Osaka Expo 2025 (1)

Drapeaux des nations à l’entrée Ouest de l’Expo Osaka 2025.
Myaku-Myaku, mascotte de L’Expo à l’entrée Ouest, devant l’emblématique anneau « Grand Ring » conçu par Sou Fujimoto.
Statue de Myaku-Myaku et le Pavillon Yoshimoto waraii myraii en arrière plan.
Pavillon de la Serbie par ALEATEK Studio.
Blue Ocean Dome par Shigeru Ban.
Pavillon joint d’Iida Group et de l’Osaka Metropolitan University par Shin Takamatsu.
A l’intérieur du Grand Ring entièrement construit en bois.
Voie piétonne d’une longueur de 2025 mètres au dessus du Grand Ring.
Vue depuis l’Anneau sur le Pavillon de la Belgique conçu par Carré 7.
Installation type_ark_spec2 de la série HIWADROME de l’artiste Kazuhio Hiwa, devant le Pavillon de la Belgique.

Le Mercredi 17 Septembre, nous arrivons sur le site de l’Expo 2025 d’Osaka (大阪万博2025) un peu avant midi. Nos places nous donnaient droit d’entrée dans la file d’attente attitrée à partir de 11h00, mais certains retards indépendants de notre volonté nous ont fait arriver avec presque une heure de décalage sur notre planning. Nos billets correspondaient à l’entrée Ouest, qui n’est pas celle proche de la station de train de Yumeshima (夢洲). Depuis la station de Yumeshima, où se trouve l’entrée principale Est, on peut marcher une demi-heure jusqu’à l’entrée Ouest, prendre une navette depuis Sakurajima (où se trouve le parc Universal Studios Japan) ou venir en taxi. Il n’y a pas de parking pour les particuliers et l’autoroute qui mène à l’île artificielle de Yumeshima n’est accessible qu’aux véhicules autorisés. L’avantage de l’entrée Ouest, excentrée par rapport à la station, est qu’elle est beaucoup moins encombrée. Il ne nous a fallu que dix minutes pour entrer à l’intérieur de l’enceinte de l’Expo, après une fouille rapide des sacs et un contrôle des billets, le tout très efficacement organisé.

Nous voilà enfin devant le grand anneau de bois conçu par Sou Fujimoto. J’avais pu en voir des photographies et une reconstitution très partielle d’une toute petite portion lors de l’exposition dédiée à l’architecte au Mori Art Museum de Roppongi Hills. La version réelle devant nous est impressionnante, même de loin. La politesse nous impose de saluer la statue de l’étrange mascotte bleue et rouge Myaku-Myaku (ミャクミャク). Ce personnage mignon avait étonné la population lors des premières présentations, mais il est désormais très populaire. Nous l’adorons aussi, pour être très honnêtes. Il détrônerait presque Hikonyan (ひこにゃん), la mascotte de la ville de Hikone, dans le palmarès très limité des mascottes que nous apprécions. Myaku-Myaku a été créé par l’illustrateur Kouhei Yamashita, connu sous le pseudonyme mountain mountain. Son design a été sélectionné parmi près de 1 900 propositions lors d’un concours national organisé en 2022. Le nom a, lui aussi, fait l’objet d’un concours. Cet étrange personnage un peu cosmique représente une créature mystérieuse née de la fusion de cellules et d’eau, symbolisant la vie et la transformation. Myaku (ミャク) fait référence à la circulation du sang, et sa répétition donne une impression de continuité infinie, d’énergie et de vie qui se transmet. Myaku-Myaku est en quelque sorte une métaphore vivante de la transmission de la vie, du futur et de la continuité entre les générations. Le personnage est tellement populaire qu’on trouve toutes sortes d’objets et de peluches à son effigie.

On nous avait prévenus qu’il y aurait foule à l’Expo, et c’est le moins qu’on puisse dire. Elle fermera ses portes le 13 Octobre 2025, et tout ou presque disparaîtra ou sera délocalisé. Les chaleurs de l’été ayant été infernales cette année, nombreux sont ceux, comme nous, à avoir préféré venir en Septembre. Il fait tout de même chaud, environ 31 degrés, mais le ciel nuageux nous a en partie épargné. Les pavillons installés à l’intérieur de l’anneau, ou à sa périphérie immédiate, sont nombreux. Certains demandaient des réservations préalables, tandis que les autres étaient libres d’accès, à condition d’accepter parfois plusieurs heures d’attente. Deux semaines avant notre départ, nous avons tenté la loterie pour réserver des places dans quelques pavillons, mais sans succès. J’avais personnellement dans l’idée de découvrir d’abord les façades de la majorité des pavillons. L’architecture des pavillons, qu’ils soient nationaux ou spécialisés, est tout à fait remarquable et vaut le déplacement malgré la foule et la chaleur. J’ai bien entendu commencé par gravir les escaliers du grand anneau de bois de Sou Fujimoto. Ce Grand Ring mesure 2025 mètres de circonférence, un clin d’œil direct à l’année de cette exposition. On peut en faire le tour complet, mais je n’ai pas tenté le coup, ce que je regrette un peu maintenant. On y accède par plusieurs escaliers et escalators, ce qui est vivement conseillé pour avoir une vue d’ensemble de l’enceinte de l’exposition.

Plan d’ensemble de l’OSAKA EXPO 2025 à Yumeshima.

De nombreux architectes reconnus ont participé à la conception des pavillons. Outre Sou Fujimoto, on retrouve des grands noms de l’architecture japonaise comme Toyo Ito, Kengo Kuma, Akihisa Hirata, SANAA, Yuko Nagayama, Shin Takamatsu, Shigeru Ban, entre autres. Je commence ici une série de plusieurs billets montrant tous ces édifices, en m’efforçant de commenter chaque photographie. La multitude d’images que j’inclus dans chaque billet vient illustrer la densité de l’Expo 2025 d’Osaka.

marcher entre les arbres de Hanegi

J’étais déjà passé à pieds aux limites du quartier de Hanegi (羽根木), dans l’arrondissement de Setagaya au delà de Shimokitazawa (下北沢) et près de la station de Shindaita (新代田), car j’ai déjà pris en photo l’arbre planté au milieu de la route sur la huitième photographie ci-dessus. Cette route longe la ligne de chemin de fer desservant la station de Shindaita. Je n’avais pas jusqu’à maintenant exploré les rues intérieures du quartier de Hanegi. Mari qui y est allée avec une amie quelques jours auparavant m’a en fait fortement conseillé d’y faire un tour car elle me dit que l’architecture y est intéressante. Quelques recherches me confirment bien cela, car on trouve dans ce quartier plusieurs bâtiments de l’architecte Shigeru Ban (坂茂). Le quartier est découpé par une rue très ombragée. On remarque tout de suite un complexe ouvert fait de plusieurs bâtiments de béton séparés en trois blocs. Il s’agit de Hanegi International Garden House conçu par Kojiro Kitayama et construit en 2007. Je montre cet ensemble d’appartements résidentiels sur les cinq premières photographies du billet. Un espace vert est conservé au milieu de ce complexe et de nombreux grands arbres y sont présents. Le domaine sur lequel a été construit cette résidence appartenait à la même famille depuis la période Edo, et la conservation des arbres faisait partie des prérogatives du re-développement de cette zone. On remarque par exemple que la forme de certains escaliers s’ajustent en fonction de l’emplacement des arbres. La végétation prend également le dessus sur les façades en jaillissant des toits. Le sol du jardin central n’est pas mis à niveau et reste très accidenté, comme laissé à son état naturel. Cette configuration privilégiant la végétation est vraiment très intéressante. Il en est de même pour la résidence Hanegi Forest conçue par Shigeru Ban en 1997, que je montre sur la septième photographie du billet. La forme du bâtiment de trois étages a été dessinée pour laisser la place aux arbres déjà présents sur le site. Des formes ovales sont ainsi creusées au milieu du bâtiment pour laisser grandir les arbres. Ces formes sont difficiles à montrer correctement en photo, mais le site web de l’architecte donne une meilleure idée de la configuration spatiale du bâtiment. La résidence Hanegi Forest Annex du même Shigeru Ban se trouve juste à côté. Sa conception est différente et plus récente car le bâtiment date de 2004. Son toit en forme d’arche en acier est immédiatement remarquable. Tout comme l’autre bâtiment, il est surélevé pour laisser de la place aux parkings. J’aime beaucoup le concept du quartier conservant la végétation déjà installée. Cela donne un environnement de vie très agréable. Les deux dernières photographies du billet montrent une maison au style différent mais encore une fois conçue par Shigeru Ban. Il s’agit de House at Hanegi Park Vista, construite en 2010. Comme son nom l’indique, elle est située au bord du grand parc de Hanegi, au coin d’une longue rue en forme de L. Sa particularité est la grande toiture courbée que l’on distingue clairement depuis l’extérieur. Là encore, le site de l’architecte montre quelques photographies de l’intérieur pour mieux apprécier les qualités de cet espace au haut plafond courbé. Cette petite promenade du samedi matin a été riche en découverte architecturale. J’avais bien sûr fait des recherches avant de partir et mon parcours était par conséquent très programmé et n’avait rien du hasard, ce qui n’est pas toujours le cas.

Parlons maintenant de la musique qui accompagne l’écriture de ce billet. Gamel est une œuvre musicale vraiment atypique du groupe rock expérimental OOIOO mené par YoshimiO (ou Yoshimi P-We), de son vrai nom Yoshimi Yokota (横田佳美). YoshimiO chante dans le groupe OOIOO mais est avant tout connue pour être batteuse du groupe de noise rock Boredoms fondé par Yamataka Eye (山塚アイ). Je n’ai jamais été très attiré par la musique de Boredoms, mais j’ai un vague souvenir d’avoir été voir et écouter un live électronique de Yamataka Eye il y a un peu moins de vingt ans. Comme je ne notais pas tout à cette époque, mes souvenirs m’échappent malheureusement. Je m’intéresse soudainement à OOIOO car j’avais noté que Kyoko de Kokushoku Elegy (黒色エレジー) avait fait partie de ce groupe à ses débuts, dans les années 90. YoshimiO et Kyoko étant toutes les deux originaires de la préfecture d’Okayama, on peut deviner qu’un rapprochement s’est fait à l’époque. Le groupe OOIOO a été fondé en 1996 par YoshimiO et se compose de quatre filles: KayaN, AyA et MISHINA accompagnant YoshimiO dans sa composition actuelle. Le nom de YoshimiO m’était en fait familier depuis longtemps car elle est également membre du super-groupe Free Kitten avec Kim Gordon de Sonic Youth (et Julia Cafritz de Pussy Galore). OOIOO a d’ailleurs fait l’ouverture de Sonic Youth lors de leur tournée japonaise de 1997. En lisant les fiches Wikipedia, je suis assez surpris de me rendre compte que YoshimiO a même inspiré le titre de l’album Yoshimi Battles the Pink Robots de The Flaming Lips. Elle y jouait d’ailleurs de la batterie. Plutôt que d’écouter des albums de années 90 de OOIOO, je me dirige sur celui intitulé Gamel sorti en 2014, pour l’avoir vu cité dans une liste des meilleurs albums japonais de la décennie passée. Comme son nom l’indique, cet album expérimental met en avant les sons du gamelan (ꦒꦩꦼꦭꦤ꧀), un ensemble instrumental traditionnel indonésien caractéristique des musiques javanaises. Lorsque je pense au gamelan, me viennent tout de suite en tête les sons du morceau Tetsuo (鉄雄) par Geinō Yamashirogumi (芸能山城組) sur la bande originale Symphonic Suite AKIRA, que j’ai dû écouter une centaine de fois après avoir vu le film au cinéma en France. L’ambiance de Gamel est bien entendu très différente mais la force et la présence du gamelan est inimitable. Les chants y sont étranges, les motifs instrumentaux souvent répétitifs, la composition souvent déconstruite ou du moins non conventionnelle, mais quelle beauté pleine d’inattendu ! Comme je le dis parfois, ce n’est pas forcément une musique pour toutes les oreilles. Le premier morceau Don Ah de 10 minutes est une excellente entrée en matière. On se laisse facilement entraîner dans ces étranges compositions, parfois à la limite du psychédélique, ressemblant d’autres fois à des chants ou à des incantations d’une tradition ancestrale perdue. Il faut pour sûr accepter de rentrer dans ce monde, et cette musique devient ensuite très rapidement fascinante et addictive. On a parfois l’impression d’assister à des sessions Live improvisées, même si le tout reste très construit. On n’arrive tout simplement pas à bien imaginer les limites de cet objet musical à l’approche très libre, proche de la performance artistique (les cris de YoshimiO sur Gamel Kamasu par exemple). Le deuxième morceau Shizuku Gunung Agung est très marquant. Le gamelan a cette capacité de s’ancrer dans notre cerveau et les chants à la fois répétitifs et distordus contribuent à ce phénomène d’addiction sonore que je mentionnais ci-dessus. Les morceaux Atatawa et Jesso Testa sont également très singuliers et comptent parmi mes préférés de l’album. L’ensemble de l’album Gamel durant un peu plus d’une heure a une grande unité de style avec des morceaux se chevauchant souvent les uns sur les autres, avec le gamelan comme instrument d’union continuelle. Gamel est un véritable ovni mais également un petit bijou musical. La photographie du groupe OOIOO ci-dessus a été prise par le photographe Takashi Homma (ホンマタカシ), ce qui me rappelle d’ailleurs qu’il faut que j’aille voir son exposition Revolution 9 qui se déroule jusqu’au 21 Janvier 2024 au Tokyo Photographic Art Museum à Yebisu Garden Place.

春休み#2〜Fujinomiya 1ère partie

Sur la route menant vers la ville de Hamamatsu et le lac Hamanako, je voulais absolument m’arrêter à Fujinomiya au pied du Mont Fuji. On pouvait bien sûr admirer cette montagne majestueuse tout le long du voyage sur l’autoroute Shin-Tomei, mais je voulais voir la représentation architecturale que l’architecte Shigeru Ban en a fait pour le Mt. Fuji World Heritage Centre. Il s’agit d’un centre d’exposition dédié au Mont Fuji situé à Fujinomiya. Dès qu’on l’aperçoit, on est impressionné par cette forme ressemblant à un Mont Fuji disposé à l’envers, avec un socle comme plafond. Le cône renversé couvert d’un quadrillage de bois se resserrant à la base est lui même posé sur la surface d’eau d’un bassin. On accède au centre en traversant une gigantesque porte torii rouge et en faisant le tour du bassin. A l’intérieur du centre, le parcours de visite se déroule sur une surface hélicoïdale posée sur le cône renversé, pour retranscrire la sensation d’ascension du Mont Fuji. La surface intérieure du cône renversé se voit projetée des images du Mont Fuji prises en différents lieux et saisons. On grimpe ainsi à l’intérieur du cône jusqu’au socle formant le plafond. La surprise de la visite se présente là. Le toit du centre se compose d’un bloc blanc ouvert d’un côté et orienté vers le Mont Fuji. En entrant dans cette pièce, on aperçoit donc directement le Mont Fuji, cadré par les murs du bloc blanc. Nous avions de la chance, car le ciel était dégagé au moment de notre visite. Le ciel est en général très capricieux autour du Mont Fuji, et il n’est pas rare qu’il disparaisse complètement derrière les nuages en l’espace de quelques heures seulement, pour réapparaître un peu plus tard dans la même journée. La vue est magnifique et vaut le déplacement. On peut s’asseoir sur un des quatre bancs posés à l’intérieur du bloc blanc pour regarder la neige dégouliner du sommet du Mont Fuji, point culminant du Japon du haut de ses 3,776.24 m et inscrit depuis Juin 2013 au patrimoine mondial de l’UNESCO.