running モンスター

L’édition 2023 du marathon de Tokyo avait lieu le dimanche 5 Mars. Je suis allé faire le curieux parmi les spectateurs, à défaut de courir avec les milliers de personnes participant à cette longue course d’endurance. Le public était bien présent sur le parcours le long des barricades. L’année dernière, j’avais pris quelques photos près du parc Shiba dans les environs de la Tour de Tokyo. Cette fois-ci, je me suis déplacé à Monzen Nakachō (門前仲町) où le parcours du marathon fait une boucle. Le public m’intéresse tout autant que les coureurs car nombreux sont ceux venus déguisés. Il y a des chasseurs de monstres sortis de Kimetsu no Yaiba (鬼滅の刃) dans la foule, mais également un étrange panda coureur dans la compétition. Il devrait à priori avoir un air sympathique, mais ce panda ne m’inspire pas confiance. Je ne cours pas cette journée, mais je marche pendant longtemps jusqu’à Ginza en traversant au passage la rivière Sumida.

J’écoute beaucoup de nouvelles musiques en ce moment et je crains ne pas avoir le courage et le temps de parler de tous les albums et singles que je découvre et qui me plaisent beaucoup. Comme mes goûts musicaux ont tendance à doucement s’élargir et que la production musicale japonaise est pleine de pépites, passées ou récentes, que je n’ai pas encore découvert, je pense que le sujet musical sera encore présent pendant longtemps sur ce blog. Je n’ai jamais cherché à découvrir en intégralité les albums de Genie High (ジェニーハイ), car je ne sais pour quelle raison mais je n’aime pas trop Enon Kawatani (川谷絵音) et la composition improbable de ce groupe avec deux comédiens. Je suis par contre attentivement le compte Instagram d’Ikkyu Nakajima (中嶋イッキュウ) et elle nous y rappelle régulièrement qu’elle chante dans ce groupe. La collaboration que je remarque avec la compositrice et interprète au visage cachée Yama m’a tout de suite interpellé. En fait, depuis le morceau Fubenna Kawaige (不便な可愛げ) de Genie High avec AiNA The End, je me suis dit que j’écouterais au moins les morceaux avec des collaborations d’artistes que j’apprécie. Sur ce nouveau morceau Monster (モンスター), j’aime beaucoup la voix de Yama et l’association avec la voix d’Ikkyu fonctionne vraiment très bien. Le morceau n’est pas particulièrement original mais est très bien construit et a une dynamique imparable, jusqu’au petit final au piano pour l’outro. On ne peut nier les qualités de compositeur d’Enon Kawatani. Ce morceau pop me semble très bien adaptée pour ma playlist autoroutière.

Le morceau que j’écoute également beaucoup ces derniers jours a un rythme très différent et beaucoup plus apaisé. Il s’agit d’une collaboration du compositeur et pianiste Tetsuya Hirahata (平畑徹也) avec Miyuna (みゆな) sur un morceau intitulé Shades of Night (よるのとばり) sur son album AMNJK sorti le 22 Mars 2023. L’approche assez académique dès les premières notes de piano et le chant quasiment à capella de Miyuna me plaisent vraiment beaucoup. Miyuna ne me déçoit jamais. L’ambiance de ce morceau est pourtant très différente de ce qu’elle crée sur ses propres albums. Je dirais même que cette musique a des vertus réparatrices après des journées difficiles. On a envie de se poser dans le calme à ne penser à rien en écoutant sa voix et ce piano.

Je joue vraiment sur les contrastes dans cette petite playlist car le nouveau morceau Made in Me (メイドインあたし) de KAF (花譜) en collaboration avec Tokyo GeGeGei (東京ゲゲゲイ) est beaucoup plus agressif pour les oreilles, parce que la virtual singer KAF peut aller assez loin dans les aiguës. La construction est particulièrement décousue avec un refrain soudainement hyper dynamique, une coupure abrupte à la fin et des incursions rappées de Tokyo GeGeGei. Tokyo GeGeGei est un collectif d’artistes créé par Mikey, qui semble d’ailleurs être actuellement le seul membre. Les esprits attentifs se souviendront peut-être que Mikey avait participé en tant que danseur avec Aya Satō à la vidéo du morceau Kōzen no Himitsu (公然の秘密) de Sheena Ringo. La composition de ce nouveau morceau de KAF est particulièrement originale et j’aime toujours beaucoup les variations du chant de KAF. Il faut bien entendu apprécier sa voix assez haut perchée, mais sa particularité est vraiment intéressante. Son troisième album Kyōsō (狂想) est également sorti récemment, le 7 Mars. Le morceau Turn into the Sea (海に化ける) en particulier me plaît beaucoup et semble contenir dans les paroles un clin d’oeil au morceau Eat the Past (過去を喰らう) de son album précédent.

Pour terminer, partons vers la Corée du Sud. Le nouveau morceau électro de la coréenne Yaeji intitulé For Granted m’a tout de suite accroché lorsque je l’ai entendu pour la première fois un soir de week-end en voiture de retour de Yokohama au niveau du parc Yamashita (c’est très précis). Ce morceau est présent sur son premier album With a Hammer qui sortira bientôt, le 7 Avril 2023. J’avais perdu de vue Yaeji depuis 2017 lorsque j’avais découvert ses deux premiers EPs intitulés tout simplement EP et EP2. Je ne sais pas pourquoi je n’avais pas parlé sur ce blog de Yaeji et de ces deux EPs à l’époque, car son morceau raingurl sur EP2 est contagieux et difficile à oublier (un banger comme on dit). On dirait que Yaeji a un sens inné pour trouver des manières de chanter et des sons qui deviennent indispensables dès la première écoute.

風の様に雲の様に

J’ai toujours eu une affection pour les compositions photographiques exagérant la noirceur mais j’essaie de ne pas en abuser. J’aurais parfois sur le moment l’envie de composer tous mes billets avec seulement ce genre de photographies en noir et blanc, mais ça ne me satisferait pas non plus sur la longueur. C’est certainement un des problèmes de ce blog de ne pas se fixer sur un style en particulier et de s’y tenir. Mais en même temps, je ne pense pas que mon style ait vraiment évolué pendant toutes ces années, que ça soit pour les photographies en couleur d’un côté ou celles en noir et blanc de l’autre. Comme ce blog est conçu dans la durée, je n’y opère de toute façon pas de changements radicaux et je les laisse plutôt se révéler petit à petit par eux-mêmes. Si j’y avais effectué ces changements radicaux, ce blog aurait certainement déjà terminé sa vie depuis longtemps, car ils auraient été l’occasion de remettre en question l’existence même de ce blog qui ne répond qu’à ma logique personnelle. Le noir et blanc m’est toujours inspiré par la musique que j’écoute et je suis en ce moment absorbé par celle de Buck-Tick, qui va je pense m’accompagner pendant quelques temps.

Je découvre cette fois-ci Darker than Darkness qui est le septième album de Buck-Tick sorti en 1993. Le style de cet album n’est pas gothique comme l’album que je mentionnais précédemment mais possède une ambiance de rock alternatif avec parfois quelques tendances industrielles quand les guitares deviennent abrasives comme sur le quatrième morceau Ao no Sekai (青の世界). Buck-Tick a le sens des mélodies qui accrochent rapidement. Il y a beaucoup de très bons exemples dans cet album comme le très rapide Deep Slow. Deux singles, Dress (ドレス) et Die sont sortis à l’époque et il s’agit des deux morceaux les plus apaisés. Ils comptent aussi parmi les plus beaux de cet album, surtout Dress qui semble être un des morceaux préférés des fans. Je pense également que c’est un des plus beaux morceaux que je connaisse du groupe pour l’instant, mais je commence tout juste la découverte. Dress me semble bien correspondre à l’ambiance musicale de ces années là dans les sons de synthétiseur notamment. Je n’habitais pas au Japon à cette époque mais je ressens tout de même une certaine nostalgie en écoutant ce morceau. Dans la vidéo de Dress, Atsushi Sakurai joue sur son apparence androgyne avec cheveux longs et maquillage, dans le pur esprit Visual Kei. La scène où un personnage de femme transitionne de manière presque transparente en la personne de Sakurai est assez troublante. C’est clair que le charisme de Sakurai joue dans l’impression générale que l’on peut avoir de la musique de Buck-Tick, au delà même de la qualité de son chant et des compositions électriques du groupe. Le troisième morceau Yūwaku (誘惑) avec son ambiance de bar sombre jazz est aussi un des moments que j’apprécie beaucoup sur cet album. Il y a même par moment une ambiance lynchienne dans la mystère qu’apportent certains sons. Sur plusieurs morceaux, Buck-Tick force le trait de la noirceur, comme le suggère ce titre plus noir que la noirceur, et de l’arrogance. Je comparerais la musique du groupe à l’équivalent cinématographique du film de genre. On peut y trouver des films de série Z, mais également des chef-d’oeuvres. C’est tout à fait le rapport que j’éprouve pour le Visual Kei, et Buck-Tick (comme LUNA SEA d’ailleurs) se trouve dans la deuxième catégorie. Les émotions dans les morceaux de cet album sont fortes et expressives, mais exprimées avec toute l’élégance et le romantisme sombre que réclame le genre. Il y a certes quelques morceaux moins intéressants, comme Kamikaze (神風) par exemple. D’autres morceaux ont des riffs de guitare qui peuvent sembler familiers, mais ça n’altère en rien la qualité musicale de l’ensemble. Le neuvième morceau Madman Blues -Minashigo no Yūutsu- (Madman Blues -ミナシ児ノ憂鬱-) est très particulier sur l’album car il est assez déconstruit et part sur plusieurs pistes, mais ce sont dans ces moments là que le groupe excelle, surtout dans la deuxième partie où les guitares jouent sur la dissonance. Et que dire de cette couverture d’album des plus étranges montrant une sorte de chien-loup mutant. Cet album m’a décidé à continuer la découverte de la musique de Buck-Tick. Et comme mentionnait la critique sur le site web Sputnik music, c’est intéressant de se dire qu’en cette année 1993, Nirvana sortait son dernier album In Utero, Pearl Jam l’album que je préfère du groupe Vs., The Smashing Pumpkins sortait leur album emblématique Siamese Dream, Radiohead sortait son premier album Pablo Honey tout comme Björk avec Debut et The Breeders de Kim Deal avec Last Splash. C’était mon univers musical de l’époque, bien éloigné de celui de Buck-Tick au Japon. Je me demande bien si j’aurais été en mesure d’apprécier cet album Darker than Darkness à l’époque autant que maintenant.

泣いてるのは空

Cette série photographique est la continuation et la conclusion de celle commencée sur plusieurs billets précédents entre Shibuya et Shinjuku. Je m’approche cette fois-ci de la rue Takeshita à Harajuku et ça faisait plusieurs années que je ne l’avais pas traversé dans toute sa longueur. La foule oblige à marcher au pas et ça doit être la raison pour laquelle j’essaie en général de bifurquer dans une rue perpendiculaire quand la circulation piétonne devient vraiment trop difficile. Les photos ci-dessus ont été prises avant la levée officielle des masques mais cela ne change pas grand chose car une grande majorité de personnes le garde même à l’extérieur. Personnellement, je suis contraint de le remettre à l’extérieur en raison de mon allergie au pollen, comme une très grande partie de la population en cette période. Même en prenant des médicaments tous les jours, je trouve l’allergie plus pénible cette année par rapport aux deux années précédentes. J’en viendrais même à souhaiter des jours de pluie car ils sont synonymes d’accalmie. Elle s’est soudainement déclenchée pour moi il y a dix ans et ne me lâche malheureusement pas encore.

Les quatrième et cinquième photos du billet sont prises après Kita-Sando sur l’avenue Meiji. La façade du building de béton COOP Kyosai Plaza conçu pour la Japan Co-op mutual aid Consumers’ Co-operative Association (日本コープ共済生活協同組合連合会) par Nikken Sekkei en 2016 est intéressante car elle laisse progressivement pousser la végétation sur les balcons. Cette progression végétale est facilitée par des câbles métalliques verticaux permettant aux plantes de grimper jusqu’à l’étage du dessus. Le bâtiment, malgré sa taille, finira peut-être par disparaître complètement sous la végétation, comme ça peut être parfois le cas mais de manière involontaire pour les petits maisons laissées à l’abandon. Lorsque je passe à cet endroit, j’aime vérifier l’avancement de l’invasion verte. En presque sept ans, elle a bien avancé. Sur la photographie qui suit, je montre des nouvelles toilettes publiques du projet The Tokyo Toilet de la Nippon Fondation. Il s’agit des quatorzièmes toilettes publiques de ce projet, sur les dix-sept prévues au total. On les trouve situées à Sendagaya, au bord de l’avenue Meiji après Kita-Sando et dessous l’autoroute surélevée Shuto de la route numéro 4 de Shinjuku. Elles ont été conçues par le designer d’origine australienne Marc Newson. Ce petit bâtiment de béton au toit pyramidal de cuivre ressemble à une cabane au bord de la route, mais qui serait très élégante et bien finie. A mon retour de Shinjuku, la nuit est déjà tombée et je me replonge une nouvelle fois dans les rues d’Ura-Harajuku. Les illustrations de la dernière photographie proviennent d’une galerie à cet endroit.

C’est une bonne surprise de retrouver soudainement Smany même s’il ne s’agit que d’un EP de deux nouveaux titres et pas d’un album. Si je ne me trompe pas, elle n’a pas sorti de nouveaux morceaux depuis son album Illuminate de 2020, dont j’avais déjà parlé sur ces pages car il était superbe, notamment le morceau Usagi. Elle a dû, ceci étant dit, participer à des collaborations avec d’autres artistes, comme World’s End Gitlfriend. Cet EP sorti le 3 Mars 2023 s’intitule Nagisa (渚). Il s’agit également du titre du premier morceau. Le deuxième morceau s’intitule 1st March (3月1日). L’approche musicale de ces nouveaux titres est plus minimaliste que l’album Illuminate, car ils se composent principalement du chant de Smany accompagnée d’un piano. Le ton général est par contre très similaire et me fait penser à des réadaptations actuelles de contes ancestraux. Le titre de ce billet qui signifie « c’est le ciel qui pleure » est tiré des paroles du deuxième morceau 3月1日, et accompagnerait bien une journée de pluie dans les rues désertes d’une ville quelconque très tôt le matin ou très tard le soir. Ce morceau en particulier possède une évidence et une beauté apaisante qui me plaisent beaucoup. En fait, j’aime le ton de ses morceaux qui ne cherchent pas à impressionner ni à se faire apprécier à tout prix. Cet EP est sorti sur le label Virgin Babylon Records qui avait récemment ressorti le superbe album de Mutyumu (夢中夢) intitulé – il y a – (イ​リ​ヤ) dont j’avais également déjà parlé sur ce blog.

L’approche musicale du nouveau titre solo de SAI intitulé Hirokō (広高) est complètement différente et même opposée musicalement. Ce titre a une ambiance sombre et mystérieuse plutôt proche du hip-hop car la voix de SAI évolue à la limite du parler et du chanter. Le rythme se répète et la voix de SAI passe d’une version modifiée vers une plus naturelle. Le morceau fait environ 2mins 30s, et j’aurais aimé qu’il dure le double pour se laisser imprégner par cette ambiance entêtante. Je parle régulièrement sur ces pages de SAI car elle chante dans le groupe Ms.Machine (ミス・マシーン) tout en évoluant en parallèle en solo. Les trois membres Ms.Machine sont d’ailleurs très actives car Mako, la compositrice et guitariste du groupe, crée également des morceaux à l’ambiance électronique witch house sous le nom de code 1797071 et est membre d’un autre groupe appelé SOM4LI avec également Risako, la bassiste de Ms.Machine. J’avais déjà parlé de ces deux formations, et à ce propos, en lisant une interview récente de Mako par SAI, je viens de comprendre le sens du nom 1797071 qui veut dire Inakunaranai (イナクナラナイ), ce qu’on peut traduire en « ne disparaît pas ». J’aurais dû m’en douter plus tôt.

drifting through the underworld

J’avance comme une ombre dans la foule tokyoïte. On ne l’aperçoit pas mais on la devine fortement. Sa présence pesante et inévitable donne envie de se retourner brusquement pour la surprendre, mais on se retient au dernier moment par peur d’y voir la partie cachée de nous-mêmes, celle que l’on garde enfouie au plus profond de notre être et qui ne se dévoile qu’au paroxysme de nos peurs. Je tente de saisir ces ombres en me noyant dans la foule. Elles sont présentes, on les ressent, mais elles nous filent entre les doigts lorsqu’on croit les saisir. Je pensais bien que la photographie m’aiderait à les capturer pour ensuite les observer pendant de longues minutes. Ces ombres piègent à l’intérieur d’elles-mêmes toutes sortes de souffrances, celles que l’on refoule au fond de notre cœur mais qui ne disparaissent jamais vraiment. Elles nous suivent à la trace et ne nous quittent jamais. Même si on les avait oublié, elles sont toujours présentes, prêtes surgir et à nous sauter à la figure. Mieux ne vaut pas se retourner et aller de l’avant, en forçant le pas dans la foule pour essayer de les perdre en route. Quand le soir arrive, les ombres et les souffrances s’amenuisent. On goûte à une plénitude réparatrice jusqu’à ce que les fantômes de la nuit viennent nous traquer. Mon cœur trouve la paix sous le clair de lune, au treizième étage d’un building en cours d’abandon en plein milieu de la ville. Derrière une baie vitrée sans vitrages, je regarde la lune qui m’irradie doucement de sa lumière douce. Il n’y a aucun bruit sauf ceux de ma respiration. Je me concentre sur le flux qui pénètre au plus profond de mon corps, jusqu’à perdre contact avec la réalité des choses qui m’entourent. A ce moment là seulement, les ombres et les fantômes s’accordent à me laisser en paix.

Cette lumière de lune au treizième étage qui m’inspire le texte imaginaire ci-dessus provient également du titre du quatorzième album du groupe de rock japonais Buck-Tick, Jūsankai ha Gekkō (十三階は月光) qu’on peut traduire par « 13ème étage avec la lumière de la lune ». Depuis le duo de Sheena Ringo avec Atsushi Sakurai (櫻井敦司), le chanteur de Buck-Tick, sur le morceau Kakeochisha (駆け落ち者 – Elopers) de l’album Sandokushi (三毒史) sorti en 2019, la musique de Buck-Tick rôdait autour de moi dans l’ombre, comme un loup prêt à sauter sur sa proie, profitant d’un moment de faiblesse. Après quelques hésitations préalables, j’ai finalement laissé le loup entrer dans la bergerie et je n’en suis pas déçu. Buck-Tick est un groupe fondé en 1983 et originaire de la préfecture de Gunma. Buck-Tick a la particularité d’être toujours actif et de ne pas avoir changé de membres tout au long de leur longue carrière et leur vingt-deux albums. Le groupe se compose de 5 membres: Atsushi Sakurai (櫻井敦司) au chant, Hisashi Imai (今井寿) et Hidehiko Hoshino (星野英彦) aux guitares, Yutaka Higuchi (樋口豊) à la basse et Yagami Toll (ヤガミトール) à la batterie. On leur attribue avec X-Japan d’être un des groupes fondateurs du style Visual Kei, pour lequel j’ai d’ailleurs quelques atomes crochus. Je n’entrais donc pas totalement dans un monde hostile car je savais à quoi m’attendre. Les styles du groupe ont évolué au fur et à mesure des années, passant par le punk rock, le rock industriel ou encore le gothique. Parmi les vingt-deux albums du groupe, c’était difficile de choisir par lequel commencer. Après quelques recherches sur internet en lisant des revues des albums, notamment celles de Sputnikmusic, je me décide pour celui que l’on dit embrasser pleinement le style gothique, ce qui me semble d’ailleurs être le plus adapté au Visual Kei. Je me lance donc dans la découverte de Buck-Tick par Jūsankai ha Gekkō. Je retrouve rapidement sur cet album le romantisme sombre que j’ai pu écouter et apprécier sur d’autres groupes rock japonais, LUNA SEA en particulier. Jūsankai ha Gekkō est un album concept composé de 18 morceaux incluant quelques interludes marquant les différents actes de ce théâtre musical d’épouvante. La composition musicale et les paroles sont sombres et seront certainement déconcertantes pour le néophyte qui n’est pas prêt à s’aventurer dans ce manoir aux multiples sons étranges. L’album est d’une beauté indescriptible qui s’écoute comme un tout, avec ces moments de rage, comme le quatrième morceau Cabaret, d’autres beaucoup plus épiques comme 夢魔-The Nightmare, d’autres encore beaucoup plus fantaisistes comme celui intitulé Seraphim. Les ambiances des morceaux de l’album diffèrent mais on y retrouve la même flamboyance, exacerbée par la présence vocale charismatique d’Atsushi Sakurai. Si musicalement, les compositions sont excellemment maîtrisées mélangeant les approches symphoniques et l’agressivité des guitares, c’est la voix émotionnellement dense, hantée et pleine de tension de Sakurai qui nous saisit de sa présence. Le morceau Passion en est un très bon exemple, et est assez typique de cet album. On peut entrer dans cet univers sombre avec un peu d’hésitation, mais il est ensuite difficile d’en sortir en cours de route car chaque morceau possède ses accroches mélodiques qui ne nous laissent pas nous s’échapper aussi facilement. Outre ceux cités ci-dessus, les morceaux Romance (Incubo) et Gesshoku (月蝕) font aussi partie de ceux que je préfère sur Jūsankai ha Gekkō, mais il est de toute façon difficile de les imaginer extraits des morceaux qui les entourent, cet album se concevant dans son ensemble comme une expérience musicale.

why not take all of me

Une grande affiche du manga Tokyo Revengers dans une des vitrines du grand magasin Seibu de Shibuya se mélange aux passants. Une Mercedes vintage fait des boucles dans le centre de Shibuya à la recherche d’un peu d’attention. Une tentative de la marque Celine de s’identifier à la culture du skateboard ne trompe certainement pas les initiés. Les hauteurs vertes de la terrasse haut perchée du building Tokyu Plaza à Harajuku nous attirent pour une pause ensoleillée quand on les regarde d’en-bas. La foule tokyoïte lève progressivement les masques du moins à l’extérieur tout en scrutant le regard des autres qui voudraient en faire autant. Une intervention de l’artiste Invader quelque part sur la rue Cat Street à Harajuku conclut ce billet sur une note fantastique qui caractériserait d’ailleurs très bien la haute qualité de ce blog. Je ne me désintéresse toujours pas des scènes de rue à Shibuya, en essayant même parfois me rapprocher de la foule. Cette foule mouvante est difficile à saisir mais autorise également plus facilement les tentatives de photographie.

J’écoute depuis quelques temps des albums des années 90 et du début des années 2000. Cette fois-ci, le premier album de POiSON GiRL FRiEND attire mon attention. Il s’intitule Melting Moment et est sorti en Mai 1992. Je suis en fait complètement absorbé voire fasciné par ce mini-album qui semble me contaminer à petite dose comme un poison lent (j’exagère juste un peu bien sûr). J’aime l’approche non conformiste des 6 morceaux qui composent cet album mélangeant des sonorités électroniques parfois proches du trip-hop avec des arrangements plus acoustiques, incluant des petits passages francophones et d’autres sonorités cosmiques étranges. La voix de Noriko Sekiguchi, qui se fait également appelée nOriKO, est très présente, parfois intime et chuchotante, transmettant une émotion pleine de mélancolie. Dans les paroles, elle évoque plusieurs fois des ruptures amoureuses, comme sur le deuxième morceau FACT 2 qui démarre par une phrase en français avec un accent charmant nous énonçant avec un brin d’insolence: « c’est fini mon amour ». nOriKO est née à Tokyo mais a passé des années de son enfance au Brésil. Elle y aurait appris le français dans une école francophone. Parmi les morceaux de ce mini-album, on trouve également une interprétation libre du morceau Quoi de Jane Birkin, complètement réimaginé et même difficile à reconnaître aux premiers abords sauf quand nOriKO y chante des paroles de la chanson originale à la manière de Jane Birkin. Je n’ai pas d’interêt particulier pour les artistes japonais s’inspirant de chansons françaises, mais ce morceau réinterprété est vraiment très beau et sa version incluant des éléments électroniques est très personnelle. Et je sais faire des exceptions, Sheena Ringo a bien chanté en français une reprise de la chanson Les feuilles mortes. À ce propos, j’ai eu la surprise de lire que Neko Saito (斎藤ネコ) joue du violon sur cet album de POiSON GiRL FRiEND, notamment sur le dernier morceau Melting Moment, qui reprend le titre de l’album. Ce dernier morceau est le plus déstructuré et également un des plus intéressants car il ne se révèle vraiment qu’après plusieurs écoutes. Les influences de POiSON GiRL FRiEND ne sont pas que francophones mais plus cosmopolites. Elle reprend également sur cet album un morceau très connu de la britannique Mary Hopkin intitulé Those Were The Days, sorti en 1968. Sur ce morceau très librement inspiré de cette chanson à succès, les arrangements électroniques se reprochent beaucoup du trip-hop mais avec des pointes proches de la musique EDM. Les paroles du morceau FACT 2 qui nous interrogent « Do you love me like you used to do?, I still love you more than everything » me rappellent à chaque fois des paroles, excellemment interprétées par Morrisey, sur le morceau de 1987 des Smiths Stop Me If You Think You’ve Heard This One Before qui nous disent d’une manière un peu insolente: « I still love you, oh, I still love you, Only slightly, only slightly less than I used to, my love ». On sait que nOriKO apprécie également la musique des Smiths, mais qu’elle soit inspirée par ce groupe sur ce morceau en particulier est ma pure interprétation. Le premier morceau long de 7 minutes, Hardly ever smile (without you), est certainement le plus emblématique de l’album. La partition de violon qui accentue régulièrement le morceau est superbe et s’accorde étonnamment bien avec la rythmique très marquée années 90 accompagnant sans discontinuer la totalité du morceau. La voix de nOriKO chantant en anglais a ce quelque chose d’à la fois très naturel et cinématographique d’art et d’essai qui lui donne un charme certain. Son nom d’artiste a également quelque chose de cinématographique, comme si elle était sortie d’un film d’espionnage d’une autre époque. Elle s’est apparemment inspirée du titre d’un album de Nick Currie, également appelé Momus. Cet album sorti en 1987 s’intitule The Poison Boyfriend. Cela encouragea Momus à proposer ses services pour l’album suivant de POiSON GiRL FRiEND intitulé Shyness sorti en Juillet 1993. Je ne connais pas l’oeuvre musicale de Momus mais je me souviens qu’il a écrit pour la chanteuse de style Shibuya-Kei Kahimi Karie, notamment le morceau Good Morning World qui avait eu beaucoup de succès à sa sortie en 1995. Je suivais même le blog de Momus lorsqu’il était basé pendant quelques années au Japon mais d’une manière très détachée car je n’avais pas particulièrement d’interêt pour le personnage. Je constatais seulement qu’un groupe d’artistes et de francophones/anglophones nipponophiles gravitaient autour de lui ce qui avait attiré inutilement ma curiosité.