ダーク・WAVE・一

Voir une fille porter un t-shirt de Mellon Collie and the Infinite Sadness me rappelle à cet énorme album de 1995 des Smashing Pumpkins que je n’ai pas écouté depuis très longtemps. Je viens de le réécouter avec une certaine nostalgie, mais je lui préfère toujours l’album précédent Siamese Dream. L’envie me vient aujourd’hui de revisiter l’album suivant Adore. C’est peut être le dernier album que j’ai acheté en France avant de venir vivre à Tokyo. J’avais peut être la tête un peu ailleurs à l’époque pour l’écouter attentivement, mais je le redécouvre maintenant comme un album passionnant. J’aime beaucoup les déchaînements de guitares et les contrastes entre calme et tempêtes des albums précédents, mais Adore est beaucoup plus apaisé, beaucoup plus acoustique même si le groupe y ajoute des doses d’électronique. C’est une nouveauté pour Smashing Pumpkins depuis cet album, et ça fonctionne extrêmement bien sur des morceaux comme Appels + Oranjes. En ligne avec la superbe couverture noire de l’album, c’est aussi le commencement d’une nouvelle apparence pour le groupe dans le style gothique, Billy Corgan portant une robe longue noire bien éloignée de l’image grunge de Gish.

sous une pluie imaginaire

Une pluie imaginaire se superpose aux premières photographies jusqu’aux éclaircis le long de la rue murée à Shirogane. Les nuages sont encore insistants mais se désagrègent petit à petit alors que je rejoins la rivière bétonnée de Shibuya. La pluie superposée sur l’immeuble de béton de la première photographie lui donne une étrange apparence argentée que j’aime beaucoup. Cette composition photographique me ramène avec une certaine nostalgie des années en arrière, lorsque j’avais créé une série sur les éléments naturels. Cette série, créée d’Août à Octobre 2010, était composée de 5 éléments: 雪へ (À la neige), 雲へ (Aux nuages), 風へ (Au vent), 海へ (À la mer) et 雨へ (À la pluie). Elle voyait différents buildings dans Tokyo confrontés à ces éléments naturels comme à des épreuves. J’avais ensuite regroupé cette série dans le photobook « In Shadows » publié en Février 2011. Cette série dans son intégralité et le dernier épisode sur la pluie étaient un peu particuliers car ils avaient suscité une attente de la part de certains visiteurs, concrétisés dans les commentaires, à laquelle j’avais essayé de répondre. C’est peut être l’unique fois où ce genre de demande s’est produite. La première photographie de ce billet, elle, pourrait bien faire partie de 雨へ (À la pluie). Il faut absolument que je reprenne ce genre de séries métaphoriques.

Un peu plus d’une semaine après la sortie du morceau Lapin Kulta, dont je parlais dans un précédent billet, le groupe post-punk Ms.Machine sort un nouveau morceau le 1er Mai intitulé Nordlig Ängel (ange du Nord) sur YouTube. En fait, il ne s’agit apparemment pas d’un nouveau morceau, car il est déjà disponible sur un mystérieux troisième EP qui n’est malheureusement pas encore disponible sur iTunes ou Bandcamp (les deux seules plateformes que j’utilise pour acheter de la musique). Je me contente donc d’écouter ce nouveau morceau sur YouTube. J’aime beaucoup l’ambiance du morceau dès les premières notes formant une nappe de synthétiseur sombre et inquiétante. On retrouve bien sûr la voix grave et monocorde de SAI et un déchaînement de guitares bruyantes accompagnées d’un martèlement de batterie. Il se dégage une émotion poignante de cette association de sons puissants et de cette voix qui semble à la fois inattaquable et fragile. Suite à l’écoute de ce morceau, je me suis remis à écouter l’album Turn on the bright lights d’Interpol, pour les paroles et la voix au bord de craquage de Paul Banks, surtout les morceaux Obstacle 1, PDA, Obstacle 2 et Stella was a driver and she was always down. Il n’y a pas de ressemblance particulière entre la musique d’Interpol et celle de ce morceau de Ms.Machine, mais mon envie musicale me fait faire cette association inconsciemment. Il y a certainement quelque chose dans le ton de la voix et l’émotion qui s’en dégage. Pour continuer avec les évocations, la vidéo de Nordlig Ängel dans son esthétique générale me fait penser à un univers Lynchien. Les forêts de Nagano où ont été tournées les scènes de la vidéo doivent certainement me rappeler les forêts pleines de mystères qu’on voyait dans la série Twin Peaks. Pour continuer avec le son du groupe, j’écoute aussi dans la foulée le morceau Vår dont il n’existe, à ma connaissance du moins, qu’une version en concert.

静かに生きる

Les photographies ci-dessus sont prises quelques semaines avant le début de l’état d’urgence à Tokyo, mais montrent déjà des espaces vidés de monde. Si on s’écarte des points névralgiques de la ville et de ses quartiers populaires, le Tokyo des quartiers résidentiels est pratiquement vide de monde même en temps normal. Ce sont ces quartiers que je privilégie en général pour mes photographies. Nous sommes ici au bord de Shibuya et tout près de Nishi Azabu. La première photographie est prise sous la lumière jaune du soir, à l’entrée d’un mini jardin public avec jeux pour enfants tout près du sanctuaire Konnō Hachiman-gū que je montrais il n’y a pas très longtemps. Sur ces photographies, on a même l’impression que les lieux ont été abandonnés précipitamment. En les regardant maintenant alors que j’écris ce billet, après les avoir fait reposer pendant deux mois dans ce billet en mode brouillon, ces photographies me semblent montrer à la fois une atmosphère paisible et inquiétante.

Pendant cette période prolongée à la maison, je passe beaucoup plus de temps sur le balcon pour m’occuper des quelques plantes 🌱 qui prennent une bonne partie de l’espace. Elles envahissent un peu plus chaque jour le balcon et je vais finir par manquer de place pour m’y asseoir. J’écris une bonne partie des textes du blog sur l’iPad assis sur le balcon, chose que je ne fais jamais en temps normal. Mes réflexions à l’extérieur sont régulièrement interrompues par les avions de ligne partant de l’aéroport de Haneda et passant nouvellement au dessus de Tokyo. C’est le nouveau tracé prévu pour les Jeux Olympiques mais je ne comprends pas pourquoi il y a autant de traffic étant donné que les Jeux sont repoussés et que les touristes sont quasiment inexistants en ce moment. Comme les avions ne volent pas tous les jours et toute la journée mais seulement à certaines heures de l’après-midi, j’ai l’impression qu’il s’agit plutôt de vols de vérification.

Un peu plus loin dans les photographies, je tombe sur l’immeuble au plongeoir à Nishi Azabu. Il s’agit de Scala par Atsushi Kitagawara, qui dessine ses immeubles et maisons comme des œuvres d’art. J’aime beaucoup comment l’immeuble vient s’insérer comme un point central sur cette rue et ce carrefour. Quand je marche sur la rue opposée, je ne résiste pas à le prendre en photo dans son contexte. Je suis certain d’avoir pris cette photographie plusieurs fois déjà mais je ne sais pour quelle raison l’envie me prend à chaque fois de répéter la prise. Il doit y avoir dans cette composition urbaine un pouvoir d’attraction visuel ou un équilibre harmonique des choses qui résonnent en moi à chaque passage.

Après le EP Blue, je retrouve le groupe RAY avec leur premier album Pink disponible en écoute dans son intégralité sur YouTube depuis le 15 Avril et sur les plateformes digitales classiques depuis quelques jours. La particularité de RAY est qu’il s’agit d’un groupe d’idoles alternatives dans le genre shoegazing. L’association fonctionne très bien dans l’ensemble car l’esprit du shoegazing est de faire déborder la puissance et le volume des guitares par rapport aux voix des interprètes. Les voix jeunes des quatre filles du groupe apportent un contraste intéressant et inhabituel. L’association fonctionne également bien car le shoegazing n’est pas indépendant d’une idée de mélancolie adolescente. Je connaissais déjà les deux morceaux Butterfly Effect (バタフライエフェクト) et Meteor car ils étaient déjà sur le EP Blue, et ils restent dans les meilleurs morceaux de l’album, mais le morceau que je préfère est le premier de l’album, フェーディングライツ (Fading Lights). Comme Butterfly Effect et quelques autres morceaux de l’album, il est signé par Azusa Suga du groupe For Tracy Hyde, groupe dont j’ai déjà parlé plusieurs fois sur ce blog et qui est reconnu dans ce milieu musical shoegaze au Japon. Chaque morceau est associé à des compositeurs d’autres groupes de la mouvance shoegaze, comme Elliott Frazier du groupe américain Ringo Deathstarr sur le morceau Meteor. Certains morceaux, comme 世界の終わりは君とふたりで (The end of the world with you) ou Generation, prennent des accents plus pop, du fait du ton de voix des interprètes, et ne sont pas mes préférés. Ils m’ont demandé un temps d’adaptation, mais l’accroche opère et me fait y revenir régulièrement. Mon attirance va vers les morceaux plus contemplatifs comme ネモフィラ (Nemophilia) où les guitares forment des nappes de sons distordant qui ne sont pas sans rappeler My Bloody Valentine (difficile de faire du shoegaze sans les référencer) et où les voix sont plus languissantes. La qualité des partitions musicales sur chaque morceau est irréprochable, à la fois parfaitement exécutées et intéressantes à l’écoute. Il y a un équilibre qui n’est pas facile à réussir dans le ton des voix, pour à la fois apporter une tonalité légèrement pop (il s’agit tout de même d’un groupe d’idoles) tout en s’inscrivant bien dans le style shoegaze. Certains morceaux comme 星に願いを (Wish upon a star) lorgne un peu trop vers le style ‘idole’ tandis que le juste équilibre semble être trouvé pour des morceaux comme 尊しあなたのすべてを (Everything about my precious you). RAY est une nouvelle formation née des cendres du groupe précédent appelé ・・・・・・・・・(dots tokyo), sous la même agence musicale. Je ne connaissais pas les morceaux de dots tokyo, mais certains titres comme スライド (Slide) ou サテライト (Satellite) sont apparemment repris sur l’album Pink. Ce type de groupes créés de toutes pièces en associant idoles et musiciens reconnus dans le domaine du rock alternatif est peut être une spécialité japonaise, mais je ne suis pas contre lorsque j’y ressens une authenticité et quand les morceaux qui en résultent sont de la qualité de Fading Lights ou de Meteor.

Je suis toujours impressionné quand je vois le détail et la méticulosité d’oeuvres comme celles en images ci-dessus par l’artiste basée à Nara, Daisuke Tajima. Elles demandent une dedication immense et de nombreuses semaines de travail, car ces représentations urbaines ultra-denses qu’il dessine à l’encre noire sont pour la plupart de très grande taille. L’illustration sur la deuxième image ci-dessus intitulée Superpower of Eternal (Part 2) fait 3.34 mètres de large pour 2.40 mètres de haut et a demandé environ 3 mois de travail à raison de 7 heures par jour. Dans un style un peu différent, les œuvres de Daisuke Tajima me rappelle celles de Manabu Ikeda pour leur sens excessif du détail. L’illustration de la première image ci-dessus s’intitule Unified Cityscape of today (2017) et est un peu plus petite (1.05 mètres de large pour 75 cms de haut). Elle me rappelle un peu les murs de buildings que l’on peu voir dans le manga Akira (en image ci-dessous) ou les détails un peu bordéliques des rues d’inspiration Hongkongaise dans Ghost in The Shell. La sur-densité urbaine que l’on voit dans les dessins de Daisuke Tajima nous fait penser qu’il s’agit d’une œuvre d’anticipation car on imagine que les villes vont continuer à se densifier à mesure que la population croît et continue à migrer vers les centres urbains. Ces images sont oppressantes mais fascinantes car notre œil regarde les détails jusqu’à s’y perdre. Les lignes de fuite sont même vertigineuses, comme sur la deuxième image. Je pense que l’artiste essaie de nous faire comprendre les limites d’une sur-urbanisation. La répétition d’immeubles massifs écrasent l’humain et l’uniformisation de cette architecture intensifie cette impression de déshumanisation. Ce type d’illustrations m’impressionne car elles demandent une dévotion totale, quitte à sacrifier tout le reste et rentrer dans une certaine solitude. Au final, l’oeuvre vient contrôler l’individu.

Mes billets sur Made in Tokyo ressemblent ces derniers temps à des mini-magazines avec divers sujets abordés en commençant par les photographies de Tokyo, suivi d’un peu de musique, un peu d’architecture ou un peu d’art. J’ai toujours en tête cette idée de fanzine et j’essaies en quelques sorte de m’en approcher un peu mais au format web. Sans me mettre de pression cependant, je ne pense pas continuer systématiquement cette diversité dans chaque billet.

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L’énorme pilier montré sur la deuxième photographie m’a toujours impressionné. Il supporte l’autoroute intra-muros surélevée sur deux étages au croisement de Shin-Ichinohachi près d’Azabu-jūban. Outre sa taille et son aspect massif, ce pilier surprend par son emplacement au beau milieu du carrefour. C’est comme si l’espace urbain était soudainement perforé par un tube digestif venant nourir les entrailles du monstre. Juste derrière l’infrastructure infernale de l’autoroute, se dresse tout en courbe au croisement le building Joule-A par l’architecte Edward Suzuki. Je ne résiste jamais à la contre-plongée quand je passe devant. La façade en métal perforé agit comme un écran protecteur, avec pour objectif de cacher la vue sur l’autoroute et en atténuer le bruit. Je ne suis pas certain que cette surface imagée en forme de nuages vienne vraiment diminuer les sons de l’autoroute depuis l’intérieur des bureaux du building, mais elle a au moins l’intérêt d’ajouter une petite touche poétique à ce carrefour balafré par cette jonction d’autoroutes. On trouve une autre petite touche poétique pas très loin de là sur le mur gris d’un building. Ce sont des dessins enfantins très colorés, certains ressemblent à des petits monstres. Comme je le mentionne sur ma page À propos, un des intérêts principaux de mes marches tokyoïtes est d’y découvrir des instants poétiques dans la confusion des styles qui occupent la ville. J’aime aussi la confusion des styles dans la musique que j’écoute, passant du post-punk de Ms.Machine sur le billet précédent à la pop électronique alternative ci-dessous. Mais il s’opère à chaque fois la même addiction sonore et je ne peux laisser échapper un certain sourire de satisfaction en écoutant ces sons qui ne laissent pas indifférents.

La musique pop électronique mélangeant des touches de hip-hop de 4s4ki (prononcé Asaki) m’accompagne depuis quelques jours, avec son premier album Omae no Dreamland (おまえのドリームランド). Je ne connaissais pas du tout cette artiste que je découvre donc au hasard des détours de Twitter. En fait, j’étais d’abord attiré par cette étrange composition photographique montrant 4s4ki portant à la main une crosse de hockey avec l’inscription ‘taboo’, entourée d’un cerf zébré et d’un Alien de verre, devant des vieux bâtiments commerciaux d’une autre époque. Ce décor un peu inquiétant de nuit, délabré et peu éclairé, ces personnages monstrueux ou fantaisistes et la tenue rayée de 4s4ki comme un chat du Cheshire (celui d’Alice in Wonderland) ou comme Kyary dans Fashion Monster me font penser à un monde d’Halloween. Cette composition me laisse penser qu’il se cache quelque chose d’un peu décalé dans cet univers musical. iTunes classifie d’ailleurs cet album dans le rayon des musiques alternatives, plutôt qu’électronique bien que ça soit la tendance principale. La musique de 4s4ki est très actuelle mélangeant multiples sonorités électroniques et voix autotunés souvent rappées. L’album est assez court, 32 minutes seulement, et le temps passe un peu trop vite tant on se sent bien à écouter ces morceaux. Il y a de nombreuses collaborations dans cet album, que ce soient pour la voix ou la production. Je ne connais pas la plupart de ces collaborations à part Snail’s House, sur le morceau Lover, dont j’avais beaucoup apprécié son album instrumental L’été il y a quelques années. Ces collaborations font que les styles varient entre chaque morceau tout en maintenant une bonne cohérence. J’aime beaucoup quand l’album part un peu dans l’experimental sonore quand 4s4ki s’associe avec Gu^2, sur deux morceaux プラトニック (Platonic) et サキオはドリームランド (Sakio is Dreamland). Les morceaux à deux voix, féminine et masculine, avec Maeshima Soshi sur Eyes ou Moniko par exemple fonctionnent particulièrement bien. Il y également un certain kawaisme de l’ensemble mais, tout comme l’autotune, il reste à mon avis bien maîtrisé. Le premier morceau おまえのドリームランド (Your Dreamland) reprenant le titre de l’album et étant le premier single sorti accroche très vite à l’esprit, comme la plupart des morceaux, mais en particulier NEXUS ou 風俗嬢のiPhone拾った (I picked up a prostitute’s iPhone). L’ensemble des morceaux est si fluide et maîtrisé qu’on a du mal à penser qu’il s’agisse de son premier album. J’aime beaucoup ce genre de découvertes inattendues, d’autant plus lorsqu’elles ne sont pas immédiatement dans mon lexique musical de prédilection. Ça me donne l’impression de m’ouvrir un peu plus vers d’autres styles.

Écouter la musique de 4s4ki me donne envie d’y associer les images de l’artiste Hiroyuki-Mitsume Takahashi que je suis depuis un petit moment sur Instagram. Le style des deux artistes ne se ressemble pas particulièrement, mais j’y ressens un même sens du détail, sonore d’un côté et graphique de l’autre, et une certaine sophistication. Les images très lumineuses de Mitsume sont extrêmement fouillées, grouillant de détails mélangeant la cybernétique et le grotesque dans un style ultra coloré du plus bel effet, c’est à dire sans saturation inutile des couleurs. Il représente souvent la même figure féminine avec des petites dents de vampires d’Halloween et les cheveux bicolores coupés au carré (comme l’artiste lui-même d’ailleurs). Les personnages qu’ils dessine ont souvent les entrailles ouvertes et des composants électroniques implantés sur le corps. L’univers est à la fois étrange et fascinant à regarder. On ne se lasse pas de parcourir les nombreuses images qu’il a créé, notamment une représentation de ꧁ ༒ Gℜiꪔ⃕es ༒꧂ qu’il a dessiné à deux reprises. Mitsume dessine également des vêtements recouverts complètement de ses personnages. C’est très difficile à porter à moins d’être une figure d’Harajuku.

雪が甘いように感じる

Les paysages de Karuizawa dans la préfecture de Nagano me paraissent déjà bien lointain alors que ces photographies ne datent que de quelques mois. Le fait d’être désormais presqu’en permanence à la maison depuis plus de trois semaines distord le temps. Chaque journée passe très vite mais toutes les journées se ressemblent et on a de ce fait l’impression qu’il s’agit d’une journée unique qui s’étire à l’infini, le week-end ne jouant plus vraiment le rôle de coupure dans la semaine. Regarder maintenant ces photographies des cascades de Shiraito (白糸の滝) a la vertu d’apaiser l’esprit. Cette cascade est particulière car elle jaillit de la pierre sur une longueur de 70 mètres pour une assez faible hauteur de 3 mètres. L’eau ne provient pas d’une rivière en amont mais de réservoirs d’eau souterrains. Mais ce paysage calme et reposant cache les violences naturelles qui frappent régulièrement le pays. L’arbre arraché de la deuxième photographie doit être tombé suite à une tempête, certainement suite à un des puissants typhons de l’année dernière.

On trouve également une certaine violence dans le morceau que j’écoute en ce moment, Lapin Kulta par le groupe japonais post-punk 𝔐𝔰.𝔐𝔞𝔠𝔥𝔦𝔫𝔢. Je prends un malin plaisir à faire contraster la violence sonore du morceau avec le calme souverain régnant sur les photographies de ce billet. On peut être tout d’abord surpris par les sonorités stridentes qui démarrent le morceau et qui l’accompagneront tout du long en s’apaisant un peu en court de route. Le contraste avec la voix basse et monocorde de SAI, l’interprète vocale du trio féminin, fonctionne très bien. Du groupe, je connaissais déjà le EP intitulé S.L.D.R sorti en Février 2018, que je trouvais imparfait, ayant un peu de mal avec la sirène incessante du dernier morceau de ce premier EP intitulé 3.11, en référence, j’imagine, à la date du tremblement de terre de Tohoku. Ce nouveau morceau Lapin Kulta garde le même style post-punk que j’aime énormément. Il vient juste de sortir, le 22 Avril 2020, et fera certainement partie du deuxième EP du groupe Nordlig Ängel. Le groupe aime beaucoup utiliser les termes nordiques. Le lapin du titre du morceau n’est pas une référence à l’animal inoffensif de nos prairies ni le chat sympathique ressemblant à un fennec de la photographie de couverture montrée ci-dessus. Il s’agit en fait d’une marque de bière finlandaise. Le titre de ce billet 雪が甘いように感じる est emprunté aux paroles du morceau faisant référence à la douceur de la neige, celle que l’on a pu voir parsemée à Karuizawa. A la fin du morceau, les paroles viennent interroger l’auditeur d’une manière étrange et amusante en demandant si on a déjà écouté leur deuxième EP, ce qui n’est pas possible car il n’est pas encore disponible à la vente (peut être pouvait t’on l’acheter lors de concerts). Mais j’écouterais très certainement ce nouvel EP quand il sortira.