se perdre dans un rouge profond

Il me reste encore quelques photographies de l’année dernière à montrer sur ce blog. Celles ci-dessus ont été prises en fin de journée au grand sanctuaire de Kanda, communément appelé Kanda Myōjin, dans les derniers jours du mois de Décembre. La lumière de fin de journée venait accentuer les couleurs rouges vermillon de la grande et magnifique porte Zuishin-Mon, construite en cyprès. La richesse de l’endroit tape tout de suite à l’oeil. Il s’en dégage une certaine ‘puissance’ que j’aurais du mal à expliquer mais que j’ai ressenti. Peut-être est-ce la richesse de l’architecture, notamment des toitures et de la porte principale, qui me donne ce sentiment. Kanda Myōjin fait d’ailleurs partie des Tokyo Jissha (東京十社), les 10 sanctuaires de Tokyo sélectionnés par l’Empereur Meiji, dans différents lieux de Tokyo, pour apporter prospérité à la ville. Nous avons déjà visité plusieurs sanctuaires de cette sélection, comme celui de Nezu, celui de Hikawa à Akasaka, ou encore celui de Hie, de Shinagawa ou encore de Kameido. Il faudra qu’on les visite tous pour compléter notre collection de goshuin. C’était la première fois que je venais à Kanda Myōjin, mais je suis pourtant passé plusieurs fois à quelques rues de son entrée sans avoir eu l’idée de m’y rendre. Le portique torii se trouve sur la pente Shin-Tsumakoi-zaka (新妻恋坂) dans le prolongement de la rue Kuramae-dori. Le nom de cette pente parlant d’amour d’une femme m’intrigue beaucoup. Juste à côté de ce torii, un vieil établissement s’appelant Amanoya et datant de l’époque Edo prépare et vend du amazake. Je n’ai pas résisté à l’envie de commander un verre. J’aime beaucoup prendre le temps de boire un verre d’amazake chaud, dehors dans la rue ou devant un sanctuaire, lorsqu’il fait froid. J’ai le sentiment que ce moment, bien que court, me donne assez de temps pour observer les choses autour de moi, de m’y attarder un peu plus, plutôt qu’être toujours en mouvement. Je rêve parfois de pouvoir rêver un peu plus.

Tokyo Jihen nous fait la surprise de sortir un nouveau morceau intitulé Whiteout (闇なる白) le 23 Janvier 2021. Après les deux morceaux sortis au mois de Novembre 2020, Blue ID (青のID) et Veil of Life (命の帳), le groupe est en pleine activité pour notre plus grand plaisir. En annonçant ce nouveau single, Tokyo Jihen en profite pour nous rappeler que leur prochain album original est en cours de production, mais sans donner de date de sortie. Whiteout est un morceau composé par Izawa Ichiyō, qui est particulièrement actif depuis la réformation car il a également écrit Veil of Life (命の帳) et Aka no Dōmei (赤の同盟), entre autres. Izawa a un talent certain pour construire des morceaux atypiques et je trouve que tout ce que Tokyo Jihen a sorti depuis Aka no Dōmei (赤の同盟) en Aout 2020 suit cette même veine musicale. J’ai souvent envie de parler de Tokyo Jihen ces derniers mois, notamment car je suis épaté par leurs nouvelles compositions qui sortent des formats classiques. C’est le cas de Whiteout qui est musicalement superbe. Il est chanté à plusieurs voix (Sheena, Ukigumo et Izawa) mais seule celle de Sheena a un léger effet vocoder, un peu comme sur le morceau Nagaku Mijikai Matsuri, mais en moins prononcé. Certaines personnes sautent au plafond à la première utilisation d’un vocoder mais ce n’est pas mon cas. Je ne saute pas non plus au plafond quand Sheena chante à travers un mégaphone qui triture complètement sa voix. Toujours est il que la variation de tonalités du chant de Sheena est toujours pour moi un point d’interêt majeur. Le morceau n’a pas vraiment l’allure d’un single qui passerait à la radio, peut être parce qu’il est un peu court à 3 minutes. Je l’imaginerais bien en premier titre du futur album. Je dis peut être cela car la partie instrumentale électronique au 2/3 du morceau était déjà présente dans le teaser 東京事変2020+X et ressemble donc à une annonce pour le prochain album. Veil of Life (命の帳) reste le morceau que je préfère depuis leur réformation mais j’aime aussi énormément ce dernier morceau, ce qui laisse présager de bonne choses pour le nouvel album. Je pense qu’il sera moins conventionnel que le EP News de début 2020.

J’arrive assez bien jusqu’à maintenant à alterner les concerts de Sheena Ringo avec ceux de Tokyo Jihen. Après la revue de Just Can’t Help It de Tokyo Jihen, je reviens donc naturellement vers un concert solo de Sheena Ringo, même si Tokyo Jihen n’est pas très loin. Je regarde cette fois-ci le DVD de Dai Ikkai Ringohan Taikai no Moyō (第一回林檎班大会の模様), sorti le 21 Février 2007. Comme pour Electric Mole, je l’ai acheté sur Mercari à un particulier vivant à Fukuoka. Il s’agit d’une captation vidéo de deux séries de concerts sous le nom Dai Ikkai Ringohan Taikai Adult Only (第一回林檎班大会 アダルト・オンリー) qui se sont déroulés les 12 et 13 Décembre 2005 au Garden Hall de Yebisu Garden Place à Ebisu, ainsi que les 20 et 21 Décembre 2005 dans la salle Daikanyama Unit. Les ambiances de ces deux salles étant très différentes, plutôt formelle pour le Garden Hall à Ebisu et underground pour Daikanyama Unit, les concerts qui y sont joués ont donc également des styles très différents. Comme le nom l’indique, il s’agissait de concerts réservés uniquement aux membres du fan club Ringohan (林檎班) et le public dans chacune des salles était donc limité, 1500 personnes au Garden Hall et 500 personnes au Daikanyama Unit.

Dai Ikkai Ringohan Taikai no Moyō est assez particulier car Sheena évolue déjà au sein de Tokyo Jihen à cette époque, mais plus dans sa première phase Dai-Ikki (第一期) car Hiizumi et Hirama sont déjà partis. En fait il s’agit du premier concert de Tokyo Jihen en deuxième phase Dai-Niki (第二期), car Izawa et Ukigumo ont intégré le groupe en Septembre 2005 et ces quatre dates de concerts se déroulent deux mois après en Décembre 2005. Chronologiquement parlant, Dai Ikkai Ringohan Taikai no Moyō se déroule après Dynamite Out (2005) et avant Domestic! Virgin Line et Just Can’t Help It (2006). C’est aussi le premier concert en solo de Sheena Ringo depuis Electric Mole en 2003. Ce n’est par contre pas la première fois que Sheena se produit sur scène avec une orchestration de Neko Saito, car il était déjà présent sur Baishō Ecstasy (2003). En y pensant maintenant, ce concert laissait déjà présager l’album orchestral Heisei Fūzoku (平成風俗) qui sortira deux mois après le DVD, en Avril 2007. Les morceaux joués lors de ces concerts sont donc un mélange de titres de sa carrière solo et d’autres de Tokyo Jihen, mais aussi des reprises dont certaines sont présentes sur Utaite Myōri.

Le DVD ne montre en fait que des parties des deux séries de concerts. Les deux concerts au Garden Hall les 12 et 13 Décembre 2005 se composaient de deux parties distinctes. La première partie faisait intervenir Tokyo Jihen pour 7 morceaux de leurs deux premiers albums tandis que la deuxième partie était consacrée à Sheena Ringo en solo mais accompagnée sur 10 morceaux par Neko Saito et par un orchestre de 27 personnes pour 10 instruments classiques. Seule cette deuxième partie de Sheena Ringo solo est montrée en intégralité sur le DVD Dai Ikkai Ringohan Taikai no Moyō. Pour les dates du 20 et 21 Décembre 2005, le concert était également divisé en deux parties indépendantes. La première partie voyait Sheena Ringo collaborer sur scène avec le chanteur folk Hasegawa Kiyoshi (長谷川きよし) pour 8 morceaux, tandis que Tokyo Jihen interprétait la deuxième partie avec une série similaire à celle jouée lors des dates au Garden Hall de Yebisu Garden Place. Seule la première partie avec Sheena et Hasegawa Kiyoshi est montrée sur le DVD. En fait, toutes les séquences avec Tokyo Jihen ont été exclues du DVD sauf un morceau en rappel sur les dates au Daikanyama Unit. Je n’aime en général pas trop quand les concerts sont découpés, mais c’est beaucoup moins gênant de le cas de Dai Ikkai Ringohan Taikai no Moyō car il s’agissait de parties très distinctes qui ont été enlevées, plutôt que des morceaux au milieu du concert. Mais j’aurais quand même été très intéressé de voir comment Tokyo Jihen interprète les mêmes morceaux dans des ambiances très différentes, entre le classicisme du Garden Hall et l’aspect très rock underground du Daikanyama Unit. Dans son ensemble, Dai Ikkai Ringohan Taikai no Moyō donne une atmosphère intimiste dans l’esprit des concerts Baishō Ecstasy deux années auparavant en 2003 et Tōtaikai beaucoup plus tard en 2013.

Un peu comme sur Baishō Ecstasy d’ailleurs, le concert commence par Kareha, une reprise des Feuilles Mortes de Jacques Prévert, chantée en français par Sheena et accompagnée par le seul violon de Neko Saito. La scène se passe d’abord dans le noir presque complet. Neko en premier puis Sheena ensuite arrivent tranquillement en marchant vers le milieu de la scène entourés de halos de lumière. Le morceau n’est pas interprété en entier car l’orchestre au complet se met soudainement en mouvement pour le morceau qui suit, Kabukichō no Joō. Sheena regarde droit devant elle, sans sourire et avec un air extrêmement décidé. J’aime beaucoup ce regard sans compromis qu’elle nous montre souvent pendant ce concert. Elle est d’abord habillée d’un manteau noir qu’elle va ensuite enlever d’un mouvement brusque pour laisser apparaitre une robe de couleur rosée qu’elle gardera pendant tout le reste du concert. On peut même noter un certain air de satisfaction sur son visage après ce changement de vêtements. Ces changements brusques de tenues de scène sont même devenus une marque de fabrique de ses concerts. Orchestration étendue oblige, il y a plusieurs morceaux de KSK présents sur cette première partie de concert notamment Ishiki, STEM puis Meisai en final dans les rappels. Ces versions sont très réussies même si je ne suis pas certain que ce soient les meilleures versions que j’ai pu entendre de ces morceaux. Disons qu’il n’y a pas vraiment de spécificités, musicalement ou visuellement, dans les versions de ce concert par rapport aux autres concerts que j’ai pu voir jusqu’à maintenant. Le décor est très sobre sans écrans et sans effets d’éclairage très évolués. Ma première impression était de penser que ce concert n’était pas indispensable dans la discographie vidéo de Sheena Ringo, mais l’ambiance très intimiste du lieu rend en fait ce type de concert très attachant. Comme il s’agit d’un concert uniquement réservé au fan club Ringohan, je pensais qu’il serait plus détendu et moins formel, mais Sheena se donne à fond en toutes situations. Le final de STEM se révèle d’ailleurs être plein d’émotion, dans sa voix aux bords des pleurs. L’ambiance change ensuite très vite avec Dynamite où Sheena prend un air plus enjoué, appréciant la formation orchestrale qui l’accompagne. Le concert passe son temps à alterner les ambiances, plus émotionnelles ou plus enjouées. Elle annonce ensuite le nom de l’orchestre avec un certain formalisme. Comme on le sait très bien, chaque formation musicale qui l’accompagne prend un nom spécifique en fonction des concerts ou des séances d’enregistrement studio et cette formation là, annoncée par Neko Saito, s’appelle Matatabi Orchestra. Suit ensuite le morceau La Salle de Bain qui est la version orchestrale et en anglais de Yokushitsu de l’album Shōso Strip et que l’on trouve sur le EP Ringo no Uta. Cette version orchestrale est celle que je préfère, surtout pour l’intensité vocale qu’elle y met lors de ce concert. J’aime aussi beaucoup la version de Tōtaikai pour les percussions de Midorin, mais je préfère en fait cette version pour son intensité en milieu de morceau. Le morceau suivant Papaya Mango est présent sur l’album Heisei Fūzoku qui sortira plus tard, et c’est le seul morceau que je n’aime pas beaucoup de cet album. La version live passe mieux mais n’arrive tout de même pas à vraiment me convaincre, même si on apprécie le fait qu’elle chante en français au début. A noter que c’est quand même la deuxième fois qu’elle chante en français pendant ce concert. Le fait qu’elle nous fasse un petit sourire innocent à la fin du morceau en guise de remerciement vaut quand même le détour. Yume no Ato est tout de suite beaucoup plus poignant. Elle se cramponne sur son micro, son visage se tend et elle perd un peu le contrôle de ses mouvements. Ce sont les moments que je préfère dans les concerts de Sheena Ringo, quand elle semble être emportée par le morceau qu’elle interprète. En voyant son visage par moments sur ce morceau en particulier, elle me rappelle un peu Jun Togawa quand elle est également prise par l’intensité de son interprétation. Sheena annonce ensuite qu’il s’agit déjà du dernier morceau. Une personne dans le public crie “Yada” d’une voix assez forte, ce qui la gène visiblement un peu car elle n’est en général pas à l’aise sur ce genre de réaction. Comme elle a toujours un grand souci de satisfaire son public, je pense qu’elle n’aime pas beaucoup ce genre de commentaires qu’elle doit prendre au premier degré. Elle répond aimablement qu’il faudra dire cela à la fin du concert, tout en enchainant sans attendre. Sid to Hakuchumu est censé être le dernier morceau mais elle revient quand même rapidement pour les rappels avec le morceau Meisai de KSK. Elle fait un petit mouvement de ballet avant de démarrer Meisai, mouvement qu’elle n’a jamais fait en concert jusqu’à maintenant, à ma connaissance du moins. Elle fait aussi beaucoup de mouvements d’inclinaison pour remercier le public et va même jusqu’à toucher le sol lors de ce concert. L’interprétation de Meisai est très belle, fonctionnant en duo avec Sheena à la voix et Neko prenant le devant de la scène au violon. Cette interprétation est également très intense. Sheena part avant la fin laissant l’orchestre et Neko partir en improvisation. Les membres de l’orchestre partent les uns après les autres sauf les percussions, le pianiste et le bassiste, laissant Neko s’engager dans un chaos musical au violon du plus bel effet.

On change complètement d’ambiance sur la deuxième partie du DVD, car on se déplace dans la salle de concert Unit à Daikanyama. Cette deuxième partie est musicalement beaucoup moins dense car Sheena est seule au piano pour interpréter d’abord Kōfukuron. Il s’agit bien sûr de la version initiale de ce morceau, celle qu’on trouvait sur son premier single, plutôt que la version chaotique de Muzai Moratorium. On se concentre sur sa voix d’autant plus que l’ambiance est très sombre dans la salle. On ne voit qu’elle sur la scène et il n’y a rien pour nous distraire ou nous extraire de cette voix. La version de Gibs ensuite est très réussie, mais je ne peux m’empêcher de penser que ce morceau n’est pas dans ses morceaux préférés sur Shōso Strip. J’aurais aimé qu’elle interprète pendant ce type de concert intimiste, un morceau comme Onaji Yoru de Muzai Muratorium, qui est le morceau qu’elle préfère sur Muzai Moratorium (elle le disait souvent dans l’émission de radio Etsuraku Patrol). La particularité de cette deuxième partie de concert est la présence de Hasegawa Kiyoshi au chant et à la guitare acoustique. On est tout de suite impressionné par la dextérité de ces doigts à la guitare. Les morceaux en duo démarrent par une reprise de Fly me to the moon. Le duo de voix fonctionne très bien. Le concert continue par Kesho Naoshi qui est également une version très réussie de ce morceau de Tokyo Jihen. Maki, la fille de Hasegawa Kiyoshi, vient ensuite rejoindre le duo. Elle les accompagnera à la flute traversière pour Ringo no Uta et les quelques morceaux qui suivent comme Omatsuri Sawagi. Ce sont également des excellentes interprétations. On ressent un grand respect de Sheena pour Hasegawa, pas forcément dans ses mots mais dans sa manière d’être sur scène et dans la façon dont elle l’accompagne à son entrée et à sa sortie de scène. Je ne connaissais pas particulièrement Hasegawa Kiyoshi mais on comprend vite qu’il est aveugle (il a perdu la vue à l’age de 2 ans), ce qui explique ses lunettes de soleil dans une salle très sombre et les accompagnements à son entrée et sortie. Le meilleur morceau de ce concert est Haiiro no Hitomi, qu’on trouvait sur le premier disque de Utaite Myōri: Sono Ichi. Il s’agit en fait d’un morceau de Hasegawa mais ce n’était pas avec lui que Sheena l’inteprêtait sur Utaite Myōri. Ils y ont tous les deux des voix très puissantes qui traversent la pénombre de la salle, pour arriver jusqu’à l’écran sur lequel je regarde ce DVD. Haiiro no Hitomi est annoncé comme étant le dernier morceau de cette collaboration sur scène, car le suivant est interprété par Hasegawa seul. Il s’agit de Wakare no Sanba qu’il a composé quand il avait 19 ans. Il nous explique que c’est un morceau que Sheena apprécie beaucoup et se demande d’ailleurs pourquoi elle le connait car elle ne devait pas être née à cette époque. Wakare no Sanba est sorti le 25 Juillet 1969. C’est en fait le single de ses débuts. Le DVD se termine sur une courte troisième partie composée d’un seul morceau qui est une collaboration de Tokyo Jihen avec Hasegawa Kiyoshi. Rakujitsu, qui est sorti le mois d’avant en Novembre 2005 avec le single Shuraba, est ici interprété en version quasi acoustique avec quelques effets de guitare électrique de Ukigumo. Seule Sheena chante sur ce morceau dans une ambiance générale détendue car nous sommes dans les rappels.

Pour référence ultérieure, je note ci-dessous la liste des morceaux du DVD Dai Ikkai Ringohan Taikai no Moyō:

Sheena Ringo×Matatabi Orchestra dirigé par Saito Neko (マタタビオーケストラが誘う情憬)
1. Kareha (枯葉), reprise du morceau Les feuilles mortes écrit par Jacques Prévert et composé par Joseph Kosma, présent sur l’album Utaite Myōri: Sono Ichi (唄ひ手冥利 ~其ノ壱~)
2. Kabukichō no Joō (歌舞伎町の女王), de l’album Muzai Moratorium (無罪モラトリアム)
3. Ishiki (意識), du 3ème album Kalk Samen Kuri no Hana (加爾基 精液 栗ノ花)
4. STEM (茎), du 3ème album Kalk Samen Kuri no Hana (加爾基 精液 栗ノ花)
5. Dynamite (ダイナマイト), reprise du morceau de Brenda Lee et présent en B-side sur le single Sōnan (遭難) de Tokyo Jihen
6. La salle de bain, du EP Ringo no Uta (りんごのうた)
7. Papaya Mango (パパイヤマンゴー), qui sera plus tard sur l’album Heisei Fūzoku (平成風俗)
8. Yume no Ato (夢のあと), de l’album Kyōiku (教育) de Tokyo Jihen
9. Sid to Hakuchumu (シドと白昼夢), de l’album Muzai Moratorium (無罪モラトリアム)
10. Meisai (迷彩), du 3ème album Kalk Samen Kuri no Hana (加爾基 精液 栗ノ花)

Sheena Ringo×Hasegawa Kiyoshi et sa fille MAKI (長谷川きよしとやさしい唄の世界)
1. Kōfukuron (幸福論), du premier single du même nom
2. Gibs (ギブス), de l’album Shōso Strip (勝訴ストリップ)
3. Fly me to the moon, reprise du morceau écrit en 1954 par Bart Howard
4. Kesho Naoshi (化粧直し), de l’album Adult (大人) de Tokyo Jihen
5. Ringo no Uta (りんごのうた), du EP du même nom
6. Omatsuri Sawagi (御祭騒ぎ), de l’album Kyōiku (教育) de Tokyo Jihen
7. Haiiro no Hitomi (灰色の瞳), reprise du morceau écrit par Hasegawa Kiyoshi et Kato Tokiko et présent sur l’album Utaite Myōri: Sono Ichi (唄ひ手冥利 ~其ノ壱~)
8. Wakare no Sanba (別れのサンバ), premier single de Hasegawa Kiyoshi

Tokyo Jihen×Hasegawa Kiyoshi pour les rappels (長谷川きよしと東京事変によるアンコール)
1. Rakujitsu (落日), présent en B-side du single Shuraba (修羅場)

just can’t help it

Je ne peux m’empêcher de prendre en photo les dessins sur les murs dès que j’en aperçois au hasard de mes promenades en ville. Les couleurs de la nature urbaine sont parfois tellement prononcées qu’on a l’impression qu’elles sont dessinées au feutre épais ou à la bombe de peinture. La cinquième photographie ne montre pas un dessin de rue mais la manière dont l’ancienne voiture apparaît derrière un fin rideau grillagé a quelque chose de très graphique qui donne l’impression qu’elle est dessinée dans un cadre de manière un peu floue. La dernière photographie montre la devanture ultra-colorée du magasin A Bathing Ape Kids à Jingumae. Je n’y suis jamais entré car j’ai passé l’âge depuis longtemps mais je sais qu’on trouve à l’intérieur une piscine de bananes de toutes les couleurs. On l’aperçoit à peine sur cette photographie. La quatrième photographie a été prise entre Shin-Okubo et Shinjuku le long de la voie ferrée. Comme je le montrais dans un billet précédent à Takadanobaba, les murs sous les ponts routiers sont assez souvent couverts d’illustrations. Et si ce ne sont pas des illustrations, ce sont des graffitis désorganisés qui envahissent ces espaces cachés du reste de la rue. Les deux premières photographies à Aobadai et à Daikanyama ne sont pas non plus des graffitis. J’aime beaucoup les personnages ressemblant à des barbapapa que l’on peut voir sur la deuxième photographie. Je pense les avoir déjà montré auparavant sur made in tokyo, mais je ne peux m’empêcher de les prendre en photo à chaque fois que je passe devant. I just can’t help it.

J’avoue qu’il m’était un peu difficile de reprendre le fil de l’écriture sur les concerts de Sheena Ringo et Tokyo Jihen après avoir vu Electric Mole. Il y avait tellement de choses à dire sur Electric Mole que le courage me manquait un peu de commencer à écrire sur le concert suivant, en pensant au temps que j’ai passé sur le billet d’Electric Mole. Mais l’envie de continuer ma découverte de ces concerts était trop forte et je poursuis donc tranquillement avec Just Can’t Help It de Tokyo Jihen. La tournée “DOMESTIC! Just can’t help it” n’est en fait pas la première tournée de la nouvelle formation de Tokyo Jihen en Phase 2 (第二期) car une courte série de deux concerts en deux dates sous le nom de « DOMESTIC! Virgin LINE » a d’abord eu lieu les 19 et 21 Février 2006 au Nippon Budokan de Tokyo et au Osaka-jō Hall respectivement. Cette mini tournée Virgin Line accompagnait en fait le nouvel album Adult (大人) sorti le 25 Janvier 2006 et était un tour d’essai pour le nouveau groupe voyant Ukigumo remplacer Mikio Hirama et Ichiyō Izawa remplacer Masayuki Hiizumi. “DOMESTIC! Just can’t help it” se déroule la même année mais sur un nombre beaucoup plus important de dates, 21 dates en tout, et couvre tout le pays en démarrant par le Hall de Kamakura (鎌倉芸術館) le 7 Avril pour terminer au Convention Center d’Okinawa (沖縄コンベンションセンター) le 30 Mai 2006. La captation vidéo sur le DVD Just Can’t Help It est sortie le 6 Septembre 2006 et montre un enregistrement de l’avant dernière date, le 26 Mai 2006 au NHK Hall de Tokyo, à Shibuya. Il s’agit quand même du premier concert de la Phase 2 de Tokyo Jihen disponible en DVD, car Virgin Line n’est jamais sorti en DVD ou Blu-Ray, à part quelques morceaux sur la compilation vidéo Live Chin Play Kō Play (珍プレー好プレー), dont je parlerais certainement dans quelques semaines. Cette compilation est sortie beaucoup plus tard en 2012 au moment de la séparation du groupe. En fait, Virgin Line a été diffusé en version tronquée (12 morceaux sur 18), mais avec une partie documentaire en plus, dans une émission spéciale intitulée “Tokyo Jihen Live in Nippon Budokan” diffusée sur la chaine Fuji Television le 25 Mars 2006. On peut voir cette émission sur internet en cherchant bien. Je comprends le titre de cette tournée comme voulant signifier que le groupe ne peut s’empêcher de vouloir se produire en live. Il n’y a pas de partie documentaire sur ce live, contrairement à ce qu’on avait l’habitude de voir sur les vidéos de Dynamite, Electric Mole ou encore Gekokujyo Ecstasy. Par contre, le DVD a la particularité d’intégrer des scènes vidéo originales dans le film du concert. Ces images additionnelles s’intègrent en fait très bien car le son n’est pas coupé ou altéré (à part sur un morceau). Elles donnent même une dimension contemplative au concert, que je trouve très bien pensée. Si dans l’ensemble, je trouve les versions des morceaux joués sur Just Can’t Help It moins percutantes que sur Dynamite Out avant ou sur un concert comme Ultra C plus tard, ce concert est extrêmement intéressant d’un point de vue visuel. Je ne dirais pas que le concert n’est pas intéressant musicalement car les interprétations sont impeccables comme toujours.

Just Can’t Help It reprend la quasi totalité des morceaux de l’album Adult sauf le troisième Keshō Naoshi et le neuvième Tasogare Naki (attention, nouvelle symétrie détectée), quelques morceaux de l’album précédent Kyōiku, quelques reprises et morceaux de la carrière solo de Sheena Ringo, et un nouveau morceau qui sortira plus tard sur le troisième album Variety. Le DVD reprend également la totalité des morceaux joués le 25 Mai 2006 au NHK Hall, sans supprimer de morceaux, ce qui est plutôt une bonne nouvelle. Je me suis procuré ce DVD en l’achetant à un particulier sur Mercari pour un très bon prix. En fait, je cherchais le boitier original qui est différent de la boite plastique actuelle, car j’avais déjà le DVD de ADULT VIDEO prenant le même type de packaging et de design. Le concert Just Can’t Help It et les vidéos de morceaux sur ADULT VIDEO fonctionnent un peu comme une paire, en complément de l’album Adult. ADULT VIDEO est sorti avant Just Can’t Help It, le 23 Mars 2006. En fait, j’aime beaucoup le côté un peu provocateur de la couverture de Just Can’t Help It, qui utilise des photos de modèles. Ce ne sont bien entendu pas des photos des membres du groupe. Dans le même ordre d’idée, le titre du DVD ADULT VIDEO a un nom qui peut être trompeur. Tokyo Jihen va en fait au bout de leur concept de noms d’albums s’inspirant de catégories de chaines télévisées (Discovery, News, Sports, Variety, Education et Adult). Je me demande d’ailleurs le nom qu’ils donneront à leur prochain album en 2021. En pensant au teaser du futur album, je pense à un nom en lien avec l’auto-moto. Le DVD ADULT VIDEO contient 6 vidéos, celles de Kabuki, Himitsu, Koi ha Maboroshi, Shuraba, Kenka Jōtō et Tasogare Naki. Le vidéos sont de qualités variables, celle de Shuraba étant la plus aboutie. La vidéo de Himitsu est intéressante car le morceau est différent de l’album, incluant une partie rappée par Ukigumo. Cette version aurait pu être sur l’album à mon avis. La vidéo de Koi ha Maboroshi est amusante et j’étais surpris de voir le comédien Gekidan Hitori y participer. Kenka Jōtō met Hata Toshiki à l’honneur. Il y effectue une danse Kagura dans un lieu qui semble être la mine de pierre Oya à Tochigi (qui est d’ailleurs régulièrement utilisée pour des vidéos). Mais revenons plutôt au concert Just Can’t Help It.

Le concert commence comme une scène de théâtre pour le morceau Yukiguni. Sheena Ringo y est habillée d’un kimono blanc sur un fond bleu nuit et sur un sol blanc imitant la neige. Je me suis d’abord demandé s’il s’agissait de la mise en scène actuelle que l’on pouvait voir lors du concert mais on comprend rapidement que ce n’est pas le cas car les véritables images sur la scène du NHK Hall et celles en studio se mélangent. Elle est également habillée du même kimono sur scène, ce qui fait que les images en studio et celles sur scène s’accordent très bien. Ce kimono lui sera arraché brusquement à la fin du morceau au moment où démarre le deuxième morceau Genjitsu wo Warau. L’interprétation de Yukiguni est très prenante mais c’est surtout cette mise en scène neigeuse qui laisse une forte impression. Alors qu’ils étaient dans la pénombre sur le premier morceau, les membres du groupe apparaissent plus clairement sur Genjitsu wo Warau. Ukigumo intervient d’ailleurs au chant dans la deuxième partie du morceau. Sheena reste cependant sur le devant de la scène par rapport au reste du groupe placé un peu à l’arrière. Cette disposition changera d’ailleurs au fur et à mesure dans les concerts qui suivront. Sheena est principalement au centre de la scène et elle sera plutôt placée à droite près de la batterie de Hata sur les concerts suivants. Ukigumo est placé derrière Sheena sur ce concert et on le verra se déplacer entre les claviers de Izawa et Sheena sur les concerts suivants. Shōjo Robot prend une version beaucoup plus rock que celle que l’on connaîtra bien plus tard sur la compilation Reimport 2. Ce n’est pas pour me déplaire bien que j’aime aussi la version originale de ce morceau réimporté qu’elle a initialement écrit pour sa copine Rie Tomosaka. Les morceaux s’enchainent tellement vite qu’on a du mal à saisir le démarrage du morceau suivant Kabuki. En fait, une présentation de chaque membre du groupe est faite avant le début de ce morceau. Kabuki est très réussi. Il fonctionne notamment très bien car elle sur-joue ses mouvements de visages.

Vient ensuite le morceau Himitsu. Sheena y est très mobile en effectuant ses petits mouvements saccadés de côté désormais très classique. Des scènes avec des flammes dans une sorte de vieil hangar s’intercalent avec les vrais scènes du concert de manière transparente, ce qui est assez bien fait car on ne remarque pas quand se fait la transition. On la voit même boxer dans le vide à un moment, comme sur la vidéo beaucoup plus récente du morceau Blue ID qu’on a pu voir sur Music Station le 25 Décembre 2020. Sur Himitsu, Izawa assure au piano mais reste très concentré et n’occupe pas la scène comme Hiizumi le faisait sur Dynamite. Il a l’air beaucoup plus détaché et je comprends qu’on ait pu lui reprocher cela au début de Tokyo Jihen phase 2. Ça changera plus tard dans les autres concerts. La reprise de The Lady is a Tramp suit ensuite. Ce n’est pas la première fois que je l’entends et ce morceau n’a rien d’indispensable, surtout que la version vidéo prend un effet de vieux films en noir et blanc et une altération du son le rendant moins net. Genjitsu ni Oite est un morceau composé par Hiizumi et il est excellemment interprété par Izawa. J’ai des frissons dans le dos à chaque fois que j’écoute ce morceau. Ce qui est très beau, c’est qu’Izawa engage directement sur le morceau Kao qui est un morceau que j’adore, notamment la version avec Hirama sur le concert Dynamite Out. En regardant la playlist, je me suis d’abord demandé comment le groupe allait interprété ce morceau sans Hirama, mais la version de Just Can’t Help It est seulement instrumentale. Le morceau Kao sur Dynamite Out avec Hirama est pour moi emblématique et ça aurait été difficile de l’égaler. D’ailleurs, je ne comprends toujours pas pourquoi il n’a jamais été intégré dans un album. Cette version instrumentale dans Just Can’t Help It est très belle, mais on ne peut s’empêcher de la comparer avec celle de Dynamite. Comme ces deux concerts sont assez proche l’un de l’autre, on est tenté de comparer et je pense que Dynamite était meilleur, avec plus de folie dans le groupe. En fait, c’est peut être aussi du au fait que Dynamite était accompagné de scènes de documentaire, ce qui n’est pas le cas de Just Can’t Help It. Ces scènes documentaires provoquent à mon avis un attachement plus fort.

Pendant ces deux morceaux instrumentaux, des scènes filmées en costumes d’époque nous sont montrées, notamment le kimono blanc qui accompagnera tout le concert comme un fil rouge. Sheena change ensuite de tenue et on la voit apparaitre en manteau avec un bonnet sur la tête, ce qui contraste grandement avec les costumes de la scène précédente. Jusui Negai est toujours un grand moment, cette interprétation est très réussie même si je préfère celle de Dynamite. Sheena monte en intensité dans sa voix de la même manière et écarquille les yeux à certains moments donnant une grande force à son interprétation. Il y a beaucoup de tension dans son chant et son visage, mais qui reste à mon avis un peu plus contenue que dans la version de Dynamite. Il y a quand même beaucoup de belles choses dans ce morceau, comme la force du final au piano d’Izawa, ce petit passage montrant Hata retenant ses mouvements en attendant le bon moment pour frapper, et le final où Sheena dit quelque chose hors du micro. On n’entend pas ce qu’elle dit et je me demande bien ce que ça peut être. Mirrorball est un nouveau morceau, écrit par Ukigumo, qui sera présent sur leur album suivant Variety et qui est joué pour la première fois lors de ce concert. En l’écoutant, je repense tout de suite à l’ambiance de Variety qui était une page tournée dans la carrière de Tokyo Jihen. La version est bien entendu un peu différente de celle de l’album notamment au niveau de la partition de guitare de Ukigumo et le chant plus typé de Sheena. Les images sur ce morceau en particulier contiennent beaucoup d’effets spéciaux comme pour reproduire les multiples écrans d’une boule à facettes. Avant le morceau Tegami écrit par Izawa, une scène filmée en studio montre Ukigumo assis sur une chaise longue. On retrouve en fait ce même mobilier sur scène. Sheena s’assoie par exemple sur un fauteuil individuel LC2 de Le Corbusier. L’interprétation de Tegami est très poignante. Une partie des images pendant ce morceau montrent soudainement Sheena avec sa guitare face à l’océan. Je ne sais pas où sont tournées ces images très contemplatives, certainement quelque part au Japon, mais je ne peux m’empêcher d’imaginer le Nord Ouest français.

La version de Service est très amusante car Sheena ne l’interprète pas seule, mais avec chaque membre du groupe positionné en ligne sur le devant de la scène, chacun portant un mégaphone en main. C’est la première fois que je vois Kameda, Hata, Ukigumo et Izawa chantés dans un mégaphone, ce qui était jusque là réservé à Sheena. C’est amusant d’entendre la voix très amicale de Kameda à travers le mégaphone qui est censé donner une sonorité agressive. Vers la fin du morceau, un rideau descend pendant que le groupe change de tenue. Seule Sheena reste sur le devant la scène avec deux personnes en kimono portant des lanternes. Une fois que le rideau s’ouvre à nouveau, le groupe continue le morceau d’une manière assez détendue mais qu’on sait chorégraphiée, ne serait-ce que pour la position finale qui ressemble à certaines photographies promotionnelles du groupe à cette époque. Le groupe se présente ensuite. Sheena prend la parole mais d’une manière très brève car il n’y a soit-disant pas assez de temps. Izawa commence les présentations, faisant volontairement l’imbécile en essayant de se courber le dos tout en se présentant comme s’appelant Izawa-Bauer. Il fait bien entendu référence à la patineuse artistique Arakawa Shizuka qui venait juste d’obtenir la médaille d’or aux Jeux Olympiques d’hiver au début de l’année 2006 à Turin, avec notamment cette courbure Ina Bauer qui avait beaucoup fait parler les médias à cette époque. Sheena fait un signe de la tête comme quoi ce n’est pas tout à fait ressemblant et se tourne vers Hata qui ne se présente pas correctement non plus. Sheena le traite gentiment de menteur, tandis qu’Izawa veut refaire sa présentation en faisant le mouvement Ina Bauer une nouvelle fois. Sheena lui coupe rapidement le sifflet, car il ne faudrait pas qu’il se casse quelque chose, et passe ensuite à Ukigumo qui se contente d’un « Onegaishimasu ». Kameda essaie de nous faire croire à un tour de magie, mais c’est Hata qui revient sur le devant de la scène et qui remporte très facilement ce concours de présentation en imitant un jonglage de ballon imaginaire. La vidéo du DVD représente ce ballon imaginaire en le dessinant sur l’image, mais il ne devait bien sûr pas être visible dans la salle. Cette scène est celle que l’on peut voir en fond pendant la sélection du menu sur le DVD. On savait que Hata est un habile danseur, il le montre d’ailleurs quelques fois en sautant sur scène, mais il s’avère très doué dans cette représentation assez comique de jonglage footballistique. Sheena est assise sur sa chaise LC2 d’un air assez amusé mais on la sent un peu inquiète de ce que Hata va faire. Je ne peux m’empêcher de penser que ces moments n’étaient pas prévus par Sheena et que les membres du groupe prennent un malin plaisir à saboter une présentation en bonne et due forme. C’est un moment très sympathique du concert.

Après cet intermède, le morceau C’m’on Let’s go!, qui est une reprise du groupe japonais BARBEE BOYS, est très réussie. Deux personnes du staff habillés en serveurs de restaurant entrent en scène avec des caméras vidéo, ce qui est devenu assez habituel depuis le concert Gekokujyo Ecstasy. Izawa passe à la guitare sur ce morceau et montre une certaine complicité avec Ukigumo. Je me dis à ce moment là que par rapport à Hiizumi, le groupe a gagné un deuxième guitariste en plus d’un pianiste avec l’arrivée d’Izawa dans la formation. Sheena s’est ensuite changée une nouvelle fois en une tenue noire plus formelle que celle d’avant et entame une excellente version de Blackout. Comme de nombreux morceaux de SR et TJ, c’est un morceau à la composition complexe qu’elle doit être la seule en mesure de chanter. J’avais vu dans une ancienne émission musicale du dimanche soir KanJam qui analysait certains morceaux de Sheena Ringo qu’un des chroniqueurs de l’emission comparait son travail d’écriture musicale au travail d’un architecte (en ne citant pas moins que Frank Lloyd Wright). Cette idée de dresser un parallèle entre musique et architecture me parle beaucoup, car ce sont deux sujets qui m’intéressent beaucoup. J’avais d’ailleurs auparavant parlé un peu de cette idée mais plutôt sur les musiques électroniques d’Aphex Twin et Autechre (qui n’est à mon avis rien d’autre que de l’architecture déconstructiviste retranscrite en musique). On peut parfois se demander comment un bâtiment aux formes et aux équilibres complexes peut parvenir à une harmonie visuelle et fonctionnelle. D’une même manière, on trouve ce même genre d’harmonie dans les constructions pourtant complexes et non évidentes de Sheena Ringo. Ce que disait également un des chroniqueurs de KanJam est qu’il est rare qu’un ou une même artiste puisse à la fois être capable de créer ce genre structures musicales complexes et en même temps avoir la voix nécessaire pour les interpréter. A la fin du morceau Blackout, Sheena laisse tomber le manteau noir et reste en robe plus légère blanche et engage ensuite un mouvement courbé en arrière nous rappelant le Ina Bauer qu’essayait de faire Izawa sans grand succès. Elle y arrive beaucoup mieux qu’Izawa, rappelons qu’elle a fait du ballet étant petite. Cette démonstration ressemble à un gentil pied de nez à Izawa.

Le concert continue avec Honnō, un des deux morceaux avec Marunouchi Sadistic en rappels, que Sheena reprend de sa carrière solo. Cette version n’est pas meilleure que celle de Gekokujyo Esctasy, mais ça fait plaisir de voir Hata avec le sourire taper de toutes ses forces sur sa batterie. La version de Superstar, qui suit ensuite, est peut être une des plus belles que j’ai entendu, même si Sheena n’est pas cette fois-ci à la guitare. Là encore, des images vidéo se mélangent avec les images sur scène. Elles sont raccords car Sheena est habillée exactement de la même manière. Elle force plus sa voix que d’habitude sur ce morceau entrainé peut être par les mouvements de tête d’Izawa au piano et de Ukigumo à la guitare. Le final instrumental est aussi un peu plus long que d’habitude, si je me souviens bien, ce qui laisse un peu de temps à Sheena pour faire un lent mouvement d’inclinaison avant en remerciement au public. Le morceau Dynamite ensuite se présente comme une version moins dynamique que celle qu’on connaissait sur Dynamite Out. Sheena porte le morceau seule en dansant sur le devant de la scène, même s’il y a quelques chœurs de Ukigumo à l’arrière. On n’atteint pas l’intensité de la version sur Dynamite Out, qui était de toute façon emblématique de ce concert là et difficile à surpasser. La vidéo est accompagnée de prises de vue en noir et blanc de rues américaines qui n’étaient pas non plus indispensables. On notera tout de même le ‘Bonjour’ prononcé en français par Sheena vers la fin du morceau, et le très mignon ‘Arigatō’ à la toute fin. Ce n’est peut être pas la meilleure version que j’ai entendu, mais j’aime bien cette version de Shuraba. Je trouve cependant Omatsuri Sawagi plus intéressant car Sheena la chante d’une voix plus basse que la normale, du moins au début puis l’interprétation se normalise ensuite par rapport à ce que l’on connaît sur l’album. Le petit drapeau rouge et blanc reprenant le design de la pochette de Kyōiku est de sortie et Sheena fait des mouvements tellement amples qu’ils en deviennent disgracieux. Le dernier morceau officiel du concert avant les rappels est Kenka Jōtō et c’est une version très particulière et mémorable qui est jouée. Hata puis Sheena prononcent d’abord quelques phrases dans l’esprit de ce qu’on peut entendre dans une pièce de théâtre kabuki, avec en plus un petit côté démoniaque. Comme dans le théâtre kabuki, certaines personnes du public en général les habitués répondent aux acteurs sur scène. On retrouve ce même dialogue mais je ne sais pas s’il s’agit vraiment de personnes du public, ou plutôt le staff du groupe qui crie ces phrases depuis les premiers rangs. Il s’agit peut être de voix enregistrées. Cela donne en tout cas un sacré effet. Alors que le morceau se déroule à peu près normalement mais dans une version un peu plus agressive que d’habitude, le morceau fait une courte pause et prend ensuite des allures de hard rock/metal. Cette partie est jouée par Sheena devant des écrans de fond montrant des flammes géantes. Kenka Jōtō, devenu polymorphe, reprendra à la normale un peu après. Le contraste entre l’agressivité de ce passage metal et le personnage de Sheena sur scène, toujours en robe légère, est très intéressant, surtout quand elle se permet à la fin de remercier le public avec une toute petite voix innocente.

Une petite vidéo interlude démarre ensuite avant les rappels. Elle nous montre principalement les lieux vides des scènes vidéos ajoutées au concert, notamment ce paysage en bord de mer. On voit également une image de la scène ressemblant à une maquette avec une étrange voie ferrée qui sort du décor. Le groupe revient ensuite sur scène en tenue beaucoup plus décontractée, pour jouer deux morceaux Tōmei Ningen et Marunouchi Sadistic, qui sont des grands classiques des concerts de Tokyo Jihen. La version de Marunouchi Sadistic sur ce concert est plus proche de celle qu’on entendra plus tard sur Ringo Expo 08 que celle de Muzai Moratorium. Izawa se lance dans des nouveaux arrangements au piano qui nous font découvrir Marunouchi Sadistic sous un autre jour, même si cette version n’est pas fondamentalement différente de celle qu’on connaît sur Sanmon Gossip. Les lumières s’éteignent sur ce morceau et une vidéo nous montre ensuite une image de train, comme pour montrer un départ vers de nouveaux horizons, ceux de Variety peut être. Sheena est assise sur une banquette d’un train vide et y interprète seule à la guitare acoustique le morceau Rakujitsu qu’on trouve en B-side de Shuraba. Elle est habillée de la même manière qu’à la fin du concert. Ce morceau était apparemment inclus dans les rappels car les dernières images reviennent au NHK Hall de Shibuya. La vidéo revient finalement vers le train avec Sheena seule à la guitare, comme si ça faisait référence à un souvenir d’un concert passé. L’image un peu floue joue dans ce sens. Je ne sais pas très bien ce que veut dire ce passage de train en mouvement. Il s’agit peut être seulement d’une promesse auprès des fans qu’elle restera sans cesse en mouvement créatif. On est, au moment de ce concert, qu’au début de l’aventure Tokyo Jihen et il y aura beaucoup de bonnes choses à suivre.

Pour référence ultérieure, je note ci-dessous la liste des morceaux présents sur le DVD de Just Can’t Help It:

1. Yukiguni (雪国) du 2ème album Adult (大人)
2. Genjitsu wo Warau (現実を嗤う) du 1er album Kyōiku (教育)
3. Shōjo Robot (少女ロボット), reprise du morceau composé par Sheena Ringo pour Rie Tomosaka et qu’on retrouve sur Reimport Vol. 2 ~Civil Aviation Bureau~ (逆輸入 ~航空局~).
4. Kabuki (歌舞伎) du 2ème album Adult (大人)
5. Himitsu (秘密) du 2ème album Adult (大人)
6. Sono Onna Fushidara ni Tsuki (その淑女ふしだらにつき), reprise du morceau The Lady Is a Tramp écrit et composé par Lorenz Hart et Richard Rodgers, présent en B-side du single Gunjō Biyori (群青日和)
7. Genjitsu ni Oite (現実に於て) du 1er album Kyōiku (教育)
8. Kao (顔), version instrumentale du morceau présent en B-side du single Gunjō Biyori (群青日和)
9. Jusui Negai (入水願い) du 1er album Kyōiku (教育)
10. Mirrorball (ミラーボール), morceau original de Petrolz et qu’on retrouvera plus tard sur le 3ème album Variety (娯楽/バラエティ)
11. Tegami (手紙) du 2ème album Adult (大人)
12. Service (サービス) du 1er album Kyōiku (教育)
13. C’m’on Let’s go!, reprise d’un morceau de BARBEE BOYS, écrit par Imamichi Tomotaka
14. Blackout (ブラックアウト) du 2ème album Adult (大人)
15. Honnō (本能), de l’album Shōso Strip (勝訴ストリップ) de Sheena Ringo
16. Superstar (スーパースター) du 2ème album Adult (大人)
17. Dynamite (ダイナマイト), reprise du morceau de Brenda Lee et présent en B-side sur le single Sōnan (遭難)
18. Shuraba (修羅場) du 2ème album Adult (大人)
19. Omatsuri Sawagi (御祭騒ぎ) du 1er album Kyōiku (教育)
20. Kenka Jōtō (喧嘩上等) du 2ème album Adult (大人)
21. (Encore) Tōmei Ningen (透明人間) du 2ème album Adult (大人)
22. (Encore) Marunouchi Sadistic (丸の内サディスティック), de l’album Muzai Moratorium (無罪モラトリアム) de Sheena Ringo
23. (Encore) Rakujitsu (落日), présent en B-side du single Shuraba (修羅場)

まだ始まらないふりにして

Avant d’écrire mon premier billet pour la nouvelle année qui démarre, j’ai pris l’habitude de jeter un œil sur les billets que j’ai écrit les années précédentes. Ils sont en général longs et détaillés en commençant par un passage en revue de l’émission de la NHK Kōhaku Uta Gassen. Je fais le même genre de long billet depuis Janvier 2017 et j’ai même tendance à répéter les mêmes choses. Ce début d’année est plus calme que d’habitude et la principale différence est que nous ne l’avons pas passé près de Kamakura suite au déménagement de la mère de Mari à Tokyo. Nous restons donc à Tokyo cette année et nous ne nous déplacerons pas beaucoup. Au début de l’année, je me pose toujours la question de ce que je devrais changer dans ma manière d’écrire ce blog. J’ai l’impression que les marches de manœuvre sont de toute façon assez limitées, donc je ne me formalise plus beaucoup sur ce genre de réflexion. J’aimerais quand même reprendre la création de morceaux électroniques, reprendre mes illustrations ou écrire de nouveaux épisodes de ma série sur l’histoire de Kei. Je suis d’ailleurs en train d’écrire le sixième épisode de cette histoire depuis un petit moment. L’écriture d’une fiction me prend beaucoup de temps, mais j’adore passer ce temps à imaginer petit à petit le déroulement de cette histoire. Parfois, j’aimerais transformer ce blog entier en une œuvre de fiction. Sans aller aussi loin, je vais quand même essayer de regrouper ces textes que j’ai commencé à écrire en 2017 sur une page du blog pour qu’ils puissent être lus dans la continuité.

Je vais aussi continuer ma revue des concerts de Sheena Ringo et Tokyo Jihen, le prochain sera Just Can’t Help It. Sur la vingtaine qu’il existe en tout, j’ai déjà écrit un billet sur plus de la moitié d’entre eux et il me reste huit concerts à couvrir sur ce blog. Parmi ces huit concerts, il y en a trois que je ne possède pas encore en DVD ou Blu-ray. Je ne sais pas s’il existe un autre groupe ou artiste qui a sorti autant de concerts en vidéo. J’éprouve en tout cas toujours le même plaisir à les regarder et les commenter ensuite. Je ne pense pas, par contre, m’étendre autant que j’ai pu le faire sur Electric Mole, dans mon dernier billet sur ce sujet. Tokyo Jihen a également été très actif ces derniers mois avec des nouveaux morceaux et des passages dans les émissions musicales télévisées de fin d’année, pour mon plus grand plaisir, que ça soit sur les émissions FNS ou Music Station que j’ai déjà brièvement mentionné ou lors de l’émission Kōhaku du 31 Décembre. Comme je le mentionnais dans un billet précédent, ils ont joué une version modifiée du morceau Uru Uru Urū (うるうるうるう) sous le nom de Uru Uru Urū ~ Nōdōteki Urū Shime Hen (うるうるうるう~能動的閏〆篇~ ). Le groupe était habillé en yukata avec logo de paon et jouait dans un studio séparé, entouré d’écrans similaires à ceux qu’on pouvait voir pendant les concerts de la tournée News Flash. On peut d’ailleurs acheter ces yukata sur la boutique de Ringohan, mais il faut à priori aimer se faire remarquer. Leur prestation était beaucoup plus posée que celle de Music Station où Sheena était habillée en boxeur, mais pas pour autant moins mémorable. La mise en scène était travaillée avec des danseuses Awaodori intervenant à la fin du morceau et une chorégraphie de MIKIKO. L’émission Kōhaku semblait plus courte que d’habitude, peut être parce qu’elle se passait sans public dans la salle du NHK Hall. La nouvelle année arrive enfin et on est bien content de faire notre adieu à l’année précédente bien qu’elle n’a pas été aussi mauvaise que cela sur de nombreux points, au moins pour ce blog. J’ai quand même pu prendre beaucoup (trop) de photos l’année dernière et on a démarré des activités que nous n’avions pas fait auparavant. J’aurais un certain nombre de photographies de la fin Décembre à montrer un peu plus tard, mais j’hésite un peu. Ou alors, il me faudra être plus sélectif dans les photographies que je montre. Celles de la série ci-dessus sont prises dans le quartier de Naka-Meguro et Ebisu dans les tous premiers jours de cette année (hier en fait). Les troisième et quatrième montre une maison aux formes très intéressantes. Il s’agit de SRK par ARTechnic Architects.

Le premier jour de cette année, je surveillais également ma boîte email, car je m’entendais à recevoir une annonce de Tokyo Jihen. L’année dernière, ils avaient annoncé leur réformation le 1er Janvier. Je me suis donc dit qu’il pourrait également y avoir une annonce le 1er Janvier 2021, peut être une nouvelle tournée ou un nouvel album. C’est certainement beaucoup trop tôt pour lancer sereinement une nouvelle tournée. Tokyo Jihen a plutôt annoncé un nouvel album en préparation sans donner de date précise, sous le nom de code 2O2O+X. Le court teaser pourra difficilement nous faire patienter et j’espère qu’une date sera bientôt annoncée. Toujours pour nous faire attendre, le groupe partage une photo, celle ci-dessus, toujours avec un brin d’extravagance dans leur accoutrement (apparemment totalement en Gucci).

Ces dernières semaines, j’ai un peu moins parlé des découvertes musicales que j’ai pu faire mais j’ai quand même écouté de très belles choses. Avec le début d’année, de nombreux blogs ou sites musicaux que je suis attentivement font leur top 10 ou 100 des meilleurs albums de l’année 2020. Je ne me lancerais pas à lister le mien car il donnerait une vue très partielle de l’année 2020, mais j’aime beaucoup lire ceux des autres en gardant un regard critique, voire très critique parfois, ce qui fait partie du plaisir de découvrir ces classements. Je me questionne souvent sur la justesse des goûts musicaux des personnes faisant ces classements, mais je me rends compte aussi qu’il est très difficile d’avoir une influence sur son public. Je me pose souvent la question du nombre de personnes qui ont découvert un nouveau groupe ou un/une artiste grâce à mon blog. Je pense qu’on a tendance à s’aventurer vers des noms que l’on connaît déjà mais qu’il est plus difficile, à travers la simple recommandation d’un blogger ou d’un tweet, de se plonger naturellement dans la découverte d’un nouvel artiste dont on n’a jamais entendu parler. C’est certainement une question de temps disponible. Quand un blogger nous donne une liste de 100 albums, on a guère le temps ou le courage de se mettre à les écouter un à un. En ce qui me concerne, la couverture d’un album peut être un déclencheur. Il est rare que j’apprécie un album si je déteste la couverture. Cela fait partie d’un tout et si la couverture du disque me déplaît, c’est souvent parce que l’univers de l’artiste ne correspond pas exactement à ce que je recherche. Il y a de nombreuses exceptions et beaucoup de couvertures d’albums qui sont beaucoup plus fades que leur contenu. Mais le mauvais goût graphique est souvent synonyme pour moi d’une insuffisance qualitative de la musique. Dans les listes de fin d’année, je suis en général très attentif à celle de Pitchfork, sauf cette année. En fait, j’ai inconsciemment pratiquement tourné le dos à la musique occidentale pendant toute l’année dernière. Dans les 20 premiers albums du classement 2020 de Pitchfork, je n’en ai écouté aucun et aucun de ces albums ne me fait vraiment envie. J’ai certainement tord mais je me suis un peu déconnecté de la musique occidentale en 2020, un peu de la même manière qu’en 1999/2000 à mon arrivée à Tokyo où je n’écoutais également que de la J-Pop (terminologie qui ne veut rien dire). Je suis persuadé que les goûts fonctionnent par cycles, d’où parfois la difficulté de conseiller un artiste ou un album à quelqu’un. La découverte doit se faire au bon moment, qui correspond à une situation personnelle adaptée. En 2020, j’ai tout de même eu le plaisir de découvrir les nouveaux albums de Grimes, Autechre ou encore Thurston Moore.

Quant aux quatre découvertes musicales ci-dessus, ce ne sont pas des artistes ou des groupes que je ne connaissais pas mais plutôt des nouveaux morceaux ou albums d’artistes que je suis déjà depuis un petit moment et dont j’ai déjà parlé sur made in tokyo. 4s4ki sort le 16 Décembre 2020 un nouvel album intitulé Hyper Angry Cat qui s’avère en fait être une compilation incluant son album précédent Your Dreamland (おまえのドリームランド) sorti en Avril 2020 et d’autres morceaux, nouveaux ou inclus dans des EPs précédents. Je réécoute assez régulièrement Your Dreamland, dont je parlais ici l’année dernière et qui est un des albums que je préfère de l’année 2020. De Hyper Angry Cat, je n’écoute pour l’instant que trois morceaux dont le morceau titre de l’album Hyper Angry Cat (超怒猫仔) en collaboration au chant avec Mega Shinnosuke et Nakamura Minami. On retrouve le style hip-hop et les sons électroniques que l’on connaît sur Your Dreamland mais en beaucoup plus agressif et détonnant. Il y une multitude de sons 8bits, de glitches, de voix qui partent dans tous les sens et c’est particulièrement inspiré. Les associations de voix fonctionnent très bien, et c’est un plaisir d’écouter ce morceau en boucle. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai le sentiment que 4s4ki est en avance sur son temps musicalement, pas spécialement pour la nouveauté des sons, mais pour sa mise en forme qui donne un ensemble extrêmement cohérent alors qu’il se base sur une cacophonie apparente de sons. Je pense que sa voix plus douce vient lier tous ces éléments d’une manière cohérente. J’écoute ensuite le troisième morceau Cat Jesus Cat (猫Jesus猫) qui a des apparences plus calmes, jusqu’à ce que les machines électroniques se réveillent. J’écoute aussi depuis plusieurs semaines le morceau 35.5, au rythme très soutenu, proche de l’EDM. C’est un morceau particulièrement prenant, et dès qu’on met une oreille dedans, il est difficile de s’en échapper. Le reste des morceaux de cette petite playlist peut paraître un peu fade par rapport à la musique de 4s4ki qui provoque une certaine addiction, mais continuons quand même car il faut bien varier les styles. Revenons vers le rock avec le morceau I want to touch you and be sure (触れたい 確かめたい) de Asian Kung-Fu Generation en duo avec Moeka Shiozuka (塩塚モエカ) de Hitsuji Bungaku. Je ne suis pas sûr d’avoir déjà parlé ici de Ajikan (diminutif indispensable pour les groupes de rock alternatif japonais qui ont l’idée saugrenue d’avoir des noms à rallonge) mais j’aime beaucoup leur album de 2004, Sol-fa (ソルファ). Ce morceau en duo de voix ne révolutionne pas le genre mais reste très accrocheur. Cela me rappelle que Hitsuji Bungaku a également sorti un nouvel album récemment et il faut que j’y jette une oreille. Ensuite, je reviens encore sur l’album de AiNA The End qui sortira le 3 Février 2021 et qui s’annonce comme un très bel album, du moins à l’écoute des deux premiers morceaux disponibles. Osmanthus (金木犀), qui vient juste de sortir, n’est pas aussi prenant et viscéral que le précédent Niji (虹) mais reste un très beau morceau surtout lorsque AiNA laisse filer sa voix légèrement voilée. Pour terminer cette petite série, on change encore de registre en passant à l’electro de Utae sur un nouveau morceau intitulé Just a Dream? (夢だとおもうの?). Elle crée ses nouveaux morceaux au compte-gouttes et j’en parle presqu’à chaque fois ici, car j’y trouve une certaine sérénité et un apaisement qui fait du bien. La voix de Utae joue dans ce sens, ainsi que les nappes électroniques qui évoluent doucement en changeant légèrement de rythme en cours de route. Je me rends compte en écrivant ces lignes que je couvre des styles très opposés dans cette playlist… Et au fait, une très bonne et heureuse année 2021 aux fidèles lecteurs de made in tokyo ainsi qu’aux plus occasionnels. Espérons que je maintienne le même rythme pour cette nouvelle année.

銀座オンパレード

J’ai passé tellement de temps à écrire le billet précédent que j’ai un peu perdu le fil des photographies que je voulais montrer sur ce blog. Je vais revenir à des billets un peu plus courts en commençant par celui-ci. Toute la difficulté est de ne pas se laisser attirer par un sujet annexe qui me ferait m’étendre indéfiniment. Je ne nies pas cependant le fait que j’apprécie écrire dans la longueur même si ça demeure assez fatiguant, surtout pour le travail de recherche que ça demande. Les quelques photographies ci-dessus sont prises à Ginza. Je ne me souviens déjà plus vraiment de la raison pour laquelle nous sommes allés à Ginza, mais c’était cette fois-ci l’occasion de monter au dernier étage de la tour Tokyu Plaza. Il y a une terrasse ouverte au public sur le toit de l’immeuble et des baies vitrées permettant de voir le grand carrefour de Sukiyabashi. En fait, je connaissais ce point de vue pour l’avoir aperçu sur le site web du photographe anglais basé à Tokyo, Alfie Goodrich. On ne se lasse pas de prendre des photographies plongeantes et le problème ensuite est de sélectionner celles que l’on mettra sur les pages de ce blog, car elles se ressemblent toutes mais avec des voitures différentes. Je préfère limiter les prises pour éviter ensuite de passer mon temps en sélection, mais quand on regarde l’assemblage de photographies similaires sur une page unique sur le site d’Alfie Goodrich, l’agencement fonctionne très bien. La parade qui passait à Ginza au niveau du carrefour de Sukiyabashi pour supporter un ancien président américain m’a beaucoup étonné. On distingue vaguement des drapeaux américains depuis la terrasse du Tokyo Plaza.

Depuis les hauteurs du Tokyu Plaza, on aperçoit le Ginza Sony Park, remplaçant l’ancien immeuble Sony détruit il y a de cela quelques temps et jamais reconstruit. Il reste un parc à cet emplacement ainsi qu’une zone utilisée pour des événements artistiques en sous-sol. Un des avantages de voir la tour Sony disparaître est qu’on peut apprécier pleinement les façades de carrés de verre de l’immeuble Hermès de Renzo Piano, situé juste derrière. Sur l’escalier de béton menant au sous-sol du Sony Park, deux illustrations sont posés de chaque côté, un gnou de couleur bleu et un garçon hirsute en survêtement regardant vers le ciel. Une exposition intitulée Millenium Parade occupe l’espace intérieur. On peut y accéder gratuitement jusqu’à un certain point, mais il faut ensuite avoir un billet que je n’ai pas. Je n’ai pas beaucoup de temps non plus pour chercher à savoir ce qui se trouve dans l’espace payant de cette exposition consacré au groupe King Gnu. L’ambiance Street Art y est pourtant très intéressante. On écoute très souvent leurs deux albums Sympa et Ceremony dans la voiture car c’est un des groupes que l’on apprécie tous au même niveau. Leur dernier morceau Sanmon Shōsetsu (三文小説) est vraiment superbe. La voix de falsetto et la technique vocale de Satoru Iguchi m’impressionnent vraiment. Elle se mélange bien avec celle du guitariste Daiki Tsuneta, qui écrit également la plupart des morceaux du groupe. Iguchi et Tsuneta sortent tous les deux de l’université des Beaux Arts de Tokyo, et c’était une des raisons pour lesquelles Mari s’était initialement intéressé à eux (sauf qu’ils étaient dans un autre département, celui de musique). On regarde beaucoup les émissions musicales de fin d’année, principalement parce que je change discrètement de chaîne quand je sais que Tokyo Jihen est dans la liste des invités (en général, je n’ai aucun contrôle sur la télécommande). On regarde à chaque fois les prestations de King Gnu, après avoir pris son mal en patience à écouter tous les groupes de Johnny’s Entertainment dont je mélange les noms (à part Arashi du moins jusqu’à la fin de cette année).

La dernière émission musicale en date était Music Station le jour de Noël. L’émission durait 6 heures en tout et je me demande comment Tamori, à 75 ans, a pu tenir toute l’émission. Il m’a d’ailleurs eu l’air d’être peu réceptif à ce que Kameda et Sheena lui disaient avant le passage en Live de Tokyo Jihen. King Gnu y jouait Sanmon Shōsetsu et Tokyo Jihen interprétait deux morceaux à la suite: le nouveau Blue ID (青のID) et le morceau de 2007 Senkō Shōjo (閃光少女). Sheena était habillée en tenue de boxeuse avec des gants de boxe, forcément très adaptés à la scène. Elle n’avait heureusement pas à tenir le micro en mains. J’aime beaucoup ces petites touches inattendues et j’espère qu’ils vont continuer en ce sens. Sheena semble inspirer beaucoup d’artistes sur Twitter, comme Tomei_Ningen dont je montre trois dessins ci-dessus. Je trouve que ce sont les plus réussis de ceux que j’ai pu voir sur le fil Twitter et je me permets de les montrer ci-dessus, mais il y en a beaucoup d’autres (quelques exemples: 1, 2, 3, 4, 5, 6 et 7). Je sais que King Gnu est également capable de ce genre d’excentricité, mais ils semblent plus réservés ces derniers temps. Tiens pour revenir à l’enquête Ringohan, Sheena demandait avec quel groupe ou artiste on souhaiterait qu’elle collabore pour un morceau. Sans forcément être très convaincu, j’avais mentionné King Gnu, tout simplement pour entendre la manière dont la voix de Iguchi et de Sheena pourraient s’accorder ensemble. Il y a cependant peu de chances que ça arrive, mais on ne sait jamais. C’est dommage que King Gnu ne participe pas à Kōhaku cette année. Les groupes et artistes qui m’intéressent se comptent sur les doigts d’une main (seulement quelques doigts) cette année, un peu comme les autres années d’ailleurs. Tokyo Jihen, dont c’est la première participation, y jouera deux morceaux à la suite Uruuruurū (うるうるうるう) et Nōdōteki Sanpukan (能動的三分間) sous le nom de Uruuruurū ~ Nōdōteki Urū Shime Hen (うるうるうるう~能動的閏〆篇~ ) qui viennent conclure cette année bissextile (閏年 – Urūdoshi) pour le groupe. Remarquons le palindrome dans le titre du morceau du EP News sorti en ce début d’année et le kanji parfaitement symétrique pour Urū. Pour en savoir plus sur le sujet des palindromes, n’hésitons pas à revenir sur le long et très instructif thread de commentaires d’un billet précédent.

新宿系自作自演屋

L’affiche du Department Store Lumine au dessus de la sortie Sud de la gare de Shinjuku essaie de nous redonner le sourire en fin d’année, mais on sent qu’il est forcé. Je pense qu’on a tous envie de voir cette année 2020 se terminer rapidement. J’aime beaucoup marcher dans les rues de Shinjuku avec de la musique en tête, mais je me retrouve souvent à emprunter les mêmes rues et quartiers. Je m’enfonce de temps en temps de jour dans le quartier de Kabukichō. Fut une époque où on y allait le soir, mais pas dans les établissements peu recommandables. Il y a ce côté ‘adulte’ à Shinjuku qu’on ne trouve pas dans d’autres quartiers comme Shibuya, mais je me demande maintenant s’il s’agit vraiment d’une réalité ou s’agit il seulement d’une impression que j’ai en tête. Les photographies de Daido Moriyama joue très certainement sur cette impression. Dans les rues de Shinjuku, j’essaie de saisir la foule même si elle n’est pas aussi présente que d’habitude. Je suis allé jusqu’à Shinjuku en vélo car j’évite de prendre le train lorsque ce n’est pas nécessaire. J’ai repris plaisir à rouler entre les quartiers et à écouter la rue (ne mettant pas mes écouteurs en roulant à vélo). Ça me rappelle un peu quand j’avais ma première moto, ma CB 400 de couleur Rouge Bordeaux. Je roulais en ville le soir et le week-end sans but très précis, seulement pour le plaisir de conduire, de se perdre et de découvrir des nouveaux lieux. J’allais souvent le soir après avoir travaillé faire un tour à Shinjuku, histoire de passer devant les lumières de l’avenue Yasukuni au niveau de Kabukichō.

Je vais maintenant aborder, dans ce billet et dans un prochain, deux concerts se trouvant à une des pierres angulaires de la carrière de Sheena Ringo: Dynamite et Electric Mole. Live Tour 2005 Dynamite!, dont je vais parler dans ce billet, est la première tournée de Tokyo Jihen, après la fin de la carrière solo de Sheena Ringo qui s’est conclue par la tournée Sugoroku Ecstasy (雙六エクスタシー) en Août et Septembre 2003 immortalisée en DVD sur Electric Mole. Enfin, pour être très précis, les membres de Tokyo Jihen étaient déjà tous présents dans la formation accompagnant Sheena Ringo sur la tournée Sugoroku Ecstasy mais sont devenus officiellement un groupe à part entière quelques mois après cette tournée, le 31 Mai 2004. Le groupe a fait des apparitions sur scène avant la tournée Dynamite, notamment au Fuji Rock Festival en Août/Septembre 2004, mais Dynamite est leur première tournée officielle. Cette tournée s’est déroulée en 14 dates dans tout le Japon pendant un mois, du 17 Janvier au 16 Février 2005, de Matsuyama à Shikoku jusqu’à Tokyo en passant par Hokkaido, Osaka, Kyoto et bien sûr Fukuoka, entre autres. La captation vidéo sur le DVD Dynamite est enregistrée à Nagoya au Century Hall, le 9 Février 2005. Avec 3,012 places assises, il s’agissait de la plus grande salle dans laquelle le groupe a joué lors de cette tournée. En comparaison, Tokyo Jihen jouait dans une salle plus petite à Tokyo, celle du Shibuya Public Hall (渋谷公会堂), fermé en 2015 et reconstruit en 2019. Dynamite est la seule tournée de la première formation de Tokyo Jihen, la Phase 1 appelée également Dai-Ikki (第一期), active en 2004 et 2005 au moment de la sortie du premier album Kyōiku (教育), le 25 Novembre 2004 (tiens, un jour d’anniversaire). Cette formation en phase 1 s’est dissoute après le départ de deux membres, pour passer ensuite en Phase 2 (Dai-Niki 第二期) avant la sortie du deuxième album Adult (大人), le 25 Janvier 2006. Avant Ukigumo à la guitare, il s’agissait de Mikio Hirama (晝海 幹音) et avant Ichiyō Izawa, Masayuki Hiizumi (appelé H Zett M) était aux claviers. Seiji Kameda à la basse et Toshiki Hata (刄田 綴色) à la batterie étaient déjà présents dès la phase 1 de Tokyo Jihen. Je précise les kanji des noms de Hirama et Hata, car il s’avère qu’il ne s’agit pas de leurs véritables kanji, car ils ont été modifié par Sheena (tout comme elle a donné ce nom de nuage à la dérive “Ukigumo” à Ryosuke Nagaoka car il a la bougeotte sur scène). Il n’y a rien de bien étonnant la dedans car Sheena aime modifier les kanji des mots pour en utiliser d’autres moins usités ayant la même prononciation mais un sens différent. On regardait d’ailleurs ce Mardi 9 Décembre 2020, les excellentes interprétations des morceaux Gunjō Biyori et Inochi no Tobari (命の帳) dans l’émission de télévision 2020 FNS Kayōsai (歌謡祭) et Mari me faisait remarquer qu’il ne s’agissait pas d’une utilisation commune du kanji ‘Tobari’. Je pense qu’il ne faut pas commencer à creuser ce sujet là.

Dynamite est en fait composé de deux DVDs qui peuvent s’insérer dans un même boitier cartonné. Dynamite In sorti en Juillet 2005 est une partie documentaire montrant principalement les répétions, des moments choisis de la tournée et pendant les temps libres, des scènes insolites, des répétitions ou des extraits des messages des membres du groupe au public, ainsi que 4 morceaux extraits du concert. Dynamite Out est le concert en lui-même et est sorti en DVD un peu plus tard en Août 2005. Je ne connais pas la raison exacte de cette différentiation dans les dates de sortie mais Dynamite In ressemble un peu à un ‘teaser’ pour le DVD du concert entier. Cette partie ressemble un peu à la partie documentaire sur le DVD de la tournée Hatsuiku Status: Gokiritsu Japon (発育ステータス 御起立ジャポン) et je la trouve même nécessaire pour comprendre un peu mieux les interactions à l’intérieur du groupe. J’ai par contre trouvé ces DVDs vendus séparément dans des Disk Union différents, et je ne pense pas qu’on puisse les trouver vendus ensemble en set, ce qui aurait quand même été plus simple. Le design de couverture des deux DVDs utilise un personnage de taupe avec une pioche dessinée par l’illustrateur Moto Hideyasu (本秀康). Les plus perspicaces noteront très vite que ‘taupe’ se dit ‘mole’ en anglais qui se traduit également en ‘grain de beauté’. Celui que Sheena Ringo a perdu au moment de Ringo no Uta et qui donnait le nom au DVD Electric Mole, semble s’être re-matérialisé en petite taupe, qui intervient dans un mini-manga en deux parties (une dans le livret de chaque DVD) intitulé ‘Underground Love’. Le deuxième petit personnage qui figure sur la pochette s’appelle Hiroshi. Il s’agit peut être du directeur vidéo de la tournée car il s’appelle Hiroshi Usui. Dans l’histoire, Hiroshi est élevé par cette taupe jusqu’au moment où sa mère naturelle apparait soudainement. Pour sortir de leur repère souterrain, ils devront utilisés de la dynamite pour agrandir le trou d’entrée. Une histoire d’amour improbable démarrera entre la mère d’Hiroshi et cette taupe…

Le concert principal sur le DVD Dynamite Out reprend la totalité des morceaux du premier album de Tokyo Jihen, Kyōiku, mais également quelques morceaux de la carrière solo de Sheena Ringo et plusieurs reprises d’autres artistes japonais ou étrangers, dont certaines sont présentes sur les faces B des singles déjà sortis. Je vais dire tout de suite que ce concert est tout bonnement excellent, pas forcément meilleur que d’autres concerts de Tokyo Jihen comme Ultra C par exemple, mais différent, plus sanguin dirais-je. J’aime beaucoup la formation actuelle de Tokyo Jihen, mais cette première phase avec H Zett M et Hirama fonctionnaient également très bien. C’est certainement l’effet de la jeunesse, mais je ressens dans ce concert une certaine fougue et une complicité que je ne vois pas autant dans la formation actuelle. En fait, c’est plutôt une complicité entre Hirama et Kameda, ou Hirama et Hiizumi, qui est notable pendant le concert. La formation actuelle est dans l’ensemble plus sobre, bien que les moments de folie en concert y sont également très nombreux. En fait, Hiizumi me donne l’impression d’être un électron libre et je ne m’étonne pas qu’il ait plutôt souhaité continuer sa carrière de son côté, et revenir de temps en temps pour accompagner Sheena Ringo, sur le morceau Isogaba maware (急がば回れ) de Sandokushi, par exemple. Le documentaire Dynamite In nous montre également beaucoup cette complicité et ça fait plaisir à voir. J’aurais presque souhaité voir ce qu’aurait pu donner cette phase 1 de Tokyo Jihen sur d’autres albums, mais on ne le saura probablement jamais. Je ne regrette pas pour autant cette phase 1, car la phase 2 avec Ukigumo et Izawa fonctionne mieux au final et donne le sentiment d’être plus consistante et harmonisée. J’avais lu dans une interview que Sheena avait l’intention de former ce groupe dès la période où elle écrivait KSK et que sa carrière solo était plutôt une période temporaire avant de pouvoir construire un groupe. Elle expliquait qu’elle a fait ses débuts dans un groupe et que son intention a toujours été d’évoluer dans un groupe. Le fait de ne pas trouver les bonnes personnes au bon moment l’a poussé à démarrer seule en attendant de construire un groupe. Ça peut paraitre difficile à croire mais ça ne m’étonne pourtant pas. Dans le cas du groupe Hatsuiku Status, son nom n’était volontairement pas mis en avant comme si elle cherchait à effacer sa présence par rapport à celle du groupe. Pour le concert Kyoei Buranko (虚栄ブランコ) avec Number Girl le 30 Novembre 1999 au Club Asia de Shibuya, le groupe mentionné sur les affiches était Tensai Präparat (天才プレパラート), groupe créé pour la mini-tournée Manabiya Xstasy le même mois, sans jamais mentionner sa présence et son nom sur les affiches alors qu’elle était déjà connue à cette époque. Au passage, on peut voir ce concert Kyoei Buranko sur cette page YouTube et lire le Live Report d’une fan qu’on attend crier ‘Kawaii’ pendant le set. Malgré une qualité vidéo assez médiocre, ce concert vaut quand même le détour notamment pour y entendre une première version du morceau Kudamono no Heya (果物の部屋) qui apparaitra 15 plus tard sur l’album Hi izuru Tokoro (Sunny) sous le nom Shizuka Naru Gyakushū (静かなる逆襲).

Le DVD Dynamite Out reprend tous les morceaux de la playlist du concert réel à Nagoya sauf le morceau Himitsu (秘密) du deuxième album Adult qu’on trouve sur la version “Pour Homme” de l’album. Je n’aime pas beaucoup cette habitude, assez tenace dans la première partie de sa carrière, de couper les concerts en cours de route, mais on ne le remarque pas du tout. Le concert commence par le morceau Ringo no Uta, dans la version rock que l’on trouve en premier morceau de Kyōiku. Ce morceau étant le dernier morceau solo de Sheena Ringo et également présent en dernier sur le DVD Electric Mole, il fait parfaitement la transition avec cette nouvelle phase de sa carrière. Les membres du groupe sont tous habillés en vert foncé et Sheena porte un chapeau en forme de fleur de couleur vert pomme. Ils ne changeront pas de tenues pendant tout le set, à part pour les rappels au final. Le décor avec sol carrelé est très sobre sans écran en fond mais avec un grand écriteau “Dynamite” ou le logo de paon du groupe apparaissant à différents moments du concert. Ce décor me fait penser à celui d’un music hall américain. Jusui Negai qui est interprété ensuite a une intensité extraordinaire. Sheena se tient droite avec la tête légèrement en arrière, ce qui lui donne une position fière et intouchable. Sur ce morceau en particulier, dans une attitude quasi-schizophrénique, elle alterne les sourires à la foule et une intensité sombre dans le regard comme si elle était possédée par les paroles qu’elle chante. Sa voix est puissante et je me trouve scotché à l’écran à chaque fois que je passe ce morceau. J’ai en fait eu un peu de mal à voir ce concert en entier d’une seule traite car j’avais sans cesse envie de réécouter ce morceau en particulier. Il y a plusieurs morceaux avec cette même intensité vocale et musicale dans le concert, et ce sont ce genre de morceaux qui me font penser que SR/TJ est nettement au dessus du lot. Le morceau Dynamite, une reprise de Brenda Lee et présent en B-side du single Sōnan joué juste avant, est un peu le symbole de cette tournée et fonctionne beaucoup mieux en live qu’en version studio. Parmi les morceaux de la carrière solo de Sheena Ringo, le groupe reprend pour cette tournée un morceau de Shōso Strip, Tsuki ni Makeinu, et plusieurs de Muzai Moratorium à savoir Koko de Kiss Shite, Marunouchi Sadistic et Onaji Yoru. Ce dernier est le morceau préféré de Sheena sur Muzai Moratorium, ce qui n’est donc pas étonnant de le revoir régulièrement en concert. La version de Tsuki ni Makeinu sur ce concert reprend la même intensité vocale dont je parlais juste avant sur Jusui Negai. En fait, cette voix à pour moi un côté addictif.

Hirama intervient en parlant au public avant le 6ème morceau pour annoncer ce qui va suivre, à savoir deux morceaux qu’il a écrit, Kao qui est présent en B-side de Gunjō Biyori et If You Can Touch It, présent sur son album solo Yume to Negoto. Les deux morceaux sont excellemment interprétés en duo. Je redécouvre le morceau Kao sous un autre jour et je me dis qu’il aurait dû être inclus en face A de Kyōiku. Je le réécoute souvent depuis et je reviens également assez souvent sur cette partie du concert. La complémentarité des voix de Hirama et Sheena fonctionnent bien sur If You Can Touch It. Pendant ce temps là, Hiizumi qui est un peu moins sollicité, danse d’une manière machinale à l’arrière. Il ne tient pas en place pendant tout le concert, jouant du piano debout ou avec les pieds sur son tabouret. Les membres du groupe sont très expressifs, Hirama souvent la tête en arrière pendant ses parties de guitares, Hata esquissant des sourires pendant le morceau Bokoku Jōcho. Kameda est étonnement plus discret, sauf pendant son intervention devant le public où il se moque gentiment de Sheena au sujet d’une scène de maquillage à laquelle il a été témoin. Elle ne sait d’ailleurs plus où se mettre à ce moment là, en souriant d’un air un peu gêné. C’est un moment très charmant. Par rapport aux autres concerts, il y a beaucoup de reprises dans Dynamite. C’est peut être une des raisons pour lesquelles il semble différent des autres (outre le fait qu’il s’agisse du seul concert de Tokyo Jihen Phase 1). La reprise du morceau Kurumaya-san de Misora Hibari datant de 1961 est magnifique. Je pense qu’il s’agit de la reprise la plus réussie du concert, car elle imite la voix de style Enka de Misora Hibari. Je pense que Sheena devrait faire un album de reprise de morceaux Enka car on y trouve une tension dramatique que je reconnais également dans ses morceaux. Sous le regard amusé de Sheena, Hata fait ensuite son intervention devant le public. On ne sait jamais à quoi s’attendre car il est en général en décalage complet avec le déroulement du concert. Il nous donne cette fois-ci quelques exemples de noms de villages touristiques, car un nouveau village appelé Italia mura doit prochainement voir le jour à Nagoya (apparemment fermé en 2008), et ça l’a poussé à étudier la question. Il nous donne quelques exemples, sous les rires du public et le regard amusé de Kameda qui a l’air de nous dire qu’il raconte des bêtises. Il nous cite notamment le Edo mura à Nikko et un soit-disant Shikoku mura à Kagawa, qui semble être une bien drôle d’idée. En espérant que son intervention a été très instructive, il annonce ensuite la reprise du concert. Ceci étant dit, comme l’album principal de ce concert s’appelle “éducation” (Kyōiku), je ne pense pas qu’il était hors sujet.

Le concert continue ensuite avec le morceau de Shōso Strip, Tsuki ni Makeinu, qui est, comme je le disais ci-dessus, aussi un grand moment d’intensité émotionnelle, tout comme Onaji Yoru d’ailleurs mais dans une ambiance plus apaisée où Sheena est seulement accompagnée du piano de Hiizumi. On ressent à l’écran l’immersion totale dans laquelle elle se plonge lors de ces morceaux. Viennent ensuite les deux morceaux de la série Genjitsu (Genjitsu ni Oite et Genjitsu o Warau), qui m’avaient le plus marqué à l’époque de la sortie de Kyōiku en 2004. L’ambiance devient beaucoup plus sombre et seul Hiizumi au piano est éclairé. Nous sommes au milieu du concert et ces deux morceaux fonctionnent comme une charnière, comme c’est le cas sur l’album Kyōiku d’ailleurs. Les notes de piano me donne la chair de poule, peut être parce que des souvenirs d’il y a plus de 15 ans me reviennent en tête. Les morceaux fonctionnent souvent par deux dans ce concert. Après les deux morceaux écrits par Hirama dans la première partie du concert, Kameda présente deux morceaux dont il a écrit les musiques, Super Star et Tōmei Ningen qui apparaitront plus tard sur l’album Adult et dont c’est la première interprétation lors de cette tournée. Les paroles de Super Star sont écrites par Sheena, s’inspirant du joueur de Baseball Ichiro. Ichiro lui avouera d’ailleurs qu’il n’écoute jamais ce morceau qui lui est consacré quand il écoute l’album Adult, peut être se sent il gêné, connaissant l’humilité du personnage. Mais en contrepartie, Ichiro lui disait en interview qu’il enviait beaucoup sa capacité à naturellement ne jamais faire comme les autres. Il insistait sur le côté naturel et j’ai également le sentiment fort que SR/TJ n’est pas beaucoup influencé par les modes et styles du moment. Cette interprétation de Super Star est bonne mais je garde toujours en tête celle de 2020 pour la tournée News Flash qui m’avait marqué. Ceci me rappelle qu’on n’a toujours pas de nouvelles d’un éventuel Blu-ray de ce concert. J’espère qu’il ne va pas être oublié. Tōmei Ningen a également été interprété d’une manière plus convaincante dans les concerts qui vont suivre. Mais l’intervention agressive au piano de Hiizumi est tout de même remarquable et voir Kameda jouer son morceau avec le sourire aux lèvres vaut le détour.

Le morceau Ekimae revient vers un terrain plus sombre et moins enjoué que Tōmei Ningen. Il faut remarquer que Sheena a pratiquement toujours la guitare en mains pendant ce concert, mais si elle n’en joue pas toujours beaucoup comme sur la première partie de ce morceau. La partie finale instrumentale du morceau et encore une fois l’intensité de la voix de Sheena juste avant ce final, sont d’une beauté poignante. Le morceau suivant mélange Σ en B-side de Gips et Crawl de Kyōiku. Σ en version originale était joué par Hisako Tabuchi et je pense à chaque fois qu’elle va apparaître soudainement pour jouer avec Hirama. Les membres du groupe sont présentés pendant la transition avec le morceau Crawl en démarrant par Hata qui est comme d’habitude infatigable à la batterie (sauf sur sa dernière intervention télévisée pour le morceau Gunjō Biyori sur FNS où il perd bizarrement l’équilibre en tombant en arrière). Sur ce morceau comme sur d’autres, Hirama prend souvent une attitude de rockeur en sautant à pieds joints sur un riff de guitare. Sheena est moins statique que d’habitude et ne chante pas de côté comme on le verra plus tard, mais fait déjà ses courbettes en remerciements au public et allonge souvent sa voix en tendant le bras vers la foule. Le concert s’enchaine ensuite assez vite avec les derniers morceaux du set: une version assez fidèle à Muzai Moratorium de Marunouchi Sadistic mais avec un supplément piano de Hiizumi, une reprise du morceau The Lady Is a Tramp et des morceaux de Kyōiku: Omatsuri Sawagi et Service. Service est le seul morceau où Sheena utilise son mégaphone. On se demande où est passé le morceau Gunjō Biyori, le premier single du groupe qui reste le plus populaire même encore maintenant. C’est en fait le dernier morceau du set avant les rappels.

C’est H Zett M qui s’adresse ensuite au public avant le début des rappels, en rappelant à la foule les mesures d’hygiène à suivre, comme de bien se laver les mains, pour éviter d’attraper la grippe, qui est de saison en Janvier/Février. Entendre ces recommandations me fait croire pendant un bref instant que ce concert s’est déplacé dans le temps jusqu’en 2020 et qu’Hiizumi nous parle en fait de la pandémie actuelle. Après le morceau Kokoro et avant le tout dernier morceau Yume no Ato, Sheena prend la parole mais comme d’habitude son discours est assez décousu, alors que le public lui crie des messages d’encouragement sur lesquels elle tente en vain de rebondir. Peut être est ce dû à la fatigue après un set relativement long, mais j’ai souvent remarqué ce contraste entre sa performance impeccable sur les morceaux qui sont très certainement extrêmement bien préparés, et le relatif manque de spontanéité lorsqu’il s’agit d’adresser un message final à la foule. Elle était en fait beaucoup plus spontanée et instinctive au tout début de sa carrière et s’adressait en permanence à la foule. Les salles étaient aussi beaucoup plus petites et la proximité différente. J’imagine que l’émotion alors que le concert se termine doit être trop forte pour pouvoir s’exprimer clairement et que les mots adaptés ne viennent pas. Sheena est pourtant très bavarde. En écoutant ses émissions de radio Etsuraku Patrol (悦楽巡回) sur la radio Cross FM de Fukuoka d’Octobre 1998 à Juin 1999, elle montre également une personalité très instinctive et spontanée, et est même assez désorganisée dans sa manière de lancer ses idées et de changer de sujet en cours de phrases (après des ‘まあいいや’ en cours de phrase pour changer de sujet). A vrai dire, j’adore l’écouter à la radio à cette époque car on y apprend beaucoup de choses sur les morceaux et les vidéos de Muzai Moratorium sortis à ce moment là et sa manière de s’exprimer sans filtres m’amuse beaucoup. On en parle d’ailleurs avec mahl dans le ´thread’ de commentaires du billet précédent.

Après avoir regardé ce concert en entier, j’ai un peu de mal à m’en séparer car les morceaux me reviennent beaucoup en tête, notamment la reprise du morceau de Misora Hibari ou les morceaux chantés en duo avec Hirama. Difficile de dire s’il est meilleur que les autres concerts de Tokyo Jihen, mais il est en tout cas remarquable sans faiblesse notable. J’y reviendrai plus tard et cette perspective me réjouit déjà.

Pour référence ultérieure, ci-dessous est la liste des morceaux du concert Dynamite:

1. Ringo no Uta (りんごのうた) du 1er album Kyōiku (教育)
2. Jusui Negai (入水願い) du 1er album Kyōiku (教育)
3. Sōnan (遭難) du 1er album Kyōiku (教育)
4. Dynamite (ダイナマイト), reprise du morceau de Brenda Lee et présent en B-side sur le single Sōnan (遭難)
5. Koko de Kiss Shite. (ここでキスして。) du 1er album Muzai Moratorium (無罪モラトリアム) de Sheena Ringo
6. Kao (顔), présent en B-side du single Gunjō Biyori (群青日和)
7. If You Can Touch It, morceau de Mikio Hirama extrait de son album Yume to Negoto (夢と寝言)
8. Bokoku Jōcho (母国情緒) du 1er album Kyōiku (教育)
9. Kurumaya-san (車屋さん), reprise du morceau de Misora Hibari sorti en Avril 1961 sur le double single Hibari no Dodonpa/Kurumaya-san (ひばりのドドンパ/車屋さん), également présent sur le DVD Tokyo Incidents Vol. 1.
10. Tsuki ni Makeinu (月に負け犬) du 2ème album Shōso Strip (勝訴ストリップ) de Sheena Ringo
11. Onaji Yoru (同じ夜) du 1er album Muzai Moratorium (無罪モラトリアム) de Sheena Ringo
12. Genjitsu ni Oite (現実に於て) du 1er album Kyōiku (教育)
13. Genjitsu o Warau (現実を嗤う) du 1er album Kyōiku (教育)
14. Koi no Urikomi (恋の売り込み), reprise du morceau I’m Gonna Knock on Your Door de The Isley Brothers
15. Super Star (スーパースター) du 2ème album Adult (大人)
16. Tōmei Ningen (透明人間) du 2ème album Adult (大人)
17. Ekimae (駅前) du 1er album Kyōiku (教育)
18. Σ~Crawl (Σ~クロール), medley du morceau Σ présent en B-side sur le single Gips (ギブス) de Sheena Ringo et du morceau Crawl du 1er album Kyōiku (教育)
19. Marunouchi Sadistic (丸の内サディスティック), du 1er album Muzai Moratorium (無罪モラトリアム) de Sheena Ringo
20. Sono Onna Fushidara ni Tsuki (その淑女ふしだらにつき), reprise du morceau The Lady Is a Tramp écrit et composé par Lorenz Hart et Richard Rodgers pour la comédie musicale Babes in Arms, également chanté par Frank Sinatra, présent en B-side du single Gunjō Biyori (群青日和)
21. Omatsuri Sawagi (御祭騒ぎ) du 1er album Kyōiku (教育)
22. Service (サービス) du 1er album Kyōiku (教育)
23. Gunjō Biyori (群青日和) du 1er album Kyōiku (教育)
24. (Encore) Kokoro (心), présent en B-side sur le single Sōnan (遭難)
25. (Encore) Yume no Ato » (夢のあと) du 1er album Kyōiku (教育)