fiche de navigation tokyoïte numéro 2344

Je n’avais pas marché depuis Shibuya jusqu’à Shinjuku depuis plusieurs semaines ou même mois, et je pense que ça m’avait manqué. Je prends un peu moins de photographies que d’habitude ces dernières semaines, et je pense que la période froide hivernale y est pour beaucoup. En écrivant ce titre de billet, je me remémore les Karoshi Reports de Xavier Guilbert qu’il écrivait depuis son arrivée au Japon en Octobre 1998. À ma connaissance, Karoshi Report doit en quelque sorte être le premier blog francophone sur le Japon avant même que le système du blog n’existe. Je me souviens à cette époque avoir été impressionné par ces petits billets très bien mis en page, qui évoquaient sous la forme d’un journal personnel des épisodes de sa vie quotidienne au Japon. Je n’y trouvais bien sûr pas beaucoup d’éléments de surprise, tout simplement parce qu’il parlait d’un Tokyo que je côtoyais également et qui ne m’étonnait donc déjà plus. Ceci étant dit, j’avais un respect certain pour ce travail et je pense que je devais même être un peu envieux. Je pense en tout cas avoir été influencé par ce carnet web et cette approche dans l’écriture de mes propres billets quelques années plus tard et dans le souci de mise en page. Après toutes ces années, c’est agréablement surprenant de voir que ce premier blog tokyoïte est toujours là et n’a pas disparu de la toile. A cette époque là, j’avais déjà un site web personnel appelé Okaeri sur lequel je prenais beaucoup de plaisir à expérimenter des designs. J’avais également un journal de bord, que j’ai d’ailleurs transféré sur ce blog (il s’agit des pages avant Mai 2003 dans les archives), mais je n’y écrivais pas grand chose et pas très souvent. Karashi Report doit contenir une soixantaine de billets couvrant quelques années seulement. Pour Made in Tokyo, j’en suis maintenant au 2344 billet après plus de vingt années. Certaines photographies de ce 2344ème billet ont été prises le jour du passage à l’âge adulte Seijin no Hi (成人の日) pour les filles et les garçons de 18 ans (c’était 20 ans il y a peu). Me dire que mon garçon va bientôt arriver à cet âge me donne un sentiment bien étrange. On pouvait voir quelques personnes habillées en kimono pour l’occasion. Je n’ai pas cherché à tout prix à prendre des kimonos en photo mais ces deux filles sont tout d’un coup sorties de nulle part devant moi pour ensuite s’envoler quelques secondes plus tard. J’ai juste eu le temps d’appuyer sur le déclencheur.

Suite à l’écoute de son album éponyme de 2015, je continue l’écoute progressive des albums de DAOKO avec Thank You Blue sorti en Décembre 2017. Cet album contient un certain nombre de morceaux que je connaissais déjà dont ShibuyaK par lequel j’ai d’ailleurs découvert sa musique et le très beau Onaji Yoru (同じ夜) dont j’avais déjà parlé dans un billet précédent. Onaji Yoru doit être un des plus beaux morceaux de sa discographie et je ne découvre que maintenant qu’il a été co-écrit avec Daigo Sakuragi (櫻木大悟) de D.A.N. et co-composé avec D.A.N. Je comprends maintenant beaucoup mieux la force d’attraction que ce morceau exerce sur moi. L’ensemble de l’album a clairement une approche beaucoup plus pop et mainstream que son album précèdent. On le note dès le premier morceau en duo avec Yonezu Kenshi (米津玄師), Uchiage Hanabi (打上花火), qui a eu un énorme succès commercial. Je pense avoir également parlé du deuxième morceau Step Up Love (ステップアップLOVE) en duo avec Yasuyuki Okamura (岡村靖幸), car j’adore la vidéo réalisée par Yuichi Kodama (児玉裕一), qui réalise également celle de ShibuyaK. Je pense même avoir aimé la vidéo avant ce morceau à l’approche très pop. C’est intéressant de constater le grand nombre de collaborations sur cet album. Je suis assez surpris de voir la bassiste de Sakanaction (サカナクション), Ami Kusakari (草刈愛美), jouer sur le morceau GRY et Keiichi Ejima (江島啓一), le batteur de Sakanaction, composé l’avant-dernier morceau Cinderella step. Le dernier morceau One Room Sideside Step (ワンルーム・シーサイド・ステップ) est un de mes préférés de l’album, notamment pour le rythme de ses percussions. J’étais également surpris de voir qu’il a été co-composé avec Tempalay. Le DVD accompagnant le CD et contenant sept vidéos démarre d’ailleurs par un court morceau intitulé Charm Point (チャームポイント) co-composé et arrangé par AAAMYYY (de Tempalay). Parmi les collaborations, on retrouve Oresama à la composition sur les morceaux ShibuyaK et BANG!, et le musicien Taku Inoue dont j’ai déjà évoqué le projet Midnight Grand Orchestra avec Hoshimachi Suisei (星街すいせい). Le morceau Daisuki (ダイスキ) avec l’artiste électronique TeddyLoid, qui composera plus tard le morceau polymorphe Odo (踊) avec Giga pour Ado, compte également parmi mes préférés. J’aime la manière par laquelle DAOKO intègre régulièrement ses parties rappées rapides, avec un ton très différent à la limite de la schizophrénie. La vidéo représente d’ailleurs bien cette double facette. DAOKO a une capacité certaine à bien s’entourer et à bien entourer les autres. Rappelons qu’elle a chanté en duo avec Beck sur le morceau Up All Night, sorti à cette même période en 2017, et qu’elle apparaîtra plus tard en chat noir lors du concert de Sheena Ringo de 2023, Shogyōmujō (椎名林檎と彼奴等と知る諸行無常), sur le morceau Ishiki (意識 ~Conciously~) dans sa version remixée par MONDO GROSSO. Cette représentation était pour moi le meilleur moment du concert et me laisse encore maintenant une très forte impression. Ce concert n’est en fait pas le seul lien entre DAOKO et Sheena Ringo. A part le fait que j’ai l’impression que le morceau Onaji Yoru est une référence directe au morceau du même titre de Sheena Ringo, elle a également repris Kabukichō no Jōo (歌舞伎町の女王) sur le DVD accompagnant l’album, dans une version électronique très intéressante avec paroles supplémentaires, et on la voit également collaborer avec le rapper Mummy-D, la chorégraphe MIKIKO et les danseuses d’Elevenplay, sans compter les vidéos de Yuichi Kodama, tous proches de Sheena Ringo. En repensant au fait que DAOKO est également très amie avec Ikkyu Nakajima (中嶋イッキュウ) de Tricot, car on les voit régulièrement ensemble sur les réseaux sociaux (je pressens un duo un jour ou l’autre), je me demande si elle ne serait pas le point de pivot entre toutes les musiques que j’aime.

Au Disk Union de Shibuya, je trouve également le CD du troisième album de DAOKO (sur une major), Shiteki Ryokō (私的旅行) sorti en Décembre 2018 et je fais donc un achat groupé avec le CD+DVD de Thank You Blue. J’aurais aimé trouvé l’album Anima (2020) qui a reçu de bonnes critiques à mon souvenir, mais on ne sait jamais à l’avance ce que l’on va trouver au Disk Union. Ça fait d’ailleurs partie du plaisir. De l’album Shiteki Ryokō, je connaissais déjà deux morceaux, à savoir le single Owaranai Sekai De (終わらない世界で) et Nice Trip. Je réécoute Owaranai Sekai De avec un plaisir certain, d’autant plus que je me rends compte maintenant qu’il a été composé et produit par Takeshi Kobayashi (小林武史), dont je parle beaucoup ces derniers temps (notamment sur mes billets sur Kurkku Fields et Kyrie no Uta), avec Yukio Nagoshi (名越由貴夫) à la guitare électrique. Nice Trip est également un des meilleurs morceaux de cet album, sinon le meilleur. Il est composé par le groupe Boom Boom Satellites, formé par le guitariste et chanteur Michiyuki Kawashima (川島道行) et le bassiste et programmeur Masayuki Nakano (中野雅之). Le groupe a cessé ses activités en 2018 suite au décès de Kawashima en Octobre 2016. De Boom Boom Satellites, je ne connais que l’album Photon sorti en 2002 que j’avais acheté à l’époque, attiré par sa superbe pochette spatiale sombre dessinée par Mitsuki Nakamura (中村光毅), qui a notamment été directeur artistique de Mobile Suit Gundam (機動戦士ガンダム) et de Nausicaä de la Vallée du Vent (風の谷のナウシカ). J’avais également été attiré par quelques très bons morceaux comme Pipper, Let it lift, entre autres. Je pensais avoir oublié cet album dans les profondeurs de ma discothèque personnelle, mais il est bien présent sur mon IPod parmi les 10,338 morceaux qu’il contient. Je retrouve son atmosphère sombre et sophistiquée mélangeant sons électroniques et électriques de guitares avec de nombreux passages de saxophone du musicien jazz Nao Takeuchi (竹内直). Kawashima chante, ou parle plutôt, uniquement en anglais et se fait parfois accompagner par une voix féminine, celle d’une chanteuse nommée Dice, sur deux morceaux Light my fire et 40 -FORTY-, qui comptent également parmi les plus remarquables de l’album. Pour revenir sur l’album Shiteki Ryokō, DAOKO y reprend Uchiage Hanabi (打上花火) mais en version solo, et on se demande un peu pourquoi car la version en duo avec Yonezu Kenshi sur Thank You Blue reste tout de même meilleure. Elle a en fait interprété ce morceau seule à l’émission NHK Kōhaku le 31 Décembre 2018. Je me suis interrogé si cette version solo n’avait pas été seulement conçue pour passer à Kōhaku, sachant que Yonezu Kenshi évite ce genre de manifestations télévisées, mais après vérification, la voix de Kenshi Yonezu était bien présente malgré son absence sur scène. Le deuxième morceau et single de l’album, Bokura no Network (ぼくらのネットワーク) composé par Yasutaka Nakata (中田ヤスタカ) est étonnant dans le mauvais sens du terme, car la voix de DAOKO ressemble tellement à celle de Kyary Pamyu Pamyu (きゃりーぱみゅぱみゅ) que ça devient du mimétisme. Certaines manières de chanter sont également ressemblantes, et la composition de Nakata aurait très bien pu convenir à Kyary. Ce morceau contraste avec le reste de l’album et je préfère souvent le passer au profit du suivant Oide Oide (オイデオイデ) qui mélange très bien son chant pop et rap. Dans les très bons morceaux de l’album, il y a celui intitulé 24h en duo avec Yoh Kamiyama (神山羊) que je ne connaissais pas. L’esprit de ce duo me rappelle un peu ceux de KAF, et j’adore cette ambiance un peu nocturne au final au saxophone. Un de mes morceaux préférés est le cinquième intitulé Tane mo Shikake mo aru Mahō (種も仕掛けもある魔法), et ce dès les premières notes au piano. Je ne sais pour quelle raison ces toutes premières notes me font penser à Tokyo Jihen car je ne pense pas à une ressemblance particulière à un morceau du groupe et le reste du morceau est très différent. Il doit y avoir quelque chose dans l’agencement de ces premières notes de piano. Dans son ensemble, cet album, avec Thank You Blue, est particulièrement réconfortant après des journées difficiles et ça fait beaucoup de bien de s’y laisser entraîner.

J’écris une partie de ce billet assis sur un banc du parc central de Nishi-Shinjuku, qui est devenu un de mes parcs préférés. Il fait froid mais le soleil nous réchauffe. Je ne suis pas le seul à apprécier les bancs de ce parc. Devant moi, se dressent les hauts buildings de Nishi-Shinjuku.

体験は無限

Je n’avais pas fait l’expérience de la marche entre Shibuya et Shinjuku depuis de nombreuses semaines. J’y trouve étonnamment à chaque fois des nouvelles choses à photographier comme si mon focus visuel changeait à chaque fois. Je n’avais par exemple par remarqué jusqu’à maintenant le faciès robotisé du building de la première photographie. Peut-être est-ce la lumière du soir qui change ma perception et me fait découvrir de nouvelles choses. Cette lumière du soir se reflétant sur les vitrages d’un nouveau building posé sur la nouvelle rue reliant l’avenue Meiji et le parc Shinjuku Gyōen m’attire également. Sur la dernière photographie, nous sommes dans le centre de Shinjuku devant le building MetLife Shinjuku Square décorée d’une grande illustration de l’artiste japonais originaire de Kanagawa, Hogalee. Cette œuvre a été créée en conjonction avec l’exposition de l’artiste intitulée Entanglement qui a lieu dans la galerie Kana Kawanishi dans le quartier de Koto. Le titre de l’exposition fait référence au ’quantum entanglement’, où intrication quantique en français, qui est un phénomène dans lequel deux particules forment un système lié et présentent des états quantiques dépendant l’un de l’autre quelle que soit la distance qui les sépare. Ce concept s’applique pour cette exposition dans le fait que des illustrations liées sont présentent dans deux espaces distants l’un de l’autre. Mais je ne pense pas que les illustrations en elles-mêmes se modifient les unes par rapport aux autres, car ce dessin sur le building de Shinjuku reste tout à fait statique.

Dans les rues de Shibuya, je suis toujours attiré par le personnage appelé Uyu (si je ne me trompe pas) dessiné par l’artiste Fuki Committee. Il faut dire que ces stickers sont vraiment nombreux dans les rues de Shibuya et il faut vraiment le vouloir pour ne pas les remarquer. Le message « ダメよ。ゼッタイ。 », faisant référence à une interdiction stricte, m’a toujours intrigué car on ne connaît pas la nature de cet interdit et on peut imaginer plein de choses. Ce message d’interdiction n’est en fait pas lié à un sujet précis mais fait plutôt référence à toutes les règles imposées dans le système social japonais. En ce sens, c’est un message assez similaire à celui de Wataboku dans ses illustrations de personnages féminins portant toutes sortes de panneaux d’interdiction sur leur visage. On peut soi-même imaginer de quel interdit Fuki fait référence sur ces autocollants de rue. En tout cas, un des interdits est celui de poser des autocollants sur les murs des espaces privés ou publics. J’imagine que l’artiste a dû avoir, de temps en temps, quelques problèmes avec les autorités locales. Je suis toujours surpris de voir ce genre d’artistes présenter leurs œuvres dans des galeries car c’est comme s’ils montraient à visage découvert, au grand jour. Une petite exposition intitulée Slap’n Run dans la galerie America Bashi près de Yebisu Garden Place présentait en fait des illustrations de Fuki Committee en collaboration avec deux autres artistes de rue: makersspace et VLOT. J’ai souvent vu leurs autocollants collés dans les rues de Tokyo. J’y suis passé très rapidement un soir de week-end pour apprécier leurs œuvres murales se mélanger les unes avec les autres. Le personnage aux oreilles de lapin de VLOT prenait par exemple le visage de la fille dessinée par Fuki. Les blocs pixelisés de makersspace venaient se mélanger avec les personnages des deux autres artistes.

Pour terminer en musique, je reviens vers la musique de macaroom avec deux morceaux, mugen (無限) et hong kong, sur un album sorti l’année dernière intitulé inter ice age 4. L’idée m’est venue d’écouter le morceau hong kong car je m’y suis justement déplacé quelques jours cette semaine. Le morceau mugen a cette beauté subtile typique de macaroom, qui n’exagère rien mais arrive à toucher à des sentiments profonds. Ces deux morceaux me font ensuite revenir vers d’autres plus anciens du groupe, comme celui intitulé Mother, dont j’avais déjà parlé sur ce blog. L’envie de réécouter la voix d’Emaru et les compositions d’Asahi me reviennent régulièrement, notamment le sublime morceau Tombi (sur l’album Swimming Classroom), qui reste inscrit dans ma liste, longue peut-être, des meilleurs morceaux de musique electro-pop japonaise. Je pense que la vidéo joue aussi sur l’appréciation que j’ai du morceau.

On pourrait écrire des pages et des pages sur l’importance des visuels et des vidéos. Je suis par exemple particulièrement déçu de voir Daoko utiliser une vidéo animée créée par Intelligence Artificielle pour le dernier morceau Mr. Sonic de son nouveau groupe QUBIT. On a déjà vu des centaines de fois ce type d’imageries génériques se transformant à l’infini. Il n’y a rien de spécifique à l’univers de Daoko ou de ce groupe, à part peut-être une vague ressemblance des visages. Le morceau en lui-même est loin d’être mauvais mais ne révolutionne rien. Ça ne m’empêchera pas d’aller découvrir l’album du groupe, mais je trouve que cette vidéo est un faux pas et j’ai l’impression qu’on lui a fait remarquer sur les réseaux sociaux. On est loin de la qualité de vidéos comme celle d’Onaji Yoru (同じ夜) et celle grandiose de Step Up Love (ステップアップLOVE) par Yuichi Kodama avec le génial Yasuyuki Okamura (岡村靖幸). Et en parlant de l’importance des visuels dans notre appréciation musicale, Moeka Shiotsuka (塩塚モエカ) de Hitsuji Bungaku (羊文学) en parlait justement dans une interview récente par Seiji Kameda (亀田誠治) sur la radio J-Wave. Elle disait qu’elle choisissait souvent la musique qu’elle allait écouter en fonction des couleurs des pochettes des albums. Je ne pouvait pas manquer cette interview, d’autant plus qu’elle a confirmé que Hitsuji Bungaku jouait bien des reprises de Tokyo Jihen, en particulier Gunjō Biyori (群青日和) à ses débuts. J’ai été particulièrement intéressé et satisfait par sa sélection musicale pour l’émission avec d’abord XTAL d’Aphex Twin (sur Selected Ambient Works 85-92), puis Date with IKEA de Pavement (sur Brighten the Corners), Amai Kaori (甘い香り) de Cocco (sur l’album きらきら), Pretender de Winter (sur Supreme Blue Dream) et finalement le morceau GO!!! du groupe qui sera présent sur le nouvel album. Ce sont des groupes et artistes que j’aime et écoute, à part Winter que je ne connaissais pas mais que je vais chercher à découvrir. La présence d’Aphex Twin me surprend mais Kameda y ressent une inspiration dans la musique de Hitsuji Bungaku, dans les chœurs peut-être ou dans cette inspiration de monde flottant. XTAL est en tout cas un superbe morceau que je me mets à réécouter maintenant. L’émission étant sponsorisée par une grande marque automobile, Moeka parle des morceaux qu’elle aime passer en voiture. Elle ne conduit pas mais c’est elle qui construit les playlists lors de virées avec ses amis. Il faudrait qu’elle les publie quelque part.

街の空虚も愛せない

Je découvre par hasard un nouvel immeuble de l’architecte japonais Von Jour Caux alors que je marchais de Zoshigaya (雑司ヶ谷) jusqu’à la station d’Ikebukuro (池袋). Ce building appelé Le bois Hiraki Minamiikebukuro Building est en fait situé près de la station. On reconnaît tout de suite et de loin le style Von Jour Caux, proche de l’architecture d’Antoni Gaudi. Je l’avais de toute façon déjà vu de nombreuses fois sur internet. Sa construction en 1979 est antérieure à son bâtiment le plus connu, Rythms of Vision, Waseda El Dorado que j’ai déjà montré plusieurs fois sur les pages de Made in Tokyo. J’aurais dû essayer de voir l’intérieur qui est encore plus mystérieux que l’extérieur. Il y a quelques autres bâtiments de Von Jour Caux à Tokyo qu’il faudrait que j’explore un jour ou l’autre. En passant à Zoshigaya, je suis retourné au temple Kishimojindō (鬼子母神堂) pour récupérer cette fois-ci le sceau goshuin que je n’avais pas collecté la première fois. J’en profite pour refaire un petit tour parmi les Torii rouges où on été tournées certaines scènes de Kabukichō no Joō (歌舞伎町の女王).

La musique rock à l’esprit indé d’Hitsuji Bungaku (羊文学) est toujours un bonheur, ici avec un nouveau single intitulé FOOL sorti le 25 Avril 2023. Le style musical est dans la lignée de ce qu’on connaît déjà du groupe et l’accroche est immédiate. La formule rock dans lequel s’inscrit la musique du groupe fonctionne vraiment très bien. J’aimerais vraiment les voir en concert un jour, mais le groupe est en fait maintenant assez populaire. Il est donc plus difficile d’acheter des billets et j’avais manqué mon coup lors de leur dernière tournée. Je parle également régulièrement de la compositrice et interprète Samayuzame qui vient de sortir un nouveau morceau intitulé City of Romantica. Il s’agit en fait d’une reprise retravaillée d’un de ses morceaux plus anciens. L’ambiance électronique y est comme toujours très fouillée, délicate et apaisante. La photographie qui sert de couverture au single a été prise par Mana Hiraki (平木希奈) dont je parle souvent en ce moment. a子 vient également de sortir un excellent nouveau single intitulé All to Myself (あたしの全部を愛せない) le 20 Juin 2023. Elle fait pour moi un sans faute depuis le début de sa carrière. Elle a trouvé une voie très intéressante entre le côté indé (sa voix et sa manière de chanter y contribuent) et le côté pop qu’elle a développé au fur et à mesure des morceaux. Dès la première phrase des paroles (あたしの空虚も愛せない), j’aime beaucoup la vidéo où on la voit jouer avec son groupe, les cheveux plus rouges que jamais et le visage taché de château Margaux. J’ai hâte d’aller la voir la semaine prochaine, si tout va bien, à Shibuya. J’imagine que le groupe de la vidéo sera le même en concert. Je reconnais certaines têtes comme le guitariste à la coupe rasta Masumi Saito et le bassiste à la coupe punk Gaku Usui. Le nouveau groupe de DAOKO appelé QUBIT (キュービット) sort son premier morceau intitulé G.A.D. en ce même jour du 20 Juin 2023. J’avais déjà un peu parlé de QUBIT en indiquant que DAOKO était accompagnée de Seiichi Nagai (永井聖一) à la guitare, Makoto Suzuki (鈴木正人) à la basse, Shōhei Amimori (網守将平) aux claviers et Kazuya Ōi (大井一彌) à la batterie. Je me demandais vraiment vers quel style allait tendre la musique du groupe sachant que le guitariste Seiichi Nagai officie également au sein du groupe Sōtaisei Riron (相対性理論) d’Etsuko Yakushimaru. Le style est en fait assez proche de la musique de Daoko. Ce premier single était pour moi un peu déroutant à la première écoute dans sa première partie mais m’a complètement convaincu dans sa deuxième partie. Le phrasé hip hop accentué de DAOKO est toujours excellent car sa voix change sans cesse de tonalité. Au final, le morceau est très original et changeant, et ne semble pas vouloir plonger dans le mainstream que DAOKO connaissait pourtant bien à une certaine période de sa carrière. Tout ceci me plaît vraiment beaucoup.

サンシャインエナジーは無限だよ

La pluie compromet quelque peu ma capacité à prendre des photographies car je ne suis pas très habile pour à la fois tenir un parapluie d’une main et cadrer avec mon lourd appareil photo reflex de l’autre, tout en le gardant au sec. Mais on n’a parfois pas le choix que de sortir même sous la pluie lorsque le stock de photographies montrables sur ce blog commence à franchement diminuer. Les photographies que l’on prend s’associe dans notre mémoire aux conditions auxquelles on les a pris. Cette réflexion me ramène à un petit texte du photographe urbain Lukasz Palka qui se trouve être une bonne critique, un brin émotionnelle, des ’photographes’ ayant recourt à l’intelligence artificielle pour créer des belles images se voulant artistiques, mais qui sont complètement vides de sens et de contextes. À chaque fois que je vois des images créées ou modifiées par de l’AI montrées sur Instagram, je me demande qu’elle peut bien en être l’interêt. Mais ces images sans profondeur émotionnelle correspondent bien à l’esprit de l’instantané qui qualifie les réseaux sociaux: montrer des photographies qui accrochent tout de suite le regard mais sur lesquelles on ne s’attardera pas longtemps et qu’on oubliera rapidement parce qu’il faut passer à autre chose sur notre timeline d’Instagram ou de Twitter.

Dans mes photos sous la pluie près d’Harajuku, je remarque entre autres quelques posters en grand format pour une marque de vêtements, que je montre sur la troisième photographie du billet. Parmi les visages, on reconnaît à droite le musicien TENDRE dont j’entends justement à la radio un morceau intitulé Document, qui est une version récente sorti le 5 Avril 2023 d’un morceau plus ancien. Au chant, il est accompagné par AAAMYYY dont on entend volontairement à peine la voix mais qui est tout de même immédiatement reconnaissable et même indispensable. J’aime beaucoup la voix apaisante de TENDRE même si le morceau est relativement rythmé mais la nonchalance certainement involontaire de la voix d’AAAMYYY m’attire à chaque fois. Ce n’est pas la première fois qu’ils s’associent au chant. Ce morceau est inclu sur un EP intitulé Beginning.

Le même programme radio d’Interfm me fait découvrir un nouveau morceau du groupe SHERBETS de Kenichi Asai (浅井健一). Ce single intitulé Shiranai Michi (知らない道) est sorti le 11 Avril 2023 sur leur EP Midnight Chocolate qui sortira un peu plus tard, le 26 Avril. Aimant beaucoup Blankey Jet City, je n’avais pas de raison particulière d’être étonné par la qualité de ce nouveau morceau, mais je l’étais quand même inconsciemment un peu car je ne me doutais pas que Kenichi Asai continuait à être autant inspiré. Il va falloir maintenant que j’écoute la musique de SHERBETS auquel je n’avais pas particulièrement porté attention jusqu’à maintenant, me concentrant plutôt sur Blankey. J’aime beaucoup l’impression d’espace que donne le son des guitares sur ce morceau et la voix de Kenichi Asai est inimitable, même quand elle est plus posée comme sur ce morceau. J’adore le final, dont les paroles m’inspirent d’ailleurs le titre de ce billet (l’énergie solaire est infinie), après quelques phrases parlées par Kenichi Asai. Rien que le charme de cette voix sur ces quatre petites phrases vaut le détour (OK そっちにするわ、OK そっちがいいよ、そっちを信じるわ、ごちゃごちゃ考えるな).

Dans un tout autre style, la même émission de radio me fait décidément découvrir beaucoup de belles musiques avec un morceau intitulé Eden par un duo appelé Hikari & Daichi love SOIL& »PIMP »SESSIONS. Il s’agit en fait d’Hikari Mitsushima (満島ひかり) et Daichi Miura (三浦大知) au chant accompagné par le groupe jazz SOIL& »PIMP »SESSIONS que les amateurs de Sheena Ringo connaissent bien. J’aime beaucoup cette musique jazz posée et la complicité vocale du duo. Cette complicité se retrouve également dans la vidéo accompagnant le morceau. Il faut dire que Daichi Miura et Hikari Mitsushima se connaissent depuis longtemps car ils ont commencé ensemble dans un groupe pop appelé Folder composé de cinq filles dont Hikari et de deux garçons dont Daichi. Les deux garçons ont cependant rapidement quitté le groupe qui s’est renommé Folder 5 et a fait ses débuts en l’an 2000. L’autre grand intérêt est de voir Hikari et Daichi s’amuser en dansant dans un endroit qui m’est très familier car il s’agit du KAIT Plaza conçu par Junya Ishigami. Après la vidéo du morceau Zutto de BISH, c’est la deuxième fois que je vois une vidéo musicale se dérouler à cet endroit. Je comprends tout à fait l’intérêt conceptuel et artistique que l’on peut trouver à cet endroit tellement particulier.

Je découvre ensuite un tout nouveau morceau du groupe Awesome City Club (ACC), intitulé Iolite (アイオライト). ACC s’est fait connaître du grand public en 2021 grâce au single Wasurena (勿忘) qui a eu beaucoup de succès. À vrai dire, j’ai fini par aimer ce single à force de l’entendre à toutes les émissions de télévision de fin d’année, y compris Kōhaku. Le morceau Iolite sorti le 18 Avril est le thème d’un drama télévisé dont j’ai oublié le nom. Seule PORIN(ポリン), qui a retrouvé les cheveux bleus qui lui vont si bien, chante sur ce morceau. La composition musicale n’est pas particulièrement originale mais le chant de PORIN me plait beaucoup. Depuis que je l’ai entendu sur le morceau CRYPT de Mondo Grosso, j’ai complètement reconsidéré ses qualités vocales. Ce morceau correspond à un style de musique pop que j’ai envie d’écouter en ce moment. C’est peut-être dû à l’arrivée du printemps.

Et pour finir cette petite sélection, j’aime aussi vraiment beaucoup le nouveau morceau de DAOKO intitulé Abon (あぼーん) sorti le 12 Avril 2023. Je le découvre par hazard sur une playlist, de Spotify peut-être bien que je n’y sois pas abonné. Il y a un contraste sur ce morceau entre le rythme électro soutenu et la voix flottante de DAOKO, comme un hip-hop qui ne serait pas agressif. DAOKO nous fait également la surprise d’annoncer qu’elle évoluera dorénavant dans un nouveau groupe de cinq membres nommé QUBIT (キュービット) avec elle-même au chant, Seiichi Nagai (永井聖一) à la guitare, Makoto Suzuki (鈴木正人) à la basse, Shōhei Amimori (網守将平) aux claviers et Kazuya Ōi (大井一彌) à la batterie. C’est amusant de voir DAOKO suivre les traces de Sheena Ringo en créant un groupe après des débuts en solo. J’ai lu plusieurs fois ce type de commentaires sur Twitter. Il faut aussi noter que Seiichi Nagai est également guitariste du groupe Sōtaisei Riron (相対性理論) dans lequel chante Etsuko Yakushimaru (やくしまるえつこ), qui a une voix un peu similaire à DAOKO et que j’aime aussi beaucoup. J’en parle d’ailleurs assez régulièrement sur ces pages. Seiichi Nagai jouait déjà en support de DAOKO lorsqu’elle se produisait en solo, et a supporté et participé aux albums de quelques autres artistes renommés, comme Yukihiro Takahashi, Tomoyasu Hotei et, tiens donc, Awesome City Club. Comme quoi, il y a une logique certaine dans mes choix musicaux. Le group QUBIT sortira son premier single le 21 Juin 2023 et il s’intitulera G.A.D. Je suis très curieux de voir la direction qu’il va prendre, DAOKO ayant évolué dans des styles assez différents. Ça me semble être plutôt à tendance rock vu la composition du groupe. Dieu merci, le rock est toujours vivant et bien portant au Japon.

street remixed

#11: mika scape. Shibuya.

#12: kusama dots. Harajuku.

#13: driving riding. Jingumae.

#14: bonjour girl. Jingumae.

#15: passing drawings. Omotesando.

Les marques vestimentaires de luxe redoublent d’astuces pour essayer d’attirer le passant étourdi dans ses filets profitant de quelques secondes d’inattention de sa part. Je remarque qu’un magasin temporaire Louis Vuitton s’est installé discrètement (ou à peine) près de la gare de Harajuku avec toujours les motifs en forme de poids colorés de Kusama Yayoi. Je devine à l’intérieur une statue de l’artiste en très grand format et je ne peux résister à l’idée d’entrer à l’intérieur pour la voir de plus près. Un peu plus loin à Omotesando et sur la dernière photographie de ce billet, les personnages de l’illustrateur Yoshitomo Nara viennent agrémenter les créations vestimentaires de Stella McCartney. On dirait que chaque marque essaie de s’attirer son artiste attitré. Loewe s’était emparé pendant quelques temps de certains personnages du monde de Ghibli, en premier lieu Totoro que la marque de luxe avait réussi à sortir de son sommeil. Sur la deuxième photographie du billet, un personnage haut en couleurs par l’illustratrice Mika Pikazo est affiché sur une grande baie vitrée d’un immeuble d’Udagawachō. Ce n’est pas la première fois que je fais le tour d’une exposition de cette illustratrice à Shibuya. La fois précédente devait être en Septembre 2019 dans un espace ouvert sur la rue près de l’ancien cinéma Rise, désormais reconverti en une live house nommée WWW WWWX. Je ne suis jamais entré à l’intérieur mais il faudrait que je trouve une occasion pour admirer l’architecture d’Atsushi Kitagawara tout en y appréciant un concert, par exemple. Je passe très souvent près de la galerie d’art Design Festa pour vérifier si les illustrations sur les murs ont été modifiées. Je ne pense pas avoir déjà vu ce petit personnage coloré uniformément de rose. Il y a certains endroits à Tokyo, comme ici ou sur les murs extérieurs d’un magasin de disques hip-hop à Udagawachō, où les fresques sont très souvent mises à jour. Ce genre de remix urbain satisfait forcément beaucoup le photographe amateur que je suis.

Je viens d’acheter au Tower Records de Shibuya l’album remix de morceaux de Sheena Ringo intitulé Hyakuyakunochō (百薬の長) sorti le 11 Janvier 2023. Il est sous-titré en allemand « das Allheilmittel für alle Übel », ce qui voudrait dire « le remède à tous les maux ». Il s’agit à mon avis d’une correspondance avec le EP Ze-Chyō Syū (絶頂集, SR/ZCS) sorti en Septembre 2000 qui reprenait également l’imagerie de la boîte de médicaments. La version initiale de la pochette de Hyakuyakunochō avait même un logo « Sheener » ressemblant à celui de Pfizer mais il n’a (heureusement) pas été conservé. Je me suis procuré la version standard sans les objets additionnels (les goods) fournis avec la version deluxe, car le problème d’utilisation du logo de La Croix Rouge m’a fait comprendre que Sheena Ringo n’avait en fait aucune implication dans le choix de leur design. Les albums de remix sont en général le fait des maisons de disques sans forcément un apport de l’auteur initial de la musique remixée. C’est du moins ce que la maison de disques Sony Universal Japan a annoncé suite au problème reporté dans les médias, très certainement pour protéger l’artiste. Une chose est sûre, je remarque maintenant les ‘Help Mark‘ (ヘルプマーク) marquées sur fond rouge du cœur blanc et du logo de La Croix Rouge, et j’en vois beaucoup dans les rues ou dans les couloirs du métro alors que je les voyais à peine avant. Merci donc Sheena Ringo de m’avoir sensibilisé sur ce sujet. Mais le véritable problème de ce genre de goods est qu’on a tendance à ne volontairement pas les utiliser pour ne pas les abîmer et ils finissent oubliés au fond d’un tiroir.

L’exercice du remix est assez compliqué et même périlleux. On a souvent plusieurs cas de figures. Le remixeur ne prend parfois pas de risques et n’ajoutent que des petites touches musicales sans modifier la trame initiale du morceau. On peut aller vers des propositions à l’opposé où l’empreinte du remixeur est tellement forte qu’on peine à reconnaître le morceau original sur lequel il est basé. C’est un parti pris d’essayer de conserver l’atmosphère originale d’un morceau pour ne pas choquer les fans ou de partir vers des pistes complètement différentes. Il est à mon avis très difficile pour un remix d’égaler un morceau original car ça demande à l’auditeur d’oublier en quelque sorte ce qu’il connaît d’une musique mainte fois écoutée et d’accepter quelque chose de nouveau. Il est assez rare qu’un morceau remixé vienne dépasser et transcender sa version originale. Il y a pourtant des remixes qui amènent des morceaux vers d’autres rythmes et d’autres ambiances, qui ajoutent une épice qui ne manquait pas forcément à l’original mais qui devient indispensable une fois qu’on l’a ajouté. Certains remixes arrivent à sublimer un morceau tandis que d’autres ne font que l’alourdir et le déséquilibrer. C’est une chimie compliquée qui peut très bien fonctionner ou échouer lamentablement. Il y a un peu de tout cela dans ce premier album remix de Sheena Ringo.

Je ne sais pas si Sheena est à l’origine de la sélection des musiciens en charge des remixes mais je dirais que probablement non, vu qu’il s’agit d’une initiative de la maison de disques. Il y a beaucoup de noms réputés japonais mais aussi quelques étrangers. Certains noms me sont cependant complètement inconnus. Comme je le mentionnais auparavant, la coréenne Miso prend en charge le morceau Marunouchi Sadistic (丸ノ内サディスティック), ce qui n’est pas une mince affaire vu que c’est son morceau le plus populaire. Elle s’en sort très bien et laisse même clairement son empreinte en ajoutant sa voix sur la fin du morceau pour le compléter. Cet apport de voix est très bien vu, et Miso n’est pas la seule à le faire sur cette compilation de remixes. Le morceau Ishiki (意識 ~Conciously~) remixé par Shinichi Osawa, dont je parle régulièrement ici pour son projet MONDO GROSSO, est particulièrement réussi et cerise sur le gateau, DAOKO vient ajouter sa voix rappée sur la fin du morceau. J’adore le ton de voix immédiatement reconnaissable de DAOKO et sa manière d’accentuer certaines syllabes pour donner de la force à son phrasé. La version par moment forte en basse de Shinichi Osawa donne un souffle complètement différent à ce morceau. Le remix de Yokushitsu (浴室 ~la salle de bain~) par une des figures importantes de la musique électronique japonaise, Takkyu Ishino (石野卓球), est tout à fait enthousiasmant. Il conserve toute la force de la voix de Sheena Ringo et arrive à faire décoller le morceau, notamment dans sa deuxième partie. Yokushitsu, Marunouchi Sadistic et Ishiki sont des morceaux qui ont déjà eu des versions alternatives (notamment en anglais) sur des albums ou live de Sheena Ringo. On est donc d’une certaine manière habitué à ce que ces morceaux ne soient pas figés dans leurs formes originales, mais les versions qui nous sont proposés ici ont tout de même un style bien différent et très marqué électro.

Le morceau JL005 Bin de (JL005便で ~Flight JL005~) est remixé par Yoshinori Sunahara (砂原良徳) qui était intervenu sur deux morceaux de Tokyo Jihen enregistrés sur une cassette accompagnant la version spéciale du best album Sōgō (総合) sorti en Décembre 2021. J’avais beaucoup aimé les deux morceaux qu’il avait remixé: Karada (体) et Zettaizetsumei (絶体絶命). Je ne suis pas déçu par cette nouvelle version de JL005 Bin de qui démarre sur des prises de sons d’aéroport. Il y a une élégance typique des remixes de Yoshinori Sunahara, enfin de ceux que je connais jusqu’à présent. On retrouve cette même élégance dans la vidéo tournée pour ce morceau par Yuichi Kodama (évidemment). SAYA, de la formation Elevenplay que l’on retrouve régulièrement dans les concerts de Sheena Ringo, joue le rôle principal en hôtesse de l’air. J’aime beaucoup ces images et notamment le petit nuage qui vient s’incruster dans le paysage urbain (j’utilise régulièrement les interventions nuageuses dans mes compositions photographiques). Et on découvrira dans la vidéo qu’un jeu de morpion tourne en rond sur le tableau de bord et les écrans de contrôle de l’avion certainement pendant le pilotage automatique (mais y-a t’il un pilote dans l’avion? de demanderait Leslie Nielsen). Je laisserais les spécialistes en aéronautique préciser la réalité de ce genre de situation. Le sous-titre de ce morceau est B747-246, un avion Boeing donc de la compagnie JAL effectuant le vol de l’aéroport JFK à New York jusqu’à Tokyo Haneda (le vol JL005).

Les morceaux Anoyo no Mon (あの世の門 ~Gate of Hades~) et Chichinpuipui (ちちんぷいぷい ~Manipulate the time~) remixés respectivement par Telefon Tel Aviv et Gilles Peterson sont d’excellentes surprises, car ils s’écartent complètement de la version originale au point où on la reconnaît à peine. Remplacer l’ambiance euphorique de Chichinpuipui par une atmosphère Dark Jazz est assez singulière. On a l’impression d’entendre des nouveaux morceaux où la voix de Sheena est défigurée. Le morceau Adult Code (おとなの掟) remixé par object blue est par contre assez déplaisante. Le morceau d’origine est loin d’être le meilleur de Sheena Ringo et le remix crachotant semble être en permanence décorrélé des paroles. L’écoute en est assez désagréable malheureusement. Les remixes de Nagaku Migikai Matsuri (長く短い祭 ~In Summer, Night~) par Yasuyuki Okamura (岡村靖幸) et de Carnation (カーネーション ~L’œillet~) par Ovall sont agréables sans forcément apporter des propositions nouvelles ou prendre de risques. Ils n’en deviennent donc pas indispensables, même si ces versions restent belles. Je suis un peu dessus de la version par STUTS de Onnanoko ha Daredemo (女の子は誰でも ~Fly Me To Heaven~). Là encore, le remix n’est pas désagréable mais n’apporte pas grand chose de plus à l’original. On peut même se demander s’il y a une différence. L’excellente surprise est de trouver KID FRESINO sur l’avant dernier morceau Niwatori to Hebi to Buta (鶏と蛇と豚 ~Gate of Living~) car il y apporte sa voix hip-hop ce qui change complètement la dynamique du morceau. C’est une belle réussite même si le morceau reste trop court (c’était le cas de l’original). Je trouve une satisfaction certaine d’entendre la voix rap si particulière de KID FRESINO interagir avec l’univers de Sheena Ringo. Le dernier titre, une reprise du morceau le plus récent de Sheena Ringo, Ito wo Kashi (いとをかし ~toogood~) par Ajino Namero (鯵野滑郎) est une curiosité. Il s’agit d’une version en sons 8bits sortis tout droit d’une Famicom (qui serait quand même poussée dans ses derniers retranchements). Les sons primaires prennent étonnement de l’ampleur au fur et à mesure que le morceau se déroule, lui donnant même une dimension épique. J’ai grandi avec ses sons 8bits donc j’adore forcément ce morceau de conclusion, laissé instrumental. Au final, j’adore le début (trois premiers morceaux) et la deuxième partie (des morceaux 8 à 12) mais je trouve qu’il y a un passage à vide au milieu de la compilation (les morceaux 4, 5, 6 et 7). Je trouve le résultat final inégal mais n’en vaut pas moins le détour et j’y reviens très souvent ces derniers jours. Et je me dis qu’il faut absolument que Shinichi Osawa compose un morceau pour DAOKO.