桜忘れちゃいかん

J’allais presque oublier les cerisiers dont la floraison est déjà terminé à Tokyo depuis quelques semaines. Je n’ai pas pris beaucoup de photographies de cerisiers cette année. Nous avons fait un tour en voiture des différents lieux que nous parcourons systématiquement à cette période, notamment Chidorigafuchi (千鳥ヶ淵) et Kudanshita (九段下) autour du palais impérial, les rues entourant Roppongi Hills (六本木ヒルズ) et Akasaka Ark Hills (赤坂アークヒルズ), le long de l’avenue Meiji entre Shibuyabashi (渋谷橋) et Tengenjibashi (天現寺橋) et le bord de la rivière Meguro. Les trois dernières photographies du billet ont d’ailleurs été prises à Akasaka Ark Hills et à Azabudai Hills (麻布台ヒルズ), puis devant le National Theatre of Japan (国立劇場) également situé autour du palais impérial. Lors de cette petite excursion tokyoïte en voiture, les cerisiers n’étaient pas encore tout à fait en pleine floraison, à part le magnifique cerisier près du théâtre national. Les premières photographies du billet ont été prises au début du mois de Mars dans le parc Kita Asaba Sakura Zutsumi (北浅羽桜堤公園) situé le long de la rivière Oppe à Sakado (坂戸市) dans la préfecture de Saitama. Il s’agit d’une variété de Sakura, les Kanzakura (カンザクラ) qui fleurissent beaucoup plus tôt que les classiques Somei Yoshino (ソメイヨシノ). Un chemin d’environ 1.2 kms est bordé d’environ 200 cerisiers formant un tunnel. Ils étaient à leur pic de floraison à notre passage et nous n’étions pas les seuls à le savoir.

hypnotic innocence, cathartic existence ~4

Le Dimanche 28 Avril 2024.

Je l’ai déjà vu apparaître plusieurs fois derrière les taxis, dans une rue au fond de Kabukichō, à Shinjuku. Elle revient toujours au même carrefour, au cœur de la nuit, lorsque les derniers trains ont cessé de circuler depuis longtemps. Tokyo bascule alors dans une version plus floue, plus instable d’elle-même.

Il est 02:47 du matin. Elle se tient à quelques dizaines de mètres de moi, de l’autre côté du carrefour, ses cheveux emportés par les courants d’air provoqués par le passage des taxis. La nuit est sombre, mais les lampadaires et les néons lui donnent une présence presque irréelle. Pourtant, personne ne semble vraiment la voir. Les taxis passent, les passants enivrés d’alcool la frôlent, mais elle reste comme désynchronisée de la scène qui l’entoure. Je l’observe attentivement, essayant d’imaginer ce qu’a été son existence.

Il y a environ six mois, à la fin de l’été, une Mustang noire l’a fauché alors qu’elle traversait ce carrefour au milieu de la nuit. Je n’ai pas vu la scène, mais j’ai entendu les passants en parler, alors que la police était déjà sur place. Quelqu’un semblait la connaître et l’appelait la reine de Kabukichō. C’était le surnom que l’on donnait à Mako Takatsuki (高槻 真光). Un autre homme pensait qu’elle avait traversé volontairement. À cet instant précis, disait-il, elle arborait un sourire discret, presque indescriptible. Son regard se noyait dans le flou de la ville.

Depuis, elle revient chaque nuit à la même heure. Mais elle ne regarde pas l’endroit où tout s’est arrêté. Elle regarde ailleurs, au loin, de l’autre côté du carrefour, comme si elle attendait quelqu’un, un rendez-vous suspendu au milieu de la nuit. Puis soudain, son visage s’éclaire et elle disparaît dans les lumières de la rue au moment même où elle tente de traverser le carrefour.

À cet instant, je sens près de moi une présence. Une silhouette entièrement vêtue de noir avec des chaussures compensées, le visage dissimulé sous une capuche. Impossible de dire si cette présence est masculine ou féminine. Je n’ose pas la regarder. Lorsque je me décide enfin, elle a déjà disparu dans les ruelles de Kabukichō. Le carrefour redevient ordinaire, mais quelque chose persiste. Ce lieu n’est pas celui d’un accident, mais d’une attente, d’un rendez-vous qui n’a jamais vraiment eu lieu.

Le Mercredi 29 Avril 2026.

Je fais beaucoup de belles découvertes musicales ces derniers temps en me penchant vers l’électro-pop japonaise récente. Je commence par un morceau électronique à tendance trance intitulé Electric Mirage Kanjo (エレクトリック・ミラージュ・感情) par Technopop Yuuki Synthetizer Chan (テクノポップ・有機・シンセサイザーちゃん), sorti en Octobre 2025. Je crois comprendre que, derrière ce nom de code, on retrouve les deux musiciens Nyalra (にゃるら) et Sasuke Haraguchi (原口沙輔). J’ai déjà évoqué sur ces pages le nom du producteur Sasuke Haraguchi à travers plusieurs de ses projets, mais Nyalra m’était par contre inconnu. Technopop Yuuki Synthetizer Chan est en fait un projet hybride piloté par Nyalra, qui en est le directeur artistique. Il écrit les paroles et produit les morceaux en faisant intervenir des producteurs invités comme Haraguchi. Le morceau me-ai-la-sun-chu (me・愛・ラ・sun・虫), que j’écoute également même si je le trouve moins percutant, est quant à lui co-produit par Shinichi Osawa (大沢伸一), qu’on ne présente plus dans l’électro japonaise. Chaque morceau propose des versions longues (Extended version) que je choisis car ce type de morceaux fonctionne bien sur la longueur. Je trouve Electric Mirage Kanjo particulièrement réussi, car il se construit sur un rythme très marqué et accrocheur mais n’hésite pas à déraper vers des sons plus expérimentaux en cours de route. Les morceaux sont chantés par une voix féminine à l’esthétique “moe” (萌え) que j’imagine être une voix synthétique type Vocaloid ou peut être s’agit-il d’une voix hybride. Ces morceaux oscillent entre kawaiisme, rétro-futurisme (que l’on note dans le nom du groupe avec le terme ‘Technopop’ issu des années 80) et une dimension plus expérimentale et étrange.

Je continue ensuite vers des sons électroniques plus clairement pop avec deux excellents morceaux du producteur électronique et DJ japonais PSYQUI intitulés Don’t you want me (2018) et Hysteric Night Girl (ヒステリックナイトガール) (2019). Il y a une certaine immédiateté dans cette musique qui nous accroche tout de suite, notamment quand le rythme monte soudainement dans les tours. Le morceau Don’t you want me est chanté par Such, une vocaliste de cette scène électronique japonaise indépendante, qu’on appelle dōjin (同人). La scène dōjin désigne au Japon tout un écosystème de création indépendante, souvent amateur ou semi-pro, en dehors des circuits commerciaux classiques. Le style musical de ce morceau ainsi que quelques autres de cette playlist s’apparente au Future bass, qui est un genre de musique électronique apparu vers les années 2010, reconnaissable par son côté émotionnel et très texturé. On y trouve une énergie positive qui se mélange à une nostalgie et mélancolie légère. Les morceaux de cette scène sont souvent repris par différentes vocalistes, mais pour le morceau Hysteric Night Girl, j’écoute d’abord la version originale. Le début du morceau m’amuse toujours, car il ressemble sans y ressembler au début de Marunouchi Sadistics de Sheena Ringo.

On passe ensuite sur deux morceaux de Moe Shop rappés par TORIENA intitulés GHOST FOOD (2021) et Notice (2018). Moe Shop est un producteur de musique électronique français basé à Tokyo, mélangeant dans ses productions le son Future Bass avec des éléments de French Touch. Moe Shop travaille surtout avec des vocalistes japonaises issues de la scène indie / dōjin, et je suis particulièrement attiré par le hip hop de TORIENA. J’adore son phrasé rapide et la manière avec laquelle elle découpe ses phrases en parfaite adéquation avec la densité sonore qui l’entoure, même quand le rythme est particulièrement syncopé comme sur le morceau Notice. La positivité de ces sons électroniques upbeat n’est en fait qu’apparente car les paroles chantées/rappées y sont beaucoup plus sombres. Je connaissais déjà TORIENA pour une collaboration avec 嚩ᴴᴬᴷᵁ sur son dernier EP Seventh Heaven sorti en Juillet 2025, tout comme je connaissais Яu-a pour sa collaboration avec killwiz sur son EP Schizophrenia. J’écoute deux morceaux de Яu-a, I cuckold your boyfrend (お前の彼氏寝取ってやったの。) et Neon Sign (ネオンサイン) (ハタチ Version). Ce sont deux morceaux courts avec toujours un phrasé rapide mais une ambiance plus mélancolique. Ma playlist électronique se dirige ensuite vers des morceaux plus apaisés avec Lonely Cat de Lilniina, puis Reijū (隷獣) de nyamura x Nakiso (なきそ). Ces morceaux sont plus introspectifs et sombres, dans une style yami-kawaii (病みかわいい) pour nyamura qui lui est assez typique et est bien reflété dans les visuels qui l’accompagnent. J’aime retrouver la voix de nyamura car j’y ressens une détermination certaine qui est en même temps nuancée. J’aime aussi beaucoup le décrochage inattendu à mi-morceau et les toutes dernières notes le concluant. On termine ensuite avec le morceau v_o_i_c_e feat 4s4ki & KOTONOHOUSE de rinahamu (苺りなはむ), sorti en Novembre 2025. C’est la troisième collaboration musicale que j’écoute de rinahamu et 4s4ki après NEXUS et Ganbariyasan dakara ai shite (頑張り屋さんだから愛して).

Dans ma petite playlist, j’aime aussi beaucoup le nouveau single de Xamiya intitulé CRY avec son ambiance rêveuse qui nous transporte dans un ailleurs proche des sons trip-hop. Dans ambiance encore différente, il y a le sublime nouveau single de Kroi intitulé Kinetic feat. INCOGNITO. J’adore son énergie urbaine et son groove irrésistible. Je trouve encore une fois chez Kroi une maitrise musicale qui m’épate, une tension très maîtrisée, un peu comme pour King GNU dans un style beaucoup plus rock. J’ai souvent hésité à me lancer dans l’écoute de Polkadot Stingray (ポルカドットスティングレイ), groupe rock originaire de Fukuoka. Je sais que la chanteuse et guitariste Shizuku (雫) est fan de Sheena Ringo mais je n’ai jamais vraiment accroché à sa voix, jusqu’à ce morceau Sakasama (逆様) qui vient de sortir en Avril 2026 et que j’aime beaucoup pour son énergie débordante et imprévisible.

in your ghost

Le nouvel immeuble Shibuhara Xross (渋原XROSS) par Ando Imagineering Group attire l’attention pour ses formes particulières. Il se trouve sur l’avenue Meiji entre Shibuya et Harajuku, comme son nom le laisse fortement deviner. Je prends beaucoup moins de photographies des rues de Tokyo en ce moment, même si j’amène toujours avec moi mon appareil photo reflex. L’inspiration se dissipe un peu car j’ai trop souvent pris les mêmes endroits en photo. Celles de ce billet ont également été prises dans les quartiers des livres d’occasion de Kanda Jimbocho. Je découvre un petit magasin étroit et extrêmement mal organisé (comme la très grande majorité des vieilles librairies du quartier) qui vend des livrets de films. Ceux-ci sont mis en vente lors de leur sortie au cinéma au Japon. Je me souviens avoir acheté celui de Kyrie no Uta de Shunji Iwai (岩井 俊二), au moment de sa sortie au cinéma. J’aurais aimé trouver celui de All about Lily Chou-Chou mais je n’ai pas eu le courage ni le temps d’y passer des heures pour ne finalement peut-être rien trouver. Dans ce genre de boutiques, les livres et magazines sont regroupés par genre, mais la logique de classement m’a semblé compliqué à comprendre ou pas totalement respecté. Enfin, il y a des livres un peu partout, parfois près à tomber si on ne fait pas attention en parcourant l’étroit couloir du magasin. Je suis sûr que le gérant sait exactement ce qu’il a en stock et qu’il est certainement plus simple de lui demander directement, mais je crois aux découvertes heureuses liées au hasards et aux coïncidences. Le quartier de Jimbocho est intéressant car on y trouve ce genre de librairies d’occasion très spécialisées. Une d’entre elles vendait des magazines musicaux et ce qui ressemblait à des cahiers de fans, avec un large rayon consacré au courant rock Visual Kei. La gérante de la boutique semblait être elle-même dévouée au genre, ce qu’elle montrait par son apparence. Un peu plus loin à Jimbocho, nous déjeunons dans un restaurant chinois autrefois très apprécié par l’écrivain Shōtarō Ikenami (池波 正太郎).

J’allais presque oublier d’écrire au sujet de l’exposition dédiée à GITS que j’ai pourtant été voir au mois de Février. L’exposition Ghost in the Shell: The exhibition (攻殻機動隊) du mangaka Masamune Shirow (士郎正宗) se déroulait dans le grand espace d’exposition TOKYO NODE de Toranomon Hills du 30 Janvier au 5 Avril 2026 et était principalement consacrée aux films d’animation et séries animées. J’avais déjà été voir l’année dernière l’exposition intitulée ‘The Exhibition of The World of Shirow Masamune – “The Ghost in the Shell” and The Path of Creation-’ (士郎正宗の世界展〜「攻殻機動隊」と創造の軌跡〜) qui était une grande rétrospective de l’œuvre manga de Masamune Shirow. Cette exposition à TOKYO NODE commémore le trentième anniversaire du premier film d’animation Ghost in the Shell réalisé par Mamoru Oshii (押井 守), et couvre toutes les séries et films distribués ensuite par différents réalisateurs et producteurs comme Kenji Kamiyama (神山 健治), Kazuya Kise (黄瀬 和哉) et Shinji Aramaki (荒牧 伸志), notamment Stand Alone Complex (SAC) ou ARISE. Je n’ai pas vu la totalité des productions vidéo tirées de Ghost in the Shell et mon intérêt premier se tournait vers les deux premiers films, le Ghost in the Shell original de 1995 et Innocence (イノセンス) qui suivait en 2004. À vrai dire, je n’ai jamais vraiment aimé la représentation visuelle que Mamoru Oshii a donné au major Motoko Kusanagi dans ces deux films, mais l’ambiance générale cyberpunk qui s’en dégage avait pourtant grandement rattrapé ma petite déception initiale. Un des intérêts de l’exposition était d’y voir des œuvres d’autres artistes inspirés du monde de GITS, comme Hajime Sorayama (空山 基) avec sa série Sexy Robot dans une version Ghost in the Shell. La photographie you’re mine #001 de l’artiste multimédia Mari Katayama (片山 真理) s’attache à l’image du corps, le sien qui est amputé aux jambes. Le thème de l’augmentation physique à travers diverses prothèses synthétiques est très présent dans Ghost in the Shell. Le designer de mode Kunihiko Morinaga (森永 邦彦), et son atelier de confection ANREALAGE, montrait des vêtements munis d’un système de leds qui reflètent comme un écran diverses images. Cette installation nommée SCREEN me fait imaginer une tenue de camouflage urbain. Je connaissais déjà l’artiste Emi Kusano (草野 絵美) pour sa musique avec le groupe Satellite Young, notamment le morceau Moment in slow motion dont j’avais parlé il y a longtemps. Pour l’exposition, elle nous montrait une vidéo assistée par intelligence artificielle intitulée EGO in the Shell faisant évoluer en images une personne depuis l’enfance jusqu’à un futur cybernétique. L’effet de transformation des images a déjà été maintes fois utilisé, et je reste donc assez dubitatif quand à l’intérêt de l’installation, mais elle répond bien à un des thèmes de Ghost in the Shell, à savoir les limites entre l’existence humaine et celle de l’intelligence artificielle.

La majeure partie de l’exposition montrait de très nombreux dessins, storyboards et calques en couleur originaux tirés des différents films d’animation de la série. Pour le premier film Ghost in the Shell, on pouvait voir quelques photographies prises dans les rues de Hong Kong, ce qui confirme l’influence de cette ville dans le décor urbain du film. J’aime beaucoup les calques en couleur très atmosphériques montrant les décors des films. On peut également ouvrir des versions digitales de ces calques et de dessins préparatoires de personnages sur quatre terminaux situés au centre de la salle d’exposition. À l’entrée de l’exposition, une première salle montre une installation dans une salle sombre bleutée, affichant par intermittence des extraits vidéos des différents films et épisodes avec des focus sur certains personnages et lieux. Au centre de la pièce, un ensemble de cables pendus du plafond nous laisse imaginer qu’un être cybernétique comme Motoko Kusanagi y était accroché pour se régénérer avant de partir pour une nouvelle mission. La pièce ressemble à un espace événementiel mais rien de très particulier ne s’y est passé. L’exposition se déroulait principalement dans la grande salle que je mentionnais ci-dessus, dans une ambiance sonore composée par Kenji Kawai (川井 憲次) tirée des films de la série. On y trouvait également deux Tachikoma (タチコマ), les robots marcheurs fictifs dotés d’une intelligence artificielle déployés pour la Section 9 des unités de sécurité anti-cyber-terrorisme. L’exposition était très riche en images et très bien documentée, mais, au final, je pense que j’ai quand même préféré l’exposition de Setagaya consacrée aux manga de Masamune Shirow. La boutique de cette exposition au TOKYO NODE proposait beaucoup de t-shirts, et autres objets de collection, comme par exemple des tachikoma en porcelaine très onéreux. La boutique du musée était loin d’être aussi bondée que celle de l’exposition de Setagaya.

Je parlais plus haut de l’artiste Hajime Sorayama. Une grande exposition lui est justement consacrée et est en cours depuis le 14 Mars jusqu’au 31 Mai 2026 au Creative Museum Tokyo au sixième étage du Toda Building à Kyobashi. Je suis allé la voir le 21 Mars. Je ne suis pas fanatique de l’art rétro-futuriste de Sorayama se construisant principalement sur des représentations hyperréalistes de femmes robotisées, mais j’ai maintes fois eu l’occasion de croiser ses œuvres dans différentes expositions dans des plus petites salles, notamment les sculptures de robots chromés enfermées dans des caissons. L’impact visuel de cette esthétique lisse et métallique est indéniable. Son style graphique avec une obsession du détail technique est tout à fait unique et souvent impressionnante. Ceci étant dit, au fur et à mesure de l’exposition, je n’ai pu m’empêcher de trouver un aspect assez kitsch à ces robots féminins à mi-chemin entre machine et fantasme. Cette longue série de corps-machine hypersexualisé intitulée Sexy Robot a démarré en 1978 et a clairement établi la réputation internationale d’Hajime Sorayama. L’exposition nous montre également les nombreuses collaborations de l’artiste, avec le monde de la mode, notamment pour Dior, mais également dans d’autres domaines. Il a notamment créé l’illustration de couverture de l’album Just Push Play (2001) du groupe Aerosmith, et le design du robot chien Sony AIBO en 1999. L’exposition montre clairement que l’artiste Hajime Sorayama est devenue une référence dans la pop culture contemporaine et sa vision futuriste est née bien avant que le cyberpunk devienne mainstream.

something’s watching over me

La musique survole divers lieux de Tokyo et d’ailleurs et nous observe. Elle est témoin des émotions qui se forment et se matérialisent sur nos visages, que ça soit à travers des réactions de joie intense ou des moments de mélancolie profonde. Les deux sentiments qui peuvent paraître antinomiques se mélangent souvent car toucher du doigt la mélancolie profonde provoque souvent une joie intense. Tokyo m’évoque souvent cette dualité qui ne lui est pourtant pas spécifique. Pour preuve, partons maintenant du côté de la Californie.

Encore une fois, je suis très impressionné par la sélection musicale de l’émission Liquid Mirror sur NTS Radio sur son épisode publié le 31 Mars 2026. L’épisode a été enregistré à Los Angeles et évoque donc la Californie à travers la photographie d’Olive Kimoto sur une plage et par la sélection de groupes présents. Une série de quatre morceaux se suivant dans la playlist provoquent même en moi une forme d’obsession. Il s’agit des morceaux Music de Felt Out, Watching Over Me de Horse Vision, California de Jouska et Without a Trace de 16 Underground. Je ne connais aucun de ces groupes indépendants, et ce sont de très belles découvertes parfaitement enchainées par le mix de l’émission, en particulier pour les deux morceaux Watching Over Me et California. Le reste de l’émission a de nombreux autres très bons morceaux, comme ceux intitulés Hang on the wall what you kill par Emory, Video par Yawning Portal et Wish it (Bite it) par Touching Ice. Je dirais qu’il n’y a pas de faux pas dans cette playlist qui évolue dans des atmosphères Etheral Indie Pop, mais ce passage de quatre morceaux vient voyager profondément dans l’inconscient de mes émotions. Parmi les groupes cités ci-dessus, une majorité est originaire de Los Angeles, California, mais les deux morceaux qui me touchent le plus profondément sont de Suède (Horse Vision) et de Norvège (Jouska). La voix principale du duo Horse Vision, composé de Johan Nilsson et Gabriel von Essen, me rappelle la sensibilité d’Elliott Smith. Sur California de Jouska, les textures sont aériennes et enveloppantes avec une voix éloignée et mélancolique évoluant dans des sphères musicales proche du slowcore et de la dream pop. Ces sons poussent à la contemplation, à observer tranquillement tout ce qui nous entoure dans les rues de Tokyo ou de Californie.

hypnotic innocence, cathartic existence ~3

Le Dimanche 10 Juillet 2022.
Hiro Makino (槙野 宏) aime écrire dans l’urgence comme si le temps lui était compté. C’est dans ces moments-là qu’elle parvient à écrire ses paroles les plus percutantes, les plus vives, celles qui nous prennent par surprise. Elle aime écrire dans le train entre les stations, debout dans un coin du wagon. Appuyée contre les barres métalliques près des portes automatiques, elle écrit des bouts de phrases sur son iPhone. Elle cherche souvent son inspiration en regardant les passagers autour d’elle et en imaginant leurs histoires, mais avec un œil qui voit ce que les autres ne peuvent entrevoir. Elle entrevoit les âmes avec une clarté qui est pour elle-même déconcertante, au point où elle se demande s’il est convenable qu’elle couche sur le papier numérique les détails de la vie de parfaits inconnus sans leur demander l’autorisation. Pour éviter ces questionnements, elle écrit vite, quelques mots décrivant des états d’êtres, des conflits intérieurs, des pensées inavouées qui devraient rester à jamais secrètes. Toute cette matière construit la densité émotionnelle des morceaux de musique qu’elle écrit et compose ensuite accompagnée de sa guitare dans son petit appartement de Kichijōji. Ce soir là, alors qu’elle rentrait en train de Shinjuku, elle croise le regard d’une fille plus jeune qu’elle, habillée de vêtements noirs trop grands pour elle. Elles s’étaient déjà aperçues mutuellement un peu plus tôt près du grand magasin Odakyu de Shinjuku. La jeune fille l’avait regardé avec insistance comme si elle l’avait reconnue, puis s’était engouffrée dans les allées labyrinthiques de la gare. Dans les couloirs de la gare, cette scène m’avait paru étrange car ces deux filles étaient restées immobiles, comme figées dans le temps dans une gare en plein mouvement. La scène m’avait laissé une impression de malaise mais je ne m’étais pourtant pas formalisé plus que cela. Dans le train, cette même jeune fille regarde Makino droit dans les yeux. Ces yeux portent une colère palpable mais qu’elle ne ressent pas comme étant à son encontre. Makino ressent chez cette jeune fille une vulnérabilité qui lui est exposée de manière volontaire. Elle ouvre son âme pour qu’on y puise une inspiration qui sera libératrice. Écrire des paroles sur cette colère la fera peut être disparaître. Je me souviens maintenant avoir déjà aperçu cette fille, c’était lors d’une session live d’Hiro Makino au Basement Bar de Shimo-Kitazawa. Elle était dans le public, deux ou trois rangées devant moi, et écoutait immobile, comme figée dans le temps, le chant réparateur de Makino.

Le Samedi 28 Mars 2026
Le texte ci-dessus m’est très indirectement inspiré par le nouvel EP de killwiz intitulé Gen0me sorti le 18 Mars 2026. J’avais beaucoup aimé son EP précédent Shizophrenia, qui comme son nom l’indique évoquait certains de ses troubles passées. Gen0me est dans la même lignée mais il est plus percutant, notamment par son premier single YMGMFXXK, dont les paroles explicites visent clairement un père absent et irresponsable, dont elle donne même le nom. Ce morceau semble être un moyen pour elle de dépasser ce trauma et de s’affirmer pleinement, ce qui se ressent assez bien sur ce nouvel EP. La voix rappée de killwiz évolue dans des sons électroniques distordus influencés par l’hyper-pop et produits une nouvelle fois par NGA. Du nouvel EP Gen0me, j’aime aussi beaucoup les morceaux Tekutekuwalk et le plus apaisé Raratata qui conclut le EP. Gen0me est malheureusement un peu court, ne faisant que 11 minutes, mais on appréciera qu’une vidéo entière couvre en continu l’intégrité du EP. Dans des sphères musicales similaires proches de killwiz et de 嚩ᴴᴬᴷᵁ, je découvre le dernier single de ramu intitulé Traumatized, sorti le 4 Mars 2026. Les mélodies sont très belles, entrecoupées par des sonorités électroniques plus hyper-pop, le tout composé par KOTONOHOUSE, que j’avais vu sur scène avec 4s4ki l’année dernière au ZEPP Shinjuku à Kabukichō. Je continue ensuite avec un morceau sorti en Janvier 2025 intitulé Antilocutionist (アンチルッキズム教徒) de Cafune avec Яu-a, cyber milkちゃん et Neon nonthana et une production de NEO-Kaishin. De l’album Nova de Cafune, je connaissais déjà le morceau Anti Piracy Screen, produit par Sasuke Haraguchi (原口沙輔), en collaboration avec嚩ᴴᴬᴷᵁ, e5 et utumiyqcom. Ces multi-collaborations sur un même morceau sont vraiment intéressantes car elles donnent des directions multiples, par moments très rythmées et par d’autres beaucoup plus éthérés, suivant les interprètes se passant le relai. Je continue ensuite avec un morceau de 2023 intitulé Your Winter de Takaryu avec nyamura au chant. Là encore, on évolue dans des styles assez similaires. Je connaissais déjà la musique de nyamura pour son premier album Another Seraph dont j’avais également parlé sur ces pages. Son phrasé assez rapide et la tonalité de sa voix sont immédiatement reconnaissables. Pour terminer, je découvre le single tenk(e)i de Pasocom Music Club (パソコン音楽クラブ) avec Hakushi Hasegawa (長谷川白紙) au chant. C’est la première fois que je m’aventure dans les méandres electro du duo Pasocom Music Club. Il faudra que je m’y plonge un peu plus tant ce morceau est excellent.