentivement, il me regarde également pendant une demi-seconde. Je prétends ensuite avoir oublié quelque chose au restaurant pour retourner sur mes pas et repasser une nouvelle fois devant ce lounge. L’homme ressemble vraiment à Ei-chan (永ちゃん) mais je ne suis pas sûr qu’il s’agisse vraiment de lui. Ça me paraît possible après tout car cet hôtel est plutôt tranquille et quasiment désert à cette heure là. Une fois redescendu au rez-de-chaussée, je fais part de cette impression à Mari qui me croit à peine. Pourtant, lorsque nous sortons de l’hôtel pour rejoindre le parking, le voilà maintenant sorti dehors sur le trottoir portant un masque blanc et attendant qu’une voiture vienne le chercher. Mari me confirme qu’il s’agit bien de Eikichi Yazawa. Elle a reconnu ses yeux. Fut une époque où elle appréciait Ei-chan et elle l’a même déjà vu en concert. J’accepte donc sa confirmation. Je ne peux pas dire que je connaisse vraiment la musique de Eikichi Yazawa mais il est tellement connu qu’il est difficile de passer à côté de certains de ses morceaux les plus emblématiques. Il m’arrive parfois de voir des personnalités au hasard des rues mais je pense toujours me tromper et simplement voir une personne ressemblante. Il y a plusieurs semaines, j’ai pensé reconnaître Miyuna (みゆな), que j’ai vu en concert il y a quelques années, dans le grand supermarché CostCo de Kawasaki. Tout en me disant que je devais me tromper, la ressemblance de son visage et de sa coupe de cheveux et sa manière d’être m’avaient interrogé. J’avais vu dans cette personne une certaine aura qu’on explique pas, notamment dans la manière par laquelle elle interagissait avec les quelques personnes qui l’accompagnaient. Je n’en serais cependant jamais certain. Sur le moment, j’avais même regretté de ne pas avoir porté mon t-shirt noir de sa tournée Guidance, ce qui aurait peut-être attiré son regard et conforté mon impression.

Il est de plus en plus difficile de faire la part des choses entre réalité et fiction sur les réseaux sociaux, en particulier sur Instagram et Threads. J’ai l’impression assez désagréable qu’une partie des images qu’on peut y voir sont générées par intelligence artificielle, sans que cela soit annoncé clairement. Je me retrouve ainsi régulièrement à essayer de deviner si la photographie que je vois est réelle ou fictive, et c’est de plus en plus difficile de faire la part des choses. Expérimenter avec la création d’images artificielles m’a fait comprendre la simplicité par laquelle on peut les créer. Je n’ai pas de soucis avec les images artificielles lorsqu’elles sont clairement annotées comme telle. Une des conséquences à cela est que j’ai fini par m’éloigner progressivement des réseaux sociaux, d’une manière assez naturelle d’ailleurs. J’utilise pourtant très souvent les outils AI, notamment ChatGPT, pour assouvir mon besoin de connaissances sur les sujets qui m’intéressent. Il faut pourtant tout prendre avec des pincettes, les erreurs étant encore nombreuses. Il n’est pas rare que je procède à une confirmation sur Google Search ou sur l’AI intégré Gemini. Il n’empêche que j’aurais du mal à me passer de ces outils maintenant. Il m’arrive de temps en temps de créer des photographies artificielles et de les montrer dans des billets que je prends soin d’annoter comme faisant intervenir l’intelligence artificielle. Au delà du visuel, je les utilise comme déclencheur d’inspiration pour mes textes fantaisistes du Tokyo Parallèle. Je ne sais pas encore où ces textes vont m’amener mais j’entrevois depuis quelques temps qu’ils font partie d’un tout. Les liens se forment progressivement entre ces textes, comme un puzzle que j’assemble pièce après pièce. Tout ceci deviendra peut-être un jour un ensemble cohérent que je pourrais articuler dans un livre.

Made in Tokyo vient tout juste d’avoir 23 ans (Yeaaah!). Cela représente 2658 billets publiés et environ 6531 commentaires (en incluant les miens en réponse). Les statistiques de WordPress montrent les billets qui ont été vus chaque jour et certains sont parfois très anciens. Rien qu’en lisant le titre, j’arrive étonnement assez bien à me souvenir des quelques photographies que chaque billet contient. J’aime aussi parfois réouvrir certains billets anciens pour les relire et constater les réactions des visiteurs de l’époque. Je ne pense pas que les visiteurs que j’avais il y a vingt ans, à l’apogée des plateformes blog, me suivent encore maintenant. Certains visiteurs laissaient même un commentaire à chacun de mes billets, puis ont disparu soudainement sans dire au revoir, très certainement attrapés par d’autres priorités dans leurs vies. En relisant certains commentaires de ces anciens billets, il m’arrive régulièrement de me demander ce que ces visiteurs sont devenus. Je regrette que certains d’entre eux aient complètement disparu, avec leur blog parfois. Ce sont des phases, certains prennent le train en route puis descendent à une station. Le train continue sa route inexorablement vers une destination inconnue. Ça fait 23 ans qu’il roule tranquillement mais à un rythme soutenu. N’hésitez pas à prendre quelques minutes pour saluer et discuter avec le conducteur.

Les deux photographies ci-dessus ont été prises dans les jardins de l’ancienne demeure Iwasaki-Tei (旧岩崎邸庭園) du fondateur du groupe financier Mitsubishi, Hisaya Iwasaki. Elle a été conçue par l’architecte anglais Josiah Conder en 1896. Nous l’avions déjà visité une fois en 2004. Il y a 22 ans, on pouvait prendre des photos à l’intérieur, ce qui n’est plus possible maintenant. Je me demande quelle en est la raison. En plus de vingt ans, le paysage autour de la demeure a changé avec de nouveaux immeubles venant perturber la vue. Les deux barres d’immeubles de la deuxième photographie sont plus anciennes et étaient déjà présentes à notre premier passage. Les lignes d’air-conditionnés accrochées aux façades des murs m’interrogent. Que se passe t’il lorsqu’un problème technique nécessite une réparation ou un remplacement.

Je ne sais plus quel détour m’a amené vers l’album Shintai to Uta Dake no Kankei (身体と歌だけの関係) de Hi-Posi (ハイポジ), sorti en 1995. Hi-Posi est un groupe japonais formé en 1988 autour de la chanteuse et compositrice Miho Moribayashi (もりばやしみほ). Il est souvent associé au mouvement Shibuya-kei des années 1990, mais je trouve l’univers du groupe beaucoup plus étrange et personnel que ce que j’imagine du style pop rétro chic du mouvement Shibuya-Kei. Le nom du groupe m’était familier depuis très longtemps. J’ai d’abord pensé avoir entendu parlé de Hi-Posi sur le blog collaboratif néojaponisme fondé par W. David Marx, mais il n’en parle en fait pas malgré l’intérêt poussé de ce blog pour le mouvement Shibuya-Kei. Relire en diagonale quelques billets de ce blog malheureusement inactif depuis de nombreuses années me rappelle toute l’érudition de son auteur et des commentateurs réguliers, que je lisais à l’époque avec un œil attentif. La musique de Hi-Posi sur cet album Shintai to Uta Dake no Kankei mélange différents styles, un peu de techno-pop, des sons tournés vers le trip-hop, du ska… dans une pop minimaliste portée par la voix douce et hypnotique de Miho Moribayashi. Sa voix un peu enfantine et naïve nous amène dans un monde de rêve trouble emprunt de mélancolie. Le morceau titre de l’album fait presque 10 minutes et c’est le chef d’œuvre de cet album qui est souvent considéré comme étant le meilleur de Hi-Posi. J’ai également un faible pour le morceau Ato Nan Nichi (あと何日) qui est sublime de sensibilité. Je pense que ce morceau est une bonne porte d’entrée vers l’album. Le reste est dans le même esprit, hors du temps et de l’espace, dans un mélange improbable entre comptine expérimentale et dream pop japonaise des années 1990.

J’ai été troublé par le film Namibia no Sabaku (ナミビアの砂漠), vu sur Netflix il y a quelques semaines. J’avais en tête de voir ce film depuis son apparition sur la plateforme mais j’attendais d’être dans de bonnes conditions de visionnage. Il s‘agit d’un drame psychologique sorti en 2024, réalisé par Yoko Yamanaka (山中瑶子). On suit la jeune Kana, âgée de 21 ans, dans ses relations sentimentales et dans sa profonde instabilité émotionnelle qui se révèle progressivement. Elle est interprétée par l’actrice Yūmi Kawai (河合優実). Elle est particulièrement marquante dans ce rôle pour son côté extrêmement naturel et imprévisible. Kana est à la fois attachante et drôle, mais en même temps cruelle et inquiétante. Le jeu remarquable de l’actrice est un des grands intérêts du film. Le titre faisant référence au désert de Namibie entend représenter l’état d’être de Kana, un espace brûlant et solitaire. Le film arrive formidablement à nous faire toucher du doigt les sentiments d’instabilité émotionnelle, tout en ne cherchant pas simplifier psychologiquement son héroïne. Le film peut faire penser à un documentaire dans certaines scènes mais garde une approche très stylisée. La justesse du jeu de Yūmi Kawai m’a touché, et j’y ai pensé longtemps après avoir vu le film. Je le garde en mémoire dans la série des films japonais qui m’ont marqué, à un rang proche de films comme Drive My Car de Ryusuke Hamaguchi (濱口竜介), Nobody Knows (誰も知らない) de Hirokazu Kore-Eda (是枝裕和) et All about Lily Chouchou (リリイ・シュシュのすべて) de Shunji Iwai (岩井俊二). En fait, j’avais initialement en tête de voir Namibia no Sabaku car j’avais remarqué Yūmi Kawai dans un drama télévisé intitulé Extremely Inappropriate! (不適切にもほどがある!) que je n’ai pourtant regardé que très distraitement. On y raconte l’histoire d’un homme, interprété par Sadawo Abe (阿部 サダヲ), faisant des aller-retours dans le temps entre 1986 (ère Showa era d’où il vient) et 2024 (ère Reiwa actuelle). Yūmi Kawai y joue sa fille, en lycéenne des années 1980, et beaucoup avaient remarqué sa ressemblance frappante avec Momoe Yamaguchi, au point de la surnommer « Momoe-chan de l’ère Reiwa ». Cette ressemblance m’avait également interpellé, d’autant plus que Momoe Yamaguchi est la seule idole de l’ère Showa que j’apprécie.

Les méandres des internets m’amènent ensuite vers la musique du duo féminin de hip-hop et pop japonais HALCALI avec leur premier album Halcali Bacon sorti en 2003. HALCALI était assez populaire au début des années 2000 avec quelques gros succès comme le single Tandem (タンデム). Ceux et celles qui étaient au Japon à cette époque là le connaissent très certainement. Je le réécoute maintenant avec une certaine nostalgie de cette époque insouciante, mais avec une oreille nouvelle. Pourquoi avoir envie maintenant de réécouter ce groupe? La raison est simple, Miho Moribayashi de Hi-Posi, que j’évoquais ci-dessus, a en fait écrit entièrement un des morceaux de cet album, le dernier intitulé Tsuzuki Mayonaka no Ground (続・真夜中のグランド). Les fils et les aiguilles m’ont donc amené vers le hip-hop de HALCALI, qui m’avait déjà assez plu à l’époque, sans pourtant le découvrir plus en avant. Le groupe HALCALI, originaire de l’arrondissement de Meguro à Tokyo, est composé de Haruka (Halca) et Yukari (Yucali). Le nom du groupe est donc tout simplement une fusion de leurs deux prénoms. Le duo a été remarqué, lors d’un concours de rap féminin au début des années 2000, par le collectif appelé O.T.F composé des membres de RIP SLYME, RYO-Z et DJ FUMIYA. O.T.F, pour Oshare Track Factory (オシャレ・トラック・ファクトリー), a ensuite produit les débuts de HALCALI, notamment la majeure partie de l’album Halcali Bacon. On trouve chez HALCALI et sur cet album, un hip-hop old-school mélangé à une pop très colorée pleine d’humour. Le tout est très spontané, un peu chaotique mais très ludique, avec une pointe d’excentricité bienvenue. Je suis en fait très surpris d’accrocher maintenant à la totalité des morceaux, dont certains comme Giri Giri Surf Rider (ギリギリ・サーフライダー), Ah HALCALI Sensation (嗚呼ハルカリセンセーション) et Otsukare Summer (おつかれSUMMER) sont vraiment excellents. Il faut dire qu’elles maîtrisent extrêmement bien leur flot et les compositions musicales parfois un peu délirantes sont très bonnes, nous ramenant joyeusement au cœur des années 2000.