sonique hypnotique parallèlique

J’ai pris l’habitude depuis quelques années d’aller voir les coureurs du marathon de Tokyo, mais je m’y prends toujours un peu tard et la majorité des coureurs sont déjà passés lorsque j’arrive sur place aux endroits que j’avais sélectionné préalablement pour les voir. Ce dimanche matin, je pars donc un peu plus tôt que d’habitude, juste après le départ général vers 9h, avec l’idée de me placer à Asakusa près de la grande lanterne du Kaminarimon. J’arrive à peu près à temps à la station de métro d’Asakusa pour voir les coureurs des pelotons de tête, mais il est ensuite compliqué de rejoindre l’entrée du grand temple Sensōji où se trouve Kaminarimon car les rues sont en grande partie bloquées. Il faut repartir dans les souterrains de la station pour choisir la sortie adéquate. Il y a foule à regarder et encourager les coureurs. Après quelques va-et-vient, je parviens à trouver un emplacement au bord d’une barrière de sécurité qui me donne une vue dégagée sur la rue et ses coureurs. Je me tiens debout au niveau de la porte Kaminarimon devant le centre d’informations culturelles et touristiques de Asakusa conçu par Kengo Kuma. Je vois les coureurs du marathon négocier un grand virage à 90 degrés devant Kaminarimon. Après les groupes de tête, les coureurs défilent comme coule une rivière, sans interruption. C’est quand même impressionnant de voir autant de monde courir en même temps sur la même rue avec un enthousiasme quasiment festif pour certains. En face de moi, un groupe de deux supporters poussent des cris d’encouragement d’une ferveur presque exagérée. Je me demande même si l’alcool n’influence pas un peu leur enthousiasme. Mais mes voisins de barrière sont aussi très encourageants, notamment pour celles et ceux qui ont la fantaisie de se déguiser. On voit vraiment de tout. J’ai bien pris des photographies des coureurs mais je n’ai pas l’impression qu’elles soient suffisamment réussies pour les montrer. Le flot humain ininterrompu a quelque chose d’hypnotisant. Je me rends compte après plusieurs minutes que je suis resté quasiment immobile à regarder ce flux continu. J’ai ressens maintenant le besoin de me dégourdir les jambes.

Je me décide finalement à entrer à l’intérieur de l’enceinte du temple Sensōji, en traversant la rue commerçante Nakamise qui n’est pas aussi bondé que je le pensais. Ma dernière visite du temple doit dater d’il y a trois ans lors du festival Sanja Matsuri (三社祭). Après avoir collecté le sceau goshuin du temple Sensōji, je reprends ma marche à l’intérieur des quartiers plus tranquilles d’Asakusa, puis en direction de Kuramae et d’Asakusabashi. En chemin, je trouve des architectures déjà vues et montrées sur ce blog, notamment le Sauna Reset Pint, conçu par Akihisa Hirata, qui se dévoile derrière les toitures d’une des arcades couvertes du quartier. Depuis le quai de la station d’Asakusabashi, j’ai le plaisir de revoir les blocs grisâtres du Monospinal par l’architecte Makoto Yamaguchi.

Après son album Parallelisme sorti en 1984, j’ai le plaisir de reprendre l’écoute de la musique de Miharu Koshi (コシミハル) avec son album précédent Tutu (チュチュ) sorti en 1983. On y retrouve un son techno-kayō très inspiré, une techno-pop à la japonaise pleine d’un charme sophistiqué. Miharu Koshi, qui a reçu une éducation musicale classique dans sa jeunesse, écrit et compose ses morceaux qui sont produits par Haruomi Hosono et distribués sur le label YEN qu’il a fondé avec Yukihiro Takahashi chez Alfa Records. On y retrouve une esthétique raffinée qui évoque souvent la pop française, comme sur le premier morceau intitulé L’amour toujours. Il s’agit en fait d’une reprise d’un groupe de techno-pop belge nommé Telex, qui participe d’ailleurs à l’enregistrement du morceau. Il se dégage de certains morceaux, comme les très beaux Laetitia et L’amour et ironie noire, une mélancolie sombre, un romantisme un peu brumeux, qui contraste avec d’autres morceaux beaucoup plus légers dans leur approche. Scandal Night est assez fantastique dans son approche ludique et insouciante où les sons électroniques virevoltent dans tous les sens se mélangeant avec des bruits de téléphones rétro-futuristes. J’adore la voix pleine d’espièglerie de Miharu Koshi sur ce morceau. Les compositions musicales sont complexes et stylisées, denses sans être agressives, avec une élégance un peu théâtrale propre à Miharu Koshi que l’on retrouve de manière très similaire sur l’album Parallélisme. Sugar me est le seul morceau de l’album que je n’apprécie que moyennement car je trouve qu’il va un peu trop loin dans son approche fantaisiste. J’apprécie beaucoup plus le morceau suivant Pussy Cat, pour sa ligne de basse entêtante et ses sons électroniques par moment assez désorientants mais jamais hors sujet. De l’album Tutu, en référence au monde du ballet, je ne connaissais que le dernier morceau intitulé Petit Paradis car il était inclus dans une version en anglais sur la compilation YEN Sotsugyo Kinen Album (YEN卒業記念アルバム) dont j’avais déjà parlé. Ce morceau me laisse imaginer la chorégraphie d’un ballet et conclut brillamment cet album. De Miharu Koshi, le morceau Parallélisme de l’album du même nom reste pour moi le plus marquant, mais il y a beaucoup de très bonnes choses dans l’album Tutu évoluant dans des ambiances très similaires.

Osaka Expo 2025 (5)

EXPO National Day Hall par Akihisa Hirata.
EXPO National Day Hall par Akihisa Hirata.
Pavillon du Portugal par Kengo Kuma.
Vue d’ensemble depuis l’Est du grand anneau.
EXPO Hall par Toyo Ito.
Pavillon du Canada par Rayside Labossière & Guillaume Pelletier.
Pavillon du Qatar par Kengo Kuma.
Pavillon de la France par Thomas Coldefy & Carlo Ratti.
Pavillon des United States of America par Trey Trahan.
Electric Power Pavillon – Eggs of Possibilities par Dentsu Live & Nikken Sekkei.

J’évolue ensuite dans la zone Empowering Lives, qui est certainement la plus grande section de l’Expo, et dont la bordure Est comprend l’entrée principale. Cette zone est la plus dense en visiteurs mais, comme la foule se concentre dans les files d’attente devant certains pavillons, on peut tout de même trouver des espaces où circuler librement. On y trouve des bâtiments à l’architecture très intéressante comme l’EXPO National Day Hall conçu par Akihisa Hirata. La structure de l’édifice est légère, placée au-dessus d’un bâtiment plus traditionnel ressemblant à un petit sanctuaire. Ce bâtiment très élégant est situé en bordure du parc, près de l’océan. On imagine assez bien que sa structure fragile n’est pas faite pour durer. Elle paraît en tout point éphémère, et c’est même ce qui fait sa beauté et son intérêt. Un peu plus loin, on trouve le fameux EXPO Hall, surnommé Shining Hat, conçu par Toyo Ito. Ce bâtiment, qui accueillait la cérémonie d’ouverture et certainement celle de fermeture, se compose d’un disque doré posé sur une base cylindrique. Cet édifice immédiatement remarquable représente une sorte d’antenne parabolique transmettant et recevant des informations. Ce pavillon est accessible uniquement sur réservation préalable et il est donc très difficile de le visiter. Un collègue ayant visité l’Expo à la fin du mois d’avril (le mois d’ouverture) m’a fait part du fait que le pavillon était bien sous réservation la journée à cette époque, mais devenait ouvert au public le soir. Il y avait beaucoup moins de monde au début de l’Expo, ce qui me fait un peu regretter de ne pas nous être décidés à y aller plus tôt. J’ai pu au moins profiter de son extérieur, comme pour un grand nombre de pavillons, celui-ci ayant la particularité visuelle de ressembler à un trou dans le ciel. Il semble tout droit sorti de l’imagination du manga Doraemon. Ce rapprochement me revient soudainement en tête car il y a un épisode où Doraemon fait transiter des robots dans un monde parallèle grâce à un trou dans le ciel. Mes photographies ne rendent pas vraiment cette impression, mais ce bâtiment n’en reste pas moins poétique et élégant, comme un bel objet d’art.

Le pavillon français est de grande taille et est très bien placé sur le site de l’Expo. Je dirais qu’il occupe, avec le pavillon américain, un espace privilégié au niveau de l’entrée principale (l’entrée Est), après avoir traversé le grand anneau. On disait qu’il fallait au moins quatre heures d’attente pour y entrer, car il était accessible sans réservation. Plusieurs bâtiments de pays étrangers ont été conçus par Kengo Kuma, ce qui m’a étonné. Le pavillon malaisien, construit de lamelles de bois, est typique de l’architecture de Kuma, mais les pavillons du Qatar et du Portugal ont une apparence bien différente et très intéressante. Dans la chaleur de l’après-midi, les bassins d’eau devant certains pavillons, comme celui du Qatar, apportaient une certaine fraîcheur. Le pavillon du Canada en forme d’iceberg sur une banquise pouvait également donner une impression de fraîcheur, mais il fallait tout de même un peu d’imagination. Nous sommes près de l’océan et le vent marin parvenait jusqu’à nous. Il y a assez peu d’endroits où se protéger du soleil, mais on pouvait tout de même prendre refuge sous le grand anneau.

Tous ces pavillons, tous plus originaux les uns que les autres, m’ont presque fait oublier celui que l’on avait aperçu sur l’île de Maishima, alors que nous nous déplacions le matin du centre d’Osaka jusqu’à l’entrée Ouest de l’Expo. Il ne s’agissait bien sûr pas d’un pavillon en dehors de l’Expo mais de l’usine d’incinération de Maishima (舞洲工場). Elle est remarquable pour son architecture unique et spectaculaire conçue par l’architecte autrichien Friedensreich Hundertwasser, connu pour son style coloré et organique. Les façades ornées de motifs colorés et de mosaïques témoignent d’une fantaisie qui contraste fortement avec la fonction de l’usine. Elle a été conçue en 2001, à distance par Hundertwasser, qui n’a jamais mis les pieds au Japon pour ce projet. L’architecte est décédé en février 2000 et n’a donc pas connu cette œuvre architecturale terminée. L’usine d’incinération de Maishima (舞洲工場) est le seul projet architectural de Hundertwasser au Japon. Ce complexe comprend en fait également un bâtiment voisin qui joue le rôle de station de traitement des boues. À noter, en détail, que la deuxième épouse de Hundertwasser était une artiste japonaise nommée Yuko Ikewada (池和田優子). Ils se sont mariés en 1962. Cette union explique en partie les liens personnels de Hundertwasser avec le Japon dès les années 1960, bien avant ce projet à Osaka.

FRUiTS, Stripes & Burn

Je suis enfin aller voir de plus près le nouvel immeuble Tokyu Plaza HARAKADO (ハラカド) conçu par Akihisa Hirata (平田晃久) au croisement d’Harajuku. Je suis passé plusieurs fois devant en le prenant en photo en pleine construction. Il fait face à l’existant Tokyu Plaza OMOKADO (オモカド) par l’architecte Hiroshi Nakamura & NAP (中村拓志), qui est situé à l’exact opposé dans la diagonale du croisement. Les buildings se font en quelque sorte écho car on retrouve des éléments similaires entre ces deux bâtiments commerciaux pourtant conçus par des architectes différents, notamment les plaques de vitrages à angles variés et les jardins posés sur les hauteurs. Celui du nouveau HARAKADO est particulièrement développé, occupant plusieurs étages. S’y promener est très agréable car on a une vue très dégagée sur le carrefour et sur le Building OMOKADO de l’autre côté. Depuis un des balcons d’HARAKADO, certaines personnes faisaient même des grands gestes pour attirer l’attention des gens en face. Les gens se répondaient entre eux par des grands signes de mains. J’ai fait un tour rapide de l’intérieur du nouveau building mais il faudra que j’y reviennes plus tard. Je préférais en fait monter jusqu’au jardin du toit du building OMOKADO pour avoir une vue d’ensemble d’HARAKADO. On a vraiment l’impression que le jardin est creusé dans le building qui ressemble par ses formes irrégulières à une sorte de gros nuage.

Je voulais également voir l’exposition dédiée au magazine FRUiTS qui était consacré à la mode d’Harajuku de la toute fin des années 1990 et du tout début des années 2000. Ce magazine a été fondé par Shoichi Aoki, photographe de la mode urbaine de ce quartier (entre autres certainement) depuis 1985. Le magazine existe toujours maintenant mais a clairement connu son heure de gloire au début des années 2000. Il fait encore maintenant figure de précurseur influençant les jeunes générations. Depuis, d’autres publications digitales se sont consacrées à la mode d’avant-garde d’Harajuku comme l’excellent compte Instagram Tokyo Fashion, qui prend des photographies de jeunes tokyoïtes, souvent étudiants dans le domaine de la mode, le long de la grande avenue d’Omotesando. Je n’ai jamais acheté ni consulté la version papier du magazine FRUiTS, mais je suis depuis longtemps le compte Instagram du magazine montrant de très nombreuses photos d’archives de la jeunesse de l’époque. Ces photographies me parlent beaucoup car j’avais tout juste 20 ans à cette époque et j’ai de très bon souvenir de la population et des modes vestimentaires parfois très étonnantes qu’on pouvait voir à l’époque. Je revois donc ces photographies avec une bonne dose de nostalgie, mélangée à l’étonnement qui ne m’a jamais quitté. Cette mode Y2K n’a pas complètement disparue car on en retrouve certains éléments chez la jeunesse actuelle. Le Departement Store LaForet situé près du carrefour d’Harajuku présentait donc l’exposition FRUiTS ARCHIVE EXHIBITION 1997-2003+2024 du 27 Avril au 12 Mai 2024. Des photographies étaient montrées à différents endroits du Departement Store, mais je ne me sentais pas particulièrement à l’aise pour parcourir le bâtiment de fond en comble. A vrai dire, ça fait bien 20 ans que je ne suis pas entré à l’intérieur du LaForet Harajuku et la moyenne d’âge de la clientèle doit tourner au dessous des 20 ans. Un petit espace vendait des magazines d’archives et en montrait un très grand nombre sur un long stand. J’ai cherché celui avec Kyary Pamyu Pamyu en couverture, alors qu’elle était figure d’Harajuku mais pas encore chanteuse, mais je ne l’ai malheureusement pas trouvé. J’aurais certainement acheté ce numéro s’il avait été en vente.

Je voulais également revoir les portraits à rayures de Shigeki Matsuyama (松山しげき) qui étaient montrés dans la petite galerie LOVUS au sous-sol du magasin The SHEL’TTER du Tokyu Plaza OMOKADO. Cette exposition intitulée Portaits IV se déroulant du 30 Avril au 6 Mai 2024 montrait moins d’une dizaine de portraits mais l’espace de la galerie avait également la particularité d’être recouvert des mêmes motifs hachurés que les portraits. Le visiteur entrait donc en immersion quasi complète dans l’oeuvre de Shigeki Matsuyama. J’avais déjà vu deux fois l’année dernière des œuvres de cet artiste, à la galerie d’art Foam Contemporary liée au magasin Tsutaya de Ginza6 et à la galerie Night Out. Les yeux ultra réalistes de ces portraits conceptuels m’impressionnent toujours autant et l’envie de les revoir m’est à chaque fois irrésistible.

DAOKO vient de sortir son cinquième album le 22 Mai 2024, et je suis allé l’acheter dès le soir du jour d’avant au Tower Records de Shibuya, en mode Flying Get (フラゲ). J’étais très pressé d’écouter ce nouvel album intitulé Slash-&-Burn car j’adore le single déjà sorti Tenshi ga ita yo (天使がいたよ), dont j’ai déjà parlé sur ce blog et qui est un de ses meilleurs morceaux. Je voulais également écouter au plus vite cet album en préparation de son concert du 14 Juin 2024 dans la salle WWW X de Shibuya. Du nouvel album, je connaissais également le single Abōn (あぼーん), sorti l’année dernière, en Avril 2023, et dont j’avais également déjà parlé. DAOKO compose la grande majorité des morceaux et écrit ses paroles, mais fait appel à plusieurs arrangeurs différents, comme Hideya Kojima (pour Tenshi ga ita yo), DJ6月 (pour Abōn), entre autres. Nariaki Obukuro intervient sur le deuxième morceau intitulé FTS qui compte également dans les meilleurs morceaux de l’album mais demande plusieurs écoutes avant de vraiment se révéler. Je trouve que l’album est assez irrégulier car on y trouve des moments de pure pop comme NovemberWeddingDay qui est immédiatement très efficace et d’autres avec une approche beaucoup indie comme ONNA ou l’excellent Kō×2 + Uso×2 (好×2 + 嘘×2) qui compte parmi les morceaux que je préfère. Certains morceaux m’intéressent moins comme Sute chatte ne (捨てちゃってね), car je trouve l’ambiance un peu « gentillette ». Sur tous les albums de DAOKO que j’ai pu écouter jusqu’à maintenant, il y a toujours un morceau qui me convient moins. Mais ce que j’aime par-dessus tout chez DAOKO, ce sont les moments de transcendance comme sur le dernier morceau Akame no Biru (赤目のビル) qui est sublime, ou encore le troisième morceau SLUMP arrangé par GuruConnect. J’aime beaucoup la manière dont elle peut modifier sa voix sur certains morceaux, et par la même occasion de registre. Je trouve que c’est un point commun avec Sheena Ringo, sauf que c’est quasiment théâtral chez Ringo et c’est beaucoup plus feutré voire chuchoté chez DAOKO. Son phrasé est souvent très rapide. J’ai un peu de mal à classer sa musique dans le hip-hop mais elle rappe quand même souvent (et le Disk Union de Shimokitazawa la classe dans les rayons hip-hop). J’ai également un peu de mal à imaginer quel type de concert elle va jouer le mois prochain car ça sera à priori une formation plutôt rock avec batterie et guitare qui l’accompagnera. Il y aura forcément des claviers ou autres instruments électroniques, car c’est quand même une partie importante de son style musical. En fait, les morceaux de cet album sont un mélange, une sorte de melting-pot de styles, mais au final, on reconnaît immédiatement le style DAOKO. Elle a appelé cet album Slash & Burn pour exprimer le fait qu’elle faisait table-rase pour redémarrer de zéro. Je trouve cependant que l’approche musicale et stylistique n’est pas très éloignée de son album précédent Anima. Je découvre en même temps l’album Anima sorti en 2020, qui était en quelques sortes un retour vers la musique indé après les quelques énormes succès de sa carrière, notamment avec Kenshi Yonezu. Je ne pense pas que Slash & Burn contienne ce genre de méga-hit mainstream, mais peu importe, plus je l’écoute, plus j’ai envie de le réécouter. Mon autre petite crainte pour le concert de DAOKO est de voir quel genre de public viendra la voir. Par rapport à Tricot ou à AAAMYYY, j’ai un peu de mal à imaginer quel peut être son public type. Bon, et côté sélection musicale pour le concert, si elle est en mesure d’entendre ce que j’écris, je voudrais bien qu’elle interprète Tenshi ga ita yo (天使がいたよ), Akame no Biru (赤目のビル), Kō×2 + Uso×2 (好×2 + 嘘×2), SLUMP de son dernier album (à priori ça devrait le faire), MAD du MAD EP avec Yohji Igarashi, Anima, Achilles tendon (アキレス腱), Otogi no Machi (御伽の街) et Kaeritai! (帰りたい!) sur l’album Anima, Nice Trip sur l’album Shiteki Ryokō (私的旅行), Onaji Yoru (同じ夜) et ShibuyaK de l’album Thank You Blue, et Suisei (水星) de son album DAOKO. On verra dans quelques semaines si tout va bien.

あなたの写真で夢が見たい

Des petits passages photographiques à Harajuku et Omotesando puis près d’Ebisu alors que la nuit tombait doucement. La deuxième photographie montre une installation artistique colorée de Kengo Kito (鬼頭健吾) à Omotesando Crossing Park. Il s’agit d’une des œuvres de la série d’expositions consacrées à l’artiste américain Sterling Ruby en association avec d’autres artistes japonais dont Kengo Kito et Kei Takemura (竹村京). Cette exposition est organisée du 8 Janvier au 4 Février 2024 par Anonymous Art Project en collaboration avec la galerie Taka Ishii. Je suis en fait passé rapidement car Kei Takemura est une amie de l’école des Beaux Arts de Mari, et j’avais déjà mentionné son nom sur ce blog il y a longtemps. Sur la troisième photographie du billet, je montre une nouvelle fois le nouveau Tokyu Plaza, au croisement d’Harajuku, qui ouvrira ses portes au Printemps 2024. Il fait face à l’autre Tokyu Plaza dans la diagonale du carrefour. Ce nouveau Tokyu Plaza conçu par l’architecte Akihisa Hirata prendra le nom de Harakado (ハラカド). Le Tokyu Plaza existant, conçu lui par Hiroshi Nakamura & NAP, changera de nom pour s’appeler Omokado (オモカド). C’est intéressant de voir cette correspondance entre deux buildings conçus par des architectes différents mais qui ont choisi une esthétique similaire basée sur des vitrages aux formes et plans variés et des zones végétales positionnées sur les hauteurs. Les deux bâtiments dialoguent en quelque sorte l’un avec l’autre.

Le titre de ce billet m’est inspiré par les paroles du dernier single NOISE du jeune groupe rock Haze. Le groupe est composé de quatre filles et est mené par Katy Kashii (香椎かてぃ), appelée simplement KATY, qui en est la guitariste et chanteuse. Chihiro Hanasaki (花咲ちひろ) appelée HANA est la bassiste du groupe et joue également pour un autre groupe appelé Hello End Roll (ハローエンドロール). Suzuka est aux claviers et Juri à la batterie. Je suis KATY d’assez loin sur les réseaux sociaux depuis plusieurs années, car elle a une personnalité assez décalée. Je me souviens d’une vidéo qui doit dater de ses débuts pour une audition du concours de modèles féminins Miss iD (ミスiD) parrainé par Kodansha. Elle s’agissait de l’édition 2017 de Miss iD alors qu’elle était encore en troisième année de lycée. Seiko Ōmori (大森靖子) faisait partie du comité de sélection et c’est peut-être à ce moment là qu’elle l’a repéré pour être membre d’origine du groupe ZOC (Zone Out of Control) fondé quelques années après en 2019. Katy a quitté ZOC en 2021 pour une raison que je ne connais pas mais je peux assez bien imaginer les difficultés conflictuelles avec Seiko Ōmori. Katy a fait également partie d’un autre groupe appelé Akuma no Kiss (悪魔のキッス) avec Kanano Senritsu (戦慄かなの), également ex-ZOC, mais qui a dû s’arrêter récemment (parfois, je me demande comment je peux avoir toutes ces informations en tête). En regardant cette vidéo de Katy sur Miss iD qui m’amuse toujours beaucoup, je retrouve les courtes vidéos sur fond vert Neet Tokyo (ニートtokyo) où elle est interviewée pour raconter bien sûr une histoire compliquée. Je regardais souvent ces vidéos de Neet Tokyo il y a quelques années, à l’époque où j’écoutais les podcasts de la rappeuse Valknee qui mourait d’envie d’y être invitée (ce qui arrivera finalement un peu plus tard). Ces vidéos sont en général très courtes et consacrées aux musiciens de la scène underground tokyoïte, principalement hip-hop. Je vois que certains musiciens étrangers y sont également invités, comme Porter Robinson qui y donne ses recommandations en musique pop japonaise. Le single NOISE de Haze est sorti en Janvier 2024. La composition du morceau rock n’est pas particulièrement originale mais j’aime beaucoup l’énergie brute qui s’en dégage, notamment par la voix de Katy qui ressemble par moment à une version plus torturée de celle d’AiNA The End. La vidéo du single réalisée par Yasuaki Komatsu me plait aussi beaucoup pour son hommage au film Fallen Angel (1995) de Wong Kar-Wai. Dans la vidéo, une scène à moto dans un tunnel ressemble en effet beaucoup dans son angle de prise de vue à une scène avec Takeshi Kaneshiro dans Fallen Angel. Et toujours sur cette vidéo, je ne m’attarderais pas à trouver des références dans la tenue d’infirmière de Suzuka donnant un coup de pied en avant ou celle en robe de mariée de Juri.

Je mentionnerais seulement le fait que je regrette vraiment de n’a pas avoir été au concert de King Gnu au Tokyo Dome les 27 et 28 Janvier 2024 car Sheena Ringo y était présente comme invitée secrète pour interpréter le morceau W●RK en duo avec Daiki Tsuneta. L’ambiance y était apparemment électrique et je peux très bien imaginer l’effet de surprise du public. Dans ses commentaires, le journaliste Patrick St. Michel qui était présent au concert ajoute que la clé pour comprendre la J-JOP des années 2020s est de reconnaître que les trois artistes les plus influenceurs des années 2000s étaient Sheena Ringo, Sōtaisei Riron (相対性理論) et Hatsune Miku. Ce commentaire est forcément très discutable mais à mon avis très proche d’une partie de la réalité. Une grande partie du courant électro-pop japonais actuel dérive du Vocaloid dont le projet Hatsune Miku était le précurseur. Je vois très souvent dans les jeunes groupes rock, notamment féminins, une influence de Sheena Ringo. Le fait même que Daiki Tsuneta porte un haut parleur à la main lors de certains morceaux de King Gnu, comme sur W●RK, dénote même cette influence. Quant à l’influence de Sōtaisei Riron, elle me paraît moins évidente. Certainement que des artistes comme Kiki Vivi Lily ou même Daoko prennent une certaine influence dans le chant intime d’Etsuko Yakushimaru et dans l’ambiance qui ne force pas le trait de Sōtaisei Riron. A ce propos, j’aime personnellement beaucoup revenir vers l’album Hi Fi Anatomia de Sōtaisei Riron, car il est vraiment brillant. Seiichi Nagai (永井聖一) de Sōtaisei Riron est d’ailleurs actuellement guitariste de QUBIT dans lequel chante Daoko. Et à ce propos, j’aime beaucoup le nouveau single de QUBIT intitulé Beautiful Days, dont la vidéo n’utilise heureusement pas cette fois-ci d’intelligence artificielle. L’approche rock est assez différente des morceaux solo de Daoko et c’est assez rafraîchissant, car Daoko y garde par moment son phrasé rapide hip-hop. Il faudrait que je me penche un peu plus sur le premier album du groupe, mais j’ai déjà tellement de choses à écouter. Les deux photos ci-dessus proviennent du compte Twitter de Daiki Tsuneta que je permets de montrer ici pour référence.

Lorsque je parcours les rayons des Disk Union de Tokyo, je ne regarde que rarement la section consacrée à Sheena Ringo et Tokyo Jihen car je dois avoir déjà à peu près tout. En jetant tout de même un œil rapide au rayon du Disk Union de Shin-Ochanomizu, je découvre une étrange compilation intitulée Complete singles que je ne connaissais pas. La photographie de couverture provient de la session photo utilisée pour le single Koko de Kiss Shite (ここでキスして。) de 1999. Sheena Ringo pose avec son appareil photo Canon F-1 qui l’accompagne souvent à cette époque. En regardant d’un peu plus près, cette compilation regroupe en fait les trois premiers singles de Sheena Ringo, Kōfukuron (幸福論), Kabukichō no Joō (歌舞伎町の女王) et Koko de Kiss Shite avec les B-side, et le premier album Muzai Moratorium (無罪モラトリアム). Ce qui est vraiment étrange, c’est que sur la vingtaine de morceaux inclus sur cette compilation, les trois derniers ne sont pas de Sheena Ringo mais d’autres chanteuses de cette époque n’ayant à priori aucuns liens avec le son monde musical. Ces morceaux s’intitulent I believe par Sakura, Hiyake (日焼け) par Yukie et Binetsu (微熱) par Mina Ganaha (我那霸美奈). La raison de cette sélection très classique de la J-Pop de l’époque mais n’ayant rien de transcendant est particulièrement mystérieuse. Je ne peux m’empêcher d’acheter le CD qui contient un beau picture disk. Les morceaux inclus ont une bonne qualité sonore, fidèle aux singles et album originaux. Il en est de même pour les photographies du livret. Quelques recherches m’indiquent qu’il s’agit en fait d’un bootleg taïwanais plutôt rare. Je savais que Sheena Ringo avait déjà sorti une compilation pour Taïwan au moment de son unique concert hors de Japon, mais la version que j’ai entre les mains est différente et n’a vraisemblablement rien d’officiel. Voilà une curiosité des plus étranges mais que je prends plaisir à écouter comme une sélection de ses premiers titres. Je suis par contre moins sûr de trouver un véritable intérêt aux trois morceaux ajoutés. J’imagine qu’ils ont été ajoutés comme teaser vers d’autres artistes. Ce n’est pas une mauvaise idée, quand on y pense, sauf si on considère le cadre de l’album comme une unité artistique. J’ai moi-même tendance à percevoir un album de cette manière, mais le cadre de la compilation donne ceci-dit des possibilités différentes.

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Au carrefour de Jingūmae à l’opposé du Tokyo Plaza, un autre immeuble fait de plaques de verre est en construction. J’ai déjà parlé de ce nouveau bâtiment commercial par Akihisa Hirata. Ce nouvel espace également développé par Tokyu verra le jour au printemps 2024. Les plaques géométriques et angulaires de verre feront en quelque sorte écho à celle du Tokyo Plaza situé dans sa diagonale. La photo de cet immeuble partiellement en verre entre en parallèle et en contraste avec la photographie suivante montrant une autre surface d’immeuble beaucoup plus simple car dessiné de nuages. En regardant une nouvelle fois l’immeuble en construction à Jingūmae, il me fait maintenant penser que les terrasses ouvertes sur l’extérieur sont comme posées sur des nuages matérialisés par des polygones de verre. Ce billet de quatre photographies est en fait symétrique car la première et la dernière photo se font à la fois écho et opposition.

Après Glitch Princess sorti en Février 2022, Yeule sortira son troisième album intitulé softscars le 22 Septembre 2023. On peut déjà en écouter trois morceaux, sulky baby, dazies et fish in the pool, qui sont tous les trois très bons et nous laisse imaginer un autre excellent album. Par rapport à l’album précédent, les deux morceaux sulky baby et dazies sont plutôt axés rock et moins expérimentaux que les morceaux du premier album. Plus facilement abordable, mais on y trouve cependant l’empreinte artistique particulière de Yeule. Le troisième morceau disponible à l’écoute fish in the pool est instrumental au piano. La mélodie est simple et belle, comme si elle avait été enregistrée dans l’intimité de l’artiste dans un moment personnel plein de mélancolie. Yeule est un personnage très particulier qu’on dirait éloigner de la réalité. Sa musique a pourtant une consistance bien réelle. Son style de composition musicale et de chant poussant aux frontières du rêve me parlent beaucoup.

Je découvre au hasard des recommandations YouTube un jeune groupe trio de rock indé japonais appelé Brandy Senki (ブランデー戦記). Le groupe originaire d’Osaka se compose de Hazuki (蓮月) au chant et à la guitare, Minori (みのり) à la basse et aux chœurs et de Bori (ボリ) à la batterie. Le groupe doit être tout jeune car seulement deux morceaux sont disponibles sur iTunes, ceux que j’écoute en ce moment. J’aime beaucoup ce style de rock alternatif rappelant celui des années 90, mais l’empreinte japonaise est tout de même très forte dans ke ton de voix d’Hazuki. Musica est leur premier morceau sorti le 31 Décembre 2022 et il a un certain succès sur YouTube si on en croit le nombre de vues. Le deuxième morceau intitulé Kids est plus récent, sorti il y a quelques jours seulement, le 8 Juillet 2023. C’est par ce deuxième morceau que j’ai découvert le groupe et j’ai tout de suite été attiré par le son de guitare très présent dès les premières cordes. Le morceau et le chant sont bien maîtrisés et il s’agit encore une fois d’un groupe à suivre de près, ne serait-ce que pour voir la direction qu’ils vont prendre. Ces deux premiers morceaux sont en tout cas excellents et très prometteurs pour la suite. J’ai parfois l’impression que le rock indé au Japon est en pleine renaissance. Mais, à force d’explorer la musique rock de ces 20-30 dernières années, je me rends compte qu’il n’a de toute façon jamais été mourant ou en voie de disparition. Quel plaisir de découvrir de nouveaux groupes et de nouvelles musiques. Comme l’écrivait Jane Birkin avec Yōsui Inoue (井上陽水) sur une affiche de Tower Records: « Pas de musique pas de vie ». J’y rajouterais bien: « Pas de musique, pas de blog ».