garden of dragons

L’année approche de sa fin ce qui est à chaque fois pour moi l’occasion de regarder un peu les statistiques de Made in Tokyo. J’ai publié cette année 126 billets, au jour où j’écris ces lignes, ce qui est moins que l’année dernière et que les sept dernières années. Chaque billet est par contre plus long avec en moyenne 1057 mots par billet, ce qui fait plus d’une centaine de mots en plus par rapport à l’année dernière. J’ai donc écrit plus que l’année dernière au total, mais sur un nombre plus restreint de billets. Le nombre de commentaires est en remarquable baisse, à 148 sur l’année, mais le nombre de « like » est beaucoup plus important. Si l’on fait la somme des « like » et des commentaires sur les billets, on arrive à peu près au niveau de l’année dernière. Je pense qu’il est naturellement plus facile de laisser un « like » qu’un commentaire. Ça laisse au moins une notification de passage, ce qui est tout à fait appréciable. Le nombre de visite annuelle à 22600 est par contre en nette augmentation et le plus haut niveau de ces dix dernières années. Il faut croire que les blogs ne sont pas encore tout à fait morts. Enfin, j’ai toujours un peu de difficulté à savoir quelle est la proportion de personnes réelles visitant Made in Tokyo, sachant que les robots d’Intelligence Artificielle tels que ChatGpt doivent également visiter régulièrement les pages internet. Je ne saurais dire si ces visites sont comptabilisées dans le nombre total de vues mentionné ci-dessus.

Les quelques photographies accompagnant ce billet ont été prises à Enoshima, une de nos destinations classiques de la fin d’année. Nous sommes en fait d’abord passé à Shichirigahama pour y déjeuner. Dans le quartier résidentiel, se trouve un fameux restaurant de curry japonais appelé Sangosho. Ce n’est pas la première fois que nous venons manger dans ce restaurant mais nous allons en général au deuxième restaurant de l’enseigne situé au bord de l’océan. Le quartier est situé sur une colline dont les rues donnent sur l’océan. Nous accédons à ce quartier en voiture par une petite route étroite en pente et en virages, qui est un raccourci méconnu depuis Kamakurayama. Nous n’avions pas emprunté cette petite route depuis très longtemps. Nous filons ensuite vers la presqu’île d’Enoshima. Le sanctuaire principal est déjà paré pour les festivités de la nouvelle année. La météo n’est pas clémente, le ciel est très nuageux. Le dragon est une des divinités principales des sanctuaires de l’île. Un des petits autels de la presqu’île lui est dédié, surmonté d’une statue sombre et menaçante. Aujourd’hui, on devine même les dragons dans le ciel nuageux à travers des éclats de lumière formant une courbe que j’imagine être une queue de dragon. Je suis moi-même du signe zodiacal du dragon, tout comme Ryuichi Sakamoto (坂本龍一), né en 1952, sauf que nous sommes bien sûr pas du même cycle. Il faudrait à ce propos que je commence une liste des artistes que j’aime qui sont du signe du dragon. J’avais déjà mentionné Kenichi Asai (浅井健一) et Seiji Kameda (亀田誠治) mais sur les cinq membres de Tokyo Jihen, trois sont du signe du dragon (Ichiyō Izawa, Toshiki Hata et donc Seiji Kameda).

Revenir à Enoshima me rappelle donc vers la musique de Ryuichi Sakamoto qui m’a en quelque sorte accompagné toute l’année depuis cette mémorable visite en Janvier de l’exposition seeing sound, hearing time (音を視る 時を聴く) qui lui était consacré. Je réécoute l’émission Liquid Mirror d’Avril 2023 consacrée à Ryuichi Sakamoto, en découvrant sous une nouvelle oreille des morceaux qui m’avaient échappé lors de ma première écoute. Il y a d’abord l’étrange morceau techno-pop Neo-Plant de Koharu Kisaragi (如月小春) sur l’album Tokai no Seikatsu (都会の生活) sorti en 1986 composé par Ryuichi Sakamoto, puis le morceau électronique expérimental The Garden Of Poppies sur son troisième album solo Left Handed Dream (左うでの夢) sorti en 1981. Ce morceau me fait continuer avec Venezia du même album. La playlist continue avec l’excellent Curtains de Yukihiro Takahashi (高橋幸宏) sur son troisième album solo Neuromantic sorti en 1981. C’est le seul morceau de cet album composé par Ryuichi Sakamoto. Sur l’album Neuromantic, le morceau Curtains suit un autre excellent morceau, Drip Dry Eyes que j’ai déjà depuis quelques temps dans ma playlist étendue des musiciens du Yellow Magic Orchestra. La surprise sur la playlist de l’épisode de Liquid Mirror est le morceau de Pierre Barouh intitulé Le Pollen avec David Sylvian et Yukihiro Takahashi. Ils sont réunis dans un restaurant et on les entend mentionner tout à tour leurs personnes préférés, qu’ils ou elles soient artistes, écrivains, cinéastes ou autres. Pierre Barouh ponctue cette énumération de noms par un refrain qui se répète: « Aujourd’hui, je suis ce que je suis. Nous sommes qui nous sommes. Et tout ca, c’est la somme du pollen dont on s’est nourri ». Tous ces auteurs et personnes proches représentent en quelque sorte le pollen qui vient nourrir leurs propres inspirations et créations. Le morceau Le Pollen provient d’un album du même nom enregistré par Pierre Barouh en Juillet 1982 à Tokyo, au studio Nippon Columbia, à la suite d’une invitation du label japonais à venir travailler sur place. Pierre Barouh était déjà un compositeur célèbre en France à cette époque mais il saisit cette opportunité comme une expérience musicale ouverte et exploratoire qui réunira un ensemble de musiciens japonais et internationaux de premier plan, parmi lesquels des figures de la scène expérimentale et new wave comme Yukihiro Takahashi, Ryuichi Sakamoto ainsi que David Sylvian du groupe britannique Japan. De fil en aiguille, ce morceau m’amène ensuite vers une des collaborations de Ryuichi Sakamoto avec David Sylvian intitulée Bamboo Houses et sortie en 1982. On entend également la voix de David Sylvian sur l’intensément émotionnel morceau Life, Life sur l’album async de Ryuichi Sakamoto.

un interlude bleu

Ce n’est pas particulièrement aisé de reconnaître les lieux où ont été prises les photographies ci-dessus, d’autant plus qu’elles proviennent de trois endroits bien différents. La première photographie a été prise dans un coin de Kanagawa où se trouve un large élevage de poules pondeuses dans lequel on peut acheter des œufs et même déjeuner d’un repas à base d’oeuf bien sûr. Cette même journée, nous étions retournés une troisième fois au sanctuaire Samukawa pour aller voir les jardins que nous n’avions pas pu voir la dernière fois et que je montrerais très certainement dans un prochain billet. Le torii ombragé et le ciel qui va avec proviennent de cet endroit. Nous revenons ensuite vers Tokyo à Toranomon Hills pour les deux dernières photographies prises en contre-plongée.

Je n’ai pas écrit depuis longtemps, non pas parce que l’envie me manquait, mais plutôt parce qu’une grippe a eu la charmante idée de me tomber dessus dès le premier jour de mes vacances d’hiver. C’est d’autant plus malvenu pendant cette période de Noël. Ce n’est en fait pas la première fois que je tombe malade pendant mes congés comme si baisser la garde après une année professionnelle dense laissait le champ libre aux rhumes et grippes. J’ai donc beaucoup dormi ces derniers jours sans envie d’écrire mais en regardant quand même quelques films. C’était le maximum que mes forces m’autorisaient. Parmi les films que j’ai pu voir, je veux retenir les trois ci-dessous, vus sur Netflix ou ailleurs. Avant de lire les textes qui suivent, je laisserais le soin aux visiteurs d’essayer de deviner de quels films il s’agit à partir des trois photographies ci-dessous.

Le premier film est de saison car il s’intitule Watashi wo Ski ni Tsuretette (私をスキーに連れてって), qu’on traduit en Emmènes-moi skier. Il s’agit d’un film réalisé par Yasuo Baba (馬場康夫) sorti en Novembre 1987. Comme on peut s’y attendre, il s’agit d’une histoire d’amour sur les pistes de ski, avec bien sûr des rebondissements. On nous raconte l’histoire de Fumio Yano interprété par Hiroshi Mikami (三上博史), un jeune employé d’une grande société de commerce passionné de ski, en particulier sa rencontre imprévue avec Yū Ikegami, interprétée par Tomoyo Harada (原田知世) sur une piste de ski. La photographie iconique ci-dessus de Tomoyo Harada correspond au moment où elle imite le bruit et le geste d’un tir de pistolet (« Bang ») pour faire tomber Yano de ses skis alors que c’est un prodige de la glisse. Cette première rencontre n’est pourtant pas décisive dans leur amour mutuel et il faudra quelques coups de pouces de leurs amis respectifs pour les réunir. Le groupe d’amis entourant Yano se compose de skieurs et skieuses, amis d’enfance, tous excellents en ski, par rapport à Yū qui est plutôt débutante. Le film nous montre de nombreuses scènes de poudreuse et est même considéré comme le déclencheur du boom du ski des années 1980 au Japon, popularisant les séjours à la montagne comme activité romantique et loisir tendance. Les musiques exclusivement de Yumi Matsutoya, notamment l’incontournable classique Lover is Santa Claus, ont certainement aussi beaucoup joué dans le succès du film. La photographie de Tomoyo Harada me rappelle immédiatement aux campagnes publicitaires de JR EAST, JR SKISKI, qui jouent à chaque fois sur cette ambiance des premiers émois sur les pistes de ski. La campagne JR SKISKI démarrée en 1991 dans le but de promouvoir les voyages en train, notamment en Shinkansen, vers les stations de ski en hiver, n’a pas été créée en lien direct avec le film mais son influence est certaine. En 2017, JR EAST avait d’ailleurs fait une collaboration spéciale entre JR SKISKI et le film pour célébrer à la fois les trente ans du film et de la création de la compagnie.

Le deuxième film que je voulais mentionner est Mystery Train de Jim Jarmusch sorti en 1989, que j’ai vu pour la première fois alors que c’est un grand classique et un film important de Jarmusch que je voulais voir depuis longtemps. La photographie également iconique ci-dessus tirée du film m’avait pourtant beaucoup intrigué, mais allez savoir pour quelle raison il m’a fallu attendre aussi longtemps pour voir le film. Il se déroule à Memphis dans le Tennessee, ville mythique de la musique américaine et d’Elvis Presley qui est un des thèmes fil rouge du film composé de trois histoires distinctes, mais situées en grande partie dans une même unité de lieu (un hôtel délabré près des voies ferrées) et de temps (pendant une même nuit). Le premier segment intitulé Far from Yokohama suit deux japonais, Mitsuko jouée par Yūki Kudō (工藤夕貴) et Jun joué par Masatoshi Nagase (永瀬正敏), passionnés de rock américain, et ayant fait le voyage jusqu’à Memphis comme s’ils étaient venus visiter un lieu sacré. La plupart des scènes sont délicieuses notamment dans le regard étranger plein d’admiration qu’ils ont sur une ville qui n’est pas vraiment montrée sous son meilleur jour par Jim Jarmusch. Mais rien ne viendrait gâcher cette idéalisation américaine. L’histoire suivante s’intitulant Ghost nous présente l’italienne Luisa faisant connaissance par la force des choses avec une compagne de chambrée particulièrement bavarde. Le fantôme du titre est celui d’Elvis qui hante tout le film. Le film se termine sur une histoire intitulée Lost in Space suivant trois marginaux impliqués dans un petit braquage raté, dont un anglais paumée ressemblant beaucoup à Elvis. Il est interprété par Joe Strummer, chanteur et guitariste de The Clash et ami proche de Jim Jarmusch. Cette séquence qui fait également intervenir Steve Buscemi est plus burlesque et désabusée, mais garde avec les autres histoires cette même qualité minimaliste et d’humour décalé diffus, rythmée par le train reliant toutes ces histoires. Le film est également relié par la présence remarquable du gérant de l’hôtel tout de rouge vêtu et de son groom. Le gérant est joué par le compositeur et interprète américain de rhythm and blues Screamin’ Jay Hawkins. Bon ce film me donne clairement envie de me replonger dans certains films indépendants américains comme les cultes Fargo (1996) ou The Big Lebowski (1998) des frères Coen. J’ai d’ailleurs ce dernier en DVD dans un format en boîte de CD qui ne se fait plus depuis très longtemps, acheté à Tokyo lors de mes premières années. J’ai bien dû voir ce film plus d’une dizaine de fois à l’époque car il était culte d’entrée de jeu.

Le troisième film de ma petite série cinéma s’intitule Go, sorti en 2001, réalisé par Isao Yukisada (行定勲) et adapté du roman du même nom de Kazuki Kaneshiro (金城一紀). Le film est un drame romantique traitant des questions d’identité et des préjugés qui les accompagnent. Il raconte l’histoire de Sugihara, interprété par Yōsuke Kubozuka (窪塚洋介), un adolescent zainichi (d’origine coréenne mais né et élevé au Japon) qui quitte l’école coréenne pour s’inscrire dans un lycée japonais. Là, il se heurte au racisme quotidien et aux difficultés d’identité, ce qui le fait s’endurcir jusqu’à ce qu’il tombe amoureux d’une fille japonaise, Sakurai, interprétée par Kō Shibasaki (柴咲コウ), dont il lui cache d’abord ses origines. Cette rencontre finit par le confronter aux préjugés de la société. Du film, j’aime beaucoup les relations entre les personnages, notamment entre Sugihara et son père dont la violence apparaît souvent absurde, et celle de Sugihara avec Sakurai, qui est un personnage tout à fait unique. Le film a reçu de nombreux prix, notamment au Japan Academy Prize (日本アカデミー賞) de 2002, mais je ne le connaissais. Du réalisateur Isao Yukisada, j’avais par contre vu le film River’s Edge (リバーズ・エッジ) de 2018, dont j’avais déjà parlé sur ces pages. Je suis tombé sur le film Go un peu par hasard en recherchant sur Netflix un film où jouait Kō Shibasaki. En scrutant rapidement sa filmographie, il s’agit du cinquième film dans lequel elle a joué et elle a même été primée pour ce rôle. Le deuxième rôle de sa carrière cinématographique était le fameux Battle Royale du réalisateur Kinji Fukasaku (深作欣二) sorti en 2000.

En cette fin d’année, je reviens une nouvelle fois vers la musique de Faye Wong (王菲) car j’ai l’envie simple de réécouter sa voix sublime. J’ai sur mon iPod (un iPhone sans réseau cellulaire utilisé uniquement pour la musique) une playlist d’une cinquantaine de morceaux de Faye que j’aime réécouter régulièrement. Il y a quelque chose qui me touche profondément dans son chant et sa musique, mais seulement dans ses morceaux personnels. La grande majorité des albums de Faye Wong que j’ai écouté pour le moment peuvent être divisé en deux parties très distinctes, une partie personnelle introspective et atmosphérique parfois expérimentale, et une autre beaucoup plus mélodramatique faite de mélodies orientées vers la diffusion radiophonique. Cette deuxième approche est imposée par l’industrie pop hongkongaise qui veut des hits accessibles et immédiats, mais un peu mièvres à mon avis. L’autre approche, celle que j’affectionne et que j’écoute exclusivement, est plus radicale et correspond à la zone de liberté que Faye Wong a souhaité conserver tout le long de sa carrière. L’album Fable (寓言), sorti en 2001, que j’écoute en ce moment suit cette même logique avec des morceaux atmosphériques et même cinématographiques très incarnés, les cinq premiers morceaux et le neuvième, puis le reste qui est pour moi tout à fait oubliable. Je me dis toujours que c’est dommage qu’elle n’ait pas uniquement publié des albums dans son style personnel mais j’imagine assez bien la puissance de l’industrie musicale hongkongaise la poussant vers une direction commerciale comme condition à une nouvelle sortie d’album. Elle a de toute façon sorti tellement d’albums qu’il y a beaucoup de pépites à découvrir dans sa discographie. Les cinq premiers de l’album Fable, The Cambrian Period (寒武紀), New Tenant (新房客), Chanel (香奈爾), Ashura (阿修羅) et Flower on the Other Shore (彼岸花), sont ce genre de pépites, très orchestrées. Le chant de Faye Wong y est plus mesuré, plein de nuances. De cet album, je connaissais en fait déjà celui intitulé Chanel et sa version japonaise également présente à la toute fin de l’album. Je préfère tout de même la version en mandarin de ce morceau vraiment superbe. Les cinq premiers titres de l’album forment un cycle et abordent certains aspects du bouddhisme. Le troisième morceau prend par exemple le titre Ashura (阿修羅), faisant référence aux demi-dieux du bouddhisme caractérisés par la jalousie, l’orgueil, la colère et l’esprit de rivalité et de combat. J’ai déjà mentionné Ashura dans plusieurs billets, pour son utilisation dans d’autres musiques que j’aime, et il deviendrait même presque un des nombreux fils rouges de ce blog. Les cinq premiers morceaux de Fable ont été composés par Faye Wong elle-même et produit par Zhang Yadong qui a déjà travaillé sur plusieurs de ses albums, notamment son plus personnel et expérimental Fuzao (浮躁). Sur Fuzao, la production était en fait partagé entre Zhang Yadong et Dou Wei, le mari de Faye Wong. Sur l’album, j’aime également beaucoup la dramaturgie et la densité du neuvième morceau Farewell Firefly (再見螢火蟲). Ces quelques morceaux nous entraînent vers des scènes de films dont l’atmosphère serait pleine de mystères. Pour compléter mon écoute de la musique de Faye Wong, je pioche deux très bons morceaux de son album chanté en cantonais Be Perfunctory (敷衍) sorti en 2015: le premier morceau reprenant le titre de l’album Be Perfunctory (敷衍) et le troisième To be terrified (心驚膽戰). Les ambiances y sont plus minimalistes, moins orchestrales, un peu plus dans l’esprit de ses plus anciens albums orientés rock, mais avec cette fois quelques touches électroniques.

Pour rester encore un peu dans la musique d’Asie, je découvre tout à fait par hasard le groupe rock indépendant taïwanais Lily Chou-Chou Lied (莉莉周她說). Il s’agit d’un trio originaire de Taipei formé en 2016. Ce groupe m’a tout d’abord intrigué car il réutilise le nom de la chanteuse du film All about Lily Chou-chou (リリイ・シュシュのすべて) de Shunji Iwai, en y ajoutant le mot Lied qui est une référence à un mot allemand signifiant chant intime et introspectif. Il est clair que le film a une influence certaine en Asie. Je mentionnais déjà d’ailleurs que Faye Wong avait été l’inspiration originale de Shunji Iwai pour le personage éthéré de Lily Chou-Chou. Je n’étais pas vraiment surpris en voyant la chanteuse chinoise de Shanghai Li Zelong (李泽珑) faire une courte reprise de Salyu sur le morceau Tobenai Tsubasa (飛べない翼) habillée comme Shiori Tsuda (jouée par Aoi Yū dans le film) au milieu des champs ressemblant à ceux d’Ashikaga à Tochigi. Du groupe Lily Chou-Chou Lied, j’écoute trois morceaux que j’aime beaucoup Awake (醒) et Dear You (愛人) de leur premier et unique album The Foreteller (大預言家) sorti en 2022 et le single Tempest (暴風) sorti en Septembre 2025. L’intensité émotionnelle de chaque morceau est très dense et j’aime particulièrement le fait que chaque morceau est interprété à deux voix, masculine et féminine. C’est une très belle découverte de fin d’année à approfondir un peu plus tard.

state of emergency is where I want to be

Une fois n’est pas coutume, je suis allé voir les deux expositions simultanées en cours au National Art Museum Tokyo (NACT), à savoir Prism of the Real: Making Art in Japan 1989–2010 (時代のプリズム:日本で生まれた美術表現 1989–2010), qui se déroulait du 3 septembre au 8 décembre 2025, et BVLGARI KALEIDOS: Colors, Cultures and Crafts (ブルガリ カレイドス : 色彩・文化・技巧), du 17 septembre au 15 décembre 2025. J’y suis par contre allé sur deux journées différentes, et d’abord seul pour celle intitulée Prism of the Real. Cette exposition réunissait plus de cinquante artistes japonais et internationaux avec pour objectif d’explorer l’évolution de l’art au Japon entre 1989 et 2010. Il s’agissait d’une période riche en transformations, avec notamment l’éclatement de la bulle économique. On y trouvait beaucoup de choses intéressantes, mais l’exposition m’a en fait un peu ennuyé, car je connaissais déjà les œuvres d’un certain nombre des artistes contemporains japonais présentés. J’avais parfois l’impression d’avoir déjà vu cette exposition ailleurs, et en mieux.

J’ai quand même noté l’étrange sculpture jaune vif faite d’objets divers, intitulée Esthetic Pollution (1990) de Noboru Tsubaki, ainsi que les armes construites en légumes, Vegetable Weapon (2001), de Tsuyoshi Ozawa. J’ai ensuite été particulièrement intrigué par une série de trois photographies intitulée Drawing Restraint 9 par l’artiste américain Matthew Barney. Drawing Restraint est un projet artistique au long cours composé de grandes sculptures, de films et de photographies. Le neuvième épisode de Drawing Restraint est un film expérimental diffusé en 2005, utilisant des thèmes culturels japonais tels que la religion shintō, la cérémonie du thé et l’histoire de la chasse à la baleine pour explorer les notions de transformation et de retenue. Parmi les trois photographies tirées du film que l’on peut voir lors de l’exposition, on reconnaît l’artiste Matthew Barney lui-même, mais également Björk, habillée d’un étrange kimono traditionnel. Björk était la compagne de Matthew Barney à cette époque. Ce n’est pas la première fois que l’on peut voir Björk en kimono. Souvenons-nous de la pochette de l’album Homogenic, sorti en 1997, réalisée par le photographe britannique Nick Knight. Dans un kimono réinterprété par Alexander McQueen, Björk ressemblait à une figure à mi-chemin entre une geisha futuriste et une divinité post-humaine.

Le film Drawing Restraint 9 comprend en fait des musiques composées par Björk. Cette exposition m’a amené à regarder le film Drawing Restraint 9, qui est des plus étranges. On y évoque une histoire d’amour non conventionnelle se déroulant à bord d’un baleinier japonais. Je n’irais pas jusqu’à dire que le film m’a passionné, mais il est intéressant sous de nombreux aspects, notamment pour sa bande originale composée par Björk. Les onze morceaux qui la composent sont parfois très étranges (le morceau Pearl), avec beaucoup d’instrumentaux souvent très beaux, comme celui intitulé Ambergris March, produit par Mark Bell et Valgeir Sigurðsson. Les morceaux chantés par Björk sont les plus poignants, notamment celui intitulé Storm. Ce morceau est tout à fait disruptif, comme la grande majorité de cet album, mais j’admire sa puissance d’évocation. Le morceau intitulé Gratitude, qui ouvre la bande originale et le film, est très beau. Le chanteur folk Will Oldham, aka Bonnie Prince Billy, y chante une lettre d’un pêcheur adressée au général Douglas MacArthur, sur une mélodie composée par Matthew Barney. On peut entendre le son de l’instrument traditionnel japonais shō sur plusieurs morceaux de l’album, joué par Mayumi Miyata (宮田まゆみ). J’avais déjà mentionné cette musicienne sur ces pages, car elle joue également du shō sur TIME TIME (2024), l’une des collaborations artistiques de Ryuichi Sakamoto (坂本龍一) et Shiro Takatani (高谷史郎), que j’avais vue à l’exposition seeing sound, hearing time (音を視る 時を聴く) au début de l’année. Pour composer cet album, Björk a voyagé au Japon et étudié la musique traditionnelle japonaise, ce qui se ressent très fortement sur la majorité des morceaux. On y trouve même, sur le morceau Holographic Entrypoint, un extrait d’une pièce de nô avec une interprétation vocale de Shiro Nomura. Cette partie musicale correspond d’ailleurs aux moments les plus étranges et malaisants du film Drawing Restraint 9. Écouter cette bande originale me donne envie de réécouter certains albums de Björk que je n’ai pas écoutés depuis longtemps, en commençant par Homogenic, qui est l’un de mes préférés avec Début et Post. Dans les coïncidences amusantes, Olive Kimoto a justement inclus un morceau de Björk dans l’épisode de décembre 2025 de son émission Liquid Mirror. Il s’agit du très beau Come to Me de l’album Début.

Nous sommes allés voir quelques jours plus tard l’exposition Bulgari Kaleidos, qui met en lumière l’art du joaillier romain Bulgari à travers près de 350 pièces majeures issues de collections patrimoniales et privées. Outre la flamboyante beauté des bijoux présentés, notamment ceux reprenant la forme du serpent comme symbole emblématique de la marque, j’ai également apprécié l’aménagement intérieur des salles de cette exposition. Le design est signé SANAA (Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa), qui crée des formes arrondies pour les murs et des séparations transparentes entre les espaces. Les collections de haute joaillerie et les archives historiques étaient ponctuées par trois installations artistiques de Lara Favaretto, Akiko Nakayama et Mariko Mori (cette dernière ayant également l’une de ses créations présentées dans l’autre exposition Prism of the Real). J’ai particulièrement aimé les rouleaux colorés en rotation de l’artiste Lara Favaretto, se déclenchant et s’arrêtant par intermittence. Lorsque les rouleaux s’enclenchent et prennent de la vitesse, on a l’étrange sensation qu’ils s’approchent de nous, ce qui nous fait naturellement faire un pas en arrière. Je ne serais certainement pas allé seul à cette exposition, mais je ne regrette pas d’en avoir fait le tour.

J’avais parlé dans mon précédent billet de la musicienne et organiste Kali Malone et de ses liens avec la compositrice électronique Caterina Barbieri. Elle a en fait participé à l’album de remixes Fantas Variations, qui propose des alternatives au monumental morceau Fantas de l’album Ecstatic Computation de Caterina Barbieri. Je n’avais pas écouté cet album jusqu’à maintenant, car je pensais qu’on ne pouvait pas faire mieux que l’original. Sans faire mieux, Fantas Variations nous fait écouter huit versions très différentes par huit musiciens différents. La variation Fantas for Two Organs de Kali Malone est tellement éloignée de l’original qu’elle ressemble presque à un morceau original. Cette version, jouée à l’orgue, est beaucoup plus lente et sombre, modulant les tonalités. On dirait une marche mortuaire. Chaque variation adopte un style musical distinct. Parmi celles que je préfère, il y a la superbe Fantas Variation for Voices d’Evelyn Saylor, uniquement chantée a cappella à trois voix par Lyra Pramuk, Annie Garlid et Stine Janvin, puis une version expérimentale au saxophone intitulée Fantas for Saxophone and Voice par Bendik Giske. La version à la guitare, Fantas for Electric Guitar de Walter Zanetti, donne une interprétation beaucoup plus lumineuse du morceau Fantas. La seconde partie est plus électronique et donc plus proche de l’originale. J’aime beaucoup la version Fantas resynthesized for 808 and 202 de Carlo Maria, qui propose une lecture plus lissée de l’original, mais qui n’en reste pas moins enveloppante. Une particularité de la musique de Caterina Barbieri est précisément ce caractère enveloppant, et plus je l’écoute, plus je l’imagine liée au courant du Holy Minimalism dont je parlais précédemment, tant on y perçoit une certaine spiritualité. J’y pense particulièrement en écoutant maintenant son album Spirit Exit, sorti en juillet 2022. On y trouvera certainement quelque chose de l’ordre du spirituel dans le morceau Canticle of Cryo. Cet album a la particularité d’intégrer le chant aux nappes électroniques. C’est un opus magnifique que j’écoute beaucoup en ce moment.

une mélodie contemplative nordique

Notre parcours d’observation des feuilles d’Automne nous amène jusqu’au parc forestier pour enfants Tove Jansson Akebono (あけぼの子どもの森公園) dans la préfecture de Saitama. Ce parc inauguré en 1997 est inspiré par l’illustratrice, peintre et auteure Tove Jansson (1914–2001). Cette artiste finlandaise suédophone est surtout connue comme la créatrice des Moomins, une série littéraire et graphique mondialement populaire notamment au Japon. Je suis bien entendu familier de ces personnages mignons ressemblant à des hippopotames blancs, mais je ne connais pas du tout l’univers des livres qui sont apparemment marqués par un humour doux et une mélancolique nordique. Le parc n’a pas été dessiné par Tove Jansson, mais par un architecte japonais nommé Takekazu Murayama (村山雄一) qui a été inspiré par l’univers de l’illustratrice. Ce parc forestier est en fait l’oeuvre la plus remarquable de l’architecte, mais ces autres créations gardent cette caractéristique d’une architecture vivante et organique.

Murayama est né en 1945. Il a étudié l’architecture à l’Université de Waseda, puis après quelques années passées dans un bureau d’architecture à Tokyo, il décida de s’installer pendant plusieurs années à partir de 1977 en Allemagne et en Autriche pour s’immerger dans l’étude de la pensée de Rudolf Steiner (anthroposophie) qui a fortement influencé sa vision architecturale, sensible à l’environnement, à la nature et aux formes organiques. Il retourne au Japon en 1984 pour y fonder son propre bureau Murayama Architectural Design Office (村山建築設計事務所). On trouve dans les quelques bâtiments dispersés dans le parc Tove Jansson Akebono cette recherche d’une architecture vivante en relation directe avec la nature. Les formes architecturales sont comme des structures organiques avec des formes courbes et irrégulières. Le parc ressemble à un petit village avec chemins, étang et ruisseau et on verrait volontiers les Moomins débarquer des bois pour rentrer s’installer tranquillement dans ces étranges demeures. Cet espace naturel nous pousse à la rêverie, dans la mesure où on arrive bien sûr à faire abstraction de la foule. Il y a du monde en effet venu profiter de ce décor bordé par les feuilles rouges d’Automne des grands arbres. Un des intérêts de ce parc est qu’on peut visiter les maisons, qui ont une complexité intérieure très intéressante. L’intérieur reprend ces inspirations organiques et ressemble à un labyrinthe avec escaliers irréguliers en bois entourés de rambardes en acier à la Gaudi, volumes sculptés et toits arrondis. Les enfants y trouvent de nombreuses cachettes et l’accès à certains endroits de la demeure est même parfois difficile pour les adultes. C’est un véritable petit monde à part dans lequel on s’échappe volontiers.

En musique, je m’échappe également vers le Nord de l’Europe avec la deuxième pièce de la suite en 12 chapitres pour piano Das Buch der Klänge I–XII du compositeur et pianiste allemand Hans Otte, interprété brillamment par le pianiste allemand Herbert Henck, lui-même spécialisé dans les musiques modernes, minimalistes et d’avant-garde. Ce deuxième mouvement construit sur un motif rapide en consonances me rappelle la fluidité du ruisseau du parc de Saitama, mais j’aime surtout les quelques dissonances qui apparaissent par moments le long du long morceau de presque dix minutes. Elles viennent altérer la lumière du flot ininterrompu, comme si quelques nuages orageux venaient menacer ce paysage. Cette musique contemplative me met dans un état méditatif. Il est difficile de faire autre chose en écoutant ces notes car on se concentre sur le déroulé musical. J’ai découvert ce morceau par un heureux hasard sur NTS Radio. Alors que je terminais la ré-écoute d’une émission de Liquid Mirror, NTS enchaîne automatiquement sur une autre émission de leur vaste catalogue. Il s’agissait du NTS guide to Holy Minimalism du 9 Août 2024, une émission de deux heures consacrée aux compositeurs de musiques de style minimaliste et neo-romantique de la fin du 20ème siècle. Le deuxième morceau de cette sélection est Das Buch der Klänge II et il m’a tout de suite fasciné. Le courant Holy Minimalism (ou sacred minimalism) est apparu dans les années 1970–1990. Il est caractérisé par une écriture épurée, des harmonies consonantes, et une forte dimension spirituelle ou contemplative. Ce courant est souvent associé aux compositeurs Arvo Pärt (Estonie), John Tavener (Royaume-Uni) et Henryk Mikołaj Górecki (Pologne). Bien que Hans Otte ne soit généralement pas classé dans ce courant Holy Minimalism, il se situe dans une zone très proche, au point où on pourrait y trouver une parenté esthétique, mais il n’y a pas d’inspiration religieuse.

NTS Radio propose également une émission présentant une sélection contemporaine de jeunes musiciens et musiciennes inspirés des compositeurs du Holy Minimalism du 20ème siècle. Cette émission intitulée NTS Guide to Contemporary Holy Minimalism a été diffusée le 16 Janvier 2025. Parmi les œuvres de la sélection, celle à plusieurs voix composée par Kali Malone intitulée Passage Through The Spheres m’impressionne particulièrement. Kali Malone est une compositrice et organiste américaine, née en 1994 à Denver mais installée à Stockholm en Suède depuis les années 2010. C’est une des figures majeures de la musique contemporaine minimaliste, drone et expérimentale. De son album All Life Long sorti en 2023, j’écoute également le deuxième long morceau All Life Long (For Organ). Ce morceau est également fascinant au plus haut point pour sa polyphonie lente et minimaliste jouée à l’orgue à tuyaux qui m’a pris par surprise. Il est ensuite difficile de s’en échapper tant elle convoque des émotions profondes enfouies en soi. On n’est ici pas très loin de la musique électronique drone, sauf qu’il s’agit d’instruments classiques. Cette musique de Kali Malone me rappelle en fait un peu la musique électronique de Caterina Barbieri sur des morceaux comme Myuthafoo qui est également basée sur des évolutions subtiles de tonalités. On y trouve, je pense, une même inspiration minimaliste et contemplative, qui me plait beaucoup. A leurs manières, All Life Long (For Organ) de Kali Malone et Myuthafoo de Caterina Barbieri provoquent des émotions fortes irréversibles. Je dirais même que ces musiques ne sont pas inoffensives (comprennent ceux qui peuvent comprendre). En regardant les crédits du morceau Passage Through The Spheres, je remarque d’ailleurs une coïncidence intéressante qui apporte de l’eau à mon moulin (celui installé dans le petit parc de Saitama). Caterina Barbieri a en fait participé à ce morceau de Kali Malone en traduisant en italien les paroles originales adaptées du court essai In Praise of Profanation (2007) du philosophe italien contemporain Giorgio Agamben. Cette association artistique m’intrigue beaucoup d’autant plus qu’elles ont déjà composé ensemble. Et en revenant au morceau Passage Through The Spheres, il a été chanté par l’ensemble Macadam en France, dans la Chapelle Notre Dame de l’Immaculée Conception à Nantes, pas très loin du Château des Ducs de Bretagne. L’émission de Liquid Mirror qui m’a indirectement dirigée vers ces morceaux d’inspiration minimaliste était celle du 31 Mars 2025. J’y reviens de temps en temps, notamment pour écouter le premier morceau électronique Continue? [Y/N] du suédois Jonas Thunberg (aka JT). Je trouve également dans cette musique une approche contemplative qui me plait beaucoup et que j’ai envie d’associer aux mélodies contemplatives nordiques ci-dessus.

the streets #16

Le dernier épisode de cette série intitulée the streets date du mois de Mai 2025. J’aime l’idée d’y revenir régulièrement quand l’envie me reprend et quand je réunis des photographies qui correspondent à son esprit général. Quelques photographies du billet ont été prises entre Roppongi et Nishi-Azabu, en démarrant à Tokyo Mid-Town. Ce n’est pas la première fois que je m’amuse avec la sculpture de pierre de Kan Yasuda (安田侃) placée sur l’espace ouvert le long de la rue devant la grande tour de Tokyo Mid-Town. J’attends pendant quelques secondes qu’une personne apparaisse à travers l’ouverture percée dans la sculpture. J’aime cette idée de cadrage dans le cadrage depuis que j’ai parcouru des yeux Tokyo Windows, le recueil de photographies de Masataka Nakano. En redescendant ensuite vers Nishi-Azabu en direction de Shibuya, je suis attiré par une série de photographies maritimes affichées de manière temporaire sur les murs blancs amovibles d’un chantier de redéveloppement urbain près de Roppongi Hills. Il s’agit d’une série photographique intitulée Water columns (2022) du duo d’artistes suisses Taiyo Onorato et Nico Krebs. Je remarque surtout la composition étrange à gauche montrant une main et un bras se mélangeant avec des organismes marins. En entrant dans le quartier de Nishi-Azabu, je passe devant l’atelier Haute Mode Hirata, fondé par Akio Hirata (平田欧子) et repris par sa fille OHKO après son décès. On y vend des chapeaux hauts en couleurs aux formes et à l’esthétique tout à fait uniques. A chaque fois que je passe devant cette boutique, me revient en tête une photographie d’Avril 2009 d’un magnifique chapeau rouge pris à travers la vitrine. En remontant ensuite vers le quartier d’Hiroo, le long de la rue bordant les résidences de Garden Hills, les arbres ont progressivement changé de couleurs. Je n’ai pas le souvenir d’avoir été aussi attentif aux feuilles d’Automne l’année dernière et j’ai l’impression de me rattraper un peu cette année. Au bout de cette rue, un petit building composé d’une façade vitrée et de poutres apparentes extérieures en béton m’intrigue pour les réfections qu’il nous montre. Le béton se reflétant sur la façade de verre donne le sentiment qu’un nouvel édifice virtuel existe à l’intérieur du bâtiment réel, comme si une autre réalité se cachait dans cette architecture. Ce bâtiment m’attire à chaque fois et je l’ai souvent pris en photo. Je pense que ça doit par contre être la première fois que je le montre dans un billet. Les deux photographies suivantes nous amènent à Aoyama puis dans les quartiers résidentiels de Daikanyama. J’aime beaucoup le design extérieur de la maison individuelle de la dernière photographie. On a l’impression que le toit légèrement oblique est surdimensionné. Le mariage avec le rez-de-chaussée composé de bois est du plus bel effet. Je n’ai malheureusement pas trouvé qui en est l’architecte.

J’évoque moins dans mes billets récents les musiques que j’écoute, ce qui ne veut pas dire que je ne fais plus de découvertes. J’ai même suivi quelques pistes qui se sont finalement révélées infructueuses et dont je ne parlerais donc pas sur ces pages. Je ne parle que des musiques que j’aime, par manque de temps et d’envie de parler de celles que j’apprécie moins. Dans ma playlist du mois de Novembre qui vient de se terminer, j’avais inscrit quelques morceaux, que j’ai beaucoup écoutés, d’artistes ou groupes que je connaissais déjà ainsi que d’autres d’artistes que je ne connaissais pas. Parmi les nouvelles découvertes, il y a d’abord le morceau Eclipse de Fuki Kitamura (北村蕗) sur son EP intitulé 500Mm. Ce morceau virevolte dans nos oreilles. Je suis très agréablement surpris par la dextérité du chant de Fuki Kitamura, compositrice et interprète originaire de la préfecture de Yamagata. J’enchaine ensuite avec une collaboration de Satoko Shibata (柴田聡子) avec la rappeuse Elle Teresa (エルテレサ) sur un single intitulé Tokimeki Tantei (ときめき探偵) avec la contribution musicale de Le Makeup (ル メイクアップ), projet musical de Keisuke Iiri (井入啓介). Après son premier album, e5 sort déjà un nouveau single intitulé BUTTOBASHIT mélangeant hip-hop et sons électroniques, qui aurait très bien figuré sur son album. J’adore la densité du morceau qui me fait dire que e5 ne lâche rien. Dans la même mouvance proche de l’hyper-pop, j’écoute le nouveau single 不貞腐 freestyle de killwiz et Tōmeinahito (透明な人) de 4s4ki sur son nouvel EP Enmeishu avec DÉ DÉ MOUSE. Il s’agit en fait d’un morceau que 4s4ki avait d’abord composé seule et qui été ensuite complémenté par DÉ DÉ MOUSE. Je suis assez partagé sur le reste du EP mais ce morceau qui le conclut est vraiment excellent. Pour rester dans les sons électro-pop, je suis étonné depuis quelques temps par les nouveaux singles de Kyary Pamyu Pamyu (きゃりーぱみゅぱみゅ), comme toujours composé par Yasutaka Nakata (中田ヤスタカ), notamment dreamin dreamin mais surtout Genjitsu tōhi (現実逃避). Les premières notes de dreamin dreamin nous rappellent bien sûr le kawaiisme de ses débuts, mais je trouve qu’elle s’en éloigne depuis plusieurs années et notamment sur Genjitsu tōhi. Côté rock alternatif, quelques belles découvertes proches du shoegaze avec Big Sky du groupe Beachside talks sur leur album Hokorobi, After the Breeze (あまり風) de AprilBlue sur l’album yura et MARET de SOM4LI. J’ai déjà parlé du groupe AprilBlue composé par Azusa Suga, leader de feu For Tracy Hyde et de SOM4LI composé entre autres d’anciens membres de Ms Machine. Je découvre par contre Beachside talks bien que sur leur album, seul le morceau Big Sky m’attire vraiment. Je retrouve SOM4LI avec plaisir sur ce nouveau single MARET, et je suis même surpris par le chant de Mako. La vidéo très lo-fi réalisée par Rio Shimamoto, également membre du groupe, a été tournée dans le parc Kasai Rinkai (葛西臨海公園) au bord de la baie de Tokyo dans l’arrondissement d’Edogawa. Nous l’avions parcouru il y a quelques années et j’en avais montré quelques photographies dans une autre série au long court intitulée how to repeat Tokyo endlessly. J’ai beaucoup écouté tous ces morceaux au mois de Novembre, peut-être même trop ce qui m’a ensuite amené vers d’autres horizons.