光に影の光

Dans un coin de Daikanyama, bien à l’écart de la grande avenue où l’on trouve le Tsutaya Daikanyama T-site conçu par Klein Dytham et le complexe Hillside Terrace par Fumihiko Maki, se construit une étrange structure dorée qui ne donne pas encore son nom. Son étoile en miroir et les inscriptions CD au dessus de chacune des ouvertures ne laissent pas de doute qu’il s’agit d’un nouveau grand magasin pour la marque de luxe Dior. Son emplacement isolé est inhabituel. L’espace particulièrement vaste de ce nouvel ensemble en construction explique peut-être le choix de ce lieu. On ne peut voir pour l’instant que la façade dorée composée de formes imitant le bambou. Le bâtiment qui se trouve derrière semble être de facture plus classique mais on le devine à peine. Cette structure dorée ressemble à un bâtiment occidental avec une touche japonisante renforcée par le jardin alentour composé de pins également en cours de préparation. Daikanyama fonctionne comme un espace commercial décentralisé où les divers magasins et cafés sont éparpillés dans le quartier. Cet nouvel enseigne Dior contribuera peut-être à ’étendre’ la carte du quartier. Il ne faut pas oublier que non loin de là se trouve également la boutique Supreme, certes dans un tout autre genre, qui attire également occasionnellement les foules, pour des raisons qui m’échappent encore, mais là est un autre sujet.

Quand je passe à Daikanyama, j’entre quasiment systématiquement dans le Tsutaya T-site pour voir les petites expositions en cours. On y montrait l’autre jour quelques photos du groupe Hitsuji Bungaku à l’occasion de la sortie de leur nouvel album. Les expositions, autour du grand escalier central, ne sont pas toujours intéressantes mais j’aime faire le curieux. Dans le bâtiment central du T-site, on y vendait un gros livre d’architecture donnant une rétrospective complète de l’oeuvre architecturale très développée à Tokyo de Klein Dytham architecture (KDa). La surprise était de voir les fondateurs de KDa, Astrid Klein et Mark Dytham, ainsi que l’architecte associé Yukinari Hisayama, sur place pour faire la promotion de leur livre. Ils étaient bien entourés et je n’ai pas tenté de les approcher, n’ayant pas vraiment l’intention d’acheter le gros bouquin rétrospective même si j’apprécie leur créations architecturales. Si l’occasion de leur parler s’était présentée, j’aurais certainement évoqué un de leurs premiers bâtiments à Tokyo, la petite mais impressionnante structure en porte-à-faux du Undercover Lab. Lorsque je l’avais montré en photo sur Instagram il y a plus de six ans, Mark Dytham avait réagi avec un commentaire, qui m’avait pour sûr fait très plaisir. En regardant le site web de KDa, je réalise que leur bureau a déménagé à Daikanyama alors qu’ils étaient pendant longtemps situés à Ebisu, dans un immeuble qui est d’ailleurs plutôt ancien. La coïncidence est que j’avais justement dans l’idée d’aller dans cet ancien immeuble pour y voir une exposition photographique dans la galerie See You Gallery du deuxième étage.

La photographe Mana Hiraki (平木希奈) dont je parle assez régulièrement sur ses pages est très active. En plus de la photographie, elle réalise très régulièrement des videos musicales pour des artistes souvent féminines. Elle expose en ce moment une série de photographies dans la galerie See You Gallery située à quelques minutes de la station d’Ebisu. Son exposition personnelle s’intitule Amour et s’y déroule du 31 Octobre au 9 Novembre 2025. Elle retrouve RINA du groupe pop rock SCANDAL (スキャンダル) pour la série de photographies de l’exposition. Il s’agit en fait de la deuxième exposition faisant collaborer RINA avec Mana Hiraki. La première intitulée WAVE? se déroulait en 2023 à Jingūmae et je n’avais malheureusement pas pu la voir car c’était le jour où RINA était présente à l’exposition. J’avais vu l’exposition précédente de Mana Hiraki qui s’appelait Katami Hakka (筐はっか) à la Gallery 229. J’ai volontairement choisi une journée où Rina n’est pas présente pour éviter la foule, qui m’avait empêché de voir l’exposition WAVE?, mais j’ai choisi une horaire où la photographe était présente. Le style des photographies de cette exposition reprend les ambiances vaporeuses et oniriques typiques de la photographe. J’aime à chaque fois beaucoup le mystère qui entoure chacune de ses mises en scène. Les photographies de cette exposition comptent parmi les plus belles que j’ai pu voir. En les regardant dans la galerie, je repense à sa série en kimono qu’elle avait prise avec Miyuna, mais également à la fameuse série également en kimono de Sheena Ringo prise en 2003 pour le magazine Gb par le photographe Yasuhide Kuge (久家靖秀) au manoir Shōuen (蕉雨園). Les photographies de la série Amour ont également été prise dans une maison traditionnelle, désormais utilisée comme studio photographique. Mana Hiraki m’a donné le nom du lieu lorsque je lui ai demandé mais je ne le connaissais pas et je l’ai déjà malheureusement oublié. Elle se souvenait de moi et de ma venue à son exposition précédente. Nous n’avons pas cette fois-ci évoqué Sheena Ringo. J’étais en fait curieux du thème de son exposition. Elle nous dit que le nom de cette série « Amour » n’est pas un mot que l’on associerait spontanément à ses photographies. Elle veut évoquer ici une forme d’amour pur qui est à l’origine de tout, à travers l’histoire des Dix nuits de rêve (Yume Jūya, 夢十夜) de Natsume Sōseki. La première nuit de Yume Jūya raconte l’histoire d’un homme à qui une femme mourante demande de l’attendre pendant cent ans. L’homme lui obéit, reste près de sa tombe, et cent ans plus tard, un lys y fleurit. Il comprend alors que le temps promis s’est écoulé. La photographe s’est inspirée de ce récit pour tenter de représenter du point de vue féminin ce que la femme a ressenti, en s’appuyant pour cela sur la structure du théâtre nô, où un même rôle se divise en mae-shite (前シテ) et nochi-shite (後シテ) (avant et après la mort). Il y a clairement une beauté pure dans l’amour d’un être qui continue au delà de la mort. Cette association avec le récit Yume Jūya de Natsume Sōseki a tout de suite fait écho en moi à la grande installation « TIME TIME » (2024) réalisée par Ryuichi Sakamoto en collaboration avec Shiro Takatani. Cette installation s’inspire en effet du même récit de Natsume Sōseki (en particulier celui de la « Première nuit ») ainsi que de la structure du nô. J’avais pu voir cette installation fascinante au début de cette année lors de la grande exposition seeing sounds hearing time consacrée à Ryuichi Sakamoto (坂本龍一) au Museum of Contemporary Art Tokyo (MoT) à Kiba. J’ai mentionné cette installation à Mana Hiraki pour voir s’il y avait eu pour elle un lien d’inspiration, mais apparemment ce n’était pas le cas. L’installation « TIME TIME » faisait une référence directe au récit Yume Jūya tandis que la série Amour s’en inspire plus librement dans sa représentation d’une beauté quasiment fantomatique. Les images que construit Mana Hiraki ont en ce sens une qualité fantastique qui intègre des notions de beauté décadente et même horrifique. Avant de quitter l’exposition en remerciant une nouvelle fois la photographe, j’achète les cartes postales comme souvenir. Et pour accompagner ces quelques photographies, je me souviens d’un morceau de Meitei (冥丁) reprenant justement le titre Yume Jūya (夢十夜). Ce superbe morceau est inclus sur l’album Kofū III (古風 III) sorti en Décembre 2023. J’en avais déjà parlé sur ce blog et le redécouvrir maintenant est un petit plaisir.

Evoquer la série de photographies de Sheena Ringo en 2003 au manoir Shōuen me rappelle cette photographie des coulisses où l’on voit Ringo accompagnée par Kazuhiro Momo (百々和宏), guitariste et chanteur du groupe MO’SOME TONEBENDER (モーサム・トーンベンダー). Ces deux petites photos étaient placées à la fin du magazine avec un petit texte faisant office de making-of. Elles sont d’assez mauvaise qualité car très granuleuses dans les quelques pages en noir et blanc à la toute fin du magazine. J’ai pourtant toujours ces deux photos en tête lorsque j’écoute des anciens albums de MO’SOME TONEBENDER. Je ne pense pas avoir déjà évoqué ici les albums Hello de 2001 et Baseball Bat Tenderness de 2013 que j’ai pourtant découvert il y a plusieurs mois. On ressent dès le premier morceau Tsumetai kōdo (冷たいコード) de Hello une tension nerveuse et abrasive mélangeant noise-rock et post-punk. On eu trouve une énergie brute et accidentée, à laquelle s’accorde bien la voix désespérée de Kazuhiro Momo. Le morceau -5°C compte parmi ceux que je préfère de cet album car il joue sur les contrastes entre moments apaisées et passages beaucoup plus sombres et chaotiques. J’adore également le septième morceau Boku ha Sakashima (ボクはサカシマ) qui contient des passages de guitares évoquant les sons de Sonic Youth et des tons de voix faisant à mon avis référence à Nirvana. L’album Baseball Bat Tenderness garde une ambiance rock alternatif très marquée, dans un style garage rock, mais je le trouve un peu moins brut que l’album Hello, et moins expérimental que l’album Trigger Happy de 2003 par lequel j’avais découvert le groupe. Je dirais que les morceaux de Baseball Bat Tenderness sont plus faciles d’approche. Des morceaux comme le deuxième Paradise (パラダイズ) ou le quatrième Generation Z (ジェネレーションZ) accrochent immédiatement. Le riff de guitare démarrant Generation Z nous ramène tout de suite vers le rock alternatif américain des années 90 et me rappelle beaucoup les Smashing Pumpkins. Ce n’est pas le seul morceau à nous ramener vers ces sonorités rock des années 90, Metallic Blue (メタリックブルー) en est un autre bon exemple. On retrouve sur cet album tout l’énergie hurlante de MO’SOME TONEBENDER, mais sans les inattendus expérimentaux qui sont remplacés par d’étranges morceaux quasiment dansant comme FEEVEER. J’avoue avoir beaucoup de mal à apprécier ce style là qui reste heureusement une exception sur l’album. J’imagine que les amateurs de la première heure du groupe ont dû être très surpris. En même temps, Kazuhiro Momo me donne le sentiment d’une grande liberté dans son approche musicale. J’ai trouvé les CDs de ces deux albums au Disk Union, mais je n’ai pas encore trouvé l’album Rockin’Luuula (2005) que je recherche depuis quelques temps. Il s’agit de l’album sur lequel Sheena Ringo avait participé à un morceau.

Revenons finalement vers le rêve et vers une ambiance plus apaisée avec la musique qui suit, qu’on m’avait conseillé dans les commentaires d’un précédent billet. J’écoute donc la très belle compilation Gaia: Selected Ambient & Downtempo Works (1996-2003) de la musicienne électronique japonaise Dream Dolphin, de son vrai nom Noriko Kodera (小寺法子), mais on la connaît également sous le nom de Noriko Okamoto (岡本法子). Dream Dolphin a sorti un grand nombre d’albums, 17 albums studio, pendant une courte période de huit ans entre 1996 et 2003. Son style musical va de la musique Ambient à des sons plus Acid Trance. La compilation Gaia publiée par le label Music from Memory et co-éditée par Eiji Taniguchi se penche sur ses morceaux down-tempo, proche de l’Ambient et parfois du New Age. On écoute les 18 morceaux de cette compilation comme une expérience auditive, un petit voyage sur des îles et des océans lointains. Comme son nom l’indique, la compositrice a une passion pour les dauphins et pour le monde maritime, et on retrouve clairement cette ambiance sur de nombreux morceaux. La musique de Dream Dolphin a souvent un côté envoûtant, notamment lorsqu’elle parle au dessus de sa musique (Gaia ou The Genesis: Yoga, par exemple). Il est facile de se laisser entraîner dans ses nappes nébuleuses englobantes, de se laisser flotter dans ses vagues enveloppantes, mais on n’en saisit l’attrait véritable qu’après plusieurs écoutes. Dream Dolphin ne surjoue pas le dramatique et ses morceaux, comme Gaia (Ethereal Fantasy) ou Stars qui démarrent la compilation, jouent plutôt sur une certaine simplicité élémentaire qui nous rapproche des éléments naturels. En écoutant Stars en fermant les yeux, on devine les étoiles que l’on distingue progressivement dans le cosmos lorsque notre œil s’habitue à la noirceur, on imagine aussi les poissons filant entre nos jambes au bord de l’océan. Cette musique est à la fois terrestre et cosmique. On se déplace doucement entre ces strates, sans forcer le pas. La compilation dure 1h57 et nous laisse donc assez de temps pour le voyage. Certains morceaux comme Tour 5 Modern Blue Asia (Soundscapes for ocean therapy) nous font partir très loin. On trouve sur cet album des ambiances méditatives et introspectives, à la limite du spirituel, qui me rappelle les sons New Age. Certains morceaux comme le très beau Voyage (Dive to the future sight) résonnent immédiatement en moi. La majorité des morceaux sont instrumentaux mais Noriko chante parfois comme sur ce morceau. Parmi les morceaux que je préfère, il y a également ceux intitulés The Rebirth (人生なんてこんなもの – そう思った瞬間に人生は終わる), Image-Respect-Love (あなたが自由になるとき) qui ressemble à un duo avec un dauphin ou le plus ludique Love Ate Alien. Le morceau Daichi No Uta semble être inspiré par un folklore chantant des îles. Ce n’est pas le seul morceau qui dépareille avec le reste dans cette compilation. Il y a également celui intitulé Kaze no Fuku Tani no Mukoude (風の吹く谷の向こうで) qui ressemble étrangement à un morceau de Canto/Mando pop. Vient ensuite le sublime Beyond the Cloud avec son ambiance sombre et expérimentale qui nous fait traverser des zones denses et incertaines. Le titre nous donne ces images de nappes d’ombres nuageuses qu’il faut traverser pour espérer atteindre une lumière. Cette musique nous laisse percevoir la lumière des ombres dans la lumière (光に影の光). L’album se termine sur le long Dreaming Blue (青の夢) qui compte également parmi les superbes morceaux de cet album. Il nous donne l’impression de nous enfoncer dans les profondeurs de l’océan, là où les lumières se font plus rares mais où la vie se perpétue à l’abri des regards. Je me dis que la musique de Dream Dolphin est un jeu d’ombres et de lumières. On peut se réfugier quelques temps dans les ombres et affronter ensuite la lumière qui nous nourrit. Je note cette idée de guérison et d’apaisement quasi-thérapeutique dans la musique de Dream Dolphin. Cette compilation est à mon avis une bonne porte d’entrée dans le monde musical de Dream Dolphin, et je remercie encore P. de me l’avoir fait découvrir. Je sais maintenant que j’ai de quoi m’occuper en fouillant dans sa discographie très extensive.

dans les spirales de la mémoire

Le Jeudi 28 Août 2025, dans le quartier de Sugamo dans l’arrondissement de Toshima à Tokyo.

Si j’en crois les archives de Made in Tokyo, je n’étais pas allé dans le quartier de Sugamo depuis plus de vingt ans. Pourtant, j’ai l’impression que la longue rue commerçante Jizō-dōri (地蔵通り), menant à la statue Togenuki Jizō du temple Kogan-ji, n’a pas changé pendant toutes ces années. Il y a vingt ans, le quartier était déjà surnommé le Harajuku des grands-mères (おばあちゃんの原宿), et mon impression ne change pas lors de cette nouvelle visite au mois d’août 2025.

Je ne m’étais pas déplacé exprès pour constater que le quartier mérite toujours d’être reconnu comme le quartier des seniors, mais je voulais depuis longtemps voir le Sugamo Ōdai Kannon-dō (すがも鴨台観音堂), car il ressemble beaucoup à une version moderne du fameux Sazaedo (さざえ堂) de Aizu-Wakamatsu à Fukushima, que nous avions visité en avril 2023. Le Sugamo Ōdai Kannon-dō a une forme similaire, rappelant celle d’un coquillage turban (sazae). Tout comme le Sazaedo, le bâtiment est un pavillon octogonal à trois étages en spirale, et les galeries intérieures sont conçues en double spirale, de sorte que le parcours aller et retour ne se croisent jamais. Il a été construit en 2013 sur le campus de l’Université Taishō. Je suis seul sur le campus, mais l’entrée dans le Sazaedo est libre. Je prends mon temps pour gravir les marches intérieures, éclairées par les reflets des panneaux colorés entourant les façades. Ce Sazaedo moderne n’est, bien sûr, pas aussi fascinant que sa version originale à Aizu-Wakamatsu, mais je me devais de le visiter pour compléter, en quelque sorte, ma découverte architecturale.

En parcourant ensuite Sugamo, j’aperçois le tramway de la ligne Toden Arakawa (荒川線), la dernière ligne encore en service du réseau de tramways de Tokyo, qui avait connu son apogée dans les années 1950-60. Je ne suis pas un maniaque du réseau ferroviaire japonais, mais j’aime beaucoup ce petit tram d’une autre époque, que j’avais pris pour la première fois en décembre 2021. Écrire ce billet me fait réaliser une fois de plus que Made in Tokyo est une partie assez précise, mais certes incomplète, de ma mémoire retranscrite dans des photographies et des textes. Je ne me souviendrais certainement plus de toutes ces visites et de toutes ces choses si je ne les avais pas écrites sur ces pages. Cela me fait même regretter de ne pas avoir davantage écrit et pris de photos lors de mes toutes premières années à Tokyo. Je m’étais remémoré ma première journée à Tokyo dans un billet intitulé 東京99, mais il faudrait que je passe un peu plus de temps à creuser ma mémoire. Il me manque seulement des photos pour agrémenter ces anciens souvenirs.

上の方、そこへ向かう

Le Dimanche 5 Octobre 2025, parc Kinchakuda (巾着田曼珠沙華公園) et Sanctuaire Koma (高麗神社), à Hidaka dans la préfecture de Saitama.

Je reviens pour quelques photographies seulement au parc Kinchakuda (巾着田曼珠沙華公園) où nous avions pu voir les derniers jours de floraison des fleurs Higanbana au tout début du mois d’Octobre. Avant de repartir, je m’attarde un peu sur les fleurs de cosmos qui poussent de manière sauvage. En les prenant en photo, je me remémore celles que j’ai prise au Showa Memorial Park (昭和記念公園) à Tachikawa en Novembre 2023. J’aime beaucoup la liberté avec laquelle elles s’élancent en direction du ciel. A proximité du parc, se trouve le Sanctuaire Koma (高麗神社) dédié aux colons coréens qui se sont implantés au Japon au VIIᵉ siècle. Le sanctuaire Koma a été fondé en 716 par le prince Go Yak’gwang du royaume de Koguryŏ (高句麗) en Corée. Le prince fut envoyé au Japon en l’an 666 pour demander de l’aide alors que son royaume était envahi par la dynastie chinoise Teng. Il s’installa finalement au Japon dans cette région avec environ 1 800 Coréens et ce sanctuaire célèbre son arrivée. L’empereur japonais lui accorda le titre de roi de ce territoire qui sera gouverné par sa communauté jusqu’au XIIIᵉ siècle. Au XXᵉ siècle, pendant l’annexion de la Corée, le sanctuaire fut utilisé par le gouvernement japonais comme symbole d’assimilation et d’unification des peuples coréens et japonais. Aujourd’hui, il est demeure comme un lieu de mémoire et d’amitié nippo-coréenne. L’endroit est paisible, entouré de verdure car il se trouve en bordure d’une zone montagneuse boisée. Avant de partir, nous demandons comme toujours le sceau Goshuin du sanctuaire. Une fois n’est pas coutume, le prêtre shinto du sanctuaire en charge des écritures a eu la drôle d’idée d’écrire le Goshuin à l’envers sur le carnet de Mari. C’est bien la première fois que ça nous arrive. La jeune fille était très embêtée et nous proposa de le recouvrir par un autre Goshuin dans le bon sens, ce que nous acceptons. Nous aurons droit en contrepartie à un petit sachet de thé, qui trône maintenant dans notre cuisine comme un objet sacré auquel il ne faut pas toucher.

a room with a view

Le Dimanche 28 Septembre 2025, au bord de l’océan pacifique à Hitachi.

Les visiteurs l’auront certainement noté sur ces pages, nous explorons beaucoup la préfecture d’Ibaraki, réputée la moins touristique du pays malgré sa proximité de Tokyo. J’y fais rarement des découvertes architecturales interessantes, si on met de côté l’architecture traditionnelle. A proximité du phare blanc d’Hitachi, nous trouvons par hasard une belle maison de béton avec des grandes baies vitrées et un balcon donnant une vue sur l’océan pacifique au pied de la falaise. Les balcons sont habillement orientés pour ne pas apercevoir les infrastructures énergétiques de Hitachi plus au Sud en direction du port de Oarai. Quelques recherches rapides m’indiquent que cette maison se nomme S house et qu’elle a été conçue par Baqueratta Architectural Design Office, bureau de design architectural fondé par Yoshiyuki Moriyama (森山喜之). En parcourant le site web de l’architecte, je me rends compte que j’ai pu voir un grand nombre des maisons individuelles que Baqueratta a conçu à Tokyo. Elles ont en commun d’être luxueuses et d’avoir des façades fermées sur la rue avec en général un grand bloc de baies vitrées à l’étage. S house doit être relativement récente car elle n’apparaît pas encore sur le site web de l’architecte.

声を枯らしながら静かに叫び続けていた

Tōjō-tei (戸定邸) est une résidence historique de la famille Tokugawa située à Matsudo dans la préfecture de Chiba. Elle a été construite pendant la période Meiji, achevée en 1884 après environ deux ans de construction. Il s’agissait de la résidence de Tokugawa Akitake (徳川昭武), le dernier seigneur du domaine de Mito et frère cadet du dernier shogun du Japon Tokugawa Yoshinobu. L’ensemble architectural est un témoignage du style de vie d’un ancien daimyo à une époque où le Japon passait du système féodal à la modernité. On trouve dans ce bâtiment une architecture japonaise traditionnelle raffinée associée à des éléments d’influence occidentale qui sont caractéristiques de l’ère Meiji. La résidence se compose de neuf pavillons, reliés par des couloirs, formant un grand ensemble de 23 pièces. On se perdrait volontiers dans le labyrinthe de pièces et de couloirs de cette demeure, mais on ne perd jamais de vue le vaste jardin qui attire notre regard. Nous avons laissé nos chaussures à l’entrée et nous avançons doucement sans faire de bruit sur le tatami. Nous gardons le silence ou parlons naturellement à voix basses car nous ne sommes que des invités passagers dans cette résidence. Le long du couloir de la véranda Engawa, les panneaux coulissants de verre sont entrouverts pour laisser passer un filet de vent provenant du jardin. Le seul bruit que l’on perçoit est celui du vent qui fait trembler par vagues les panneaux de verre de manière imprévisible. La demeure est située sur une colline. Depuis la pièce principale donnant sur le jardin, on devine au loin le Mont Fuji qui se dégage des nuages. On trouve dans cet endroit qui s’échappe de la ville une sérénité certaine.

J’avais bien sûr l’intention de parler du nouvel album Don’t Laugh It Off de Hitsuji Bungaku (羊文学) sorti le 8 Octobre 2025. Je l’ai acheté dès le jour de sa sortie en version digitale car je me suis rendu compte que parmi les treize titres de l’album, il y en avait un certain nombre que j’avais déjà en digital à savoir les singles Burning, Map of the Future 2025 (未来地図2025), tears, Feel et Koe (声). Chacun des autres morceaux est un single en puissance car ils ont cette même balance subtile entre un son indie et une approche pop accrocheuse qu’elles ont développé depuis quelques années. On pourra dire que c’est la recette du groupe qu’elles appliquent très bien sans grande prise de risque, ce qui n’est pas faux. Mais chaque morceau évolue dans une telle fluidité et facilité apparente qui poussent à une certaine idée de perfection. Je pense à cela en réécoutant le single Feel, mais on pourrait très bien le penser pour un nouveau morceau comme Itōshii Hibi (いとおしい日々). J’ai un faible pour le morceau Doll qui est beaucoup plus noisy, à la limite du shoegaze. C’est un aspect du groupe qu’on retrouve un peu plus en concert car Moeka (塩塚モエカ) et Yurika (河西ゆりか) aiment aussi laisser traîner les guitares jusqu’à l’embrasement. Le son de Doll me rappelle un peu le morceau Addiction de l’album précédent qui était également un de mes préférés. Écouter ce nouvel album me rappelle encore que Moeka a une voix exceptionnelle et inimitable qui, j’ai l’impression, s’améliore d’album en album. Je m’en souviens avoir été impressionné par le morceau Koe à sa sortie en single. Ce chant nous attrape et ne nous laisse pas nous échapper jusqu’à la fin du morceau, ou de l’album en l’occurence car ce genre de petites pépites pop-rock s’enchaînent les unes après les autres sans vraiment de temps morts. Enfin, le centre de l’album Haru no Kaze (春の風), Ai ni Tsuite (愛について) baisse un peu en régime par rapport aux autres morceaux de l’album. Le rythme reprend en fait assez vite avec le très beau cure accompagné d’une guitare très métallique. Dans les nouveaux morceaux, j’aime aussi beaucoup Runner (ランナー) qui me fait un peu penser dans l’esprit à la musique rock d’Asian Kung-fu Generation. Cette influence n’est pas improbable car Moeka à déjà chanté avec le groupe en 2020 sur un morceau intitulé I want to Touch You and Be Sure (触れたい 確かめたい). Le plus gros single de l’album est incontestablement Burning, c’est un peu l’equivalent du More than words de l’album précédent. J’avais un peu oublié l’aspect abrasif des guitares du début de ce single. Il y a souvent chez Hitsuji Bungaku ce contraste entre la voix très affirmée mais mélodique de Moeka adoucie par le chant de Yurika et les guitares puissantes très rock alternatif. Le dernier morceau Don’t laugh it off anymore est assez différent du reste, plus rêveur avec ses éléments atmosphériques électroniques. Ça donnerait envie d’entendre le groupe dans un registre plus expérimental qui pourrait être une direction intéressante si leur maison de disque leur laissait la main libre, sachant que le groupe a désormais un bon pied dans le mainstream. En en parlant de reconnaissance dépassant le monde du rock indépendant, la question se pose maintenant de savoir si le groupe fera sa première apparition à l’émission Kōhaku Uta Gassen de la NHK au réveillon. Les pronostics sont ouvert et je parie que oui. Et pendant ce temps là, Moeka et Yurika, accompagnée comme toujours de leur batteuse d’appoint Yuna, se promènent à Europe pour leur première tournée dans cette partie là du monde, en passant bien sûr par Paris. Cela donne l’occasion d’une vidéo amusante à Paris, devant les monuments de la ville et la salle L’Alhambra où elles ont joué le 15 Octobre 2025.