the pain of feeling free

Aller à Ginza est souvent l’occasion de revoir le building Ginza Sony Park, conçu par Takenaka Corporation, et l’immeuble Louis Vuitton par Jun Aoki. Je ne me lasse pas de les revoir tant leur architecture est remarquable, dans des styles visuels très différents mais pareillement audacieux. J’attends que la foule et les voitures se dégagent avant de prendre en photo le Ginza Sony Park depuis l’autre côté du grand carrefour. Pour les photographies du building Louis Vuitton, je préfère au contraire faire intervenir la présence humaine, en reflet sur les immenses façades ondulées et colorées par vagues dorées. Puis je marche au hasard des rues de Ginza que je connais sans bien connaître. Il est difficile de se perdre dans la perpendicularité du quartier. On peut facilement y faire des boucles sans vraiment s’en rendre compte. Cela n’a pas beaucoup d’importance car j’étais plutôt à la recherche d’un environnement d’écoute pour le dernier album de Boards of Canada. Inferno est sorti le Jeudi 29 Mai 2026 et je suis allé l’acheter en CD le jour même de sa sortie au Tower Records de Shibuya, en récupérant au passage un poster de l’album et un autocollant Warp. Le groupe n’avait pas sorti de nouvel album depuis 13 ans et c’est donc un petit événement. Sans surprise, l’album est très long avec 18 morceaux pour 1h 10mins. C’est malgré tout un album qu’on a envie d’écouter en entier plutôt que par morceaux, car son ambiance se construit dans la durée. Je trouve l’album meilleur que Tomorrow’s Harvest mais un cran en dessous de Geogaddi, mais il reprend de ce dernier son étrangeté, sa part sombre et sa force de fascination. Dès l’introduction et le premier morceau Prophecy at 1420 MHz, on reconnaît tout de suite tout ce qui fait la particularité et le pouvoir d’attraction de BoC. Le troisième morceau Hydrogen Helium Lithium Leviathan est de ces morceaux qui peuvent devenir des classiques, avec ces nappes célestes qui se construisent progressivement. J’adore absolument les deux morceaux Father And Son et The Word Becomes Flesh car ils ont une approche plus rythmée qu’on ne connaît pas de BoC, à la limite du hip-hop. Mais il s’agit bien sûr d’un hip-hop étrange et malaisant, avec des voix crachotantes plutôt inquiétantes. Ces morceaux sont hypnotiques tout comme le magnifique septième morceau Naraka avec ses chants mystiques hindous transformés dans sa deuxième partie. C’est un des sommets de l’album mais il y en a plusieurs. C’est amusant également d’entendre des sonorités qui nous ramènent tout de suite à l’univers de BoC, mais on nous amène ici vers un cosmos lointain dont on n’avait pas l’habitude. L’ensemble est assez sombre mais des morceaux comme Into the Magic Land sont tout de même lumineux, ce qui apporte des alternances bienvenues. Le treizième morceau Deep Time est également pour moi un des très beaux moments de l’album, le plus nostalgique peut être (il était déjà sorti sous le nom Tape 05). Il n’y a rien à écarter dans cet album car chaque élément musical contribue à l’ensemble. Les amateurs de BoC ne seront clairement pas déçu. J’aime beaucoup cet album même si on n’y retrouve pas de morceaux sublimissimes comme Music is Math sur Geogaddi. L’album Geogaddi est sorti il y a 24 ans et il faut peut être laissé à Inferno le temps de prendre racine dans notre inconscient musical.

La musique de Boards of Canada se déroule devant moi, en explorant les rues arrières de Ginza. J’hésite ensuite à rentrer à pieds ce qui me prendrait une bonne heure et demi, parcours que j’ai déjà emprunté maintes fois. Je pense d’abord passer par le parc Hibiya puis ensuite décider si l’énergie qui me reste me permet de continuer à marcher ou sauter dans la ligne de métro Hibiya. En passant devant la grande tour de Hibiya Midtown, une voix attire mon attention. Je remarque qu’elle provient d’un petit podium blanc placé au milieu de la place à l’entrée de la tour. Un duo de musiciens finit juste un set alors que j’arrive sur place devant la petite scène. Dommage car la dynamique du chant que j’ai entendu en m’approchant me plaisait bien. Alors que le groupe quitte la scène en remerciant le public réuni, je réalise en apercevant un programme affiché au milieu de la place qu’il s’agit du Hibiya Music Festival organisé par Seiji Kameda. Le Hibiya Music Festival (日比谷音楽祭) se déroule chaque année depuis 2019 dans le parc de Hibiya et dans les espaces voisins de Tokyo Midtown Hibiya, avec la grande particularité d’être gratuit et ouvert à tous. Il est porté tous ans par Seiji Kameda (亀田誠治) grace au crowdfunding et a une ambition de rendre la musique accessible sans barrières sociales et générationnelles. Je voulais y assister depuis longtemps mais je m’y étais à chaque fois pris trop tard ou rendu compte alors que le festival se terminait. J’avais également un peu de mal à croire que toutes les représentations soient gratuites et sans réservation. Je découvre donc une partie du festival tout à fait par hasard.

Le groupe qui vient de sortir est MONONKVL (モノンクル), un duo formé en 2011 par la chanteuse-compositrice Sara Yoshida (吉田沙良) et le bassiste-compositeur Ryuta Tsunoda (角田隆太). Ce que j’ai entendu était en fait une petite mise en jambe pour accorder les instruments et le matériel. La session live démarre en fait à 11h30 sur la scène nommée HIROBA devant Hibiya Midtown. Je décide de rester les écouter. C’est agréable d’être à l’extérieur avec une météo plus que clémente et devant une petite scène qui permet de s’approcher assez près. Le nom du groupe MONONKVL peut se traduire en Mon Oncle et aurait été inspiré par le nom de la revue Mon Oncle (モノンクル) dirigée par Juzo Itami (伊丹十三) dans les années 1980, elle-même probablement inspirée du titre du film Mon Oncle de Jacques Tati. Ryuta Tsunoda en aurait aimé la sonorité du mot indépendamment de son sens précis. La musique de MONONKVL mêle des ambiances soul et jazz avec approche pop très contemporaine. J’ai tout de suite aimé la voix de Sara Yoshida et les compositions des morceaux remplis d’énergie positive m’ont beaucoup plu. J’ai du coup tenté de leur demander par l’intermédiaire de la messagerie d’instagram quelle était la setlist de leur session d’une demi-heure environ, tout en faisant part de mon enthousiasme pour leur musique, et ils m’ont gentiment répondu. Je la note ci-dessous pour référence.

1. Apollo (Porno Graffitti cover)
2. HOTPOT
3. Yuudachi (夕立)
4. GINGUA
5. Uzu (渦)
6. Koko ni Shika Nai tte Itte (ここにしかないって言って)

Le premier morceau que le groupe à interprété est très connu et il s’agit d’une reprise du titre Apollo de Porno Graffitti. Il y avait une petite foule devant la scène et Sara Yoshida arrive bien à engager le public. Au milieu du set, elle adresse un message de remerciement au public, qui semblait comme moi beaucoup apprécier, puis envers l’organisateur du festival Seiji Kameda. Leur session est assez courte mais j’en retire quelques morceaux que j’aime beaucoup et que j’écoute maintenant sur mon iPod, comme HOTPOT et Uzu (渦). En fouillant dans leur discographie, je découvre avec plaisir le morceau Who Am I en collaboration avec AAAMYYY sur leur album Bokura Ikidomari de Warai Aitai (僕ら行き止まりで笑いあいたい) sorti en 2025. J’aime beaucoup la manière par laquelle le morceau se transforme progressivement d’une approche déstructurée vers une harmonie pop particulièrement réussie entre les deux chanteuses. Je garde donc une très bonne impression de ce premier contact avec le festival musical de Hibiya et j’ai envie de la prolonger. Je gagne ensuite le centre du grand parc de Hibiya pour savoir ce qui s’y passe. On y trouve plusieurs scènes en plein air dont la plus grande est celle nommée ONIWA. Le groupe pop-rock-rap originaire d’Okinawa ORANGE RANGE s’y produit. Ils étaient très populaires dans les années 2000 et ont fait leur retour. Leur musique m’intéresse peu et il est de toute façon temps pour moi de rentrer. Je n’écoute que distraitement en marchant en direction d’une des sorties du parc. Nous sommes le Samedi 30 Mai 2026, et le festival se déroulant sur deux jours, continue le Dimanche 31 Mai. Sur le programme du Dimanche, j’ai remarqué quelques artistes et groupes qui m’intéressent et que je serais très curieux de voir sur scène.

Me voilà donc le Dimanche en début d’après-midi pour une deuxième visite au festival musical de Hibiya. Il fait un temps magnifique et même un peu trop chaud. Sur la scène HIDAMARI située dans un coin ombragé du parc près des terrains de tennis, j’avais noté une session live de la guitariste Rei, dont j’avais déjà parlé brièvement sur ce blog. Elle est ‘ambassadrice‘ de la marque de guitare Fender au Japon depuis 2023 et a même sa propre guitare signature, la Rei Stratocaster R246, commercialisée depuis Février 2025. Son concert d’une trentaine de minutes commence à 13h45 mais j’arrive en avance vers 13h, alors que se termine la session précédente d’une autre artiste que je ne connais pas. J’avais amené avec moi un sandwich vietnamien que j’ai pu apprécier tranquillement dans le parc sous les arbres. Des petites chaises en plastique sont disponibles et des stands fournissent de quoi boire et manger. Une bière s’impose rapidement. Les prix ne sont même pas prohibitifs. Quelques personnes sont déjà regroupées devant la scène et je n’attends pas trop pour les rejoindre. Je ne connais pas beaucoup la musique de Rei à part quelques morceaux, mais je sais que c’est une guitariste remarquable. Elle a apparemment son fan club présent en premières lignes. Une vingtaine de minutes avant le début de sa session, elle entre sur scène comme si de rien n’était pour vérifier les réglages des guitares qu’un membre du staff avait préparé pour elle. Ses quelques essais se transforment assez vite en un morceau d’échauffement parfaitement exécuté. On a l’impression que le concert vient de commencer mais elle nous rappelle qu’il s’agit juste d’un tour de chauffe. Elle y met en tout cas toute sa ferveur, ce qui promet pour la suite. Le public la suit tout de suite. La plupart des morceaux qu’elle jouera ensuite me sont inconnus. Elle chante parfois en anglais qu’elle maîtrise très bien. Bien qu’elle soit née au Japon à Itami (伊丹市) dans la préfecture de Hyōgo, elle a vécu plusieurs années à New York lorsqu’elle était enfant. Ce n’est pas la première fois qu’elle répond à l’appel de Seiji Kameda pour ce festival. Les deux semblent même proches et sur la même longueur d’onde. Elle nous fait part d’ailleurs d’une discussion qu’elle a eu avec Kameda lors des débuts du festival. Lorsqu’elle était petite, Rei connaissait Central Park à New York comme un lieu ouvert aux artistes et groupes de musique et a le souvenir d’y avoir vu des représentations. Kameda, qui connaît aussi New York, avait cette idée de faire du parc de Hibiya le Central Park de Tokyo, dans une vision similaire à ce qu’avait connu Rei. Rei ne manque pas de le remercier d’avoir concrétisé cette vision. On sent un respect profond entre les deux artistes. La musique de Rei lors de cette session se tourne beaucoup vers le blues, d’influence américaine donc, notamment pour ses premiers morceaux où elle chante en anglais. Elle joue d’abord d’une guitare acoustique mais elle a un jeu tellement puissant qu’on y entend une électricité latente. Rei sait mettre les formes et se mettre en scène comme une femme forte aux airs impitoyables sur une guitare. Mais elle respecte tellement ses guitares qu’elle les présente même les unes après les autres au public. En hommage à Kameda, Rei reprend un morceau de Tokyo Jihen, Shuraba (修羅場) de l’album Adult (大人). Elle n’a pas tout à fait la voix de Sheena Ringo, mais elle reste puissante et passionnée. Son jeu est assez différent de celui d’Ukigumo, un peu plus physique alors que celui d’Ukigumo est plus flottant. En parcourant le fiche Wikipédia de Rei, on apprend d’ailleurs que Ryosuke Nagaoka a participé à son premier projet discographique. Alors que j’écoute cette interprétation libre de Shuraba, j’en viens à me demander s’il ne s’agit pas là d’un signe m’indiquant de continuer ma souscription au fan club Ringohan, qui inclut également Tokyo Jihen bien que le groupe soit au point mort en ce moment. Sur la petite scène couverte d’une sorte de tente sur la zone HIDAMARI, Rei est seule mais elle remplit le son et l’espace comme un groupe au complet. Je suis impressionné du début à la fin par sa virtuosité à la guitare et par sa présence sur scène.

Je me dirige ensuite vers la scène principale du parc Hibiya, celle nommée ONIWA pour y voir jouer Ohzora Kimishima (君島大空) à partir de 15h45. Je connais son album No Public Sounds sorti en 2023, qui m’avait beaucoup impressionné. C’est également un excellent guitariste, jouant d’une manière très sensible et instinctive. J’arrive en avance et le groupe précédent est toujours sur scène. Soichiro Yamauchi (山内総一郎), le guitariste et chanteur du groupe Fujifabric, est sur scène. Je ne connais pas vraiment Fujifabric (フジファブリック) et encore moi la carrière solo de Yamauchi, mais ce n’est pas désagréable de s’asseoir sur l’herbe du parc en l’écoutant, avec une bière à la main (oui, c’est la deuxième mais je me suis arrêté là). La zone verte ONIWA est suffisamment vaste qu’on peut facilement trouver où s’asseoir. Quand il termine son set, un petit mouvement de foule entre ceux qui partent et ceux qui arrivent pour voir Ohzora Kimishima me permet d’approcher le troisième rang devant la scène. On s’assoit tous sur l’herbe devant la scène car la session live ne commence que dans une trentaine de minutes. Le soleil tape fort malgré ma casquette. J’avais heureusement eu la bonne idée d’amener une petite bouteille d’eau. Selon le même mode opératoire que pour les autres concerts, Ohzora Kimishima monte sur scène avant l’heure pour les réglages de sa guitare acoustique. Il est élégant, habillé d’une longue chemise blanche sur un pantalon noir et des sandales japonaises, un léger rouge sur les lèvres. J’avais un peu espéré qu’il soit accompagné sur scène par son groupe composé du bassiste Kazuki Arai (新井和輝) de King Gnu, du batteur Shun Ishiwaka (石若駿) et du guitariste Shūta Nishida (西田修大), comme lors du festival Fuji Rock l’année dernière, mais il était seul. Ce n’est pas très grave et c’est même compréhensible car cette session sera acoustique. Le public autour de moi est très varié et je ressens la présence de fans fervents. Une fois sur scène, Ohzora Kimishima est très naturel lorsqu’il s’adresse au public. Il compatit pour nous pour cette chaleur qui pourrait nous faire tourner la tête. Il jouera plusieurs morceaux dont des nouveaux de son futur album qui sortira en Juin 2026, si je ne trompe pas. De No Public Sounds, il a interprété mon morceau préféré Arashi (˖嵐₊˚ˑ༄) qui m’a littéralement donné les larmes aux yeux. Ce morceau est comme une tempête intérieure qui finit par s’évacuer. Son interprétation était fascinante et reste pour moi un moment important de ce festival.

Le dernier groupe de la journée sur cette même scène ONIWA est SOIL& »PIMP »SESSIONS avec les invités C&K et Rei que j’avais vu précédemment. Leur session live commence à 17h, et là encore les mouvements de foule me permettent d’approcher au deuxième rang, mais il faudra encore attendre sous le soleil qui baisse heureusement en fin de journée. Le petit vent rafraîchissant qui se lève est le bienvenu. Je connais principalement le groupe pour ses quelques collaborations avec Sheena Ringo dont le morceau Koroshiya Kiki Ippatsu (殺し屋危機一髪), mais je n’ai jamais écouté le reste de leur discographie même si ce n’est pas l’envie qui me manquait. J’étais en fait extrêmement curieux de les voir sur scène, ne sachant pas trop à quoi m’attendre. La perspective d’écouter du « Death » Jazz m’intéressait au plus haut point. Ce terme caractérise la musique du groupe mélangeant des tempos très rapides avec une énergie agressive proche du rock, des improvisations expérimentales, des rythmiques puissantes et une attitude sur scène intense et théâtrale. Tout un programme et c’est exactement ce que j’ai vu sur scène, dès la séance de réglages des instruments. SOIL& »PIMP »SESSIONS est une formation particulière autour de la figure du patron, le Shacho (久嶋識史), qui ne joue d’aucun instrument mais qui est là comme agitateur et catalyseur de l’énergie du groupe. C’est un rôle central dans le déroulement de leurs sessions. Les figures historiques du groupe fondé en 2001 sont Tabu Zombie (椨智紹) à la trompette, Josei (佐藤丈青) au piano et claviers et Akita Goldman (秋田紀彰) à la contrebasse. En support, le groupe est accompagné de manière quasi permanente par Takeshi Kurihara (栗原 健) au saxophone et par Seiya Onasaka (小名坂誠哉) qui remplace Midorin à la batterie. Il faut imaginer chaque musicien comme un virtuose dans son domaine jouant avec une totale liberté au point où on ne sait jamais vraiment si on est dans le morceau ou si on est parti en totale improvisation. C’est extrêmement grisant à l’écoute, notamment quand la trompette de Tabu Zombie et le saxophone de Takeshi Kurihara se répondent et prennent le relai l’un après l’autre, accompagnés par le clavier disruptif de Josei. Le groupe part très très vite dans les tours dès l’échauffement, au point où le Shacho sent le besoin de préciser que le concert n’a pas encore commencé. Je ne connais pas les morceaux du set mais ce n’est pas grave car on est très vite entrainé par l’énergie qui s’en dégage, époustouflante pendant tout le set. Le Shacho prend la parole plusieurs fois, notamment pour remercier lui aussi Seiji Kameda pour cette invitation au festival. Il fait la remarque que le groupe répond de toute façon systématiquement présent aux invitations et demandes de Kameda. Il hallucine également que tout ce festival soit gratuit grâce à lui. C’est vrai. J’ai passé un excellent moment en leur compagnie, encore accentué par l’arrivée de Rei à la guitare électrique. Sur le thème du film Kill Bill, Battle Without Honor or Humanity, de Tomoyasu Hotei, Rei arrive sur scène avec une agressivité électrique sans pareille comme si elle voulait montrer qu’elle ne se laissera pas déborder par la puissance sonore de SOIL& »PIMP »SESSIONS. Il en ressort une bataille de solo entre la guitare de Rei et la trompette de Tabu Zombie. C’est très amusant de voir comment elle arrive à se faire sa place dans le groupe. La session se termine ensuite avec le duo C&K que je ne connaissais pas. C&K ne sont pas des rappeurs à proprement parler, mais un duo vocal composé de CLIEVY (クリビー) et de KEEN (キーン). Ils ont des registres de voix assez différents mais la même énergie sur scène. Là encore, accompagnés par le groupe, ils partent dans une improvisation faisant intervenir le public et ne semblent pas vouloir s’arrêter. On sent une grande complicité entre C&K et SOIL. Le Shacho nous dit même qu’il faut maintenant qu’ils s’arrêtent sans quoi ils vont se faire enguirlander par la direction du festival, mais il est le premier à remettre une pièce dans la machine. Ça fait plaisir de ressentir sur scène cette passion musicale, d’autant plus dans un décor pareil. L’avantage de cette approche festival est qu’on peut approcher de très près les artistes. Le fait que tout cela soit gratuit est quand même hallucinant. Merci Kameda san! Des petites boîtes de donation pour le festival de l’année prochaine sont présentes à plusieurs endroits dans le parc et je n’hésite pas à contribuer, en espérant vivement y retourner l’année prochaine. En attendant, je me lance dans l’écoute de l’album Pimpin’ de SOIL& »PIMP »SESSIONS pour prolonger cette expérience. A noter que ce billet mélange mes photographies avec certaines provenant du compte X Twitter du festival, que je me permets de montrer ici pour illustrer mon propos.

Narakyō to Biwako ~2

Le lendemain matin, je me lève assez tôt, vers 6h comme tous les matins. Assis sur le tatami, en regardant par une fenêtre entrouverte le jardin du petit hôtel dans lequel nous séjournons, j’écris sur mon iPad les textes qui accompagneront les trois billets hypnotic innocence, cathartic existence. Ces trois billets s’appuient sur une photographie imaginaire créée par une intelligence artificielle que j’ai guidé progressivement dans le processus de création. Après avoir écrit entièrement ces trois billets, j’ai pourtant longtemps hésité avant de les publier, comme si quelque chose m’empêchait de le faire. Les quelques expérimentations récentes de Shohei Otomo à partir d’intelligence artificielle, qu’il montre sur son compte Instagram, lui ont valu une grande majorité de commentaires négatifs qui essaient même de le décourager d’utiliser l’intelligence artificielle. Je préfère grandement quand Shohei Otomo utilise ses crayons et stylos pour dessiner, car ce qu’il dessine est à mille lieux de ce qu’il crée avec l’IA, mais loin de moi l’idée de vouloir décourager quelqu’un à essayer de nouvelles choses qui l’amèneront peut être plus tard vers de nouveaux horizons. Shohei Otomo écrivait ceci: « Whenever I post something related to AI, there’s always a wave of high-temperature reactions. It clearly shows how many people are still struggling to process the times we’re living in. But to put it bluntly, Al is not going away. We have no choice but to live with it. Emotion alone won’t change that. Friction between structure and emotion. The heat of a shifting era. I draw. And I use Al. Let me be clear. There is no tool more creative or compelling than Al – except for the human hand« . C’est ce qui m’a finalement poussé à publier ces trois billets. Dans mon cas, ces images ne sont pas des fins en soit car elles me poussent à l’écriture de fictions. Je ne sais si j’ai un quelconque talent pour écrire ces petites histoires mais j’éprouve en tout cas un plaisir certain à les imaginer.

Après le petit déjeuner, nous marchons un peu au hazard des rues de Naramachi en direction du temple Kōfuku-ji (興福寺) que nous avions rapidement parcouru hier soir. On se laisse assez rapidement attiré par autre temple nommé Gangō-ji (元興寺), qui est classé au patrimoine mondial de l’Unesco et qui se trouve être un des plus anciens temples du Japon. Il a été fondé à l’origine au VIe siècle sous le nom Asuka-dera et a été déplacé à Nara en 718, lors de l’installation de la capitale à Heijō-kyō (平城京). Il a été alors renommé Gangō-ji et fut considéré comme l’un des premiers centres du bouddhisme japonais. Il s’agissait à l’époque d’un vaste temple dont l’enceinte couvrait une grande partie de l’actuel quartier de Naramachi, mais il a perdu de son importance au fur et à mesure des époques. Il s’agit aujourd’hui d’un vestige d’un ensemble beaucoup plus vaste. Il reste principalement le hall principal Gokurakubō (元興寺極楽坊) avec des tuiles datant de l’époque Asuka. L’ensemble n’a rien de monumental mais il est situé dans un lieu calme, presque caché, qui lui donne une atmosphère silencieuse très agréable. On est ici loin de la foule du Tōdai-ji. Nous ne sommes pas mécontents d’avoir découvert ce petit trésor architectural un peu à l’écart, ce qui nous fait dire qu’on pourrait certainement passer de très nombreuses heures et journée à explorer Naramachi. Nous continuons ensuite vers l’étang Sarusawa et le grand temple Kōfuku-ji que nous avons cette fois-ci l’intention de visiter. En chemin, je trouve quelques étranges objets architecturaux et artistiques, mais déjà au loin, mon œil est attiré par les cerfs sauvages faisant leur apparition alors qu’on approche progressivement du parc de Nara. On nous avait dit qu’ils approchaient parfois le jardin intérieur de l’hôtel où nous avons passé la nuit, mais on ne les a malheureusement pas vu. J’aurais aimé me retrouver nez à museau avec un cerf en ouvrant les stores de notre chambre d’hôtel ce matin.

Dans l’enceinte du temple Kōfuku-ji, nous voulions notamment visiter le musée National Treasure Hall contenant plusieurs trésors nationaux, notamment une statue remarquable d’Ashura (阿修羅) que je montre en photo ci-dessus, prise de deux cartes postales que j’ai acheté à la boutique du musée. Ashura fait partie d’une série de huit êtres mythologiques formant un ensemble de statues bouddhiques inspirées de figures de la mythologie indienne, intégrées au bouddhisme comme protecteurs du Bouddha et de ses enseignements. Elles ont été sculptées entre 733 et 734, réalisées en laque sèche creuse, et se trouvaient à l’origine placées dans le pavillon occidental du temple disparu à cause d’incendies. Certaines statues, notamment celle d’Ashura, ont des visages jeunes, sans doute liés à la volonté de leur mécène, l’impératrice Kōmyō. Je suis content d’avoir pu voir cette magnifique statue à la posture élancée et à la délicatesse étrange, presque mélancolique et humaine.

Le dieu bouddhiste Ashura (issu des asura de la mythologie indienne) possède une nature complexe, à la fois violente et profondément humaine. C’est un être belliqueux, symbole du conflit, des passions humaines et de la lutte constante, mais il incarne une figure de dualité, entre colère et possibilité d’éveil, comme une destruction peut engendrer un recommencement. Contrairement à d’autres divinités, il peut exprimer une tristesse contenue, pas seulement la fureur. Au Japon, Ashura est souvent perçu moins comme un démon que comme une figure tragique et introspective, ce qui rend cette figure particulièrement fascinante. J’imagine très bien l’attirance que cette figure peut représenter dans le monde des arts, notamment musicaux. J’ai d’ailleurs souvent évoqué cette figure d’Ashura dans mes billets car il s’agit d’une présence récurrente dans la musique que j’écoute. J’ai même souvent dit qu’il fallait que je crée une playlist des morceaux l’évoquant. La voici finalement ci-dessous et elle est très éclectique, reflétant une partie des multiples musiques que j’aime.

1. 修羅の花 (The Flower Of Carnage) par Meiko Kaji (梶芽衣子), sur la bo du film Lady Snowblood (修羅雪姫), 1973
2. Ashu-lah par Zelda, sur l’album ZELDA, 1982
3. 春と修羅 (Haru to Shura) par Haru Nemuri (春ねむり), sur l’album Haru to Shura (Haru to Shura), 2018
4. 春と修羅 (Haru to Shura) par Kinoko Teikoku (きのこ帝国), sur l’album eureka, 2013
5. Ash-ra par Buck-Tick, sur l’album COSMOS, 1996
6. 修羅場 (Shuraba) par Tokyo Jihen (東京事変), sur l’album Adult (大人), 2006
7. ):阿修羅:( (Ashura) par King Gnu, sur l’album The Greatest Unknown, 2023
8. 阿修羅 (Ashura) par Faye Wong (王菲) sur l’album Fable (寓言), 2001
9. 夜へ (Yoru he) par Momoe Yamaguchi (山口百恵), sur l’album A Face in A Vision, 1979

En écoutant cette playlist, je me rends compte qu’elle évoque assez bien ce mélange de fureur et de mélancolie tragique.

Shibuya za rock

Les deuxième et troisième photographies de ce billet sont prises depuis un des derniers étages du Department Store PARCO de Shibuya. La troisième photographie montre une vue en contre-plongée de l’ancien Cinéma Rise reconverti en salles de concert WWW et WWWX. J’ai toujours aimé ce petit bâtiment atypique conçu par l’architecte Atsushi Kitagawara et je suis particulièrement satisfait de voir qu’il a pu trouver une seconde vie après la fermeture du cinéma. Tokyo est en général sans pitié pour les vieux buildings qui faiblissent même s’ils ont été créés par des architectes reconnus. Je suis en fait venu au PARCO pour voir une petite exposition consacrée au magazine mensuel gratuit Kaze to Rock (風とロック). L’exposition intitulée Kaze to Rock to PARCO: Minna Waratteru (風とロックとPARCO:みんな笑ってる) se déroulait du 28 Avril au 8 Mai 2023 au PARCO Museum Tokyo situé au quatrième étage de PARCO. Je pensais d’abord que cette galerie se trouvait au dernier étage d’où le petit détour qui m’a permis de prendre les photographies ci-dessus. La galerie est en fait perdue au milieu des boutiques du grand magasin. J’avais déjà très brièvement évoqué le magazine Kaze to Rock après avoir acheté le livres de photographies de Mika Ninagawa car on y montrait une photographie de Sheena Ringo accompagnée des acteurs Shun Oguri, Lily Franky et Kenichi Matsuyama. Cette photographie était en fait tirée d’une édition spéciale du magazine Kaze to Rock sortie en Novembre 2006 et intitulée Kaze to Rock to United Arrows (風とロックとユナイテッドアローズ).

Le magazine Kaze to Rock a été créé en 2005 par le directeur créatif Michihiko Yanai (箭内道彦). Michihiko Yanai est originaire de Koriyama dans la prefecture de Fukushima. Après des études de design à l’Université des Beaux-arts de Tokyo, il travaille d’abord pour la grande agence publicitaire Hakuhodo et devient ensuite indépendant en 2003, créant sa propre agence Kaze to Rock Co. Limited qui est toujours active. Ce nom n’est pas choisi par hasard car en plus d’être professeur à l’Université des Beaux-arts de Tokyo, il est également guitariste dans un groupe de rock, animateur d’émissions radio, organisateur d’évènements musicaux, entre autres. On lui doit notamment la fameuse campagne publicitaire au long court « No Music No Life » pour Tower Records. Il n’y a pas de doutes que Michihiko Yanai vit et respire pour cette musique rock, et c’est dans ce contexte là qu’il a créé le magazine mensuel Kaze to Rock en 2005, sans but lucratif et même à perte car il s’agit d’un magazine gratuit. A vrai dire, je ne sais pas où il est distribué car je ne l’ai jamais vu disponible, au Tower Records par exemple, mais il y a en tout 100 numéros publiés. Vu le nombre de numéros, la publication n’est certainement pas régulière. En tant que rédacteur en chef du magazine, Michihiko Yanai semble choisir sans contrainte les artistes et groupes dont il veut parler sur ses pages. On reconnaît tout de suite cette liberté créative dans le format du magazine donnant une grande place aux photographies. L’exposition permet de feuilleter un grand nombre de numéros du magazine et je remarque que les pages de photos consacrés au groupe ou à l’artiste en couverture sont très importantes, de quarante a cinquante pages environ suivant le numéro. Cela fait ressembler ce magazine à un véritable livre d’art plutôt qu’à un magazine classique que l’on trouverait en librairie. Outre la possibilité de feuilleter ces magazines, l’exposition montre de nombreuses photographies sur écrans géants dans plusieurs pièces avec des éléments d’explication et de chronologie.

Une des raisons pour laquelle j’ai fait le déplacement était de voir deux numéros du magazine consacrés à Sheena Ringo et à Tokyo Jihen, car je savais qu’ils étaient visibles parmi les magazines présentés à l’exposition. J’ai pris mon temps pour les feuilleter pendant l’exposition. On ne pouvait malheureusement (ou heureusement) pas les prendre en photo. J’ai tout de suite été interpellé par la qualité des photographies qu’on y montrait. Beaucoup de photos se ressemblent, comme des versions différentes d’une même situation, mais sont prises sous des angles différents et avec des expressions du visage semblant être prises sur le vif. Certaines photographies font des plans resserrés sur des objets ou des parties du corps. Ce ne sont clairement pas des photos qu’on trouverait dans un magazine musical traditionnel. J’ai eu forcément très envie de me procurer ces numéros que j’ai trouvé assez facilement sur Mercari pour pas très chers. La plupart des photographies des deux magazines m’étaient inconnues et je les feuillette tranquillement et avec beaucoup d’attention comme des petits trésors. Le numéro avec Tokyo Jihen est celui du 1er Septembre 2007, ce qui correspond à la sortie de l’album Variety (娯楽). Les photographies sont prises par Kazunari Tajima (田島一成) qui a déjà capturer le groupe pour le numéro de Mars 2010 du magazine Switch. Kazunari Tajima a également photographié Sheena Ringo pour le numéro de Février 2003 de Rockin On Japan à l’occasion de la sortie de son troisième album KSK. C’est également un magazine que j’ai dans ma petite collection. Le numéro de Kaze to Rock consacré à Sheena Ringo est celui du 1er Juin 2009. Ce numéro correspond à la période où elle revenait vers sa carrière solo en sortant l’album Sanmon Gossip (三文ゴシップ). Les photographies sont également superbes, notamment celles en plan serré dont une est utilisée en couverture du magazine. Elles sont du photographe Jin Ohashi (大橋仁), qui a également pris en photo Sheena Ringo pour le magazine Switch du mois d’Avril 2000 sur une série intitulée In the Room. Sur ces deux magazines, j’aime aussi beaucoup le titrage avec une police de caractère très stylisée. L’organisation même du magazine me fait penser à un fanzine et je pense que c’est le souhait de son créateur car il a fait le choix de ne parler que des artistes qu’il aime. Feuilleter ces magazines me relance dans l’idée de faire ce genre de fanzine, si j’en avais le temps, le courage et surtout l’inspiration.

Continuons encore un petit peu en musique avec un autre album de Blankey Jet City que j’écoute beaucoup en ce moment, Love Flash Fever sorti en 1997. J’ai acheté cet album au Disk Union de Shimo-Kitazawa en même que l’album solo de Kenichi Asai, Red Snake Shock Service, dont je parlais récemment. Vous l’aurez peu être compris, je suis actuellement dans une période rock très pointue allant de Kenichi Asai et ses groupes jusqu’à Buck-Tick que je continue à beaucoup écouter depuis quelques mois. Cette profusion de guitares explique mon besoin de me dégourdir de temps en temps les oreilles avec une musique plus pop, comme celle mentionnée dans le billet précédent. De cet album Love Flash Fever, je connaissais déjà plusieurs morceaux déjà présents sur la compilation Blankey Jet City 1997-2000, à savoir Gazoline no Yurekata (ガソリンの揺れかた), Planetarium (プラネタリウム), Spaghetti Hair et Dennis Hopper (デニスホッパー). Ces morceaux comptent dans les meilleurs de l’album mais celui que je préfère est le deuxième intitulé Pudding. Il n’est étonnement pas présent sur la composition mentionnée ci-dessus. Il s’agit d’un morceau plein de la furie typique du groupe. Il y a une urgence et une frénésie assez géniale, accompagnée par des riffs de guitares particulièrement incisifs et Kenichi Asai accélérant démesurément son phrasé. J’aime aussi beaucoup le quatrième morceau Minagoroshi no Trumpet (皆殺しのトランペット) car il a une composition singulière démarrant par un monologue de Kenichi Asai accompagné par un son de trompette et une basse, pour se transformer dans une deuxième partie vers une composition plus classique. J’aime beaucoup l’atmosphère sombre de ce morceau ponctuée par des cris d’Asai. L’ambiance est très différente du morceau que je mentionnais précédemment, et ils forment à eux deux les pics de cet album. Enfin, il y a beaucoup d’autres très bons morceaux sur cet album, comme le cinquième intitulé Kanjō (感情) toujours avec cette rage naturelle et ses émotions fortes, qui se sont ensuite un peu apaisées plus tard sur ses albums solo. Et il y a ce morceau intitulé Dennis Hopper où le chant de Kenichi Asai n’est pas des plus faciles à apprécier aux premiers abords. Mais la deuxième partie du morceau est assez fantastique et me donne à chaque fois des frissons.

dans les mines de pierre d’Ōya

Cela faisait plusieurs années que je voulais visiter les mines de pierre d’Ōya (大谷) dans la préfecture de Tochigi, mais les deux heures nécessaires en voiture pour s’y rendre nous ont toujours un peu freiné. L’occasion se présente enfin et le trajet aller ne nous a pris qu’une heure et cinquante minutes. Les mines de pierre d’Ōya (大谷石) se trouvent à Ōyamachi, à proximité de la ville d’Utsunomiya. La pierre d’Ōya est une roche créée à partir de lave et de cendres. Elle a la particularité d’être ignifuge et facile à sculpter. On trouve cette pierre sur un gisement de plusieurs kilomètres autour de Ōyamachi. La pierre d’Ōya est notamment connue pour l’utilisation que l’architecte américain Frank Lloyd Wright en a fait pour la façade de l’ancien Hôtel Impérial à Tokyo. Cette pierre a également été utilisée pour l’ancienne école Jiyū Gakuen Myōnichikan (自由学園明日館) que Wright a conçu en 1921 et que nous avions visité en Avril 2022. Une des mines que l’on peut visiter a fermé en 1986 après 70 ans d’activité et est ensuite devenue un musée appelé Ōya Stone Museum. On y accède par un petit couloir qui nous amène rapidement vers une impressionnante caverne de pierre qui fait en tout 20,000 m2 et dont le sol est situé 30 mètres sous terre. On peut marcher dans de nombreuses galeries mais certaines sont condamnées. Il y fait sombre et frais, environ 12 degrés à notre passage. Le découpage géométrique de la pierre impressionne. Les grands murs et les ouvertures me font tout de suite penser à l’architecture brutaliste. On en est pas loin, je trouve. L’éclairage est diffus mais suffisant pour ne pas trébucher à chaque marche. Il contribue à l’ambiance, à l’impression d’être entré dans un endroit mystérieux, bien que nous ne sommes pas les seuls à marcher dans ces galeries. Les visiteurs sont cependant parsemés dans le vaste espace souterrain. Le parcours est ponctué par quelques explications nous expliquant le découpage de la pierre à la main au départ, puis par l’utilisation de machines mécaniques.

Quelques œuvres d’art sont placées à certains endroits des galeries. On trouve également accrochées sur un mur de pierre des séries de photos d’évènements ayant eu lieu dans cette caverne. On pouvait apparemment y célébrer une cérémonie de mariage. Les galeries de la mine ont été utilisées de nombreuses fois pour des scènes de films. Quelques affiches de films sont notamment montrées à l’entrée de la galerie. J’en montre une photo sur mon compte Instagram. J’ai vu quelques uns des films utilisant cet endroit, comme Tonde Saitama (翔んで埼玉) du réalisateur Hideki Takeuchi dont je parlais dans un précédent billet, et Real Onigokko (リアル鬼ごっこ) du réalisateur Shion Sono que j’évoquais également dans un autre billet. On y a également tourné des vidéos musicales, comme celle de Stereo Future de BiSH (un des meilleurs morceaux du groupe) que j’évoquais aussi dans un billet de ce blog. Sur ce billet datant de Novembre 2019, je donnais déjà pas mal d’information sur les mines d’Ōya et c’est d’ailleurs cette vidéo qui m’a donné envie d’aller visiter l’endroit. Et vous me voyez certainement venir mais le musée de pierre d’Ōya a également été utilisé pour une vidéo de Tokyo Jihen (東京事変), Kenka Jōtō (喧嘩上等), dont la photographie ci-dessus est extraite. Sheena Ringo se tient debout devant un mur de pierre découpé à la machine, tandis que Toshiki Hata effectue une danse Kagura en tenue traditionnelle sous les regards des autres membres du groupe (et d’un cheval, allez savoir pourquoi). En visitant les mines d’Ōya, on comprend très vite la force d’évocation de l’endroit et les raisons qui ont poussé des artistes et réalisateurs à utiliser ces lieux à l’atmosphère fantastique.

天晴よ東京

Un temps ensoleillé et une chaleur estivale gagnent maintenant Tokyo après ce qui a ressemblé à une fin retardée de la saison des pluies. L’objectif cette fois-ci était de trouver dans les rues de Koishikawa la maison du chat noir Chez Tachibana. Ce petit immeuble noir aux formes rondes est posé dans la courbe d’une rue en pente que les vélos dévalent à toute vitesse sans prêter attention au visage du chat noir posé dans la rondeur des murs. Je suis venu pour voir ce chat, après l’avoir vu quelques fois déjà sur Internet aux détours de blogs (ah, cette époque lointaine où on écrivait des blogs). Ce petit building qu’on pourrait appeler Neko Biru (猫ビル) est posé sur une surface de 27 m2 et possède un sous-sol, un rez-de-chaussée et 2 étages. Sa construction a été achevée en Décembre 1991. Il servait de lieu de travail et de bibliothèque pour le journaliste indépendant Takashi Tachibana (立花隆). Originaire de Nagasaki, il était diplômé de littérature française à l’Université de Tokyo. Tachibana a commencé sa carrière en 1964 pour le magazine Shūkan Bunshun et a ensuite écrit de nombreux articles pour d’autres publications comme Shokun!. En 1974, il publia dans le magazine Bungeishunjū une enquête minutieuse sur les affaires de corruption du ministre alors en place à l’époque, Kakuei Tanaka, conduisant à sa chute. Il est décédé récemment à l’age de 80 ans, en Avril 2021, suite à des problèmes cardiovasculaires. Je ne sais pas qu’elle est maintenant l’utilisation faite de ce building noir, car la porte était bien entendu fermée sans information particulière à part bien sûr l’écriteau mentionnant le nom de cette maison. Nous sommes ici dans les rues à l’arrière de l’immense Tokyo Dome, que je montre ensuite sur quelques photographies. Je ne suis d’ailleurs jamais entré à l’intérieur du dôme, car je suis assez peu amateur de baseball et je n’ai jamais eu l’occasion d’y voir un concert. A ce propos, nous avons tenté notre chance pour acheter des places pour une des deux dates du concert de King Gnu qui se déroulera dans ce dôme les 19 et 20 Novembre 2022. Une loterie définira ceux qui pourront y assister mais comme nous ne sommes pas membres du fan club, je pense que nous n’avons que peu de chance de pouvoir remporter des places. Nous serons fixés dans quelques jours apparemment [NDLR: c’est manqué malheureusement]. Le Tokyo Dome est une structure grandiose conçue par Nikken Sekkei et Takenaka Corporation dont la construction a été finalisée en 1988. Sa particularité est la structure formant la toiture composée d’une immense membrane à air renforcée par des câbles. Le Tokyo Dome fait 59m de haut pour une surface au sol de 116,463 m2. Ce lieu est devenu tellement symbolique pour sa taille que les médias l’utilisent très souvent comme unité de mesure de surface, pour comparer les tailles et susciter une impression de grandeur à d’autres lieux. Je ne me risquerais en tout cas pas à en faire le tour aujourd’hui vu la chaleur ambiante. Entre autres infrastructures, le dôme est entouré d’un grand immeuble conçu par Kenzo Tange, le Tokyo Dome Hotel, que je n’ai pas pris en photo cette fois-ci (enfin, on le voit quand même qui dépasse au dessus du dôme sur les cinquième et sixième photographies du billet). Dans les rues de Koishikawa on peut également voir de loin un étrange building composé d’un observatoire formant un demi-cercle. Il s’agit du Bunkyō City Hall, placé juste à côté du Tokyo Dome. Ce building gouvernemental à la forme si particulière (certains diront qu’il ressemble à un distributeur de bonbons Pez) a été conçu par Nikken Sekkei et construit en 1994. On peut l’apercevoir sur la troisième photographie du billet. Sur la photographie suivante, de taille beaucoup moins grandiose que le nom pourrait le suggérer, je tombe par hasard sur le sanctuaire Koishikawa Daijingū. Ce bâtiment du sanctuaire est récent car sa reconstruction aurait été achevée le 7 Mai 2021. La marche m’amène ensuite à traverser la rivière Kanda au niveau de Suidōbashi en direction du quartier de Jimbocho dont je montrais auparavant quelques photos.

J’arrive finalement au bout d’une longue série de billets consacrés aux concerts de Sheena Ringo et Tokyo Jihen avec celui qu’il me restait à voir, Ringo Expo’14. J’avais démarré cette série de billets en Septembre 2020 après avoir vu le concert de Tokyo Jihen News Flash en streaming live. Il m’aura donc fallu presque deux ans pour voir tous ces concerts disponibles officiellement en DVDs ou en Blu-ray. Le concert Ringo Expo’14, (生)林檎博’14 ―年女の逆襲― (Nama Ringo Haku 14 – Toshi Onna no Gyakushū) de Sheena Ringo est sorti en DVD et Blu-ray le 18 Mars 2015. Le sous-titre de ce concert signifie « La contre-attaque de l’héroïne », comme pour indiquer qu’elle ne faiblira pas malgré les années qui passent. Elle avait 36 ans à cette époque là. Le concert capturé sur le DVD et Blu-ray est celui du 10 Décembre 2014 au Osaka Castle Hall (大阪城ホール). La tournée de laquelle ce concert est extrait se déroulait en 5 dates du 29 Novembre au 21 Décembre 2014, dans des salles immenses de type arena comme c’est également le cas pour ses autres tournées de la série Ringo Expo. Les deux premières dates étaient au Saitama Super Arena, les deux suivantes au Osaka Castle Hall et la dernière à Fukuoka au Marine Messe (elle ne manque jamais une date dans sa ville d’origine).

Comme c’est le cas pour les tournées de la série Expo, les musiciens sur scène sont nombreux. Si on compte également les deux danseuses Aya et Bambi (régulières des concerts), la troupe accompagnant Sheena était composée de 37 personnes et prenait cette fois-ci le nom de The Mighty Galactic Empire, ou en japonais 銀河帝国軍楽団 ce qui signifie à peu près la même chose, c’est à dire l’Orchestre de l’Armée de l’Empire Galactique. Ce nom de formation me fait tout de suite penser à l’univers de Star Wars mais il n’y a pas de références directes sur la scène. Une partie de l’orchestre porte des costumes beiges qui font en effet penser à ceux d’uniformes de l’armée de l’air ou d’agents attachés à la sécurité aérienne, car ils sont marqués à l’épaule d’un patch mentionnant Airborne. Le reste des musiciens, placés directement sur la scène autour de Sheena Ringo sont plutôt habillés de tenues de moussaillon ou de gardes-côtes. Plutôt que l’univers intergalactique de Star Wars, ce choix artistique de costumes me paraît s’apparenter à celui de l’album Gyakuyunyū: Kōwankyoku (逆輸入 ~港湾局~ ou Reimport vol.1) sorti en Mai 2014, et par extension au deuxième volume Gyakuyunyū: Kōkūkyoku (逆輸入 〜航空局〜 ou Reimport vol.2). Même si ce deuxième volume ne sortira que beaucoup plus tard en Décembre 2017, le concert Ringo Expo‘14 en contient déjà quelques morceaux. Ces deux volumes de reprises de morceaux que Sheena a créé pour d’autres font référence aux transports maritimes et aériens, et donc correspondraient assez bien, à mon avis, à ce choix de costumes. Ce thème maritime sur scène avec ces costumes ressemblant à ceux d’un équipage de bateau de gardes-côtes explique peut-être le sens de l’utilisation détournée du drapeau des forces de défense maritime. Certains cherchent absolument à y voir un signe nationaliste, mais je pense que c’est allé un peu loin dans les interprétations. Le concert Ringo Expo‘14 se compose de 27 morceaux incluant deux en rappel. La set list couvre principalement les deux albums sortis en 2014, à savoir Hi Izuru Tokoro (日出処 ou Sunny) sorti en Novembre 2014 et Gyakuyunyū: Kōwankyoku (逆輸入 ~港湾局~ ou Reimport vol.1) en Mai 2014, comme je le mentionnais ci-dessus. Il y a également quelques morceaux plus anciens de Sanmon Gossip (三文ゴシップ), de Kalk Samen Kuri no Hana (加爾基 精液 栗ノ花) et de Ukina (浮き名), mais étonnamment aucun morceau des deux premiers albums Muzai Moratorium et Shōso Strip. La surprise est de voir trois morceaux de Tokyo Jihen intégrés à cette set list.

Dans l’équipe de musiciens de The Mighty Galactic Empire, on retrouve beaucoup d’habitués des concerts de Sheena Ringo: Ukigumo (浮雲) à la guitare et au chant, Masayuki Hiizumi aka HZM (ヒイズミマサユ機) aux claviers, Keisuke Torigoe (鳥越啓介) à la basse et Midorin (みどりん) à la batterie. Viennent compléter cette formation, Tomoyasu Takeuchi (竹内朋康) à la guitare, Yoshiaki Sato (佐藤芳明) à l’accordéon, et tout l’orchestre conduit par Neko Saito (斎藤ネコ) assurant également le violon. L’orchestre se compose d’une vaste formation de dix violonistes, deux violoncellistes, deux personnes aux percussions, une harpe, trois personnes au trombone, trois à la trompette, cinq au saxophone (alto, ténor, baryton), entre autres. Il s’agit donc d’une formation très étendue fidèle aux configurations des concerts de type Expo. J’avais acheté la version d’origine du coffret Blu-ray et c’est un joli boîtier avec un effet 3D. Si ce concert n’est pas le meilleur à mon avis, on y trouve beaucoup de très bons moments et il est forcément indispensable. C’est également un des concerts les plus connus de Sheena Ringo.

Le concert commence dans le noir quasi complet et le morceau Ima (今) est joué avant que Sheena n’apparaisse sur scène. Les spectateurs contemplent un écran étoilé montrant des galaxies. Des nappes de lasers font ensuite leur apparition passant au dessus des têtes de la foule. Sheena arrive en barque sur cette mer imaginaire sombre délimitée par les lasers légèrement bleutées. Le passage qu’emprunte la barque est délimité par des points de lumière comme sur une piste d’atterrissage. Cette mer ressemble peut-être plus à une rivière et je pense maintenant à une analogie avec la traversée de la rivière Styx, qui dans la mythologie grecque amenait les défunts vers le monde des morts. J’y pense car le morceau suivant est Sōretsu (葬列), la procession funéraire, tiré de l’album Kalk Samen Kuri no Hana (加爾基 精液 栗ノ花). Pour cette traversée, Sheena porte un large chapeau noir et un manteau flamboyant aux multiples couleurs. Ce doit être la plus belle entrée sur scène que j’ai pu voir parmi tous les concerts sortis. Le morceau Sōretsu est magnifique. Il donne des frissons. Je pense que c’est la seule représentation de ce morceau que Sheena a fait sur scène. Elle est vêtue d’une robe simple noire avec une fleur beige dans ses cheveux aux reflets bleutés. Elle chante dans une ambiance sombre devant une cascade de fumée blanche. Elle est extrêmement concentrée et regarde au loin dans la foule comme si son regard était absent. Son ton est sérieux mais laisse tout de même échapper un demi sourire à peine visible. Le final tourmenté faisant intervenir le violon de Neko Saito, le piano de HZM et des couleurs rouges est vraiment superbe. L’interprétation que fait Sheena de Sōretsu est intense et on a le plaisir de découvrir une version plus prenante que celle de l’album, mais si musicalement elles est similaire avec la même ambiance orientale au début. Je suis revenu plusieurs fois sur ce Blu-ray pour réécouter ce morceau en particulier, qui, je dirais même, justifie à lui seul l’achat du Blu-ray (j’aime bien exagérer, mais à peine). L’ambiance change ensuite rapidement avec le morceau Sekidō wo Koetara (赤道を越えたら) de l’album Hi Izuru Tokoro. J’aurais aimé que l’ambiance s’attarde un peu plus dans le style de Sōretsu mais j’ai de toute façon toujours aimé ce morceau.

Tsugō no ii Karada (都合のいい身体) continue ensuite dans un esprit plus léger, mais musicalement un peu trop dense à mon goût. C’est le défaut de maximalisme que je peux lui faire de temps en temps, bien que musicalement, c’est parfaitement exécuté. Il n’est cependant pas dans mes morceaux préférés. Un écran vidéo de grande taille à l’arrière montre des images animées faisant directement référence à la vidéo du morceau, tandis qu’Ukigumo, présent dans les chœurs, accompagne Sheena au chant comme sur le morceau précédent. Yattsuke Shigoto (やっつけ仕事) repart vers des terrains plus rocks et Sheena prend sa guitare. Pendant le morceau, HZM est debout devant son piano comme à la grande époque de Tokyo Jihen, sur le concert Dynamite Out par exemple. Ça fait plaisir à voir car je l’avais en général trouver plutôt concentré sur les autres concerts que j’ai pu voir récemment. Ce morceau est puissant en guitare et très rapide. Ukigumo et l’autre guitariste Tomoyasu Takeuchi semblent bien s’amuser au fond. Sheena finit bien le morceau avec le cri rauque caractéristique comme d’habitude mais ne va pas jusqu’à montrer le blanc de ses yeux comme lors du concert Zazen Ecstacy qui reste la meilleure version que je connaisse de ce morceau. Avec Hashire wa Number (走れゎナンバー), on revient vers des ambiances plus jazz agrémentées par le son de la flûte de paon. Je me dis en écoutant ce morceau que Sheena donne toujours des interprétations vocales parfaites sans faire aucune erreur ou écart de voix. Elle disparaît ensuite de scène par une trappe cachée au sol et n’est pas présente sur scène pour le morceau Kachū no Otoko (渦中の男) de l’album Gyakuyunyū: Kōwankyoku. On voit d’abord sur les écrans géants les deux danseuses Aya et Bambi Sato puis le visage de Sheena apparaît par intermittence. L’ambiance musicale sur scène est très dense et tourmentée.

La surprise vient ensuite de l’interprétation de Sōnan (遭難) de Tokyo Jihen sur le premier album Kyōiku (教育). Sheena s’est changée en robe blanche de mariée avec des cheveux légèrement rosés lui descendant jusqu’au niveau des yeux. Ce costume la change complètement. Elle a cette capacité de transformation au point où on a du mal à la reconnaître. Suit ensuite le morceau JL005-bin de (JL005便で). Les deux danseuses rejoignent Sheena sur scène et elles effectuent toutes les trois des mouvements saccadés plutôt inquiétants. Les points lumineux qui limitaient la rivière imaginaire au début du concert réapparaissent maintenant pour donner l’image d’une piste d’atterissage mouvante. Rappelons nous que JL005 fait référence à la ligne d’avion Tokyo – New York. Ce morceau est vraiment très beau. Le morceau Watashi no Aisuru Hito (私の愛するひと) est moins connu car il s’agit d’une B-side du single Carnation. Le petit drapeau rosé est de sortie à ce moment là et Sheena l’utilise pour faire bouger la foule en rythme. Le point amusant vient des paroles concluant ce morceau contenant quelques phrases en français « Tu es tout ce que je n’ai pas, tu es mon amour » que Sheena chante avec Ukigumo dans les chœurs. Elle a un fort accent lorsqu’elle chante en français et ça paraît presque volontaire. Kinjirareta Asobi (禁じられた遊び) est un autre morceau de Tokyo Jihen de l’album Daihakken. J’aime beaucoup la dynamique changeante de ce morceau, qui finit par une sorte de complainte. Sheena met d’ailleurs un genou à terre à la fin. Anya no Shinjūdate (暗夜の心中立て) de l’album Gyakuyunyū: Kōkūkyoku possède une intensité certaine à l’ambiances proche du Enka. Ce type de morceaux lui va très bien car elle force ses mouvements, et son visage décidé pendant qu’elle chante vient contraster avec la pureté de sa robe de mariée. Ce contraste entre son apparence et sa façon d’être est intéressant et loin d’être inhabituel chez elle. Je repense maintenant au magazine GB dans les rues d’Ueno où l’on voit Sheena en robe de mariée porter à la main un pistolet, fumer des cigarettes ou se promener dans des endroits inconvenants pour une mariée, dans un esprit que je rapprocherais du punk.

BETWEEN TODAY AND TOMORROW est un morceau instrumental que l’on trouve sur l’album Ukina et qui poursuit le set du concert. HZM est d’abord seul, accompagné ensuite par un filet de violons donnant une ambiance cinématographique inquiétante. Sheena se change pendant ce temps là. Les images sur le grand écran au fond superposent les musiciens sur scène avec des images de flammes, ce qui donne l’impression que les instruments sont en feu. Pour le morceau suivant Ketteiteki Sanpunkan (決定的三分間), Sheena se transforme maintenant en une hôtesse de l’air habillée d’un ensemble rouge orangé ceintré. Tout comme la robe de mariée, cette tenue est particulièrement iconique. Elle a également les cheveux orangés s’accordant bien à son ensemble. Le mégaphone est de sortie sur ce morceau. Les deux danseuses sont également sur scène et les trois font une fois encore des mouvements de danse en accords. Il y a d’ailleurs quelque chose d’assez mignon dans cette danse. Dans la série des Sanpunkan (3 minutes), on annonce ensuite Nōdōteki Sanpunkan (能動的三分間), un autre morceau de Tokyo Jihen provenant de l’album Sports. Ukigumo vient sur le devant de la scène pour interpréter ce morceau avec Sheena. La mise en scène fait que Sheena tourne presque en permanence le dos à Ukigumo, ce qui est assez étrange mais pas vraiment dérangeant. Ce n’est pas particulièrement la meilleure version que je connaisse de ce morceau, car il est bien plus percutant quand il est interprété par Tokyo Jihen. Chichinpuipui (ちちんぷいぷい) de l’album Hi Izuru Tokoro est de ces morceaux qui rendent mieux en concert que sur album, probablement parce qu’il s’agit en quelque sorte d’un hymne à Ringo. Cette version est par contre moins impressionnante que celle qu’elle fera plus tard sur Ringo Expo’18. Mittei Monogatari (密偵物語) est un morceau de Sanmon Gossip qui fonctionne bien en concert bien qu’il ne soit pas dans les morceaux que je préfère. Le solo de piano de HZM y est par contre brillant comme d’habitude. Koroshiya Kiki Ippatsu (殺し屋危機一髪) est par contre beaucoup plus percutant, à l’image du coup de feu qu’elle donne au dessus de la foule avec un faux pistolet. Sur le EP du même nom, Sheena interprétait ce morceau avec le groupe Jazz SOIL& »PIMP »SESSIONS, dont fait partie Midorin à la batterie.

Un nouvel interlude musical vient délimiter une nouvelle partie du concert. Le morceau instrumental Bōenkyō no Soto no Keshiki (望遠鏡の外の景色) sert de présentation du groupe de musiciens de The Mighty Galactic Empire, où chacun est montré jouant de son instrument tour à tour. Sheena revient sur scène à la toute fin du morceau pour le conclure. Pour Saihate ga Mitai (最果てが見たい), elle est maintenant habillée d’une longue blouse blanche barrée de toute sa hauteur d’une ligne rouge. Ukigumo y fait un petit solo de guitare ce qui nous laisse un peu de temps pour apprécier son étrange guitare en forme d’éclair. Sur NIPPON ensuite, Sheena s’empare à nouveau de sa guitare. Elle n’en joue pas beaucoup, à part pour le solo de guitare qui est de toute façon le meilleur moment du morceau. Elle donne beaucoup de sa voix sur ce morceau et Midorin est hilare à la batterie. Il semble bien s’amuser sur ce concert. Jiyū e Michizure (自由へ道連れ) voient le retour du mégaphone et un peu d’equilibrisme car Sheena monte sur un skateboard posé sur une plate-forme mouvante se déplaçant dans la foule. C’est la seule fois à ma connaissance où on peut voir ce genre d’installation. Le skateboard est un des accessoires récurrents du monde musical de Sheena Ringo. Je ne pense pas qu’elle en fasse elle-même mais je pense qu’il fait référence à la musique alternative américaine. Il s’agit juste d’une interprétation de ma part. Ukigumo remplace Mummy-D de Rhymester au chant rappé sur Ryūkō (流行) pendant que Sheena enlève tout d’un coup sa blouse blanche pour révéler une robe rose et dorée. Il y a un côté un peu kitsch de music hall qui me plait moins. Je me dis maintenant qu’Ukigumo est vraiment un personnage particulier. Il est excellent dans son jeu de guitare, semblant toujours improvisé, et chante également très bien. Il donne l’impression d’être une personne timide en interview mais n’hésite pas à se lâcher en rappant d’une manière très naturelle sur ce morceau par exemple. Récemment, je l’écoute régulièrement dans son émission radio sur J-Wave intitulée Fourgonette (le samedi tard le soir) et son style particulièrement cool est très apaisant. L’émission radio est d’ailleurs sponsorisée par Citroën, ce qui m’amuse car dans l’enquête 2021 du fan club Ringohan, il y avait une question nous demandant d’imaginer quel type de magasin correspondrait bien à Ukigumo (浮雲に似合いそうなお店屋さんはなに). Je le sais amateur de voitures et J’avais donc laissé en proposition le magasin DS de Citroën à Aoyama. Peut-être y est-il vraiment allé pour les besoins de cette émission radio. Le morceau qui suit, Shuen no Onna (主演の女), est un peu trop dense à mon goût mais Sheena y révèle une autre tenue iconique avec des ailes d’ange dans le dos. Il s’agit là encore d’un accessoire récurent du monde de Sheena Ringo. Shizuka Naru Gyakushū (静かなる逆襲) conclut le set avant les deux rappels. Il s’agit en fait d’un ancien morceau appelé Kudamono no Heya (果物の部屋). L’interprétation est assez intense mais j’aime beaucoup ce morceau. Il faut aussi remarquer que Sheena semble particulièrement à l’aise avec ces ailes dans le dos. A noter au passage que le titre de ce billet correspond à la phrase finale des paroles de ce morceau, et je remarque maintenant qu’il y a plusieurs morceaux se terminant sur le mot « Tokyo ».

Dans les rappels sur le morceau Mayakashi Yasaotoko (マヤカシ優男) de l’album Sanmon Gossip, HZM se déchaîne sur le solo de piano ce qui a l’air d’énormément satisfaire Sheena. Comme à chaque concert, on sent que la pression redescend à la fin car elle est beaucoup plus souriante et détendue. Le seul moment de MC suit ensuite pour remercier la foule, précisant même qu’il y a des gens dans le public venant de loin (de Hong Kong apparemment). On sent une émotion certaine alors qu’elle remercie le public car elle a le visage assez fragile à ce moment là, à l’opposé de ce qu’elle montre sur scène. Le set se termine avec Arikitarina Onna (ありきたりな女), un des meilleurs morceaux de l’album Hi Izuru Tokoro. J’imagine que jouer sur scène 27 morceaux doit être particulièrement épuisant. Le concert se termine par les crédits montrés sur grand écran avec comme bande son le morceau de Tokyo Jihen intitulé Bon Voyage interprété seul par Ukigumo. On ne le trouve à ma connaissance que sur le boxset Hard Disk en morceau inédit. Ce n’est ceci dit pas un morceau inoubliable mais il passe bien en bande son finale. Au final, il s’agit bien entendu d’un très beau concert. Ce n’est pas la meilleure set list ni les meilleures versions que je connaisse des morceaux (à part pour certains) mais le spectacle très sophistiqué, comme à l’habitude, vaut le détour. J’espère que cette revue venant conclure une longue série de présentation de concerts, va donner, de manière télépathique, des idées à Sheena Ringo ou Tokyo Jihen pour organiser une tournée très bientôt.

Pour référence ultérieure, je note ci-dessous la listes des morceaux du concert Ringo Expo’14, (生)林檎博’14 ―年女の逆襲―:

1. Ima (今) de l’album Hi Izuru Tokoro (日出処)
2. Sōretsu (葬列) de l’album Kalk Samen Kuri no Hana (加爾基 精液 栗ノ花)
3. Sekidō wo Koetara (赤道を越えたら) de l’album Hi Izuru Tokoro (日出処)
4. Tsugō no ii Karada (都合のいい身体) de l’album Sanmon Gossip (三文ゴシップ)
5. Yattsuke Shigoto (やっつけ仕事) de l’album Kalk Samen Kuri no Hana (加爾基 精液 栗ノ花)
6. Hashire wa Number (走れゎナンバー) de l’album Hi Izuru Tokoro (日出処)
7. Kachū no Otoko (渦中の男) de l’album Gyakuyunyū: Kōwankyoku (逆輸入 ~港湾局~)
8. Sōnan (遭難) de l’album Kyōiku (教育) de Tokyo Jihen
9. JL005-bin de (JL005便で) de l’album Hi Izuru Tokoro (日出処)
10. Watashi no Aisuru Hito (私の愛するひと) en B-side du single Carnation (カーネーション)
11. Kinjirareta Asobi (禁じられた遊び) de l’album Daihakken (大発見) de Tokyo Jihen
12. Anya no Shinjūdate (暗夜の心中立て) de l’album Gyakuyunyū: Kōkūkyoku (逆輸入 〜航空局〜)
13. BETWEEN TODAY AND TOMORROW de l’album Ukina (浮き名)
14. Ketteiteki Sanpunkan (決定的三分間) de l’album Gyakuyunyū: Kōwankyoku (逆輸入 ~港湾局~)
15. Nōdōteki Sanpunkan (能動的三分間) de l’album Sports (スポーツ) de Tokyo Jihen
16. Chichinpuipui (ちちんぷいぷい) de l’album Hi Izuru Tokoro (日出処)
17. Mittei Monogatari (密偵物語) de l’album Sanmon Gossip (三文ゴシップ)
18. Koroshiya Kiki Ippatsu (殺し屋危機一髪) de l’album Ukina (浮き名)
19. Bōenkyō no Soto no Keshiki (望遠鏡の外の景色) de l’album Gyakuyunyū: Kōwankyoku (逆輸入 ~港湾局~)
20. Saihate ga Mitai (最果てが見たい) de l’album Gyakuyunyū: Kōkūkyoku (逆輸入 〜航空局〜)
21. NIPPON de l’album Hi Izuru Tokoro (日出処)
22. Jiyū e Michizure (自由へ道連れ) de l’album Hi Izuru Tokoro (日出処)
23. Ryūkō (流行) de l’album Sanmon Gossip (三文ゴシップ)
24. Shuen no Onna (主演の女) de l’album Gyakuyunyū: Kōwankyoku (逆輸入 ~港湾局~)
25. Shizuka Naru Gyakushū (静かなる逆襲) de l’album Hi Izuru Tokoro (日出処)
26. (Rappel) Mayakashi Yasaotoko (マヤカシ優男) de l’album Sanmon Gossip (三文ゴシップ)
27. (Rappel) Arikitarina Onna (ありきたりな女) de l’album Hi Izuru Tokoro (日出処)