but something inside us unites us with love

Pour la troisième journée de l’année, nous allons faire un petit tour dans la préfecture de Yamanashi, au plus près du Mont Fuji. C’est devenu pour nous une sorte de tradition de nous en approcher pendant les premiers jours de l’année afin d’admirer la fameuse montagne sacrée qui nous protège de loin. Nous sommes ici à proximité du lac Kawaguchi, un endroit que l’on connaît assez bien. Nous avions déjà visité le sanctuaire Kawaguchi Asama (河口浅間神社) en Janvier 2022, et nous y revenons une nouvelle fois cette année, notamment pour revoir et ressentir la présence des anciens grands cèdres bordant le chemin depuis le grand torii jusqu’au cœur du sanctuaire. Dans l’enceinte du sanctuaire, sept grands cèdres ont plus de 1 200 ans et portent des noms individuels. Le sanctuaire est décoré par petites touches pour la nouvelle année. Il n’est pas très étendu et on en fait donc assez vite le tour, mais sur les hauteurs du sanctuaire, à une vingtaine de minutes à pied, se trouve un site offrant une très belle vue sur le Mont Fuji, accompagné d’une petite porte torii rouge.

Nous connaissions déjà le Mount Fuji Distant Worship Site (富士山遙拝所), pour y être passés lors de notre visite du sanctuaire Kawaguchi Asama en 2022. Je ne suis pas sûr que cet endroit soit réellement lié au sanctuaire. Comme lors de notre dernier passage, ce que l’on ne voit pas sur les photographies est le fait qu’il faut attendre son tour avant de pouvoir prendre, et se faire prendre, en photo devant le petit torii rouge avec le Mont Fuji en arrière-plan. Il y a un côté un peu touristique qui peut être gênant, mais la vue vaut le détour, et nous avons donc attendu la trentaine de minutes nécessaires dans le froid. Je ne pense pas que ce fût le cas la dernière fois, mais il y a maintenant deux torii sur le site. L’un d’entre eux était dans l’ombre et donc pas très populaire.

Nous redescendons ensuite vers le lac Kawaguchi, au Fuji Oishi Hana Terrace (富士大石ハナテラス), pour y déjeuner alors qu’il est déjà presque 16 h. Nous sommes déjà venus plusieurs fois ici. On ne se lasse pas de cette vue qui apaise et qui me permettra d’affronter les vingt kilomètres d’embouteillages qui vont suivre sur l’autoroute Chūō, nous ramenant vers le centre de Tokyo.Nous voulions initialement monter en voiture jusqu’à la station 5, point de départ de l’ascension à pied du Mont Fuji. Cette station est fermée en hiver, sauf pendant la période du Nouvel An. La neige du 2 Janvier nous a malheureusement contraint à modifier nos plans, car la route qui y mène, la Fuji Subaru Line (富士スバルライン), était en conséquence fermée. Je garde cet itinéraire en tête pour notre prochain passage. Le Mont Fuji est particulièrement beau en hiver.

C’est loin d’être une mauvaise idée de commencer l’année avec un album de Ryuichi Sakamoto (坂本龍一). Celui que j’écoute en ce moment n’est pas récent car il s’agit de sweet revenge sorti sur son label Güt en Juin 1994. L’album est clairement orienté pop, plutôt downtempo voire trip-hop dans certaines sonorités, fusionnant différents genres qu’ils soient pop, soul et hip-hop. De Ryuichi Sakamoto, j’aime beaucoup son approche expérimentale comme sur le sublime async, mais également celle beaucoup plus pop comme sur les albums qu’il a composé pour Miki Nakatani. J’avoue que les grandes compositions orchestrales qui ont pourtant fait sa renommée m’intéressent un peu moins (pour le moment). Cet album fait intervenir en grande partie des collaborations internationales et japonaises, avec des artistes invités chantant en anglais ou en japonais. Miki Imai (今井美樹) chante sur le troisième morceau Futari no Hate (二人の果て), sous-titré Sentimental, écrit par Taeko Ohnuki. Ce morceau est tout en fragilité et en douceur mélancolique, comme un petit moment suspendu, tout en retenue. Ça doit être le premier morceau de Miki Imai présent dans ma petite discothèque personnelle, mais son nom m’est bien entendu familier depuis longtemps. Elle n’apparait pas beaucoup dans les médias japonais et n’a pas sorti de nouvel album depuis 2018. Elle est par contre toujours active avec un nouvel album et une tournée prévue en 2026. Elle réside en fait à Londres avec son mari, le musicien Tomoyasu Hotei (布袋寅泰). Le nom de Miki Imai m’est en fait familier depuis 1998, lors de mon premier séjour au Japon à Nagasaki, car la fille de ma famille d’accueil en était une grande fan, ce qui m’avait marqué pour une raison que j’ignore. Je ne connaissais pas certaines voix internationales, notamment J-Me et Latasha Natasha Diggs. Elles chantent sur plusieurs morceaux, certains étant particulièrement réussis comme le hip-hop de 7 Seconds et le plus expérimental Interruptions. Le morceau Love & Hate avec Holly Johnson m’attire aussi beaucoup, pour son approche plus tendue et étrange. Le morceau conserve cependant une fragilité qui traverse tout l’album, et qui est le point d’union entre les différents styles et voix composant sweet revenge. Il y a peu de morceaux purement instrumentaux. Tokyo Story qui démarre l’album est très court et j’aime surtout le morceau titre sweet revenge qui est le pilier central des 13 morceaux composant l’album. L’album n’est pas démonstratif, il est plutôt apaisé et apaisant, tout comme cette vision du Mont Fuji devant nos yeux. Les photographies de Jean-Baptiste Mondino pour la couverture de l’album ressemblent même à une montagne aux multiples couleurs. Certains morceaux de l’album m’intéressent moins, mais l’ensemble est des plus agréables, notamment ce matin pour une promenade matinale froide mais ensoleillée jusqu’au parc de Yoyogi. Cette musique s’accorde bien à ce genre de moments.

les sakura du lac Kawaguchi

Il me reste quelques cerisiers en fleurs dans mon sac alors je l’ouvre doucement pour les montrer dans un dernier billet consacré au sakura. On peut dire qu’on en a bien profité cette année. Alors que le pic de floraison se terminait déjà à Tokyo, il était encore à son maximum dans la préfecture de Yamanashi où se trouve le Mont Fuji et le lac Kawaguchi (河口湖) que nous avons déjà été voir au tout début de cette année. Nous retournons au même endroit au bord du lac, au Fuji Oishi Hana Terrace (富士大石ハナテラス) d’où est prise la première photographie du billet. Il y a plus de touristes qu’au tout début de l’année mais ça reste tout à fait acceptable. Les informations japonaises parlent assez souvent de sur-tourisme en ce moment, mais ça ne me dérange pas trop car ce tourisme est souvent concentré dans des lieux particuliers. Une bonne partie du Nord des rives du lac de Kawaguchi est bordé de cerisiers qu’on essaie de conjuguer avec le Mont Fuji à l’arrière. J’ai bien entendu pris des dizaines de photos qu’il a été ensuite difficile de trier. Le retour a été beaucoup moins serein avec embouteillages conséquents sur l’autoroute Chuo qui nous a obligé à sortir et à emprunter des petites routes de montagne. C’était finalement une très bonne idée et j’ai beaucoup apprécié les routes en zigzag alors qu’il ne faisait pas encore nuit. Il nous a fallu environ 4h pour rentrer, soit plus du double du temps qu’on avait mis à l’aller.

J’écoute en ce moment le neuvième single de la compositrice, interprète et guitariste, basée à Shizuoka, Minori Nagashima (長嶋水徳) dont j’ai déjà parlé plusieurs fois sur ce blog pour quelques uns de ses singles et pour sa participation en temps que guitariste au dernier EP d’Haru Nemuri. Son nouveau single intitulé SALINGER est en fait accompagné de deux autres morceaux LOUDNESS.DON’T.IMAGINATION (ラウドネス・ドント・イマジネーション) et SOLAR CALENDAR (太陽暦). J’aime beaucoup l’ambiance rock brut du single et des deux autres morceaux. Minori Nagashima est une excellente guitariste qui maîtrise bien son jeu tout en laissant les aspérités apparentes faisant sonner ce EP comme du live underground. On ressent une grande passion dans son chant, laissant échapper toute son agressivité. Le solo de guitare sur SOLAR CALENDAR est excellent, très puissant avec une liberté qui nous laisse penser qu’il va partir en vrille mais qui est tout à fait maîtrisé. Ces trois morceaux écoutés comme un tout sont comme une petite pilule compacte de rock alternatif sans concessions.

死ぬほど美しい

C’est devenu pour nous une tradition d’aller voir de près le Mont Fuji pendant les premiers jours de l’année. L’année dernière, nous avons longtemps regardé le versant de Shizuoka depuis les hauteurs de Nihondaira. Cette année, nous partons l’observer depuis la préfecture de Yamanashi, en poussant jusqu’au lac Motosu (本栖湖), le plus éloigné des cinq grands lacs du Mont Fuji (富士五湖). L’autoroute Chuo nous dépose au pied du lac Kawaguchi (河口湖). Il s’agit du plus immédiatement accessible et du plus grand des cinq lacs. Depuis la petite ville de Fujiyoshida située au bord du lac Kawaguchi, nous filons directement vers le lac Motosu, mais on s’arrête en passant au lac Shōji (精進湖), qui est lui le plus petit des cinq lacs. On en fait vite le tour en voiture pour rejoindre le lac Motosu, notamment le point de vue le plus connu que l’on voit représenté sur le billet de 1000 Yens. On compare bien sûr un billet avec la vue réelle pour constater qu’elle est en effet en tout point identique. Les bords du lac Motosu sont assez peu développés, à part des campements et quelques hôtels qui semblent assez anciens. L’endroit n’est pas difficile d’accès en voiture mais c’est très certainement plus compliqué de s’y rendre en transport en commun. Se promener en voiture autour des lacs est en tout cas vraiment plaisant, d’autant plus qu’il y a peu de traffic. Nous continuons notre petit périple en découvrant ensuite le lac Sai (西湖). On s’approche tout près de l’eau, comme montré sur la deuxième photographie du billet. Je ne peux bien sûr m’empêcher d’y proclamer que le lac Sai est formidable (西湖は最高だね!), ce qui correspond à un jeu de mots de bas niveau en japonais. Notre dernière étape est de retrouver le grand lac Kawaguchi, en faisant une pause à Fuji Oishi Hana Terrace. C’est un ensemble récent et moderne de petites boutiques et cafés situé à proximité du lac. A tout moment lorsqu’on l’aperçoit, on est envouté par la magnificence du Mont Fuji qui attire toute notre attention. Lorsqu’on ne le voit plus, caché par des forêts ou des montagnes, on le recherche. Lorsqu’on l’aperçoit devant soi, il est difficile de détourner le regard.

Une partie de la route qui nous a amené vers les lacs Motosu et Shoji traverse une partie de la mer forestière d’Aokigahara (青木ヶ原樹海) appelée Aokigahara Jukai. On qualifie cette forêt avec le mot Jukai (樹海) pour signifier qu’il s’agit d’une mer d’arbres. J’imagine très bien le mouvement des cimes d’arbres poussées de manière uniforme par le vent, formant comme des vagues d’un océan. Cette forêt a la triste réputation historique d’abriter des fantômes yūrei (幽霊), et depuis les années 1950, elle est connue pour le nombre important de personnes qui s’y suicident. Cette forêt est par endroits très dense et accidentée, formée suite à une large coulée de lave il y a 1200 ans (en 864). Cette lave poreuse absorberait apparemment les sons et contribuerait à un sentiment de solitude. Cette forêt d’Aokigahara me ramène tout d’un coup vers la musique de NECRONOMIDOL car la vidéo du morceau Psychopomp sur leur album VOIDHYMN y a été tournée. Dans la mythologie japonaise, les Shinigami (死神) sont des dieux psychopompes, des personnifications de la mort qui ont la tâche d’escorter les âmes récemment décédées vers l’autre monde.

Je ne suis pas sûr que ce soient des dieux psychopompes Shinigami que l’artiste Takato Yamamoto (山本タカト) représente sur les deux superbes illustrations ci-dessus, mais ils y ressemblent très fortement. Takato Yamamoto est peintre de formation, originaire de la préfecture d’Akita et diplômé du Département des Beaux-Arts de l’Université Zokei de Tokyo. Dans les années 1980, il travaille principalement sur des illustrations pour des publicités d’entreprise, mais à partir du début des années 1990, il commence à illustrer des romans sous l’influence de l’art de la fin du XIXe siècle et de l’Ukiyo-e. Il crée des œuvres d’ambiance fantastique, comme celles montrées ci-dessus qui me fascinent complètement, dans un style qu’on qualifie d’Esthétique Heisei. Il a déjà publié plusieurs livres d’illustrations mais je ne pense pas en avoir trouvé en librairie pour le moment. Certaines de ses créations peuvent être proches du style Ero-guro (érotisme grotesque) mais ne perdent pas pour autant une finesse déconcertante. La beauté de cette noirceur, parfois vampirique et pleine d’un romantisme d’une autre époque, est fascinante. Ces deux peintures ci-dessus à l’acrylique sur papier font partie d’une série intitulée Yokagami (夜鏡), qu’on peut traduire par le miroir de la nuit, datant de 2021. L’auteur donne également à cette série le sous-titre « In the Terrible Depth of Night ». Takato Yamamoto montre un grand nombre de ces peintures sur son compte Instagram, qu’il faut regarder sans être effrayé.

Cela fait un bon moment que les oeuvres musicales de Meitei (冥丁) m’intriguent, ne seraient ce que les couvertures des quelques albums qu’il a sorti jusqu’à maintenant. Meitei, de son vrai nom Daisuke Fujita (藤田大輔), est un artiste japonais vivant à Hiroshima. Il crée de la musique expérimentale principalement de style Ambient se basant sur des sons et des atmosphères anciennes du folklore japonais. Son premier album sorti en 2018 s’intitule Kwaidan (怪談) et, comme ce titre l’indique, il s’agit d’une œuvre basée sur le thème des histoires de fantômes japonaises. Sur cet album, Meitei est directement influencé par l’œuvre littéraire du même titre, Kwaidan ou Histoires et études de choses étranges, de l’écrivain Yakumo Koizumi (小泉八雲), contenant plusieurs kaidan, ou histoires de fantômes japonais. Yakumo Koizumi est en fait un écrivain irlandais, de son vrai nom Lafcadio Hearn. Débarqué au Japon en 1890 où il exerce le journalisme, il se marie en 1896 avec Setsuko Koizumi, fille d’un samouraï, et prend la nationalité japonaise et donc le nom de famille de sa femme. Il rédige des œuvres sur le Japon et la culture japonaise, notamment sur les histoires traditionnelles de fantômes. Il passe le restant de ses jours au Japon et meurt à Tokyo d’un crise cardiaque en 1904. Sa tombe se trouve dans le grand cimetière de Zoshigaya (雑司ヶ谷), endroit paisible que j’ai déjà visité à plusieurs reprises. Sur l’album Kwaidan, on ressent également l’influence du mangaka Shigeru Mizuki (水木しげる), un des fondateurs du manga d’horreur, spécialisé dans les histoires de monstres et de fantômes. Je suis très loin d’être connaisseur de ses manga mais je reconnais tout de même dans un morceau comme Touba (塔婆) ou Jizo (地蔵), un certain humour que Meitei traduit dans les sons de sa voix. Touba est le morceau que je préfère de l’album. On y devine des lieux d’un Japon ancien, rempli de fantômes ou d’êtres étranges que l’on distingue à peine dans l’obscurité mais dont on devine les voix et les mouvements. Meitei joue le rôle du narrateur en racontant une histoire mais sa voix est étrangement proche du hip-hop. Les arrangements musicaux électro-ambiant sont tellement détaillés qu’on est pris par cette ambiance tout simplement envoûtante évoquant un esprit japonais désormais disparu. L’écoute de cet album est certes déconcertante et difficile d’approche, mais l’atmosphère qui s’en dégage grandit petit à petit en soi à chaque écoute. Kwaidan n’évoque pas une atmosphère particulièrement effrayante, mais un univers poétique nostalgique et mélancolique à la finesse subtile. Les morceaux Sankai (山怪) et Sazanami (漣) en sont de très bon exemples. Meitei continue ensuite avec des œuvres musicales dans une trilogie intitulée Kofū (古風). Je pioche pour l’instant quelques morceaux du premier épisode Kofū, sorti en Septembre 2020, en particulier Oiran I (花魁I) et Oiran II (花魁II). Le style musical de de cet album est très différent de Kwaidan, mais maintient cette représentation d’un Japon antique longtemps disparu. On devine des lieux et des espaces, où évoluent et chantent par exemple les courtisanes Oiran évoquées par ces deux titres, mais l’approche électronique faite de samples est encore une fois déconcertante. Elle rend cette atmosphère irréelle et fantastique. Le talent de Meitei est d’arriver à composer avec ces ambiances pour créer un morceau moderne, venant brouiller toute conception temporelle. Ces deux morceaux Oiran sont étonnement extrêmement accrocheurs et sont à mon avis une bonne porte d’entrée vers son univers musical. Sur le troisième volet de la trilogie Kofū, sorti récemment en Décembre 2023 et intitulée tout simplement Kofū III (古風III), je choisis également deux morceaux Yume-jūya (夢十夜) et Heiwa (平和). Ces deux morceaux étaient en fait sorti ensemble et avant l’album sur un EP de deux titres (avec une image de poisson rouge en noir et blanc). Les deux morceaux sont très différents, l’un très agité comme une boîte à musique déréglée et l’autre évoquant une forme de plénitude, peut-être celle d’Onomachi près d’Hiroshima où vit Meitei. Comme de nombreux autres dans la discographie de Meitei, ce morceau Heiwa est beau à en mourir, comme la silhouette du Mont Fuji s’effaçant lentement derrière la pénombre naissante, ou comme cette jeune fille dessinée par Takato Yamamoto attirée par des spectres mortuaires.

une vue sur le Mont Fuji (2)

Comme je ne me lasse pas de regarder le Mont Fuji depuis le plateau de Nihondaira dans la préfecture de Shizuoka, je ne peux m’empêcher de montrer une nouvelle photo certes assez similaire à celles du billet précédent. On a l’habitude de voir le Mont Fuji depuis l’autre côté, depuis la préfecture de Yamanashi, mais le profil depuis Shizuoka est un peu différent car on peu voir un monticule sur le flanc droite dû à l’éruption Hōei du 16 Décembre 1707 au 1er Janvier 1708. Les habitants de la préfecture de Shizuoka considèrent d’ailleurs que la vue du Mont Fuji depuis leur côté est la veritable vue, par rapport à celle depuis la préfecture de Yamanashi que l’on peut voir depuis Tokyo. C’est une petite querelle de cloché entre les deux préfectures, mais on a en général beaucoup plus l’habitude de voir le profil du Mont Fuji depuis les grands lacs se trouvant dans la préfecture de Yamanashi. La dernière photo est d’ailleurs prise le soir alors que le soleil se couchait depuis l’extrémité la plus éloignée du lac Yamanakako. On a pu voir le Mont Fuji sous presque tous les angles et moments de la journée, du matin du soir, pendant ce court voyage. On se dit qu’une prochaine étape serait de faire un peu plus le tour du côté du lac Motosuko, le plus éloigné des cinq lacs du Mont Fuji.

Sur le chemin du retour, nous passons par le village de Oshino Hakkai (忍野八海) situé près de Fujiyoshida, entre les lacs Kawaguchiko et Yamanakako. Il y a plusieurs centaines d’années, on y trouvait un sixième lac du Mont Fuji mais il s’est asséché et il ne reste maintenant que huit étangs à l’eau très claire provenant de la fonte des neiges depuis les flancs du Mont Fuji qui s’infiltrent à travers les couches poreuses de lave dans les sols. Le village préserve quelques anciennes maisons au toit de chaume, et l’atmosphère serait certainement très agréable si l’endroit n’avait pas été transformé en un piège à touristes avec de multiples boutiques de souvenirs. Preuve en est qu’il faut d’abord traverser une des boutiques avant de pouvoir accéder à l’étang principal du village. Nous y resterons assez peu de temps pour partir à la recherche de cascades. Nous trouvons celle de Kaneyama sur le chemin. Le soleil se couchant tôt en hiver, il fait déjà presque nuit et il faut penser au retour vers Tokyo qui s’accompagne comme toujours de bouchons de plusieurs kilomètres. Heureusement qu’on ne se préoccupe plus beaucoup des bouchons et qu’on prend à chaque fois notre mal en patience, sereinement, car on ne pourrait sinon plus partir nulle part en voiture le week-end.

une vue sur le Mont Fuji (1)

Les deux premières journée de l’année 2023 étaient particulièrement paisibles, comme tous les ans dirais-je. On ne sort pas beaucoup, et surtout pas en voiture car on a bu du sake dès le midi. Il nous faut bien tout de même faire une première visite aux sanctuaires, ceux de Konnō Hachimangu (金王八幡宮) et d’Ebisu (恵比寿神社) que je mentionnais d’ailleurs déjà dans mon billet précédent. On s’est remis à collecter tranquillement les sceaux goshuin des sanctuaires et les premiers jours de l’année sont souvent l’occasion d’obtenir des versions spéciales Hatsumode (初詣). Et puis le Mont Fuji nous appelle au loin. Comme l’année dernière, nous décidons de nous en approcher en retournant à Nihondaira dans la prefecture de Shizuoka. Nous y étions allés au mois d’Août 2022 et j’en garde un souvenir inoubliable. La vue sur le Mont Fuji depuis les hauteurs du plateau de Nihondaira est la plus belle que je connaisse. Cette composition avec le port de Shimizu en contrebas et des rangés de montagnes nous séparant du Mont Fuji me donne à chaque fois l’impression d’être irréelle, comme si on observait un tableau parfaitement composé. Mes photographies ne rendent pas complètement justice à ce paysage, qui est beaucoup plus marquant en réalité que sur le cadre restreint d’une photo. Nous avions la chance d’avoir devant nous un Mont Fuji découvert, ce qui n’était pas le cas pendant l’été. Les premiers mois de l’année sont une bonne période pour voir le Mont Fuji, par rapport à l’été où la chaleur et l’humidité ambiante a tendance à brouiller la vue. On peut le regarder pendant des heures en ne pensant à rien, en faisant en quelque sorte le vide avant de reprendre une vie normale certainement pleine d’évènements cette année (delete -> 再開).

Et j’ai observé cette montagne pendant des heures. Puis nous sommes partis visiter le sanctuaire Kunōzan Tōshōgū, que nous n’avions pas eu le temps d’aller voir l’été dernier. Il faut emprunter un téléphérique depuis Nihondaira jusqu’à la petite montagne Kunōzan sur laquelle se dresse le complexe de sanctuaires établis en 1617. Le fameux shogun Tokugawa Ieyasu y est enterré et il s’agit du premier sanctuaire de cette série des Tōshōgū consacrée au clan Tokugawa. Les plus connus sont bien sûr le Tōshōgū de Nikkō et celui d’Ueno à Tokyo, mais il y a des sanctuaires Tōshōgū plus petits un peu partout dans le Japon, notamment à Sendai et dans les préfectures de Nagasaki et d’Aichi. Le Kunōzan Tōshōgū n’atteint pas la richesse et la taille de celui de Nikkō mais reste magnifique à visiter, entouré par une forêt au milieu de la montagne. Nous y sommes allés un peu tard dans l’après-midi, mais c’était en fait un bonne idée car les lumières du soleil couchant venaient renforcer les couleurs rouges et dorées des bâtiments du sanctuaires. Cela donnait une ambiance très particulière à l’endroit. Les quelques photos sont prises avec mon iPhone car mon reflex ne m’a malheureusement pas permis de prendre ces vues sans monter exagérément dans les Iso.