un sanctuaire au bord de l’eau claire

Sanctuaire d’Izumi (泉神社) à Hitachi dans la préfecture d’Ibaraki, le Dimanche 28 Septembre 2025.

Par choses futiles, je pense au temps inutilement passé sur les réseaux sociaux. Je me suis rendu compte que je suivais presque 800 comptes sur Instagram. Comment peut-on suivre autant de choses en même temps. J’ai commencé un nettoyage pour ne garder que les comptes que je suis vraiment et ils sont encore beaucoup trop nombreux. J’ai réalisé que je suivais initialement certaines personnes pour leurs photos du Japon, mais ces personnes y mélangent parfois des photos beaucoup plus personnelles qui finissent par me déranger. Le point qui me dérange le plus sur les réseaux sociaux est de suivre une personne sans la connaître personnellement pour des centres d’intérêts en commun montrés en photo puis être finalement témoin de leurs histoires personnelles sans le vouloir. Cela devient pour moi de la curiosité mal placée pour des personnes que je ne rencontrerais probablement jamais. La mise à jour des comptes que je suis commence donc par là. Ce travail de re-sélection des comptes qu’on veut suivre prend en fait beaucoup de temps. Il faut mieux réfléchir à deux fois avant de suivre un nouveau compte car il sera plus difficile ensuite de faire le tri.

Les deux photographies ci-dessus ont été prises au sanctuaire Izumi (泉神社) à Hitachi dans la préfecture d’Ibaraki, qui a la particularité d’avoir une source et un bassin d’eau claire. Nous avons fait le déplacement pour voir la transparence de l’eau mais ce n’est pas la seule chose que nous avons vu à Hitachi ce jour là.

un orchestre au bord de l’eau

Waters Takeshiba (ウォーターズ竹芝) dans l’arrondissement de Minato à Tokyo, le Mardi 23 Septembre 2025.

Au fur et à mesure des années, j’ai tendance à écrire des billets de plus en plus longs. En regardant les statistiques de cette année, la longueur moyenne de mes billets dépasse les 1000 mots par article, ce qui est une première dans la longue vie de Made in Tokyo. Les premières années de ce blog voyaient plutôt des billets orientés vers les photographies avec des textes courts et peu documentés. J’ai souvent envie de revenir vers ce format plus court, car je me demande parfois si tout le temps passé à documenter et à écrire au sujet de mes visites à Tokyo ou autour est vraiment indispensable. Ces deux photographies ont été prises au mois de Septembre 2025 sur un billet que j’avais en brouillon depuis presque deux mois.

La première photographie montre la toiture élancée du théâtre Shiki du groupe JR East (JR東日本四季劇場). Ce théâtre comprend deux grandes salles, celle de l’Automne (秋) et celle du Printemps (春) montrant en ce moment les spectacles populaires de la Reine des Neiges et de Retour vers le Futur. Ce théâtre fait partie du complexe Waters Takeshiba (ウォーターズ竹芝) situé à côté du parc Hama Rikyū. Il a été conçu par les architectes maison de JR East Design Corporation (JR東日本建築設計). C’est en fait la deuxième fois que nous venons ici. On peut apercevoir le bord du parc Hama Rikyū depuis les terrasses et l’espace ouvert de Waters Takeshiba. J’aime beaucoup cette vue sur le parc au bord d’un canal connecté à la rivière Sumida au niveau de la baie de Tokyo. Quelques bancs sont placés sur la bordure du parc le long du canal. J’envie les personnes qui y sont assises au milieu des plantes. L’idée de prendre du temps dans ce parc pour contempler au calme ce qui m’entoure m’attire mais il ne me vient jamais à l’idée de saisir ce type d’opportunités, peut-être parce que le temps me manque ou parce que je préfère à chaque fois consacrer du temps à des choses futiles.

L’orchestre au bord de l’eau sur la grande place du complexe Waters Takeshiba semble être amateur. Il a mis du temps à se préparer et s’est finalement élancé au moment où nous devions partir.

les feuilles rouges du Mont Ōyama

Nous n’étions pas retournés au Mont Ōyama (大山) depuis Janvier 2020. C’est un endroit que j’aime beaucoup et que nous découvrons pour la première fois en Automne. Cette montagne de 1252 m d’altitude se nomme également Mont Afuri (阿夫利山 ou 雨降り山). Cette deuxième appellation en kanji laisse penser qu’il pleut souvent sur cette montagne mais nous n’avons jamais été dérangé par les intempéries lors de nos trois visites. Le Mont Ōyama est situé à proximité d’Isehara dans la préfecture de Kanagawa, formant avec le Mont Tanzawa le parc quasi national de Tanzawa-Ōyama. Cette montagne est considérée comme sacrée et un grand sanctuaire nommé Ōyama Afuri-jinja (大山阿夫利神社) se trouve à son sommet. Un chemin composé de 352 marches entourés d’anciens commerces nous amènent jusqu’au funiculaire au pied de la montagne qui nous fait ensuite grimper jusqu’au sanctuaire.

dans l’étincelle d’émotion d’un instant

Le lac de Sayama (狭山湖) était depuis longtemps sur ma liste des découvertes à faire à Saitama, mais j’avais jusqu’à présent eu un peu de mal à convaincre Mari de faire le déplacement pour y visiter un cimetière. Nous faisons finalement le déplacement vers le lac mais on n’en verra pas une goutte d’eau. Enfin, on apercevra quand même très rapidement en voiture le lac Tama (多摩湖) qui se trouve juste à côté. Les origines du lac Sayama remontent aux années 1600. Il a été créé comme barrage primitif puis modernisé au 20ᵉ siècle. Le lac Tama est lui relié au fleuve Tama et est plus ancien. Il a été créé par le barrage de Tamako Dam en 1929.

Nous avons d’abord fait le déplacement pour aller voir un temple bouddhiste nommé Konjō-in (金乗院), situé à Kami-Yamaguchi, dans la ville de Tokorozawa, à proximité du lac de Sayama. Le temple appartient à la branche bouddhiste Shingon et on y vénère la divinité Kannon aux mille bras. Le temple est de ce fait également connu sous le nom de Yamaguchi Kannon (山口観音). On dit que la statue de Kannon aux mille bras et le pavillon qui lui est consacré ont été fondés par le moine Kūkai, fondateur de l’école bouddhiste Shingon, durant l’ère Kōnin (810–824). Cette statue n’est dévoilée au public qu’une fois tous les 33 ans. Nous nous promenons entre les pavillons dans l’enceinte Konjō-in, du pavillon Kaisandō (開山堂) dédié au moine fondateur du temple en passant par le pavillon dédié aux Sept Divinités du Bonheur, Shichifukujin (七福神堂), où comme son nom l’indique sont vénérées les statues des sept dieux du bonheur (七福神) à savoir Ebisu, Daikokuten, Bishamonten, Benzaiten, Fukurokuju, Jurōjin et Hotei. Le pavillon le plus particulier et intéressant du temple est le Sentai-Kannondō. Il a la particularité d’être décoré d’un long dragon placé sur un muret entourant le pavillon. Il ondule par endroit pour laisser s’ouvrir une porte. Le petit pavillon en lui-même est très riche, pourtant de nombreuses sculptures décoratives. On peut ensuite gravir la colline pour approcher une grande pagode octogonale de cinq étages. On peut y redescendre par un escalier reprenant des formes de dragons. On a par moments l’impression de ne plus être au Japon et d’être quelque part en Chine ou à Hong Kong.

Le temple Yamaguchi Kannon est proche de la station Seibukyūjō-mae, situés au terminus de la ligne de train Seibu Sayama Line opérée par Seibu Railway. Nous sommes ici sur les terres du groupe Seibu qui possède également la chaîne d’hôtels Prince Hôtels. L’équipe de baseball Seibu Lions, également propriété du groupe Seibu, y a établi ses quartiers. Tout près de la station, on ne manquera pas le grand stade de baseball Belluna Dome (ベルーナドーム), dont le nom officiel est Seibu Dome (西武ドーム). A côté du dôme, on trouve même une piste de ski artificielle au Sayama Ski Resort (狭山スキー場). Ceci explique la présence saugrenue de surfeurs des neiges aux alentours du dôme. A la station suivante sur la ligne de train Seibu Yamaguchi Line, le groupe opère également un parc d’attraction appelé Seibuen Amusement Park (西武園ゆうえんち). Mentionner Seibu me rappelle que j’ai déjà vu et montré sur ces pages le siège du groupe Seibu. Il s’agit du building DaiyaGate situé à Ikebukuro (ダイヤゲート池袋).

Nous arrivons un peu tard au deuxième objet de notre visite à Sayama qui était de voir l’architecture d’Hiroshi Nakamura & NAP (中村拓志 & NAP建築設計事務所) dans un cimetière près du Belluna dôme. J’avais déjà vu plusieurs fois sur Instagram le Sayama Lakeside Cemetery Community Hall. J’avais vu quelque chose de très poétique dans l’apparition inattendue d’une végétation venant coiffée un toit courbé de couleur argentée. Ce n’était pas une mauvaise idée d’arriver en toute fin d’après-midi car le soleil couchant ajoute à la beauté de cette composition florale. Il faut marcher dans le cimetière, dans les petites allées entre les tombes pour pouvoir prendre en photo la toiture courbée. Le cimetière est posé sur une colline pentue, ce qui donne une vue dégagée. Près de la porte principale du hall, un long bassin d’eau ressemble à un miroir reflétant les couleurs bleutées de la fin de journée. Un peu plus loin dans le grand cimetière, je voulais également observer la chapelle Sayama Forest Chapel, mais ses portes étaient déjà fermées et la lumière couchante ne m’a malheureusement pas permis de prendre des photographies correctes avec mon reflex. Il faudra refaire le déplacement plus tard, mais j’ai au moins quelques photos prises à l’iPhone ci-dessous. J’ai déjà vu un certain nombre d’œuvres architecturales d’Hiroshi Nakamura, dont j’apprécie particulièrement la force d’évocation. Me revient d’abord en tête l’espace de méditation devant le grand camphrier du sanctuaire Tōshōgū à Ueno puis la bibliothèque souterraine Library in the Earth à Kurkku Fields dans la préfecture de Chiba. Il a créé des bâtiments plus monumentaux comme le Tokyu Plaza OMOKADO (オモカド), idéalement placé à Harajuku, qui laisse une place importante au végétal sur sa terrasse en hauteur. Je passe très régulièrement devant le petit bâtiment courbe Monkey Café & Gallery D.K.Y. à Daikanyama et l’élégant bâtiment IDÉAL TOKYO à Aoyama, mais ma première découverte de cet architecte était la petite maison particulière House SH, qui m’avait beaucoup marqué pour l’avoir souvent vu dans des magazines d’architecture.

L’évocation de Tame Impala sur un billet de Nagoya etcetera me rappelle que Michka Assayas lui avait consacré un épisode de son émission Very Good Trip, à l’occasion de la sortie de son nouvel album Deadbeat. Je ne l’ai pas encore écouté à part le single End of Summer que j’aime pourtant beaucoup. De cette émission, je note particulièrement le morceau Neverender de Justice, avec au chant Kevin Parker aka Tame Impala, sur leur album Hyperdrama de 2024. De cet album, je connaissais pourtant l’autre featuring de Tame Impala, One Night/All Night, et je me demande maintenant pourquoi j’avais loupé cet excellent Neverender. Il y a plusieurs très bons morceaux sur Hyperdrama de Justice. Je me demande s’ils sont les seuls survivants de la French Touch. Leur son plus sombre voire gothique, par exemple sur l’excellent Generator, m’accroche beaucoup plus que des morceaux de Daft Punk, que j’avoue n’avoir jamais aimé, à part peut être Revolution 909. Je n’ai jamais vraiment accroché non plus au groupe Gorillaz de Damon Albarn, pourtant j’aime beaucoup le morceau New Gold avec Tame Impala et Bootie Brown sur l’album Cracker Island de 2023, que je découvre également sur cette émission de Very Good Trip.

Dans l’émission précédente qui démarre et termine également par des morceaux de Tame Impala, je découvre également beaucoup de très bonnes choses, et il est même rare que j’apprécie autant de morceaux dans une même émission de Very Good Trip (sauf quand elles sont consacrées à un unique artiste ou groupe que j’aime). Parmi les excellents morceaux de l’émission, certains sont d’artistes que j’avais découvert au tout début des années 2010, époque où j’étais beaucoup plus attentif que maintenant à la musique occidentale. Il y a d’abord Thundercat avec I Wish I Didn’t Waste Your Time, puis Erika de Casier avec You Can’t Always Get What You Want, Sassy 009 avec Tell Me (feat. Blood Orange), Austra avec Math Equation et finalement Ethel Cain avec Fuck Me Eyes. Tous ces morceaux s’enchaînent sur la playlist de l’émission avec une certaine unité de style que Michka Assayas associe à un même groove mélodieux et réconfortant. J’ai également ce sentiment en écoutant la voix de l’américain Stephen Lee Bruner, aka Thundercat, qui est très belle comme celle de Kevin Parker d’ailleurs. C’est bon de s’échapper de temps en temps des musiques pop-rock japonaises, qui m’inspirent un peu moins en ce moment. A ma playlist du mois de Novembre, j’ajoute également le hip-hop de Freddie Gibbs avec le morceau Ensalada (feat. Anderson.Paak) que j’ai également dû découvrir sur un épisode de Very Good Trip et un morceau rock français un peu plus ancien intitulé L’amour fou du groupe Grand Blanc qui a atterri sur ma trajectoire musicale d’une manière inattendue.

J’écoute Very Good Trip par phases. Je suis actuellement dans une phase d’écoute et j’apprécie également les interviews. Autant l’interview historique de Neil Young m’a fatigué au plus haut point, autant j’ai apprécié celle de David Gilmour, même si je ne suis pas particulièrement amateur de son ancien groupe Pink Floyd. J’avais par contre récemment été émerveillé par le morceau Between Two Points interprété avec sa fille Romany. Pendant cette longue interview en deux parties de David Gilmour, une opinion qu’il partage m’interpelle en particulier. Il nous dit la chose suivante: « Personne ne peut créer à partir du bonheur. C’est la chose la plus difficile à réussir dans tous les arts, le bonheur véritable, parce que ce qui naturellement donne envie aux gens de regarder, d’écouter, de voir, c’est le partage des pensées, des idées sur les malheurs de la vie. Non pas que la vie soit misérable, mais elle convoque bien des malheurs« . J’ai souvent pensé à cette idée ou interrogation de savoir si on peut vraiment créer quelque chose d’intéressant et de fort lorsqu’on est heureux dans sa vie personnelle. La réponse à cette interrogation n’est certainement pas aussi simple et définitive qu’elle peut en avoir l’air, mais ce que dit David Gilmour fait écho à une idée qui m’était revenue en tête en lisant l’histoire malheureuse de la compositrice et interprète Smany dont je parlais récemment au sujet de son dernier EP. La musique est parfois la seule chose qui maintient les âmes en vie, comme une sève sur laquelle il faut veiller pour qu’elle ne se tarisse pas.

氷川御嶽巡り

Je pourrais peut-être démarrer un inventaire des sanctuaires et temples du Kantō, tellement nous en avons visité. Celui ci-dessus se trouve à Ōmiya, dans la préfecture de Saitama. Il s’agit du grand sanctuaire Musashi Ichinomiya Hikawa (武蔵一宮 氷川神社). On y accède par une longue et agréable allée boisée qui démarre au niveau de la station, bien que son entrée en soit assez éloignée. Au moment de notre visite, pendant une belle journée du mois d’octobre, il se déroulait dans le sanctuaire un mariage. Les enfants en kimono étaient également nombreux pour les festivités du Shichi-go-san (七五三), célébrant les enfants de trois ans, les garçons de cinq ans et les filles de sept ans. Chaque enfant et sa famille semblaient être accompagnés d’un ou d’une photographe professionnel, ce qui est apparemment une nouvelle norme qui n’existait pas il y a une dizaine d’années.

Le petit pavillon au centre de l’enceinte du sanctuaire me rappelle beaucoup celui du grand sanctuaire Tsurugaoka Hachimangū de Kamakura. Je me demande s’il est également utilisé pour les cérémonies de mariage. Ça ne semblait pas être le cas lors de la journée de notre visite. Dans un recoin de l’espace boisé entourant le sanctuaire, on trouve le petit « étang du serpent ». On ne peut pas l’approcher de près. Le serpent a dû pourtant disparaître depuis longtemps. Le sanctuaire Hikawa est situé en pleine ville, mais on a le sentiment, comme souvent pour les sanctuaires et temples urbains, d’entrer dans un monde à part, préservé du bruit ambiant. C’est certainement ce qui me plaît dans ce genre d’endroits : un sentiment d’évasion éphémère.

J’avais aperçu il y a plusieurs mois ce sanctuaire dans le drama Glass Heart, diffusé sur Netflix. Cette histoire d’un groupe de rock mené par l’acteur Takeru Satō (佐藤健) n’a rien d’extraordinaire et est un peu fleur bleue, mais je me suis quand même laissé entraîner, car j’aime beaucoup la présence de l’acteur — surjouée, bien sûr — et les thèmes musicaux qui m’attirent toujours.

Toujours à Saitama mais un peu plus au Sud en direction d’Urawa, nous voulions également voir le sanctuaire Ontake. Il n’était pas facile à localiser car il y a plusieurs sanctuaire Ontake à Saitama, en lien avec la montagne sacrée du même nom. Celui que nous recherchions est à Tajima (田島御嶽神社). Il a la particularité d’être très coloré, notamment le bâtiment principal haiden coloré de rouge et de blanc. On y trouve au dessus du seau d’offrandes un fantastique dragon blanc sculpté. Le voir était la raison principale de notre déplacement, mais le sanctuaire est rempli de détails, notamment une imposante statue d’oiseau placée près d’une des portes torii. Il s’agit d’un sanctuaire de quartier qui n’a rien de touristique. On est quand même surpris par la richesse visuelle des lieux. La grande porte torii principale rouge à l’entrée du sanctuaire a par exemple la particularité d’être recouverte par un petit toit. Le plafond du pavillon couvrant le bassin d’eau où on se purifie les mains à l’entrée du sanctuaire est également ornée d’une magnifique sculpture de dragon, que l’on pourrait presque manquer si on ne levait pas les yeux. Bref, beaucoup de choses à contempler dans un relativement petit espace.