to all the near misses

Je suis allé à Shin-Okubo pour une raison très spécifique, faire une visite au sanctuaire Kaichu Inari (皆中稲荷神社). La signification de Kaichu est que toutes les flèches atteignent leur cible, autrement dit, cela signifie que tous les vœux se réalisent. Aller savoir pourquoi, mais une croyance moderne assez répandue auprès des fans de musique donne la réputation à ce sanctuaire de faciliter l’obtention de billets de concerts, notamment pour ceux où les systèmes de loteries sont imposés. Cette réputation s’est apparemment renforcée par le bouche-à-oreille, les réseaux sociaux et les témoignages de fans affirmant avoir obtenu des billets après y être allés. Tout ceci relève bien sûr de croyances irrationnelles, mais je me suis persuadé que je devrais quand même y aller au cas où (j’arrive assez facilement à me laisser influencer par moi-même).

Sheena Ringo a lancé une série de concerts nationaux pour le fan club Ringohan dans des salles de tailles assez réduites, et malgré mes cinq ans de souscription, je n’ai pas réussi à obtenir une place à la loterie. Je ne suis pas le seul dans le cas, car le nombre de membres du fan club a miraculeusement augmenté de manière exponentielle à l’annonce pourtant secrète de cette tournée. C’est bon de savoir qu’après plus de 25 ans de carrière, Ringo attire toujours les foules et les nouveaux fans, mais j’avoue ma frustration de ne pas avoir obtenu de place. Certains artistes privilégient l’ancienneté des abonnés, ceux qui sont membres depuis plus d’un an par exemple, par rapport à ceux qui viennent juste de s’inscrire uniquement pour le concert en question. Je pense aussi que le dimensionnement des salles pour cette tournée n’est pas suffisant. Peut-être que Ringo ne se rend pas compte que la quasi-totalité des membres de son fan club veut assister à ses concerts. C’est d’ailleurs une des raisons principales de mon inscription. Une deuxième tournée de loterie, bien que très limitée, avait été organisée d’où mon passage désespéré au sanctuaire Kaichu Inari, suite au conseil d’un autre malheureux fan de longue date. Acheter un talisman n’a malheureusement pas augmenté mes chances, car la deuxième loterie n’a pas été fructueuse. Il reste le code donné avec la réservation de son nouvel album 禁じ手 qui sortira le 11 Mars 2026 (avec une tracklist tout à fait Ringoesque), mais je pense que mes chances seront encore une fois très limitées. Je n’ai pas encore tiré un trait (à défaut d’une flèche) sur cette tournée, mais j’aurais en tout cas le plaisir de la voir plus tard en Blu-ray quand il sortira. En fait, il y avait une deuxième raison de mon passage au sanctuaire Kaichu Inari, car Mari et moi souhaitons également aller au concert de Fujii Kaze (藤井風) qui aura lieu au Tokyo Dome en Décembre 2026. Rendez-vous compte qu’il faut réserver sa place un an à l’avance! Je ne l’avais pas mentionné mais on a beaucoup écouté son album Prema et le mini-album Pre-Prema qui l’accompagne. Prema est assez différent de ses deux albums précédents, notamment parce qu’il est entièrement en anglais. Le morceau de Prema que je préfère est le superbe Forever Young.

Sur les petites plaquettes Ema disposées dans le sanctuaire, on ne voit en effet que des souhaits d’obtenir des places de concerts, notamment pour le dernier concert-réunion du groupe Arashi, mais également pour les concerts de Snow Man ou de Fujii Kaze. A part ces concerts de Sheena Ringo et Fujii Kaze, je n’ai pas encore décidé des groupes ou artistes que j’aimerais voir cette année. J’avoue avoir un peu de mal à me motiver. J’aimerais en tout cas, un jour, assister à un concert au Nippon Budokan. Une fois sorti du sanctuaire, je reviens vers la station. Il y a foule dans le quartier coréen. Je préfère marcher jusqu’à Shinjuku, je connais assez bien la route.

Dans les nouvelles musiques que j’écoute depuis le début d’année, il y a d’abord le nouveau single LUMEN de Minami Hoshikuma (星熊南巫) sorti le 27 Décembre 2025. On y retrouve l’ambiance intense et dramatique de ses morceaux précédents, démarrant ici par un son lourd et agressif. La batterie est particulièrement puissante et les guitares affirmées mais la voix expressive de Minami ne se laisse jamais déborder. Le titre fait référence à la lumière et on ressent le chant de Minami Hoshikuma comme une bataille contre des forces sombres qui l’entourent. Elle arrive à chaque fois à canaliser des émotions brutes pour créer une musique percutante et émotionnellement intense. Allez savoir quel mystère m’a amené ensuite vers le morceau de Dream Pop NEUANFANG de l’artiste allemande originaire de Bavière S1RENA. Le morceau sorti le 12 Décembre 2025 est chanté en allemand et évolue dans des ambiances contemplatives et rêveuses avant de s’élever vers un beat électronique plus énergique. J’imagine que ce changement de rythme correspond au thème du renouveau introduit par le titre, mais je ne serais pas en mesure de comprendre les paroles. Le morceau a une approche intime et introspective qui me plait vraiment beaucoup. C’est très caricatural, mais je n’imaginais pas que l’allemand pouvait sonner aussi bien. Il faut dire que je n’ai pas beaucoup de musiques allemandes dans la discothèque de mon iPod, à part le morceau Rammstein du groupe Rammstein de la bande originale du film Lost Highway, mais c’est une toute autre histoire parfaitement incomparable au morceau ci-dessus. Toujours est-il que NEUANFANG me donne maintenant envie d’écouter d’autres choses du genre en allemand. La vidéo de NEUANFANG n’est en fait pas complètement étrangère au Japon car S1RENA y montre quelques images furtives du film et de l’anime NANA. Ça me rappelle une nouvelle fois que je n’ai pas encore vu le film NANA sorti en 2005 avec Mika Nakashima et Aoi Miyazaki dans les rôles titre des deux Nana.

Je pars ensuite vers des sons plus électroniques avec le nouveau single Feel Your Breath de 嚩ᴴᴬᴷᵁ sorti le 25 Décembre 2025. L’approche est très sensorielle et sensible mais part en vrille vers la fin avec un énorme son techno, qui caractérise assez bien le sentiment d’instabilité du personnage. Je pense que j’aime de manière consistante toute les créations musicales de 嚩ᴴᴬᴷᵁ, notamment parce qu’on ne sait jamais trop à quoi s’attendre et qu’elle a une approche plutôt non conventionnelle de la musique. Ce morceau est plus apaisé et flottant, dans un style qui me fait un peu penser à 4s4ki, jusqu’à cette déstructuration finale qui vient mettre à mal tout le morceau. Je découvre ensuite l’artiste électronique aymk grâce au magazine web AVYSS qui me fait décidément découvrir beaucoup de choses intéressantes dans le vaste monde des musiques indépendantes voire underground. De la musicienne aymk qui fait absolument tout sur ses singles et albums, de la musique au chant jusqu’au design des couvertures, je découvre une partie (pour l’instant) de son album From Destruction through Transcendence into Reconstruction. Je ne me lancerais pas dans une explication philosophique, notamment nietzschéenne, du titre de son album car AVYSS l’a déjà fait en notant une composition de l’album en trois phases, de la destruction, au franchissement des limites et à la reconstruction, comme le mouvement même de la vie. Pour être très honnête, je ne suis pas en mesure de retrouver ces concepts clairement dans les morceaux que j’écoute de l’album, mais ça n’a pas beaucoup d’importance. J’écoute pour l’instant trois morceaux Face the Mystery of Being, I’m Your Pet, Anime Girl et Thanatophilia qui ont la qualité indéniable de m’hypnotiser. La voix fortement pitchée de type lolicore d’aymk se mélange aux sons électroniques répétitifs et agressifs comme un instrument. On ne comprend pas exactement les paroles en japonais et anglais, mais ça n’a pas beaucoup d’importance. Ce qui importe est la sensation que l’on ressent lorsqu’on se laisse envahir par cette musique. J’avouerais que je ne suis pas rentrer tout de suite dans cette musique, mais j’ai eu à chaque écoute une envie irrésistible d’y revenir. Je pense qu’il faut tout de même avoir une oreille avertie pour ce genre de sons, car cette musique est sombre. Si on pense au titre du morceau Thanatophilia, il désigne une attirance profonde pour la mort. Il n’empêche que ce morceau est l’un de ceux que je préfère. La vidéo est très intéressante, elle a été tournée dans le palace abandonné Marugen à Atami, que j’ai reconnu pour l’avoir vu en photo sur le blog de Jordy Meow dédié, entre beaucoup d’autres choses, à l’exploration d’édifices abandonnés (qu’on appelle Haikyo). Le lieu à mi-chemin entre grandeur décadente et destruction convient en tout cas assez bien à l’esprit de l’album d’aymk.

Pour terminer cette sélection avec une musique un peu plus légère, je découvre le dernier single Puni (ぷに) de la rappeuse Valknee, dont j’ai déjà parlé plusieurs fois sur les pages (nombreuses) de Made in Tokyo. Je ne suis pas très précisément sa carrière, mais il y a quelques années, je suivais assez assidûment son podcast vidéo. Puni est un morceau très ludique relayé par une vidéo très dynamique qui correspond bien au rythme du phrasé rapide de Valknee. Le morceau teinté d’un humour du quotidien assez typique de Valknee est assez court mais ne prend pas de pause, et file dans le paysage urbain comme une petite comète. C’est une petite bombe irrésistible lancée dans nos oreilles. Le morceau est sorti le 7 Janvier 2026, et il va très certainement avoir du succès.

alice in tokyoland

Ginza, Shinjuku again, puis Kyobashi. Je suis allé à Ginza quelques jours avant le premier de l’an pour aller acheter une bouteille de saké Kokuryu (黒龍) de la préfecture de Fukui. Ce saké du dragon noir est mon préféré et celui que l’on achète et boit une fois seulement par an depuis au moins une dizaine d’années, pour le premier jour de l’an avec les Osechi. J’avais été surpris en voyant Sheena Ringo sur scène, portant une bouteille de saké Kokuryu lors de la tournée Shogyōmujō (諸行無常) de 2023. Je m’amuse maintenant en regardant la carte de bonne année du fan club Ringohan que je viens de recevoir par la poste, car Ringo s’y montre en photo, en kimono, tenant à la main cette bouteille de Kokuryu, la version Ishidaya Junmai Daiginjo, qui est la plus onéreuse et la plus difficile à se procurer.

Après avoir acheté mon saké préféré, je marche un peu dans les rues de Ginza, mais j’y revois un paysage urbain que j’ai déjà parcouru il n’y a pas très longtemps. Avant Ginza, j’avais marché du quartier coréen de Shin-Okubo (j’y reviendrai dans un autre billet) jusqu’à Shinjuku en passant par Kabukichō. Le quartier de Kabukichō change progressivement, notamment avec la grande tour Tokyu Kabukicho Tower (東急歌舞伎町タワー) de 225 mètres, ouverte en 2023. Située entre cette tour Tokyu et le Shinjuku Toho Building (新宿東宝ビル), ouvert en 2015, la place Kabukicho Cinecity (歌舞伎町シネシティ広場) n’a pas encore subi de transformation, mais elle a progressivement perdu sa mauvaise réputation de repaire pour jeunes paumés et marginaux que l’on appelle encore maintenant les Tōyoko kids (トー横キッズ). La place est désormais fermée en permanence par des barrières, mais je ne sais pas si elle est volontairement fermée pour éviter les regroupements. Les Tōyoko kids sont toujours présents dans les rues de Kabukichō, certainement moins nombreux qu’auparavant. Ils se réunissent avec des chaises pliantes devant la place Cinecity, tout près des cinémas Toho et du grand Godzilla. Je ne tente pas de les prendre en photo, même de loin, et je remonte plutôt vers la gare par la grande avenue piétonne.

Au début du mois de décembre, je suis allé voir une exposition de l’illustrateur Takato Yamamoto (山本タカト) consacrée à Alice’s Adventures in Wonderland (アリス物語) dans la petite galerie Span Art à Kyobashi. Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll a été publié il y a 160 ans et l’on dit qu’il a connu une réception particulière au Japon en 1927 avec la traduction conjointe de Ryūnosuke Akutagawa et Kan Kikuchi, intitulée Alice monogatari. Les éditions Renga Shobō Shinsha proposent une nouvelle version de l’œuvre qui conserve l’orthographe ancienne et l’atmosphère d’époque, tout en y ajoutant les illustrations oniriques de Takato Yamamoto. La galerie Span Art présentait, du 15 novembre au 7 décembre 2025, une exposition consacrée aux illustrations de Takato Yamamoto pour le livre, ainsi que des œuvres inédites spécialement réalisées pour cette exposition. Takato Yamamoto donne bien entendu son interprétation personnelle de l’univers d’Alice. Je note immédiatement son style, notamment dans les yeux d’Alice, mais si le personnage principal attire tout de suite le regard, les autres personnages autour d’elle méritent également toute notre attention. Ce n’est pas la première fois que Takato Yamamoto dessine Alice, car j’ai déjà vu une ou deux illustrations dans les livres que je possède de l’auteur. Je ne suis donc pas étonné de le voir associé à cette nouvelle édition du livre.

On retrouve une constante dans l’univers visuel de Takato Yamamoto, qui semble inquiétant, voire effrayant, mais ce sentiment d’effroi ne se traduit aucunement dans les expressions des personnages, comme si les protagonistes principaux de ses illustrations étaient eux-mêmes des monstres dissimulés. Alice semble tout à fait innocente dans le monde étrange qui l’entoure, mais ses yeux nous laissent deviner autre chose. Les personnages de Takato Yamamoto semblent souvent être entre la vie et la mort; disons qu’on y ressent une beauté mortifère. 死ぬほど美しい (« d’une beauté à en mourir »), écrivais-je moi-même en titre d’un billet de janvier 2024 où j’évoquais ma découverte de la richesse visuelle tout à fait remarquable de l’œuvre de Takato Yamamoto.

En revoyant ces illustrations d’Alice, et notamment son visage, je repense soudainement à l’exposition de photographies Amour de Mana Hiraki (平木希奈) que j’avais vu à la galerie See You Gallery à Ebisu en novembre 2025. Sur certaines des photographies de l’exposition, le visage de RINA, avec les yeux maquillés de rouge, me ramène à cette idée de beauté entre la vie et la mort. Les quelques photographies ci-dessus en sont de bons exemples et sont d’une beauté envoûtante. Elles proviennent du livre de l’exposition que je n’avais pas eu la présence d’esprit d’acheter et de faire signer le jour où je suis allé voir l’exposition. Je ne suis pas toujours très spontané et il me faut parfois un peu de temps pour me décider. Je suis en fait allé l’acheter plus tard dans une petite librairie d’ouvrages anciens à tendance fantastique appelée Doris Book (古書ドリス), située à Negishi près d’Ueno. L’adresse de la librairie, disponible sur leur compte Instagram, était trompeuse et m’a en fait amené dans un tout autre endroit, à plus de 20 ou 30 minutes à pied de l’emplacement réel. Cela m’a donné l’occasion de marcher un peu plus que prévu dans des quartiers que je connais peu, tout en écoutant l’album Spirit Exit de Caterina Barbieri, dont j’avais parlé dans un billet précédent.

La librairie n’est pas très grande et l’on y vend en effet principalement des livres anciens, dont certains sont un brin ésotériques ou relèvent de la subculture. Un petit coin de la librairie était consacré au livre Amour que j’étais venu acheter. La vendeuse présente ce jour-là avait un air un peu pâle et gothique qui convenait tout à fait à l’atmosphère de l’établissement. Sur leur site internet, il est écrit que cette librairie n’aspire pas à plaire à tout le monde et que, même si elle ne correspond pas aux goûts du plus grand nombre, elle souhaite être la librairie préférée de quelques rares personnes, celles qui chérissent le fantastique, l’esthétisme décadent et la mélancolie raffinée. Voilà une description tout à fait intéressante.

Et j’oubliais presque de préciser que la quatrième photographie du billet montre une grande illustration de l’artiste japonais originaire de Kanagawa, Hogalee, quelque part à Gotanda alors que j’allais acheter le cadeau de Noël du fiston, la moitié de la longue série de manga Space Brothers (宇宙兄弟) écrite et illustrée par Chūya Koyama (小山宙哉). J’avais déjà vu une grande illustration de Hogalee à Shinjuku. Son site web en montre d’autres qu’il faudra rechercher à l’occasion.

世界はこの鼓動と釣り合っている

Avant chaque début d’année, je me pose toujours la question du premier morceau de musique que je vais écouter le matin du premier Janvier alors que je suis à peine réveillé, comme si celui-ci avait une influence sur le déroulement de l’année qui démarre. Pour ce premier de l’année 2026, j’ai écouté un morceau du groupe japonais d’indie rock Laura Day Romance, qui s’intitule sour (後味悪いや) et qui conclut leur album Nemuru – bridges (合歓る – bridges) sorti le 24 Décembre 2025. J’avais déjà parlé de ce groupe il y a un peu moins d’un an pour leur album Nemuru – walls (合歓る – walls) qui était le premier épisode d’une série de deux albums intitulés Nemuru. Laura Day Romance est un trio originaire de Tokyo qui s’est constitué à l’université en 2017, au sein d’un cercle musical, ce qui est assez classique pour les jeunes groupes japonais. Le trio se compose de Kagetsu Inoue (井上花月) au chant avec Jin Suzuki (鈴木迅) à la guitare et Yuta Isomoto (礒本雄太) à la batterie. J’aime l’élégance poétique du chant de Kagetsu, la subtilité des arrangements musicaux créant une musique délicate dans une ambiance intime et émotionnelle. De l’album, je poursuis avec plusieurs autres morceaux également très bons, comme le single lighter (ライター) qui se base sur une mélodie pop lumineuse et les morceaux Koibitohe (恋人へ) et orange and white (白と橙). L’atmosphère sensible, claire et en suspension de ces morceaux me semblait bien convenir pour m’accompagner en ce début de nouvelle année.

La douceur de ce moment musical du début d’année contraste avec la congestion visuelle des deux premières photographies du billet prises dans les rues d’Harajuku à la fin de l’année dernière. Quelques jours après m’être remis de la grippe qui m’a bloqué au lit pendant plusieurs jours, j’ai eu envie de marcher jusqu’à Shinjuku, comme je ne l’avais pas fait depuis longtemps. Je ne passe que très rarement par la rue Takeshita qui remonte jusqu’à la gare d’Harajuku. J’ai eu envie de reprendre cette rue en ayant en tête une photographie prise il y a presque quinze ans, en Mars 2011, quelques semaines après le grand tremblement de terre de Tōhoku. Je garde un souvenir assez clair de cette photographie car elle marquait un semblant de retour à la normale où l’envie de marcher m’avait repris, tout comme en cette fin d’année 2025. Une fois dégagé de la foule d’Harajuku, j’entre dans le quartier de Sendagaya en direction de Kita-Sando. Marcher dans ces rues d’Harajuku puis de Sendagaya pendant cette période du Nouvel An me rappelle des moments il y a sept ans où j’y écoutais l’album Technique of Relief (救済の技法) de Susumu Hirasawa (平沢進). Même après toutes ces années, cette musique qui m’avait beaucoup marqué reste très attaché à ces lieux. Je me dis parfois que je pourrais presque lier chaque lieu tokyoïte parcouru à une photographie et à une musique particulière.

En passant par Sendagaya, je marche volontairement devant les bureaux de béton de l’agence de design Wonderwall fondée par Masamichi Katayama (片山正通). Je voulais voir comment la plante posée sur un rocher avait grandi. Je suis Masamichi Katayama sur Instagram depuis plusieurs années, car il parle souvent de ses nombreux centres d’intérêts comme le cinéma ou les concerts, en particulier ceux de Sakanaction auxquels il assiste systématiquement. En passant devant les baies vitrées donnant sur une grande salle de réunion au rez-de-chaussée, je j’aperçois assis seul de dos. Sa physionomie est immédiatement reconnaissable mais je ne m’attarde pas pour ne pas donner l’impression d’espionner la scène. Il semble absorber par son téléphone portable. Peut-être écrit il son message de fin d’année. Je passe ensuite devant la galerie et librairie d’architecture Gallery GA qui est malheureusement déjà fermée en cette fin d’année. Le rythme ralentit lors des derniers jours de l’année. Ma volonté de marcher jusqu’à Shinjuku s’amenuise et je termine finalement ma marche à Kita-Sando.

始まりの合図鳴らしてしまったの

Le réveillon du 31 Décembre 2025 comptait dans les plus tranquilles qu’on ait passé, en regardant comme d’habitude l’émission de la NHK Kōhaku Uta Gassen (NHK紅白歌合戦). Cette année, j’ai pu regarder l’émission depuis le début, ce qui est plutôt rare car on loupe toujours le début en raison de courses de dernière minute. Cette année était un peu différente car le fiston n’était pas à la maison, assistant avec un de ses copains aux concerts du Nouvel An Countdown 2026 à Makuhari Messe. Nous avions ouvert une bouteille de champagne qui n’a pas suffit pour la soirée, mais j’avais naturellement prévu ce cas de figure. L’émission Kōhaku ne m’a pourtant pas beaucoup intéressé mais j’ai apprécié le fait de n’en avoir aucune attente particulière. Je voulais voir aespa, qui est le seul groupe de K-Pop du moment qui m’intéresse, mais elles n’étaient que trois sur scène car Ningning était bizarrement tombée malade, ce qui ressemble beaucoup à un contre-coup de la polémique sur la lampe atomique qu’elle a montré sur un de ses réseaux sociaux. Je voulais également voir AiNA The End pour son morceau On the Way (革命道中) composé, écrit et arrangé par Shin Sakiura. Sa prestation lors du Japan Record Awards (日本レコード大賞) était par contre plus intéressante, notamment parce qu’on a appris que sa petite sœur faisait partie des danseuses l’accompagnant. C’est un détail que le présentateur de la cérémonie, Shinichirō Azumi (安住紳一郎), avait pris le temps de préciser dans le flot programmé de la cérémonie. Je trouve que Kōhaku présenté par Hiroiki Ariyoshi (有吉弘行) ne prend plus ce genre de petites libertés. Même Haruka Ayase (綾瀬はるか) dont on aime et attend pourtant les petits écarts involontaires et les imprévus, semblait un peu trop stoïque.

Un des problèmes de Kōhaku est qu’elle arrive après toutes les autres émissions musicales de fin d’année, que nous regardons pour la plupart, et on a eu le temps de se lasser d’écouter les mêmes morceaux. On pouvait quand même apprécier le passage du groupe HANA avec leur créatrice Chanmina (ちゃんみな). Leur prestation lors du Japan Record Awards était quand même beaucoup plus marquante, en pleurs après avoir reçu le prix des meilleures nouvelles artistes. Le passage de Sakanaction (サカナクション) était remarquable pour leur excellent single Kaijū (怪獣), qui date quand même un peu maintenant, mais ils n’étaient pas vraiment obligés d’interpréter Shin Takarajima (新宝島) en medley. Ce Kōhaku était la dernière représentation du groupe Perfume. Comme je suis volontairement complètement passé à côté de toute leur carrière, je n’ai aucune émotion particulière sur leur mise en pause indéfinie, mais j’espère au moins que Nocchi continuera en solo. C’est ce que Sheena Ringo avait essayé de lui faire comprendre en l’invitant seule sur le single 初KO勝ち. Je me demande même si ce n’est pas Ringo qui a semé la zizanie dans le groupe, mais il s’agit là d’une pure supposition non vérifiée. De Perfume, j’ai toujours apprécié Nocchi mais eu beaucoup de mal avec les deux autres (qu’il ne faut mieux pas entendre parler). Une bonne surprise était la dernière de Hiromi Go (郷ひろみ) qui a finalement eu la présence d’esprit de comprendre qu’après 38 passages à Kōhaku, il était temps de laisser sa place aux jeunes générations. Il était malgré tout un point de repère et passage obligé de l’émission qui nous permettait à chaque fois de commenter sur le fait qu’il ne vieillit plus malgré les années qui passent. On pouvait faire ce même commentaire sur Seiko Matsuda (松田聖子) qui clôturait l’émission après quelques années d’absence, suite au décès de sa fille. Loin d’apprécier ses chansons, sa présence sur scène attire pour sûr les regards, comme ça pouvait être le cas pour la légende vivante du rock Eikichi Yazawa (矢沢永吉) qui a surpris et impressionné tout le monde en arrivant sur la scène du grand hall de la NHK, un peu à la manière du groupe B’z l’année dernière. C’était certainement le meilleur moment de l’émission, avec le passage d’Aimyon (あいみょん) qui a une nouvelle coupe de cheveux courte qui lui va vraiment très bien et un nouveau morceau intitulé Belt of Venus (ビーナスベルト) que j’aime beaucoup même si ça reste du Aimyon des plus classiques. J’écoute beaucoup ce morceau qui me fait du bien, sans que je puisse vraiment en expliquer la raison.

La soirée d’un peu plus de quatre heures passe très vite lorsque l’on commente chaque passage. On ne s’est finalement pas ennuyé jusqu’à l’émission Yuku Toshi Kuru Toshi (ゆく年くる年) annonçant les dernières minutes de l’année au milieu de sanctuaires de divers lieux au Japon. J’aime quand cette émission montre des sanctuaires perdus sous la neige en forêt de montagne, mais cette configuration manquait malheureusement à l’appel. Cette courte émission nous met toujours en condition pour sortir nous mêmes dans le froid une fois minuit passé, en direction du sanctuaire le plus proche. Il y a toujours foule et le gobelet d’amazake gracieusement offert sur place est toujours le bienvenu. Même le petit bol de shiruko valait le détour cette année. Je pense que la qualité intrinsèque de ces boissons chaudes augmentent proportionnellement aux températures froides extérieures. Il y a une longue file d’attente pour la première prière de l’année au sanctuaire mais nous préférons revenir le lendemain.

En cette dernière journée de l’année, nous avons mangé des soba un peu plus tôt dans la soirée, comme le veulent les traditions. Nous avons choisi un restaurant de soba historique du style Edo, le Toranomon Osakaya Sunaba (虎ノ門大阪屋砂場) situé près des tours de Toranomon Hills. Le restaurant a été fondé en 1872 et le bâtiment actuel date de 1923. Il s’agit d’une propriété culturelle enregistrée comme importante et son emplacement encastré entre des immeubles récents rend l’endroit tout à fait unique. Il aura fallu attendre un peu moins d’une heure dans le froid pour avoir une place car les réservations n’étaient pas possibles le 31 Décembre. Nous avons donc beaucoup apprécié les soba une fois installés au chaud dans le vieux restaurant.

un interlude bleu

Ce n’est pas particulièrement aisé de reconnaître les lieux où ont été prises les photographies ci-dessus, d’autant plus qu’elles proviennent de trois endroits bien différents. La première photographie a été prise dans un coin de Kanagawa où se trouve un large élevage de poules pondeuses dans lequel on peut acheter des œufs et même déjeuner d’un repas à base d’oeuf bien sûr. Cette même journée, nous étions retournés une troisième fois au sanctuaire Samukawa pour aller voir les jardins que nous n’avions pas pu voir la dernière fois et que je montrerais très certainement dans un prochain billet. Le torii ombragé et le ciel qui va avec proviennent de cet endroit. Nous revenons ensuite vers Tokyo à Toranomon Hills pour les deux dernières photographies prises en contre-plongée.

Je n’ai pas écrit depuis longtemps, non pas parce que l’envie me manquait, mais plutôt parce qu’une grippe a eu la charmante idée de me tomber dessus dès le premier jour de mes vacances d’hiver. C’est d’autant plus malvenu pendant cette période de Noël. Ce n’est en fait pas la première fois que je tombe malade pendant mes congés comme si baisser la garde après une année professionnelle dense laissait le champ libre aux rhumes et grippes. J’ai donc beaucoup dormi ces derniers jours sans envie d’écrire mais en regardant quand même quelques films. C’était le maximum que mes forces m’autorisaient. Parmi les films que j’ai pu voir, je veux retenir les trois ci-dessous, vus sur Netflix ou ailleurs. Avant de lire les textes qui suivent, je laisserais le soin aux visiteurs d’essayer de deviner de quels films il s’agit à partir des trois photographies ci-dessous.

Le premier film est de saison car il s’intitule Watashi wo Ski ni Tsuretette (私をスキーに連れてって), qu’on traduit en Emmènes-moi skier. Il s’agit d’un film réalisé par Yasuo Baba (馬場康夫) sorti en Novembre 1987. Comme on peut s’y attendre, il s’agit d’une histoire d’amour sur les pistes de ski, avec bien sûr des rebondissements. On nous raconte l’histoire de Fumio Yano interprété par Hiroshi Mikami (三上博史), un jeune employé d’une grande société de commerce passionné de ski, en particulier sa rencontre imprévue avec Yū Ikegami, interprétée par Tomoyo Harada (原田知世) sur une piste de ski. La photographie iconique ci-dessus de Tomoyo Harada correspond au moment où elle imite le bruit et le geste d’un tir de pistolet (« Bang ») pour faire tomber Yano de ses skis alors que c’est un prodige de la glisse. Cette première rencontre n’est pourtant pas décisive dans leur amour mutuel et il faudra quelques coups de pouces de leurs amis respectifs pour les réunir. Le groupe d’amis entourant Yano se compose de skieurs et skieuses, amis d’enfance, tous excellents en ski, par rapport à Yū qui est plutôt débutante. Le film nous montre de nombreuses scènes de poudreuse et est même considéré comme le déclencheur du boom du ski des années 1980 au Japon, popularisant les séjours à la montagne comme activité romantique et loisir tendance. Les musiques exclusivement de Yumi Matsutoya, notamment l’incontournable classique Lover is Santa Claus, ont certainement aussi beaucoup joué dans le succès du film. La photographie de Tomoyo Harada me rappelle immédiatement aux campagnes publicitaires de JR EAST, JR SKISKI, qui jouent à chaque fois sur cette ambiance des premiers émois sur les pistes de ski. La campagne JR SKISKI démarrée en 1991 dans le but de promouvoir les voyages en train, notamment en Shinkansen, vers les stations de ski en hiver, n’a pas été créée en lien direct avec le film mais son influence est certaine. En 2017, JR EAST avait d’ailleurs fait une collaboration spéciale entre JR SKISKI et le film pour célébrer à la fois les trente ans du film et de la création de la compagnie.

Le deuxième film que je voulais mentionner est Mystery Train de Jim Jarmusch sorti en 1989, que j’ai vu pour la première fois alors que c’est un grand classique et un film important de Jarmusch que je voulais voir depuis longtemps. La photographie également iconique ci-dessus tirée du film m’avait pourtant beaucoup intrigué, mais allez savoir pour quelle raison il m’a fallu attendre aussi longtemps pour voir le film. Il se déroule à Memphis dans le Tennessee, ville mythique de la musique américaine et d’Elvis Presley qui est un des thèmes fil rouge du film composé de trois histoires distinctes, mais situées en grande partie dans une même unité de lieu (un hôtel délabré près des voies ferrées) et de temps (pendant une même nuit). Le premier segment intitulé Far from Yokohama suit deux japonais, Mitsuko jouée par Yūki Kudō (工藤夕貴) et Jun joué par Masatoshi Nagase (永瀬正敏), passionnés de rock américain, et ayant fait le voyage jusqu’à Memphis comme s’ils étaient venus visiter un lieu sacré. La plupart des scènes sont délicieuses notamment dans le regard étranger plein d’admiration qu’ils ont sur une ville qui n’est pas vraiment montrée sous son meilleur jour par Jim Jarmusch. Mais rien ne viendrait gâcher cette idéalisation américaine. L’histoire suivante s’intitulant Ghost nous présente l’italienne Luisa faisant connaissance par la force des choses avec une compagne de chambrée particulièrement bavarde. Le fantôme du titre est celui d’Elvis qui hante tout le film. Le film se termine sur une histoire intitulée Lost in Space suivant trois marginaux impliqués dans un petit braquage raté, dont un anglais paumée ressemblant beaucoup à Elvis. Il est interprété par Joe Strummer, chanteur et guitariste de The Clash et ami proche de Jim Jarmusch. Cette séquence qui fait également intervenir Steve Buscemi est plus burlesque et désabusée, mais garde avec les autres histoires cette même qualité minimaliste et d’humour décalé diffus, rythmée par le train reliant toutes ces histoires. Le film est également relié par la présence remarquable du gérant de l’hôtel tout de rouge vêtu et de son groom. Le gérant est joué par le compositeur et interprète américain de rhythm and blues Screamin’ Jay Hawkins. Bon ce film me donne clairement envie de me replonger dans certains films indépendants américains comme les cultes Fargo (1996) ou The Big Lebowski (1998) des frères Coen. J’ai d’ailleurs ce dernier en DVD dans un format en boîte de CD qui ne se fait plus depuis très longtemps, acheté à Tokyo lors de mes premières années. J’ai bien dû voir ce film plus d’une dizaine de fois à l’époque car il était culte d’entrée de jeu.

Le troisième film de ma petite série cinéma s’intitule Go, sorti en 2001, réalisé par Isao Yukisada (行定勲) et adapté du roman du même nom de Kazuki Kaneshiro (金城一紀). Le film est un drame romantique traitant des questions d’identité et des préjugés qui les accompagnent. Il raconte l’histoire de Sugihara, interprété par Yōsuke Kubozuka (窪塚洋介), un adolescent zainichi (d’origine coréenne mais né et élevé au Japon) qui quitte l’école coréenne pour s’inscrire dans un lycée japonais. Là, il se heurte au racisme quotidien et aux difficultés d’identité, ce qui le fait s’endurcir jusqu’à ce qu’il tombe amoureux d’une fille japonaise, Sakurai, interprétée par Kō Shibasaki (柴咲コウ), dont il lui cache d’abord ses origines. Cette rencontre finit par le confronter aux préjugés de la société. Du film, j’aime beaucoup les relations entre les personnages, notamment entre Sugihara et son père dont la violence apparaît souvent absurde, et celle de Sugihara avec Sakurai, qui est un personnage tout à fait unique. Le film a reçu de nombreux prix, notamment au Japan Academy Prize (日本アカデミー賞) de 2002, mais je ne le connaissais. Du réalisateur Isao Yukisada, j’avais par contre vu le film River’s Edge (リバーズ・エッジ) de 2018, dont j’avais déjà parlé sur ces pages. Je suis tombé sur le film Go un peu par hasard en recherchant sur Netflix un film où jouait Kō Shibasaki. En scrutant rapidement sa filmographie, il s’agit du cinquième film dans lequel elle a joué et elle a même été primée pour ce rôle. Le deuxième rôle de sa carrière cinématographique était le fameux Battle Royale du réalisateur Kinji Fukasaku (深作欣二) sorti en 2000.

En cette fin d’année, je reviens une nouvelle fois vers la musique de Faye Wong (王菲) car j’ai l’envie simple de réécouter sa voix sublime. J’ai sur mon iPod (un iPhone sans réseau cellulaire utilisé uniquement pour la musique) une playlist d’une cinquantaine de morceaux de Faye que j’aime réécouter régulièrement. Il y a quelque chose qui me touche profondément dans son chant et sa musique, mais seulement dans ses morceaux personnels. La grande majorité des albums de Faye Wong que j’ai écouté pour le moment peuvent être divisé en deux parties très distinctes, une partie personnelle introspective et atmosphérique parfois expérimentale, et une autre beaucoup plus mélodramatique faite de mélodies orientées vers la diffusion radiophonique. Cette deuxième approche est imposée par l’industrie pop hongkongaise qui veut des hits accessibles et immédiats, mais un peu mièvres à mon avis. L’autre approche, celle que j’affectionne et que j’écoute exclusivement, est plus radicale et correspond à la zone de liberté que Faye Wong a souhaité conserver tout le long de sa carrière. L’album Fable (寓言), sorti en 2001, que j’écoute en ce moment suit cette même logique avec des morceaux atmosphériques et même cinématographiques très incarnés, les cinq premiers morceaux et le neuvième, puis le reste qui est pour moi tout à fait oubliable. Je me dis toujours que c’est dommage qu’elle n’ait pas uniquement publié des albums dans son style personnel mais j’imagine assez bien la puissance de l’industrie musicale hongkongaise la poussant vers une direction commerciale comme condition à une nouvelle sortie d’album. Elle a de toute façon sorti tellement d’albums qu’il y a beaucoup de pépites à découvrir dans sa discographie. Les cinq premiers de l’album Fable, The Cambrian Period (寒武紀), New Tenant (新房客), Chanel (香奈爾), Ashura (阿修羅) et Flower on the Other Shore (彼岸花), sont ce genre de pépites, très orchestrées. Le chant de Faye Wong y est plus mesuré, plein de nuances. De cet album, je connaissais en fait déjà celui intitulé Chanel et sa version japonaise également présente à la toute fin de l’album. Je préfère tout de même la version en mandarin de ce morceau vraiment superbe. Les cinq premiers titres de l’album forment un cycle et abordent certains aspects du bouddhisme. Le troisième morceau prend par exemple le titre Ashura (阿修羅), faisant référence aux demi-dieux du bouddhisme caractérisés par la jalousie, l’orgueil, la colère et l’esprit de rivalité et de combat. J’ai déjà mentionné Ashura dans plusieurs billets, pour son utilisation dans d’autres musiques que j’aime, et il deviendrait même presque un des nombreux fils rouges de ce blog. Les cinq premiers morceaux de Fable ont été composés par Faye Wong elle-même et produit par Zhang Yadong qui a déjà travaillé sur plusieurs de ses albums, notamment son plus personnel et expérimental Fuzao (浮躁). Sur Fuzao, la production était en fait partagé entre Zhang Yadong et Dou Wei, le mari de Faye Wong. Sur l’album, j’aime également beaucoup la dramaturgie et la densité du neuvième morceau Farewell Firefly (再見螢火蟲). Ces quelques morceaux nous entraînent vers des scènes de films dont l’atmosphère serait pleine de mystères. Pour compléter mon écoute de la musique de Faye Wong, je pioche deux très bons morceaux de son album chanté en cantonais Be Perfunctory (敷衍) sorti en 2015: le premier morceau reprenant le titre de l’album Be Perfunctory (敷衍) et le troisième To be terrified (心驚膽戰). Les ambiances y sont plus minimalistes, moins orchestrales, un peu plus dans l’esprit de ses plus anciens albums orientés rock, mais avec cette fois quelques touches électroniques.

Pour rester encore un peu dans la musique d’Asie, je découvre tout à fait par hasard le groupe rock indépendant taïwanais Lily Chou-Chou Lied (莉莉周她說). Il s’agit d’un trio originaire de Taipei formé en 2016. Ce groupe m’a tout d’abord intrigué car il réutilise le nom de la chanteuse du film All about Lily Chou-chou (リリイ・シュシュのすべて) de Shunji Iwai, en y ajoutant le mot Lied qui est une référence à un mot allemand signifiant chant intime et introspectif. Il est clair que le film a une influence certaine en Asie. Je mentionnais déjà d’ailleurs que Faye Wong avait été l’inspiration originale de Shunji Iwai pour le personage éthéré de Lily Chou-Chou. Je n’étais pas vraiment surpris en voyant la chanteuse chinoise de Shanghai Li Zelong (李泽珑) faire une courte reprise de Salyu sur le morceau Tobenai Tsubasa (飛べない翼) habillée comme Shiori Tsuda (jouée par Aoi Yū dans le film) au milieu des champs ressemblant à ceux d’Ashikaga à Tochigi. Du groupe Lily Chou-Chou Lied, j’écoute trois morceaux que j’aime beaucoup Awake (醒) et Dear You (愛人) de leur premier et unique album The Foreteller (大預言家) sorti en 2022 et le single Tempest (暴風) sorti en Septembre 2025. L’intensité émotionnelle de chaque morceau est très dense et j’aime particulièrement le fait que chaque morceau est interprété à deux voix, masculine et féminine. C’est une très belle découverte de fin d’année à approfondir un peu plus tard.