a beautiful place, an eagle in your mind

Allez savoir pourquoi, je réécoute en ce moment beaucoup l’album Geogaddi de Boards of Canada. Cet album sorti en 2002 m’a toujours fasciné et je le réécoute de temps en temps, mais l’écoute devient presque obsessionnelle ces derniers temps. C’est certes un album rempli de mystères et d’interprétations parfois fantaisistes, mais ce n’est pas la raison première pour laquelle cette musique m’attire. Des morceaux comme Music is Math, Sunshine Recorder et Alpha and Omega ont une beauté hypnotique, parfois même subliminale, spirituelle et ésotérique très certainement. Je les écouterais bien comme catalyseur pour mes histoires du Tokyo Parallèle, mais pour l’instant le morceau Sunshine Recorder m’inspire les deux photographies ci-dessus. Enfin, je sais très bien la raison pour laquelle je réécoute Boards of Canada. Le groupe va en fait sortir un nouvel album intitulé Inferno, le 29 Mai 2026. Le premier extrait intitulé Prophecy At 1420 MHz me fait attendre cet album avec impatience. Les commentaires sur YouTube sont souvent les meilleurs des réseaux sociaux (les commentaires sur les autres réseaux sociaux sont souvent proche du vide abyssal). Je retiens celui-ci: « props to BoC for featuring smaller artists like God ». Dans un autre commentaire, on nous précise que dans un article publié en 1959, les physiciens de l’université Cornell Philip Morrison et Giuseppe Cocconi avaient émis l’hypothèse que toute civilisation extraterrestre tentant de communiquer par signaux radio pourrait utiliser une fréquence de 1420 MHz, naturellement émise par l’hydrogène, l’élément le plus commun de l’univers et donc probablement familier à toutes les civilisations technologiquement avancées. Tout un programme.

Dans un style très différent et plus euphorique, j’ai beaucoup écouté ces derniers mois le premier album de Ninajirachi intitulé I Love My Computer sorti en Août 2025. Ninajirachi, de son vrai nom Nina Wilson, est une compositrice électronique, productrice et DJ australienne née en 1999. Son nom de scène est en fait inspiré par le Pokémon Jirachi (ジラーチ). J’apprends avec beaucoup d’intérêt que Jirachi hiberne pendant la majeure partie de sa vie, ne se réveillant que durant sept jours tous les mille ans. Il peut également être éveillé si une voix d’une grande pureté lui chante une mélodie. Je ne suis pas sûr que la voix de Nina soit d’une grande pureté mais sa musique a par contre tout ce qu’il faut en énergie pure, mélangeant hyperpop, EDM mélodique, trance, electro-house et textures numériques très inspirées de la culture internet. Elle évoque dans ses morceaux son adolescence sur internet et la relation intime avec son ordinateur. Les deux premiers morceaux de l’album sont plaisants mais l’album passe un cap avec le troisième intitulé Fuck My Computer, qui est un des meilleurs de l’album. Ce morceau est aussi étrange et décalé que sublime, évoquant une sorte de surcharge mentale digitale. Le morceau suivant CSIRAC part vers des sons trance un peu inattendus qui font également partie des meilleurs moments de l’album. J’avais découvert cet album avec les deux morceaux It’s You (avec Daine) et Infohazard, qui restent plus immédiatement accrocheurs, sans mettre de côté une certaine mélancolie technologique. Le gros single de l’album reste All I Am et il fait clairement bouger les foules, comme on peut le voir sur certaines petites vidéos sur son compte Instagram. L’album a reçu d’excellentes critiques, et je pense que Ninajirachi doit être sur un nuage. Son énergie sur scène a l’air en tout cas très communicative et se lit sur son visage. J’aurais aimé la voir en concert à Tokyo un peu plus tôt cette année mais j’ai découvert cet album un peu trop tard. J’avais initialement découvert la musique de Ninajirachi grâce à une des trois setlists de Yeule sur NTS Radio. Il s’agissait du morceau Ninacamina de Ninajirachi & Izzy Camina, très violemment remixé par KAVARI. La vidéo du morceau montre des représentations de la chanteuse virtuelle Hatsune Miku (初音ミク), ce qui m’avait fait comprendre tout l’intérêt que Ninajirachi éprouve pour la culture pop japonaise.

the preparation for a dive is always a tense time

Dans la continuité musicale du billet précédent, j’écoute aussi beaucoup quelques autres morceaux de rock indépendant japonais en commençant par celui intitulé Gekkō (月光) du groupe Blurred City Lights (ブラードシティライツ), trio formé à Nagoya en 2022 dont le fil directeur est que « les lumières floues de la ville finiront sûrement par vous éclairer » (ぼやけたまちのひかりは、きっとあなたを照らし出す). Cette atmosphère urbaine très atmosphérique, d’inspiration shoegaze mais pas très éloignée des mélodies pop mélancoliques, me plaît beaucoup. La voix de Nanase Kamiya (神谷なな星) possède une douceur féminine très intense. Quand j’ai écouté pour la première fois le morceau Route 225 (ルート225) du groupe cephalo, j’ai tout de suite ressenti une ressemblance avec le son et les voix du groupe iVy dont je parlais encore dans le dernier billet. Ce n’est que maintenant en écrivant ce petit texte que je réalise que cephalo est en fait un deuxième projet musical de Fuki de iVy. Mon intuition était donc plus que correcte. Route 225 accroche immédiatement avec ses guitares denses et flottantes, ses mélodie menées avec conviction par la voix claire de Fuji, et ses chœurs qui m’évoquent un peu ceux de Yurika Kasai (河西ゆりか) chez Hitsuji Bungaku (羊文学). A ce propos, Hitsuji Bungaku a également sortie un nouveau single intitulé Dogs, qui n’est pas leur meilleur mais qui est étonnamment abrasif, tout à fait en accord avec le drama juridique Sins of Kujo (九条の大罪) dont il est le thème du générique de fin. J’ai beaucoup aimé cette série sortie en Avril 2026 adaptée du manga de Shohei Manabe. L’histoire suit Taiza Kujo interprété par Yuya Yagira, un avocat controversé qui accepte de défendre les personnes les plus détestées de la société. Les premiers épisodes m’avaient un peu décontenancé car l’avocat défend des gens indéfendables, mais la série arrive à trouver un bon équilibre au fur et à mesure des épisodes. Toujours dans le même esprit rock indé, j’écoute également le morceau nine lives du groupe tiny yawn, originaire de Tokyo, dont j’avais deja parlé dans un billet précédent. J’aime beaucoup la trame de guitare intriquée jouée par Yuki Sugama accompagnant une bonne partie du morceau et la voix toujours intense de Megumi Takahashi ne forçant pourtant pas le trait. J’écoute ensuite le morceau Rock’n’Roll (ロックンロール) du groupe Shiroi Inu (白い犬), également originaire de Tokyo. On reste dans les sons rock indé avec une approche plus rugueuse et spontanée. J’adore l’entrelacement des deux voix, une féminine et une masculine, sur ce morceau. On y ressent une légère dissonance car les deux voix chantent volontairement sur un ton un peu décalé, mais ça contribue complètement à l’intérêt du morceau. On continue avec les associations atypiques de voix sur le morceau Outta My Way de Sorry Youth avec PEDRO. Je parle souvent sur ces pages du groupe japonais PEDRO mais je ne connaissais pas le groupe rock taïwanais Sorry Youth (si on le dit un peu vite, on pourrait penser au nom d’un autre groupe de rock alternatif américain). Sorry Youth chante en chinois puis Ayuni de PEDRO les accompagne en japonais. Le morceau fonctionne très bien comme collision entre deux scènes rock asiatiques qui partagent une même sensibilité mélodique et émotionnelle. Les guitares y sont abrasives, le rythme tendu, et la voix d’Ayuni possède cette énergie directe et nerveuse qui fait monter le final du morceau dans une catharsis qui me plaît vraiment beaucoup. « Ne viens pas te mettre à travers mon chemin (邪魔させないよ) » nous répète elle incessamment pendant ce final mémorable.

tremendous volcanic explosions sometimes occur

Je retrouve en musique le duo tokyoïte iVy, composé de fuki à la guitare, composition, et chant et pupu au synthétiseur et chant, avec deux nouveaux morceaux couplés Twin Leicas (ふたごのライカ) et Septum (セプタム). L’atmosphère de leur musique mélangeant dream pop, shoegaze et pop alternative, reste similaire à ce que je connaissais d’elles sur leur dernier album, mais cet EP marque tout de même une évolution importante de leur son, dans le sens où le duo commence à travailler davantage en studio tout en conservant une impression d’intimité et de bricolage sonore. Cela donne un son plus ample, avec notamment une batterie plus présente, tout en conservant la fragilité flottante qui définit leur son. Les deux morceaux sont excellents, comme toujours très sensoriels, et j’aime particulièrement la rythmique presque dansante de Septum.

Tokyo & Pop (3)

La troisième partie de ces vacances de dix jours, de retour à Tokyo, nous amène une nouvelle fois dans l’univers du Studio Ghibli avec la visite du Ghibli Museum (三鷹の森ジブリ美術館) situé à Mitaka juste à côté du parc Inokashira que je connais bien. Le musée a ouvert ses portes en 2001 et c’était par contre la première fois que je le visitais. Une des raisons est qu’il faut s’y prendre bien à l’avance pour réserver ses places. L’ambiance à l’intérieur du musée Ghibli est différente de celle du parc Ghibli que nous avons parcouru à Nagoya. La taille est plus restreinte mais en même temps le musée est plus intime et artisanal. Il a été conçu comme une œuvre immersive et n’a rien d’un musée classique malgré son nom. Le musée est organisé autour d’un grand hall central avec un escalier en spirale et des vitraux colorés. Une salle d’exposition nous montre le fonctionnement de l’animation traditionnelle à travers la création des films Ghibli. On y trouve une salle de projection nommée Saturn Theater diffusant des courts-métrages exclusifs au musée et dont les tickets utilisent de vraies pellicules de films Ghibli. On y retrouve le chat-bus réservé là encore aux enfants de moins de 12 ans. La boutique appelée Mamma Aiuto!, un café restaurant sur le toit, d’autres salles remplies de dessins d’archives tirées des films, complètent ce musée qui ressemble à un véritable labyrinthe immersif. Les photos sont interdites à l’intérieur mais bien sûr possible à l’extérieur. Sur le toit, le célèbre robot gardien du Château dans le ciel se dresse fièrement et attend d’être photographié. De l’extérieur, le musée entouré de verdure est vraiment superbe. À l’intérieur, on ne voit pas le temps passer tant il est rempli de tas de choses.

Une des étapes du voyage de ma sœur et de mes nièces étaient de visiter Kamakura pendant une journée. Nous commençons par le grand sanctuaire Tsurugaoka Hachimangu (鎌倉鶴岡八幡宮), que j’ai maintes fois pris en photo. Un mariage s’y déroulait sur la place centrale. Nous nous dirigeons ensuite vers le grand Bouddha Daibutsu (鎌倉大仏) situé dans le temple Kōtoku-in (高徳院) près de la station Hase de la ligne Enoden. La petite ligne de train est très prisée et il y a foule, mais ça reste quand même acceptable. Nous débarquons ensuite à la station d’Enoshima pour rejoindre l’océan. Nous n’aurons pas le temps de visiter l’île d’Enoshima, mais nous n’avons pas pu nous empêcher de nous approcher de l’océan, un peu trop près même au point de se mouiller les chaussures.

Je disais dans mon précédent billet que le monde Sanrio est très populaire en ce moment. C’est d’autant plus vrai qu’une exposition dédiée à l’histoire de Sanrio est en cours en ce moment à la Mori Arts Center Gallery, tout en haut de la tour de Roppongi Hills. L’exposition Sanrio The Beginning of Kawaii Final ver. (サンリオ展 FINAL ver. ニッポンのカワイイ文化60年史) s’y déroule du 9 Avril au 21 Juin 2026. Cette exposition a fait le bonheur des filles et a complété mon éducation sur un sujet que je connaissais peu. Je suis maintenant incollable sur les personnages populaires de la marque. Les journées suivantes nous ont amené vers Ginza, notamment au Uniqlo Tokyo store conçu par Herzog & de Meuron. Le cabinet d’architecture suisse a travaillé par soustraction en retirant une grande partie des habillages commerciaux du bâtiment d’origine datant des années 1980 pour révéler sa structure en béton. Je voulais également montrer le sixième étage du grand magasin GINZA SIX pour sa librairie Tsutaya Books ponctuée de petites galeries d’art. Dans la galerie Foam Contemporary, nous découvrons l’exposition de l’artiste Chihiro Nakahara (中原ちひろ) intitulée Paradise of Kaiju (怪獣たちの楽園) qui se déroulait du 10 au 28 Avril 2026. Nous avons été comme hypnotisés par les scènes animées montrant une série de petites créatures imaginaires, inspirées des monstres de la série Ultraman, jouant librement devant nous, comme si on regardait un livre d’histoires animées. Alors que la fin de la journée approche, on se dirige vers la terrasse sur le toit de Ginza6. Des statues mouvantes créées par l’artiste Julian Opie sont installées sur un espace du toit et forme un espace ludique car on peut les faire tourner voire même les déplacer. Une autre installation du même artiste montrant des coureuses de marathon infatigables est visible dans le grand hall, remplaçant les gros chats spatiaux BIG CAT BANG de Kenji Yanobe. Sur le toit, une pluie fine bataille avec quelques rayons de soleil créant par la même occasion un bel arc-en-ciel.

Pour l’avant dernière journée, nous visitons le grand musée Edo-Tokyo qui vient juste de réouvrir ses portes après un long moment de rénovation. Nous ne visiterons que l’exposition permanente qui nous fait découvrir la vie à Edo puis à Tokyo à différentes époques. Là encore, les expositions sont très ludiques avec des grandes maquettes de l’ancienne Edo, des reconstitutions de maisons et d’appartements type Dōjunkai comme ceux de Daikanyama, aujourd’hui disparus et remplacés par l’immeuble Daikanyama Address. Plusieurs des journées étaient ponctués de visites familiales que je n’évoque pas en détail sur ces pages, et le planning du voyage était vraiment bien rempli sans aucuns temps morts jusqu’au retour à l’aéroport d’Haneda non sans verser quelques larmes.

Tokyo & Pop (1)

Avoir de la visite donne un regard nouveau sur des lieux que je connais bien mais permet également d’entrevoir de nouvelles choses. Ma sœur et ses deux filles de 10 et 8 ans, mes nièces donc, nous ont fait le plaisir de nous rendre visite pendant dix jours au cœur du mois d’Avril. Notre mission était d’organiser et de guider cette petite troupe dans Tokyo et ailleurs en fonction des centres d’intérêt de chacun, incluant les miens car j’ai découvert certains lieux, visités pour la première fois. Nos visites avaient clairement une orientation que j’appellerais pop, car les filles voulaient absolument voir les ‘hauts lieux’ de la culture Ghibli et Sanrio, entre autres. On savait que le musée Ghibli de Mitaka est très prisé et il fallait donc faire une réservation plusieurs mois à l’avance, le jour même de l’ouverture de la billetterie. Je suis assez fier d’avoir réussi à tout organiser sans encombres ni manquements à nos plans initiaux. Mes demandes préalables pour que la météo soit clémente ont assez bien fonctionné à part pour une journée et demi de pluie étalée sur les dix jours. Dès leur arrivée, nous filons vers Shibuya puis Harajuku en croisant un personnage Sanrio à notre passage au pied de la tour 109 près du carrefour de Shibuya. Je pense que j’ai, pendant ces vacances particulièrement actives, beaucoup appris des filles sur les nombreux personnages qui constituent l’univers Sanrio. Il est clair que depuis l’anniversaire des 50 ans de Hello Kitty l’année dernière, les personnages de la marque ont gagné une forte popularité, non seulement après des enfants mais également auprès d’un public majoritairement féminin de jeunes adultes. Dès le premier jour à Shibuya, nous avons beaucoup marché, guidés par les yeux émerveillés des filles qui ont débordé d’énergie positive pendant tout le séjour. Notre parcours nous a fait passer par les huitième et neuvième étages de la tour Hikarie pour une vue d’ensemble de Shibuya après avoir traversé le grand carrefour et déjeuné tranquillement en famille. Nous traversons ensuite le parc Miyashita puis continuons jusqu’au croisement d’Harajuku, après avoir fait un petit tour dans le campus de l’université du fiston. On évitera de s’engager dans la rue Takeshita car il est déjà tard, et on a préféré grimper en haut de la tour OMOKADO (東急プラザ表参道オモカド), que j’aime beaucoup pour ses escaliers extérieurs donnant une perspective intéressante sur le carrefour d’Harajuku.

Le jour suivant nous amène au musée Fujiko · F · Fujio situé à Noborito, près de Kawasaki. Nous voyageons principalement en train et métro, ce qui permet de mieux saisir les atmosphères de la ville et de ses banlieues. Le musée du créateur de Doraemon se trouve clairement dans une banlieue, un peu loin de tout, même si la station de Noborito est imposante. Je connaissais déjà le musée pour l’avoir visité il y a 12 ans et il n’a pas vraiment changé mais je ne me souvenais pas avoir vu le court film d’animation dans le petit cinéma du musée. Celui que nous avons regardé s’intitule Chinpui – La bonne chance d’Eri (チンプイ – エリさまのグッドラック). Ce petit film nous raconte l’histoire d’Eri Kasuga (春日エリ), une fillette de 12 ans pleine de vie et un peu garçon manqué, se retrouvant un jour soudainement choisie comme candidate pour devenir l’épouse du prince héritier de la planète Mahl située dans un lointain univers. Pour lui annoncer cette nouvelle, deux extraterrestres venus de cette planète, dont Chinpui, arrivent sur Terre et tentent désespérément de la convaincre dans ce rôle d’épouse. Mais Chinpui finit par s’attacher à elle et décide finalement de vivre à ses côtés pour l’aider à surmonter toutes sortes de péripéties. L’histoire est bon-enfant mais n’en est pas moins bourrée de dynamisme et de drôlerie. J’étais très surpris de voir dans les crédits le nom du rappeur et producteur Zo Zhit (荘子it) de Dos Monos. Il a créé les musiques de la bande originale du court métrage animé, excluant le générique original qu’il a tout de même remixé. Le parc situé derrière le musée au pied de la forêt est agréable. Il s’étend d’une manière continue jusqu’aux étages du musée au niveau du restaurant. On trouve dans ce parc quelques figures tirées des manga de Fujiko · F · Fujio, comme Doraemon bien sûr et Doremi chan. Je suis assez familier de l’univers de Doraemon pour avoir vu en DVDs et au cinéma plusieurs épisodes de ses aventures avec le cancre Nobita et ses amis. Je me souviens avoir vu en 2018 une très belle exposition où divers artistes revisitaient le monde de Doraemon. Pour le retour, nous prenons bien entendu le petit bus décoré transitant exclusivement entre le musée et la station de Noborito.

La journée qui suit nous amène à Asakusa parmi les touristes toujours nombreux. Nous arrivons par l’arrière du temple Sensōji qui est un peu plus calme que la rue commerçante Naka-dori. Nous nous déplaçons cette fois-ci en voiture. C’est un peu compliqué de trouver des places de parking libres à Asakusa, car le parking souterrain central devant la porte Kaminarimon est malheureusement fermé. Nous stationnons finalement un peu à l’écart, à côté d’une pâtisserie japonaise nommée Tokutarō (徳太樓), vieille de plus de 120 ans. Elle nous a fait de l’oeil et quelques achats de wagashi se sont imposés avant de prendre le chemin du grand temple. Les rues aux alentours, notamment celles couvertes, sont un peu plus calmes et on s’y dirigent assez rapidement après la visite du temple. Nous n’essaierons pas de collecter le sceau goshuin car une longue file d’attente est nécessaire et je l’ai de toute façon déjà obtenu récemment. Notre prochaine étape est la grande tour Tokyo Sky Tree. Nous stopperons au 350ème étage qui donne une vue presque irréelle de la ville, tant on a l’impression d’être détaché du sol. On ne pouvait malheureusement pas apercevoir le Mont Fuji, caché derrière un ciel nuageux. La vue sur le grand Tokyo et les préfectures limitrophes était par contre dégagée. Parmi les immeubles, on aperçoit les formes blanches du musée Edo-Tokyo à Ryogoku que nous visiterons plus tard dans le séjour. Je ne remarque plus le building iconique Asahi Super Dry Hall conçu par Philippe Starck, mais c’est clair qu’il attire le regard pour des yeux nouveaux. Nous l’apercevons également depuis les hauteurs de la tour Tokyo Sky Tree, au bord de la rivière Sumida. On se fait attirer par le photographe en haut de la tour qui nous promet une petite photo imprimée gratuite si on accepte de se faire photographier. On se rend ensuite compte que la dite photo est vraiment minuscule, ce qui nous pousse à vouloir acheter la version de taille normale encadrée dans un joli carton. Le stratagème commercial nous a berné, ce qui nous a bien fait rire, mais au final, le photographie prise était réussie et nous a donné envie de l’acheter. Les carpes volantes koi étaient déjà déployées au pied de la tour, en préparation de la fête des enfants le 5 Mai. Le grand centre commercial en bas de Tokyo Sky Tree ressemble à un labyrinthe. Les magasins liés à la culture pop japonaise sont nombreux, avec notamment une boutique dédiée au magazine manga Jump et un Pokémon Center assez vaste. Je suis complètement néophyte au monde de Pokémon car je ne connais que la bête jaune qu’on appelle Pikachu (si je me souviens bien). L’engouement mondial et quasi universel pour les petits monstres Pokémon m’a toujours impressionné et interrogé. On y trouve bien sûr une version spéciale de Pikachu portant de ses petits bras la tour Tokyo Sky Tree. Cette peluche semblait être un achat obligatoire. Je ressors de l’endroit un peu moins ignorant sur le sujet. La dernière étape de cette journée bien chargée nous fait passer par Diver City à Odaiba pour aller voir le grand robot Gundam. Je l’ai déjà vu plusieurs fois mais la version initiale a en fait changé. La première version installée en 2009 était le Gundam original de 1979 nommé RX-78-2. Il a été démonté en Mars 2017 et remplacé en Septembre 2017 par le modèle RX-0 Unicorn Gundam, de Mobile Suit Gundam Unicorn, toujours en place aujourd’hui. Ce modèle d’environ 19,7 mètres de hauteur a la particularité d’être doté de lumières. À Odaiba, nous avons par contre loupé de peu la nouvelle grande fontaine placée sur la baie de Tokyo qui ne s’active que pour une dizaine de minutes toutes les heures.

Le parc d’attractions Sanrio Puroland (サンリオピューロランド) situé à Tama Center était un des moments importants du voyage pour mes nièces. Je n’y serais très certainement jamais allé sans cette occasion. Comme on peut le deviner, ce parc est opéré par la compagnie Sanrio et est dédié à l’univers de ses nombreux personnages comme Hello Kitty, My Melody, Cinnamoroll, entre beaucoup d’autres. Il a ouvert ses portes le 7 décembre 1990 et accueille environ 1,5 million de visiteurs par an. C’est un parc entièrement couvert proposant plusieurs spectacles, attractions, restaurants et bien sûr rencontres des personnages. Là encore, c’est un monde que je découvre, même si ce parc a maintenant un certain âge et est très connu. Un grand nombre des personnages me sont familiers, notamment Kuromi qu’on voit souvent accrochée aux sacs des jeunes filles à Shibuya et ailleurs. Toutes proportions gardées, le personnage de Kuromi est mon préféré car elle a une apparence plutôt disruptive dans le monde Kawaii de Sanrio, ce qui fait qu’elle est appréciée par certaines musiciennes que je suis attentivement. DAOKO a d’ailleurs écrit pour Kuromi un morceau d’inspiration hip-hop intitulé Dolce Vita produit par Hidefumi Kenmochi (de Wednesday Campanella, entre autres) pour le EP KUROMI IN MY HEAD. Il n’est pas chanté par DAOKO mais on reconnaît clairement son style et le morceau est étonnamment très bon. Tout au long de la visite du parc, c’était amusant de constater que les visiteurs japonais sont principalement des jeunes adultes. Il faut dire que ce n’est pas une période de vacances scolaires au Japon. Les visiteurs étrangers, surtout en provenance d’Asie sont également assez nombreux. Il n’y a au final assez peu d’enfants, mais j’imagine que cette démographie est similaire au parc Disney et est différente pendant les week-ends. On trouve quelques similitudes avec Disneyland car la visite est rythmée par plusieurs parades. J’ai été agréablement surpris de trouver les parades et spectacles très sophistiqués au niveau des danses et des costumes. Le spectacle Kawaii Kabuki (KAWAII KABUKI ~ハローキティ一座の桃太郎~) était notre préféré. Il ne faut pas le manquer car c’est l’un des spectacles les plus originaux de Sanrio Puroland. Comme son nom l’indique, ce spectacle mélange habillement le théâtre traditionnel kabuki avec l’univers Sanrio en incluant des éléments modernes dans les musiques et danses, ce qui en fait une sorte de show hybride entre tradition japonaise et pop culture. L’histoire est une adaptation très simplifiée et visuelle du conte japonais de Momotarō (桃太郎), où l’on voit Kitty et ses amis former une troupe kabuki et partir combattre des démons (oni). L’histoire est assez enfantine et tous publics, mais les costumes inspirés du kabuki, en version kawaii, sont vraiment impressionnants. Le spectacle est supervisé avec des professionnels du kabuki et la narration inclut des voix d’acteurs kabuki connus comme Shido Nakamura (中村獅童). Le point final (et culminant) de notre visite était la rencontre de Kitty chan dans sa vaste maison située au dernier étage du parc, ce qui donnait l’occasion aux filles de se faire prendre en photo avec leur personnage préféré. Il y avait une file d’attente d’une vingtaine de minutes pour la rencontre avec Kitty. Celle-ci est vue par certaines comme une confidente. La jeune femme qui se trouvait devant nous dans la file d’attente a même passé tout un moment à faire part au personnage de Kitty de diverses choses personnelles, ce qui peut paraître bien étrange. Je pense qu’il ne faut pas oublier que Kitty est un personnage que a fait partie de la vie de nombreux enfants japonais et qu’elle a certainement été pour certaines personnes une sorte de réconfort dans les moments difficiles de leur vie. Kitty doit être bien plus qu’un personnage imaginaire pour nombre d’entre elles. Le retour en train depuis Tama Center était assez mouvementé entre Shinjuku et Shibuya sur la ligne Yamanote car nous avons eu le malheur de transiter pendant l’heure de pointe archi-bondée avec mouvements de foule à ces deux stations. Ça faisait longtemps que je n’avais pas fait personnellement l’expérience d’être serré comme une sardine dans un wagon, car les lignes de métro ou de train que je prends régulièrement sont beaucoup moins occupées même aux heures de pointe en semaine. C’est aussi un aspect de Tokyo qu’on a pu expérimenter.