ce billet n’a pas de single

Je m’aperçois parfois après coup des liens entre les photographies que je prends et que je réunis dans un même billet. Je les associe dans un billet car je ressens une unité qui peut être visuelle, spatiale ou temporelle. Ici, c’est une répétition de motifs rectangulaires qui attire mon regard photographique. Ces motifs urbains proviennent des alentours de l’Université de Waseda pour les deux premières photographies et d’Aoyama pour les deux suivantes. À Waseda, j’ai effectué ma visite annuelle du sanctuaire Ana Hachimangu (穴八幡宮) que je fais en général dans les derniers jours de l’année. La grippe de fin Décembre m’a contraint à la repousser au mois de Janvier. Je me décide ensuite à rentrer à pieds jusqu’à Shinjuku en essayant de suivre une route que je ne connais pas qui traverse en partie le parc de Toyama et longe des barres d’immeubles blanchâtres numérotés. L’architecture des deux dernières photographies a déjà été montrée sur ces pages. Il s’agit d’abord de la Villa Moderna (ビラ・モデルナ) conçue par Junzo Sakakura (坂倉準三) en 1974, puis du SIA Aoyama Building conçu par Jun Aoki (青木淳) en 2008. La Villa Moderna, comme celle nommée Bianca, survit aux années qui passent. La Villa Bianca conçue par Eiji Hotta est par contre plus ancienne, datant de 1964 et est inscrite au registre de préservation architecturale Docomomo Japan, tout comme la Villa CouCou de Takamasa Yoshizaka. La Villa CouCou est visitable sur réservation certains jours seulement. J’ai très envie de la visiter mais les réservations sont malheureusement difficiles. La Villa CouCou est la propriété de l’actrice Kyōka Suzuki (鈴木京香) et je l’ai vu plusieurs fois présentée à la télévision ces derniers temps.

Ma vie à Tokyo a commencé il y a 27 ans. Je me demande bien ce que le Moi d’aujourd’hui pourrait dire au Moi d’il y a 27 ans s’il l’avait rencontré à son arrivée à Tokyo le 1er Février 1999. Est ce qu’il essaierait de l’influencer sur sa vie future? Il voudra peut-être le persuader de ne pas perdre de temps à commencer un blog. En y repensant, je ne pense pas que j’aurais fait autant de découvertes culturelles à Tokyo et au Japon si je ne tenais pas à jour Made in Tokyo. Je pense qu’il me pousse parfois à bouger pour découvrir des nouvelles choses, sachant que je pourrais ensuite écrire à leur sujet pour tenter de susciter des nouveaux intérêts pour ceux qui ont le bonheur de me lire. Il pourra au moins lui chuchoter à l’oreille que, malgré tous ses efforts, il ne parviendra pas à gagner la reconnaissance de ses pairs car ceux-ci auront déjà presque tous disparus, à part quelques irréductibles (gaulois ou pas). Une chose est sûre, pendant toutes ces années et jusqu’à maintenant, je n’ai jamais été gagné par l’aigreur. J’y pense maintenant soudainement mais l’aigreur n’est pas un état d’esprit qui m’anime, même si l’apaisement et la sérénité ne sont pas non plus caractéristiques de mon état d’être. Je m’efforce avant tout, sans me forcer, à montrer des points de vue positifs sur les expériences que je retranscris sur ces pages. J’en viens parfois à me demander si ceux qui me lisent imaginent que tout ce que je perçois au Japon est positif. La raison d’être de ce blog est l’évasion mais on ne sais pas exactement de quoi on s’échappe. Les réponses à cette question ne sont pas évidentes et certainement enfouis très profonds. Je ne pense pas cependant vouloir déterrer cette clé pour le moment.

Lors de mon dernier passage au Disk Union de Shin-Ochanomizu, ma sélection de CDs était plutôt éclectique car, en plus de l’album NIKKI de Quruli (くるり) et Sweet Revenge de Ryuichi Sakamoto (坂本龍一), j’y ai trouvé l’album SEXY STREAM LINER de BUCK-TICK. L’album est sorti en 1997 et s’inscrit dans leur période cyberpunk où le rock devient plus électronique, industriel et expérimental. C’est le quatorzième album du groupe que j’écoute et ils ont tous des ambiances différentes. Celle de cet album est profondément immersive car les douze morceaux évoluent dans une même atmosphère froide et sombre qui les lit entre eux. Musicalement, les compositions d’Hisashi Imai sont nerveuses comme une bête que l’on retient en laisse mais qui essaie sans cesse de nous mordre et le chant d’Atsushi Sakurai est incisif à souhait, pleine d’une agressivité contrôlée de justesse. J’adore bien entendu et par dessus tout la voix du regretté Atsushi Sakurai, sous toutes ses formes, qui a toujours gardé cette affiliation avec le Visual Kei. Je ne me rends pas vraiment compte si cet album est difficile d’accès ou pas, mais chaque écoute successive me fait comprendre qu’il s’agit, comme j’ai pu le lire, d’un chef-d’œuvre qui gagne en puissance et en pertinence avec le temps. Difficile d’isoler un morceau de l’album, car même une interlude instrumentale comme le morceau titre Sexy Stream Liner apporte sa pierre indispensable à cet édifice cyberpunk. De ce fait, il n’y a pas de singles majeurs qui dépassent du reste, mais une quantité d’excellents morceaux qui s’enchainent. Même les morceaux plus apaisés comme Rasen Mushi (螺旋 虫) ne dépareillent pas de l’ensemble pour son ambiance pleine de mystères. Dès la première écoute, j’ai quand même eu un faible immédiat pour Kalavinka (迦陵頻伽 Kalavinka), qui est un des morceaux à la composition la plus étrange et instable. En écoutant ce morceau, je me suis demandé comment Imai pouvait avoir l’idée de tenter ce genre de sons, qui donne au morceau un aspect avant-garde des années 80. Il y avait tout de même deux singles extraits de cet album à l’époque, Heroine (ヒロイン) et Sasayaki (囁き). J’y aurais volontiers ajouté le morceau My Fuckin’ Valentine, qui est également particulièrement marquant, ne serait-ce que par son titre et pour le duo d’Imai et Sakurai au chant se répondant l’un à l’autre. Ce morceau est animé d’une sorte de beauté brutale qui est à la fois un peu choquante et jouissive. Elle représente bien ce que l’on peut éprouver en écoutant cet album.

petits moments d’architecture (13)

Continuons encore un peu les petits moments estivaux d’architecture, si vous le voulez bien. La pluie inattendue de ce mois d’Août a l’avantage d’adoucir un peu les températures mais compromet un peu nos plans de sortie pendant le long week-end de mi-mois. Je profite de quelques heures devant moi avant la prochaine averse pour me diriger vers Nishi-Shinbashi. Près de Toranomon, se dresse un immeuble fin de 35 mètres nommé Arakawa Building. Il a été conçu par Nikken Sekkei en 2018, comportant des bureaux et magasins ainsi que la résidence du propriétaire du building. L’ensemble de couleur grise unie donne l’apparence d’un labyrinthe difforme avec des blocs ’deko boko’. Sa particularité est bien entendu l’escalier de secours visible tournant autour de la façade, comme élément principal du design extérieur. L’idée de ce design est de créer un bâtiment plus ouvert sur la ville, par rapport aux façades uniformes des tours qui isolent souvent les étages supérieurs de la rue. Ce building se distingue grâce à ses escaliers extérieurs formant des sortes de balcons permettant aux usagers d’en quelque sorte se reconnecter à l’espace urbain et aux passants d’apercevoir la vie intérieure du bâtiment. Ce concept n’est pas nouveau et j’ai pu constater des créations architecturales assez similaires sur le Sauna Reset Pint de l’architecte Akihisa Hirata à Asakusa ainsi que sur le 12 KANDA conçu par sinato et l’atelier NANJO à Kanda Sudachō. D’une manière un peu différente le petit hôtel Siro conçu par Mount Fuji Architects Studio à Ikebukuro mettait aussi en avant ses escaliers arrondis de métal ouverts sur la rue.

Ginza n’est qu’à une petite trentaine de minutes à pieds. Je décide d’y aller pour aller voir ce qui a changé. Je revois l’immeuble Louis Vuitton aux surfaces bleutées mais changeantes conçues par Jun Aoki. Le nouveau magasin du joaillier Tiffany reprend une façade assez similaire avec des gradients du bleu au blanc. Il s’agit en fait également d’une conception de Jun Aoki. Cette boutique Tiffany est apparemment la plus grande d’Asie et a ouvert ses portes le 11 Juillet 2025. Un peu plus loin, j’avais noté une surface intéressante pour le nouveau magasin Cartier, mais je n’ai pas trouvé de qui était le design. Ginza donne le sentiment que les grandes marques de luxe cherchent à tout prix à se faire remarquer, mais le design très fluide tend au final a une certaine ressemblance.

call me metallic distortion

Ces photographies datent désormais d’il y a plus d’un mois car les carpes koi flottant dans les airs sur le pont de Nihonbashi nous ramènent à la Golden Week à la toute fin du mois d’Avril. Nous sommes désormais au mois de Juin et la saison des pluies a officiellement commencé, comme l’atteste très bien le Dimanche matin pendant lequel j’écris ces quelques lignes. Je passe plus régulièrement par Ginza ces derniers mois ce qui se reflète dans mes photographies, car j’ai eu la bonne idée d’aller ces derniers mois chez un coiffeur situé un peu plus loin, à Kyōbashi. Cela me donne l’occasion d’explorer un peu plus les quartiers autour, mais la réalité est que je marche la plupart du temps vers Ginza, attiré par les éventuelles photographies d’architecture que je pourrais y prendre. On peut y admirer les façades de certains bâtiments tentant de se faire remarquer parmi la multitude de buildings similaires composant les rues du quartier. La deuxième photographie montre une partie de la façade du building commercial Kira Rito Ginza (キラリト銀座), conçu par Jun Mitsui & Associates et construit en 2014. Il se trouve à l’entrée de Ginza lorsque l’on vient de Kyōbashi. Ces formes se remarquent de loin mais je pense que c’est la première fois que je prends ce bâtiment en photo. Je trouve la façade du building de la quatrième photographie vraiment magnifique. Il s’agit de Dear Ginza, conçu par Yoshihiro Amano de Amano Design Office et construit en 2013 dans une petite rue parallèle aux grandes artères de Ginza. Les formes irrégulières ont été déterminées par un algorithme informatique, le but étant d’attirer l’oeil du passant qui n’emprunte pas forcément les rues plus étroites du quartier. Personnellement, je me laisse attirer comme une abeille vers un bouquet de fleurs, métalliques en l’occurence. Sur la dernière photographie, je reviens en photo sur l’élégant design du magasin Louis Vuitton Matsuya Ginza par l’architecte Jun Aoki.

Musicalement parlant, je retrouve pour mon plus grand plaisir des voix connues qui viennent sortir des nouveaux singles. Alors que BiSH n’en finit plus de s’éteindre, AiNA The End (アイナ・ジ・エンド) continue tranquillement sa carrière solo en sortant ses morceaux au compte-goutte. Je me souviens d’une interview croisée d’AiNA avec Ikkyu Nakajima où elle demandait à Ikkyu comment elle parvenait à créer autant de morceaux aussi rapidement, ce qui n’était pas son cas. Si je ne me trompe, c’est vrai qu’on n’a pas pu écouter de nouveaux morceaux d’AiNA The End depuis quelques temps, peut-être parce qu’elle se consacrait à la dernière ligne droite de BiSH avant la séparation définitive à la fin du mois. Mais je veux bien attendre pour des morceaux comme ce Red:birthmark sorti le 10 Avril 2023. On retrouve l’atmosphère dense et la voix émotionnelle d’AiNA. Le morceau a été entièrement écrit et composé par TK de Rin Toshite Shigure (凛として時雨). Une fois qu’on le sait, c’est vrai que certains passages font clairement penser au style et à la voix de TK. L’autre satisfaction de ce morceau est de voir Aoi Yamada (アオイヤマダ) accompagnée AiNA sur la vidéo. Il y a une sorte de symbiose entre les deux. On la voit souvent en arrière plan derrière AiNA mais sa présence égale à mon avis celle d’AiNA. J’avais déjà évoqué Aoi Yamada car je la suis depuis un moment sur Instagram et j’avais beaucoup aimé la vidéo publicitaire pour Gucci avec Hikari Mitsushima (満島ひかり) dans laquelle elle jouait. Il semble qu’elle ait le vent en poupe en ce moment car on l’a aussi vu récemment au festival de Cannes accompagnant l’acteur primé Kōji Yakusho (役所広司) et le réalisateur Wim Wenders pour son film Perfect Days.

Et puisqu’on parle de cinéma, AiNA jouera son premier rôle à l’écran dans le film Kyrie no Uta (キリエのうた) du réalisateur Shunji Iwai (岩井俊二) qui sortira le 13 Octobre 2023. Elle jouera le rôle principal aux côtés de Haru Kuroki (黒木華), Hokuto Matsumura (du groupe SixTONES) et Suzu Hirose (広瀬すず). On ne sait que peu de choses sur le film car la bande-annonce ne divulgue pratiquement rien. On sait par contre qu’elle jouera le rôle d’une musicienne de rue et elle écrira également les morceaux du film. j’ai déjà évoqué sur ces pages le réalisateur Shunji Iwai pour son film All about Lily Chou-Chou avec Salyu au chant pour la bande originale. En réécoutant maintenant Arabesque, le morceau principal du film semblant avoir émergé d’un autre monde, je me dis qu’il faut que je revois ce film car je ne m’en suis pas totalement libéré. Shunji Iwai aime faire jouer les chanteuses et musiciennes. Je me souviens également du film intitulé A Bride for Rip Van Winkle (リップヴァンウィンクルの花嫁) dans lequel jouait la compositrice et interprète Cocco (こっこ), ainsi que l’actrice Haru Kuroki qu’on retrouvera dans Kyrie no Uta. Je suis sûr que Shunji Iwai arrivera à faire ressortir toute la densité et la tension dramatique d’AiNA, celle que l’on trouve déjà dans sa musique.

J’écoute aussi beaucoup le nouveau single de Miyuna (みゆな) intitulé tout simplement Waratte (笑って). Il est sorti il y a quelques jours, le 6 Juin 2023. Elle l’interprète avec le groupe qui l’avait accompagné lors de la tournée suivant la sortie de son premier album Guidance. Le format rock du morceau est plutôt classique mais Miyuna y met comme d’habitude toute sa conviction et ses nuances vocales. Parfois dans certains tons de paroles dans les couplets et même dans le solo de guitare non-standard, j’ai l’impression que ça pourrait être un morceau de Tokyo Jihen. Pour être plus précis et si j’allais un peu trop loin, je penserais même à un morceau de Seiji Kameda (comment ça, Tokyo Jihen me manque?). En fait, je pense être influencé par le fait que Miyuna a récemment participé au festival musical de Hibiya, organisé par Seiji Kameda. Je me suis rendu compte beaucoup trop tard du programme et nous étions déjà partis en vadrouille à Chiba. Je pense de toute façon qu’on ne pouvait pas voir grand chose sans billet. J’aurais vraiment aimé voir la prestation de Miyuna perchée sur la terrasse à mi-niveau de Hibiya Mid-Town. Elle montre un petit extrait sur son compte Twitter. Le public est assis sur l’herbe et la vue dégagée est superbe. Difficile de se rendre compte de l’acoustique de l’endroit mais une scène pareille est assez fantastique. Miyuna y jouait son nouveau single mais avait apparemment oublié certaines paroles, sous le coup de l’émotion, j’imagine. Elle est assez imprévisible comme d’habitude. Quant à la photographie utilisée pour la couverture du single, elle a été prise par Mana Hiraki (平木希奈) que je mentionnais dans un précédent billet. Je me répète mais j’aime beaucoup cette ambiance un peu floue, proche du rêve. Je trouve que la photographie a également quelque chose d’organique et d’aquatique. A ce propos, suite au tweet lié à ce précédent billet, la photographe m’a répondu sur Twitter (en français) en étant désolée du fait que je n’ai pas pu assister à son exposition, ce qui est une très sympathique attention. Sur une de ses stories sur Instagram, elle fait également référence à mon billet avec une capture d’écran en indiquant qu’elle était contente qu’on parle d’elle en même temps qu’une artiste qu’elle aime (en parlant de Sheena Ringo sans l’écrire directement mais en montrant la partie de mon billet la montrant en photo). Je ne m’étais donc pas trompé. J’aimerais vraiment voir Mana Hiraki prendre Sheena Ringo en photo tout en conservant son univers visuel. Dommage que Ringohan n’ait pas lancé d’enquête récemment car j’y aurais volontiers mentionné son nom.

don’t look so blue, come on and see through

Lorsque l’on marche à Ginza, notre regard se laisse forcément attiré par les devantures des magasins de luxe, celles rosées avec des ouvertures arrondies du building Mikimoto par Toyo Ito, ou celles plus sombres avec des mannequins de personnages sortis d’un manga pour une des boutiques affiliées à la marque de Rei Kawakubo, Comme des garçons. Sur les deux premières photographies, je reviens sur les vaguelettes qui composent la surface conçue par Jun Aoki du nouvel immeuble Louis Vuitton. Ce building est de toute beauté car cette surface semble être organique et change de tons en fonction des réflexions de la lumière. C’est un immeuble vraiment unique qui vaut clairement le détour pour celles et ceux qui passeraient prochainement à Tokyo. Devant le bâtiment de verre Hermès au carrefour Sukiyabashi, les constructions ont démarré à l’emplacement du Sony Park qui a fermé ses portes en Septembre 2021. Le Sony Park conçu par Nobuo Araki (The Archetype) avait remplacé l’ancien building Sony datant de 1966 conçu par Yoshinobu Ashihara. Un article sur le blog Showcase Tokyo me rappelle d’ailleurs l’agencement continu très particulier des étages de ce building, une structure innovante en pétales de fleur. Cet agencement continu me rappelle un peu Omotesando Hills de Tadao Ando mais à la verticale plutôt qu’à l’horizontale. On y construit maintenant le nouveau Ginza Sony Park qui verra le jour en 2024. On sait peu de choses sur ce nouveau building mais il conservera apparement le concept d’espace public ouvert du Sony Park et une structure unique d’agencement des étages. En attendant, on peut profiter des fleurs folles de Shun Sudo sur les murs métalliques blancs délimitant la zone de construction. Ce n’est pas la première fois que je les prends en photos, mais je ne me lasse pas de mélanger ces fleurs avec le flot de la foule qui ne se tarit jamais à cet endroit.

J’étais passé à Ginza ce jour là pour voir une exposition de Tetsuya Noguchi (野口哲哉) appelée This is not a samurai. L’exposition est déjà terminée. Elle se déroulait du 29 Juillet au 11 Septembre 2022 au Pola Museum Annex. Comme on peut le voir sur les quelques photos ci-dessus prises à l’iPhone, l’artiste originaire de Takamatsu dans la préfecture de Kagawa détourne la figure du samurai en lui donnant des occupations et préoccupations très actuelles. Tetsuya Noguchi crée principalement des sculptures faites de résines et de fibres, mais il peint également ces représentations très particulières de samurai. Il y a beaucoup d’humour dans ses créations qui nous rappellent que, derrière les armures et les casques de combat, se cachent des personnes humaines aux émotions diverses. Certaines de ses oeuvres semblent être des collaborations avec des grandes marques, comme ce vieux samurai partant un casque et une protection ventrale aux signes de Chanel. Cette exposition était en fait très bien à sa place à Ginza. L’artiste était présent dans le musée lorsque j’y suis passé mais signait des recueils de photographies de ses oeuvres seulement pour les personnes qui avaient réservé. Cette petite exposition gratuite m’a redonné l’envie d’aller plus souvent voir l’art contemporain qui affleure dans la multitude de petites galeries présentes à Tokyo. Il ne faut pas que j’oublie de m’ouvrir l’esprit en allant voir ce genre d’expositions.

Parler de Ginza et des grandes marques qu’on peut y trouver, me rappelle à l’ex-mannequin haute-couture Rena Anju (安珠玲永) que j’évoquais lorsque j’écoutais avec passion l’album-compilation The invitation of the dead de Tomo Akikawabaya. J’y repense car le photographe Alao Yokogi (横木安良夫) qui a pris Anju en photo sur toutes les pochettes des albums et singles de Tomo Akikawabaya a montré récemment certaines de ses photos sur son compte Instagram. Il montre notamment des photos de la pochette du premier single de Tomo Akikawabaya intitulé Mars et sorti en 1983, que l’on retrouve également sur la compilation The invitation of the dead. Anju, le regard sombre, est prise en photo dans une robe blanche dessinée par Tomo Akikawabaya au milieu d’un espace inhospitalier fait de rochers en bord de mer. La description semble indiquer que la photo a été prise à Tokyo. Je n’ai pu m’empêcher de laisser un commentaire au photographe Alao Yokogi sur cette photo pour faire part du fait que ses photographies font entièrement partie de l’oeuvre musicale de Tomoyasu Hayakawa (le vrai nom de Tomo Akikawabaya) et contribuent grandement à la fascination qui s’opère à son écoute. Je m’étais longuement étendu sur le sujet dans un billet dédié à cet album et aux mystères de son auteur. Le photographe a gentiment aimé mon commentaire, mais j’ai été particulièrement surpris par le fait que Tomoyasu Hayakawa (th) se mette à me suivre sur Instagram suite à ce commentaire. Tomoyasu Hayakawa doit certainement suivre sur Instagram le photographe Arao Yokogi. The invitation of the dead est loin d’être une oeuvre facile d’approche mais elle continue à me fasciner et j’y reviens assez régulièrement. Les captures d’écran que je conserve ci-dessus sur ce blog m’amènent à écouter une nouvelle fois cet album au romantisme sombre.

Les réseaux sociaux que ça soit Instagram ou Twitter ont parfois du bon, car j’y découvre régulièrement de belles choses parmi le flot incessant de choses inutiles et inintéressantes (voire abrutissantes) qui s’imposent à nous. Je le mentionne régulièrement sur ce blog, mais je suis avec une attention certaine la newsletter du journaliste musical Patrick St Michel. Il écrit principalement sur Japan Times, mais aussi sur le site de Bandcamp ou sur Pitchfork. Il a par exemple interviewé dernièrement 4s4ki sur Pitchfork pour son dernier album Killer in Neverland (il faudra que j’en parle un peu bientôt). Il me fait parfois découvrir de belles choses, la dernière découverte étant Miyuna. En fait, je n’y trouve malheureusement qu’assez rarement des musiques qui me plaisent vraiment mais son avis très pointu mérite qu’on y prête toute notre attention. Sur son mailer numéro 51 du mois d’Octobre 2022, il met en tête d’article la présentation du mini-album D1$4PP34R1NG de 1797071 que j’ai évoqué récemment dans un billet. Comme je savais qu’il avait beaucoup apprécié le premier album de Ms Machine au point de le mettre en première position de son classement pour l’année 2021 et voyant qu’il ne parlait pas de ce mini-album composé et chanté par Mako de Ms Machine, je m’étais permis de lui laisser un message sur Twitter pour lui conseiller son écoute, ce qu’il a fait comme il me l’a indiqué en réponse à mon tweet, donnant cette revue sur son dernier mailer. C’était ma petite contribution pour essayer de faire connaitre un peu plus ce mini-album, que j’écoute très souvent, et cette artiste.

Je mentionnais très rapidement dans mon billet précédent la compositrice et interprète sud coréenne underground Miso (미소), de son vrai nom Kim Mi-so, car elle participe à l’album de remixes de morceaux de Sheena Ringo intitulé Hyakuyakunochō (百薬の長) qui sortira le 30 Novembre 2022. Elle s’attaque au remix de Marunouchi Sadistic (丸ノ内サディスティック), ce qui n’est pas une mince affaire car il s’agit du morceau le plus populaire de Sheena Ringo. J’ai donc fait le curieux en écoutant sur YouTube quelques morceaux de Miso en commençant par Slow Running sorti en Mai 2021, puis son EP Metanoia sorti en Décembre 2020 ainsi que d’autres morceaux comme le single Alone sorti en Mai 2020. J’aime vraiment beaucoup sa musique et sa voix aux ambiances R&B accompagnées de sonorités électroniques. Miso a 30 ans. Elle chante principalement en anglais (les morceaux ci-dessus sont tous chantés en anglais), ce choix s’expliquant certainement par le fait qu’elle a passé son enfance en Angleterre. Sa voix fluide a quelque chose d’apaisant et a beaucoup de présence. Le rythme n’en est pas moins accrocheur sans en faire trop sur des morceaux comme Slow running ou Let It Go et peut dériver vers des ambiances plus mélancoliques comme sur le très beau morceau Evermore. Je ne vais jamais vers la k-pop super-standardisée, mais j’aime beaucoup ce genre de musique à tendance électro d’artistes indépendants coréens. Dans des styles assez différents, mais toujours à tendance électronique, j’écoute régulièrement l’album Instant of Kalpa de Syndasizung (신다사이정) et Asobi d’Aseul (아슬).

comme des vagues d’or

Les photographies ci-dessus se passeraient presque de commentaires mais je ne peux m’empêcher d’écrire un peu à leur sujet. Il s’agit d’un immeuble en construction pour Louis Vuitton à Ginza au croisement de la rue Mamiki et Kojunsha. La marque ayant déjà plusieurs magasins dans ce quartier, je me pose la question de la nécessité d’en ouvrir un nouveau, à moins qu’il s’agisse du remplacement d’une autre boutique. Cet immeuble là doit ouvrir ses portes dans peu de temps, en Mars 2021. Son design est complètement novateur et particulièrement bluffant. On doit le design de cette façade à l’architecte Jun Aoki, qui a conçu d’autres façades pour la marque comme celle du magasin accolé au Department Store Matsuya toujours à Ginza, du magasin à Roppongi Hills ou encore celui à Osaka. Le bâtiment se démarque très clairement de tout ce qui est construit autour. On pense à une matière liquide contenue dans les airs par des murs invisibles. L’effet de vaguelettes sur la surface des façades donne cette impression. On espèrerait presque que les vagues sur la surface change de forme en fonction du vent, mais ce n’est bien entendu pas le cas. Je trouve en tout ce type d’architecture à la fois futuriste et très poétique. Les teintes des blocs longilignes formant les surfaces sont bleutées vers le bas du building et évoluent vers le doré plus on monte en hauteur. Je n’ai pas l’impression que ces coloris varient beaucoup en fonction de la météo, mais un temps ensoleillé semble augmenter l’intensité de ses couleurs. On devine qu’une grande ouverture au rez-de-chaussée sera mise en place derrière les plaques blanches que l’on voit actuellement, dans le coin du building donnant directement sur le croisement. On ne devine pas les ouvertures aux étages mais elles existent et on peut seulement les apercevoir de nuit lorsque la lumière intérieure des pièces traverse la grande paroi translucide. Il est cependant difficile pour l’instant de deviner à quoi va ressembler l’intérieur et s’il sera aussi innovant que l’extérieur. Quelques câbles dépassent en ligne à certains endroits de la façade et seront certainement raccordés à des panneaux avec le logo ou le nom de la marque. Devant un tel building, j’ai un peu de mal à contrôler mes pulsions photographiques. Je tourne autour plusieurs fois, tentent des prises à travers les rangées de voiture, ou depuis les bloc d’immeubles voisins pour l’observer dans son contexte urbain. Au final, les meilleures photos se trouvent être celles que j’ai pris avec mon iPhone, plutôt que celles prises au reflex (celle centrale au format horizontal). Avec le billet précédent, je reprends tranquillement les billets orientés architecture tokyoïte, ce qui m’avait un peu manqué, bien que l’architecture ne soit jamais très loin dans mes billets.

A quelques pas de là sur la même rue Namiki, se trouve un autre endroit très intéressant, non pas pour son architecture mais pour les pâtisseries japonaises qu’on y propose. Mari m’avait donné l’adresse et la mission d’en acheter quelques uns avant qu’il ne soit trop tard. Tout est une question de temps car les pâtisseries qu’on y vend disparaissent assez vite après l’ouverture. La boutique s’appelle Kūya (空也) et est spécialisée dans les monaka (à gauche sur la photo) mais on peut aussi y trouver des assortiments de wagashi du jour (à droite). C’est une pâtisserie très ancienne fondée en 1897 au bord de l’étang Shinobazu à Ueno. Elle a ensuite déménagé à l’emplacement actuel de Ginza en 1945, après un incendie pendant la guerre. La boutique ne paît pas de mine de l’extérieur et se limite à un comptoir et une petite banquette de trois places à l’intérieur. Deux dames nous accueillent à l’intérieur mais les wagashi et les monaka ne sont pas montrés. Il faut donc savoir ce que l’on veut avant de rentrer dans la boutique. De nombreux clients sont des habitués et réservent à l’avance. A la droite du comptoir, des boites déjà emballées et mises dans des petits sacs sont prêtes à être distribuées à ceux qui ont déjà réservé. Je n’avais pas réservé mais je suis arrivé dans la boutique dès l’heure d’ouverture à 10h. Il y avait déjà quelques personnes attendant devant la boutique mais je suis assez vite entré. Les clients savent déjà ce qu’ils veulent et commandent donc directement ou viennent chercher leur commande sans perdre beaucoup de temps. J’entre en m’excusant de ne pas avoir commandé à l’avance, mais je vois qu’il y reste quelques boites préemballées de monaka posées sur le comptoir. Pour les wagashi du jour, on me demande par contre de patienter pendant une demi-heure car ils ne sont pas encore prêts. On les prépare dans l’arrière boutique. La dame semble très embêtée de me dire qu’ils ne sont pas encore prêts, mais j’ai tout mon temps, je suis en congé aujourd’hui. Je repars faire un tour prendre en photo les vagues d’or du nouvel immeuble et reviens ensuite quelques minutes m’assoir sur la banquette de la pâtisserie. La plupart des clients qui défilent devant mes yeux commandent des boites de monaka. Je les observe discrètement pour identifier qui sont les habitués. Un vieil homme entre à peine dans la boutique et commande une boîte en levant le doigt. Vite commandé, vite payé et vite reparti. Ce doit être un habitué. Une dame vient ensuite pour les pâtisseries du jour mais on lui répond d’un air compliqué qu’il va falloir attendre parce que le jour d’avant était férié et que les préparatifs pour ce matin ont pris du retard. La dame derrière le comptoir explique cela d’une manière telle qu’il semble être très compliqué de commander ces wagashi, alors qu’au final, il ne faudra attendre qu’une dizaine de minutes. La dame est très gentille mais son explication fait que la cliente devient même un peu hésitante à commander. En fait, la vendeuse était plutôt elle-même embêtée du fait que ses wagashi ne soient pas prêts à l’heure habituelle. Quelques minutes plus tard, on me fait signe pour m’indiquer que les wagashi sont prêts. Il y a maintenant une petite boîte de wagashi ouverte sur le comptoir. Ils sont de couleur blanchâtre et tous identiques mais la dame m’indique que ce ne sont pas ceux qu’on va me donner. La dame s’excuse encore pour le retard dehors dans le froid. Je ressorts de la boutique en étant content d’avoir fait deux belles découvertes dans cette même rue. Les wagashi et les monaka étaient délicieux, mais il n’était pas nécessaire de le dire.