浮雲のようにわたしを連れ去っていく

L’appel de l’océan se fait parfois sentir et on n’y résiste en général pas très longtemps en partant le week-end, soit vers les côtes du Shonan dans la préfecture de Kanagawa que nous connaissons très bien, soit du côté d’Ibaraki ou à Chiba. Nous nous dirigeons cette fois-ci vers les plages de Chiba au delà de Futtsu. Nous voulions en fait manger des poissons chinchards frits (アジフライ) en regardant la mer, mais le restaurant que nous connaissons près de la station de Takeoka était malheureusement fermé exceptionnellement. Nous filons donc en voiture un peu plus loin vers Kanaya pour trouver heureusement en cours de route un autre restaurant de poissons, reprenant le nom de cette station. Nous voulions ensuite remonter la montagne Nokogiri que nous avions visité il y a plusieurs années, mais il était déjà trop tard.

Notre deuxième étape improvisée a donc été de faire un petit tour voir la station routière (道の駅) Hota qui a la particularité d’être basée sur une ancienne école primaire. Les lieux ont été rénovés par l’atelier d’architecture NASCA. L’école a fermé ses portes après 126 années d’existence et a été reconvertie en un espace de marché de produits frais de la région. On y trouve également plusieurs restaurants et des chambres d’hôtel à l’étage. Le bâtiment existant de l’école a conservé ses salles d’études qui sont devenues en partie des chambres à l’étage. Le couloir central est également conservé mais un deuxième couloir ’engawa’ fonctionnant comme une terrasse longeant toute la longueur du bâtiment a été ajoutée. Elle est soutenue par une infrastructure métallique volontairement envahie par des plantes fleuries. Le marché est installé dans l’ancien gymnase de l’école qui a également vu sa façade rénovée. Une petite forêt de bambous a été installée devant ce marché et un jardin permet de manger à l’extérieur ce qui rend l’endroit très agréable. Cette station routière a d’ailleurs un certain succès, car on l’a déjà vu dans des émissions de télé, et une extension est même en cours de construction.

Nous décidons de rentrer avant le couché du soleil mais il est déjà 17h. Nous sommes Dimanche et prendre la route à cette heure là veut dire que le retour par autoroute sera encombré. On prolonge donc notre plaisir en empruntant plutôt les petites routes qui viennent longer la côte. Le ciel était nuageux toute la journée mais ces nuages flottants se dégagent soudainement pour laisser apparaître le Mont Fuji au loin. Cette vision soudaine demande un arrêt. Les trois dernières photographies ont été prises pendant cet arrêt, dans une zone de repos qui n’en ai pas une, donnant accès à la plage. Un jeune couple était assis à mi-chemin sur les marches descendant vers la plage pour regarder l’océan. Ils avaient l’air de connaître l’endroit.

J’avais brièvement évoqué le groupe Ging Nang Boyz (銀杏BOYZ) pour un album intitulé Kimi to Boku no Dai Sanji Sekai Taisen-teki Renai Kakumei (君と僕の第三次世界大戦的恋愛革命) car l’illustrateur Hisashi Eguchi, dont j’avais été voir l’exposition récemment, en a dessiné l’image de couverture. Plutôt que cet album, je m’oriente vers un autre album de Ging Nang Boyz (銀杏BOYZ) intitulé Ne- Minna Daisuki Dayo (ねえみんな大好きだよ), sorti le 21 Octobre 2020. Il s’agit de l’album le plus récent du groupe et j’ai préféré commencer par celui-là car j’aime vraiment beaucoup la photographie de couverture prise par Kotori Kawashima (川島小鳥). Il s’agit de l’actrice hongkongaise Angela Yuen (アンジェラユン, 袁澧林) qu’on retrouve d’ailleurs récemment comme protagoniste principale de la vidéo du morceau Tokimeki (ときめき) de Vaundy sorti en Mars 2023. Le photographe Kotori Kawashima est notamment connu pour ses photographies de la petite Mirai chan (未来ちゃん) réunies dans un photobook du même nom et il a déjà consacré un photobook entier à Angela Yuen, Violet Diary publié en 2019.

Ging Nang Boyz a été formé en 2003 par Kazunobu Mineta (峯田和伸) suite à la dissolution de son ancien groupe punk rock Going Steady. Mineta semble en fait être actuellement le seul membre permanent de Ging Nang Boyz. On retrouve dans cet album l’esprit punk de son ancien groupe mais principalement sur les deux premiers morceaux qui sont particulièrement bruitistes. Ces deux premiers morceaux DO YOU LIKE ME et SKOOL PILL ont d’ailleurs des débuts assez similaires, très agressifs pour nos oreilles, mais le ton change en cours de route pour revenir vers un chant rock plus structuré. Ce sont d’ailleurs les seuls morceaux punks car le reste de l’album revient vers des terrains rock plus chantant, parfois aux limites du pop rock mais toujours très riches en guitares. Sa manière de chanter doit accrocher les foules en concert, car on aurait envie de l’accompagner au chant. Le morceau Hone (骨) en est un bon exemple et c’est ce morceau qui m’a d’abord fait aimer cet album. Sa composition est simple mais directe, comme la vidéo où on le voit marcher dans une rue commerçante la nuit accompagnée par l’actrice Kumiko Asō (麻生久美子), comme un couple rencontré le soir même et qui vient de tomber amoureux. Ou peut-être est ce l’image d’un couple qui n’a pas perdu ses sentiments d’amour adolescent. Ce morceau avait en fait d’abord été écrit par Mineta pour la chanteuse et actrice Yuko Ando (安藤裕子) et il l’a repris sur son propre album. C’est une version bien différente.

L’album joue avec les ambiances et revient rapidement vers la puissance et le bruit des guitares comme sur le morceau Angel Baby (エンジェルベイビー), mais les sentiments qui s’en dégagent restent simples: l’amour et le rock. J’adore l’immédiateté du rock un peu rétro du morceau Koi ha Eien (恋は永遠) notamment car YUKI (de feu Judy and Mary, mais qui est depuis longtemps en solo) vient accompagner Mineta au chant en deuxième partie de morceau. Son intervention est parfaite car sa voix si particulière s’inscrit naturellement dans le morceau et lui donne soudainement une toute autre dimension. Certains morceaux sont plus atmosphériques comme celui intitulé Otona Zenmetsu (大人全滅). Il s’agit d’une auto-reprise d’un de ses morceaux de l’époque punk de Going Steady. Sa manière lente et pleine de douleur de prononcer les paroles du morceau contraste ensuite avec le reste ressemblant à un hymne qui fait chanter les foules, celui peut-être de l’anéantissement des adultes comme l’indique le titre. Ce qui me fait dire que la musique de Ging Nang Boyz est en fait par moments proche du Seishun Rock (青春ロック), rock abordant le thème de la jeunesse. Mais plus on avance dans l’album, plus on s’éloigne de l’ambiance punk du début. Le long morceau de 12 minutes Ikitai (生きたい) est par exemple un long morceau émotionnel accompagné à la guitare acoustique et au piano où il semble nous raconter l’histoire de sa vie. L’atmosphère de l’album devient tout d’un coup beaucoup plus adulte. La manière dont l’intensité monte au fur et à mesure des 12 minutes du morceau est particulièrement prenante. C’est un album qu’il faut écouter assez fort, comme si on était dans une petite salle de concert sombre de Shinjuku. Musicalement, ce morceau est vraiment réussi, comme la très grande majorité des morceaux de cet album d’ailleurs. L’avant dernier morceau intitulé God save the Wa-rudo (God save the わーるど) est très différent du reste de l’album. Il revient vers des sonorités atmosphériques mais vient introduire un son et un rythme électronique qui ne s’étaient pas manifestés jusqu’à maintenant. Il s’agit également d’un des excellents morceaux de l’album. Ne- Minna Daisuki Dayo ne correspondait à priori pas à mon style de rock de prédilection, mais je suis très content d’avoir fait cette découverte. Je dirais même que cet album prend maintenant une place incontestable dans ma petite discothèque rock japonais. A force de trouver ce genre de pépites, il m’est de plus en plus difficile d’imaginer retourner vers le rock occidental, s’il existe toujours. Le rock est en tout cas en très grande forme au Japon.

続きのない夢の中

Je ne voulais pas manquer la rétrospective que le Tokyo Photographic Art Museum (東京都写真美術館) consacrait au photographe Masahisa Fukase (深瀬昌久). Ce musée est situé à Yebisu Garden Place et l’exposition montrant 114 photographies se déroulait du 3 Mars au 4 Juin 2023. Fukase est originaire d’Hokkaido et a quitté ce monde en 2012. La rétrospective nous montre plusieurs séries tirées de ses trente années d’activités photographiques de 1961 à 1991. La plus connue et celle que je voulais absolument voir est celle intitulée Karasu [Ravens] montrant des corbeaux dans des paysages d’Hokkaido, en 1976 alors qu’il revenait vers les lieux de son enfance pour fuir un mariage qui se passait mal. La force de ses images nous attire et nous rend en même temps mal à l’aise, car on y ressent la souffrance qu’il devait éprouver à ce moment là de sa vie. Masahisa Fukase est un photographe connu pour montrer des photographies de sa vie personnelle. Il se met parfois en scène sur ses photographies, mais c’est surtout sa femme Yōko Wanibe qu’il a beaucoup photographié. Les photographies, que la galerie met en avant en présentation de l’exposition, montre Yōko dans une série du même nom prise en 1973. Il la prenait en photo tous les jours alors qu’elle partait pour travailler. Il prend aussi régulièrement sa famille en photo pendant vingt ans dans une série intitulée Kazoku [Family], notamment son père qui tenait un petit studio photo à Bifuka, Hokkaido. Après sa séparation de Yōko, il se concentre sur les photographies de son chat Sasuke qu’il reçoit d’un ami photographe en 1977. Même si ces photos de chats peuvent parfois être amusantes, on ressent une solitude et une certaine tristesse en les regardant.

Je me suis mis dans l’idée d’acheter systématiquement une ou plusieurs cartes postales des expositions que je vais voir, lorsque c’est possible. J’ai commencé depuis l’exposition de Wataboku car il m’avait signé une de ses cartes postales. De l’exposition de Fukase, j’en tire quatre dont l’une très connue de la série Karasu [Karasu] prise en 1976. J’en avais déjà parlé dans un ancien billet, j’ai souvent eu envie d’acheter le photobook intitulé Ravens (鴉) mais j’ai toujours hésité en voyant le prix (plus de 10,000 yens). De cette série, j’en garderais au moins une carte postale. Le chat Sasuke est également sur une des cartes postales que j’ai choisi. C’est amusant de le voir s’infiltrer discrètement dans un jeu de go. Les deux autres photos montrent Yōko, une datant de 1973 de la série Yōko que Fukase prenait depuis la fenêtre de leur appartement, et autre intitulée Congratulation, datant de 1963, de la série Yūgi [Homo Ludence]. Cette dernière montre Yōko fumant pendant un moment de pause lors de leur cérémonie de mariage. Je devrais peut-être commencer une collection de photographies de femmes fumant en robe de mariée.

L’envie m’est revenue d’écouter Quruli (くるり) en trouvant l’album Fandelier (ファンデリア) au Disk Union de Shimokitazawa. Il s’agit du deuxième album du groupe sorti le 15 Mai 1998, dans leur période indies, avant leur premier album majeur Sayonara Stranger (さよならストレンジャー) qui sortira en 1999. J’en avais déjà parlé sur ces pages. J’ai une affection particulière pour ces deux années 1998 et 1999 car elles correspondent aux deux années de mes débuts de vie au Japon: en 1998 pendant un mois à Nagasaki, puis à partir de Février à Tokyo en 1999. Écouter la musique de cette époque me donne une certaine nostalgie de ces moments de ma jeunesse, alors même que je n’écoutais pas du tout Quruli à cette époque là. Dans le premier morceau Interlude à la guitare acoustique, on ressent pourtant une certaine nostalgie d’une période de jeunesse passée. Cet interlude est en fait un aperçu du morceau Sakamachi (坂道) qu’on entend plus tard vers la fin de l’album. C’est très certainement le plus beau morceau de l’album. Fandelier est relativement court, composé de 8 morceaux pour 33 minutes. Il mélange les ambiances musicales d’un groupe qui se cherche et essaie plusieurs voies. Le deuxième morceau Mononoke Hime (モノノケ姫) est par exemple particulièrement brut de facture avec une guitare sonnant comme du live dans une petite salle de concert. Le troisième morceau Old-fashioned est un des plus inspirés de cet album et me fait dire qu’il faut toujours s’intéresser aux premiers albums d’un groupe même s’ils ne sont pas encore perfectionnés. L’esprit rock indé transpire de tous les morceaux de l’album et j’aime beaucoup cela. Le morceau qui suit Tsuzuki no nai Yume no naka (続きのない夢の中) ou le suivant Ame (雨) en sont d’autres excellents exemples. J’aime beaucoup le naturel du chant de Shigeru Kishida (岸田繁), notamment sur Ame où on retrouve une manière de chanter qui lui est assez typique. Cet album n’est pas le meilleur ni le plus abouti du groupe mais il n’en reste pas moins un petit moment de bonheur musical, notamment quand il part vers des pistes plus expérimentales comme sur le dernier morceau Yes mom I’m so lonely, très différent du reste de l’album.

En parlant d’exposition de photographies, j’avais dans l’idée d’aller voir une exposition de la jeune photographe Mana Hiraki (平木希奈) qui se déroulait pendant deux jours seulement, les 27 et 28 Mai 2023, dans la petite galerie d’art THE PLUG à Jingūmae. Je suis cette photographe depuis quelques temps sur Twitter puis sur Instagram, car elle a pris en photo certaines artistes que j’aime beaucoup. On lui doit notamment la photographie de couverture de l’album Plantoid de SAMAYUZAME, ainsi que d’autres photographies et vidéos de cette compositrice et interprète dont je parle régulièrement sur ce blog au fur et à mesure qu’elle sort des nouveaux morceaux. Je trouve que le style photographique de Mana Hiraki correspond bien à l’univers onirique de la musique de Samayuzame. Plus récemment, elle a pris en photo Miyuna (みゆな) pour une série en kimono, dont les deux photographies ci-dessus sont extraites. Cette série en particulier m’a tout de suite beaucoup plu. Là encore, j’aime beaucoup les couleurs et l’univers vaporeux proche du rêve qu’elle crée. C’est une constante de son style photographique. Il y a souvent un certain flou qui me donne l’impression qu’un voile léger vient se superposer sur l’artiste photographié. Je me suis posé la question de quelle pouvait être l’inspiration poussant Miyuna et la photographe à utiliser un kimono pour ces photographies. Cette série a été prise peu de temps après le concert groupé J-Wave Tokyo Guitar Jamboree (J-WAVE トーキョーギタージャンボリー) où Miyuna chantait et jouait de la guitare acoustique au Ryōgoku Kokugikan (両国国技館). L’association du kimono et de la guitare sur une scène ouverte sur 360 degrés m’avait forcément rappelé Sheena Ringo sur la scène du Budokan lors de la tournée Electric Mole.

La série de photographies de Miyuna en kimono prise par Mana Hiraki m’a renvoyé vers certaines photographies de Sheena Ringo prises en 2003 à l’occasion de KSK. Je ne fais pas cette allusion complètement par hasard car elle semble être amatrice de la musique de Sheena Ringo, vu qu’elle a acheté récemment le vinyl de KSK comme elle le mentionnait sur Twitter. Peut-être avait elle l’esthétique de l’époque de KSK en tête en prenant ces photographies de Miyuna en kimono, tout en y apportant son esthétique vaporeuse toute particulière. J’aurais très envie de lui poser la question. J’avais donc une forte intention d’aller voir cette exposition à Jingumae, mais quelle n’était pas ma surprise de voir une longue file d’attente devant la galerie. Je m’attendais à pouvoir y entrer rapidement et je n’ai malheureusement pas eu assez de temps pour attendre dans une file qui prenait son temps. En regardant d’un peu plus près le flyer digital de cette exposition intitulée Wave?, je me suis rendu compte qu’il s’agissait d’une collaboration avec une certaine Rina. Je n’avais pas eu la présence d’esprit de comprendre que cette fameuse Rina prise en photo par Mana Hiraki était en fait membre du groupe rock Scandal (スキャンダル). Il devait y avoir de nombreux fans du groupe présents dans la file d’attente. Je n’ai malheureusement pas pu voir cette exposition mais ce sera partie remise. J’espère qu’elle pourra exposer un jour quelques photographies de Miyuna. Et pour continuer un peu plus avec les liens qui unissent les artistes que j’aime, je remarque sur Instagram que la compositrice et interprète a子, que j’irais normalement voir en concert un peu plus tard ce mois-ci, est également venue voir cette même exposition en cette même journée. Il y a décidément presque toujours un lien, parfois infime, entre les artistes que j’aime. Tout ceci me fascine beaucoup! La photographie ci-dessus montre les couvertures des numéros de Mars et Avril 2003 du magazine Gb que j’ai acheté il y a plusieurs mois. Ce sont deux de mes petits trésors et il faudrait vraiment que j’y revienne un peu plus dans un prochain billet.

un arbre au milieu de la route

Il y a parfois à Tokyo des décisions d’urbanisme qui ne consistent pas à tout raser pour remplacer par des buildings flambant neufs, mais à conserver des particularités locales. Je ne sais pas quelle est la raison exacte qui a poussé à conserver cet arbre planté au milieu de la route, mais voir ce genre de choses me rassure. Me rassure sur quoi, je n’en suis pas très sûr, mais provoque en tout cas en moi une petite étincelle de satisfaction. Un arbre au milieu d’une route, c’est comme une note qui n’est pas dans le ton dans un morceau de musique. Cela peut choquer au premier abord, mais on finit par concentrer toute notre attention et notre intérêt sur cette note là. J’aime les dissonances en musique et je les aime aussi dans l’urbanisme tokyoïte. Ce n’est pas la première fois que je vois ce genre de situation où la végétation a pris le dessus et vient de manière malicieuse bloquer la circulation automobile. Les fantômes de la dernière photographie de ce billet sont dessinés sur un mur d’un café près de la gare de Gakugeidaigaku. Je prends cette photo juste avant les premières gouttes d’une pluie forte qui me fera me replier vers l’intérieur couvert de la gare. Les quartiers entre les gares de Gakugeidaigaku (学芸大学駅), Toritsudaigaku (都立大学駅) et plus loin Midorigaoka (緑が丘駅) et Ōokayama (大岡山駅) sont principalement résidentiels et je les ai assez peu parcouru. Je soupçonne qu’on doit trouver de l’architecture intéressante parmi ces rues. Il ne me reste plus qu’à y marcher pour le découvrir. Plusieurs photographies de ce billet jouent sur le détachement des couleurs, qui viennent se mettre en avant par rapport au reste de la composition photographique. J’aime beaucoup le contraste entre le neutre du gris et l’explosion soudaine de couleurs qui vient naître au dessus.

Je suis comme obsédé par le nouvel album de Cero intitulé eo, au point où j’ai du mal à ne pas l’écouter. Et plus j’écoute cet album, plus il pénètre dans les méandres les plus profonds de mon cerveau. Quelle beauté de bout en bout, tout le long de ses 11 morceaux! Cet album doit être mon préféré de l’année, jusqu’à maintenant du moins. Il mélange d’une manière quasi parfaite les expérimentations sonores, les instrumentations électroniques et celles avec des formations plus classiques (violons, cuivres, entre autres), les moments plus pop et accrocheurs, les dissonances ou plutôt les associations de tons inhabituels. Et que dire du chant de Shōhei Takagi (高城晶平), tout en nuances, en retenues puis en envolées. La beauté de ses morceaux vient également de l’accompagnement aux chœurs des deux autres membres du groupe, qui vient apporter une sublime profondeur aux morceaux, comme s’ils évoluaient en trois dimensions dans nos oreilles et dans notre tête lorsqu’on les écoute. En plus du chant, Shōhei Takagi joue également de la guitare et de la flûte. Yu Arauchi (荒内佑) est aux claviers et au sampling, mais assure également les chœurs avec Tsubasa Hashimoto (橋本翼) jouant de la guitare. Mais les instruments sont nombreux et la production vraiment impeccable. C’est en fait le premier album que j’écoute de Cero. Je les avais gardé en tête depuis leur album précédent Poly Life Multi Soul, mais on dit que ce dernier album eo est un départ ou plutôt une évolution particulièrement inspirée de leur musique précédente, qui avait eu un succès certain, si mes souvenirs sont bons. Il faudra que j’écoute cet album précédent, mais je suis pour l’instant embarqué dans celui-ci. En fait, à la toute première écoute, j’ai tout de suite été impressionné par le premier morceau Epigraph (エピグラフ) et j’ai espéré, au fur et à mesure de la première écoute, avec un peu d’apprehension, que les autres morceaux seraient dans la même veine. Et ils le sont, l’album ne faiblit pas car même si un morceau comme Evening News (イブニング・ニュース) apporte une pointe de répit cérébral, le morceau qui suit aux ambiances plus pop intitulé fdh est d’une accroche imparable et d’un bonheur absolu. L’agencement des morceaux fonctionne particulièrement bien sur cet album, car la relative évidence de ce morceau fdh (エフ・ディー・エフ) vient se confronter aux atypiques composition et chant sur le morceau suivant, Sleepra (スリプラ), sans pourtant se désinscrire du style musical de l’ensemble. Cela donne une œuvre profonde et réfléchie, qui devrait à mon avis faire date. Et dans mon emballement, je vérifie s’ils ont des dates de concerts prévus. Il y a bien une date en Juillet à Shinjuku mais les réservations semblent être malheureusement déjà terminées. Cette unique date à Tokyo affiche en fait complet. L’album est disponible à l’écoute dans sa totalité sur le compte de YouTube du groupe, et je l’ai acheté sur iTunes après la première écoute.

à la poursuite du mikoshi d’or (3)

Revenons, pour une troisième et dernière série photographique, à l’intérieur du Sanja Matsuri d’Asakusa, au milieu d’une foule dense accompagnant les mouvements du mikoshi. Je rejoins sans m’en rendre compte la gare d’Asakusa pour apercevoir un autre mikoshi sortant d’une de ses entrées. L’avenue principale passant devant la porte Kaminarimon est fermée aux voitures mais elle n’est pas encore trop encombrée par la foule. La grande lanterne du Kaminarimon est remontée pour laisser passer en dessous les mikoshi. La vue sur ce spectacle en mouvement avec la fine tour Tokyo Sky Tree en fond rend ce paysage urbain assez iconique. Je préfère tout de même et sans hésiter la tour de Tokyo dont les illuminations rouges en pleine nuit lui donne une présence incontestable dans le paysage urbain tokyoïte. La tour Tokyo Sky Tree devient par contre un monument glacial la nuit.

果てまでゆく荒野をかける

Les cactus sont arrivés à la maison il y a quelques semaines et ils y vivent paisiblement sans faire de bruit et en ne dérangeant personne à part ceux qui ont la mauvaise idée de s’en approcher de trop près. On a de plus en plus de plantes à la maison et notre appartement va bientôt devenir une jungle. C’est moi qui m’en occupe principalement et qui prend toutes les responsabilités quand une d’entre elles décide de nous quitter parce qu’on pas su bien la comprendre. Je passe parfois beaucoup de temps le week-end sur le balcon à changer les pots quand ceux-ci deviennent trop petits pour certaines plantes qui se sont décidés à devenir envahissantes, ou à redresser d’autres avec des tiges métalliques pour leur redonner une fière allure ou les remettre sur le droit chemin. Mais peu importe les garde-fous qu’on peut leur imposer, elles finissent toujours par grandir à leur manière sans nous demander notre avis. Une chose est sûre cependant, on se sent bien à vivre parmi elles.

Les autres photographies du billet sont prises dans les environs du musée Watari-Um. Une grande fresque se présente d’abord sur la façade arrondie de l’ambassade du Brésil. En face du musée, les formes géométriques colorées de Harajuku Kindergarden m’attirent toujours car elles restent très vives. On doit cette architecture à l’atelier Ciel Rouge Creation fondé par Henri Gueydan. Dans cette même rue, je capture discrètement d’autres couleurs vues sur les kimonos de deux demoiselles. Je vois également d’autres couleurs vestimentaires à travers la vitrine d’une petite boutique. L’inspiration des ces vêtements provient ici du manga Jojo Bizarre Adventure (ジョジョの奇妙な冒険) de Hirohiko Araki (荒木飛呂彦). La dernière photographie du billet me fait repasser dans une vieille baraque joliment décorée de personnages dessinés et de plantes envahissantes. Il n’y a par contre pas de cactus.

Une émission radio dont je n’ai pas retenu le nom passe un morceau récent de la rappeuse japonaise Awich. Il s’intitule Raisen in Okinawa et est interprété à quatre voix. Celle d’Awich d’abord, puis celles de Tsubaki (唾奇), OZworld et Chico Carlito. En écoutant ce morceau pour la première fois, je suis tout de suite épaté par l’ambiance qui s’en dégage. La puissance du hip-hop d’Awich, dans ses mots et son phrasé, me fait dire que je devrais me pencher un peu plus souvent sur sa musique. Je ne connais pas vraiment les autres intervenants sur ce morceau, mais l’émission de radio que j’écoutais semblait dire qu’ils étaient tous d’Okinawa, comme Awich. Je n’écoute pas beaucoup de hip-hop mais ce genre de petites piqûres de rappel font beaucoup de bien. J’aime beaucoup le hip-hop à petite dose, en choisissant ce genre de morceaux particulièrement inspirés. La trame de fond composée de sanshin apporte également beaucoup à ce morceau.

Yua Uchiyama (内田結愛) est une des membres du groupe d’idoles alternatives à tendance shoegaze RAY, dont je parle assez régulièrement sur ces pages. Je la suis sur Twitter depuis quelques temps, car elle présente régulièrement les albums qu’elle écoute, assez souvent des albums clés de l’histoire du rock. Je suis souvent en phase avec ses goûts et je me demande si ce sont des albums qu’on lui conseille ou qu’elle découvre par elle-même. Son expérience d’écoute est tout à fait authentique car elle écrit en général un rapport d’écoute donnant en détail ses impressions. L’annonce sur son compte Twitter d’un premier CD solo de deux titres intitulé simplement I m’a tout de suite intrigué car je me suis demandé si le style allait être similaire à celui de RAY. Le premier morceau intitulé Y est plutôt pop mais j’y ressens un certain déséquilibre musical qui me plaît bien. Il y a quelque chose d’atypique dans l’approche et l’ambiance de ce morceau, dans la composition au clavier accompagnant la voix d’Uchiyama. Le deuxième morceau Kurū (狂う) a par contre une ambiance rock, mais déconcerte tout de suite avec une introduction librement inspirée d’un chant religieux chrétien. Mais cette introduction idyllique dérape très vite et se laisse envahir pour les larsens des guitares qui viennent prendre rapidement le dessus. Le phrasé d’Uchiyama est rapide et maîtrisé. Je me dis tout de suite que sa manière de chanter et de prononcer certains mots me rappellent Haru Nemuri (春ねむり). Je vérifie rapidement les informations accompagnant la vidéo sur YouTube et je confirme qu’Haru Nemuri a en effet écrit les paroles, composé la musique, programmé et arrangé ce morceau. L’influence se ressent très fortement et je trouve que Yua Uchiyama assure très bien. Elle pourrait très bien être la soeur d’Haru. Je n’étais pas vraiment convaincu par les morceaux récents d’Haru Nemuri mais celui-ci est vraiment très bon. Je pense que la musique d’Haru Nemuri demande ce genre d’orchestration rock, comme sur son premier album Haru to Shura (春と修羅). J’aimerais vraiment qu’elle reparte vers cette direction.