Tokyo & Pop (1)

Avoir de la visite donne un regard nouveau sur des lieux que je connais bien mais permet également d’entrevoir de nouvelles choses. Ma sœur et ses deux filles de 10 et 8 ans, mes nièces donc, nous ont fait le plaisir de nous rendre visite pendant dix jours au cœur du mois d’Avril. Notre mission était d’organiser et de guider cette petite troupe dans Tokyo et ailleurs en fonction des centres d’intérêt de chacun, incluant les miens car j’ai découvert certains lieux, visités pour la première fois. Nos visites avaient clairement une orientation que j’appellerais pop, car les filles voulaient absolument voir les ‘hauts lieux’ de la culture Ghibli et Sanrio, entre autres. On savait que le musée Ghibli de Mitaka est très prisé et il fallait donc faire une réservation plusieurs mois à l’avance, le jour même de l’ouverture de la billetterie. Je suis assez fier d’avoir réussi à tout organiser sans encombres ni manquements à nos plans initiaux. Mes demandes préalables pour que la météo soit clémente ont assez bien fonctionné à part pour une journée et demi de pluie étalée sur les dix jours. Dès leur arrivée, nous filons vers Shibuya puis Harajuku en croisant un personnage Sanrio à notre passage au pied de la tour 109 près du carrefour de Shibuya. Je pense que j’ai, pendant ces vacances particulièrement actives, beaucoup appris des filles sur les nombreux personnages qui constituent l’univers Sanrio. Il est clair que depuis l’anniversaire des 50 ans de Hello Kitty l’année dernière, les personnages de la marque ont gagné une forte popularité, non seulement après des enfants mais également auprès d’un public majoritairement féminin de jeunes adultes. Dès le premier jour à Shibuya, nous avons beaucoup marché, guidés par les yeux émerveillés des filles qui ont débordé d’énergie positive pendant tout le séjour. Notre parcours nous a fait passer par les huitième et neuvième étages de la tour Hikarie pour une vue d’ensemble de Shibuya après avoir traversé le grand carrefour et déjeuné tranquillement en famille. Nous traversons ensuite le parc Miyashita puis continuons jusqu’au croisement d’Harajuku, après avoir fait un petit tour dans le campus de l’université du fiston. On évitera de s’engager dans la rue Takeshita car il est déjà tard, et on a préféré grimper en haut de la tour OMOKADO (東急プラザ表参道オモカド), que j’aime beaucoup pour ses escaliers extérieurs donnant une perspective intéressante sur le carrefour d’Harajuku.

Le jour suivant nous amène au musée Fujiko · F · Fujio situé à Noborito, près de Kawasaki. Nous voyageons principalement en train et métro, ce qui permet de mieux saisir les atmosphères de la ville et de ses banlieues. Le musée du créateur de Doraemon se trouve clairement dans une banlieue, un peu loin de tout, même si la station de Noborito est imposante. Je connaissais déjà le musée pour l’avoir visité il y a 12 ans et il n’a pas vraiment changé mais je ne me souvenais pas avoir vu le court film d’animation dans le petit cinéma du musée. Celui que nous avons regardé s’intitule Chinpui – La bonne chance d’Eri (チンプイ – エリさまのグッドラック). Ce petit film nous raconte l’histoire d’Eri Kasuga (春日エリ), une fillette de 12 ans pleine de vie et un peu garçon manqué, se retrouvant un jour soudainement choisie comme candidate pour devenir l’épouse du prince héritier de la planète Mahl située dans un lointain univers. Pour lui annoncer cette nouvelle, deux extraterrestres venus de cette planète, dont Chinpui, arrivent sur Terre et tentent désespérément de la convaincre dans ce rôle d’épouse. Mais Chinpui finit par s’attacher à elle et décide finalement de vivre à ses côtés pour l’aider à surmonter toutes sortes de péripéties. L’histoire est bon-enfant mais n’en est pas moins bourrée de dynamisme et de drôlerie. J’étais très surpris de voir dans les crédits le nom du rappeur et producteur Zo Zhit (荘子it) de Dos Monos. Il a créé les musiques de la bande originale du court métrage animé, excluant le générique original qu’il a tout de même remixé. Le parc situé derrière le musée au pied de la forêt est agréable. Il s’étend d’une manière continue jusqu’aux étages du musée au niveau du restaurant. On trouve dans ce parc quelques figures tirées des manga de Fujiko · F · Fujio, comme Doraemon bien sûr et Doremi chan. Je suis assez familier de l’univers de Doraemon pour avoir vu en DVDs et au cinéma plusieurs épisodes de ses aventures avec le cancre Nobita et ses amis. Je me souviens avoir vu en 2018 une très belle exposition où divers artistes revisitaient le monde de Doraemon. Pour le retour, nous prenons bien entendu le petit bus décoré transitant exclusivement entre le musée et la station de Noborito.

La journée qui suit nous amène à Asakusa parmi les touristes toujours nombreux. Nous arrivons par l’arrière du temple Sensōji qui est un peu plus calme que la rue commerçante Naka-dori. Nous nous déplaçons cette fois-ci en voiture. C’est un peu compliqué de trouver des places de parking libres à Asakusa, car le parking souterrain central devant la porte Kaminarimon est malheureusement fermé. Nous stationnons finalement un peu à l’écart, à côté d’une pâtisserie japonaise nommée Tokutarō (徳太樓), vieille de plus de 120 ans. Elle nous a fait de l’oeil et quelques achats de wagashi se sont imposés avant de prendre le chemin du grand temple. Les rues aux alentours, notamment celles couvertes, sont un peu plus calmes et on s’y dirigent assez rapidement après la visite du temple. Nous n’essaierons pas de collecter le sceau goshuin car une longue file d’attente est nécessaire et je l’ai de toute façon déjà obtenu récemment. Notre prochaine étape est la grande tour Tokyo Sky Tree. Nous stopperons au 350ème étage qui donne une vue presque irréelle de la ville, tant on a l’impression d’être détaché du sol. On ne pouvait malheureusement pas apercevoir le Mont Fuji, caché derrière un ciel nuageux. La vue sur le grand Tokyo et les préfectures limitrophes était par contre dégagée. Parmi les immeubles, on aperçoit les formes blanches du musée Edo-Tokyo à Ryogoku que nous visiterons plus tard dans le séjour. Je ne remarque plus le building iconique Asahi Super Dry Hall conçu par Philippe Starck, mais c’est clair qu’il attire le regard pour des yeux nouveaux. Nous l’apercevons également depuis les hauteurs de la tour Tokyo Sky Tree, au bord de la rivière Sumida. On se fait attirer par le photographe en haut de la tour qui nous promet une petite photo imprimée gratuite si on accepte de se faire photographier. On se rend ensuite compte que la dite photo est vraiment minuscule, ce qui nous pousse à vouloir acheter la version de taille normale encadrée dans un joli carton. Le stratagème commercial nous a berné, ce qui nous a bien fait rire, mais au final, le photographie prise était réussie et nous a donné envie de l’acheter. Les carpes volantes koi étaient déjà déployées au pied de la tour, en préparation de la fête des enfants le 5 Mai. Le grand centre commercial en bas de Tokyo Sky Tree ressemble à un labyrinthe. Les magasins liés à la culture pop japonaise sont nombreux, avec notamment une boutique dédiée au magazine manga Jump et un Pokémon Center assez vaste. Je suis complètement néophyte au monde de Pokémon car je ne connais que la bête jaune qu’on appelle Pikachu (si je me souviens bien). L’engouement mondial et quasi universel pour les petits monstres Pokémon m’a toujours impressionné et interrogé. On y trouve bien sûr une version spéciale de Pikachu portant de ses petits bras la tour Tokyo Sky Tree. Cette peluche semblait être un achat obligatoire. Je ressors de l’endroit un peu moins ignorant sur le sujet. La dernière étape de cette journée bien chargée nous fait passer par Diver City à Odaiba pour aller voir le grand robot Gundam. Je l’ai déjà vu plusieurs fois mais la version initiale a en fait changé. La première version installée en 2009 était le Gundam original de 1979 nommé RX-78-2. Il a été démonté en Mars 2017 et remplacé en Septembre 2017 par le modèle RX-0 Unicorn Gundam, de Mobile Suit Gundam Unicorn, toujours en place aujourd’hui. Ce modèle d’environ 19,7 mètres de hauteur a la particularité d’être doté de lumières. À Odaiba, nous avons par contre loupé de peu la nouvelle grande fontaine placée sur la baie de Tokyo qui ne s’active que pour une dizaine de minutes toutes les heures.

Le parc d’attractions Sanrio Puroland (サンリオピューロランド) situé à Tama Center était un des moments importants du voyage pour mes nièces. Je n’y serais très certainement jamais allé sans cette occasion. Comme on peut le deviner, ce parc est opéré par la compagnie Sanrio et est dédié à l’univers de ses nombreux personnages comme Hello Kitty, My Melody, Cinnamoroll, entre beaucoup d’autres. Il a ouvert ses portes le 7 décembre 1990 et accueille environ 1,5 million de visiteurs par an. C’est un parc entièrement couvert proposant plusieurs spectacles, attractions, restaurants et bien sûr rencontres des personnages. Là encore, c’est un monde que je découvre, même si ce parc a maintenant un certain âge et est très connu. Un grand nombre des personnages me sont familiers, notamment Kuromi qu’on voit souvent accrochée aux sacs des jeunes filles à Shibuya et ailleurs. Toutes proportions gardées, le personnage de Kuromi est mon préféré car elle a une apparence plutôt disruptive dans le monde Kawaii de Sanrio, ce qui fait qu’elle est appréciée par certaines musiciennes que je suis attentivement. DAOKO a d’ailleurs écrit pour Kuromi un morceau d’inspiration hip-hop intitulé Dolce Vita produit par Hidefumi Kenmochi (de Wednesday Campanella, entre autres) pour le EP KUROMI IN MY HEAD. Il n’est pas chanté par DAOKO mais on reconnaît clairement son style et le morceau est étonnamment très bon. Tout au long de la visite du parc, c’était amusant de constater que les visiteurs japonais sont principalement des jeunes adultes. Il faut dire que ce n’est pas une période de vacances scolaires au Japon. Les visiteurs étrangers, surtout en provenance d’Asie sont également assez nombreux. Il n’y a au final assez peu d’enfants, mais j’imagine que cette démographie est similaire au parc Disney et est différente pendant les week-ends. On trouve quelques similitudes avec Disneyland car la visite est rythmée par plusieurs parades. J’ai été agréablement surpris de trouver les parades et spectacles très sophistiqués au niveau des danses et des costumes. Le spectacle Kawaii Kabuki (KAWAII KABUKI ~ハローキティ一座の桃太郎~) était notre préféré. Il ne faut pas le manquer car c’est l’un des spectacles les plus originaux de Sanrio Puroland. Comme son nom l’indique, ce spectacle mélange habillement le théâtre traditionnel kabuki avec l’univers Sanrio en incluant des éléments modernes dans les musiques et danses, ce qui en fait une sorte de show hybride entre tradition japonaise et pop culture. L’histoire est une adaptation très simplifiée et visuelle du conte japonais de Momotarō (桃太郎), où l’on voit Kitty et ses amis former une troupe kabuki et partir combattre des démons (oni). L’histoire est assez enfantine et tous publics, mais les costumes inspirés du kabuki, en version kawaii, sont vraiment impressionnants. Le spectacle est supervisé avec des professionnels du kabuki et la narration inclut des voix d’acteurs kabuki connus comme Shido Nakamura (中村獅童). Le point final (et culminant) de notre visite était la rencontre de Kitty chan dans sa vaste maison située au dernier étage du parc, ce qui donnait l’occasion aux filles de se faire prendre en photo avec leur personnage préféré. Il y avait une file d’attente d’une vingtaine de minutes pour la rencontre avec Kitty. Celle-ci est vue par certaines comme une confidente. La jeune femme qui se trouvait devant nous dans la file d’attente a même passé tout un moment à faire part au personnage de Kitty de diverses choses personnelles, ce qui peut paraître bien étrange. Je pense qu’il ne faut pas oublier que Kitty est un personnage que a fait partie de la vie de nombreux enfants japonais et qu’elle a certainement été pour certaines personnes une sorte de réconfort dans les moments difficiles de leur vie. Kitty doit être bien plus qu’un personnage imaginaire pour nombre d’entre elles. Le retour en train depuis Tama Center était assez mouvementé entre Shinjuku et Shibuya sur la ligne Yamanote car nous avons eu le malheur de transiter pendant l’heure de pointe archi-bondée avec mouvements de foule à ces deux stations. Ça faisait longtemps que je n’avais pas fait personnellement l’expérience d’être serré comme une sardine dans un wagon, car les lignes de métro ou de train que je prends régulièrement sont beaucoup moins occupées même aux heures de pointe en semaine. C’est aussi un aspect de Tokyo qu’on a pu expérimenter.

海のように暖かくて寒い

Après avoir participé à une opération groupée de nettoyage des plages de la baie de Tokyo à Odaiba, je me décide à rentrer à pieds en traversant une nouvelle fois le Rainbow Bridge. Je garde un bon souvenir de ma première traversée par la voie Sud côté Océan Pacifique. Je me décide cette fois-ci pour la voie Nord donnant une vue sur l’intérieur de la baie et sur les tours de Tokyo au loin. Le ciel était plus couvert et l’air plus humide que la dernière fois mais les conditions restaient suffisamment agréables pour marcher pendant longtemps. J’aime cette perspective d’avoir à marcher longtemps et le sentiment d’isolation temporaire que provoque la longue traversée du pont, comme si on entrait dans un espace parallèle coupé du monde pendant plusieurs dizaines de minutes. Il y a peu de personnes qui traversent le pont à pieds et j’espère que ce billet ne va pas lancer une nouvelle mode. J’en doute fortement, ceci étant dit. Il est certain que ce pont me fascine, pour ces formes courbes, pour ces voies piétonnes qui se détachent des voies routières lorsqu’on approche d’Odaiba, pour la superposition des routes, autoroute et voie de train de la ligne Yurikamome. Les voies piétonnes ne longent malheureusement pas la grande boucle routière, impressionnante lorsqu’on y circule en voiture. J’appréciais particulièrement la parcourir à moto il y a plus de 15 ans et je faisais parfois même volontairement le déplacement.

En traversant le pont, j’ai également eu le plaisir d’apercevoir le bateau Hotaruna, dessiné par Leiji Matsumoto. Avec Himiko, Hotaruna est un des deux bateaux de la flotte reliant Asakusa à Odaiba sur la rivière Sumida. La sixième photographie montre la tour Yokoso Rainbow Tower à la forme triangulaire très particulière et même emblématique. Comme je le mentionnais sur mon compte Instagram, j’ai toujours interprété le nom du building Yokoso, qui veut dire bienvenue, comme un message d’accueil dans le centre de Tokyo. Lorsque je suis arrivé pour la première à Tokyo en 1999 depuis l’aéroport de Narita, qui était le seul desservant les vols internationaux à l’époque, ce building a été le premier souvenir architectural remarquable que j’ai eu. JapanPropertyCentral m’indique que Yokoso est en fait une contraction de Yokohama Soko, mais j’aime à penser que l’utilisation de Yokoso est volontaire vu l’emplacement du building à l’entrée du centre de Tokyo. Une contraction en Yokosoko m’aurait paru plus naturelle en japonais. Comme le fait également remarquer WakameTamago, on peut remarquer une certaine influence de la bulle économique dans ce building. Bien qu’il a été construit en 1995, après l’éclatement de la bulle, on ressent tout de même une certaine extravagance dans cette forme triangulaire très inhabituelle ne prenant pas en compte les considérations actuelles d’optimisation de l’espace utilisable. En ce sens, on y ressent des restes de la bulle.

Depuis quelques semaines, je reprends plaisir à marcher à l’extérieur sans porter de masque bien que la plupart des gens continuent à le porter malgré les messages d’assouplissement donnés par le gouvernement. Je le remets bien sûr à l’intérieur et lorsque la foule se fait plus dense près des stations. Un des grands plaisirs de pouvoi enlever le masque à l’extérieur est de retrouver les odeurs de la rue, celles de l’encens lorsqu’on approche des temples, celles des arbres et des plantes bordant certaines rues, celles des parfums lorsqu’on croise en un coup de vent d’autres passants, celles du bain chaud lorsqu’on passe le soir devant certaines maisons ayant laissées une fenêtre entrouverte, celles de la cigarette d’un passant qu’on renifle en passant comme si on fumait soi-même, celle du charbon de bois chauffé dans un barbecue coréen. Pendant presque deux ans, on s’était privé d’un de nos sens.

Ikkyu Nakajima (中嶋イッキュウ) a souvent des idées originales à proposer à son groupe Tricot. La dernière idée en date était de diffuser une émission en direct sur YouTube pendant 24h non-stop. L’émission s’est déroulée du samedi 28 Mai à partir de 21h jusqu’au lendemain dimanche 29 Mai même heure. Je n’ai bien sûr pas pu tout regarder, mais j’ai quand même passé quelques heures en tout à regarder le groupe jouer des morceaux demandées par l’assistance, en provenance du monde entier si on en croit les commentaires. Il y avait également des invités comme Kentarō Nakao (中尾 憲太郎), bassiste du groupe Number Girl et producteur. Ikkyu l’avait en fait déjà invité dans l’émission Wow Music sur J-Wave qu’elle animait temporairement. Pendant cette interview, j’apprends notamment que Montifour Kida (キダ モティフォ) appréciait Sheena Ringo à ses débuts et le fait que Sheena était fan de Number Girl (elle allait les voir en concert à Fukuoka) a amené Montifour à également s’intéresser au groupe. Pendant l’émission YouTube, les spectateurs pouvaient faire des dons en utilisant la fonctionnalité Super Chat (スパチャ) de YouTube pour que leurs messages soient lus en direct pendant l’émission. Les dons s’additionnant, un nouveau morceau était interprété à chaque fois que les sommes accumulées dépassaient 30,000 Yens. A 300,000 Yens au compteur, le groupe devait créer en direct un nouveau morceau. Ce montant a été atteint dans le journée de dimanche et le groupe s’est donc mis au travail pendant environ deux heures pour créer un nouveau morceau qui apparaîtra certainement en bonus sur un futur single ou EP. Une des surprises de l’émission était de voir soudainement arriver une personne en costume de l’agence HoriPro venant proposer un contrat à Tricot. Avex diffuse les albums de Tricot depuis le quatrième album Makkuro (真っ黒), mais il s’avère que le groupe n’avait pas d’agent jusqu’à maintenant. J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’un canular mais c’était vraiment un agent de HoriPro venant proposer en direct au groupe un contrat de 100 millions de Yens. HoriPro est surtout connu pour être une agence pour talents, acteurs et actrices mais moins pour des groupes de rock. J’espère que cette décision ne va pas influencer la direction artistique du groupe, mais si cela peut donner un peu plus de présence télévisée, ça serait une très bonne chose. La présence d’Ikkyu dans le super-groupe Genie High du producteur renommé Anon Kawatani a certainement été déclencheur de cette décision. J’imagine que cette décision avait déjà été prise avant l’émission et que le groupe a mis en scène la surprise de la visite de l’agent de HoriPro. Ils savent en tout cas très bien jouer la comédie. Avec une vingtaine de morceaux joués pendant l’émission YouTube et ce genre de coup de théâtre, je ne me suis pas ennuyé. Les quelques captures d’écran ci-dessus ont été prises pendant l’émission qui n’est malheureusement pas visible en différé.

crossing the rainbow bridge (1)

Je me suis décidé pendant une journée de congé à marcher longtemps. Un ciel idéal, bleu avec quelques nuages, m’a très vite convaincu de partir en exploration urbaine. J’avais en fait dans l’idée de traverser le pont Rainbow Bridge pour aller voir les installations olympiques des jeux de Tokyo 2020 en pensant qu’elles seraient désormais ouvertes en partie au public comme peut l’être le nouveau Stade Olympique. Je sors de la station de métro de Tamachi et marche en direction de l’océan. Il faut traverser quelques canaux avant d’arriver sur la grande boucle du Rainbow Bridge. En fait, marcher en prenant son temps et en regardant la mer, celle de la baie de Tokyo, correspondait à l’idée que j’avais en tête. La boucle routière, sur laquelle circule également la ligne de train Yurikamome, est difficile à prendre en photo dans son intégralité. Je ne manque pas par contre l’immeuble biseauté Yokoso (datant de 1995), que l’on voit également très bien depuis la boucle en roulant. Cet immeuble doit être le tout premier que j’ai remarqué et que j’ai gardé en tête lors de ma première arrivée en bus à Tokyo en 1999. Depuis l’aéroport de Narita jusqu’à l’arrivée dans le centre de Tokyo, c’est le premier building qui se distinguait du reste et qui correspondait bien à l’idée que je me faisais de Tokyo à l’époque, avant d’y vivre. On monte ensuite dans le pont arc-en-ciel par un des piliers. Il y a deux routes, celle Sud et celle Nord. Je voulais d’abord emprunter la route piétonne Sud car elle est côté Tokyo, mais elle était fermée. La route Nord est côté Océan, ce qui n’est pas plus mal finalement car elle permet de mieux apprécier les courbes du pont. Je ne peux m’empêcher d’avoir le vertige une fois en haut de la structure mais il n’y a aucune possibilité de tomber par inadvertance. Comme la voie piétonne longe directement la route, on peut difficilement regarder l’océan au calme. Je ne sais pour quelle raison pourtant, je n’ai pas écouté de musique aux écouteurs à ce moment là. La traversée n’est pas aussi longue que je l’imaginais et on approche assez vite près de la plage d’Odaida.

雲の中にいるみたいだ

Je repars vers les ombres gagnant le paysage urbain jusqu’à l’effacer presqu’en totalité. J’aime beaucoup travailler l’image jusqu’à la limite où l’on ne peut presque plus identifier ce qu’elle représente. Je joue là encore sur les nuages mais d’une manière beaucoup plus sombre et donc moins lumineuse que la série précédente de compositions photographiques avec d’étranges nuages blancs qui nous entourent. Je suis sans cesse tenté de prendre les nuages en photo et je passe donc en ce moment plus de temps la tête en l’air, que planté à regarder mes chaussures, comme les groupes de shoegazing qui m’inspirent pourtant ce type d’altérations photographiques. Les compositions photographiques de ce billet se promènent du côté d’Odaiba avec le gigantesque robot Gundam qui impressionne par sa taille bien sûr mais également pour son sens du détail. Enfin le sens du détail est ici caché en grande partie par ces nuages envahissants. La première photographie montre un immeuble quelconque sur la rue Meiji en direction de Shibuya. J’aime bien le prendre en photo car il se détache du reste des autres buildings de la rue. Il m’avait inspiré des images maritimes il y a longtemps lorsque je l’avais pris en version floue et légèrement oblique. La deuxième composition photographique nous amène au croisement de Nishi Azabu. Un coursier Uber traverse le carrefour à toute vitesse et je me presse également à le prendre en photo avant qu’il ne s’enfonce dans les nappes de nuages noirs. Mais il y a tellement de coursiers Uber que j’aurais pu prendre en photo le suivant si j’avais loupé celui-ci.

Du haut vers le bas et de gauche vers la droite: Les morceaux エイプリルブル (AprilBlue) du groupe AprilBlue, スーサイド・ガール (Sucide Girl) du groupe SPOOL, デリート (Delete) par ano et 浪漫 (Roman) par le groupe PEDRO.

Il y a quelques points communs entre les quatre pochettes d’albums ou de singles que je montre ci-dessus, que ça soit un focus sur des cheveux plutôt que sur des visages, le cadrage carré, l’emploi de formes rondes ou les coloris dans les tons verts et bleus. J’aime beaucoup ces quatre morceaux et je les écoute très souvent à la suite. Ils ont la particularité d’avoir tous une voix féminine au chant, en général au sein d’un groupe qui peut être mixte. J’ai toujours aimé les groupes mixtes, notamment lorsqu’il y a un duo masculin/féminin au chant, mais je me rends compte que j’écoute principalement de la musique écrite et chantée par des artistes féminines, ces derniers temps. Autant en musique rock occidentale, j’ai plutôt tendance à écouter des groupes avec voix et sensibilité masculines, autant j’éprouve beaucoup plus d’accroche dans la sensibilité féminine du rock japonais. Il y a bien entendu de nombreuses exceptions, mais c’est une tendance que je ressens ces derniers temps. Il y a beaucoup d’exceptions car j’ai énormément d’estime et d’attirance pour des groupes comme Number Girl ou Luna Sea, dans des styles rocks complètement différents et même à l’opposé l’un de l’autre. Quoique Number Girl est bien mixte avec Hisako Tabuchi à la guitare, bien que Shutoku Mukai soit la figure emblématique du groupe. Luna Sea, dans sa période Visual Kei, brouillait les genres en prenant des attitudes androgynes. Le premier morceau en haut à gauche s’intitule エイプリルブル (AprilBlue) et est tiré de l’album Blue Peter du groupe AprilBlue créé par Azusa Suga. Pour ceux qui suivent un peu ce blog, Azusa Suga est également fondateur du groupe For Tracy Hyde dont j’ai évoqué les deux derniers albums New Young City et he(r)art dans des articles précédents. Il écrit aussi des morceaux pour le groupe Ray, sur leur premier album Pink dont je parlais également auparavant. Ce rock indé aux allures pop est écrit et chanté par Haruki Funasoko. Comme souvent sur les morceaux de Suga, j’y trouve une certaine évidence auquel on ne peut échapper. C’est difficile de ne pas se laisser accrocher par cette guitare et par le refrain du morceau. Petit détail qui m’intéresse: le fait que Funasoko chante devant un poster de la pochette de l’album Within and Without de Washed Out sur une série de vidéos faites maison. Voir ce poster me rappelle le sublime morceau Far Away de cet album. Je retrouve ensuite les quatre filles de SPOOL pour leur nouveau morceau intitulé スーサイド・ガール (Sucide Girl). La faute d’orthographe dans la traduction anglaise du titre semble volontaire, ainsi que l’utilisation du mot anglicisé en katakana plutôt que le mot japonais. Les paroles n’ont en fait rien de réjouissant mais ce morceau est superbe, dans l’esprit de ce que je connaissais du groupe sur leur album éponyme. SPOOL est un des groupes de rock indé japonais que je préfère en ce moment. Dans un style différent mais toujours très rock, j’écoute le premier single d’ano, échappée de son groupe d’idoles alternatives au drôle de nom ゆるめるモ! (You’ll melt more!). J’ai déjà un petit peu parlé d’ano sur ce blog, notamment pour sa collaboration avec Towa Tei sur le morceau électronique REM de son album EMO. C’est une personnalité excentrique, voire complètement décalée, comme si elle vivait dans un autre monde. Ceci étant dit, je lui trouve une certaine authenticité que je remarque notamment avec quelques indices: le fait de la voir en photo avec Shutoku Mukai de Number Girl dont je parlais avant, le fait qu’elle accroche les albums Loveless de My Bloody Valentine et Amnesty (I) de Crystal Castles sur le mur de sa chambre, et le fait d’afficher volontairement un album de P-Model dans la vidéo de son premier morceau en tant qu’artiste solo. Je ne connais pas spécialement P-Model, à part de réputation, mais j’adore l’album Technique of Relief de Susumu Hirasawa, fondateur de P-Model. Ce premier morceau intitulé デリート (Delete) bouillonne d’énergie rock, comme si ano avait besoin de dégager un trop plein émotionnel. Le trop-plein se ressent aussi dans la vidéo qui la montre enfoncée dans une chambre remplie d’un bazar à faire pâlir Marie Kondo. Je trouve ce morceau d’ano très beau et prometteur pour la suite si elle continue sur cette même puissance orchestrée de guitares. Le ton est toujours résolument rock mais un peu moins énervé sur le morceau 浪漫 (Roman) de PEDRO. J’en ai déjà parlé sur un billet précédent même j’aime beaucoup écouter ce morceau à la suite de celui d’ano, peut-être parce que comme pour ano, Ayuni semble s’être échappée de son groupe d’idoles (BiSH pour Ayuni, donc) pour aller goûter les joies du rock alternatif avec Hisako Tabuchi de Number Girl à la guitare. J’aurais beaucoup mentionné Number Girl dans ce billet, ce qui veut dire qu’il faudra certainement que je me remette très bientôt à écouter leurs albums.

東京99

Le premier jour de février de l’année 1999, le Boeing d’Air France me dépose à Narita en fin de journée. Ce n’est pas la première fois que je mets les pieds au Japon mais c’est bien la première fois que je vais entrer dans Tokyo, pour une période initiale de six mois de stage qui sera ensuite étendue sous d’autres formes jusqu’à maintenant. A cette époque, les vols long-courriers ne se posaient qu’à Narita et Haneda était plutôt réservé aux vols domestiques. Cette première entrée dans Tokyo était un long cheminement en bus limousine empruntant les autoroutes surélevées qui percent Tokyo à la hauteur d’immeubles de 4 où 5 étages. J’ai souvent dit dans quelques billets passés que l’autoroute surélevée intra-muros Shūto est le plus grand ouvrage architectural de Tokyo. C’est à la fois un formidable lien entre les différentes zones névralgiques de la ville, mais aussi une horrible cicatrice dans le paysage urbain. Le paysage avant l’arrivée dans le centre de la ville n’est pas des plus accueillants surtout de nuit. On est confronté à un mélange de barres d’immeubles quelconques et de docks maritimes, dont la froideur est saisissante. J’ai certes comme première impression celle d’un complexe urbain futuriste où l’humanité des lieux ne se dégage pas franchement. Tant que l’on navigue au dessus des âmes sur cette autoroute surélevée, la sensation d’une ville habitée ne se fait pas encore sentir. L’autoroute surélevée trace sa route comme un serpent cherchant son chemin dans le labyrinthe des rues et des rivières urbaines bétonnées. Lorsqu’il n’y a plus d’issues, l’autoroute plonge parfois dans les entrailles souterraines de la ville, pour reprendre sa respiration quelques centaines de mètres plus loin, en reprenant de la hauteur. Le bus limousine voyage d’hôtel en hôtel et termine sa course pour moi à Akasaka près du croisement de Tameike Sanno. Je ne séjournerais pas à l’hôtel mais dans un appartement loué au mois appelé Akasaka Royal Palace, qui n’a d’ailleurs de royal que le nom. Mais il faudra d’abord le trouver ce palace royal dans les rues sombres de lieux que je ne connais pas encore, en poussant péniblement une lourde valise. Il est pourtant assez proche mais il faut d’abord franchir un passage souterrain avec escaliers. On doit ensuite gravir une rue étroite sans trottoir en évitant soigneusement les taxis ayant pris leur élan depuis le bas de la pente. Après avoir tourné en rond plusieurs fois dans le quartier, je demande finalement mon chemin à une passante, d’un japonais hésitant. Elle se saisira aussitôt de ma carte et aura l’amabilité de m’accompagner jusqu’aux portes de mon palace royal japonais. Il fait nuit noire et l’appartement de la taille d’une chambre d’étudiant est bien sombre. Je me souviens de cette première nuit à Tokyo où le sommeil ne venait pas, peut être à cause du décalage horaire. Dans la nuit noire de la chambre, je me souviens m’être longuement demandé quelle idée m’était passé par la tête d’être venu m’installer aussi loin pour une période aussi longue de six mois. A ce moment-là, je n’avais aucune idée que 19 ans après, je serais toujours habitant de cette ville avec femme et enfant.

Je pense soudainement à mon arrivée à Tokyo en relisant Tokyo, c’est fini, le roman de Regis Arnaud publié en mars 1999, car la première scène du livre se déroule à l’aéroport de Narita. Je l’ai commandé et reçu récemment après une envie soudaine de le relire. Je l’ai lu pour la première fois l’année de sa publication en 1999 et je me souviens qu’on se le passait entre amis coopérants du service national à l’étranger (ou CSNE, équivalent du VIE maintenant). Il y avait une certaine proximité entre la situation des personnages du bouquin et la notre, ce qui rendait ce roman tout spécialement intéressant. Il devait se dérouler une ou deux années avant mon arrivée à Tokyo. On y reconnaissait quelques lieux que l’on fréquentait également de temps en temps à l’époque. Le trait était pourtant forcé et le portrait des jeunes français en mission à Tokyo, changeant de compagne à la moindre occasion, était même assez peu reluisant mais sans être dénué de certains traits d’humour. À vrai dire, personnellement, je ne me reconnaissais pas vraiment dans ce type de personnage sur-jouant leur culture française, mais comme eux, j’ai passé ma véritable jeunesse, la période de mes 20 ans, ici à Tokyo. Me revient maintenant le souvenir des dimanches matin après des nuits trop courtes dans les rues et boites de Tokyo, vers 4h quand il était temps pour nous de se séparer et de rentrer se coucher, alors que le soleil lui était déjà en train de se lever. Les rues de Shibuya près du croisement étaient calmes, mais loin d’être désertes à cette heure-ci. Il y avait des corbeaux et leur croassement m’était insupportable quand j’essayais de dormir pendant la journée du dimanche pour ne me réveiller que lorsque le soleil se couche déjà. C’était il y a 19 ans, et ça me paraît être une éternité. Je me dis maintenant que j’aurais du écrire un journal à cette époque pour me souvenir maintenant de tout ce qui s’est passé. Ce n’était pas ma priorité car il fallait d’abord que je vive ma jeunesse à Tokyo avant toute chose. Il ne me reste que quelques bribes de nouvelles provenant de mon ancien site internet et réunies à posteriori avant le premier article du blog. Peut être devrais-je faire travailler ma mémoire et coucher sur le papier ou les pages de ce blog mes souvenirs de cette époque.


Les 4 photographies de cet article ont été prises en 1999 avec un appareil photo Kodak APS. De haut en bas: (1) une vue du balcon de mon premier logement à Akasaka, (2) une vue sur le Rainbow Bridge depuis Odaiba, (3) une vue sur Akasaka sans les tours Akasaka Sacas et Tokyo Mid-Town pas encore construites, (4) une vue sur Marunouchi sans la plupart des tours actuelles.