le point de fuite des fourmis

L’étrange araignée gonflable que l’on peut voir depuis la rue principale du quartier de Daikanyama à travers la grande baie vitrée de la petite galerie de Hillside Terrace attire tout de suite le regard. On la devine en mouvement comme si elle respirait profondément. Je m’approche de la galerie. Elle occupe la quasi totalité de l’espace. Une pompe à air lui fait bouger les membres de manière intermittente. Autour de ses pattes noires et roses, elle est décorée de multiples couleurs. Ses formes sont étranges sans pour autant être vraiment inquiétantes. Il s’agit d’une création de l’artiste Lee Byungchan (이병찬), originaire de Corée du Sud et né en 1987. Ces œuvres évoquent des étranges créatures ondulantes, réalisées en plastique jetable. Elles viennent parasiter symboliquement le corps humain dans des mises en scène photographique ou filmées. Son travail artistique entend rendre visible la matérialité invisible des énergies circulant dans les espaces urbains, traduire la masse urbaine en des formes respirantes. Dans une autre salle de l’exposition montre des vidéos de ces étranges monstres portatifs accrochés au dos des personnes sans qu’ils où elles ne s’en rendent apparemment compte. On imagine ces objets comme des représentations imagées de l’être profond que l’on ne souhaite pas montrer aux autres mais qui finit par transparaître dans toute son évidence (ndlr: l’auteur de ces lignes se demande en ce moment à quoi pourrait ressembler cet appendice extérieur en ce qui le concerne). Cette petite exposition s’intitulait The Vanishing Point of the Ant (アリの消失点) et se déroulait du 26 Avril au 25 Mai 2025 dans la petit galerie Art Front Gallery de Hillside Terrace.

Après son album Flesh sorti le 11 Mars 2025, l’artiste électronique cyber milkちゃん nous propose un long mix d’un peu plus d’une heure intitulé Ambient & Experimental mix with cyber milkちゃん sur sa chaîne YouTube et je l’écoute bien sûr avec attention. On y retrouve l’ambiance indistincte et vaporeuse qu’on pouvait entendre et apprécier sur son album. A la 27ème minute du mix, je crois reconnaître l’instrumental Movement III: Linear Tableau with Intersecting Surprise de Sufjan Stevens sur son album The BQE, morceau que j’adore au plus haut point (ndlr: ce plus haut point serait placé sur une hypothétique hiérarchie musicale qui n’aurait bien sûr qu’assez peu de sens mais qui aurait au moins le mérite de traduire l’enthousiasme ponctuel ressenti). Sauf que dans le mix de cyber milkちゃん, ce morceau est presque irreconnaissable au point où je me demande tout le long de mon écoute s’il s’agit bien de celui-ci. Je lui ai bien demandé, mais seule la divinité Benzaiten (ndlr: divinité bouddhiste japonaise du savoir, des arts dont la musique, entre autres) pourra prédire si elle me répondra un jour. A propos de mix, j’attends avec une certaine impatience le nouvel épisode mensuel de Liquid Mirror d’Olive Kimoto sur NTS Radio, qui aurait dû arrivé à la fin du mois de Mai et qui commence à tarder. Je patiente donc en réécoutant encore l’épisode du 29 Avril 2025, qui est excellent dès les premières minutes avec l’étrange et hypnotisant Xith c. Spray de Lee Gamble qui pourrait nous faire entrer en médiation transcendantale si on n’y criait gare. Ce morceau est tiré de l’album Models sorti en Octobre 2023.

Alors qu’on parlait justement de NTS Radio dans les commentaires d’un précédent billet, mahl me fait remarquer très justement que Yeule y a également sa chaîne avec trois épisodes diffusés cette année dans une série intitulée ALTAR ♱ ELECTRONICA W/ YEULE. Je m’empresse de les écouter en me promenant du côté des quartiers d’Ayase et de Kameari dans le Nord de Tokyo (ndlr: ces lieux seront le sujet d’un prochain billet), alors que j’avais une après-midi entière à passer seul. On n’est jamais vraiment seul lorsqu’on est entouré de bonnes musiques, même si la solitude est un élément indissociable de mes promenades tokyoïtes (ndlr: ceci pourrait également être le sujet d’un billet, plus long peut-être). J’écoute donc les trois épisodes disponibles en ordre antéchronologique, en commençant donc par celui du 28 Février, puis celui du 31 Janvier et finalement le premier épisode du 3 Janvier 2025. Les trois heures d’écoute à la suite ne sont pas de tout repos, car le son y est très abrasif, disruptif et à l’atmosphère très sombre à l’image des photographies accompagnant l’émission prises par le photographe américain Neil Krug. On ne s’ennuie pas car on y trouve beaucoup d’excellents moments, comme par exemple le morceau Ninacamina de l’artiste électronique australienne Ninajirachi avec la productrice américaine Izzy Camina, remixé par le DJ anglais KAVARI. Dans les mixes, on reconnaît parfois mais rarement quelques morceaux de l’électronique mainstream comme le Born Slippy d’Underworld, mais dans une version défigurée par le DJ et producteur américain Cenaceae. Je n’étais pas vraiment surpris de voir dans ces mixes un morceau de Grimes. Il s’agit d’un de ses premiers singles intitulé Genesis (ndlr: et peut-être son meilleur le plus inspiré tant musicalement que visuellement), sauf que le morceau est accrédité au musicien électronique grec Michail Chondrokoukis, sous le nom Apu Nanu, qui le remixe en fait complètement. A ses débuts, je ressentais que Yeule prenait Grimes comme une sorte de modèle, mais elle est désormais partie beaucoup plus loin musicalement. Yeule vient d’ailleurs de sortir son nouvel et quatrième album Evangelic Girl is a Gun, que je pressentais être excellent à l’écoute des trois singles sortis à l’avance. À part ces singles, je trouve malheureusement le reste de l’album en deçà, à la limite un peu fade surtout si on les compare à l’excellent single Evangelic Girl is a Gun qui donne son titre à l’album. L’approche est moins écorchée que sur ses albums précédents et je pense que c’est la raison pour laquelle je le trouve moins intéressant, tout en n’étant pas mauvais pour autant, loin de là. Les trois mixes de NTS Radio sont en comparaison beaucoup plus puissants. Mais comme le fait d’être déçu d’un nouvel album de Yeule me déçoit, je vais certainement entamer une nouvelle écoute qui me fera peut-être changer d’avis.

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J’ai deux billets assez longs en cours d’écriture mais je n’ai pas trop le cœur aux longues écritures en ce moment. Je cherche donc à détourner ma propre attention avec des billets plus courts comme ceux de cette série freeform. Mais comme toujours, mes billets commencent petits mais grandissent plus que je ne l’aurais initialement souhaité. Il faut que je m’efforce à rester succinct. Depuis quelques semaines, j’ai repris les exercices physiques en salle de sport à un rythme de quatre fois par semaine, ce qui me laisse d’autant moins de temps pour l’écriture sur ce blog. La pratique d‘exercices physiques n’est pas source d’inspiration pour l’écriture, mais me devenait nécessaire tout comme ce blog peut l’être. Je ne sais toujours pas exactement quelle est la finalité de Made in Tokyo, mais je le découvrirais peut-être un jour comme une révélation. Il faut pourtant garder en tête qu’un blog reste éphémère et peut s’éteindre si je décide de ne plus payer les frais d’hébergement et de nom de domaine, qui sont en tout non négligeables, d’autant plus que j’ai pendant vingt-deux ans pris le parti de ne pas y intégrer de publicité. Mon questionnement sur la continuation de ce blog se pose d’ailleurs régulièrement au mois de Janvier lorsqu’il faut se décider à renouveler son hébergement. Made in Tokyo est devenu pour moi « too big to fail » dans le sens où j’y ai passé trop de temps pour pouvoir le clore sur un coup de tête. La relative confidentialité de Made in Tokyo me permet en tout cas de continuer sans influence extérieure et je sais qu’une trop forte affluence lui serait néfaste comme le sur-tourisme à Kyoto dont j’entends tant parler. Le sur-tourisme est le sujet préféré de ceux qui ne savent pas regarder ailleurs. Certaines et certains savent cependant regarder ailleurs en toute simplicité. A ce propos, je ne peux qu’encourager la lecture du blog de Sunalee qui nous fait part en ce moment de son voyage à Shimane et Hiroshima, des lieux que je ne connais pas encore. J’aime beaucoup son approche, d’écriture et photographique. J’y ressens un respect humble que je n’ai pas beaucoup lu ailleurs. Et elle nous parle souvent d’architecture sur ses pages, ce qui m’intéresse forcément beaucoup. Son billet le plus récent nous amène à Onomichi, un endroit que j’ai très envie de découvrir depuis quelques années, en fait depuis que j’ai écouté la musique de Meitei (冥丁) qui y vit. Il existe quelques blogs actifs parlant du Japon d’une manière intime et d’une grande qualité. Ils sont rares mais existent.

Je me passionne ces derniers temps pour le magazine AVYSS car il me parle de musiques que j’aime, et en particulier du nouvel EP de Dos Monos intitulé Dos Moons, sorti le 7 Mai 2025. « Junji Itō on the cover » nous rappe le groupe à la fin du premier morceau Gilda. L’illustration de la couverture du EP représentant une femme méduse est en effet signée par Junji Itō (伊藤潤二) et elle est superbe. Les quatre morceaux de Dos Moons sur cet EP sont polymorphes, complètement imprévisibles et mélangeant les genres dans un tourbillon souvent chaotique, comme ça pouvait être le cas sur leur album précédent Dos Atomos qui reste pour moi une sorte de monstre musical particulièrement prenant. Ce nouvel EP n’atteint pas les sommets de Dos Atomos, Hi no Tori par exemple, mais n’en reste pas moins dans la même veine artistique. Il faut se laisser entraîner dans ce tourbillon verbal, ce qui n’est pas forcément facile à la première écoute mais quand on arrive au dernier morceau Oz faisant intervenir du saxophone, on ne peut que se dire que Dos Monos sait brillamment jouer avec les ambiances et les sensations, dans un grand cirque qui n’est pas dénué d’humour. Cet humour là, la puissance des voix rappées du trio et la liberté complète et sans complexe des compositions musicales sont les éléments qui m’attirent à chaque fois chez Dos Monos. Je regrette vraiment d’avoir louper leur concert à Tokyo il y a quelques semaines, mais ça aurait fait un peu trop d’évènements pour ce mois de Mai.

Je continue ensuite avec le hip-hop mais dans des rythmes beaucoup plus cools et apaisés. Je retrouve la rappeuse 7 (Nana) accompagnée par le rappeur MIKADO sur un single intitulé Flyday sorti le 28 Mai 2025. Ces deux rappeurs font partie du groupe de Wakayama (和歌山勢), une jeune scène hip-hop se développant dans la préfecture de Wakayama. Écouter ce morceau me ramène du côté des plages de Shirahama que nous avions été voir l’année dernière et dont je garde un excellent souvenir. Dans le rap japonais, je connaissais le hip-hop de Kawasaki, avec notamment Bad Hop, mais le rap de Wakayama est une belle découverte. Le rap japonais étant un sujet de discussion avec mon fiston, je ne perds pas une occasion de faire de nouvelles découvertes même si ce n’est pas mon domaine de prédilection. En fait, je ne suis plus vraiment sûr d’avoir des domaines musicaux de prédilection et ça serait de toute façon idiot de se limiter à certains genres. Le problème qui s’en suit est que j’ai du coup beaucoup trop de nouvelles musiques à écouter et dont je voudrais parler sur ce blog. Je finis par perdre le fil de ce que j’ai écouté et aimé. Et dire qu’il y a de cela quelques années, je me plaignais de ne pas trouver de musiques japonaises intéressantes. Le Japon est un pays de musiques.

Hier soir, je me déplace exprès jusqu’à la librairie Tsutaya de Ginza6 pour rechercher un livre d’illustration d’Ayako Ishiguro (石黒亜矢子). Il y en a deux et je choisis celui regroupant la deuxième partie de la collection de ses œuvres (作品集其の弐). Je n’ai réalisé que récemment que cette artiste est en fait l’épouse de Junji Itō, et je me suis dit « Oui bien sûr! ». Ce n’est pas qu’il y a une ressemblance de style entre les deux artistes mais une même attirance pour l’étrange qu’il et elle arrivent à transmettre formidablement dans leur illustrations (formidable est étymologiquement emprunté au latin formīdābilis qui signifie formidable et terrible, et dérivé de formido signifiant peur, terreur, effroi). On sait que le couple aime les chats et ils sont souvent représentés dans les illustrations d’Ayako Ishiguro, mais sous la forme de dieux mythologiques. Un très grand nombre des dessins nous ramènent vers des légendes anciennes revisitées. Ces monstres de légendes sont censés nous faire peur mais ils n’en demeurent pas moins mignons et visuellement attachants. Cette dualité est très intéressante et, graphiquement parlant, ce petit livre d’environ 160 pages est vraiment superbe. J’adorerais voir des illustrations de cette artiste dessinées sur les parois coulissantes intérieures d’un temple, un peu comme les dragons du Ryōan-ji à Kyoto. La librairie Tsutaya de Ginza 6 est bien remplie en ce qui concerne les livres d’illustrations japonaises. On y trouve par exemple un grand nombre de livres de Takato Yamamoto, que j’avais découvert en même temps que la musique de Meitei (Notez que comme un chat, je retombe toujours sur mes pieds).

lakeside icecream fever

La Golden Week, qui semble déjà bien loin, nous a fait nous déplacer autour de Tokyo pour des courts voyages d’une journée, partant en général en fin de matinée pour revenir assez tard le soir. Partir en fin de matinée nous a évité la majorité des embouteillages mais revenir le soir reste pénible à toute heure de la journée et de la soirée. Au fur et à mesure des années, j’ai développé une résistance certaine à l’irritation des embouteillages, grâce notamment aux playlists préparées à l’avance qui rendent ces longs trajets un peu plus agréables.

Notre destination était la préfecture de Chiba. Après avoir traversé la baie de Tokyo en empruntant l’autoroute Aqualine, nous arrivons à Chiba par Kisarazu. Nous continuons un peu plus dans les terres sur l’autoroute Ken-O jusqu’au lac Takataki (高滝湖) à Ichihara. Nous avions repéré un restaurant établi dans le coin dans une ancienne maison en bois entièrement renouvelée. Nous avons cherché s’il y avait des hautes cascades autour du lac Takataki mais nous n’y avons trouvé qu’un barrage. Le nom des lieux semble donc être trompeur. Nous décidons d’aller visité l’Ichihara Lakeside Museum, que j’avais d’ailleurs déjà repéré alors que l’on passait dans le coin il y a plusieurs mois ou années. Le musée est placé au bord du lac Takataki, un peu perdu au milieu de la nature ce qui rend l’endroit particulièrement agréable. Le Ichihara Lakeside Museum a été inauguré en 2013 pour célébrer le 50e anniversaire de la ville d’Ichihara. Il s’agit en fait d’une rénovation d’un ancien site culturel nommé Ichihara City Water and Sculpture Hill qui avait ouvert ses portes en 1995. Kawaguchi Tei Architects (カワグチテイ建築計画), désignés suite à un concours d’architecture dirigé par Toyo Ito, a mené cette rénovation en dénudant le bâtiment d’origine de ses matériaux de finition pour ne conserver que la structure en béton. Les espaces de galeries ont été créés en utilisant notamment des plaques d’acier pliées. L’architecture brute du musée est très particulière et non-conventionnelle, comprenant de nombreuses pentes et escaliers, qui proposent un cheminement pour le visiteur. On y présente des expositions d’art contemporain, mais il y a également des ateliers pour les enfants et communautés locales. L’exposition du moment que nous avons donc été voir était dédiée à la ligne locale de chemin de fer Kominato Railway (小湊鉄道線). L’exposition est organisée à l’occasion du 100ème anniversaire de son inauguration en 1925. Cette petite ligne ferroviaire s’étend dans la ville d’Ichihara, de la côte Ouest de la péninsule de Bōsō jusqu’au terminus à Kazusa-Nakano dans la ville d’Ōtaki. L’exposition qui se déroule jusqu’au 15 Septembre 2025 montre les œuvres de divers artistes inspirés par cette ligne de chemin de fer qui est même considérée comme un trésor régional. On connaît l’amour des Japonais pour leurs trains et lignes de chemin de fer, et je peux très bien comprendre ce sentiment. Il se trouve que pendant que nous visitions cette exposition, le fiston empruntait lui cette même ligne pour rentrer plus tôt que nous, et éviter par la même occasion les embouteillages du retour. Outre l’exposition en cours, j’ai apprécié l’architecture qui était malheureusement assez difficile à prendre en photo. Dès l’entrée, on est accueilli par une étrange structure d’arbre à alvéoles appelée Heigh-ho par l’artiste KOSUGE1-16, de son vrai nom Takashi Tsuchiya. Sur le terrain devant l’entrée du musée, on ne peut que remarquer la structure de fer et de verre intitulée Just Landed (飛来) par l’artiste originaire de Sapporo, Katsuyuki Shinohara (篠原勝之). Il y a quelque chose qui m’impressionne dans cette structure datant de 1999, entre parallélisme, obliquité, fragilité du verre par rapport au fer, comme un équilibre fragile et éphémère, mais qui reste pourtant immuable depuis plus de vingt-cinq ans. Alternativement, on pourrait imaginer des blocs de glace censés nous rafraichir des fièvres estivales. Derrière cette structure, se trouve une grande pompe métallique témoignant de l’ancienne utilisation de cet espace.

J’ai finalement regardé sur NetFlix le film Ice cream Fever (アイスクリームフィーバー) que je voulais voir depuis longtemps, depuis la découverte du single Kōrigashi (氷菓子) de Kayoko Yoshizawa (吉澤嘉代子) qui sert de thème musical au film et après avoir aperçu quelques scènes du film lors d’une séance en plein air dans le parc Kitaya de Shibuya en présence du réalisateur. Le film a été réalisé par Tetsuya Chihara (千原徹也), directeur artistique et graphiste dont c’est le premier long-métrage, et est basé sur une nouvelle du même nom (アイスクリーム熱) de Mieko Kawakami (川上未映子). Je savais que j’allais aimé ce film car j’y devinais une grande liberté artistique et je n’ai pas été déçu, en constatant que le cinéaste a mis ses qualités de directeur artistique et de graphiste au profit de son cinéma, créant un objet cinématographique en dehors des conventions habituelles. L’histoire nous parle de personnes dont les destins s’entremêlent. Il y a Natsumi Tsuneda, interprétée par Riho Yoshioka (吉岡里帆), qui met de côté sa carrière dans le design pour devenir gérante d’une boutique de glace à Shibuya. La rencontre avec l’écrivaine Saho Hashimoto, jouée par Serena Motola (モトーラ世理奈) vient bouleverser son quotidien, ce qui laisse perplexe sa collègue Takako Kuwashima interprétée par Utaha (詩羽) de Wednesday Campanella. On suit également l’histoire de Yū Takashima, interprétée par Marika Matsumoto (松本まりか), qui voit également sa vie perturbée par l’arrivée de la fille de sa sœur Miwa, interprétée par Kotona Minami (南琴奈 ). Elle est venue jusqu’à sa tante pour y trouver une aide dans la recherche de son propre père disparu. On également le plaisir de voir à l’écran Kom-I et Kayoko Yoshizawa jouer des petits rôles dans le film. Les deux chanteuses de Wednesday Campanella sont donc réunies dans ce film mais n’ont pas de scène ensemble. Le film a été en grande partie tourné à Ebisu, ce qui fait pour moi partie du plaisir de visionnage car c’est un quartier que je connais très bien. La boutique de glace nommée dans le film SHIBUYA MILLION ICE CREAM près de la station d’Ebisu est en fait le petit café Sarutahiko Coffee, qui est le premier de cette chaîne établie en Juin 2011. On reconnaît également certains lieux comme le parc Tako (タコ公園) à quelques dizaines de mètres du café.

En fait je me suis souvenu qu’il fallait que je vois ce film sorti en 2023 après avoir finalement acheté le livre photographique BACON ICE CREAM du photographe Yoshiyuki Okuyama (奥山由之). C’est un photographe que j’apprécie depuis longtemps notamment pour son approche de la lumière et j’avais l’intention d’acheter ce livre en particulier sans pourtant me décider. J’ai trouvé une réédition récente (la première édition date de 2015) à la grande librairie Maruzen de Marunouchi en face de la gare de Tokyo. J’y passe régulièrement, souvent en coup de vent pour le plaisir de naviguer parmi les rayons. J’avais feuilleté ce livre mais je me suis décidé de l’acheter que le lendemain en revenant exprès dans cette librairie. Pour ce qui est des livres de photographies, j’ai à chaque fois le besoin de mûrir ma décision d’achat, ce qui peut parfois prendre plusieurs mois, mais je ne regrette ensuite pas (Pour Bacon Ice Cream, il m’aura fallu 6 ans). Ce livre est magnifique. Il y a assez peu de portraits mais j’aime beaucoup la manière par laquelle la lumière qu’il saisit vient leur voler la vedette. Les photographies sont parfois abstraites, empruntes d’un quotidien stylisé sans le vouloir. Avec Okuyama, un verre de lait à la fraise renversé dans un café devient magnifique. En fait, un peu comme pour certaines séries de photographies de Kotori Kawashima (川島小鳥), je trouve dans l’oeuvre photographique de Yoshiyuki Okuyama une grande musicalité. C’est très certainement ce qui me parle beaucoup. Cette recherche de la musicalité résumerait même presque tout ce qui m’attire dans diverses formes artistiques. Il y a quelques mois, j’avais découvert un autre livre dans cette même librairie Maruzen. Il s’agit d’un recueil d’illustrations intitulé Guinea Mate publié en Janvier 2025 par l’artiste Gakiya Isamu (我喜屋 位瑳務). Je connaissais en fait cet illustrateur à travers ses dessins pour le groupe PEDRO d’Ayuni D, et j’avais même failli acheter le t-shirt du concert auquel j’avais assisté l’année dernière. Le t-shirt montrait une de ses illustrations mais j’avais été découragé par la file d’attente. Guinea Mate est le premier recueil publié de l’auteur. Il est conçu comme une sorte de bible avec 24 commandements et conseils de vie très personnels. Chaque illustration montre une vision décalée entre fantaisie et étrange, avec l’intervention fréquentes de monstres à la fois mignons et inquiétants. Les illustrations sont pour la plupart basées sur une même jeune fille aux cheveux verts qui semble avoir appris à vivre avec ses tourments, certainement grâce aux conseils de son illustrateur. Gakiya Isamu nous montre un petit monde intime mystérieux qu’on s’amuse à explorer tout en s’interrogeant sur les maux de ce monde.

a bustling life between empty spaces

Dans les centres urbains à la nuit tombée, les faisceaux électriques de lumière s’assimilent à des réseaux de neurones interconnectant les êtres de manière indécelable. Ces réseaux se construisent au gré des flux et se font plus denses et complexes dans les zones névralgiques de la ville. Ils sont pourtant fragiles et incertains, se brisant aux moindres passages humains venant interrompre ces flux, puis se recomposant ensuite inlassablement. Et au milieu de ce brassage, se crée une nouvelle vie dense et imprévisible, mais qui se construit progressivement et s’organise pour bientôt devenir indispensable.

Ces réseaux de neurones ici imaginaires me viennent en tête en regardant ces quelques photographies alors que je me dirige vers Setagaya pour une exposition dédiée au mangaka Masamune Shirow (士郎正宗). Je n’ai pas particulièrement l’habitude de me précipiter aux jours d’ouverture de nouvelles expositions mais c’est pourtant ce que j’ai fait pour celle dédiée au mangaka Masamune Shirow au Setagaya Literary Museum. L’exposition intitulée ‘The Exhibition of The World of Shirow Masamune -“The Ghost in the Shell” and The Path of Creation-’ (士郎正宗の世界展〜「攻殻機動隊」と創造の軌跡〜) est une grande rétrospective de son œuvre, en collaboration avec Parco et l’éditeur Kodansha. J’y suis donc allé le Samedi 12 Avril 2025 pour l’ouverture. L’exposition est en cours jusqu’au Dimanche 17 Août 2025 et vaut très clairement la visite pour les amateurs du monde de Masamune Shirow.

Les portes automatiques du musée de Setagaya nous accueillent par un message (やってやろうじゃないの!) du major Motoko Kusanagi (草薙素子), l’héroïne principale de Ghost in the Shell, humaine cybernétique équipée d’un corps entièrement artificiel. Elle nous invite à ne pas jouer aux pleutres et à s’engager avec elle, certainement dans une nouvelle mission de lutte contre la cybercriminalité au côté de la Section 9 de la Sécurité Publique (公安9課) qu’elle commande brillamment. J’ai hésité à entrer car cette mission ne me semble pas être de tout repos. Je me suis tout de même ravisé car je ne suis quand même pas venu jusqu’ici pour rien, ayant un billet pour l’exposition réservé à l’avance. Ces portes automatiques sont en tout cas une bonne entrée en matière, et nous étions plusieurs à attendre qu’elles se referment pour pouvoir prendre une photo. J’avais donc déjà ma réservation en poche pour la visite. Les visites ne se font en fait que par réservation préalable à une heure prédéfinie, ce qui évite l’attente et une congestion trop importante dans les salles du musée. J’imagine que nombreux étaient ceux qui attendaient une exposition rétrospective de l’oeuvre de Masamune Shirow. J’en faisais partie et même si je n’ai jamais formulé cette attente dans mon esprit, elle était bien là enfouie dans mon subconscient.

Mon intérêt pour l’oeuvre de Masamune Shirow remonte à l’année 1994 avec la première publication française du manga Appleseed chez Glenat en Juin 1994, suivie quelques mois plus tard par Orion en Septembre 1994. Ghost in the Shell est sorti quelques temps après et en parallèle, les manga Black Magic M66 et Dominion Tank Police sont sortis chez Tonkam en 1994 et 1995 respectivement. J’ai été tout de suite admiratif et fasciné par les univers cyberpunk créés par Shirow, avec des détails impensables que ça soit graphiquement ou dans les textes, où pratiquement chaque page est annoté de détails techniques ou scientifiques. Shirow nous donne vraiment l’impression que les mondes qu’il crée existe vraiment et qu’il en est revenu pour nous les expliquer en détails. Il y a bien sûr la beauté des dessins, que ça soit les figures féminines fortes parfois mi-humaines comme Motoko Kusanagi dans Ghost in the Shell, Dunan Knut dans Appleseed, ou encore Seska dans Orion, mais également la beauté graphique des mécha cyborgs, des robots Tachikoma supportant les troupes d’élites anti-terroristes, des véhicules futuristes évoluant dans des villes imaginaires denses et grandioses. Dans ma collection de Masamune Shirow, restée en France, il y a également le superbe art book Intron Depot 1 que j’ai maintes fois parcouru des yeux comme une œuvre d’art. Il y a beaucoup de choses pour nourrir l’imaginaire dans les univers créés par Masamune Shirow, et parfois même trop car il n’est pas rare de se perdre dans les intrigues politiques et les notes explicatives compliquées. L’important est de se laisser imprégner par ces personnages et ces mondes, et le voyage en sera tout autant déroutant que fascinant. Je n’ai pas lu beaucoup de manga pendant mon adolescence mais ceux de Masamune Shirow comptent parmi les tous meilleurs. Ils sont même inclassables. A part quelques suites à Ghost in the Shell, Shirow a publié ses œuvres importantes avant l’an 2000, ce qui fait que j’ai lu tous ses manga alors que j’étais en France à la toute fin de mon adolescence. Masamune Shirow est apparemment toujours actif mais il s’est dirigé vers des illustrations hentai qui sont beaucoup moins recommandables. L’exposition ne couvre pas cette partie cachée de son œuvre et ne couvre pas non plus les films d’animation pour se concentrer sur les manga avec pour œuvre centrale Ghost in the Shell. Le film d’animation Ghost in the Shell réalisé par Mamoru Oshii (押井守) sorti en 1995 et sa suite Innocence sortie en 2004 sont des belles œuvres fidèles à l’univers de Masamune Shirow, mais j’avais tout de même été assez déçu à l’époque par le design des personnages, notamment de Motoko Kusanagi, qui perdait complètement le charme du manga original. Mais l’ambiance était là, notamment grâce à la bande sonore mystique fabuleuse composée par Kenji Kawaii (川井憲次). L’exposition présente d’ailleurs très brièvement une prochaine série d’animation Ghost in the Shell qui sortira en 2026 et sera réalisé par Mokochan (モコちゃん) du studio Science Saru (サイエンスSARU). Il a la particularité d’être visuellement très fidèle au design original des personnages de Masamune Shirow, ce qui est très enthousiasmant. Reste à voir comment Science Saru arrivera à retranscrire l’ambiance si particulière de l’univers de Shirow. La difficulté est de réussir en images un mélange subtil, celui d’un monde futuriste à la précision chirurgicale, d’une approche quasiment mystique de la cybernétique et des réseaux numériques, tout en maintenant un certain esprit loufoque qui manquait dans la reinterpretation de Mamoru Oshii.

L’exposition donne une grande part à Ghost in the Shell mais présente également de manière extensive Appleseed et Dominion. Appleseed a une place particulière dans mon cœur, car c’est le premier manga que j’ai lu de Masamune Shirow. Je me suis souvent demandé si mon intérêt actuel pour l’architecture moderne ne datait pas de cette époque. Les pages du manga nous montrant la cité artificielle et utopique d’Olympus située dans l’océan Atlantique ont pour sûr eu un impact important sur mon imaginaire. Les formes architecturales y sont belles et intriquées avec toujours ce sens du détail tout à fait étonnant, que j’aimais découvrir à travers les yeux de Dunan, Briareos et Hitomi. Orion n’est malheureusement pas beaucoup couvert dans l’exposition, peut-être parce qu’il s’agit d’une œuvre un peu à part dans son univers. Orion m’a fait découvrir, au delà du manga, une partie des mondes mythologiques japonais, avec notamment l’impétueux Susano. Dès qu’on entre dans la grande salle d’exposition, on est envahi par les images. Une frise nous donne d’abord un historique des manga et art books publiés par Masamune Shirow, puis on entre ensuite rapidement dans le vif du sujet. L’exposition montre un très grand nombre de croquis et planches originales annotées, réunies par manga. Des versions d’illustrations grand format sont également affichées sur les murs pour nous imprégner complètement de l’ambiance. Je connais la grande majorité des illustrations, certaines étant tirées d’Intron Depot et beaucoup d’autres des manga respectifs, mais les voir sur papiers manga avant impression est très intéressant. Une section de l’exposition nous montre également certains magazines scientifiques que le mangaka utilisait pour ses recherches. On imagine tout à fait toute la « folie » créatrice qui peut passer dans le réseau de neurones de l’auteur.

Une partie de l’exposition montre un projet collaboratif réunissant quelques autres mangaka de renom, rendant hommage à Masamune Shirow. Parmi les illustrations présentées, on trouve une magnifique ré-interprétation par le studio CLAMP du personnage de Seska d’Orion chevauchant un tachikoma de Ghost in the Shell (ci-dessus à gauche). C’est une très bonne surprise de voir le studio CLAMP, que j’aime également beaucoup, s’amuser avec le monde de Shirow. L’autre surprise était de voir une version illustrée plutôt abstraite de Ghost in the Shell (ci-dessus à droite) par Tsutomu Nihei, créateur du manga BLAME! qui est également une œuvre forte et unique. Ces deux illustrations m’ont fait penser que les grands esprits se sont rencontrés sur ces images. Je note également une illustration composite du graphiste Kosuke Kawamura, qui s’était déjà attaqué d’une manière assez similaire au monde d’Akira de Katsuhiro Ōtomo en illustrant brillamment les murs temporaires entourant la construction du Department Store PARCO à Shibuya. Parmi les autres invités, on trouve également l’artiste manga Oh! great, les réalisateurs Hiroyuki Kitakubo et Kazuto Nakazawa, ainsi que les illustrateurs Ilya Kuvshinov, Yu Nagaba et le photographe Jiro Konami.

La dernière section de l’exposition montre des illustrations de Masamune Shirow, n’étant pas directement ou vaguement tirées de manga. Il y a notamment une série de trois illustrations montrant un personnage ressemblant à priori à Motoko Kusanagi. Une de ces illustrations la montre allongée sur une structure métallique un peu bizarre et monstrueuse (ci-dessus à droite). J’avais cette illustration en poster grand format dans ma chambre pendant de nombreuses années. En y repensant maintenant, je n’avais apparemment pas été très dérangé par la position très suggestive de cette illustration, certainement parce que je savais que ce personnage était construit d’un corps cybernétique. Une très belle illustration regroupant plusieurs personnages du monde de Shirow (ci-dessus à gauche) termine notre visite. Cette exposition est bien remplie par rapport à la taille de la grande galerie du musée, qui est relativement restreinte quand on la compare à l’espace dédié à CLAMP au musée NACT que j’avais visité l’année dernière. Il m’aura fallu environ 45 minutes pour en faire un tour complet. La galerie se trouve à l’étage et il faut descendre au rez-de-chaussée pour accéder à la boutique dédiée à l’exposition. Je me doutais bien que les articles liés à Ghost in the Shell et au monde de Masamune Shirow seraient très prisés, mais pas à ce point là. On peut entrer assez rapidement dans la boutique. Les articles y sont nombreux, plus d’une vingtaine de t-shirts, plusieurs livres dont celui de l’exposition et divers objets qu’on aurait du mal à compter. Je saisis au passage le bouquin de l’exposition et un t-shirt tiré d’une illustration de Ghost in the Shell montrant Motoko Kusanagi montée sur un tachikoma. Le livre de l’exposition de 190 pages est très complet mais ne contient malheureusement pas les illustrations collaboratives mentionnées ci-dessus. Il n’en reste pas moins indispensable. La mauvaise surprise était ensuite la file d’attente pour payer ses achats. J’avais bien remarqué la longue file qui faisait le tour du rez-de-chaussée du musée comme un serpent, mais je ne me doutais pas que plus d’1 heure 30 minutes d’attente serait nécessaire avant de passer à la caisse. On passe finalement plus de temps dans la file d’attente de la boutique que dans la galerie du musée. C’est la deuxième fois que je viens voir une exposition au Setagaya Literary Museum. La première fois était l’année dernière pour une autre très belle exposition, celle dédiée à Junji Itō. Je me souviens que la file d’attente pour les goods était impressionnante et je ne m’y étais pas engagé. En y pensant maintenant, j’ai l’impression qu’il y a beaucoup d’exposition majeures dédiées au manga ces derniers temps, mais je ne suis pas sûr que ça soit un phénomène récent. C’est en tout cas une très bonne chose que le manga soit pleinement considéré comme un art montrable dans des musées et galeries d’art, et pas seulement comme un divertissement.

コンクリートも詩

Après une première visite en Décembre 2024 avant son ouverture officielle, je reviens déjà voir le Sony Ginza Park car on y montre une autre exposition intéressante que j’ai pourtant failli manquer pensant avoir tout le temps devant moi pour y aller. L’exposition Sony Park Exhibition 2025 (Sony Park展 2025) explore six domaines dans lesquels Sony est engagé dont la Musique, les Semi-conducteurs, la Finance, les Jeux Vidéo, les Technologies de l’Entertainment et le Cinéma, en les associant à six groupes d’artistes. L’exposition se décompose en deux parties distinctes. La première partie que j’ai été voir se déroulait du 26 Janvier au 30 Mars 2025 et la deuxième partie démarrera le 20 Avril pour se terminer le 22 Juin 2025. L’exposition de la première partie se déroulait sur les troisième et quatrième étages et au deuxième sous-sol. L’entrée était gratuite mais il fallait réserver à l’avance, ce qui n’était pas chose aisée, car les disponibilités ne semblaient apparaître qu’au compte-gouttes sur le site web de réservation. Je me suis donc connecté quelques fois et j’ai dû avoir un peu de chance. La première partie faisait participer Vaundy, Yoasobi et Hitsuji Bungaku (羊文学) tandis que la deuxième partie invitera les rappeurs de Creepy Nuts, le groupe de filles coréen Babymonster et le musicien Kensuke Ushio (牛尾憲輔). Il est clair que j’avais un intérêt très prononcé pour la première partie de cette exposition. Même sans billet, on peut se promener à l’intérieur du chef d’oeuvre brutaliste qu’est le Sony Ginza Park. Des affiches colorées des artistes invités sont montrées à différents endroits du building, ainsi que des étranges rubans adhésifs décoratifs reprenant les noms des artistes et des sections de l’exposition les concernant. Les couleurs vives de ces rubans sur le béton apportent un contraste intéressant pour le photographe, et j’accumule les photographies que j’aurais un peu de mal à sélectionner ensuite. Sur certains murs intérieurs, on peut également voir écrit en couleur blanche quelques lignes de poésie du groupe Hitsuji Bungaku s’ondulant comme un cours d’eau.

Je voulais commencer ma visite par l’espace d’exposition dédié à Hitsuji Bungaku au quatrième étage mais le programme était déjà en cours et on me conseille plutôt de descendre d’un étage pour aller voir celui de Yoasobi. Ce programme s’intitule Semiconductors create new realities (半導体は、SFだ。). Les programmes que l’on peut voir ne sont que très vaguement inspirés par les titres qui semblent seulement être là pour rappeler les diverses activités du groupe Sony. Avant d’entrer dans l’espace d’exposition, chacun doit rentrer un prénom ou surnom sur une borne en indiquant son état d’humeur actuel. La borne crée un petit logo animé avec le prénom en inscription qui voyagera sur les écrans immersifs de l’exposition. On entre ensuite dans un espace fermé dans lequel est diffusé le morceau Heart Beat de Yoasobi. Les murs et le sol sur lequel on marche sont recouverts de logos colorés bougeant au rythme de la musique du morceau. Le sol est tactile, utilisant une technologie haptique de Sony R&D, et les petits logos que chaque visiteur a créé réagit à nos mouvements. L’experience musicale est englobante et amusante, mais je reste quand même sur ma faim car le tout reste d’apparence assez simple, connaissant ce que Team Lab peut par exemple créer en comparaison.

Je monte ensuite au quatrième étage pour aller voir l’exposition dédiée à Hitsuji Bungaku, intitulée Finance details life (ファイナンスは、詩だ。). Là encore, le titre n’a strictement rien à voir avec ce que l’on va voir. La salle du quatrième se compose d’un large écran placé devant un bassin d’eau. Le programme intitulé Floating Words se concentre sur les paroles et la musique de deux morceaux du groupe: more than Words et Hikaru Toki (光るとき). Nous sommes assis sur deux rangées dans l’obscurité devant le long écran et le bassin. La voix de Moeka Shiotsuka se fait d’abord entendre dans une courte narration abordant la force des mots. On verra ensuite ces mots tourbillonner au rythme des deux morceaux sur l’écran géant se reflétant sur le bassin. Il s’agit là encore d’une expérience immersive, que j’ai trouvé très réussie car la musique me plaisait beaucoup plus et les motifs de mots se créant sur l’écran nous accaparaient le regard comme un torrent mouvementé dont on essaie de suivre des yeux les moindres virages. Une deuxième partie de cette exposition nous fait marcher sur un sol utilisant encore une fois la technologie haptique pour simuler une fine épaisseur d’eau.

Je descends ensuite au deuxième sous-sol pour la partie de l’exposition consacrée à Vaundy, intitulée Music comes after a long journey (音楽は、旅だ。). Ce titre correspondait plutôt bien à ce que l’exposition nous proposait. L’espace, de couleur orangée correspondant bien au code couleur de Vaundy, proposait des bornes d’écoute. On nous donne d’abord un casque Sony (ceux qu’on peut voir lors des émissions The First Take sur YouTube) et on se connecte de borne en borne pour écouter des morceaux sélectionnés par l’artiste. Vaundy a sélectionné environ 200 morceaux dont on ne voit que le titre affiché. Il faut se connecter pour découvrir les morceaux, ce qui peut donner d’heureuses découvertes. Certains objets en référence aux morceaux sont tout de même posés sur des étagères faites de grands volumes en carton. Un QR code nous permet de découvrir le nom de l’artiste accompagné du titre du morceau et d’un commentaire succinct de Vaundy. C’est finalement l’endroit où j’ai passé le plus de temps, plus d’une heure, car on se prend au jeu des écoutes. J’y ai fait quelques découvertes mais également volontairement écouté des morceaux que je connaissais déjà, en étant d’ailleurs agréablement surpris de voir deux morceaux de My Bloody Valentine parmi cette immense playlist. Je ne résiste pas à l’envie de garder ci dessous une trace des morceaux que j’ai écouté et que j’ai aimé, pour y revenir plus tard. Je garde aussi en note encadrée le commentaire de Vaundy pour chaque section de l’exposition.

1. betcover!! – Yūrei (幽霊) [なんか、乱舞 – Quelque chose d’une danse sauvage]
2. Joe Hisaishi Ensemble (久石譲 アンサンブル) – Kids Return [なんか、黄昏 – Quelque chose comme le crépuscule]
3. Yura Yura Teikoku (ゆらゆら帝国) – Kūdō Desu (空洞です) [なんか、黄昏 – Quelque chose comme le crépuscule]
4. My Bloody Valentine – only shallow [なんか、哀愁 – Quelque chose de la tristesse]
5. My Bloody Valentine – when you sleep [なんか、哀愁 – Quelque chose de la tristesse]
6. The White Stripes – Seven Nation Army [なんか、乱舞– Quelque chose d’une danse sauvage]
7. David Bowie – Heroes [なんか、希望 – Quelque chose comme l’espoir]
8. Original Love – Seppun (接吻) [なんか、希望 – Quelque chose comme l’espoir]
9. The Flaming Lips – Yoshimi Battles the Pink Robots, Pt.1 [なんか、乱舞 – Quelque chose d’une danse sauvage]
10. Nayutan Seijin (ナユタン星人) – Taiyōkei desuko (太陽系デスコ) [なんか、乱舞 – Quelque chose d’une danse sauvage]
11. Karasu (鴉) – Sudachi (巣立ち) [なんか、情熱 – Quelque chose comme la passion]
12. Blur – Song 2 [なんか、乱舞– Quelque chose d’une danse sauvage]

On écoute chaque morceau et on cherche ensuite rapidement le suivant avec une urgence ressemblant à un manque, comme si on n’avait que dix minutes devant nous pour apprécier une dernière musique avant la fin du monde. Je réutilise là un des messages affichés par Vaundy sur les volumes de cartons (まるで、世界が終わる10分前。). De Vaundy, on ne peut en fait écouter qu’un seul morceau, Odoriko (踊り子) sur une borne spéciale. Sur cette borne là comme sur certaines autres, on peut s’assoir tranquillement en écoutant la musique dans les écouteurs. On entre dans son monde musical tout en regardant les autres visiteurs voyager de borne en borne ou ressentir le rythme de ce qu’ils où elles écoutent. C’est au final l’expérience musicale la plus intéressante de l’exposition.